Sougya : Le folio part de deux gestes attribués à Rabbi : il se baigne publiquement le dix-sept Tamouz et veut écarter le jeûne du neuf Av ; Rabbi Abba bar Zavda corrige la tradition en précisant que l'affaire ne visait qu'une année où le jeûne avait déjà été reporté. La guemara passe ensuite au troisième geste, la plantation faite un jour de Pourim, et en fait le point de départ d'une longue sougya : le verset « joie, festin et bon jour » interdit l'oraison funèbre, le jeûne et le travail, or Rabbi a planté.
Les réponses successives déplacent Rabbi du quatorze au quinze, puis du quinze au quatorze, avant que Rabba fils de Rava ne tranche autrement : le peuple a accepté sur lui l'oraison funèbre et le jeûne, jamais le travail, et le verset final omet précisément « bon jour ». La malédiction que Rav lance contre le semeur de lin relève alors de la coutume locale, ou bien la plantation de Rabbi était une plantation de joie.
Le folio s'achève sur le statut de Tibériade et de Houtsal : quand une ville est ceinte par la mer d'un côté, est-elle perouza ou moukéfet.
« Et il se baigna dans la kérona de Tsipori le dix-sept Tamouz, et il chercha à abolir le neuf Av — mais on ne l'approuva pas. »
La beraita rapporte une série de gestes de Rabbi qui allègent des jeûnes institués par les Sages. Le bain du dix-sept Tamouz se fait en pleine parhessia (publiquement), au jour du marché et à l'heure où passent les chariots : le geste est fait pour être vu, donc pour enseigner que le bain est permis ce jour-là.
La suite du folio va montrer que sur le neuf Av la tradition rapportée est inexacte. Les Tossefot demandent déjà comment on aurait pu imaginer que Rabbi veuille supprimer ce jeûne, alors qu'un beit din ne peut annuler l'œuvre d'un beit din antérieur sans lui être supérieur en sagesse et en nombre.
Rabbi Abba bar Zavda dit devant lui : Maître, l'affaire ne s'est pas passée ainsi. C'était plutôt une année où le neuf Av tombait un Chabbat, et nous l'avions reporté après le Chabbat ; et Rabbi avait dit : puisqu'il a été repoussé, qu'il soit écarté.
Et les Sages ne l'approuvèrent pas. Il lut à son sujet : « Deux valent mieux qu'un ».
Rabbi Abba bar Zavda parle devant Rabbi Elazar et corrige la tradition. Rabbi n'a jamais voulu supprimer le neuf Av. L'année visée, le jeûne tombait un Chabbat et avait déjà été reporté au dimanche ; Rabbi a soutenu que, le jour ayant perdu sa date propre, on pouvait l'écarter pour cette année-là. Le raisonnement s'appuie sur un principe de nidhé (ce qui a été repoussé) : ce qui a déjà quitté son rang perd de sa force.
Le verset de Kohelet (4,9) cité par Rabbi Elazar reconnaît la valeur du témoignage reçu : Rachi explique qu'il aurait enseigné l'erreur sans cette précision.
Et Rabbi, comment a-t-il planté une plantation à Pourim ? Rav Yossef n'a-t-il pas enseigné : « joie, festin et bon jour » — « joie » enseigne qu'ils sont interdits d'oraison funèbre ; « festin » enseigne qu'il est interdit d'y jeûner ; « et bon jour » enseigne qu'il est interdit d'y accomplir un travail !
Il faut plutôt dire : Rabbi était de ceux du quatorze, et lorsqu'il a planté, c'est le quinze qu'il a planté.
La guemara revient au troisième geste de la beraita. Le verset d'Esther 9,19 fournit trois termes, et Rav Yossef tire de chacun un interdit : l'hesped (oraison funèbre), la taanit (jeûne) et la melakha (travail). La plantation est un travail.
La première réponse joue sur le calendrier. Pourim se lit le quatorze dans les villes ouvertes, les perazim, et le quinze dans les villes murées depuis Yehochoua, les moukafim. Si Rabbi appartenait au quatorze, le quinze restait pour lui un jour ordinaire.
Est-ce ainsi ? Mais Rabbi était à Tibériade, et Tibériade était ceinte d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun !
Il faut plutôt dire : Rabbi était de ceux du quinze, et lorsqu'il a planté, c'est le quatorze qu'il a planté.
La réponse précédente supposait une ville ouverte. Or Rabbi résidait à Tibériade, que la guemara tiendra plus loin pour identique à la Rakat du livre de Yehochoua, comptée parmi les villes fortifiées. La réponse se retourne donc terme à terme : Rabbi lisait le quinze, et la plantation a eu lieu le quatorze.
Et lui était-il donc évident que Tibériade était ceinte d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun ? Or Hizkiya lisait à Tibériade le quatorze et le quinze !
