Megillah 5b — La plantation de Rabbi à Pourim : le travail a-t-il été accepté comme interdit, et Tibériade est-elle une ville murée depuis Yehochoua

Megillah 5b

Sougya : Le folio part de deux gestes attribués à Rabbi : il se baigne publiquement le dix-sept Tamouz et veut écarter le jeûne du neuf Av ; Rabbi Abba bar Zavda corrige la tradition en précisant que l'affaire ne visait qu'une année où le jeûne avait déjà été reporté. La guemara passe ensuite au troisième geste, la plantation faite un jour de Pourim, et en fait le point de départ d'une longue sougya : le verset « joie, festin et bon jour » interdit l'oraison funèbre, le jeûne et le travail, or Rabbi a planté.

Les réponses successives déplacent Rabbi du quatorze au quinze, puis du quinze au quatorze, avant que Rabba fils de Rava ne tranche autrement : le peuple a accepté sur lui l'oraison funèbre et le jeûne, jamais le travail, et le verset final omet précisément « bon jour ». La malédiction que Rav lance contre le semeur de lin relève alors de la coutume locale, ou bien la plantation de Rabbi était une plantation de joie.

Le folio s'achève sur le statut de Tibériade et de Houtsal : quand une ville est ceinte par la mer d'un côté, est-elle perouza ou moukéfet.

La plantation de Rabbi à Pourim : la chaîne des objections et des réponses Question — Comment Rabbi a-t-il pu planter à Pourim ? Rav Yossef : "joie" interdit l'oraison funèbre, "festin" interdit le jeûne, "et bon jour" interdit le travail. Réponse 1 — Rabbi était du quatorze, il a planté le quinze. Sa ville ne faisait pas partie des villes murées ; le quinze n'était pas son Pourim. Objection — Rabbi vivait à Tibériade, murée depuis Yehochoua. Il était donc du quinze, et la réponse doit être retournée. Réponse 2 — Rabbi était du quinze, il a planté le quatorze. Pour lui le statut de Tibériade était évident, là où Hizkiya gardait un doute. Objection — Meguilat Taanit et Rava : chaque groupe est tenu aussi de l'autre jour. Celui du quatorze est lié le quinze, celui du quinze est lié le quatorze. Réponse 3 — Cela vaut pour l'oraison funèbre et le jeûne seulement. Le travail est interdit un seul jour, celui de la lecture, et pas davantage. Objection — Rav a maudit un homme qui semait du lin à Pourim. Son lin n'a pas poussé : le travail semble bien interdit. Réponse 4 — Rabba fils de Rava : le travail n'a jamais été accepté. Rav visait un lieu où la coutume l'interdisait ; dans le lieu de Rabbi cette coutume n'existait pas. Dernière réponse — La plantation de Rabbi était une plantation de joie. Même là où la coutume interdisait le travail, un jour de joie admet ce que les jeûnes publics écartent : l'avourneki des rois, arbre d'ombre et d'agrément, relève de la joie du jour et non du gain.
La sougya avance par retournements : Rabbi est placé du quatorze, puis du quinze, avant que la question ne se déplace du calendrier vers le contenu même de l'acceptation de Pourim.
Tibériade ceinte par la mer : certitude d'un côté, doute de l'autre Maisons des villes murées (Vayikra 25) Le verset dit "qui a une muraille" : une muraille propre, et non un mur formé par les toits des maisons contiguës. Le verset dit "autour" : la ceinture doit être complète, ce qui exclut Tibériade. Aucun doute : elle n'entre pas dans la loi. Lecture de la meguila (Esther 9) Le texte ne parle pas de muraille : il oppose les perazim aux moukafim. Si perazim veut dire exposé, Tibériade est exposée du côté de la mer. Si le critère est d'être protégé, la mer la protège aussi bien qu'une muraille. Doute : les deux lectures tiennent. Conséquence pratique Hizkiya lit à Tibériade le quatorze et le quinze ; Rav Assi fait de même à Houtsal. Rabbi, lui, tenait le statut de Tibériade pour assuré, ce qui commande toute la réponse précédente.
Le même fait géographique reçoit deux traitements : la loi des maisons de ville murée exige une ceinture continue, tandis que la meguila emploie un vocabulaire dont le critère reste indécis.
Ce que le peuple a accepté sur lui : les trois mots du verset Mot du verset initial Ce que Rav Yossef en tire Repris dans le verset final ? simha (joie) Interdiction de l'oraison funèbre Oui : "jours de festin et de joie" Esther 9,19 Accepté michté (festin) Interdiction du jeûne Oui : "jours de festin et de joie" Esther 9,19 Accepté yom tov (bon jour) Interdiction du travail Absent d'Esther 9,22 Esther 9,19 Jamais accepté Rabba fils de Rava lit l'écart entre les deux versets : le premier décrit ce que les Juifs faisaient déjà, le second enregistre l'engagement.
La preuve de Rabba fils de Rava tient à une omission : le troisième terme du premier verset disparaît du verset qui fixe l'obligation.
1
וְרָחַץ בִּקְרוֹנָהּ שֶׁל צִפּוֹרִי בְּשִׁבְעָה עָשָׂר בְּתַמּוּז, וּבִקֵּשׁ לַעֲקֹור תִּשְׁעָה בְּאָב — וְלֹא הוֹדוּ לוֹ.

« Et il se baigna dans la kérona de Tsipori le dix-sept Tamouz, et il chercha à abolir le neuf Av — mais on ne l'approuva pas. »

