Megillah 6a — Identifier les villes de l'Écriture : Hamat, Rakat et Kineret, la plainte de Zevoulon, et la bascule entre Césarée et Jérusalem

Megillah 6a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la suite de l'enseignement de Rabbi Yo'hanan : l'intuition de sa jeunesse, qui identifiait Hamat à Tibériade, Rakat à Tsipori et Kineret à Guinossar, a été confirmée par les anciens. Rava la réfute à partir des formules d'oraison funèbre employées pour les morts de Babylonie que l'on fait monter en terre d'Israël : elles appellent Tibériade du nom de Rakat.

Rabba reprend alors la liste autrement, et trois étymologies de Tibériade sont proposées. La sougya passe à Kitron, que Zeira identifie à Tsipori, et cette identification déclenche une longue objection tirée de la plainte de Zevoulon sur son lot : montagnes et mers au lieu de champs et de vignes, avec pour réponse le hilazon, la tarit et le sable à verre.

Le folio s'achève sur Ekron et Césarée, sur la règle qui fait de Césarée et de Jérusalem deux villes qui ne peuvent tenir ensemble, puis sur deux enseignements de Rabbi Yits'hak : la demande de grâce formulée par Yits'hak en faveur d'Essav, et la prière de Yaakov pour que le dessein d'Essav n'aboutisse pas.

Trois noms de l'Écriture, deux identifications successives Nom biblique Hamat Rakat Kineret R. Yo'hanan jeune confirmé par les anciens Tibériade nom tiré des sources chaudes, hamei Tibériade Tsipori élevée comme la berge d'un fleuve, rikta Guinossar fruits doux comme le son du kinor Objection de Rava — Rakat est Tibériade, et la langue des eulogistes le prouve. Grand à Chechakh, il avait un nom à Rakat. Habitants de Rakat, recevez les morts de la vallée profonde. Et sur Rabbi Zera : Rakat a dit, malheur à elle, car elle a perdu l'objet de son désir. Rabba conclusion retenue par la guemara Hamei Guerar les sources chaudes de Guerar, près de Tibériade Tibériade même ses rekanim, ses vides, sont pleins de mitsvot Guinossar identification inchangée
Rakat passe de Tsipori à Tibériade ; Hamat glisse vers les sources chaudes de Guerar. Seule Kineret reste identifiée de la même manière dans les deux listes.
La plainte de Zevoulon et la réponse qui lui est faite Le lot des frères Des champs et des vignes. Des terres cultivables, Naftali sur les hauteurs du champ. Le lot de Zevoulon Des montagnes et des collines. Des mers et des fleuves. Plainte — Maître du monde, à mes frères Tu as donné la terre, et à moi les eaux. Réponse — Tous auront besoin de toi, à cause du hilazon. chefounei : le hilazon son sang donne le tekhelet, vendu à prix élevé temounei : la tarit un poisson des eaux de Zevoulon hol : le sable d'où l'on tire le verre blanc Le signe donné à Zevoulon : là ils offriront des sacrifices de justice. Qui prend sans payer échoue dans tout son commerce.
Le lot de Zevoulon est pauvre en surface et riche en profondeur. La réponse ne change pas le lot, elle en révèle la valeur et la protège par un signe.
Césarée et Jérusalem : les quatre hypothèses et la seule règle Hypothèse Verdict Les deux sont détruites Ne le crois pas Les deux sont peuplées Ne le crois pas Césarée détruite, Jérusalem peuplée Crois-le Jérusalem détruite, Césarée peuplée Crois-le Appuis scripturaires : je me remplirai de sa ruine, et un peuple sera plus fort que l'autre peuple.
Deux villes, une seule mesure de plénitude : ce que l'une gagne, l'autre le perd.
1
וְאִישְׁתְּכַח כְּווָתִי. חֲמָת זוֹ טְבֶרְיָא, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ חַמַּת? עַל שׁוּם חַמֵּי טְבֶרְיָא. רַקַּת זוֹ צִיפּוֹרִי, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ רַקַּת? מִשּׁוּם דְּמִידַּלְייָא כְּרַקְתָּא דְנַהְרָא. כִּינֶּרֶת זוֹ גִּינּוֹסַר, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ כִּינֶּרֶת? דִּמְתִיקִי פֵּירָא כְּקָלָא דְכִינָּרֵי.

et il s'est trouvé que l'on tranchait comme moi. Hamat, c'est Tibériade ; et pourquoi l'appelle-t-on Hamat ?

À cause des sources chaudes (hamei) de Tibériade. Rakat, c'est Tsipori ; et pourquoi l'appelle-t-on Rakat ?

Parce qu'elle est élevée comme la berge (rikta) d'un fleuve. Kineret, c'est Guinossar ; et pourquoi l'appelle-t-on Kineret ?

Parce que ses fruits sont doux comme le son de la harpe (kinor).

📜 Rachi (2)
וְאִישְׁתְּכַח כְּווָתִי גָּרְסִי':
« Et il s'est trouvé que l'on tranchait comme moi » : telle est la leçon que nous lisons.
רַקְתָּא דְּנַהֲרָא שְׂפַת הַנָּהָר גָּבוֹהַּ מִן הַנָּהָר אַף צִיפּוֹרִי יוֹשֶׁבֶת בְּרֹאשׁ הָהָר:
La berge du fleuve est plus haute que le fleuve ; de même Tsipori est assise au sommet de la montagne.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ 'חֲמָת'? עַל שׁוּם חַמֵּי טְבֶרְיָא. לָאו מִשּׁוּם שֶׁלֹּא נִמְצָא בָּהּ דָּבָר יוֹתֵר טוֹב מִן הַחַמִּין קְרָאוּהָ עַל שֵׁם הַחַמִּין, אֶלָּא קְרָאוּהָ עַל שֵׁם הַחַמִּין כִּי בָּזֶה יִהְיֶה לָהּ סִימָן מֻובְהָק יוֹתֵר שֶׁלֹּא נִמְצָא בְּכָל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל מַעְיָן חָם אֶלָּא זֶה שֶׁל טְבֶרְיָא.
« Pourquoi l'appelle-t-on Hamat ? À cause des sources chaudes de Tibériade. » On l'a nommée d'après ces eaux chaudes parce qu'elles constituent pour elle le signe le plus distinctif : dans toute la terre d'Israël on ne trouve de source chaude que celle de Tibériade. La raison n'en est donc pas qu'on n'aurait rien trouvé chez elle de meilleur que ces eaux chaudes.
💡 Explication

Le folio précédent s'achevait sur Rabbi Yo'hanan rapportant une intuition de jeunesse soumise ensuite aux anciens. Le daf s'ouvre sur l'issue de cette vérification : son avis a été confirmé. L'objet en est l'identification des trois villes fortifiées de Naftali nommées en Yehochoua 19, 35 — Hamat, Rakat, Kineret — avec des localités connues à l'époque des Amoraim.

Chaque identification s'appuie sur une étymologie qui rattache le nom biblique à un trait du lieu : les eaux chaudes pour Hamat, la hauteur de la berge pour Rakat, la douceur des fruits pour Kineret. Cette méthode, courante dans la aggada, cherche moins l'origine philologique du nom que la raison pour laquelle l'Écriture l'a retenu.

2
אָמַר רָבָא: מִי אִיכָּא לְמַאן דְּאָמַר רַקַּת לָאו טְבֶרְיָא הִיא? וְהָא כִּי שָׁכֵיב אִינִישׁ הָכָא, הָתָם סָפְדִי לֵיהּ הָכִי: ״גָּדוֹל הוּא בְּשֵׁשַׁךְ, וְשֵׁם לוֹ בָּרֶקֶת״. וְכִי מַסְּקִי אֲרוֹנָא לְהָתָם, סָפְדִי לֵיהּ הָכִי: אוֹהֲבֵי שְׂרִידִים יוֹשְׁבֵי רַקַּת, צְאוּ וְקַבְּלוּ הֲרוּגֵי עֹומֶק.

Rava dit : y a-t-il quelqu'un pour soutenir que Rakat n'est pas Tibériade ? Or, lorsqu'un homme meurt ici, en Babylonie, on fait la-bas son oraison funèbre en ces termes : « il était grand à Chechakh, et il avait un nom à Rakat ».

Et lorsqu'on fait monter là-bas son cercueil, on l'eulogise ainsi : vous qui aimez les rescapés, habitants de Rakat, sortez et recevez ceux qui ont été tués dans la vallée profonde.

📜 Rachi (8)
כִּי שָׁכֵיב אִינִישׁ הָכָא כְּשֶׁמֵּת אָדָם גָּדוֹל בְּבָבֶל:
Lorsqu'un grand homme meurt en Babylonie.
סָפְדִי לֵיהּ הָתָם בִּטְבֶרְיָא:
À Tibériade.
שֵׁשַׁךְ בָּבֶל בְּחִילּוּף א"ת ב"ש:
Babel, selon la permutation at-bach.
וְשֵׁם לוֹ בָּרֶקֶת יָצָא לוֹ שֵׁם בִּטְבֶרְיָא:
Il s'était fait un nom à Tibériade.
וְכִי מַסְּקִי אָרוֹן שֶׁל מֵת מִבָּבֶל לְקָובְרוֹ בִּטְבֶרְיָא:
Celui d'un mort, que l'on fait monter de Babylonie pour l'ensevelir à Tibériade.
אָמְרוּ הָכִי הַסַּפְדָנִין קוֹרִין בַּשְּׁווָקִים בַּלָּשׁוֹן הַזֶּה שֶׁיָּצְאוּ לִקְרַאת הַמֵּת:
Les eulogistes proclament sur les places, en ces termes, que l'on sorte à la rencontre du mort.
אוֹהֲבֵי שְׂרִידִים אוֹהֲבֵי יִשְׂרָאֵל:
Ceux qui aiment Israël.
יוֹשְׁבֵי רַקַּת צְאוּ וְקַבְּלוּ הֲרוּגֵי עֹמֶק מָתַי בָּבֶל הָעֲמֻוקָּה:
Les morts de la Babylonie, qui est profonde.
💡 Explication

Rava conteste l'identification de Rakat avec Tsipori par un argument tiré de l'usage vivant de la langue : les formules d'oraison funèbre en cours à son époque appellent Tibériade du nom de Rakat. Le raisonnement vaut preuve, car ces formules sont fixes, publiques et répétées.

