Megillah 6b — Peine et réussite, la provocation des méchants, la grande ville de Rome, puis la michna : la meguila lue au premier Adar quand l'année devient embolismique

Megillah 6b

Sougya : La première moitié du folio achève la série aggadique commencée plus haut : la puissance de Rome tenue en échec par Germamia, puis trois enseignements de Rabbi Yitshak. Le premier fixe le rapport entre l'effort et la réussite, en distinguant l'étude, le commerce, l'acuité et la rétention.

Le deuxième interdit de provoquer le racha à qui l'heure sourit, ce qui entre en conflit avec Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Chimon ben Yohai et avec Rabbi Dostai bar Matoun ; la guemara propose trois résolutions. Oula décrit ensuite la grande ville de Rome, ses dimensions et ses quatre côtés.

La seconde moitié ouvre la michna : la meguila lue au premier Adar doit être relue au second si l'année est intercalée, et la seule différence entre les deux Adar porte sur la lecture et sur les dons aux pauvres. La guemara cherche l'auteur de cette michna entre trois positions de la baraita, tranche comme Rabban Chimon ben Gamliel, et remonte à la derasha de « en chaque année » : Adar proche de Chevat ou Adar proche de Nissan.

Peut-on provoquer le racha ? La contradiction et ses trois résolutions Rabbi Yitshak — ne le provoque pas Quand l'heure lui sourit : ne te mets pas en travers. Il réussira, il gagnera au tribunal, et il verra la chute de ceux qui le haïssent. Rabbi Yo'hanan et Rabbi Dostai — il est permis Ceux qui gardent la Torah les affrontent. Celui qui invoque le verset contraire est un homme que son propre cœur inquiète. 1. Le domaine Ses affaires à lui : on ne provoque pas. Affaires du Ciel : on provoque. 2. Le niveau de l'homme Tsadik gamour (juste achevé) : il peut provoquer. Juste inachevé : il se taira. 3. L'heure Tant que l'heure lui sourit, même le juste achevé s'abstient de l'affronter. Lecture commune du verset Tehilim 37,1 Selon la conclusion de la baraita, "ne t'échauffe pas contre les malfaisants" veut dire : ne deviens pas comme eux.
Deux enseignements opposés sur la provocation du racha ; la guemara les concilie par le domaine, par le niveau de celui qui provoque, puis par le moment.
Premier Adar et second Adar : les trois positions de la baraita Objet Tana kama R. Eliezer b. R. Yossi R. Chimon b. Gamliel Lecture de la meguila À relire au second Acquitté dès le premier À relire au second Les autres mitsvot du mois Valables au premier Valables au premier Réservées au second Ordre des quatre parachiot Chekalim, Zakhor, Para, HaHodech Au second à priori, valables si faites avant Au premier même à priori À refaire au second Oraison funèbre et jeûne Tous s'accordent : interdits le quatorze et le quinze des deux Adar. Halakha — Rabbi Hiya bar Avin au nom de Rabbi Yo'hanan La loi suit Rabban Chimon ben Gamliel, qui parle au nom de Rabbi Yossi.
Les trois tanaim de la baraita se séparent sur ce qu'un acte accompli au premier Adar épuise, et sur ce qu'il faut recommencer au second.
Un seul verset, deux Adar : la derasha de "en chaque année" Esther 9,21 — les jours de Pourim "en chaque année" Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi Comme chaque année ordinaire, Pourim tombe dans l'Adar voisin de Chevat : le premier. Raison : on ne laisse pas passer les mitsvot. Une mitsva qui se présente s'accomplit aussitôt. Rabban Chimon ben Gamliel Comme chaque année ordinaire, Pourim tombe dans l'Adar voisin de Nissan : le second. Raisons : joindre une délivrance à l'autre, et le verset "cette seconde lettre de Pourim". Nafka mina pratique Dans une année embolismique, la meguila se lit au second Adar, et les dons aux pauvres le suivent.
Les deux tanaim lisent la même expression du livre d'Esther ; leur désaccord porte sur ce qu'une année ordinaire enseigne de l'année embolismique.
1
גֶּרְמַמְיָא שֶׁל אֱדוֹם, שֶׁאִלְמָלֵי הֵן יוֹצְאִין, מַחֲרִיבִין כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ.

Germamia d'Edom : car s'ils sortaient, ils détruiraient le monde entier.

📜 Rachi (1)
גֶּרְמַמְיָא שֵׁם מַלְכוּת וְהִיא מֵאֱדוֹם:
Nom d'un royaume, et il relève d'Edom.
💡 Explication

Fin d'un enseignement commencé plus haut. Germamia désigne un royaume rattaché à Edom, autrement dit au monde romain. Sa force est présentée comme contenue : elle reste à l'intérieur de ses frontières, et cette retenue protège le monde.

2
וְאָמַר רַבִּי חָמָא בַּר חֲנִינָא: תְּלָת מְאָה קְטִירֵי תָּגָא אִיכָּא בְּגֶרְמַמְיָא שֶׁל אֱדוֹם, וּתְלָת מְאָה וְשִׁיתִּין וְחַמְשָׁה מַרְזְבָּנֵי אִיכָּא בְּרוֹמִי, וּבְכָל יוֹמָא נָפְקִי הָנֵי לְאַפֵּי הָנֵי וּמִקְּטִיל חַד מִינַּייְהוּ, וּמִיטַּרְדִי לְאוֹקֻמֵי מַלְכָּא.

Et Rabbi Hama bar Hanina a dit : il y a trois cents têtes ceintes de couronne à Germamia d'Edom, et trois cent soixante-cinq marzevanei (gouverneurs) à Rome ; chaque jour ceux-ci sortent à la rencontre de ceux-là, l'un d'entre eux est tué, et les voilà occupés à établir un roi.

📜 Rachi (1)
מַרְזְבָנֵי דֻּוכָּסִים:
Des ducs.
💡 Explication

Les deux puissances s'équilibrent. Le compte des marzevanei, trois cent soixante-cinq, correspond aux jours de l'année solaire, et chaque journée consomme un de ces chefs. La guerre permanente tient lieu de frein : tant que Rome doit remplacer ses morts, elle ne peut se tourner entièrement ailleurs.

3
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק, אִם יֹאמַר לְךָ אָדָם: יָגַעְתִּי וְלֹא מָצָאתִי — אַל תַּאֲמֵן. לֹא יָגַעְתִּי וּמָצָאתִי — אַל תַּאֲמֵן. יָגַעְתִּי וּמָצָאתִי — תַּאֲמֵן.

Et Rabbi Yitshak a dit : si un homme te dit « j'ai peiné et je n'ai pas trouvé » — ne le crois pas. « Je n'ai pas peiné et j'ai trouvé » — ne le crois pas.

« J'ai peiné et j'ai trouvé » — crois-le.