📜 Rachi (2)
בִּקְרוֹנָהּ שֶׁל צִפּוֹרִי בְּיוֹם הַשּׁוּק בְּפַרְהֶסְיָא בִּשְׁעַת הִילּוּךְ קְרוֹנוֹת:
Le jour du marché, en public, à l'heure où passent les chariots.
וְלֹא הוֹדוּ לוֹ מִתִּשְׁעָה בְּאָב:
Au sujet du neuf Av.
🗂️ Tossefot (2)
וְרָחַץ בִּקְרוֹנָהּ שֶׁל צִפּוֹרִי. לָאו דַּוְקָא בִּקְרוֹנָהּ אֶלָּא כְּלוֹמַר בְּפַרְהֶסְיָא וְאִם תֹּאמַר מַאי אִירְיָא לִרְחֹוץ אַפֵּי' לֶאֱכֹול נָמֵי מֻותָּר כִּדְתַנְיָא בר"ה (דַּף יח:) אֵין צָרָה וְאֵין שָׁלוֹם רָצוּ מִתְעַנִּין לֹא רָצוּ אֵין מִתְעַנִּין וְי"ל דְּכֵיוָן דְּקִבְּלוּהוּ כְּבָר אֲבוֹתֵינוּ עַל עַצְמָם מִסְּתָמָא גַּם הֵם קִבְּלוּהוּ:
« Et il se baigna dans la kérona de Tsipori. » Il ne s'agit pas précisément de la kérona, mais cela veut dire : en public. Et si tu demandes : pourquoi mentionner seulement le bain, alors que même manger serait permis, comme il est enseigné dans Roch Hachana (18b) : lorsqu'il n'y a ni persécution ni paix, s'ils le veulent ils jeûnent, s'ils ne le veulent pas ils ne jeûnent pas ? On peut répondre : puisque nos pères l'ont déjà accepté sur eux-mêmes, il est à présumer qu'eux aussi l'ont accepté.
וּבִקֵּשׁ לַעֲקֹור תִּשְׁעָה בְּאָב וְלֹא הוֹדוּ לוֹ. קָשֶׁה הֵיכִי סָלְקָא דַעְתָּךְ דְּהַאי תַּנָּא [דְּרַבִּי] הָיָה רוֹצֶה לַעֲקֹור ט' בְּאָב לְגַמְרֵי וְהָא אָמְרִינַן (תַּעֲנִית דַּף ל:) כָּל הָאוֹכֵל וְשׁוֹתֶה בְּתִשְׁעָה בְּאָב אֵינוֹ רוֹאֶה בְּנֶחָמָה: שֶׁל יְרוּשָׁלַיִם וְעוֹד דְּהָא אֵין בֵּית דִּין יָכוֹל לְבַטֵּל דִּבְרֵי בֵּית דִּין חֲבֵירוֹ אא"כ גָּדוֹל הֵימֶנּוּ בְּחָכְמָה וּבְמִנְיָן וְיֵשׁ לוֹמַר דְּלָא רָצָה לְעָוקְרוֹ אֶלָּא מֵחוּמְרָא שֶׁיֵּשׁ בּוֹ יוֹתֵר מִשְּׁאָר תַּעֲנִיּוֹת אִי נָמֵי יֵשׁ לוֹמַר דְּרָצָה לְעָקְרוֹ מִתְּשִׁיעִי וּלְקָבְעוֹ בַּעֲשִׂירִי כִּדְאָמַר ר' יוֹחָנָן (שָׁם כט:) . אִילּוּ הֲוַאי הָתָם קְבַעְתֵּיהּ בַּעֲשִׂירִי:
« Et il chercha à abolir le neuf Av, mais on ne l'approuva pas. » C'est difficile : comment pourrait-il te venir à l'esprit que ce tana, Rabbi, ait voulu abolir entièrement le neuf Av ? Or nous disons (Taanit 30b) : quiconque mange et boit le neuf Av ne verra pas la consolation de Jérusalem. En outre, un beit din ne peut annuler les paroles d'un autre beit din à moins de lui être supérieur en sagesse et en nombre. On peut répondre qu'il voulait seulement lui retirer la rigueur supplémentaire qu'il porte par rapport aux autres jeûnes. Ou bien on peut dire qu'il voulait le déplacer du neuvième jour pour le fixer au dixième, comme l'a dit Rabbi Yo'hanan (ibid. 29b) : si j'avais été là, je l'aurais fixé au dixième.
💡 Explication

La beraita rapporte une série de gestes de Rabbi qui allègent des jeûnes institués par les Sages. Le bain du dix-sept Tamouz se fait en pleine parhessia (publiquement), au jour du marché et à l'heure où passent les chariots : le geste est fait pour être vu, donc pour enseigner que le bain est permis ce jour-là.

La suite du folio va montrer que sur le neuf Av la tradition rapportée est inexacte. Les Tossefot demandent déjà comment on aurait pu imaginer que Rabbi veuille supprimer ce jeûne, alors qu'un beit din ne peut annuler l'œuvre d'un beit din antérieur sans lui être supérieur en sagesse et en nombre.

2
אָמַר לְפָנָיו רַבִּי אַבָּא בַּר זַבְדָּא: רַבִּי, לֹא כָּךְ הָיָה מַעֲשֶׂה. אֶלָּא תִּשְׁעָה בְּאָב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת הֲוָה, וּדְחִינוּהוּ לְאַחַר הַשַּׁבָּת. וְאָמַר רַבִּי: הוֹאִיל וְנִדְחָה — יִדָּחֶה, וְלֹא הוֹדוּ חֲכָמִים. קָרֵי עֲלֵיהּ: ״טוֹבִים הַשְּׁנַיִם מִן הָאֶחָד״.

Rabbi Abba bar Zavda dit devant lui : Maître, l'affaire ne s'est pas passée ainsi. C'était plutôt une année où le neuf Av tombait un Chabbat, et nous l'avions reporté après le Chabbat ; et Rabbi avait dit : puisqu'il a été repoussé, qu'il soit écarté.

Et les Sages ne l'approuvèrent pas. Il lut à son sujet : « Deux valent mieux qu'un ».

📜 Rachi (3)
אָמַר לְפָנָיו [לִפְנֵי] ר' אֶלְעָזָר:
Devant Rabbi Elazar.
לֹא כָּךְ הָיָה לֹא בִּיקֵּשׁ לַעֲקֹור לְגַמְרֵי אֶלָּא אוֹתָהּ שָׁנָה בִּלְבַד:
Il n'a pas demandé de l'abolir entièrement, mais seulement pour cette année-là.
טוֹבִים הַשָּׁנִים אִילּוּ לֹא שָׁמַעְתִּי הָיִיתִי טוֹעֶה בַּדָּבָר עַכְשָׁיו טוֹב לִי שֶׁלִּימַּדְתַּנִי הָאֱמֶת:
Si je ne l'avais pas entendu, je me serais trompé sur ce point ; maintenant il m'est bon que tu m'aies enseigné la vérité.
💡 Explication

Rabbi Abba bar Zavda parle devant Rabbi Elazar et corrige la tradition. Rabbi n'a jamais voulu supprimer le neuf Av. L'année visée, le jeûne tombait un Chabbat et avait déjà été reporté au dimanche ; Rabbi a soutenu que, le jour ayant perdu sa date propre, on pouvait l'écarter pour cette année-là. Le raisonnement s'appuie sur un principe de nidhé (ce qui a été repoussé) : ce qui a déjà quitté son rang perd de sa force.

