Sougya : La première moitié du folio achève la série aggadique commencée plus haut : la puissance de Rome tenue en échec par Germamia, puis trois enseignements de Rabbi Yitshak. Le premier fixe le rapport entre l'effort et la réussite, en distinguant l'étude, le commerce, l'acuité et la rétention.
Le deuxième interdit de provoquer le racha à qui l'heure sourit, ce qui entre en conflit avec Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Chimon ben Yohai et avec Rabbi Dostai bar Matoun ; la guemara propose trois résolutions. Oula décrit ensuite la grande ville de Rome, ses dimensions et ses quatre côtés.
La seconde moitié ouvre la michna : la meguila lue au premier Adar doit être relue au second si l'année est intercalée, et la seule différence entre les deux Adar porte sur la lecture et sur les dons aux pauvres. La guemara cherche l'auteur de cette michna entre trois positions de la baraita, tranche comme Rabban Chimon ben Gamliel, et remonte à la derasha de « en chaque année » : Adar proche de Chevat ou Adar proche de Nissan.
Germamia d'Edom : car s'ils sortaient, ils détruiraient le monde entier.
Fin d'un enseignement commencé plus haut. Germamia désigne un royaume rattaché à Edom, autrement dit au monde romain. Sa force est présentée comme contenue : elle reste à l'intérieur de ses frontières, et cette retenue protège le monde.
Et Rabbi Hama bar Hanina a dit : il y a trois cents têtes ceintes de couronne à Germamia d'Edom, et trois cent soixante-cinq marzevanei (gouverneurs) à Rome ; chaque jour ceux-ci sortent à la rencontre de ceux-là, l'un d'entre eux est tué, et les voilà occupés à établir un roi.
Les deux puissances s'équilibrent. Le compte des marzevanei, trois cent soixante-cinq, correspond aux jours de l'année solaire, et chaque journée consomme un de ces chefs. La guerre permanente tient lieu de frein : tant que Rome doit remplacer ses morts, elle ne peut se tourner entièrement ailleurs.
Et Rabbi Yitshak a dit : si un homme te dit « j'ai peiné et je n'ai pas trouvé » — ne le crois pas. « Je n'ai pas peiné et j'ai trouvé » — ne le crois pas.
« J'ai peiné et j'ai trouvé » — crois-le.
Trois déclarations possibles, deux rejetées et une reçue. La règle établit une correspondance entre l'effort et le résultat : l'effort donne son fruit, et le fruit suppose l'effort. Le segment suivant en délimitera aussitôt le champ d'application.
Ces paroles valent pour les paroles de Torah, mais dans le commerce c'est une aide du Ciel. Et pour les paroles de Torah elles-mêmes, nous ne l'avons dit que pour aiguiser l'intelligence ; mais pour maintenir la guirsa (la leçon apprise), c'est une aide du Ciel.
Deux restrictions successives réduisent le champ de la règle. Elle ne concerne pas la réussite matérielle, qui dépend de la siyata dichmaya (l'aide du Ciel). Et à l'intérieur même de l'étude, elle vaut pour lehadoudei, l'acuité du raisonnement, tandis que leokmei guirsa, la conservation de ce qu'on a appris, échappe au calcul de l'effort.
Et Rabbi Yitshak a dit : si tu vois un racha (méchant) à qui l'heure sourit, ne le provoque pas, comme il est dit : « ne t'échauffe pas contre les malfaisants » (Tehilim 37,1). Et non seulement cela, mais ses voies réussissent, comme il est dit : « ses voies prospèrent en tout temps » (Tehilim 10,5).
Et non seulement cela, mais il l'emporte en jugement, comme il est dit : « tes jugements sont haut au-dessus, loin de lui ». Et non seulement cela, mais il voit la chute de ceux qui le haïssent, comme il est dit : « tous ses adversaires, il souffle sur eux ».