📜 Rachi (1)
יָגַעְתִּי בַּתּוֹרָה:
Dans la Torah.
🪔 Ben Yehoyada (2)
'יָגַעְתִּי וּמָצָאתִי' תַּאֲמֵן. הַטַּעַם כִּי הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ נָתַן הַתּוֹרָה סְתוּמָה וַחֲתוּמָה בְּכַמָּה עִזְקִין, שֶׁצָּרִיךְ יְגִיעָה רַבָּה כְּדֵי לִמְצוֹא דְּבָרִים הַגְּנוּזִים בָּהּ, כְּדֵי שֶׁלֹּא יִהְיוּ לוֹמְדִים הַתּוֹרָה דֶּרֶךְ טִיּוּל, אֶלָּא לוֹמְדִים מֵרֹוב אַהֲבָתָם אוֹתָהּ, כִּי הַלּוֹמֵד דֶּרֶךְ טִיּוּל אֵינוֹ רוֹצֶה לִיגַע וּלְהַטְרִיחַ עַצְמוֹ, אַךְ הַלּוֹמֵד מֵאַהֲבָתוֹ אוֹתָהּ הוּא יָגֵעַ הַרְבֵּה, כְּדֵי לְהַשִּׂיג הַגָּנוּז בְּקִרְבָּהּ, וְזֶהוּ הַמִּבְחָן.
« J'ai peiné et j'ai trouvé » — crois-le. La raison en est que Hachem a donné la Torah fermée et scellée par plusieurs anneaux, de sorte qu'une grande peine est requise pour trouver les choses qui y sont enfouies. Ainsi ceux qui l'étudient ne l'étudient pas en promeneurs, mais par l'amour qu'ils lui portent : celui qui étudie en promeneur refuse de peiner et de se donner du mal, tandis que celui qui étudie par amour peine beaucoup afin d'atteindre ce qui est caché en elle. Telle est l'épreuve.
מֵימוֹת מֹשֶׁה עַד רַבָּן גַּמְלִיאֵל, הָיוּ לְמֵדִין תּוֹרָה מַעֲמָד. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כְּדֵי לְהַטְרִיחַ עַצְמָן בַּתּוֹרָה, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (מְגִילָּה ו:) 'יָגַעְתִּי וּמָצָאתִי תַּאֲמֵן'. אוֹ יוּבָן הָרַגְלַיִם רוֹמְזִים לָנֶצַח וְהוֹד, וְהַתּוֹרָה נִיתְּנָה עַל יְדֵי לוּחוֹת שֶׁהוּא סוֹד נֶצַח וְהוֹד, וְלִמְּדוּהָ מִפִּי מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן שֶׁהֵם נֶצַח וְהוֹד. אוֹ יוּבָן הַגּוּף שֶׁהוּא עוֹלָם קָטָן עוֹמֵד עַל שְׁנֵי רַגְלַיִם וְכֵן הָעוֹלָם עוֹמֵד עַל הַתּוֹרָה דִּכְתִיב (יִרְמְיָה לג, כה) 'אִם לֹא בְרִיתִי יוֹמָם וָלָיְלָה חֻקּוֹת שָׁמַיִם וָאָרֶץ לֹא שָׂמְתִּי' וְהַתּוֹרָה כּוֹלֶלֶת שְׁנֵי עַמּוּדִים שֶׁהוּא עֵסֶק הַתּוֹרָה וְגַם עַמּוּד הָעֲבוֹדָה דְּ'כֹל הַקּוֹרֵא בְּפָרָשַׁת עוֹלָה כְּאִלּוּ הִקְרִיב עוֹלָה' (מְנָחוֹת קי.) . אִי נָמֵי לִימּוּד הַתּוֹרָה מְעֻומָּד יוֹרֶה דְּרָאוּי לָאָדָם לִלְמֹוד תּוֹרָה מִן הָרַב שֶׁהוּא דּוֹמֶה לְמַלְאָךְ, דִּכְתִיב (מַלְאָכִי ב, ז) כִּי שִׂפְתֵי כֹהֵן יִשְׁמְרוּ דַעַת וְהַתּוֹרָה יְבַקְשׁוּ מִפִּיהוּ כִּי מַלְאַךְ ה' צְבֻקּוֹת הוּא, וְיָדוּעַ כִּי הַמַּלְאָכִים אֵין לָהֶם יְשִׁיבָה לְמַעְלָה אֶלָּא הֵם עוֹמְדִים דִּכְתִיב (זְכַרְיָה ג, ז) 'בֵּין הָעֳמָדִים הָאֵלֶּה'.
Depuis les jours de Moche jusqu'à Rabban Gamliel, on étudiait la Torah debout. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est de se donner de la peine dans la Torah, selon ce qu'ils ont dit (Meguila 6b) : « j'ai peiné et j'ai trouvé, crois-le ». On peut aussi comprendre que les jambes font allusion à netsa'h et hod, que la Torah a été donnée par des tables qui sont le sod (secret) de netsa'h et hod, et qu'on l'a apprise de la bouche de Moche et d'Aharon, qui sont netsa'h et hod. On peut encore comprendre que le corps, qui est un monde en réduction, tient sur deux jambes, et que de même le monde tient sur la Torah, comme il est écrit (Yirmiya 33,25) : « si mon alliance jour et nuit n'était pas, je n'aurais pas établi les lois des cieux et de la terre » ; or la Torah comprend deux colonnes, celle de l'étude de la Torah et aussi celle du service, car « quiconque lit la section de l'olah, c'est comme s'il avait offert une olah » (Menahot 110a). On peut enfin dire que l'étude debout enseigne qu'il convient à l'homme d'apprendre la Torah d'un maître qui ressemble à un ange, comme il est écrit (Malakhi 2,7) : « car les lèvres du cohen gardent la connaissance, et c'est de sa bouche qu'on recherche la Torah, car il est un messager de Hachem des armées » ; et l'on sait que les anges n'ont pas d'assise en haut, mais qu'ils se tiennent debout, comme il est écrit (Zekharia 3,7) : « parmi ceux qui se tiennent ici ».
💡 Explication

Trois déclarations possibles, deux rejetées et une reçue. La règle établit une correspondance entre l'effort et le résultat : l'effort donne son fruit, et le fruit suppose l'effort. Le segment suivant en délimitera aussitôt le champ d'application.

4
הָנֵי מִילֵּי בְּדִבְרֵי תוֹרָה, אֲבָל בְּמַשָּׂא וּמַתָּן — סִייַּעְתָּא הוּא מִן שְׁמַיָּא. וּלְדִבְרֵי תוֹרָה לָא אֲמַרַן אֶלָּא לְחַדּוֹדֵי, אֲבָל לְאוֹקְמֵי גִּירְסָא — סִייַּעְתָּא מִן שְׁמַיָּא הִיא.

Ces paroles valent pour les paroles de Torah, mais dans le commerce c'est une aide du Ciel. Et pour les paroles de Torah elles-mêmes, nous ne l'avons dit que pour aiguiser l'intelligence ; mais pour maintenir la guirsa (la leçon apprise), c'est une aide du Ciel.

📜 Rachi (2)
לְאוֹקְמֵי גִּירְסָא שֶׁלֹּא תִּשְׁתַּכַּח מִמֶּנּוּ:
Pour qu'elle ne s'oublie pas de lui.
סִייַּעְתָּא דִּשְׁמַיָּא וְיֵשׁ יָגֵעַ וְאֵינוֹ מוֹצֵא:
Et il y a celui qui peine et ne trouve pas.
💡 Explication

Deux restrictions successives réduisent le champ de la règle. Elle ne concerne pas la réussite matérielle, qui dépend de la siyata dichmaya (l'aide du Ciel). Et à l'intérieur même de l'étude, elle vaut pour lehadoudei, l'acuité du raisonnement, tandis que leokmei guirsa, la conservation de ce qu'on a appris, échappe au calcul de l'effort.

🖼️ Schéma
Ou l'effort décide, ou le Ciel décide L'effort décide Paroles de Torah, côté acuité (lehadoudei) : qui peine trouve, qui trouve à peine. Le Ciel décide Commerce, et rétention de la leçon apprise (leokmei guirsa) : siyata dichmaya. Conséquence pour l'étudiant Un raisonnement qui résiste se travaille ; Rachi ajoute que pour la rétention il existe bien celui qui peine et ne trouve pas, et la promesse de Rabbi Yitshak ne s'applique plus.
La règle de Rabbi Yitshak est double restreinte : au domaine de la Torah, puis à l'acuité du raisonnement plutôt qu'à la mémoire.
5
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: אִם רָאִיתָ רָשָׁע שֶׁהַשָּׁעָה מְשַׂחֶקֶת לוֹ — אַל תִּתְגָּרֶה בּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַל תִּתְחַר בִּמְרֵעִים״. וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁדְּרָכָיו מַצְלִיחִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יָחִילוּ דְרָכָיו בְּכָל עֵת״. וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁזּוֹכֶה בַּדִּין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מְרוֹם מִשְׁפָּטֶיךָ מִנֶּגְדּוֹ״. וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁרוֹאֶה בְּשׂוֹנְאָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כָּל צוֹרְרָיו יָפִיחַ בָּהֶם״.