Le verset de Kohelet (4,9) cité par Rabbi Elazar reconnaît la valeur du témoignage reçu : Rachi explique qu'il aurait enseigné l'erreur sans cette précision.

3
וְרַבִּי הֵיכִי נָטַע נְטִיעָה בְּפוּרִים? וְהַתָּנֵי רַב יוֹסֵף: ״שִׂמְחָה וּמִשְׁתֶּה וְיוֹם טוֹב״, ״שִׂמְחָה״ — מְלַמֵּד שֶׁאֲסוּרִים בְּהֶסְפֵּד, ״מִשְׁתֶּה״ — מְלַמֵּד שֶׁאָסוּר בְּתַעֲנִית, ״וְיוֹם טוֹב״ — מְלַמֵּד שֶׁאָסוּר בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה! אֶלָּא: רַבִּי, בַּר אַרְבֵּיסַר הֲוָה, וְכִי נָטַע — בַּחֲמֵיסַר נָטַע.

Et Rabbi, comment a-t-il planté une plantation à Pourim ? Rav Yossef n'a-t-il pas enseigné : « joie, festin et bon jour » — « joie » enseigne qu'ils sont interdits d'oraison funèbre ; « festin » enseigne qu'il est interdit d'y jeûner ; « et bon jour » enseigne qu'il est interdit d'y accomplir un travail !

Il faut plutôt dire : Rabbi était de ceux du quatorze, et lorsqu'il a planté, c'est le quinze qu'il a planté.

📜 Rachi (1)
בַּר אַרְבֵּיסַר הֲוָה לֹא הָיְתָה מִן הַמֻּוקָּפִין:
Sa ville ne faisait pas partie des villes ceintes d'une muraille.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁאֲסוּרִים בְּהֶסְפֵּד. הֵשִׁיב רַשִׁ"י וְכִי מִן נָתַן כֹּחַ לִימֵי מְגִילַּת אֶסְתֵּר לִדְחוֹת אֲבֵילוּת . אִי אִיתָא דִּבְהֶסְפֵּד נֶאֱסַר מִשּׁוּם דִּכְתִיב יְמֵי מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה וְהָא חָזֵינַן דְּכֻולֵּי עָלְמָא נָהֲגוּ בּוֹ הֶיתֵּר אֶלָּא וַדַּאי לָא הָוֵי אֶלָּא לְעִנְיָן שֶׁאֵין נוֹפְלִין עַל פְּנֵיהֶם דְּלָא הָוֵי יוֹם צָרָה אֶלָּא יוֹם שִׂמְחָה:
« Qu'ils sont interdits d'oraison funèbre. » Rachi a répondu : qui donc a donné aux jours de la meguila d'Esther le pouvoir de repousser le deuil ? S'il était vrai que l'oraison funèbre y est interdite parce qu'il est écrit « jours de festin et de joie », or nous constatons que tous y ont pratiqué la permission ; il faut donc dire que cela ne vaut que pour ne pas tomber sur la face, car ce jour est un jour de joie et non un jour de détresse.
💡 Explication

La guemara revient au troisième geste de la beraita. Le verset d'Esther 9,19 fournit trois termes, et Rav Yossef tire de chacun un interdit : l'hesped (oraison funèbre), la taanit (jeûne) et la melakha (travail). La plantation est un travail.

La première réponse joue sur le calendrier. Pourim se lit le quatorze dans les villes ouvertes, les perazim, et le quinze dans les villes murées depuis Yehochoua, les moukafim. Si Rabbi appartenait au quatorze, le quinze restait pour lui un jour ordinaire.

🖼️ Schéma
Qui lit quand, et ce que la réponse suppose sur la ville de Rabbi Quatorze Adar — les perazim Villes ouvertes, sans muraille depuis les jours de Yehochoua. Pour elles, le quinze est un jour ordinaire. Quinze Adar — les moukafim Villes ceintes d'une muraille depuis les jours de Yehochoua. Pour elles, le quatorze est un jour ordinaire. Première réponse : Rabbi appartenait au quatorze. Sa plantation, faite le quinze, ne tombe alors sous aucun des trois interdits du verset.
Le partage entre perazim et moukafim fournit à la guemara sa première issue : déplacer la plantation vers le jour qui n'était pas le Pourim de Rabbi.
4
אֵינִי? וְהָא רַבִּי בִּטְבֶרְיָא הֲוָה, וּטְבֶרְיָא מֻוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן הֲוַאי! אֶלָּא, רַבִּי בַּר חֲמֵיסָר הֲוָה, וְכִי נָטַע — בְּאַרְבֵּיסַר הֲוָה.

Est-ce ainsi ? Mais Rabbi était à Tibériade, et Tibériade était ceinte d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun !

Il faut plutôt dire : Rabbi était de ceux du quinze, et lorsqu'il a planté, c'est le quatorze qu'il a planté.

📜 Rachi (1)
וּטְבֶרְיָא מֻוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ לְקַמָּן יָלְפִינַן מִקְּרָא:
Plus loin nous le déduisons d'un verset.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא רַבִּי בִּטְבֶרְיָא הֲוָה. נִרְאֶה שֶׁהָיָה בִּימֵי אַנְטוֹנִינוּס כְּשֶׁהָיוּ יַחַד כִּדְאָמַר בְּמַס' ע"ז (דַּף י.) שֶׁרָצָה לְשַׁחְרֵר בְּנֵי טְבֶרְיָא מִמַּס לְפִי שֶׁהָיוּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים דְּקָאָמַר לֶיעֱבֵיד טְבֶרְיָא קָלָנְיָא:
« Mais Rabbi était à Tibériade. » Il semble que ce fut au temps d'Antonin, lorsqu'ils étaient ensemble, comme il est dit dans le traité Avoda Zara (10a) : il voulait exempter d'impôt les gens de Tibériade parce qu'ils étaient des talmide hakhamim, puisqu'il dit : qu'on fasse de Tibériade une colonia.
💡 Explication

La réponse précédente supposait une ville ouverte. Or Rabbi résidait à Tibériade, que la guemara tiendra plus loin pour identique à la Rakat du livre de Yehochoua, comptée parmi les villes fortifiées. La réponse se retourne donc terme à terme : Rabbi lisait le quinze, et la plantation a eu lieu le quatorze.