Il avait un doute : était-elle ceinte d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun ou non. Pour Hizkiya c'était un doute, pour Rabbi c'était évident.
La pratique de Hizkiya, qui lisait les deux jours, révèle un safek (doute) sur le statut de Tibériade. La guemara écarte l'objection en distinguant les tenants : le doute de Hizkiya n'engage pas Rabbi, pour qui le statut de la ville était établi. Le fond du doute sera exposé au bas du folio.
Et même si cela lui était évident, cela lui était-il permis ? Or il est écrit dans la Meguilat Taanit : le jour quatorze et le jour quinze sont les jours de Pourim, où l'on ne fait pas d'oraison funèbre,
Nouvelle objection : à supposer même que Rabbi ait lu le quinze, le quatorze lui était-il libre ? La Meguilat Taanit énumère les deux jours ensemble, ce qui laisse entendre que chacun est tenu par les deux.
et Rava a dit : cela n'était nécessaire que pour interdire celui-ci en ce jour-là et celui-là en ce jour-ci ? Cela ne vaut que pour l'oraison funèbre et le jeûne ; mais le travail — un seul jour, et pas davantage.
Rachi dégage la logique de Rava : l'interdit d'oraison funèbre et de jeûne figure déjà dans la meguila d'Esther, si bien que la mention des deux dates dans la Meguilat Taanit n'ajoute rien sinon le croisement — celui du quatorze est lié aussi le quinze, et réciproquement.
La réponse limite ce croisement : il porte sur l'hesped et la taanit, tandis que la melakha ne concerne que le jour propre de chacun. Rabbi, du quinze, était donc libre de planter le quatorze.
Est-ce ainsi ? Mais Rav a vu un certain homme qui semait du lin à Pourim, il l'a maudit et son lin n'a pas poussé !
Là-bas, il s'agissait de son propre jour.
Le récit de Rav sert d'objection pratique : si le travail est libre hors de son jour, pourquoi cette malédiction ? La guemara répond d'abord par le calendrier — l'homme semait le jour même où sa ville lisait la meguila.
La longue glose de Rachi sur ce passage anticipe déjà la solution suivante : le verset « joie, festin et bon jour » décrit l'usage antérieur à l'engagement, tandis que l'engagement lui-même n'a retenu que la joie et le festin.
Rabba fils de Rava dit : tu peux même dire qu'il s'agissait de son propre jour — l'oraison funèbre et le jeûne, ils les ont acceptés sur eux ; le travail, ils ne l'ont pas accepté sur eux.
Rabba fils de Rava change le terrain. La question n'est plus de savoir quel jour est le Pourim de chacun, mais quelle étendue a reçu l'engagement pris par le peuple. L'obligation de Pourim procède d'une kabbala (acceptation) ; ce qui n'a pas été accepté n'a jamais pris force d'interdit.
Car au début il est écrit : « joie, festin et bon jour », et à la fin il est écrit : « d'en faire des jours de festin et de joie », tandis que « bon jour » n'y est pas écrit.
La preuve repose sur l'écart entre deux versets du même chapitre. Esther 9,19 décrit ce que les Juifs des villes ouvertes faisaient déjà et comporte trois termes. Esther 9,22, qui énonce l'obligation transmise par Mordekhai, n'en garde que deux. Le terme yom tov, seul support de l'interdit de travail, disparaît au moment où l'engagement se fixe.
Mais alors, pour quelle raison Rav a-t-il maudit cet homme ? Il s'agissait de choses permises dont d'autres ont pris la coutume de s'interdire.
Et dans le lieu de Rabbi, on n'en avait pas la coutume.
Si le travail est permis de droit, la malédiction de Rav s'explique par la règle des devarim hamoutarim ve-aherim nahagou bahen issour : une chose permise que la coutume d'un lieu traite comme interdite ne peut y être pratiquée ouvertement. La contrainte tient au lieu et non à la loi.
Les Tossefot opposent le cas de Beit Chean, où Rabbi a levé une coutume restrictive, et répondent par une distinction : une coutume née d'une erreur peut être levée, une coutume adoptée sciemment tient.
Ou bien, si tu veux, dis : en vérité la coutume existait, et Rabbi a planté une plantation de joie. Comme nous l'avons appris : si ces jeûnes sont passés et qu'ils n'ont pas été exaucés, on réduit le négoce, la construction et la plantation, les fiançailles et les mariages.
Dernière réponse : même si la coutume d'abstention existait aussi dans le lieu de Rabbi, elle portait sur le travail ordinaire, et la plantation de Rabbi relevait d'un autre ordre. La michna de Taanit sert ici de source : lorsque les treize jeûnes publics pour la pluie sont passés sans réponse, on réduit une série d'activités.