Et Rabbi Yitshak a dit : si tu vois un racha (méchant) à qui l'heure sourit, ne le provoque pas, comme il est dit : « ne t'échauffe pas contre les malfaisants » (Tehilim 37,1). Et non seulement cela, mais ses voies réussissent, comme il est dit : « ses voies prospèrent en tout temps » (Tehilim 10,5).

Et non seulement cela, mais il l'emporte en jugement, comme il est dit : « tes jugements sont haut au-dessus, loin de lui ». Et non seulement cela, mais il voit la chute de ceux qui le haïssent, comme il est dit : « tous ses adversaires, il souffle sur eux ».

📜 Rachi (3)
יָחִילוּ יַצְלִיחוּ וְדוֹמֶה לוֹ עַל כֵּן לֹא יָחִיל טוּבוֹ (אִיּוֹב כ׳:כ״א):
Ils réussissent ; le mot ressemble à « c'est pourquoi il ne jouira pas de son bien » (Iyov 20,21).
מְרוֹם מִשְׁפָּטֶיךָ מִנֶּגְדּוֹ מְסֻולָּקִין הֵם מִמֶּנּוּ:
Ils sont écartés de lui.
יָפִיחַ בָּהֶם בִּנְפִיחָה בְּעָלְמָא הֵן נוֹפְלִים:
D'un simple souffle ils tombent.
💡 Explication

La mise en garde s'appuie sur quatre versets qui décrivent la réussite du méchant à l'heure qui lui est favorable. La gradation est construite par la formule velo od ela, « et non seulement cela » : la réussite se propage de ses entreprises à son procès, puis à ses ennemis.

6
אֵינִי? וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: מֻותָּר לְהִתְגָּרוֹת בָּרְשָׁעִים בָּעוֹלָם הַזֶּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֹוזְבֵי תוֹרָה יְהַלְלוּ רָשָׁע וְשֹׁומְרֵי תוֹרָה יִתְגָּרוּ בָם״, וְתַנְיָא, רַבִּי דּוֹסְתַּאי בַּר מָתוּן אָמַר: מֻותָּר לְהִתְגָּרוֹת בָּרְשָׁעִים בָּעוֹלָם הַזֶּה, וְאִם לְחָשְׁךָ אָדָם לוֹמַר ״אַל תִּתְחַר בַּמְּרֵעִים וְאַל תְּקַנֵּא בְּעֹושֵׂי עַוְלָה״ — מִי שֶׁלִּבּוֹ נוֹקְפוֹ אוֹמֵר כֵּן.

En est-il ainsi ? Or Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : il est permis de provoquer les méchants en ce monde, comme il est dit : « ceux qui abandonnent la Torah louent le méchant, et ceux qui gardent la Torah les affrontent » (Michle 28,4).

Et il a été enseigné : Rabbi Dostai bar Matoun a dit : il est permis de provoquer les méchants en ce monde ; et si un homme te souffle à l'oreille de dire « ne t'échauffe pas contre les malfaisants et ne jalouse pas ceux qui commettent l'iniquité », c'est celui dont le cœur le frappe qui parle ainsi.

📜 Rachi (1)
מִי שֶׁלִּבּוֹ נוֹקְפוֹ הַיָּרֵא מִן הָעֲבֵירוֹת שֶׁבְּיָדוֹ אוֹמֵר כֵּן:
Celui qui craint les fautes qu'il a en main parle ainsi.
💡 Explication

Deux sources contredisent Rabbi Yitshak. La dernière formule vise l'homme qui invoque le verset par mauvaise conscience : celui qui a des fautes en main préfère une règle de non-intervention, parce qu'elle le protège lui aussi.

7
אֶלָּא: ״אַל תִּתְחַר בִּמְרֵעִים״ — לִהְיוֹת כִּמְרֵעִים, ״וְאַל תְּקַנֵּא בְּעֹושֵׂי עַוְלָה״ — לִהְיוֹת כְּעוֹשֵׂי עַוְלָה. וְאוֹמֵר: ״אַל יְקַנֵּא לִבְּךָ בַּחַטָּאִים וְגוֹ׳!

Plutôt : « ne t'échauffe pas contre les malfaisants » — pour être comme les malfaisants ; « et ne jalouse pas ceux qui commettent l'iniquité » — pour être comme ceux qui commettent l'iniquité. Et il est dit : « que ton cœur ne jalouse pas les fauteurs, etc. »

📜 Rachi (2)
אַל תִּתְחַר אֵינוֹ לְשׁוֹן גֵּירוּי אֶלָּא שֶׁלֹּא תֶּאֱחֹוז בְּמַעֲשָׂיו כְּמוֹ וְאֵיךְ תְּתַחֲרֶה אֶת הַסּוּסִים (יִרְמְיָהוּ יב ה) כְּלוֹמַר שֶׁאֵינוֹ רָץ כְּמוֹתוֹ:
Le mot n'a pas ici le sens de provoquer, mais celui de s'attacher à ses actes, comme « et comment rivaliseras-tu avec les chevaux » (Yirmiya 12,5), c'est-à-dire qu'il ne court pas comme lui.
וְאוֹמֵר אַל יְקַנֵּא לִבְּךָ בַּחַטָּאִים כִּי אִם בְּיִרְאַת ה' כָּל הַיּוֹם עַל כָּרְחָךְ אֵין קִנְאָה זוֹ לְשׁוֹן גֵּירוּי מִלְחָמָה אֶלָּא אֲחִיזַת מַעֲשָׂיו מִדִּכְתִיב בְּסֵיפָא כִּי אִם בְּיִרְאַת ה' כָּל הַיּוֹם:
Tu es contraint d'admettre que cette jalousie n'a pas le sens d'une provocation au combat, mais celui de s'attacher à ses actes, puisqu'il est écrit à la fin du verset « mais sois dans la crainte de Hachem tout le jour ».
💡 Explication

La baraita relit le verset. Le verbe y désigne l'imitation : l'interdit porte sur le désir de ressembler au malfaisant. La preuve vient du verset des Michle, dont la fin, « mais sois dans la crainte de Hachem tout le jour », oppose deux manières d'être et non deux manières de combattre.

8
לָא קַשְׁיָא: הָא בְּמִילֵּי דִּידֵיהּ, הָא בְּמִילֵּי דִּשְׁמַיָּא.

Ce n'est pas difficile : ici, il s'agit de ses propres affaires ; là, il s'agit des affaires du Ciel.

💡 Explication

Première résolution. Rabbi Yitshak parle de l'homme qui défend son intérêt personnel ; Rabbi Yo'hanan et Rabbi Dostai parlent de milei dichmaya, ce qui touche à la Torah et aux mitsvot, où le silence vaut abandon.

9
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: הָא וְהָא בְּמִילֵּי דִידֵיהּ. וְלָא קַשְׁיָא: הָא בְּצַדִּיק גָּמוּר, הָא בְּצַדִּיק שֶׁאֵינוֹ גָּמוּר. דְּאָמַר רַב הוּנָא, מַאי דִכְתִיב: ״לָמָּה תַבִּיט בּוֹגְדִים תַּחֲרִישׁ בְּבַלַּע רָשָׁע צַדִּיק מִמֶּנּוּ״, צַדִּיק מִמֶּנּוּ — בּוֹלֵעַ, צַדִּיק גָּמוּר — אֵינוֹ בּוֹלֵעַ.