5
וּמִי פְּשִׁיטָא לֵיהּ דִּטְבֶרְיָא מֻוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן? וְהָא חִזְקִיָּה קָרֵי בִּטְבֶרְיָא בְּאַרְבֵּיסַר וּבַחֲמֵיסַר? מְסַפְּקָא לֵיהּ אִי מֻוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן הִיא אִי לָא. לְחִזְקִיָּה מְסַפְּקָא לֵיהּ, לְרַבִּי פְּשִׁיטָא לֵיהּ.

Et lui était-il donc évident que Tibériade était ceinte d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun ? Or Hizkiya lisait à Tibériade le quatorze et le quinze !

Il avait un doute : était-elle ceinte d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun ou non. Pour Hizkiya c'était un doute, pour Rabbi c'était évident.

💡 Explication

La pratique de Hizkiya, qui lisait les deux jours, révèle un safek (doute) sur le statut de Tibériade. La guemara écarte l'objection en distinguant les tenants : le doute de Hizkiya n'engage pas Rabbi, pour qui le statut de la ville était établi. Le fond du doute sera exposé au bas du folio.

6
וְכִי פְּשִׁיטָא לֵיהּ, מִי שָׁרִי? וְהָכְתִיב בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית: אֵת יוֹם אַרְבָּעָה עָשָׂר וְאֵת יוֹם חֲמִשָּׁה עָשָׂר יוֹמֵי פּוּרַיָּא אִינּוּן, דְּלָא לְמִסְפַּד בְּהוֹן,

Et même si cela lui était évident, cela lui était-il permis ? Or il est écrit dans la Meguilat Taanit : le jour quatorze et le jour quinze sont les jours de Pourim, où l'on ne fait pas d'oraison funèbre,

📜 Rachi (1)
וְכִי פְּשִׁיטָא לֵיהּ שֶׁהָיָה מִבְּנֵי חֲמֵיסַר מִי שָׁרִי בְּאַרְבֵּיסַר בִּמְלָאכָה:
Même s'il lui était évident qu'il appartenait à ceux du quinze, lui était-il permis de travailler le quatorze ?
💡 Explication

Nouvelle objection : à supposer même que Rabbi ait lu le quinze, le quatorze lui était-il libre ? La Meguilat Taanit énumère les deux jours ensemble, ce qui laisse entendre que chacun est tenu par les deux.

7
וְאָמַר רָבָא: לָא נִצְרְכָא, אֶלָּא לֶאֱסֹור אֶת שֶׁל זֶה בָּזֶה וְאֶת שֶׁל זֶה בָּזֶה? הָנֵי מִילֵּי בְּהֶסְפֵּד וּבְתַעֲנִית, אֲבָל מְלָאכָה — יוֹם אֶחָד וְתוּ לָא.

et Rava a dit : cela n'était nécessaire que pour interdire celui-ci en ce jour-là et celui-là en ce jour-ci ? Cela ne vaut que pour l'oraison funèbre et le jeûne ; mais le travail — un seul jour, et pas davantage.

📜 Rachi (1)
לָא נִצְרְכָא בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית שֶׁהֲרֵי כְּבָר כְּתוּבִין בִּמְגִלַּת אֶסְתֵּר שֶׁאָסוּר בְּהֶסְפֵּד וְתַעֲנִית אֶלָּא לֶאֱסֹור כו':
Dans la Meguilat Taanit, puisqu'il est déjà écrit dans la meguila d'Esther qu'il est interdit d'y faire une oraison funèbre et d'y jeûner ; cela n'était donc nécessaire que pour interdire, etc.
💡 Explication

Rachi dégage la logique de Rava : l'interdit d'oraison funèbre et de jeûne figure déjà dans la meguila d'Esther, si bien que la mention des deux dates dans la Meguilat Taanit n'ajoute rien sinon le croisement — celui du quatorze est lié aussi le quinze, et réciproquement.

La réponse limite ce croisement : il porte sur l'hesped et la taanit, tandis que la melakha ne concerne que le jour propre de chacun. Rabbi, du quinze, était donc libre de planter le quatorze.

8
אֵינִי? וְהָא רַב חַזְייֵהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה קָא שָׁדֵי כִּיתָּנָא בְּפוּרַיָּא, וְלַטְיֵיהּ וְלָא צְמַח כִּיתָּנֵיהּ! הָתָם, בַּר יוֹמָא הֲוָה.

Est-ce ainsi ? Mais Rav a vu un certain homme qui semait du lin à Pourim, il l'a maudit et son lin n'a pas poussé !

Là-bas, il s'agissait de son propre jour.

📜 Rachi (2)
שְׁדֵי כִּיתָּנָא זוֹרֵעַ פִּשְׁתָּן:
Il sème du lin.
בַּר יוֹמֵיהּ הֲוָה שֶׁקָּרְאוּ בּוֹ בְּנֵי עִירוֹ: אֲפִילּוּ תֵּימָא בַּר יוֹמֵיהּ הֲוָה גָּרְסִי' רַבִּי שֶׁנָּטַע נְטִיעָה בַּיּוֹם שֶׁקָּרְאוּ בּוֹ נָטַע וּדְקָא קַשְׁיָא לָךְ יוֹם טוֹב שֶׁאָסוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה הַהוּא קְרָא דִּכְתִיב שִׂמְחָה וּמִשְׁתֶּה וְיוֹם טוֹב כְּתִיב מֵעִיקָּרָא קֹודֶם קַבָּלָה אֲבָל בִּשְׁעַת קַבָּלָה לֹא קִיבְּלוּ עֲלֵיהֶן אֶלָּא שִׂמְחָה וּמִשְׁתֶּה לְאָוסְרָן בְּהֶסְפֵּד וְתַעֲנִית אֲבָל י"ט לֹא קִיבְּלוּ עֲלֵיהֶן:
C'est le jour où les gens de sa ville avaient lu la meguila. Et l'on a la lecture : « même si tu dis qu'il s'agissait de son propre jour » — Rabbi, qui a planté une plantation, l'a plantée le jour même où l'on avait lu chez lui ; et ce qui te fait difficulté, le « bon jour » qui interdit l'accomplissement d'un travail : ce verset où il est écrit « joie, festin et bon jour » a été écrit au début, avant l'acceptation ; mais au moment de l'acceptation ils n'ont accepté sur eux que la joie et le festin, pour s'interdire l'oraison funèbre et le jeûne, tandis que le « bon jour » ils ne l'ont pas accepté sur eux.
💡 Explication

Le récit de Rav sert d'objection pratique : si le travail est libre hors de son jour, pourquoi cette malédiction ? La guemara répond d'abord par le calendrier — l'homme semait le jour même où sa ville lisait la meguila.

