Megillah 7a — Les deux demandes d'Esther, la sainteté du livre, et les preuves que la meguila fut dite par roua'h hakodech

Megillah 7a

Sougya : Le folio achève d'abord la tsrikhouta commencée plus haut entre « la seconde » et « en chaque année », puis demande ce que Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi tire du mot « la seconde ». La réponse de Rav Chmouel bar Yehouda ouvre toute la sougya : Esther adressa deux demandes aux sages.

La première, « fixez-moi pour les générations », se heurte à la crainte de la jalousie des nations ; la seconde, « écrivez-moi pour les générations », se heurte au verset des Proverbes « des choses triples et non quadruples », jusqu'à ce qu'un verset de la Torah soit trouvé. De là naissent deux questions liées : le livre d'Esther rend-il les mains impures, marque de la sainteté des livres du canon, et a-t-il été dit par roua'h hakodech ?

Chmouel soutient qu'il fut donné pour être lu sans être écrit ; la guemara lui oppose une baraita sur Kohelet, le Cantique des cantiques, Ruth et Esther. Cinq maîtres apportent chacun un verset prouvant l'inspiration de la meguila ; Rava les réfute tous sauf celui de Chmouel.

Le folio s'achève sur le retour à la michna : deux portions à une personne pour le michloa'h manot, deux dons à deux personnes pour les matanot là-evyonim.

Les deux demandes d'Esther aux sages 1. Kav'ouni ledorot — fixez-moi 2. Kitvouni ledorot — écrivez-moi Objet : la fête et la lecture publique Objet : l'entrée du livre dans le canon Objection : la jalousie des nations Elles diront que nous nous réjouissons de rappeler leur chute. Objection : Proverbes 22,20 Des choses triples et non quadruples : Amalek est déjà rappelé trois fois. Réponse d'Esther Je suis déjà écrite dans les chroniques des rois de Médie et de Perse. Réponse : Exode 17,14 Écris ceci, en souvenir, dans le livre : Torah et Michne Torah comptent pour un. Trace laissée dans le verset d'Esther Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi lit le mot hachénit comme la seconde lettre : fixée d'abord à Chouchan, ensuite partout.
Deux démarches distinctes : instituer la fête, puis canoniser le livre. Chacune rencontre son objection et sa réponse.
Ktov zot zikaron ba-sefer : deux répartitions du verset Mot du verset Rabbi Yehochoua Rabbi Elazar HaModaï Ktov zot — écris ceci Chemot seul Chemot et Michne Torah ensemble Zikaron — en souvenir Michne Torah Les Prophètes (Chmouel I, 15) Ba-sefer — dans le livre Les Prophètes La meguila d'Esther Nafka mina La meguila est-elle visée ? Non : le verset est épuisé avant elle. Elle n'a pas été donnée à écrire. Oui : elle est le troisième rappel, donc elle s'écrit. Où se place Chmouel En disant qu'Esther ne rend pas les mains impures, il parle selon Rabbi Yehochoua : donnée pour être lue, non pour être écrite.
Le même verset d'Exode 17,14 est découpé de deux façons ; la place laissée ou refusée à la meguila décide de sa canonisation.
Cinq preuves de roua'h hakodech et les réfutations de Rava Maître Verset invoqué Réfutation de Rava R. Eliezer Haman dit en son cœur Esther 6,6 Simple raisonnement : nul n'était plus grand R. Akiva Elle trouvait grâce aux yeux de tous Esther 2,15 Chacun la voyait de sa propre nation, et le disait R. Meir La chose fut connue de Mordekhai Esther 2,22 Bigtan et Térech parlaient le tarsien R. Yossi b. Dourmaskit Sur le butin ils ne portèrent pas la main Esther 9,15 Des messagers avaient été envoyés Chmouel Kiymou ve-kiblou : confirmé en haut Esther 9,27 Aucune réfutation Ravina : un seul poivre piquant vaut mieux qu'un panier plein de courges. Rav Yossef et Rav Nahman bar Yitshak ajoutent deux preuves tirées d'Esther 9,28.
Quatre preuves cèdent devant une explication naturelle ; celle de Chmouel tient, parce qu'aucun témoin humain ne pouvait savoir ce qui fut confirmé en haut.
1
״הַשֵּׁנִית״ וְאִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב ״בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה״. דְּאִי מִ״בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה״ הֲוָה אָמֵינָא כִּי קֻושְׁיַן, קָא מַשְׁמָע לַן ״הַשֵּׁנִית״. וְאִי אַשְׁמוֹעִינַן ״הַשֵּׁנִית״ הֲוָה אָמֵינָא בַּתְּחִילָּה בָּרִאשׁוֹן וּבַשֵּׁנִי, קָא מַשְׁמָע לַן ״בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה״.