Et si tu veux, dis : l'un et l'autre parlent de ses propres affaires, et ce n'est pas difficile : ici il s'agit d'un juste achevé, la d'un juste qui n'est pas achevé. Car Rav Houna a dit : que signifie le verset « pourquoi regardes-tu ceux qui trahissent, et te tais-tu quand le méchant engloutit plus juste que lui » (Havakouk 1,13) ?

Plus juste que lui — il l'engloutit ; un juste achevé — il ne l'engloutit pas.

💡 Explication

Deuxième résolution, tirée du niveau de celui qui provoque. Le verset laisse entendre que le méchant l'emporte sur un homme relativement plus juste que lui ; le tsadik gamour, le juste achevé, échappe à cette prise et peut donc l'affronter même pour son propre compte.

10
וְאִי בָּעֵית אֵימָא: שָׁעָה מְשַׂחֶקֶת לוֹ שָׁאנֵי.

Et si tu veux, dis : lorsque l'heure lui sourit, il en va autrement.

💡 Explication

Troisième résolution. Elle conserve les deux enseignements et ne retient qu'une exception de moment : tant que la réussite accompagne le méchant, même le juste achevé s'abstient.

11
אָמַר עֻולָּא: אִיטַלְיָא שֶׁל יָוָן, זֶה כְּרַךְ גָּדוֹל שֶׁל רוֹמִי. וְהָוְיָא תְּלָת מְאָה פַּרְסָה עַל תְּלָת מְאָה פַּרְסָה. וְיֵשׁ בָּהּ שְׁלוֹשׁ מֵאוֹת שִׁשִּׁים וַחֲמִשָּׁה שְׁוָוקִים, כְּמִנְיַן יְמוֹת הַחַמָּה. וְקָטָן שֶׁבְּכֻולָּם שֶׁל מוֹכְרֵי עוֹפוֹת, וְהָוְיָא שִׁשָּׁה עָשָׂר מִיל עַל שִׁשָּׁה עָשָׂר מִיל. וּמֶלֶךְ סוֹעֵד בְּכָל יוֹם בְּאֶחָד מֵהֶן.

Oula a dit : l'Italie de Yavan, c'est la grande ville de Rome. Elle mesure trois cents parsa sur trois cents parsa.

Elle compte trois cent soixante-cinq marchés, selon le nombre des jours de l'année solaire. Le plus petit de tous est celui des marchands d'oiseaux, et il mesure seize mil sur seize mil.

Et le roi y prend son repas chaque jour dans l'un d'eux.

📜 Rachi (2)
אִיטַלְיָא שֶׁל יָוָן כֶּרֶךְ גָּדוֹל שֶׁגָּדַל בִּשְׁבִיל עֲוֹן מְנַשֶּׁה שֶׁבְּשָׁעָה שֶׁהִכְנִיס צֶלֶם בַּהֵיכָל יָרַד גַּבְרִיאֵל וְנָעַץ קָנֶה בַּיָּם וְגָדַל עָלָיו חֶלְקָהּ גְּדוֹלָה וְנִבְנָה לְשֵׁם אִיטַלְיָא שֶׁל יָוָן מֵאִיֵּי אֱלִישָׁה (יְחֶזְקֵאל כ״ז:ז׳) מְתַרְגְּמִינַן מִנְּגָוָות אִיטַלְיָא:
Une grande ville qui a grandi à cause de la faute de Menache : à l'heure où il introduisit l'idole dans le Sanctuaire, Gavriel descendit et planta un roseau dans la mer ; une grande étendue de terre s'y forma, et l'Italie de Yavan y fut bâtie. « Des îles d'Elicha » (Ye'hezkel 27,7) est traduit par « des contrées d'Italie ».
שְׁווָקִים חוּצוֹת:
Des rues.
💡 Explication

Description de la capitale de l'empire. Le parsa vaut quatre mil ; les dimensions données excèdent toute mesure urbaine réelle et servent à dire l'ampleur de la domination romaine. Le compte des marchés reprend celui des jours de l'année solaire, déjà utilisé plus haut pour les gouverneurs.

12
וְהָדַר בָּהּ, אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ נוֹלָד בָּהּ — נוֹטֵל פְּרָס מִבֵּית הַמֶּלֶךְ. וְהַנּוֹלָד בָּהּ, אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ דָּר בָּהּ — נוֹטֵל פְּרָס מִבֵּית הַמֶּלֶךְ. וּשְׁלֹשֶׁת אֲלָפִים בֵּי בָנֵי יֵשׁ בּוֹ, וַחֲמֵשׁ מֵאוֹת חַלּוֹנוֹת מַעֲלִין עָשָׁן חוּץ לַחוֹמָה. צִדּוֹ אֶחָד יָם וְצִדּוֹ אֶחָד הָרִים וּגְבָעוֹת, צִדּוֹ אֶחָד מְחִיצָה שֶׁל בַּרְזֶל וְצִדּוֹ אֶחָד חוֹלְסִית וּמְצוּלָה.

Et celui qui y réside, même s'il n'y est pas né, reçoit une allocation de la maison du roi ; et celui qui y est né, même s'il n'y réside pas, reçoit une allocation de la maison du roi. Elle compte trois mille bains, et cinq cents fenêtres qui font sortir la fumée hors de la muraille.

Un de ses côtés est la mer, un de ses côtés des montagnes et des collines, un de ses côtés une cloison de fer, et un de ses côtés du gravier et un marécage.

📜 Rachi (3)
פְּרָס מָזוֹן:
De la nourriture.
חַלּוֹנוֹת שֶׁמַּעֲלִים מֵהֶן עָשָׁן חוּץ לַחוֹמָה שֶׁהֵן גְּבוֹהִים מִן הַחוֹמָה וְאֵין מְעַשְּׁנִין אֶת הַחוֹמָה וְזֶהוּ חֲשִׁיבוּת:
Elles sont plus hautes que la muraille et n'enfument pas la muraille, et c'est là une marque d'importance.
חוֹלְסִית מְקוֹם אֲבָנִים דַּקּוֹת:
Un endroit de pierres fines.
💡 Explication

La description passe des dimensions aux institutions, puis aux défenses. Le peras est une allocation de subsistance versée par le palais, due au domicile comme à la naissance. Les quatre côtés forment une ceinture naturelle et artificielle qui rend la ville inattaquable.

🖼️ Schéma
Les quatre côtés de la grande ville de Rome Kerakh gadol chel Romi 300 parsa sur 300 parsa 365 marchés, 3000 bains Côté 1 — la mer Côté 3 — cloison de fer Côté 2 — montagnes et collines Côté 4 — houlsit (gravier) et marécage Les cinq cents fenêtres évacuent la fumée des bains au-dessus de la muraille, qui reste propre.
Rome est décrite comme ceinte de quatre obstacles différents, deux naturels, un construit et un marécageux.
13
מַתְנִי׳ קָרְאוּ אֶת הַמְּגִילָּה בַּאֲדָר הָרִאשׁוֹן וְנִתְעַבְּרָה הַשָּׁנָה — קוֹרִין אוֹתָהּ בַּאֲדָר שֵׁנִי. אֵין בֵּין אֲדָר הָרִאשׁוֹן לַאֲדָר הַשֵּׁנִי אֶלָּא קְרִיאַת הַמְּגִילָּה וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים.

Michna. S'ils ont lu la meguila au premier Adar et que l'année a ensuite été intercalée, on la lit au second Adar.