La longue glose de Rachi sur ce passage anticipe déjà la solution suivante : le verset « joie, festin et bon jour » décrit l'usage antérieur à l'engagement, tandis que l'engagement lui-même n'a retenu que la joie et le festin.

9
רַבָּה בְּרֵיהּ דְּרָבָא אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא בְּיוֹמֵיהּ — הֶסְפֵּד וְתַעֲנִית קַבִּילוּ עֲלַיְיהוּ, מְלָאכָה לָא קַבִּילוּ עֲלַיְיהוּ.

Rabba fils de Rava dit : tu peux même dire qu'il s'agissait de son propre jour — l'oraison funèbre et le jeûne, ils les ont acceptés sur eux ; le travail, ils ne l'ont pas accepté sur eux.

💡 Explication

Rabba fils de Rava change le terrain. La question n'est plus de savoir quel jour est le Pourim de chacun, mais quelle étendue a reçu l'engagement pris par le peuple. L'obligation de Pourim procède d'une kabbala (acceptation) ; ce qui n'a pas été accepté n'a jamais pris force d'interdit.

10
דְּמֵעִיקָּרָא כְּתִיב: ״שִׂמְחָה וּמִשְׁתֶּה וְיוֹם טוֹב״, וּלְבַסּוֹף כְּתִיב: ״לַעֲשׂוֹת אוֹתָם יְמֵי מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה״, וְאִילּוּ ״יוֹם טוֹב״ לָא כְּתִיב.

Car au début il est écrit : « joie, festin et bon jour », et à la fin il est écrit : « d'en faire des jours de festin et de joie », tandis que « bon jour » n'y est pas écrit.

💡 Explication

La preuve repose sur l'écart entre deux versets du même chapitre. Esther 9,19 décrit ce que les Juifs des villes ouvertes faisaient déjà et comporte trois termes. Esther 9,22, qui énonce l'obligation transmise par Mordekhai, n'en garde que deux. Le terme yom tov, seul support de l'interdit de travail, disparaît au moment où l'engagement se fixe.

🖼️ Schéma
Le mot qui manque au second verset Esther 9,19 — la description simha (joie) michté (festin) ve-yom tov (et bon jour) Ce que les Juifs faisaient déjà. Esther 9,22 — l'engagement michté (festin) simha (joie) le troisième terme manque Ce que le peuple a accepté sur lui. L'interdit de travail reposait sur le seul terme absent : il n'a donc jamais été pris en charge par l'acceptation.
La comparaison des deux versets fonde la position de Rabba fils de Rava sur une omission, et non sur un raisonnement extérieur au texte.
11
וְאֶלָּא רַב מַאי טַעְמָא לַטְייֵהּ לְהָהוּא גַּבְרָא? דְּבָרִים הַמֻּותָּרִין וַאֲחֵרִים נָהֲגוּ בָּהֶן אִיסּוּר הֲוָה. וּבְאַתְרֵיהּ דְּרַבִּי לָא נְהוּג.

Mais alors, pour quelle raison Rav a-t-il maudit cet homme ? Il s'agissait de choses permises dont d'autres ont pris la coutume de s'interdire.

Et dans le lieu de Rabbi, on n'en avait pas la coutume.

📜 Rachi (1)
וּבְאַתְרֵיהּ דְּרַבִּי לָא נְהוּג גָּרְסִינַן בִּמְקוֹמוֹ שֶׁל רַבִּי לֹא נָהֲגוּ אִיסּוּר בַּדָּבָר:
Dans le lieu de Rabbi, on n'avait pas la coutume de s'interdire la chose.
🗂️ Tossefot (1)
דְּבָרִים הַמֻּותָּרִים וַאֲחֵרִים נָהֲגוּ בָּהֶן אִיסּוּר. קָשֶׁה דְּהָא רַבִּי הִתִּיר בֵּית שְׁאָן ע"י ר' מֵאִיר שֶׁאָכַל שָׁם עָלֶה שֶׁל יָרָק בְּחֻולִּין (דַּף ו:) וְי"ל דְּהָתָם לֹא נָהֲגוּ אִיסּוּר אֶלָּא בְּטָעוּת וְהָכָא מַיְירֵי בְּדָבָר שֶׁנָּהֲגוּ בּוֹ אִיסּוּרָא בְּמִתְכַּוֵּין:
« Des choses permises dont d'autres ont pris la coutume de s'interdire. » C'est difficile : Rabbi a bien permis Beit Chean, à la suite de Rabbi Meir qui y avait mangé une feuille de légume, dans Houlin (6b). On peut répondre : là-bas, la coutume d'interdit ne s'était établie que par erreur, tandis qu'ici il s'agit d'une chose que l'on a pris délibérément la coutume de s'interdire.
💡 Explication

Si le travail est permis de droit, la malédiction de Rav s'explique par la règle des devarim hamoutarim ve-aherim nahagou bahen issour : une chose permise que la coutume d'un lieu traite comme interdite ne peut y être pratiquée ouvertement. La contrainte tient au lieu et non à la loi.

Les Tossefot opposent le cas de Beit Chean, où Rabbi a levé une coutume restrictive, et répondent par une distinction : une coutume née d'une erreur peut être levée, une coutume adoptée sciemment tient.

12
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: לְעוֹלָם נָהוּג — וְרַבִּי נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה נָטַע. כְּדִתְנַן: עָבְרוּ אֵלּוּ וְלֹא נַעֲנוּ — מְמַעֲטִין בְּמַשָּׂא וּמַתָּן, בְּבִנְיָן וּבִנְטִיעָה, בְּאֵירוּסִין וּבְנִישּׂוּאִין.

Ou bien, si tu veux, dis : en vérité la coutume existait, et Rabbi a planté une plantation de joie. Comme nous l'avons appris : si ces jeûnes sont passés et qu'ils n'ont pas été exaucés, on réduit le négoce, la construction et la plantation, les fiançailles et les mariages.

📜 Rachi (4)
נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה דְּכֵיוָן דְּפוּרִים יוֹם שִׂמְחָה הוּא מֻותָּר לִנְטֹועַ נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה:
Puisque Pourim est un jour de joie, il est permis d'y planter une plantation de joie.
כְּדִתְנַן עָבְרוּ אֵלּוּ י"ג תַּעֲנִיּוֹת שב"ד מִתְעַנִּין עַל הַגְּשָׁמִים:
Les treize jeûnes que le beit din institué pour la pluie.
וְלֹא נַעֲנוּ מִן הַשָּׁמַיִם:
Depuis le Ciel.
מְמַעֲטִין בִּנְטִיעָה וּבְבִנְיָן:
En fait de plantation et de construction.
🗂️ Tossefot (2)
מְמַעֲטִין בְּמַשָּׂא וּמַתָּן. פִּי' שֶׁל שִׂמְחָה דֻּומְיָא דְּבִנְיָן וּנְטִיעָה דִּבְסָמוּךְ אֲבָל שְׁאָר בִּנְיָנִים שָׁרוּ וְאֵין לְךָ מַשָּׂא וּמַתָּן גָּדוֹל מִזֶּה:
« On réduit le négoce. » Comprends : le négoce de joie, à l'image de la construction et de la plantation mentionnées juste après ; mais les autres constructions sont permises, et il n'existe pas de négoce plus grand que celui-là.
מְמַעֲטִין . רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁלֹּא יְהוּ שִׁשִּׁים כְּלָל וַחֲמִירִי מִתִּשְׁעָה בְּאָב שֶׁמְּאָרְסִין בּוֹ אֲבָל אֵין לְפָרֵשׁ מְמַעֲטִין אֲבָל שִׁשִּׁים קְצָת דְּאִם כֵּן הָיָה לוֹ לְפָרֵשׁ הַשִּׁיעוּר מָה הוּא קוֹרֵא מְמַעֵט:
« On réduit. » Cela veut dire qu'ils ne se réjouiront pas du tout, et c'est plus rigoureux que le neuf Av, où l'on se fiance. On ne peut expliquer « on réduit » au sens où l'on se réjouirait encore un peu, car il aurait alors fallu préciser la mesure : qu'appelle-t-il réduire ?
💡 Explication

Dernière réponse : même si la coutume d'abstention existait aussi dans le lieu de Rabbi, elle portait sur le travail ordinaire, et la plantation de Rabbi relevait d'un autre ordre. La michna de Taanit sert ici de source : lorsque les treize jeûnes publics pour la pluie sont passés sans réponse, on réduit une série d'activités.

Ces activités ont un point commun que la beraita du segment suivant va nommer : elles relèvent de la simha. Une conduite écartée les jours d'affliction convient à un jour de joie.

13
וּתְנָא עֲלָהּ: בִּנְיָן — בִּנְיָן שֶׁל שִׂמְחָה, נְטִיעָה — נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה. אֵיזֶהוּ בִּנְיָן שֶׁל שִׂמְחָה? זֶה הַבּוֹנֶה בֵּית חַתְנוּת לִבְנוֹ. אֵיזוֹ הִיא נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה? זֶה הַנּוֹטֵעַ אַבְוַרְנְקִי שֶׁל מְלָכִים.

Et l'on a enseigné à ce sujet : « construction » — une construction de joie ; « plantation » — une plantation de joie. Qu'est-ce qu'une construction de joie ?

Celui qui bâtit une maison de noces pour son fils. Qu'est-ce qu'une plantation de joie ?

Celui qui plante un avourneki de rois.

📜 Rachi (2)
וּתְנָא נְטִיעָה נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה בִּנְיָן הָאָמוּר כָּאן שֶׁאֲסוּרִין בְּבִנְיָן שֶׁל שִׂמְחָה שֶׁנּוֹהֲגִין עַצְמָן כִּנְזוּפִין וְכַאֲבֵלִים:
La construction dont il est question ici : ils sont interdits de construction de joie, car ils se conduisent comme des réprouvés et comme des endeuillés.
וּנְטִיעָה הָאֲמוּרָה כָּאן נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה כְּגוֹן אַבְוַרְנְקִי אִילָן שֶׁצִּילּוֹ נָאֶה כְּגוֹן אִילָן שֶׁכּוֹפְפִין אוֹתוֹ עַל גַּבֵּי כְּלוֹנָסוֹת וִיתֵידוֹת וְהַמְּלָכִים אוֹכְלִין תַּחְתָּיו בִּימוֹת הַחַמָּה וּמִתְעַדְּנִין בָּהּ בְּמִינֵי שְׂמָחוֹת וּבִנְיַן בֵּית חַתְנוּת לִבְנוֹ כְּשֶׁמַּשִּׂיא אִשָּׁה לִבְנוֹ הָרִאשׁוֹן הָיָה בּוֹנֶה לוֹ בַּיִת וְעוֹשֶׂה לוֹ חֻופָּה בְּתוֹכוֹ אַלְמָא אִיכָּא נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה:
Celle dont il est question ici est une plantation de joie, tel l'avourneki : un arbre dont l'ombre est belle, un arbre que l'on courbe sur des perches et des piquets, sous lequel les rois mangent à la saison chaude et se délectent de toutes sortes de réjouissances. Et la construction d'une maison de noces pour son fils : lorsqu'on mariait son fils aîné, on lui bâtissait une maison et on y dressait sa houpa. Il existe donc bien une plantation de joie.
💡 Explication

La beraita restreint la michna. Les jeûnes publics ne suspendent ni l'habitat ni la culture vivrière ; ils écartent ce qui tient de l'agrément. La maison de noces se bâtissait pour le mariage du fils aîné, et l'avourneki, décrit par Rachi, est un arbre que l'on courbe sur des perches pour former un ombrage sous lequel les rois prennent leur repas.