« la seconde » ; et il a fallu aussi écrire « en chaque année et chaque année ». Car si je n'avais eu que « en chaque année et chaque année », j'aurais dit comme dans notre question ; c'est pourquoi il nous enseigne « la seconde ».

Et s'il ne nous avait enseigné que « la seconde », j'aurais dit qu'il faut lire d'emblée au premier et au second ; c'est pourquoi il nous enseigne « en chaque année et chaque année ».

💡 Explication

Fin de la tsrikhouta ouverte au folio précédent : la guemara montre que chacun des deux termes est indispensable. Sans hachénit (« la seconde »), le mot « en chaque année » laisserait revenir la question posée plus haut, celle de l'Adar proche de Chevat. Sans « en chaque année », le mot « la seconde » pourrait vouloir dire que la meguila se lit deux fois, au premier Adar et au second.

🖼️ Schéma
Pourquoi les deux termes sont nécessaires Bekhol chana ve-chana seul Hachénit seul Hava amina : on lirait au premier Adar, celui qui touche Chevat. Hava amina : on lirait deux fois, au premier et au second Adar. Les deux ensemble : une seule lecture, et elle a lieu au second Adar.
Chaque terme écarte une hypothèse que l'autre laisserait ouverte.
2
וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי הַאי ״הַשֵּׁנִית״ מַאי עֲבִיד לֵיהּ? מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְרַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה, דְּאָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה: בַּתְּחִילָּה קְבָעוּהָ בְּשׁוּשַׁן, וּלְבַסּוֹף בְּכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ.

Et Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi, ce mot « la seconde », qu'en fait-il ? Il lui est nécessaire pour l'enseignement de Rav Chmouel bar Yehouda ; car Rav Chmouel bar Yehouda a dit : au début, ils l'ont fixée à Chouchan, et à la fin dans le monde entier.

📜 Rachi (1)
לְבַסּוֹף קְבָעוּהָ כּוּ' וְזֶהוּ הַשֵּׁנִית:
Et c'est là le sens de « la seconde ».
💡 Explication

Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi tient que la lecture s'accomplit dès le premier Adar. Le mot hachénit lui reste donc disponible pour une autre derasha. Il le rattache à la « seconde lettre » d'Esther 9,29 : une première institution limitée à Chouchan, puis une seconde qui étend Pourim au monde entier.

3
אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה: שָׁלְחָה לָהֶם אֶסְתֵּר לַחֲכָמִים: קִבְּעוּנִי לְדוֹרוֹת! שָׁלְחוּ לָהּ: קִנְאָה אַתְּ מְעוֹרֶרֶת עָלֵינוּ לְבֵין הָאֻומּוֹת. שָׁלְחָה לָהֶם: כְּבָר כְּתוּבָה אֲנִי עַל דִּבְרֵי הַיָּמִים לְמַלְכֵי מָדַי וּפָרָס.

Rav Chmouel bar Yehouda a dit : Esther envoya dire aux sages : fixez-moi pour les générations ! Ils lui envoyèrent : tu éveilles contre nous la jalousie parmi les nations.

Elle leur envoya : je suis déjà écrite dans les chroniques des rois de Médie et de Perse.

📜 Rachi (4)
שִׁלְּחָהּ לָהֶם בְּשָׁנָה שְׁנִיָּיה לְקָובְעָהּ עֲלֵיהֶם חוֹבָה:
La deuxième année, pour qu'elle leur soit fixée comme obligation.
קִבְּעוּנִי לְיוֹם טוֹב וּלְקַרְייָה לִהְיוֹת לִי לְשָׁם:
Comme jour de fête et pour la lecture, afin que j'aie un renom.
קִנְאָה אַתְּ מְעוֹרֶרֶת עָלֵינוּ שֶׁיֹּאמְרוּ הָאֻומּוֹת שֶׁאָנוּ שְׂמֵחִים לְהַזְכִּיר מַפַּלְתָּן:
Car les nations diront que nous nous réjouissons de rappeler leur chute.
כְּבָר אֲנִי כְּתֻובָּה וְשָׁם יְהוּ רוֹאִין מַה שֶׁאֵירַע לָהֶם עַל יְדֵי יִשְׂרָאֵל:
Et là ils verront ce qui leur est arrivé par la main d'Israël.
💡 Explication

Première des deux demandes. Esther réclame l'institution durable de la fête et de la lecture. L'objection des sages est politique : publier la défaite des nations attire leur ressentiment. La réponse d'Esther retire tout son poids à l'objection, puisque l'événement figure déjà dans les archives officielles de l'empire.