Il n'y a entre le premier Adar et le second Adar que la lecture de la meguila et les dons aux pauvres.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' אֶלָּא מִקְרָא מְגִילָּה כְּלוֹמַר שֶׁאִם עֲשָׂאוֹ בָּרִאשׁוֹן לֹא יָצָא:
C'est-à-dire que s'il l'a faite au premier, il ne s'est pas acquitté.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' קָרְאוּ אֶת הַמְּגִילָּה בַּאֲדָר הָרִאשׁוֹן וְנִתְעַבְּרָה הַשָּׁנָה קוֹרִין אוֹתָהּ בַּאֲדָר הַשֵּׁנִי אֵין בֵּין אֲדָר הָרִאשׁוֹן לַאֲדָר הַשֵּׁנִי אֶלָּא מִקְרָא מְגִילָּה וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים. נִרְאֶה לוֹמַר דְּסֵיפָא אַרֵישָׁא קַיְימָא הֵיכָא דְּקָרָא הַמְּגִילָּה בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר וְנִתְעַבְּרָה הַשָּׁנָה אָז אֵין בֵּין אֲדָר רִאשׁוֹן לִשְׁנֵי אֶלָּא מִקְרָא מְגִילָּה וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים דאע"פ דַּעֲשָׂאוֹ בָּרִאשׁוֹן צְרִיכִין לַחֲזֹור וְלַעֲשׂוֹתָן בַּשֵּׁנִי אֲבָל כָּל שְׁאָר דְּבָרִים שֶׁעֲשָׂאוּם בָּרִאשׁוֹן וְשׁוּב נִתְעַבְּרָה הַשָּׁנָה אֵין צְרִיכִין לַחֲזֹור () וְלַעֲשׂוֹתָן בַּשֵּׁנִי וְהֵיכָא דְּנִתְעַבְּרָה הַשָּׁנָה קֹודֶם אֲדָר רִאשׁוֹן () אָז הָוֵי אֲדָר הָרִאשׁוֹן כְּמוֹ שֵׁבֶט וְאַהָא קָאָמַר גְּמָרָא הָא לְעִנְיַן פָּרָשִׁיּוֹת זֶה וָזֶה שָׁוִין כְּלוֹמַר שֶׁאִם קָרְאוּ בַּאֲדָר הָרִאשׁוֹן כָּל אַרְבָּעָה הַפָּרָשִׁיּוֹת וְשׁוּב רָאוּ שֶׁיֵּשׁ צֹורֶךְ לְעַבֵּר הַשָּׁנָה אֵין צָרִיךְ לַעֲשׂוֹתָן בַּשֵּׁנִי אֲבָל לֹא מִסְתַּבֵּר כְּלָל שֶׁבְּכָל הַשָּׁנִים הַמְעֻובָּרוֹת יִקְרְאוּ הַפָּרָשִׁיּוֹת בִּשְׁנֵי אֲדָרִים. וְשָׁוִין בְּהֶסְפֵּד וְתַעֲנִית שֶׁאֲסוּרִים בָּזֶה וּבָזֶה פִּי' אִם קָרְאוּ הַמְּגִילָּה בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר וּבוֹ בַּיּוֹם עָבְרוּ הַשָּׁנָה אָסוּר בְּהֶסְפֵּד וְתַעֲנִית אֲבָל בִּשְׁאָר שָׁנָה מְעֻובֶּרֶת נִרְאֶה לִי שֶׁמֻּותָּר בְּהֶסְפֵּד וְתַעֲנִית כָּךְ נִרְאֶה לִי לְפָרֵשׁ הַשִּׁיטָה:
Michna : « s'ils ont lu la meguila au premier Adar et que l'année a été intercalée, on la lit au second Adar ; il n'y a entre le premier Adar et le second Adar que la lecture de la meguila et les dons aux pauvres ». Il paraît juste de dire que la fin de la michna se rapporte à son début : lorsqu'on a lu la meguila le quatorze et que l'année a ensuite été intercalée, alors il n'y a entre le premier Adar et le second que la lecture de la meguila et les dons aux pauvres, car bien qu'on les ait faits au premier, il faut les refaire au second ; mais tout le reste, accompli au premier avant que l'année ne soit intercalée, n'a pas à être refait au second. Et lorsque l'année a été intercalée avant le premier Adar, alors le premier Adar est comme Chevat. C'est à ce propos que la guemara dit : « quant à l'ordre des parachiot, l'un et l'autre sont égaux », c'est-à-dire que si l'on a lu au premier Adar les quatre parachiot et que l'on a vu ensuite qu'il fallait intercaler l'année, on n'a pas à les refaire au second. Il n'est nullement vraisemblable que dans toutes les années embolismiques on lise les parachiot dans les deux Adar. « Et ils s'accordent sur l'oraison funèbre et le jeûne, interdits dans l'un et dans l'autre » : cela veut dire que si l'on a lu la meguila le quatorze et que ce jour-là même on a intercalé l'année, l'oraison funèbre et le jeûne sont interdits ; mais dans une année embolismique ordinaire, il me semble qu'ils sont permis. Telle est la manière dont il me paraît juste d'expliquer ce passage.
💡 Explication

La michna traite de l'année embolismique, qui comporte deux mois d'Adar. Deux règles : la lecture faite au premier Adar ne dispense pas de celle du second, et la différence entre les deux mois se limite à la lecture et aux matanot laevyonim, les dons aux pauvres. La formule « il n'y a entre... que... » invite à déduire l'égalité de tout le reste, et la guemara va exploiter cette déduction.

14
גְּמָ׳ הָא לְעִנְיַן סֵדֶר פָּרָשִׁיּוֹת, זֶה וָזֶה שָׁוִין.

Guemara. Donc, quant à l'ordre des parachiot, l'un et l'autre sont égaux.

📜 Rachi (2)
גמ' סֵדֶר פָּרָשִׁיּוֹת פָּרָשַׁת שְׁקָלִים וְזָכוּר וּפָרָה וְהַחֹודֶשׁ דִּתְנַן בְּמַתְנִיתִין דִּבְנֵי הָעִיר דְּנוֹהֲגִין בַּאֲדָר:
Parachat Chekalim, Zakhor, Para et HaHodech, que nous avons apprises dans la michna de Bnei ha-ir, et qui se pratiquent en Adar.
זֶה וָזֶה שָׁוִין שֶׁאִם קְרָאָם בָּרִאשׁוֹן אֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור וְלִקְרוֹת בַּשֵּׁנִי:
S'il les a lues au premier, il n'a pas à recommencer au second.
🗂️ Tossefot (1)
הָא לְעִנְיַן סֵדֶר פָּרָשִׁיּוֹת זֶה וָזֶה שָׁוִין. שֶׁאִם קָרְאוּ הָאַרְבַּע פָּרָשִׁיּוֹת בַּאֲדָר הָרִאשׁוֹן שֶׁעֲדַייִן לֹא הָיוּ יוֹדְעִין שֶׁצְּרִיכִין לְעַבֵּר וּבָתַר הָכִי עָבְרוּ הַשָּׁנָה אֵין צָרִיךְ לִקְרוֹתָם בַּאֲדָר הַשֵּׁנִי:
S'ils ont lu les quatre parachiot au premier Adar alors qu'ils ne savaient pas encore qu'il faudrait intercaler l'année, et qu'ensuite on a intercalé l'année, il n'y a pas à les lire au second Adar.
💡 Explication

Déduction tirée de la restriction de la michna. Puisqu'elle limite la différence à la lecture et aux dons, les quatre parachiot lues au premier Adar dispensent de les relire au second. Les quatre parachiot sont Chekalim, Zakhor, Para et HaHodech, lues autour de Pourim.