Chechakh désigne Babel par la permutation at-bach, qui échange la première lettre de l'alphabet avec la dernière, la deuxième avec l'avant-dernière, et ainsi de suite ; le procédé est déjà employé par Yirmeyahou. La « vallée profonde » désigne la Babylonie, basse par rapport à la terre d'Israël, où l'on faisait monter les défunts pour les ensevelir.

3
כִּי נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרַבִּי זֵירָא, פְּתַח עֲלֵיהּ הַהוּא סַפְדָנָא: אֶרֶץ שִׁנְעָר הָרָה וְיָלְדָה, אֶרֶץ צְבִי גִּידְּלָה שַׁעֲשׁוּעֶיהָ. אוֹי נָא לָהּ, אָמְרָה רַקַּת, כִּי אִבְּדָה כְּלִי חֶמְדָּתָהּ.

Lorsque Rabbi Zera s'éteignit, un certain eulogiste ouvrit ainsi son oraison : la terre de Chinear a conçu et enfanté, la terre du cerf a élevé ses délices. Malheur à elle, a dit Rakat, car elle a perdu l'objet de son désir.

📜 Rachi (3)
ר' זֵירָא עָלָה מִבָּבֶל לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וּמֵת שָׁם בִּטְבֶרְיָא:
Rabbi Zera était monté de Babylonie vers la terre d'Israël et y mourut, à Tibériade.
[אֶרֶץ צְבִי אֶרֶץ] יִשְׂרָאֵל:
La terre d'Israël.
גִּידְּלָה שַׁעֲשׁוּעֶיהָ שֶׁל שִׁנְעָר:
Les délices de Chinear.
💡 Explication

Deuxième preuve du même ordre. Rabbi Zera était né en Babylonie, la terre de Chinear, et était monté en terre d'Israël, la terre du cerf, où il s'était établi à Tibériade. L'eulogiste fait parler la ville de sa mort : celle qui pleure sa perte est nommée Rakat, donc Rakat est Tibériade.

4
אֶלָּא אָמַר (רַבָּה): חַמַּת זוֹ חַמֵּי גְרָר, רַקַּת זוֹ טְבֶרְיָא, כִּינֶּרֶת זוֹ גִּינּוֹסַר. וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ רַקַּת? שֶׁאֲפִילּוּ רֵיקָנִין שֶׁבָּהּ מְלֵאִין מִצְוֹת כְּרִמּוֹן. רַבִּי יִרְמְיָה אָמַר: רַקַּת שְׁמָהּ, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ טְבֶרְיָא? שֶׁיּוֹשֶׁבֶת בְּטַבּוּרָהּ שֶׁל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל. (רָבָא) אָמַר: רַקַּת שְׁמָהּ, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ טְבֶרְיָא? שֶׁטּוֹבָה רְאִיָּיתָהּ.

Rabba dit plutôt : Hamat, ce sont les sources chaudes de Guerar ; Rakat, c'est Tibériade ; Kineret, c'est Guinossar. Et pourquoi l'appelle-t-on Rakat ?

Parce que même les vides (rekanim) qui s'y trouvent sont pleins de mitsvot comme une grenade. Rabbi Yirmeya dit : Rakat est son nom, et pourquoi l'appelle-t-on Tibériade ?

Parce qu'elle siège au nombril (tabour) de la terre d'Israël. Rava dit : Rakat est son nom, et pourquoi l'appelle-t-on Tibériade ?

Parce que sa vue est bonne (tova reiyata).

📜 Rachi (1)
בְּטִיבּוּרֵהּ בְּאֶמְצָעִיתָהּ:
En son milieu.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁטּוֹבָה רְאִייָּתָהּ. שֶׁהָיוּ שָׁם גִּנּוֹת וּפַרְדֵּסִים:
« Parce que sa vue est bonne » : il y avait là des jardins et des vergers.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ 'רַקַּת'? שֶׁאֲפִלּוּ רֵיקָנִין שֶׁבָּהּ מְלֵאִין מִצְוֹת כְּרִמּוֹן. נִרְאֶה לִי בס"ד קָאֵי עַל דּוֹר שֶׁתִּהְיֶה בּוֹ הַגְּאֻולָּה, יַעַן דְּאִיתָא בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (רֹאשׁ הַשָּׁנָה לא:) מִטְּבֶרְיָא עֲתִידִין לִיגָּאֵל, וְכֵן כָּתַב הָרַמְבַּ"ם בְּפֶרֶק י"ד מֵהִלְכוֹת סַנְהֶדְרִין יְעֻויַּן שָׁם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי כִּי טְבֶרְיָא הִיא אַתְרֵיהּ דְּרַבִּי מֵאִיר בַּעַל הַנֵּס דִּסְבִירָא לֵיהּ גַּם בִּזְמַן שֶׁאֵין עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם נִקְרָאִים בָּנִים (קִידּוּשִׁין לו.) , וְאִם כֵּן לְפִי סְבָרָתוֹ יֵשׁ לָהֶם מְחִילָה מִדִּין אָב שֶׁמָּחַל עַל כְּבוֹדוֹ בְּכָל עֵת, וְאָז לְפִי זֶה אֵין הָעֲבֵירוֹת מְכַבּוֹת אֶת הַמִּצְוֹת כֵּיוָן דְּנִמְחָלִין וּמִמֵּילָא יִשָּׁאֲרוּ מְלֵאִים מִצְוֹת כָּרִמּוֹן! וְאַף עַל גַּב דְּרַבִּי יְהוּדָה פְּלִיג עַל רַבִּי מֵאִיר בָּזֶה וְקַיְימָא לָן בְּעָלְמָא הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה, מִכָּל מָקוֹם כֵּיוָן דִּטְבֶרְיָא אַתְרֵיהּ דְּרַבִּי מֵאִיר הִיא דָּנִין יוֹשְׁבֶיהָ עַל פִּי סְבָרָתוֹ, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַב אֱמֶת לְיַעֲקֹב זַ"ל.
« Et pourquoi l'appelle-t-on Rakat ? Parce que même les vides qui s'y trouvent sont pleins de mitsvot comme une grenade. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela vise la génération où surviendra la délivrance, puisqu'il est enseigné dans Roch Hachana (31b) que c'est de Tibériade qu'ils seront délivrés, et que le Rambam l'écrit ainsi au chapitre 14 des Lois du Sanhédrin. Il me semble en outre que Tibériade est le lieu de Rabbi Meir Baal Haness, qui tient que même au temps où ils n'accomplissent pas la volonté de l'Omniprésent ils sont appelés fils (Kidouchin 36a) ; selon son avis, ils obtiennent donc le pardon, au titre du père qui renonce à son honneur en tout temps. Dès lors les transgressions n'éteignent pas les mitsvot, puisqu'elles sont pardonnées, et ils demeurent d'eux-mêmes pleins de mitsvot comme une grenade. Et bien que Rabbi Yehouda soit en désaccord avec Rabbi Meir sur ce point, et que la halakha suive en général Rabbi Yehouda, comme Tibériade est le lieu de Rabbi Meir on juge ses habitants selon son opinion, ainsi que l'a écrit le Rav Émet LeYaakov, de mémoire bénie.
💡 Explication

Rabba reprend toute la liste pour tenir compte de l'objection : Rakat devient Tibériade, et Hamat est reportée sur les sources chaudes de Guerar. L'étymologie de Rakat change en conséquence — non plus la hauteur d'une berge, mais les rekanim, les vides, ceux que l'on croit sans mérite et qui sont pleins de mitsvot comme une grenade est pleine de grains.

Rabbi Yirmeya et Rava déplacent la question. Pour eux Rakat est le nom d'origine, et c'est le nom récent, Tibériade, qu'il faut expliquer : soit par tabour, le nombril, la ville étant au centre du pays, soit par tova reiyata, la beauté de ce que l'on y voit.

🖼️ Schéma
Quel nom faut-il expliquer : Rakat ou Tibériade ? Les deux positions admettent que Rakat et Tibériade désignent la même ville. Elles divergent sur le nom d'origine. Rabba — Rakat est le nom à expliquer Tibériade est le nom usuel ; l'Écriture la nomme Rakat, et ce nom a un sens. rékanim, les vides Même ses habitants tenus pour vides sont pleins de mitsvot comme une grenade. R. Yirmeya et Rava — Tibériade est le nom à expliquer Rakat est le nom propre de la ville ; le nom récent demande une raison. tabour, le nombril — R. Yirmeya Elle siège au centre de la terre d'Israël. tova reiyata, la vue est bonne — Rava
La même ville, deux noms, et deux manières opposées de répartir la charge de l'explication.
5
אָמַר זְעֵירָא: קִטְרוֹן זוֹ צִיפּוֹרִי. וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ צִיפּוֹרִי? שֶׁיּוֹשֶׁבֶת בְּרֹאשׁ הָהָר כְּצִפּוֹר.