Ces activités ont un point commun que la beraita du segment suivant va nommer : elles relèvent de la simha. Une conduite écartée les jours d'affliction convient à un jour de joie.
Et l'on a enseigné à ce sujet : « construction » — une construction de joie ; « plantation » — une plantation de joie. Qu'est-ce qu'une construction de joie ?
Celui qui bâtit une maison de noces pour son fils. Qu'est-ce qu'une plantation de joie ?
Celui qui plante un avourneki de rois.
La beraita restreint la michna. Les jeûnes publics ne suspendent ni l'habitat ni la culture vivrière ; ils écartent ce qui tient de l'agrément. La maison de noces se bâtissait pour le mariage du fils aîné, et l'avourneki, décrit par Rachi, est un arbre que l'on courbe sur des perches pour former un ombrage sous lequel les rois prennent leur repas.
La conclusion porte sur Pourim : la plantation de Rabbi appartenait à cette catégorie, ce qui la place du côté de la joie du jour.
Revenons au corps de l'enseignement : Hizkiya lisait à Tibériade le quatorze et le quinze, car il avait un doute : était-elle ceinte d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun ou non. Et avait-il vraiment un doute sur le cas de Tibériade ?
Or il est écrit : « Et les villes fortifiées : Tsidim-Tser, Hamat, Rakat et Kinneret », et il est établi pour nous que Rakat, c'est Tibériade ! Voici la raison de son doute : d'un côté, sa muraille était la mer.
La guemara reprend « gufa », le corps même de l'enseignement cité en passant, pour l'examiner pour lui-même. Le verset de Yehochoua 19,35 range Rakat parmi les villes fortifiées, et la tradition identifie Rakat à Tibériade. Le doute devrait donc être levé.
La réponse tient à la configuration du site : sur l'un de ses côtés, Tibériade n'a pas de muraille bâtie, le lac lui en tient lieu. Reste à savoir si une telle ceinture compte comme hekef (entourage).
S'il en est ainsi, pourquoi avait-il un doute ? Ce n'est certainement pas une muraille !
Car il est enseigné : « qui a une muraille » — à l'exclusion d'un mur de toits ; « autour » — à l'exclusion de Tibériade, dont la mer est la muraille.
La beraita citée relève de la loi des batei arei homa, les maisons vendues dans une ville murée (Vayikra 25,29-31), dont le rachat obéit à un régime propre. Deux exclusions y sont tirées du texte : la ville doit avoir une muraille propre, et non le mur formé par les toits des maisons contiguës, que Rachi nomme chour igar ; et cette muraille doit faire le tour complet, ce qui écarte Tibériade.
L'objection est donc forte : sur ce chapitre, la mer ne vaut pas muraille, et le doute de Hizkiya paraît sans objet.
Quant aux maisons des villes murées, il n'avait pas de doute. Son doute portait sur la lecture de la meguila : que sont les perazim et que sont les moukafim dont il est question à propos de la lecture de la meguila ?
Est-ce parce que ceux-ci sont exposés et ceux-là non — or celle-ci aussi est exposée ; ou bien est-ce parce que ceux-là sont protégés et ceux-ci non — or celle-ci aussi est protégée ? C'est pour cela qu'il avait un doute.
La guemara résout en séparant les deux lois. La loi des maisons de ville murée se fonde sur le mot homa (muraille) et exige une ceinture bâtie, ce qui exclut Tibériade sans hésitation.
La meguila emploie un autre vocabulaire : perazim et moukafim. Rachi pose la question sur le sens même du mot : désigne-t-il ce qui est à découvert, ou une ville facile à prendre ? Selon le critère retenu, Tibériade bascule d'un côté ou de l'autre, car le lac la laisse exposée au regard tout en la protégeant de l'assaut.
Rav Assi lisait la meguila a Houtsal le quatorze et le quinze, car il avait un doute : était-elle ceinte d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun ou non. Certains rapportent que Rav Assi a dit : ce Houtsal de la maison de Binyamin est ceint d'une muraille depuis les jours de Yehochoua.
Le cas de Houtsal, en Babylonie, prolonge celui de Tibériade, avec un doute d'une autre nature : il porte sur l'histoire du lieu et non sur la définition d'un mot. La seconde version supprime le doute et fait de Houtsal une ville murée établie.
Rabbi Yo'hanan dit : lorsque j'étais jeune garçon, j'ai dit une chose sur laquelle j'ai ensuite interrogé les anciens,
Le folio s'achève sur l'ouverture d'un enseignement de Rabbi Yo'hanan, qui se poursuit au folio suivant. Il y rapporte une intuition de jeunesse au sujet de Rakat et de Tibériade, soumise ensuite à la vérification des anciens.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).