15
מַנִּי מַתְנִיתִין? לֹא תַּנָּא קַמָּא, וְלָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי, וְלָא רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל. דְּתַנְיָא: קָרְאוּ אֶת הַמְּגִילָּה בַּאֲדָר הָרִאשׁוֹן וְנִתְעַבְּרָה הַשָּׁנָה — קוֹרִין אוֹתָהּ בַּאֲדָר הַשֵּׁנִי, שֶׁכָּל מִצְוֹת שֶׁנּוֹהֲגוֹת בַּשֵּׁנִי נוֹהֲגוֹת בָּרִאשׁוֹן, חוּץ מִמִּקְרָא מְגִילָּה.

Qui est l'auteur de notre michna ? Ni le premier tana, ni Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi, ni Rabban Chimon ben Gamliel.

Car il a été enseigné : s'ils ont lu la meguila au premier Adar et que l'année a été intercalée, on la lit au second Adar, car toutes les mitsvot qui se pratiquent au second se pratiquent au premier, hormis la lecture de la meguila.

💡 Explication

La guemara confronte la michna aux trois positions d'une baraita. Le premier tana écarte du premier Adar la seule lecture de la meguila, sans mentionner les dons aux pauvres : sa position ne recouvre donc pas exactement celle de la michna.

16
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ בַּאֲדָר הַשֵּׁנִי, שֶׁכָּל מִצְוֹת שֶׁנּוֹהֲגוֹת בַּשֵּׁנִי נוֹהֲגוֹת בָּרִאשׁוֹן.

Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi dit : on ne la lit pas au second Adar, car toutes les mitsvot qui se pratiquent au second se pratiquent au premier.

💡 Explication

Deuxième position, la plus large : le premier Adar porte tout, y compris la lecture de la meguila. Une fois lue, elle n'a pas à être relue.

17
רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי: אַף קוֹרִין אוֹתָהּ בַּאֲדָר הַשֵּׁנִי, שֶׁכָּל מִצְוֹת שֶׁנּוֹהֲגוֹת בַּשֵּׁנִי אֵין נוֹהֲגוֹת בָּרִאשׁוֹן. וְשָׁוִין בְּהֶסְפֵּד וּבְתַעֲנִית שֶׁאֲסוּרִין בָּזֶה וּבָזֶה.

Rabban Chimon ben Gamliel dit au nom de Rabbi Yossi : on la lit bel et bien au second Adar, car toutes les mitsvot qui se pratiquent au second ne se pratiquent pas au premier. Et ils s'accordent sur l'oraison funèbre et le jeûne, interdits dans l'un et dans l'autre.

📜 Rachi (1)
שֶׁאֲסוּרִין בָּזֶה וּבָזֶה בְּיוֹם אַרְבָּעָה עָשָׂר וַחֲמִשָּׁה עָשָׂר שֶׁבִּשְׁנֵיהֶן:
Le quatorze et le quinze de l'un et de l'autre.
💡 Explication

Troisième position, la plus stricte : le premier Adar ne porte aucune des mitsvot du second. Le dernier membre de phrase énonce un point d'accord entre les trois tanaim : les quatorze et quinze des deux Adar restent interdits à l'oraison funèbre et au jeûne.

18
רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל הַייְנוּ תַּנָּא קַמָּא? אָמַר רַב פָּפָּא: סֵדֶר פָּרָשִׁיּוֹת אִיכָּא בֵּינַייְהוּ, דְּתַנָּא קַמָּא סָבַר לְכַתְּחִילָּה בַּשֵּׁנִי, וְאִי עֲבוּד בָּרִאשׁוֹן — עֲבוּד. בַּר מִמִּקְרָא מְגִילָּה, דְּאַף עַל גַּב דְּקָרוּ בָּרִאשׁוֹן — קָרוּ בַּשֵּׁנִי.

Rabban Chimon ben Gamliel, c'est donc le premier tana ? Rav Papa a dit : l'ordre des parachiot les sépare.

Car le premier tana estime qu'à priori elles se font au second, et si on les a faites au premier, elles sont faites ; hormis la lecture de la meguila, car même s'ils l'ont lue au premier, ils la lisent au second.

📜 Rachi (1)
וְאָמַר רַב פָּפָּא גָּרְסִינַן:
On lit : « et Rav Papa a dit ».
💡 Explication

Les deux positions semblent identiques ; Rav Papa dégage la nafka mina, la conséquence qui les sépare. Pour le premier tana, les quatre parachiot lues par anticipation au premier Adar restent valables bediavad, après coup, même si l'ordre voulu est celui du second Adar. Rachi note ici une variante de texte sur la formule d'introduction.

🖼️ Schéma
Rav Papa : ce qui sépare le premier tana de Rabban Chimon ben Gamliel Premier tana Quatre parachiot : au second à priori, mais faites au premier, elles tiennent. Meguila : toujours à relire au second, même lue au premier. Rabban Chimon ben Gamliel Quatre parachiot : lues au premier, elles se relisent au second. Meguila : a relire au second, comme pour le premier tana. Cas qui les départage Les quatre parachiot ont été lues au premier Adar, puis l'année a été intercalée : faut-il les relire ?
Les deux positions coïncident sur la meguila ; le désaccord ne se voit que sur le sort des quatre parachiot déjà lues.
19
וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי סָבַר: אֲפִילּוּ מִקְרָא מְגִילָּה לְכַתְּחִילָּה בָּרִאשׁוֹן. וְרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל סָבַר: אֲפִילּוּ סֵדֶר פָּרָשִׁיּוֹת, אִי קָרוּ בָּרִאשׁוֹן קָרוּ בַּשֵּׁנִי.

Et Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi estime que même la lecture de la meguila se fait à priori au premier. Et Rabban Chimon ben Gamliel estime que même l'ordre des parachiot, s'ils les ont lues au premier, ils les lisent au second.