La mise en garde s'appuie sur quatre versets qui décrivent la réussite du méchant à l'heure qui lui est favorable. La gradation est construite par la formule velo od ela, « et non seulement cela » : la réussite se propage de ses entreprises à son procès, puis à ses ennemis.
En est-il ainsi ? Or Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : il est permis de provoquer les méchants en ce monde, comme il est dit : « ceux qui abandonnent la Torah louent le méchant, et ceux qui gardent la Torah les affrontent » (Michle 28,4).
Et il a été enseigné : Rabbi Dostai bar Matoun a dit : il est permis de provoquer les méchants en ce monde ; et si un homme te souffle à l'oreille de dire « ne t'échauffe pas contre les malfaisants et ne jalouse pas ceux qui commettent l'iniquité », c'est celui dont le cœur le frappe qui parle ainsi.
Deux sources contredisent Rabbi Yitshak. La dernière formule vise l'homme qui invoque le verset par mauvaise conscience : celui qui a des fautes en main préfère une règle de non-intervention, parce qu'elle le protège lui aussi.
Plutôt : « ne t'échauffe pas contre les malfaisants » — pour être comme les malfaisants ; « et ne jalouse pas ceux qui commettent l'iniquité » — pour être comme ceux qui commettent l'iniquité. Et il est dit : « que ton cœur ne jalouse pas les fauteurs, etc. »
La baraita relit le verset. Le verbe y désigne l'imitation : l'interdit porte sur le désir de ressembler au malfaisant. La preuve vient du verset des Michle, dont la fin, « mais sois dans la crainte de Hachem tout le jour », oppose deux manières d'être et non deux manières de combattre.
Ce n'est pas difficile : ici, il s'agit de ses propres affaires ; là, il s'agit des affaires du Ciel.
Première résolution. Rabbi Yitshak parle de l'homme qui défend son intérêt personnel ; Rabbi Yo'hanan et Rabbi Dostai parlent de milei dichmaya, ce qui touche à la Torah et aux mitsvot, où le silence vaut abandon.
Et si tu veux, dis : l'un et l'autre parlent de ses propres affaires, et ce n'est pas difficile : ici il s'agit d'un juste achevé, la d'un juste qui n'est pas achevé. Car Rav Houna a dit : que signifie le verset « pourquoi regardes-tu ceux qui trahissent, et te tais-tu quand le méchant engloutit plus juste que lui » (Havakouk 1,13) ?
Plus juste que lui — il l'engloutit ; un juste achevé — il ne l'engloutit pas.
Deuxième résolution, tirée du niveau de celui qui provoque. Le verset laisse entendre que le méchant l'emporte sur un homme relativement plus juste que lui ; le tsadik gamour, le juste achevé, échappe à cette prise et peut donc l'affronter même pour son propre compte.
Et si tu veux, dis : lorsque l'heure lui sourit, il en va autrement.
Troisième résolution. Elle conserve les deux enseignements et ne retient qu'une exception de moment : tant que la réussite accompagne le méchant, même le juste achevé s'abstient.
Oula a dit : l'Italie de Yavan, c'est la grande ville de Rome. Elle mesure trois cents parsa sur trois cents parsa.
Elle compte trois cent soixante-cinq marchés, selon le nombre des jours de l'année solaire. Le plus petit de tous est celui des marchands d'oiseaux, et il mesure seize mil sur seize mil.
Et le roi y prend son repas chaque jour dans l'un d'eux.
Description de la capitale de l'empire. Le parsa vaut quatre mil ; les dimensions données excèdent toute mesure urbaine réelle et servent à dire l'ampleur de la domination romaine. Le compte des marchés reprend celui des jours de l'année solaire, déjà utilisé plus haut pour les gouverneurs.
Et celui qui y réside, même s'il n'y est pas né, reçoit une allocation de la maison du roi ; et celui qui y est né, même s'il n'y réside pas, reçoit une allocation de la maison du roi. Elle compte trois mille bains, et cinq cents fenêtres qui font sortir la fumée hors de la muraille.