4
רַב וְרַב חֲנִינָא וְרַבִּי יוֹחָנָן וְרַב חֲבִיבָא מַתְנוּ. בְּכֻולֵּיהּ סֵדֶר מוֹעֵד כָּל כִּי הַאי זוּגָא חַלּוֹפֵי רַבִּי יוֹחָנָן וּמְעַייֵּל רַבִּי יוֹנָתָן. שָׁלְחָה לָהֶם אֶסְתֵּר לַחֲכָמִים: כִּתְבוּנִי לְדוֹרוֹת. שָׁלְחוּ לָהּ: ״הֲלֹא כָתַבְתִּי לְךָ שָׁלִישִׁים״, שְׁלִישִׁים וְלֹא רְבָעִים,

Rav, Rav Hanina, Rabbi Yo'hanan et Rav Haviva ont enseigné ce qui suit. Dans tout l'ordre Moed, chaque fois qu'apparaît ce groupe, remplace Rabbi Yo'hanan et introduis Rabbi Yonathan.

Esther envoya dire aux sages : écrivez-moi pour les générations. Ils lui envoyèrent : « N'ai-je pas écrit pour toi des choses triples » (Proverbes 22,20) — triples et non quadruples,

📜 Rachi (3)
רַב וְרַב חֲנִינָא וְרַבִּי יוֹחָנָן וְרַב חֲבִיבָא מַתְנוּ הָא דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן:
Il s'agit de ce que nous disons plus bas.
בְּכוּלֵּיהּ סֵדֶר מוֹעֵד שֶׁהֻוזְכְּרָה שֵׁם זוּג זֶה שֶׁל אַרְבַּע חֲכָמִים הַלָּלוּ חִלּוּפֵי רַבִּי יוֹחָנָן וּמַכְנִיסִין רַבִּי יוֹנָתָן:
Partout où ce groupe de quatre sages est mentionné dans l'ordre Moed, on remplace Rabbi Yo'hanan et on introduit Rabbi Yonathan.
שְׁלִישִׁים בִּשְׁלֹשָׁה מְקוֹמוֹת יֵשׁ לָנוּ לְהַזְכִּיר מִלְחֶמֶת עֲמָלֵק בְּסֵפֶר וְאֵלֶּה שְׁמוֹת (יז) וּבְמִשְׁנָה תּוֹרָה (כה) וּבְסֵפֶר שְׁמוּאֵל (א טו) וְזֶהוּ שֶׁאָמַר שְׁלֹמֹה בְּדָבָר שֶׁשִּׁילַּשְׁתּוֹ אִי אַתָּה רַשַּׁאי לְרַבְּעוֹ:
En trois endroits nous avons à rappeler la guerre d'Amalek : dans le livre de Chemot (17), dans le Michne Torah (25) et dans le livre de Chmouel (I, 15). Et c'est ce qu'a dit Chelomo : une chose que tu as faite trois fois, tu n'es pas autorisé à en faire une quatrième.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שָׁלְחוּ לָהּ: (מִשְׁלֵי כב, כ) 'הֲלֹא כָתַבְתִּי לְךָ שָׁלִישִׁים בְּמוֹעֵצֹת וְדַעַת', שְׁלִישִׁים וְלֹא רְבָעִים. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דִּכְתִיב (שְׁמוֹת יז, טז) 'כִּי יָד עַל כֵּס יָהּ' דְּאֵין הַכִּסֵּא שָׁלֵם וְאֵין הַשֵּׁם שָׁלֵם עַד שֶׁיִּמָּחֶה שְׁמוֹ שֶׁל עֲמָלֵק, וְחֶסְרוֹן הוּא בְּאוֹתִיּוֹת או"ה שֶׁהֵם שְׁלֹשָׁה אוֹתִיּוֹת, וּכְמוֹ שֶׁכָּתְבוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל עַל פָּסוּק (תְּהִלִּים קלב, יג) כִּי בָחַר ה' בְּצִיּוֹן 'אַוָּה' לְמוֹשָׁב לוֹ, לְכָךְ נִכְתְּבָה מְחִיַּית עֲמָלֵק שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים כְּדֵי שֶׁנִּזְכֹּור תִּיקּוּן אוֹתִיּוֹת או"ה הַתְּלוּיִם בִּמְחִיַּית עֲמָלֵק. וְלָזֶה סִייֵּם הַכָּתוּב (מִשְׁלֵי כב, כא) ' לְהוֹדִיעֲךָ קֹשְׁטְ אִמְרֵי אֱמֶת ' כְּלוֹמַר כָּתַבְתִּי לְךָ שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים כְּדֵי לְהוֹדִיעֲךָ הַדָּבָר הַתָּלוּי בִּמְחִיַּית עֲמָלֵק, וְהַייְנוּ שֶׁבָּזֶה תֵּדַע ' לְהָשִׁיב אֲמָרִים לְשֹׁלְחֶיךָ ', אֲמָרִים הֵם שְׁלֹשָׁה אוֹתִיּוֹת 'אֵוָה' שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת חֲשׁוּבִים, דַּאֲמָרִים הוּא לְשׁוֹן חֲשִׁיבוּת כְּמוֹ (דְּבָרִים כו, יז) 'אֶת ה' הֶאֱמַרְתָּ הַיּוֹם', (דְּבָרִים כו, יח) 'וָהּ' הֶאֱמִירָךְ הַיּוֹם' כְּדֵי שֶׁתָּשִׁיב אוֹתָם לְשֶׁלְּחֵךְ הוּא הקב"ה. עוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁנִּכְתְּבָה מְחִיַּית עֲמָלֵק שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים, לִרְמֹוז כִּי מִחְייָתוֹ תְּלוּיָה בְּבִיטּוּל (בְּרֵאשִׁית לו, מג) 'אַלּוּף מִגַּדִּיאֵל' שֶׁהוּא רוֹמִי. וְיָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב זַ"ל בְּסוֹד הָאַלּוּפִים שֶׁל עֵשָׂו דְּאַלּוּף מִגַּדִּיאֵל הוּא כְּנֶגֶד 'יְסוֹד' [80] דְּטֻומְאָה שֶׁמִּסְּפָרוֹ שְׁמוֹנִים, וּמִסְפָּר זֶה הוּא שְׁלִישׁ מִסְפַּר שֵׁם עֲמָלֵק [240] , וְאוֹמְרוֹ 'בְּמוֹעֶצֶת וְדַעַת' כִּי כְּתִיבַת מִחְיָיתוֹ שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים הִיא עֵיצָה נְכוֹנָה מֵאִתּוֹ יִתְבָּרֵךְ, כְּדֵי שֶׁעַל יְדֵי הַקְּרִיאָה שֶׁקּוֹרִין יִשְׂרָאֵל בְּפָרָשַׁת מְחִיַּית עֲמָלֵק בְּבֵית הַכְּנֶסֶת וּבְבֵית הַמִּדְרָשׁ יִהְיֶה מְחַיֶּיה בְּמִקְצָת בִּקְלִיפָּתוֹ בְּכָל פַּעַם, לָכֵן זוֹ הַכְּתִיבָה שֶׁנִּכְפְּלָה שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים הָיְתָה 'בְּמוֹעֵצֹת וְדַעַת' מֵאִתּוֹ יִתְבָּרֵךְ.
« Ils lui envoyèrent : (Proverbes 22,20) — N'ai-je pas écrit pour toi des choses triples, en conseil et en connaissance — triples et non quadruples. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est qu'il est écrit (Chemot 17,16) « car la main est sur le trône de Ya-h » : le trône n'est pas entier et le Nom n'est pas entier tant que le nom d'Amalek n'est pas effacé, et le manque porte sur les lettres alef-vav-hé, qui sont trois lettres, comme l'ont écrit les commentateurs de mémoire bénie sur le verset (Tehilim 132,13) « car ה' a choisi Tsion, il l'a désirée (ava) pour demeure ». C'est pourquoi l'effacement d'Amalek a été écrit trois fois, afin que nous nous souvenions de la réparation des lettres alef-vav-hé, qui dépend de l'effacement d'Amalek. Et c'est pourquoi le verset conclut (Proverbes 22,21) « pour te faire connaître la vérité des paroles de vérité », c'est-à-dire : je t'ai écrit trois fois pour te faire connaître la chose qui dépend de l'effacement d'Amalek ; et par là tu sauras « rapporter des paroles (amarim) à ceux qui t'envoient ». Les amarim sont les trois lettres alef-vav-hé, qui sont des lettres d'éminence, car amarim est un terme de distinction, comme (Devarim 26,17) « tu as fait dire à ה' aujourd'hui » et (Devarim 26,18) « et ה' t'a fait dire aujourd'hui » — afin que tu les rapportes à Celui qui t'envoie, le Saint béni soit-Il. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que l'effacement d'Amalek a été écrit trois fois pour indiquer que cet effacement dépend de l'annulation de (Berechit 36,43) « le chef Magdiël », qui est Rome. Et l'on sait ce qu'a écrit le maître de mémoire bénie dans le sod (le sens caché) des chefs d'Essav : le chef Magdiël correspond au yessod de la touma (l'impureté), dont le compte est quatre-vingts, et ce compte est le tiers du compte du nom d'Amalek, qui est deux cent quarante. Et ce qu'il dit « en conseil et en connaissance » : l'écriture de son effacement trois fois est un conseil juste venu de Lui, béni soit-Il, afin que par la lecture que font Israël de la section de l'effacement d'Amalek à la synagogue et à la maison d'étude, il y ait chaque fois un effacement partiel dans sa klipa (écorce, enveloppe du mal). C'est pourquoi cette écriture répétée trois fois fut « en conseil et en connaissance » de Sa part, béni soit-Il.
💡 Explication