📜 Rachi (1)
וְרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל כּוּ' דְּהָא כָּל מִצְוֹת קָאָמַר:
Puisqu'il dit « toutes les mitsvot ».
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי סָבַר אַף מִקְרָא מְגִילָּה [לְכַתְּחִלָּה בָּרִאשׁוֹן. וְנִרְאֶה] דְּדָייֵק מִדְּקָתָנֵי מִשְׁנָה יַתִּירָא שֶׁכָּל מִצְוֹת שֶׁנּוֹהֲגוֹת בַּשֵּׁנִי נוֹהֲגוֹת בָּרִאשׁוֹן [דְּמַשְׁמַע] לְכַתְּחִילָּה וְיֵשׁ שֶׁנּוֹהֲגִין לַעֲשׂוֹת יְמֵי מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה בְּאַרְבָּעָה . עָשָׂר וּבַחֲמִשָּׁה עָשָׂר שֶׁל אֲדָר הָרִאשׁוֹן וְרִיהֲטָא דְּמַתְנִיתִין נָמֵי מַשְׁמַע כֵּן מִדְּקָאָמַר אֶלָּא מִקְרָא מְגִילָּה בִּלְבַד וּמַתְּנוֹת עֲנִיִּים מִכְּלָל דִּלְעִנְיַן מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה זֶה וָזֶה שָׁוִין וְלָא נְהִירָא דְּהָא אָמְרִינַן בַּגְּמָרָא הָא לְעִנְיַן הֶסְפֵּד וְתַעֲנִית זֶה וָזֶה שָׁוִין מִכְּלָל דְּשִׂמְחָה וּמִשְׁתֶּה לֵיכָּא דע"כ לָא תַּלְיָא הָא בְּהָא דְּאִי תַּלְיָא הָא בְּהָא לְאַשְׁמְעִינַן דְּמִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה נָהֲגוּ בְּהוּ וּמִמֵּילָא נֶאֱסַר בְּהֶסְפֵּד דְּהָא הַיָּמִים הָאֲמוּרִים בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית הָאֲסוּרִים בְּהֶסְפֵּד אֵין בָּהֶן מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה וְכֵן הֲלָכָה שֶׁאֵין צָרִיךְ לְהַחְמִיר לַעֲשׂוֹת מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה בַּאֲדָר הָרִאשׁוֹן:
« Et Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi estime que même la lecture de la meguila se fait à priori au premier. » Il paraît qu'on le déduit de la formule redondante de la michna « car toutes les mitsvot qui se pratiquent au second se pratiquent au premier », qui laisse entendre à priori. Certains ont l'usage de faire des jours de festin et de réjouissance le quatorze et le quinze du premier Adar, et la lettre de la michna semble aller dans ce sens, puisqu'elle dit « sinon la lecture de la meguila seulement et les dons aux pauvres », d'où il ressortirait que pour le festin et la réjouissance l'un et l'autre sont égaux. Cela ne paraît pas juste, car nous disons dans la guemara « donc, quant à l'oraison funèbre et au jeûne, l'un et l'autre sont égaux », d'où il ressort qu'il n'y a pas de réjouissance ni de festin ; car les deux ne dépendent pas l'un de l'autre. Si les deux dépendaient l'un de l'autre, la guemara nous aurait appris qu'on y pratique le festin et la réjouissance, et l'interdit de l'oraison funèbre en serait découle de lui-même ; or les jours énoncés dans Meguilat Taanit qui sont interdits à l'oraison funèbre ne comportent pas de festin ni de réjouissance. Et telle est la halakha : il n'y a pas lieu d'être rigoureux au point de faire festin et réjouissance au premier Adar.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' וּמוֹקְמִינַן מַתְנִיתִין כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל וְהָכִי קָאָמַר אֵין בֵּין אַרְבָּעָה עָשָׂר שֶׁל אֲדָר הָרִאשׁוֹן לְאַרְבָּעָה עָשָׂר שֶׁל אֲדָר הַשֵּׁנִי אֶלָּא מִקְרָא מְגִילָּה וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים הָא לְהֶסְפֵּד וְתַעֲנִית שְׁנֵיהֶם שָׁוִין וְכֵן הֲלָכָה וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים תָּנֵי רַב יוֹסֵף וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ שְׁתֵּי מָנוֹת לְאָדָם אֶחָד וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים שְׁתֵּי מַתָּנוֹת לִשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם אַבָּיֵי בַּר אָבִין וְרַב חִינָּנָא בַּר אָבִין מְחַלְּפִי סְעוֹדְתַּיְיהוּ לַהֲדָדֵי:
Guemara : nous établissons la michna selon Rabban Chimon ben Gamliel, et voici ce qu'elle dit : il n'y a entre le quatorze du premier Adar et le quatorze du second Adar que la lecture de la meguila et les dons aux pauvres ; donc, quant à l'oraison funèbre et au jeûne, les deux sont égaux. Telle est la halakha. Et au sujet de l'envoi de portions d'un homme à son compagnon et des dons aux pauvres, Rav Yossef a enseigné : « et l'envoi de portions d'un homme à son compagnon », deux portions à une seule personne ; « et des dons aux pauvres », deux dons à deux personnes. Abaye bar Avin et Rav Hinena bar Avin échangeaient leurs repas l'un avec l'autre.
💡 Explication

Rav Papa achève de répartir les trois positions le long d'un même axe : Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi tire tout vers le premier Adar, Rabban Chimon ben Gamliel tire tout vers le second, et le premier tana occupe la position intermédiaire.

20
מַנִּי? אִי תַּנָּא קַמָּא — קַשְׁיָא מַתָּנוֹת, אִי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי — קַשְׁיָא נָמֵי מִקְרָא מְגִילָּה, אִי רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל — קַשְׁיָא סֵדֶר פָּרָשִׁיּוֹת!

Qui est donc l'auteur de notre michna ? Si c'est le premier tana, les dons font difficulté ; si c'est Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi, la lecture de la meguila fait elle aussi difficulté ; si c'est Rabban Chimon ben Gamliel, l'ordre des parachiot fait difficulté.

💡 Explication

Retour à la question de départ, position par position. La michna mentionne les dons aux pauvres, que le premier tana omet ; elle impose de relire la meguila, ce que Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi refuse ; et elle laisse entendre que les parachiot lues au premier Adar suffisent, ce que Rabban Chimon ben Gamliel refuse.

21
לְעוֹלָם תַּנָּא קַמָּא, וּתְנָא מִקְרָא מְגִילָּה וְהוּא הַדִּין מַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים, דְּהָא בְּהָא תַּלְיָא.

En vérité c'est le premier tana, et il a enseigné la lecture de la meguila, et il en va de même des dons aux pauvres, car l'un dépend de l'autre.

💡 Explication

Première réponse. L'omission des dons dans la baraita ne signifie rien, parce que les dons suivent la lecture : ils se font le jour où la meguila est lue. Énoncer la lecture revient donc à énoncer les deux.

22
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: לְעוֹלָם רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל הִיא, וּמַתְנִיתִין חַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: אֵין בֵּין אַרְבָּעָה עָשָׂר שֶׁבַּאֲדָר הָרִאשׁוֹן לְאַרְבָּעָה עָשָׂר שֶׁבַּאֲדָר הַשֵּׁנִי אֶלָּא מִקְרָא מְגִילָּה וּמַתָּנוֹת. הָא לְעִנְיַן הֶסְפֵּד וְתַעֲנִית — זֶה וָזֶה שָׁוִין, וְאִילּוּ סֵדֶר פָּרָשִׁיּוֹת לָא מַיְירֵי.

Et si tu veux, dis : en vérité c'est Rabban Chimon ben Gamliel, et notre michna est incomplète et enseigne ainsi : il n'y a entre le quatorze du premier Adar et le quatorze du second Adar que la lecture de la meguila et les dons. Donc, quant à l'oraison funèbre et au jeûne, l'un et l'autre sont égaux ; quant à l'ordre des parachiot, elle n'en parle pas.

📜 Rachi (1)
מַתְנִיתִין הָכִי קָתָנֵי וְלָא אַייְרֵי בְּסֵדֶר פָּרָשִׁיּוֹת כְּלָל:
Et elle ne traite pas du tout de l'ordre des parachiot.
💡 Explication

Seconde réponse, par hissourei mehassera : la michna est réputée incomplète et se relit avec un ajout. Une fois la comparaison restreinte au quatorze de chaque Adar, la déduction initiale sur les parachiot tombe, et la michna cesse de contredire Rabban Chimon ben Gamliel.

23
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הִלְכְתָא כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי.

Rabbi Hiya bar Avin a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha suit Rabban Chimon ben Gamliel, qui a parlé au nom de Rabbi Yossi.

💡 Explication

Tranchement pratique : rien de ce qui appartient au second Adar ne s'accomplit au premier.

24
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, וּשְׁנֵיהֶם מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ: ״בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה״, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי סָבַר: ״בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה״, מַה כָּל שָׁנָה וְשָׁנָה — אֲדָר הַסָּמוּךְ לַשֵּׁבֶט, אַף כָּאן — אֲדָר הַסָּמוּךְ לִשְׁבָט.

Rabbi Yo'hanan a dit : tous deux ont exposé le même verset, « en chaque année ». Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi estime : « en chaque année » — de même que chaque année c'est l'Adar proche de Chevat, de même ici c'est l'Adar proche de Chevat.

💡 Explication

La guemara remonte du désaccord pratique à sa source scripturaire. Les deux tanaim lisent l'expression du livre d'Esther comme une exigence d'identité entre l'année ordinaire et l'année embolismique, et divergent sur ce que cette identité retient : la place du mois dans la suite du calendrier.