La conclusion porte sur Pourim : la plantation de Rabbi appartenait à cette catégorie, ce qui la place du côté de la joie du jour.

🖼️ Schéma
Ce que les jeûnes publics écartent, et ce qui convient à un jour de joie Construction de joie La maison de noces bâtie pour le mariage du fils. Les autres constructions restent permises. Plantation de joie L'avourneki : arbre courbé sur des perches, ombrage des repas royaux. Les plantations nourricières restent permises. Ce que l'affliction retranche, la joie de Pourim admet : la plantation de Rabbi se range du côté de la simha du jour.
La beraita définit par l'agrément, non par l'effort : seul le superflu de joie recule les jours de jeûne public.
14
גּוּפָא: חִזְקִיָּה קָרֵי בִּטְבֶרְיָא בְּאַרְבֵּיסַר וּבַחֲמֵיסַר, מְסַפְּקָא לֵיהּ אִי מֻוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן הִיא אִי לָא. וּמִי מְסַפְּקָא לֵיהּ מִלְּתָא דִטְבֶרְיָא? וְהָכְתִיב: ״וְעָרֵי מִבְצָר הַצִּדִּים צֵר וְחַמַּת רַקַּת וְכִנָּרֶת״, וְקַייְמָא לַן רַקַּת זוֹ טְבֶרְיָא! הַיְינוּ טַעְמָא דִּמְסַפְּקָא לֵיהּ, מִשּׁוּם דְּחַד גִּיסָא שׁוּרָא דְיַמָּא הֲוָת.

Revenons au corps de l'enseignement : Hizkiya lisait à Tibériade le quatorze et le quinze, car il avait un doute : était-elle ceinte d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun ou non. Et avait-il vraiment un doute sur le cas de Tibériade ?

Or il est écrit : « Et les villes fortifiées : Tsidim-Tser, Hamat, Rakat et Kinneret », et il est établi pour nous que Rakat, c'est Tibériade ! Voici la raison de son doute : d'un côté, sa muraille était la mer.

📜 Rachi (2)
וְעָרֵי מִבְצָר הַצִּדִּים וְגוֹ' בְּסֵפֶר יְהוֹשֻׁעַ (יט) בְּנַחֲלַת נַפְתָּלִי וְקַייְמָא לָן לְקַמָּן דְּרַקַּת זוֹ טְבֶרְיָא וְקָרֵי לֵיהּ עָרֵי מִבְצָר אַלְמָא מֻוקֶּפֶת חוֹמָה הֲוַאי:
Dans le livre de Yehochoua (19), dans la part de Naftali. Et il est établi pour nous plus loin que Rakat, c'est Tibériade ; or le verset l'appelle « villes fortifiées » : elle était donc ceinte d'une muraille.
דְּחַד גִּיסָא שׁוּרָא דְיַמָּא הָוְיָא אֵין לָהּ חוֹמָה מִצַּד אֶחָד אֶלָּא הַיָּם חוֹמָתָהּ וּמְסַפְּקָא לֵיהּ אִי חֲשִׁיב הֶיקֵּף אִי לֹא:
D'un côté elle n'a pas de muraille, mais la mer lui tient lieu de muraille ; et il a un doute : cela compte-t-il comme un entourage ou non ?
💡 Explication

La guemara reprend « gufa », le corps même de l'enseignement cité en passant, pour l'examiner pour lui-même. Le verset de Yehochoua 19,35 range Rakat parmi les villes fortifiées, et la tradition identifie Rakat à Tibériade. Le doute devrait donc être levé.

La réponse tient à la configuration du site : sur l'un de ses côtés, Tibériade n'a pas de muraille bâtie, le lac lui en tient lieu. Reste à savoir si une telle ceinture compte comme hekef (entourage).

15
אִי הָכִי, אַמַּאי מְסַפְּקָא לֵיהּ? וַדַּאי לָאו חוֹמָה הִיא! דְּתַנְיָא: ״אֲשֶׁר לוֹ חוֹמָה״ — וְלֹא שׁוֹר אִיגָּר. ״סָבִיב״ — פְּרָט לִטְבֶרְיָא שֶׁיַּמָּהּ חוֹמָתָהּ.

S'il en est ainsi, pourquoi avait-il un doute ? Ce n'est certainement pas une muraille !

Car il est enseigné : « qui a une muraille » — à l'exclusion d'un mur de toits ; « autour » — à l'exclusion de Tibériade, dont la mer est la muraille.

📜 Rachi (3)
חוֹמָה וְלֹא שׁוֹר אִיגָּר בְּבָתֵּי עָרֵי חוֹמָה כְּתִיב עִיר חוֹמָה וְלֹא עִיר שֶׁאֵין לָהּ חוֹמָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ אֶלָּא מֻוקֶּפֶת בָּתִּים סְמוּכוֹת זוֹ לְזוֹ וְחוֹמוֹת חִיצוֹנוֹת שֶׁל בָּתִּים נַעֲשׂוֹת חוֹמָה לָעִיר וְהַיְינוּ שׁוֹר אִיגָּר שֶׁגַּגּוֹתֶיהָ חוֹמוֹתֶיהָ גַּג מְתַרְגְּמִינַן אִיגָּר:
À propos des maisons des villes murées il est écrit « ville de muraille » : une ville qui possède sa propre muraille, à l'exclusion d'une ville qui en est dépourvue et se trouve seulement entourée de maisons contiguës dont les murs extérieurs font office de muraille. Tel est le chour igar : ses toits sont ses murailles — gag (toit) se traduit en araméen par igar.
סָבִיב לְגַבֵּי בָּתֵּי הַחֲצֵרִים כְּתִיב אֲשֶׁר אֵין לָהֶם חֹומָה סָבִיב מִכְּלָל דְּבָתֵּי עָרֵי חוֹמָה מְסֻובֶּבֶת סָבִיב קָאָמ':
À propos des maisons des villages il est écrit « qui n'ont pas de muraille autour » ; il en ressort que les maisons des villes murées supposent une muraille qui entoure de tous côtés.
פְּרָט לִטְבֶרְיָא שֶׁיַּמָּהּ חוֹמָתָהּ שֶׁהַיָּם שֶׁלָּהּ הִיא חוֹמָתָהּ מִצַּד הָאֶחָד:
Car sa mer lui tient lieu de muraille sur l'un de ses côtés.
💡 Explication

La beraita citée relève de la loi des batei arei homa, les maisons vendues dans une ville murée (Vayikra 25,29-31), dont le rachat obéit à un régime propre. Deux exclusions y sont tirées du texte : la ville doit avoir une muraille propre, et non le mur formé par les toits des maisons contiguës, que Rachi nomme chour igar ; et cette muraille doit faire le tour complet, ce qui écarte Tibériade.