Zeira dit : Kitron, c'est Tsipori. Et pourquoi l'appelle-t-on Tsipori ?

Parce qu'elle siège au sommet de la montagne comme un oiseau (tsipor).

💡 Explication

Tsipori, écartée de Rakat, reparaît ici sous un autre nom biblique. Kitron figure parmi les villes que Zevoulon n'a pas dépossédées (Choftim 1, 30). L'étymologie retenue rejoint celle que Rachi donnait plus haut : la ville est perchée, comme un oiseau sur une hauteur.

6
וְקִטְרוֹן, צִיפּוֹרִי הִיא? וְהָא קִטְרוֹן בְּחֶלְקוֹ שֶׁל זְבוּלוּן הֲוַאי, דִּכְתִיב: ״זְבוּלֻון לֹא הוֹרִישׁ אֶת יוֹשְׁבֵי קִטְרוֹן וְאֶת יוֹשְׁבֵי נַהֲלֹול״, וּזְבוּלוּן מִתְרַעֵם עַל מִדּוֹתָיו הֲוָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״זְבֻולוּן עַם חֵרֵף נַפְשׁוֹ לָמוּת״, מַה טַעַם? מִשּׁוּם דְּ״נַפְתָּלִי עַל מְרוֹמֵי שָׂדֶה״.

Kitron serait-elle Tsipori ? Mais Kitron se trouvait dans la part de Zevoulon, ainsi qu'il est écrit : « Zevoulon n'a pas dépossédé les habitants de Kitron ni les habitants de Nahalol » ; or Zevoulon se plaignait de son lot, ainsi qu'il est dit : « Zevoulon est un peuple qui a exposé sa vie à la mort ».

Pour quelle raison ? Parce que « Naftali était sur les hauteurs du champ ».

📜 Rachi (2)
לֹא הוֹרִישׁ אֶת יוֹשְׁבֵי קִטְרוֹן שֶׁבָּאָה לְחֶלְקוֹ וְעָבַר עַל מַה שֶּׁאָמַר הקב"ה לֹא תְחַיֶּה כָּל נְשָׁמָה (דְּבָרִים כ׳:ט״ז) וְהִנִּיחָן לָגוּר שָׁם בֵּינֵיהֶם וּלְהַעֲלוֹת לָהֶם מַס:
Kitron était échue à sa part, et il a transgressé ce qu'a dit le Saint béni soit-Il, « tu ne laisseras subsister aucune âme » (Devarim 20, 16) : il les a laissés habiter parmi eux et leur a imposé un tribut.
עַל מִדּוֹתָיו עַל מַזָּלוֹ שֶׁנִּמְדַּד לוֹ מִן הַשָּׁמַיִם מִדָּה שֶׁאֵינוֹ חָפֵץ בָּהּ:
Sur le sort qui lui a été mesuré depuis le Ciel, une mesure dont il ne voulait pas.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּזְבוּלוּן, מִתְרַעֵם עַל מִדּוֹתָיו הֲוָה. פֵּירוּשׁ מִתְרַעֵם בַּעֲבוּר מִיעוּט הֲרִיוַּח, אֲבָל לְעוֹלָם מוֹשַׁב יַמִּים עָדִיף לֵיהּ, וְלָכֵן אָמְרוּ (פְּסָחִים ד.) הַהוּא דְּאָמַר אִם הָיָה לִי בַּיִת לִבְנוֹת לֹא הָיִיתִי בּוֹנֶה אֶלָּא לְחוֹף הַיָּם, בָּדְקוּ אַחֲרָיו וּמָצְאוּ דְּמִזְּבוּלוּן קָא אָתֵי דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית מט, יג) 'זְבוּלֻן לְחוֹף יַמִּים יִשְׁכֹּן' עַיֵּין שָׁם, וְהַייְנוּ דִּלְעוֹלָם הַיְּשִׁיבָה שָׁם חֲבִיבָה לֵיהּ.
« Or Zevoulon se plaignait de son lot. » Sa plainte portait sur la faiblesse du profit ; l'établissement au bord des mers lui demeurait toujours préférable. C'est pourquoi ils ont dit (Pessahim 4a) : un homme déclara que, s'il avait une maison à bâtir, il ne la bâtirait qu'au bord de la mer ; on enquêta sur lui et l'on trouva qu'il descendait de Zevoulon, dont il est écrit (Bereshit 49, 13) « Zevoulon demeurera au rivage des mers ». Le séjour en ce lieu lui reste donc cher en tout temps.
💡 Explication

L'objection est construite en deux temps. Premier temps : si Kitron est dans le lot de Zevoulon et que Kitron est Tsipori, alors Tsipori appartient à Zevoulon. Second temps : le cantique de Dévora montre que Zevoulon se plaignait de son lot, ce que la suite du verset rattache à l'avantage de Naftali, établi sur les hauteurs du champ.

Le terme midotav, rendu ici par « son lot », désigne selon Rachi la mesure qui lui a été assignée depuis le Ciel. La contradiction se dessine : un homme possédant Tsipori aurait peu de motifs de se plaindre.

7
אָמַר זְבוּלוּן לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, לְאַחַיי נָתַתָּ לָהֶם שָׂדוֹת וּכְרָמִים, וְלִי נָתַתָּ הָרִים וְגִבְעוֹת! לְאַחַיי נָתַתָּ לָהֶם אֲרָצוֹת, וְלִי נָתַתָּ יַמִּים וּנְהָרוֹת! אָמַר לוֹ: כֻּולָּן צְרִיכִין לָךְ עַל יְדֵי חִלָּזוֹן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״[עַמִּים הַר יִקְרָאוּ] וּשְׂפוּנֵי טְמוּנֵי חוֹל״.

Zevoulon dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, à mes frères Tu as donné des champs et des vignes, et à moi Tu as donné des montagnes et des collines ; à mes frères Tu as donné des terres, et à moi Tu as donné des mers et des fleuves. Il lui répondit : tous auront besoin de toi, à cause du hilazon, ainsi qu'il est dit : « [les peuples appelleront à la montagne] et les trésors cachés du sable ».

📜 Rachi (3)
כֻּולָּן צְרִיכִין לְךָ כָּל אָחִיךָ יְהוּ צְרִיכִין לְךָ:
Tous tes frères auront besoin de toi.
עַל יְדֵי חִלָּזוֹן חִלָּזוֹן עוֹלֶה מִן הַיָּם לְהָרִים וְצוֹבְעִין בְּדָמוֹ תְּכֵלֶת וְנִמְכַּר בְּדָמִים יְקָרִים:
Le hilazon monte de la mer vers les montagnes ; on teint de son sang le tekhelet, et il se vend à prix élevé.
עַמִּים הַר יִקְרָאוּ מִכָּל הַשְּׁבָטִים יִתְקַבְּצוּ לְהָרֶיךָ לִקְנוֹת שְׂפוּנֵי טְמוּנֵי חוֹל:
De toutes les tribus on se rassemblera vers tes montagnes pour acheter les trésors cachés du sable.
💡 Explication

La guemara développe la plainte sous forme de dialogue. Le hilazon est la créature marine dont on tire le tekhelet, la teinture bleue des tsitsit ; Rachi précise qu'elle monte de la mer vers les montagnes et que son sang se vend à prix élevé. La réponse retourne l'objection : un territoire pauvre en terres arables détient une ressource dont toutes les tribus dépendent.

Le verset invoqué est la bénédiction de Moche à Zevoulon (Devarim 33, 19), qui associe l'appel des peuples vers la montagne et les trésors enfouis dans le sable.

8
תָּנֵי רַב יוֹסֵף: ״שְׂפוּנֵי״ — זֶה חִלָּזוֹן, ״טְמוּנֵי״ — זוֹ טָרִית, ״חוֹל״ — זוֹ זְכוּכִית לְבָנָה. אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם מִי מוֹדִיעֵנִי? אָמַר לוֹ: ״שָׁם יִזְבְּחוּ זִבְחֵי צֶדֶק״, סִימָן זֶה יְהֵא לְךָ: כָּל הַנּוֹטֵל מִמְּךָ בְּלֹא דָּמִים — אֵינוֹ מוֹעִיל בִּפְרַקְמַטְיָא שֶׁלּוֹ כְּלוּם.

Rav Yossef enseigne : « chefounei », c'est le hilazon ; « temounei », c'est la tarit ; « hol », c'est le verre blanc. Il dit devant Lui : Maître du monde, qui m'en avertira ?

Il lui répondit : « là ils offriront des sacrifices de justice » ; que ce signe soit pour toi : quiconque prend de toi sans payer ne réussira en rien dans son commerce.