Un de ses côtés est la mer, un de ses côtés des montagnes et des collines, un de ses côtés une cloison de fer, et un de ses côtés du gravier et un marécage.
La description passe des dimensions aux institutions, puis aux défenses. Le peras est une allocation de subsistance versée par le palais, due au domicile comme à la naissance. Les quatre côtés forment une ceinture naturelle et artificielle qui rend la ville inattaquable.
Michna. S'ils ont lu la meguila au premier Adar et que l'année a ensuite été intercalée, on la lit au second Adar.
Il n'y a entre le premier Adar et le second Adar que la lecture de la meguila et les dons aux pauvres.
La michna traite de l'année embolismique, qui comporte deux mois d'Adar. Deux règles : la lecture faite au premier Adar ne dispense pas de celle du second, et la différence entre les deux mois se limite à la lecture et aux matanot laevyonim, les dons aux pauvres. La formule « il n'y a entre... que... » invite à déduire l'égalité de tout le reste, et la guemara va exploiter cette déduction.
Guemara. Donc, quant à l'ordre des parachiot, l'un et l'autre sont égaux.
Déduction tirée de la restriction de la michna. Puisqu'elle limite la différence à la lecture et aux dons, les quatre parachiot lues au premier Adar dispensent de les relire au second. Les quatre parachiot sont Chekalim, Zakhor, Para et HaHodech, lues autour de Pourim.
Qui est l'auteur de notre michna ? Ni le premier tana, ni Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi, ni Rabban Chimon ben Gamliel.
Car il a été enseigné : s'ils ont lu la meguila au premier Adar et que l'année a été intercalée, on la lit au second Adar, car toutes les mitsvot qui se pratiquent au second se pratiquent au premier, hormis la lecture de la meguila.
La guemara confronte la michna aux trois positions d'une baraita. Le premier tana écarte du premier Adar la seule lecture de la meguila, sans mentionner les dons aux pauvres : sa position ne recouvre donc pas exactement celle de la michna.
Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi dit : on ne la lit pas au second Adar, car toutes les mitsvot qui se pratiquent au second se pratiquent au premier.
Deuxième position, la plus large : le premier Adar porte tout, y compris la lecture de la meguila. Une fois lue, elle n'a pas à être relue.
Rabban Chimon ben Gamliel dit au nom de Rabbi Yossi : on la lit bel et bien au second Adar, car toutes les mitsvot qui se pratiquent au second ne se pratiquent pas au premier. Et ils s'accordent sur l'oraison funèbre et le jeûne, interdits dans l'un et dans l'autre.
Troisième position, la plus stricte : le premier Adar ne porte aucune des mitsvot du second. Le dernier membre de phrase énonce un point d'accord entre les trois tanaim : les quatorze et quinze des deux Adar restent interdits à l'oraison funèbre et au jeûne.
Rabban Chimon ben Gamliel, c'est donc le premier tana ? Rav Papa a dit : l'ordre des parachiot les sépare.
Car le premier tana estime qu'à priori elles se font au second, et si on les a faites au premier, elles sont faites ; hormis la lecture de la meguila, car même s'ils l'ont lue au premier, ils la lisent au second.
Les deux positions semblent identiques ; Rav Papa dégage la nafka mina, la conséquence qui les sépare. Pour le premier tana, les quatre parachiot lues par anticipation au premier Adar restent valables bediavad, après coup, même si l'ordre voulu est celui du second Adar. Rachi note ici une variante de texte sur la formule d'introduction.
Et Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi estime que même la lecture de la meguila se fait à priori au premier. Et Rabban Chimon ben Gamliel estime que même l'ordre des parachiot, s'ils les ont lues au premier, ils les lisent au second.
Rav Papa achève de répartir les trois positions le long d'un même axe : Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi tire tout vers le premier Adar, Rabban Chimon ben Gamliel tire tout vers le second, et le premier tana occupe la position intermédiaire.