Seconde demande, d'un autre ordre : faire entrer le livre dans l'Écriture. L'objection est exégétique. Le verset des Proverbes est lu comme fixant à trois le nombre des mentions de la guerre d'Amalek : Chemot 17, le Michne Torah 25, et Chmouel I 15. Écrire la meguila ajouterait une quatrième mention.

La remarque sur le groupe de quatre maîtres est une note de transmission insérée par la guemara : partout dans l'ordre Moed, la leçon correcte porte Rabbi Yonathan.

5
עַד שֶׁמָּצְאוּ לוֹ מִקְרָא כָּתוּב בַּתּוֹרָה: ״כְּתֹב זֹאת זִכָּרוֹן בַּסֵּפֶר״. ״כָּתַב זֹאת״ — מַה שֶׁכָּתוּב כָּאן וּבְמִשְׁנֵה תוֹרָה. ״זִכָּרוֹן״ — מַה שֶׁכָּתוּב בַּנְּבִיאִים, ״בְּסֵפֶר״ — מַה שֶׁכָּתוּב בִּמְגִלָּה.

jusqu'à ce qu'ils lui trouvent un verset écrit dans la Torah : « Écris ceci en souvenir dans le livre » (Chemot 17,14). « Écris ceci » — ce qui est écrit ici et dans le Michne Torah.

« En souvenir » — ce qui est écrit dans les Prophètes. « Dans le livre » — ce qui est écrit dans la meguila.