📜 Rachi (5)
שְׂפוּנֵי זֶה חִלָּזוֹן שֶׁהוּא דָּבָר חָשׁוּב סָפוּן חָשׁוּב בִּלְשׁוֹן בָּרַיְיתָא:
Le hilazon est une chose de valeur ; « safoun » a le sens d'estime dans la langue de la beraita.
טָרִית דָּג שֶׁקּוֹרִין טונינ"א:
Un poisson que l'on appelle tonina.
זְכוּכִית לְבָנָה הַיּוֹצֵא מִן הַחֹול כִּדְאָמַר בִּיצִיאוֹת הַשַּׁבָּת (שַׁבָּת טו:) וְחוֹל שֶׁל זְבוּלוּן חָשׁוּב מִשְּׁאָר חוֹלוֹת וְרָאוּי לִזְכוּכִית לְבָנָה:
Il provient du sable, comme il est dit au chapitre Yetsiot HaChabbat (Chabbat 15b) ; et le sable de Zevoulon est plus estimé que les autres sables et convient au verre blanc.
מִי מוֹדִיעֵנִי עַל זֹאת לָתֵת לִי דָּמִים: כָּל הַמּוֹצֵא חִלָּזוֹן וְנוֹטְלוֹ בְּלֹא דָּמִים אֵינוֹ מַצְלִיחַ:
Qui avertira les gens à ce sujet, pour qu'ils me versent le prix ? Quiconque trouve un hilazon et le prend sans payer ne réussit pas.
שָׁם יִזְבְּחוּ זִבְחֵי צֶדֶק כַּאֲשֶׁר אָסוּר גֶּזֶל בְּעוֹלָה כָּךְ לֹא יִגְזְלוּ מִמְּךָ כְּלוּם שֶׁאִם יִטֹּול שָׁוֶה פְּרוּטָה בְּלֹא דָּמִים תִּתְקַלְקֵל הַצְּבִיעָה וְהַחוֹל וְלֹא יוֹעִיל כְּלוּם:
De même que le vol est interdit dans l'offrande, de même on ne te volera rien : si quelqu'un prend la valeur d'une perouta sans payer, la teinture et le sable se gâteront et ne serviront à rien.
🗂️ Tossefot (1)
דְּכָל הַנּוֹטֵל (פְּרוּטָה) מִמְּךָ בְּלֹא דָּמִים אֵין מוֹעִיל. דִּכְתִיב שָׁם יִזְבְּחוּ זִבְחֵי צֶדֶק וְגֶזֶל לָא מְהַנֵּי בְּזֶבַח:
« Car quiconque prend de toi sans payer n'en tire aucun profit » : puisqu'il est écrit « là ils offriront des sacrifices de justice », et le vol ne vaut rien dans un sacrifice.
💡 Explication

Rav Yossef décompose le verset en trois ressources : le hilazon pour le tekhelet, la tarit, un poisson que Rachi identifie au thon, et le sable dont on tire le verre blanc. La richesse de Zevoulon est donc réelle, et entièrement tirée de la mer et du rivage.

Reste une difficulté pratique : ces ressources sont accessibles à qui vient les prendre, et Zevoulon ne peut surveiller son littoral. La réponse lui donne un signe plutôt qu'une garde : la teinture et le sable se gâtent entre les mains de celui qui les a pris sans payer. Tossefot relie ce signe au régime du sacrifice, où le vol invalide l'offrande.

9
וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ קִטְרוֹן זוֹ צִיפּוֹרִי, אַמַּאי מִתְרַעֵם עַל מִדּוֹתָיו? וְהָא הָוְיָא צִיפּוֹרִי מִילְּתָא דַּעֲדִיפָא טוּבָא! וְכִי תֵּימָא דְּלֵית בַּהּ זָבַת חָלָב וּדְבָשׁ, וְהָאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: לְדִידִי חֲזֵי לִי זָבַת חָלָב וּדְבָשׁ דְּצִיפּוֹרִי, וְהָוְיָא שִׁשָּׁה עָשָׂר מִיל עַל שִׁשָּׁה עָשָׂר מִיל!

Et s'il te venait à l'esprit que Kitron est Tsipori, pourquoi se plaignait-il de son lot ? Tsipori est pourtant une chose bien supérieure !

Et si tu disais qu'il ne s'y trouve pas de terre ruisselant de lait et de miel, Rech Lakich n'a-t-il pas dit : j'ai vu de mes yeux la terre ruisselant de lait et de miel de Tsipori, et elle mesurait seize mil sur seize mil !

📜 Rachi (2)
זָבַת חָלָב וּדְבַשׁ הָעִזִּים אוֹכְלִין תְּאֵנִים וְהַדְּבַשׁ נוֹטֵף מֵהֶן וְהֶחָלָב זָב מִן הָעִזִּים וְנַעֲשִׂים כְּמִין נַחַל:
Les chèvres mangent des figues, le miel en dégoutte et le lait coule des chèvres, formant comme un torrent.
שִׁשָּׁה עָשָׂר מִיל ד' פַּרְסָאוֹת:
Quatre parsaot.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְדִידִי חֲזֵי לִי זָבַת חָלָב וּדְבָשׁ דְּצִפּוֹרִי וְהָוְיָא שִׁשָּׁה עָשָׂר מִיל עַל שִׁשָּׁה עָשָׂר מִיל. נִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה מָקוֹם שֶׁהוּא מֶשֶׁךְ אַרְבָּעָה פַּרְסָאוֹת שָׁם נִמְצָא שֻׁומָּן זֶה שֶׁל זָבַת חָלָב וּדְבַשׁ שֶׁהַתְּאֵנִים הַנִּמְצָאִים בְּמֶשֶׁךְ הַמָּקוֹם הַזֶּה הֵם שְׁמֵנִים בְּיוֹתֵר וּמֵחֲמַת רֹוב שָׁומְנָם הַדְּבַשׁ זָב מֵהֶם עַל הָאָרֶץ, וְהָעִזִּים הַנִּמְצָאִים שָׁם כְּשֶׁאוֹכְלִים מִן הַתְּאֵנִים הָהֵם יִתְרַבֶּה חָלָב בְּדַדֵּיהֶם לִמְאֹד עַד שֶׁהוּא גַּם כֵּן זָב מֵאֵילָיו עַל הָאָרֶץ, וּמִתְעָרֵב עִם הַדְּבַשׁ הַזָּב מִן הַתְּאֵנִים, וְזֶה יִמְצָא בְּמֶשֶׁךְ אַרְבַּע פַּרְסָאוֹת דַּוְקָא, כִּי אֵין כָּל הַמְּקוֹמוֹת שָׁוִים כְּשֻׁומָּן הַפֵּירוֹת בְּזֶה הַמָּקוֹם. וּמַה שֶׁאָמַר זָבַת חָלָב וּדְבָשׁ שֶׁל כָּל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שִׁיעוּרוֹ הוּא כ"ב פַּרְסָאוֹת אֻורְכֵּיהּ וְשַׁתָּא פַּרְסָאוֹת פֻּותְיָא, נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם לִרְמֹוז שֶׁבִּזְכוּת תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב שֶׁהִיא בכ"ב אוֹתִיּוֹת זָכְתָה אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל בְּשֶׁפַע זֶה שֶׁל זָבַת חָלָב וּדְבַשׁ שֶׁנִּמְשְׁלָה בָּהֶם הַתּוֹרָה כ"ב פַּרְסֵי אֹורֶךְ, וּבִזְכוּת תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא שִׁשָּׁה סְדָרִים זָכְתָה לְשִׁיתָא פַּרְסֵי רֹוחַב. וְנִרְאֶה לִי 'חֵלֶב דְּבַשׁ' עוֹלִים מִסְפַּר 'רָצוֹן' [346] כִּי שֶׁפַע זֶה יָפִיק רָצוֹן מָה'.
« J'ai vu de mes yeux la terre ruisselant de lait et de miel de Tsipori, et elle mesurait seize mil sur seize mil. » Il me semble que l'intention est la suivante : sur une étendue de quatre parsaot se trouve cette richesse de lait et de miel, car les figues qui poussent là sont particulièrement grasses, et l'abondance de leur graisse fait couler le miel jusqu'à terre ; les chèvres qui s'y trouvent, mangeant ces figues, voient le lait se multiplier à l'excès dans leurs mamelles, au point qu'il coule de lui-même sur le sol et se mêle au miel qui dégoutte des figues. Cela se rencontre précisément sur quatre parsaot, car les lieux diffèrent quant à la richesse de leurs fruits. Quant à la mesure donnée pour toute la terre d'Israël, vingt-deux parsaot de long et six parsaot de large, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'elle est une allusion : par le mérite de la Torah écrite, qui compte vingt-deux lettres, la terre d'Israël a mérité cette abondance de lait et de miel auxquels la Torah est comparée, soit vingt-deux parsaot de longueur ; et par le mérite de la Torah orale, qui compte six ordres, elle a mérité six parsaot de largeur. Il me semble encore que « halav devach », le lait et le miel, a la valeur numérique de « ratson », la faveur, 346, car cette abondance obtient la faveur de ה'.
💡 Explication

La guemara revient à l'objection laissée en suspens au segment 5. Le détour par le dialogue de Zevoulon a servi à établir la nature de son lot : des mers, des montagnes, aucune terre arable. Or Tsipori est une région fertile, ce qui rend la plainte inintelligible si Kitron est bien Tsipori.

Une première échappatoire est examinée : Tsipori ne serait pas une terre ruisselant de lait et de miel. Rachi décrit concrètement l'expression : les chèvres mangent les figues, le miel en dégoutte, le lait coule, et l'ensemble forme comme un torrent. Le témoignage oculaire de Rech Lakich ferme cette issue : seize mil sur seize mil, soit quatre parsaot de côté.