Qui est donc l'auteur de notre michna ? Si c'est le premier tana, les dons font difficulté ; si c'est Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi, la lecture de la meguila fait elle aussi difficulté ; si c'est Rabban Chimon ben Gamliel, l'ordre des parachiot fait difficulté.
Retour à la question de départ, position par position. La michna mentionne les dons aux pauvres, que le premier tana omet ; elle impose de relire la meguila, ce que Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi refuse ; et elle laisse entendre que les parachiot lues au premier Adar suffisent, ce que Rabban Chimon ben Gamliel refuse.
En vérité c'est le premier tana, et il a enseigné la lecture de la meguila, et il en va de même des dons aux pauvres, car l'un dépend de l'autre.
Première réponse. L'omission des dons dans la baraita ne signifie rien, parce que les dons suivent la lecture : ils se font le jour où la meguila est lue. Énoncer la lecture revient donc à énoncer les deux.
Et si tu veux, dis : en vérité c'est Rabban Chimon ben Gamliel, et notre michna est incomplète et enseigne ainsi : il n'y a entre le quatorze du premier Adar et le quatorze du second Adar que la lecture de la meguila et les dons. Donc, quant à l'oraison funèbre et au jeûne, l'un et l'autre sont égaux ; quant à l'ordre des parachiot, elle n'en parle pas.
Seconde réponse, par hissourei mehassera : la michna est réputée incomplète et se relit avec un ajout. Une fois la comparaison restreinte au quatorze de chaque Adar, la déduction initiale sur les parachiot tombe, et la michna cesse de contredire Rabban Chimon ben Gamliel.
Rabbi Hiya bar Avin a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha suit Rabban Chimon ben Gamliel, qui a parlé au nom de Rabbi Yossi.
Tranchement pratique : rien de ce qui appartient au second Adar ne s'accomplit au premier.
Rabbi Yo'hanan a dit : tous deux ont exposé le même verset, « en chaque année ». Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi estime : « en chaque année » — de même que chaque année c'est l'Adar proche de Chevat, de même ici c'est l'Adar proche de Chevat.
La guemara remonte du désaccord pratique à sa source scripturaire. Les deux tanaim lisent l'expression du livre d'Esther comme une exigence d'identité entre l'année ordinaire et l'année embolismique, et divergent sur ce que cette identité retient : la place du mois dans la suite du calendrier.
Et Rabban Chimon ben Gamliel estime : « en chaque année » — de même que chaque année c'est l'Adar proche de Nissan, de même ici c'est l'Adar proche de Nissan.
Dans une année ordinaire, l'unique Adar est à la fois voisin de Chevat et voisin de Nissan. L'année embolismique sépare ces deux traits entre deux mois, et chaque tana retient celui qu'il juge déterminant.
Soit, pour Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi le motif se comprend : on ne laisse pas passer les mitsvot. Mais Rabban Chimon ben Gamliel, quel est son motif ?
La guemara mesure la force des deux lectures. Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi dispose d'un principe général, ein maavirin al hamitsvot : une mitsva qui se présente s'accomplit sans délai. Rabban Chimon ben Gamliel doit donc produire un motif de même rang.
Rabbi Tavi a dit : le motif de Rabban Chimon ben Gamliel est que joindre une délivrance à une délivrance est préférable.
Premier motif : la proximité de Pourim et de Pessa'h. Placer Pourim au second Adar met la délivrance de Chouchan au contact immédiat de la sortie d'Égypte, et cette continuité l'emporte sur le principe d'accomplissement immédiat.
Rabbi Elazar a dit : le motif de Rabban Chimon ben Gamliel se tire d'ici, car il est écrit : « pour confirmer cette seconde lettre de Pourim » (Esther 9,29).
Second motif, scripturaire. Le mot hachenit, « la seconde », est rapporté au mois : le verset désigne le second Adar comme le lieu de Pourim dans l'année embolismique.
Et il a fallu écrire
Ouverture d'un développement qui se poursuit au folio suivant : la guemara va montrer pourquoi deux énoncés distincts étaient l'un et l'autre nécessaires.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).