L'objection est donc forte : sur ce chapitre, la mer ne vaut pas muraille, et le doute de Hizkiya paraît sans objet.

🖼️ Schéma
La configuration de Tibériade, vue d'en haut mer ville trois côtés murailles un côté la mer Maisons de ville murée Le mot "autour" exige une ceinture complète : Tibériade est exclue. Lecture de la meguila Le texte ignore le mot muraille et parle de perazim : le doute demeure. Le même côté ouvert reçoit deux verdicts, parce que les deux lois ne mesurent pas la même chose.
Le côté ouvert sur le lac suffit à exclure Tibériade de la loi des maisons de ville murée, sans trancher pour autant la question de la meguila.
16
לְעִנְיַן בָּתֵּי עָרֵי חוֹמָה לָא מְסַפְּקָא לֵיהּ. כִּי קָא מְסַפְּקָא לֵיהּ לְעִנְיַן מִקְרָא מְגִילָּה, מַאי פְּרָזִים וּמַאי מֻוקָּפִין דִּכְתִיבִי גַּבֵּי מִקְרָא מְגִילָּה? מִשּׁוּם דְּהָנֵי מִיגַּלּוּ וְהָנֵי לָא מִיגַּלּוּ — וְהָא נָמֵי מִיגַּלְּיָא, אוֹ דִּלְמָא: מִשּׁוּם דְּהָנֵי מִיגְּנוּ וְהָנֵי לָא מִיגְּנוּ — וְהָא נָמֵי מִיגַּנְּיָא. מִשּׁוּם הָכִי מְסַפְּקָא לֵיהּ.

Quant aux maisons des villes murées, il n'avait pas de doute. Son doute portait sur la lecture de la meguila : que sont les perazim et que sont les moukafim dont il est question à propos de la lecture de la meguila ?

Est-ce parce que ceux-ci sont exposés et ceux-là non — or celle-ci aussi est exposée ; ou bien est-ce parce que ceux-là sont protégés et ceux-ci non — or celle-ci aussi est protégée ? C'est pour cela qu'il avait un doute.

📜 Rachi (1)
כִּי מְסַפְּקָא לֵיהּ לְעִנְיַן מִקְרָא מְגִילָּה דְּלָא מְפֹורָשׁ בָּהּ חוֹמָה אֶלָּא לְשׁוֹן פְּרָזִים וְשֶׁאֵינָן פְּרָזִים כְּתִיב בָּהּ וּמְסַפְּקָא לֵיהּ הַאי לְשׁוֹן פְּרָזִים אִי לְשׁוֹן גָּלוּי הוּא אוֹ לְשׁוֹן עִיר הַנּוֹחָה לִיכָּבֵשׁ:
Car la muraille n'y est pas mentionnée explicitement ; il n'y est écrit que le terme perazim et ce qui n'est pas perazim. Et il a un doute sur ce terme de perazim : désigne-t-il ce qui est à découvert, ou bien une ville facile à conquérir ?
💡 Explication

La guemara résout en séparant les deux lois. La loi des maisons de ville murée se fonde sur le mot homa (muraille) et exige une ceinture bâtie, ce qui exclut Tibériade sans hésitation.

La meguila emploie un autre vocabulaire : perazim et moukafim. Rachi pose la question sur le sens même du mot : désigne-t-il ce qui est à découvert, ou une ville facile à prendre ? Selon le critère retenu, Tibériade bascule d'un côté ou de l'autre, car le lac la laisse exposée au regard tout en la protégeant de l'assaut.

🖼️ Schéma
Deux lectures possibles du mot perazim Critère de l'exposition Les perazim sont à découvert, les moukafim sont dérobés au regard. Tibériade est exposée : elle lirait le quatorze. Critère de la protection Les moukafim sont à l'abri d'un assaut, les perazim sont faciles à prendre. La mer protège Tibériade : elle lirait le quinze. Faute de trancher entre les deux critères, Hizkiya lit les deux jours et sort ainsi du doute par la pratique.
Le doute porte sur la définition, et la conduite de Hizkiya en tire la seule conséquence possible : lire aux deux dates.
17
רַב אַסִּי קָרֵי מְגִילָּה בְּהוּצָל בְּאַרְבֵּיסַר וּבַחֲמֵיסַר. מְסַפְּקָא לֵיהּ אִי מֻוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן הִיא, אִי לֹא. אִיכָּא דְּאָמַר, אָמַר רַב אַסִּי: הַאי הוּצָל דְּבֵית בִּנְיָמִין, מֻוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ הִיא.

Rav Assi lisait la meguila a Houtsal le quatorze et le quinze, car il avait un doute : était-elle ceinte d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun ou non. Certains rapportent que Rav Assi a dit : ce Houtsal de la maison de Binyamin est ceint d'une muraille depuis les jours de Yehochoua.

💡 Explication

Le cas de Houtsal, en Babylonie, prolonge celui de Tibériade, avec un doute d'une autre nature : il porte sur l'histoire du lieu et non sur la définition d'un mot. La seconde version supprime le doute et fait de Houtsal une ville murée établie.

18
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כִּי הֲוֵינָא טַלְיָא אָמֵינָא מִלְּתָא דִּשְׁאֵילְנָא לְסָבַיָּיא

Rabbi Yo'hanan dit : lorsque j'étais jeune garçon, j'ai dit une chose sur laquelle j'ai ensuite interrogé les anciens,

📜 Rachi (1)
כַּד הֲוֵינָא טַלְיָא כְּשֶׁהָיִיתִי נַעַר:
Lorsque j'étais un jeune garçon.
💡 Explication

Le folio s'achève sur l'ouverture d'un enseignement de Rabbi Yo'hanan, qui se poursuit au folio suivant. Il y rapporte une intuition de jeunesse au sujet de Rakat et de Tibériade, soumise ensuite à la vérification des anciens.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).