🖼️ Schéma
Kitron est-elle Tsipori ? La chaîne de l'objection et sa sortie Position de Zeira — Kitron, dans le lot de Zevoulon, est Tsipori. Objection — Zevoulon se plaignait de son lot. Le dialogue montre qu'il n'avait ni champs ni vignes. Or Tsipori est une région très supérieure. Échappatoire 1 — Tsipori ne ruisselle pas de lait et de miel. Ecartée : Rech Lakich l'a vue, seize mil sur seize mil. Échappatoire 2 — Sa part fertile est plus petite que celle de ses frères. Ecartée : pour tout le pays, R. Yo'hanan donne vingt-deux parsaot sur six. Réponse — Malgré tout, les champs et les vignes lui étaient préférables ; le verset le dit en parlant des hauteurs du champ.
Les deux échappatoires portent sur la quantité de bonne terre ; la réponse retenue porte sur sa nature, le relief montagneux rendant la culture plus rude.
10
וְכִי תֵּימָא דְּלָא נְפִישָׁא דִּידֵיהּ כְּדַאֲחוּהּ, וְהָאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לְדִידִי חֲזֵי לִי זָבַת חָלָב וּדְבָשׁ דְּכָל אַרְעָא דְיִשְׂרָאֵל, וְהָוְיָא כְּמִבֵּי כֻּובֵּי עַד אַקְרָא דְתוּלְבַּקְנֵי, עֶשְׂרִין וְתַרְתֵּין פַּרְסֵי אֻורְכָּא, וּפֻותְיָא שִׁיתָּא פַּרְסֵי!

Et si tu disais que la sienne n'était pas aussi vaste que celle de ses frères, Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan : j'ai vu de mes yeux la terre ruisselant de lait et de miel de toute la terre d'Israël, et elle s'étendait comme de Bé Kove jusqu'à la forteresse de Toulbakne, vingt-deux parsaot de long et six parsaot de large !

📜 Rachi (2)
לְדִידִי חֲזֵי לִי זָבַת חָלָב וּדְבָשׁ דְּכָל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל בְּכָל מָקוֹם שֶׁהוּא שָׁם וְאִם בָּאתָ לְצָרְפוֹ יַחַד הָוֵי כְּמִבֵּי כֻּובֵּי עַד אַקְרָא דְתוּלְבַּקְנֵי שֵׁם מָקוֹם:
En tout lieu où elle se trouve ; si tu veux la réunir en un seul bloc, elle s'étend comme de Bé Kove jusqu'à la forteresse de Toulbakne, nom d'un lieu.
אֶקְרָא מָקוֹם מֵעֵבֶר הַנָּהָר וּבְלַעַ"ז פורט"ו:
Le lieu de passage du fleuve, en langue vernaculaire porto.
💡 Explication

Seconde échappatoire : la part fertile de Zevoulon serait trop petite au regard de celle des autres tribus. Le témoignage de Rabbi Yo'hanan la ferme par un calcul. Pour l'ensemble du pays, la terre ruisselant de lait et de miel représente vingt-deux parsaot sur six. Comme une parsa vaut quatre mil, les seize mil sur seize mil de Tsipori font quatre parsaot sur quatre, ce qui dépasse largement la part qui reviendrait à une tribu sur douze.

Rachi précise que ces vingt-deux parsaot sont un total : la terre fertile est dispersée, et la mesure vaut pour l'ensemble une fois rassemblé.

11
אֲפִילּוּ הָכֵי, שָׂדוֹת וּכְרָמִים עֲדִיפָא לֵיהּ. דַּיְקָא נָמֵי, דִּכְתִיב: ״וְנַפְתָּלִי עַל מְרוֹמֵי שָׂדֶה״. שְׁמַע מִינָּה.

Malgré cela, les champs et les vignes lui étaient préférables. Le texte aussi est précis en ce sens, puisqu'il est écrit : « et Naftali sur les hauteurs du champ ».

Apprends-en de là.

📜 Rachi (1)
עֲדִיפֵי לֵיהּ חֲבִיבִי לֵיהּ:
Ils lui étaient chers.
💡 Explication

La sougya se conclut sans reprendre l'identification de Zeira : Kitron reste Tsipori, et la plainte de Zevoulon garde un objet. La terre fertile de Tsipori se trouve en région montagneuse, plus difficile à travailler que les champs de plaine.

Le diyouk, la lecture serrée du verset, appuie cette réponse : la plainte est mise en rapport avec Naftali établi sur les hauteurs du champ, donc avec des champs, et non avec l'étendue des terres.

12
אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: ״וְעֶקְרוֹן תֵּעָקֵר״ — זוֹ קֵסָרִי בַּת אֱדוֹם, שֶׁהִיא יוֹשֶׁבֶת בֵּין הַחוֹלוֹת, וְהִיא הָיְתָה יָתֵד תְּקוּעָה לְיִשְׂרָאֵל בִּימֵי יְוָונִים. וּכְשֶׁגָּבְרָה מַלְכוּת בֵּית חַשְׁמוֹנַאי וְנִצְּחוּם, הָיוּ קוֹרִין אוֹתָהּ ״אֲחִידַת מִגְדַּל שִׁיר״.

Rabbi Abahou dit : « et Ekron sera déracinée » — c'est Césarée, fille d'Edom, qui siège parmi les sables ; elle était un pieu fiché pour Israël aux jours des Grecs. Et quand la royauté des Hasmonéens l'emporta et les vainquit, on l'appelait « la prise de la tour de Chir ».

📜 Rachi (2)
יָתֵד תְּקוּעָה לְרָעָה:
Un pieu fiché, pour le mal.
אֲחִידַת מִגְדַּל שִׁיר כְּבוּשַׁת מִגְדַּל שִׁיר:
La conquête de la tour de Chir.
💡 Explication

La sougya passe aux identifications qui touchent à Edom. Césarée était le siège du pouvoir romain en terre d'Israël et une ville à population majoritairement grecque puis romaine, d'où le titre de « fille d'Edom ». L'image du pieu fiché, que Rachi glose « pour le mal », dit l'obstacle permanent qu'elle représentait pour l'implantation juive.

Le verset de Tsefania 2, 4 annonce le déracinement d'Ekron ; Rabbi Abahou y lit une annonce sur Césarée. Le nom donné après la victoire hasmonéenne conserve la mémoire de cette prise.

13
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא, מַאי דִכְתִיב: ״וַהֲסִירֹותִי דָמָיו מִפִּיו וְשִׁקֻּוצָיו מִבֵּין שִׁינָּיו וְנִשְׁאַר גַּם הוּא לֵא-לֹהֵינוּ״. ״וַהֲסִירוֹתִי דָּמָיו מִפִּיו״ — זֶה בֵּית בָּמַיָּא שֶׁלָּהֶן. ״וְשִׁקּוּצָיו מִבֵּין שִׁינָּיו״ — זֶה בֵּית גַּלְיָא שֶׁלָּהֶן.

Rabbi Yossi bar Hanina dit : que signifie ce qui est écrit, « et j'ôterai son sang de sa bouche et ses abominations d'entre ses dents, et lui aussi sera un reste pour notre D.ieu » ? « Et j'ôterai son sang de sa bouche » : c'est leur maison de Bamya.

« Et ses abominations d'entre ses dents » : c'est leur maison de Galya.

📜 Rachi (2)
וַהֲסִירוֹתִי דָּמָיו מִפִּיו וְגוֹ' גַּבֵּי צוֹר כְּתִיב שֶׁהוּא רֹאשׁ לֶאֱדוֹם:
Ce verset est écrit à propos de Tyr, qui est à la tête d'Edom.
גַּלַּייָּא בְּמַיָּא רָאשֵׁי ע"ז הֵם לֶאֱדוֹם:
Ce sont les principaux lieux d'idolâtrie d'Edom.
🪔 Ben Yehoyada (1)
זֶה בֵּית גַּלְיָא שֶׁלָּהֶן. הָא דְּקוֹרִין שֵׁמוֹת לַעֲבוֹדָה זָרָה דֶּאֱדוֹם בֵּית כַּרְיָא וּבֵית גַּלְיָא, נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמַר 'כַּרְיָא' רוֹצֶה לוֹמַר כַּר י"א כְּלוֹמַר מוֹשָׁב י"א, כִּי כַּר רוֹצֶה לוֹמַר מוֹשָׁב וְהֵם יֵשׁ לָהֶם י"א אַלּוּפִים כְּנֶגֶד י"א אֲרוּרִים וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּסֵפֶר הַלְּקוּטִים בְּפָרָשַׁת וַיִּשְׁלַח וּפָרָשַׁת כִּי תָּבוֹא יְעֻויַּן שָׁם. וְכֵן בֵּית גַּלְיָא גַּל י"א כְּלוֹמַר גִּילּוּי י"א אֲרוּרִים שֶׁהֵם כְּנֶגֶד י"א סַמָּנֵי הַקְּטֹורֶת.
« C'est leur maison de Galya. » Quant aux noms donnés à l'idolâtrie d'Edom, Bet Karya et Bet Galya, il me semble, avec l'aide du Ciel, que « karya » se lit kar puis yod-alef, le siège des onze : « kar » a le sens de siège, et ils ont onze chefs, correspondant aux onze malédictions, ainsi que l'a écrit notre maître, de mémoire bénie, dans le Sefer HaLikoutim, sur les sections Vayichlah et Ki Tavo. De même « Bet Galya » se lit gal puis yod-alef, le dévoilement des onze malédictions, lesquelles correspondent aux onze composants de l'encens.
💡 Explication

Le verset de Zekharia 9, 7 est applique à Edom, Rachi précisant qu'il est écrit à propos de Tyr, placée à la tête d'Edom. Les deux expressions du verset désignent deux lieux de culte idolâtre, que Rachi appelle les principaux d'Edom : la maison des autels, où l'on sacrifie, et la maison des amas, où l'on entasse les pierres cultuelles.