25
וְרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל סָבַר: ״בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה״, מַה כָּל שָׁנָה וְשָׁנָה — אֲדָר הַסָּמוּךְ לְנִיסָן, אַף כָּאן — אֲדָר הַסָּמוּךְ לְנִיסָן.

Et Rabban Chimon ben Gamliel estime : « en chaque année » — de même que chaque année c'est l'Adar proche de Nissan, de même ici c'est l'Adar proche de Nissan.

💡 Explication

Dans une année ordinaire, l'unique Adar est à la fois voisin de Chevat et voisin de Nissan. L'année embolismique sépare ces deux traits entre deux mois, et chaque tana retient celui qu'il juge déterminant.

26
בִּשְׁלָמָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי מִסְתַּבֵּר טַעְמָא, דְּאֵין מַעֲבִירִין עַל הַמִּצְוֹת. אֶלָּא רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל מַאי טַעְמָא?

Soit, pour Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi le motif se comprend : on ne laisse pas passer les mitsvot. Mais Rabban Chimon ben Gamliel, quel est son motif ?

📜 Rachi (1)
אֵין מַעֲבִירִין כו' מִשֶּׁבָּא לְיָדִי אַקְדִּים לַעֲשׂוֹת דְּהָכִי תַּנְיָא בַּמְּכִילְתָּא וּשְׁמַרְתֶּם אֶת הַמַּצּוֹת אִם בָּאתָ מִצְוָה לְיָדְךָ אַל תַּחְמִיצֶנָּה:
Dès qu'elle vient à ma main, je l'accomplis sans attendre ; car ainsi il est enseigné dans la Mekhilta : « et vous garderez les matsot » — si une mitsva vient à ta main, ne la laisse pas s'aigrir.
🗂️ Tossefot (1)
מִסְתַּבֵּר טַעְמֵיהּ דְּאֵין מַעֲבִירִין עַל הַמִּצְוֹת. מִכָּאן קָשֶׁה לְהָא דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נא. וְשָׁם) בַּגְּמָרָא דְּקָאָמַר שְׁיָרֵי הַדָּם הָיָה שׁוֹפֵךְ עַל יְסוֹד מַעֲרָבִי שֶׁל הַמִּזְבֵּחַ וְדִיֵּיק טַעְמָא דְּאָמַר קְרָא אֶל יְסוֹד מִזְבַּח הָעֹולָה וְקָשֶׁה הָתָם לָמָּה לִי קְרָא תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּאֵין מַעֲבִירִין עַל הַמִּצְוֹת וּכְשֶׁהוּא יוֹצֵא מִפֶּתַח הַהֵיכָל שֶׁהוּא מֵעֶרֶב בִּיסוֹד מַעֲרָבִי הוּא דְּפָגַע בְּרֵישָׁא וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים דְּלָא שַׁיָּיךְ לְמֵימַר אֵין מַעֲבִירִין עַל הַמִּצְוֹת אֶלָּא הֵיכָא שֶׁיֵּשׁ לְפָנָיו שְׁתֵּי מִצְוֹת שֶׁיֵּשׁ לוֹ לַעֲשׂוֹת קֹודֶם אוֹתָהּ דְּפָגַע בְּרֵישָׁא וְזֶה אֵינוֹ דְּהָכָא לֵיכָּא אֶלָּא מִצְוָה אַחַת וַאֲפִילּוּ הָכֵי מְפָרֵשׁ הַטַּעַם מִשּׁוּם דְּאֵין מַעֲבִירִין וְרַבֵּינוּ יְהוּדָה תֵּירֵץ דְּאִי לָאו קְרָא הֲוָה אָמֵינָא דְּאֵין מַעֲבִירִין לְכַתְּחִילָּה הָא דִּיעֲבַד שָׁרֵי מִשּׁוּם הָכִי אִיצְטְרִיךְ דְּאָסוּר בְּדִיעֲבַד אִי נָמֵי נִרְאֶה הָתָם דְּמִטַּעַם דְּאֵין מַעֲבִירִין לָא חָזֵינַן אֶלָּא דְּכָל מַעֲרָבִי שֶׁל מִזְבֵּחַ כָּשֵׁר אֲבָל יְסוֹד לָא חָזֵינַן דְּצָרִיךְ מִשּׁוּם הָכִי אִיצְטְרִיךְ קְרָא לְאַשְׁמוֹעִינַן יְסוֹד:
« Son motif se comprend : on ne laisse pas passer les mitsvot. » De là vient une difficulté à l'encontre de ce que nous disons au chapitre Eizehou mekoman (Zevahim 51a) : la guemara y dit que le reste du sang, on le versait sur le fondement occidental de l'autel, et elle en tire la raison du verset « au fondement de l'autel de l'olah ». Or la difficulté est la suivante : pourquoi un verset est-il nécessaire ? Qu'on le déduise du principe qu'on ne laisse pas passer les mitsvot, puisque en sortant de l'entrée du Sanctuaire, qui est à l'ouest, c'est le fondement occidental qu'il rencontre en premier. Certains expliquent que le principe ne s'applique que lorsqu'il a devant lui deux mitsvot et qu'il doit accomplir d'abord celle qu'il rencontre en premier ; mais cela ne tient pas, car ici il n'y a qu'une seule mitsva et le motif est pourtant expliqué par ce principe. Rabbenou Yehouda a répondu que sans le verset j'aurais dit que le principe vaut à priori, mais qu'après coup ce serait permis ; le verset est donc requis pour enseigner que c'est interdit même après coup. On peut aussi dire que du principe seul nous ne verrions que tout le côté occidental de l'autel convient, sans voir qu'il faut précisément le fondement ; le verset est donc requis pour nous enseigner le fondement.
💡 Explication

La guemara mesure la force des deux lectures. Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi dispose d'un principe général, ein maavirin al hamitsvot : une mitsva qui se présente s'accomplit sans délai. Rabban Chimon ben Gamliel doit donc produire un motif de même rang.

27
אָמַר רַבִּי טָבִי: טַעְמָא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל, מִסְמָךְ גְּאֻולָּה לִגְאֻולָּה עָדִיף.

Rabbi Tavi a dit : le motif de Rabban Chimon ben Gamliel est que joindre une délivrance à une délivrance est préférable.

📜 Rachi (1)
גְּאֻולָּה לִגְאוּלָּה פּוּרִים לְפֶסַח:
Pourim à Pessa'h.
💡 Explication

Premier motif : la proximité de Pourim et de Pessa'h. Placer Pourim au second Adar met la délivrance de Chouchan au contact immédiat de la sortie d'Égypte, et cette continuité l'emporte sur le principe d'accomplissement immédiat.

28
רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר: טַעְמָא דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל מֵהָכָא, דִּכְתִיב: ״לְקַייֵּם אֵת אִגֶּרֶת הַפּוּרִים הַזֹּאת הַשֵּׁנִית״.

Rabbi Elazar a dit : le motif de Rabban Chimon ben Gamliel se tire d'ici, car il est écrit : « pour confirmer cette seconde lettre de Pourim » (Esther 9,29).

📜 Rachi (1)
הַשֵּׁנִית בַּחֹודֶשׁ הַשֵּׁנִי:
Au second mois.
💡 Explication

Second motif, scripturaire. Le mot hachenit, « la seconde », est rapporté au mois : le verset désigne le second Adar comme le lieu de Pourim dans l'année embolismique.

29
וְאִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב

Et il a fallu écrire

💡 Explication

Ouverture d'un développement qui se poursuit au folio suivant : la guemara va montrer pourquoi deux énoncés distincts étaient l'un et l'autre nécessaires.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).