La promesse porte donc sur une purification, le sang et les abominations étant ôtés de la bouche et des dents, avant que la suite du verset n'annonce ce qui subsistera.

14
״וְנִשְׁאַר גַּם הוּא לֵא-לֹהֵינוּ״ — אֵלּוּ בָּתֵּי כְּנֵסִיּוֹת וּבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת שֶׁבֶּאֱדוֹם. ״וְהָיָה כְּאַלֻּוף בִּיהוּדָה וְעֶקְרוֹן כִּיבוּסִי״ — אֵלּוּ תֵּרַאטְרָיוֹת וְקִרְקְסָיוֹת שֶׁבֶּאֱדוֹם, שֶׁעֲתִידִין שָׂרֵי יְהוּדָה לְלַמֵּד בָּהֶן תּוֹרָה בָּרַבִּים.

« Et lui aussi sera un reste pour notre D.ieu » : ce sont les synagogues et les maisons d'étude qui se trouvent en Edom. « Et il sera comme un chef en Yehouda, et Ekron comme le Yevoussi » : ce sont les théâtres et les cirques d'Edom, où les princes de Yehouda sont appelés à enseigner la Torah en public.

📜 Rachi (2)
כִּיבּוּסֵי הִיא יְרוּשָׁלַיִם:
C'est Jérusalem.
וְהָיָה אָדֹום לְאַלּוּפֵי יְהוּדָה וְעֶקְרוֹן תִּהְיֶה בֵּית תַּלְמוּד בִּירוּשָׁלַיִם:
Edom sera aux chefs de Yehouda, et Ekron deviendra une maison d'étude à Jérusalem.
🗂️ Tossefot (1)
טראטריות וְקִרְקְסִיאוֹת. י"מ בָּתֵּי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וּמְכַנֶּה אוֹתָן טרטאכ' לְשׁוֹן חֶרְפָּה וְקִרְקְסִיאוֹת רוֹצֶה לוֹמַר בֵּית הַכִּסֵּא בִּלְשׁוֹן עֶרֶב וְקָשֶׁה לוֹמַר שֶׁאוֹתָן מְקוֹמוֹת מְטֻונָּפוֹת יָכוֹל לִלְמֹוד שָׁם תּוֹרָה אֶלָּא וַדַּאי לִשְׁמָמָה יְהֵא בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ וְרוֹצֶה לוֹמַר בָּתִּים שֶׁמִּתְאַסְּפִים שָׁם לְוַועַד שֶׁל עוֹבְדֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים:
« Les théâtres et les cirques » : certains expliquent qu'il s'agit des maisons d'idolâtrie, désignées par teratakh, terme d'opprobre, et par kirkessayot, qui signifie latrines en langue arabe. Il est difficile de soutenir que l'on puisse étudier la Torah dans des lieux aussi souillés ; ils seront assurément livrés à la désolation, bientôt et de nos jours. Il s'agit donc des bâtiments où les idolâtres se rassemblent pour leurs assemblées.
💡 Explication

La seconde moitié du verset est lue comme une conversion d'usage : ce qui appartient aujourd'hui à Edom passera au service de l'étude. Les synagogues et maisons d'étude déjà présentes en Edom sont le reste qui revient à Hachem ; les lieux de spectacle deviendront des salles d'enseignement public.

Tossefot rapporte une lecture différente, selon laquelle ces mots désignent des lieux d'idolâtrie, et la réfute : on ne peut enseigner la Torah dans des lieux souillés. Il retient donc des bâtiments d'assemblée.

15
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: לְשֵׁם זוֹ פַּמְיָיס, ״עֶקְרוֹן תֵּעָקֵר״ — זוֹ קֵסָרִי בַּת אֱדוֹם, שֶׁהִיא הָיְתָה מֶטְרוֹפּוֹלִין שֶׁל מְלָכִים. אִיכָּא דְאָמְרִי: דִּמְרַבֵּי בָּהּ מַלְכֵי, וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: דְּמוֹקְמִי מִינָּהּ מַלְכֵי.

Rabbi Yits'hak dit : Lechem, c'est Pamyas. « Ekron sera déracinée » : c'est Césarée, fille d'Edom, qui était la métropole des rois.

Certains disent : parce qu'on y élevait des rois ; et d'autres disent : parce que c'est d'elle qu'on établissait les rois.

📜 Rachi (4)
לְשֵׁם עִיר שֶׁכִּיבְּשׁוּ בְּנֵי דָּן:
Une ville que les fils de Dan ont conquise.
זוֹ פַּמְיָיס שֶׁמִּשָּׁם יַרְדֵּן יוֹצֵא כִּדְאָמַר מַר יַרְדֵּן יוֹצֵא מִמְּעָרַת פַּמְיָיס (בְּכוֹרוֹת דַּף נה.):
C'est de là que sort le Jourdain, comme l'a dit le Maître : le Jourdain sort de la grotte de Pamyas (Bekhorot 55a).
מֶטְרוֹפּוֹלִין לְשׁוֹן יָוָן אִימָּא שֶׁל מַלְכוּת מטר"א אִם פּוֹלִין לְשׁוֹן שְׂרָרָה כִּדְאָמַר מַר עַד שֶׁבָּאוּ דְּיוֹפָּלֵי מֵהָעִיר שְׁנֵי שָׂרִים (תַּעֲנִית דַּף יח:):
Mot grec : la mère de la royauté. « Métra » signifie mère, « polin » exprime l'autorité, comme l'a dit le Maître : jusqu'à ce que viennent les dioploi de la ville, c'est-à-dire deux dignitaires (Taanit 18b).
דִּמְרַבֵּי שֶׁמְּגַדְּלִין שָׁם בְּנֵי מְלָכִים:
On y élevait les fils des rois.
🪔 Ben Yehoyada (1)
זוֹ קֵיסָרִי בַּת אֱדוֹם שֶׁהִיא הָיְתָה מֶטְרוֹפּוֹלִין שֶׁל מְלָכִים. נִרְאֶה לִי בס"ד קְרָאוּהָ 'קָסְרֵי' מִסְפַּר 'עָשׁ' [370] רֶמֶז לְמַפֹּלֶת עֵשָׂו לֶעָתִיד שֶׁיִּסְתַּלֵּק מִמֶּנּוּ אוֹת וָא"ו וְיִשָּׁאֵר עָשׁ, אֲבָל 'יְרוּשָׁלַםִ' מִסְפַּר 'אַרְיֵה שָׁלֵם' [586] רֶמֶז כִּי חֹודֶשׁ אָב שֶׁמַּזָּלוֹ אַרְיֵה יִהְיֶה שָׁלֵם בְּכָל טוּב שֶׁבָּעוֹלָם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי 'יְרוּשָׁלַםִ' [596] בְּחַד יוֹ"ד מִסְפָּרָהּ חָרְבָה קָסְרֵי עִם הַכּוֹלֵל [586] וְ'יְרוּשָׁלַיִם' בִּשְׁנֵי יודי"ן אִם תְּמַלֵּא הָאוֹתִיּוֹת יַעֲלֶה מִסְפָּרָם תִּפְאֶרֶת [1081] רֶמֶז שֶׁתִּתְעַלֶּה הַמַּלְכוּת שֶׁהִיא בְּחִינַת יְרוּשָׁלַיִם, וְתִהְיֶה כְּמוֹ בְּחִינַת הַתִּפְאֶרֶת, וְכַאֲשֶׁר פֵּירַשְׁתִּי בס"ד רֶמֶז הַפָּסוּק (יְשַׁעְיָה סד, ט) 'יְרוּשָׁלִַ‍ם שְׁמָמָה', חִלֵּק הַתֵּיבָה לִשְׁנַיִם, וְקָרֵי בָּהּ שֵׁם מ"ה, הוּא הַתִּפְאֶרֶת שֶׁהוּא סוֹד שֵׁם מ"ה תִּתְעַלֶּה יְרוּשָׁלַיִם שֶׁהִיא הַמַּלְכוּת כָּמוֹהוּ בְּסוֹד (יְשַׁעְיָה ל, כו) 'וְהָיָה אוֹר הַלְּבָנָה כְּאוֹר הַחַמָּה'.
« C'est Césarée, fille d'Edom, qui était la métropole des rois. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on l'a nommée « Kissari », dont la valeur numérique est celle de « ach », la mite, 370 : allusion à la chute future d'Essav, dont la lettre vav se retirera, et il restera « ach ». Tandis que « Yerouchalem » a la valeur de « aryé chalem », le lion parfait, 586 : allusion au fait que le mois d'Av, dont le signe est le lion, sera parfait de tout le bien du monde. Il me semble encore que « Yerouchalem » écrit avec un seul yod vaut 596, soit la valeur de « harva Kissari », Césarée est détruite, 586, augmentée de l'unité ; et que « Yerouchalayim » avec deux yod, si l'on remplit les lettres, atteint la valeur de « tiferet », 1081 : allusion à l'élévation de la royauté, qui est l'aspect de Jérusalem, jusqu'à devenir comme l'aspect de tiferet. Ainsi ai-je expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Yechayahou 64, 9) « Yerouchalem chemama » : divise le mot en deux et lis-y « chem mem-hé », c'est-à-dire tiferet, qui est le secret du Nom de valeur 45 ; Jérusalem, qui est la royauté, s'élèvera jusqu'à lui, selon le secret du verset (Yechayahou 30, 26) « et la lumière de la lune sera comme la lumière du soleil ».
💡 Explication

Rabbi Yits'hak reprend l'identification de Rabbi Abahou en la précisant. Le mot métropolin est grec ; Rachi le décompose en « métra », la mère, et « polin », qui exprime l'autorité, d'où la mère de la royauté. Les deux lectures qui suivent dépendent de ce titre : la ville où l'on élève les fils de rois, ou bien celle d'où l'on tire les rois qu'on établit.

16
קַסְּרִי וִירוּשָׁלַיִם, אִם יֹאמַר לְךָ אָדָם: חָרְבוּ שְׁתֵּיהֶן — אַל תַּאֲמֵן. יָשְׁבוּ שְׁתֵּיהֶן — אַל תַּאֲמֵן. חָרְבָה קֵסָרִי וְיָשְׁבָה יְרוּשָׁלַיִם, חָרְבָה יְרוּשָׁלַיִם וְיָשְׁבָה קֵסָרִי — תַּאֲמֵן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִמָּלְאָה הַחֲרֵבָה״. אִם מְלֵיאָה זוֹ — חֲרֵבָה זוֹ, אִם מְלֵיאָה זוֹ — חֲרֵבָה זוֹ.

Césarée et Jérusalem : si un homme te dit qu'elles sont détruites toutes les deux, ne le crois pas ; qu'elles sont peuplées toutes les deux, ne le crois pas. Césarée détruite et Jérusalem peuplée, Jérusalem détruite et Césarée peuplée — crois-le, ainsi qu'il est dit : « je me remplirai de sa ruine ».

Si celle-ci est pleine, celle-là est détruite ; si celle-là est pleine, celle-ci est détruite.

📜 Rachi (1)
אִמָּלְאָה הַחֲרֵבָה רֵישָׁא דִקְרָא יַעַן אָמְרָה צֹּור עַל יְרוּשָׁלִַים אִמָּלְאָה הַחֲרֵבָה עַכְשָׁיו אֶתְמַלֵּא מֵחֻורְבָּתָהּ:
Le début du verset : parce que Tyr a dit au sujet de Jérusalem, je me remplirai de sa ruine, c'est-à-dire je me remplirai désormais de sa dévastation.
💡 Explication

La règle est posée sous forme de test de crédibilité : quatre états sont concevables, deux sont écartés d'avance. Les deux villes tiennent l'une par rapport à l'autre comme les deux plateaux d'une balance.

L'appui est le verset de Ye'hezkel 26, 2, où Tyr, figure de Rome, se réjouit de la ruine de Jérusalem en disant « je me remplirai de sa ruine ». La plénitude de l'une est prise à même la dévastation de l'autre.

17
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר מֵהָכָא: ״וּלְאוֹם מִלְּאוּם יְאַמֵּץ״.

Rav Nahman bar Yits'hak dit : de ce verset-ci — « et un peuple sera plus fort que l'autre peuple ».

💡 Explication

Rav Nahman bar Yits'hak fonde la même règle sur un autre verset, celui adressé à Rivka avant la naissance de Yaakov et d'Essav (Bereshit 25, 23). La formule installe un rapport d'alternance : la force de l'un est mesurée à la faiblesse de l'autre.

18
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק, מַאי דִכְתִיב: ״יֻוחַן רָשָׁע בַּל לָמַד צֶדֶק״. אָמַר יִצְחָק לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, יוּחַן עֵשָׂו. אָמַר לוֹ: רָשָׁע הוּא! אָמַר לוֹ: ״בַּל לָמֵד צֶדֶק״. אָמַר לוֹ: ״בְּאֶרֶץ נְכוֹחוֹת יְעַוֵּל״. אָמַר לוֹ: אִם כֵּן, ״בַּל יִרְאֶה גֵּאוּת ה׳״.

Et Rabbi Yits'hak dit : que signifie ce qui est écrit, « que le méchant soit gracié, il n'apprendra pas la justice » ? Yits'hak dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, qu'Essav soit gracié.

Il lui répondit : c'est un méchant ! Il lui dit : « il n'apprendra pas la justice ».

Il lui répondit : « au pays de la droiture il agira avec perversité ». Il lui dit : s'il en est ainsi, « qu'il ne voie pas la majesté de ה' ».

📜 Rachi (7)
רָשָׁע זֶה עֵשָׂו:
C'est Essav.
בְּאֶרֶץ נְכוֹחוֹת יְעַוֵּל אֶת יְרוּשָׁלַיִם יַחֲרִיב: אָמַר יִצְחָק להקב"ה יוּחַן רָשָׁע זֶה עֵשָׂו אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא רָשָׁע הוּא:
Il détruira Jérusalem. Yits'hak dit au Saint béni soit-Il : que ce méchant, Essav, soit gracié ; le Saint béni soit-Il lui répondit : c'est un méchant.
אָמַר יִצְחָק בַּל לָמֵד צֶדֶק כְּלוֹמַר אֵין אָדָם יָכוֹל לְלַמֵּד עָלָיו צֶדֶק:
Yits'hak dit : « il n'apprendra pas la justice », c'est-à-dire que personne ne peut plaider en sa faveur.
אָמַר לוֹ הקב"ה:
Le Saint béni soit-Il.
בְּאֶרֶץ נְכוֹחוֹת יְעַוֵּל אֶת יְרוּשָׁלַיִם יַחֲרִיב: אָמַר יִצְחָק להקב"ה יוּחַן רָשָׁע זֶה עֵשָׂו אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא רָשָׁע הוּא:
Il détruira Jérusalem. Yits'hak dit au Saint béni soit-Il : que ce méchant, Essav, soit gracié ; le Saint béni soit-Il lui répondit : c'est un méchant.
בְּאֶרֶץ נְכוֹחוֹת יְעַוֵּל כְּלוֹמַר עָתִיד לְהַחֲרִיב אֶת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל:
C'est-à-dire qu'il est appelé à détruire la terre d'Israël.
אָמַר יִצְחָק אִם כֵּן בַּל יִרְאֶה גֵּאוּת ה':
S'il en est ainsi, « qu'il ne voie pas la majesté de ה' ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר יִצְחָק לִפְנֵי הקב"ה: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! יוּחַן עֵשָׂו. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (סַנְהֶדְרִין יז.) אִם פָּתְחוּ כֻּולָּם לְחוֹבָה זַכַּאי, וְלָכֵן כְּשֶׁאָמַר לוֹ: רָשָׁע הוּא! הֵשִׁיב 'בַּל לָמֵד צֶדֶק' (יְשַׁעְיָה כו, י) רוֹצֶה לוֹמַר וַדַּאי לֹא יֵשׁ מִי שֶׁיִּלְמַד עָלָיו צֶדֶק, וְנִמְצָא פָּתְחוּ כֻּולָּם לְחוֹבָה זַכַּאי וְלָכֵן אָמַרְתִּי: יוּחַן עֵשָׂו! וְהֵשִׁיב 'בְּאֶרֶץ נְכֹחוֹת יְעַוֵּל' שֶׁמַּחֲרִיב אֶת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל דִּכְתִיב בָּהּ (דְּבָרִים יא, יב) 'אֶרֶץ אֲשֶׁר ה' אֱלֹקֶיךָ דֹּרֵשׁ אַתָּה' וְלָכֵן אֵין דִּינוֹ נִמְסָר בְּיַד בֵּית דִּין שֶׁל מַעְלָה אֶלָּא הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ שֶׁהוּא דּוֹרֵשׁ אוֹתָהּ דָּן דִּינוֹ, וְאָז בָּטֵל הַכְּלָל הַזֶּה דְּפָתְחוּ כֻּולָּם לְחוֹבָה. וְהָא דְּקָרֵי לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל 'אֶרֶץ נָכְחוּת' הַיְינוּ דִּכְתִיב (תְּהִלִּים קכב, ג) 'יְרוּשָׁלִַ‍ם הַבְּנוּיָה כְּעִיר שֶׁחֻבְּרָה לָּהּ יַחְדָּו', שֶׁהַתַּחְתּוֹנָה מְכֻווֶּנֶת כְּנֶגֶד הָעֶלְיוֹנָה וְלָכֵן קָרֵי לָהּ 'אֶרֶץ נָכְחוּת' לְשׁוֹן נוֹכֵחַ, זוֹ נֹוכַח זוֹ.
« Yits'hak dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, qu'Essav soit gracié. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont dit (Sanhédrin 17a) que si tous ouvrent en faveur de la condamnation, l'accusé est acquitté. C'est pourquoi, lorsqu'Il lui dit « c'est un méchant », il répondit « il n'apprendra pas la justice » (Yechayahou 26, 10), c'est-à-dire : assurément personne ne plaidera en sa faveur ; tous ouvrent donc en faveur de la condamnation et il est acquitté, et voilà pourquoi j'ai dit, qu'Essav soit gracié. Il lui répondit « au pays de la droiture il agira avec perversité », car il détruit la terre d'Israël, dont il est écrit (Devarim 11, 12) « une terre que ה' ton D.ieu recherche » ; son jugement échappe donc au tribunal d'en haut, et c'est Hachem Lui-même, qui recherche cette terre, qui juge son cas ; la règle de l'unanimité pour la condamnation cesse alors de s'appliquer. Et si la terre d'Israël est appelée « terre de droiture », c'est selon ce qui est écrit (Tehilim 122, 3) « Jérusalem bâtie comme une ville unie ensemble », la ville d'en bas étant placée exactement en face de celle d'en haut ; de là son nom de « erets nekhohot », de la racine « nokhah », qui dit le vis-à-vis, l'une en face de l'autre.
💡 Explication

Le verset de Yechayahou 26, 10 est relu comme un dialogue : chacun de ses membres devient une réplique, tantôt de Yits'hak, tantôt du Saint béni soit-Il. Cette technique aggadique permet de tirer d'un verset unique une scène entière.

L'argument de Yits'hak, tel que Rachi le présente, est qu'aucun homme ne peut plaider en faveur d'Essav, ce qui appellerait une mesure de grâce. La réponse porte sur la terre d'Israël, que le pays de la droiture désigne et qu'Essav est appelé à détruire. Devant cette réponse, Yits'hak retire sa demande par les derniers mots du verset.

🖼️ Schéma
Un verset, cinq répliques : le plaidoyer de Yits'hak Yechayahou 26, 10 : que le méchant soit gracié, il n'apprendra pas la justice ; au pays de la droiture il agira avec perversité... 1. Yits'hak — que le méchant soit gracié Maître du monde, qu'Essav soit gracié. 2. Réponse — c'est un méchant La demande se heurte à sa conduite. 3. Yits'hak — il n'apprendra pas la justice Personne ne peut plaider en sa faveur ; raison de plus pour une mesure de grâce. 4. Réponse — au pays de la droiture Il agira avec perversité : il détruira la terre d'Israël et Jérusalem. 5. Yits'hak se range — s'il en est ainsi, qu'il ne voie pas la majesté de Hachem. La demande est retirée par le dernier membre du même verset. Procédé : chaque membre du verset devient la parole d'un des deux interlocuteurs, et l'ordre des membres donne l'ordre du dialogue.
Le verset lu comme un échange : la demande, l'objection, l'insistance, la réponse décisive, le retrait.
19
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק, מַאי דִכְתִיב: ״אַל תִּתֵּן ה׳ מַאֲוַיֵּי רָשָׁע זְמָמוֹ אַל תָּפֵק יָרוּמוּ סֶלָה״ — אָמַר יַעֲקֹב לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, אַל תִּתֵּן לְעֵשָׂו הָרָשָׁע תַּאֲוַת לִבּוֹ. ״זְמָמוֹ אַל תָּפֵק״ — זוֹ

Et Rabbi Yits'hak dit : que signifie ce qui est écrit, « n'accorde pas, ה', les désirs du méchant, ne fais pas aboutir son dessein, qu'ils ne s'élèvent pas, sela » ? Yaakov dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, n'accorde pas à Essav le méchant le désir de son cœur.

« Ne fais pas aboutir son dessein » : c'est

📜 Rachi (1)
זְמָמוֹ אַל תָּפֵק אַל תּוֹצִיאֶנּוּ מִנְּחִירָיו זָמַם כְּמִין טַבַּעַת בַּרְזֶל שֶׁנּוֹתְנִין בְּחָוטְמָהּ שֶׁל אֲנָקָה וְנִמְשֶׁכֶת בּוֹ וּמִתּוֹךְ חָוזְקָהּ אֵינָהּ מִשְׁתַּמֶּרֶת כִּי אִם בּוֹ:
Ne le retire pas de ses naseaux. Le zemam est une sorte d'anneau de fer que l'on place dans le nez de l'anaka ; on la conduit par là, car en raison de sa force elle ne se laisse maîtriser que par lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַל תִּתֵּן לְעֵשָׂו הָרָשָׁע תַּאֲוַת לִבּוֹ זְמָמוֹ אַל תָּפֵק. צָרִיךְ לְהָבִין מָה עִנְיַן הֱזִמָּם הַזֶּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כּוֹחָם שֶׁל עֵשָׂו וְאָדֹום הוּא מִן אוֹתִיּוֹת 'שָׂטָן וְנָחָשׁ' וְיָדוּעַ כִּי מִן אוֹתִיּוֹת הַפָּשׁוּט יָבֹא כֹּחַ מְצֻומְצָם, אֲבָל הַיִּתְרוֹן וְהַתּוֹסֶפֶת יָבֹא מִן הַמִּילּוּי וּמִילּוּי הַמִּילּוּי, וְלָכֵן עָשָׂה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ זָמַם לְאוֹתִיּוֹת נַחַשׁ וְשָׂטָן שֶׁלֹּא יִתְגַּבְּרוּ וְיוֹסִיפוּ כֹּחַ מִן הַמִּלּוּי וּמִילּוּי הַמִּילּוּי עַל יְדֵי מִסְפַּר שְׁמוֹ יִתְבָּרֵךְ אֲשֶׁר הוּשַׂם בְּרֹאשׁ הַמִּילּוּי שֶׁלָּהֶם כָּזֶה, נ ו "ן ח י "ת ש י "ן רֹאשׁ הַמִּלּוּי מִסְפָּר כ"ו [26] , וְכֵן שָׂטָן ש י "ן ט י "ת נ וְ "ן רֹאשׁ הַמִּילּוּי מִסֵּפֶר כ"ו [26] וְזֶה הַמִּסְפָּר נַעֲשָׂה זָמַם, שֶׁלֹּא יִתְפַּשְּׁטוּ כּוֹחוֹתֵיהֶם יוֹתֵר מִן הַמִּלּוּי וּמִילּוּי הַמִּלּוּי, וְעַל זֶה קָאָמַר (תְּהִלִּים קמ, ט) 'זְמָמוֹ אַל תָּפֵק'. וְלָכֵן אָמַר (תְּהִלִּים לז, לב) 'צוֹפֶה רָשָׁע' הוּא עֵשָׂו 'לַצַּדִּיק' הוּא יַעֲקֹב, 'ה' לֹא יַעַזְבֶנּוּ בְּיָדוֹ' רוֹצֶה לוֹמַר מִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה שֶׁהוּא נִרְמַז בְּרֹאשׁ הַמִּלּוּי שֶׁל כּוֹחוֹת שֶׁלּוֹ שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת שָׂטָן וְנָחָשׁ לֹא יַעַזְבֶנּוּ בְּיָדוֹ וְגָבַר יִשְׂרָאֵל. וְאוֹמְרוֹ 'בידו'רוצה לוֹמַר בְּכֹוחוֹ כְּמוֹ וְלֹא הָיָה בָהֶם יָדַיִם לָנוּס. וְעַל זֶה הֱזִמָּם שֶׁל מִסְפַּר כ"ו הַמּוֹנֵעַ תִּגְבֹּורֶת עֵשָׂו וְאָדֹום מִכּוֹחוֹת מִלּוּי אוֹתִיּוֹת נָחָשׁ וְשָׂטָן, מֵבִיא הַגְּמָרָא דֻּוגְמָא לְגַרְמְמִיָּה שֶׁל אֱדוֹם, שֶׁאִלְמָלֵי הֵם יוֹצְאִים מַחֲרִיבִים כָּל הָעוֹלָם, אַךְ הקב"ה עוֹשֶׂה תִּיקּוּן לָזֶה שֶׁיִּהְיוּ מִתְגָּרִים הֵם בָּהֶם כְּדֵי שֶׁלֹּא יוֹסִיפוּ גְּבוּרָה לְהַחֲרִיב הָעוֹלָם.
« N'accorde pas à Essav le méchant le désir de son cœur, ne fais pas aboutir son dessein. » Il faut comprendre à quoi répond ce zemam. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la force d'Essav et d'Edom vient des lettres de « satan » et de « nahach ». Or on sait que les lettres simples donnent une force mesurée, tandis que le surcroît vient du remplissage des lettres et du remplissage du remplissage. C'est pourquoi Hachem a posé un zemam aux lettres de nahach et de satan, afin qu'elles ne se renforcent pas et n'ajoutent pas de puissance par le remplissage et le remplissage du remplissage ; cela par la valeur numérique de Son Nom, placée en tête de leur remplissage, ainsi : noun-vav-noun, het-yod-tav, chin-yod-noun, dont les têtes de remplissage font 26 ; de même pour satan : chin-yod-noun, têt-yod-tav, noun-vav-noun, dont les têtes de remplissage font 26. Cette valeur devient un zemam, qui empêche leurs forces de s'étendre au-delà du remplissage et du remplissage du remplissage. C'est le sens de « ne fais pas aboutir son dessein » (Tehilim 140, 9). Ainsi est-il dit (Tehilim 37, 32) « le méchant épie » — c'est Essav — « le juste » — c'est Yaakov — « ה' ne l'abandonnera pas entre ses mains », c'est-à-dire que la valeur du Nom, indiquée dans les têtes de remplissage de ses forces, les lettres de satan et de nahach, ne l'abandonnera pas entre ses mains, et Israël l'emportera. « Entre ses mains » signifie en son pouvoir, comme dans « et il n'y avait pas en eux de mains pour fuir ». Sur ce zemam de valeur 26, qui retient la puissance d'Essav et d'Edom issue du remplissage des lettres nahach et satan, la guemara apporte un exemple, Guermamia d'Edom : si ses habitants sortaient, ils ruineraient le monde entier, et le Saint béni soit-Il y a pourvu en les faisant se provoquer entre eux, afin qu'ils n'ajoutent pas de force pour détruire le monde.
💡 Explication

Le second enseignement de Rabbi Yits'hak passe de Yits'hak à Yaakov et de Yechayahou aux Tehilim (140, 9). Le mot zemamo, son dessein, est lu par Rachi a partir de zemam, l'anneau de fer placé dans les naseaux d'une bête puissante pour la conduire : la prière demande que cet anneau reste en place.

Le segment s'interrompt sur le mot « c'est », la réponse étant donnée au début du folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).