📜 Rachi (1)
זֹאת מַה שֶׁכָּתוּב כָּאן וּבְמִשְׁנֵה תוֹרָה דְּכָל מַה שֶׁכָּתוּב בַּתּוֹרָה קוֹרֵא כְּתָב אֶחָד:
Car tout ce qui est écrit dans la Torah, il l'appelle une seule écriture.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עַד שֶׁמָּצְאוּ לוֹ מִקְרָא כָּתוּב בַּתּוֹרָה: (שְׁמוֹת יז, יד) 'כָּתַב זֹאת זִכָּרוֹן בַּסֵּפֶר' כְּתֹב זֹאת מַה שֶׁכָּתוּב כָּאן וּבְמִשְׁנֵה תוֹרָה. הִקְשָׁה טוּרֵי אֶבֶן זַ"ל הֵיכָן מָצְאוּ טַעַם לַדָּבָר זֶה לַחְשֹׁוב כָּאן וּמִשְׁנָה תּוֹרָה בְּפַעַם אַחַת הֵפֶךְ מִמַּה שֶׁחָשְׁבוּ בַּתְּחִלָּה לְחַשְּׁבָם בִּשְׁתַּיִם? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהֵם רָאוּ בְּפָרָשַׁת בְּשַׁלַּח כְּתִיב (שְׁמוֹת יז, יד) 'מָחֹה אֶמְחֶה אֶת זֵכֶר עֲמָלֵק', דְּהַכַּוָּנָה הקב"ה יַמְחֵהוּ מִלְמַעְלָה, וּבְמִשְׁנָה תּוֹרָה כְּתִיב (דְּבָרִים כֹּה, יט) 'תִּמְחֶה אֶת זֵכֶר עֲמָלֵק' רוֹצֶה לוֹמַר יִמְחוּ אוֹתוֹ יִשְׂרָאֵל מִלְּמַטָּה, וּלְכָךְ הֵבִינוּ דַּחֲדָא מִלְּתָא הִיא, דִּכְשֶׁיַּמְחֵהוּ הקב"ה מִלְמַעְלָה יִמְחוּהוּ יִשְׂרָאֵל מִלְּמַטָּה, וּלְכָךְ כָּאן נָקֵיט זֵכֶר עֲמָלֵק וְכָאן נָקֵיט זֵכֶר עֲמָלֵק שֶׁהוּא ז' אוֹתִיּוֹת, וְלָזֶה אָמַר 'כָּתַב זֹאת בְּסֵפֶר' תֵּיבַת 'זֹאת' יוֹצֵא בחול"ם שֶׁהוּא בִּמְקוֹם וָא"ו וְקָרֵי בָּהּ ' ז ' אוֹת ' שֶׁהוּא הַמִּחְיָה הָרְמוּזָה בְּשִׁבְעָה אוֹתִיּוֹת שֶׁל זֵכֶר עֲמָלֵק. וְעוֹד מַשְׁמַע לֵיהּ מִדִּכְתִיב 'כָּתַב' וְאִי קָאֵי עַל פָּרָשַׁת בְּשַׁלַּח לְמַאי אִצְטְרִיךְ לְמֵימַר כְּתָב, וְכִי מְצַוֵּהוּ עַל כָּל דָּבָר 'כָּתַב' וּמַאי שְׁנָא הָא? אֶלָּא וַדַּאי הָכִי קָאָמַר לוֹ כְּתָב בְּמִשְׁנֵה תּוֹרָה שֶׁהוּא לְאַחַר אַרְבָּעִים שָׁנָה. נִמְצָא מְחִיַּית עֲמָלֵק נִכְתְּבָה בַּתּוֹרָה בִּנְבִיאִים בִּכְתוּבִים, וְלָזֶה אָמַר 'תִּמְחֶה אֶת זֵכֶר עֲמָלֵק מִתַּחַת הַשָּׁמַיִם' וְהַיְינוּ תַּחַת אוֹתִיּוֹת שֶׁמִּי יֵשׁ אוֹתִיּוֹת תָּנָךְ שֶׁהֵם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'תּוֹרָה נְבִיאִים כְּתוּבִים' כִּי אוֹת מֵ"ם אַחֲרוֹנָה הִיא כְּפוּלָה.
« Jusqu'à ce qu'ils lui trouvent un verset écrit dans la Torah : (Chemot 17,14) — Écris ceci en souvenir dans le livre ; écris ceci, ce qui est écrit ici et dans le Michne Torah. » Le Touré Even, de mémoire bénie, a demandé : où ont-ils trouvé un motif de compter ici et le Michne Torah en une seule fois, à l'inverse de ce qu'ils comptaient au départ, où ils les comptaient pour deux ? Voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils ont vu que dans la paracha de Bechalah il est écrit (Chemot 17,14) « j'effacerai, oui j'effacerai le souvenir d'Amalek », dont l'intention est que le Saint béni soit-Il l'effacera d'en haut, tandis que dans le Michne Torah il est écrit (Devarim 25,19) « tu effaceras le souvenir d'Amalek », c'est-à-dire qu'Israël l'effacera d'en bas. Ils ont donc compris qu'il s'agit d'une seule chose : quand le Saint béni soit-Il l'effacera d'en haut, Israël l'effacera d'en bas. C'est pourquoi ici il est dit « le souvenir d'Amalek » et là aussi « le souvenir d'Amalek », expression de sept lettres. Et c'est ce qu'il dit « écris ceci dans le livre » : le mot zot se prononce avec un holam, qui tient lieu de vav, et l'on peut y lire zayin ot, « sept lettres », qui sont l'effacement indiqué par les sept lettres de zekher Amalek. En outre, il lui semble, du fait qu'il est écrit « écris » : si cela se rapportait à la paracha de Bechalah, pourquoi faudrait-il dire « écris » ? Lui ordonne-t-Il pour chaque chose « écris » ? En quoi celle-ci se distinguerait-elle ? Il faut donc dire qu'Il lui a dit : écris dans le Michne Torah, qui vient quarante ans plus tard. Il se trouve ainsi que l'effacement d'Amalek a été écrit dans la Torah, dans les Prophètes et dans les Écrits ; et c'est pourquoi il est dit « tu effaceras le souvenir d'Amalek de dessous les cieux » : sous les lettres de chamayim se trouvent les lettres tav-noun-kaf, initiales de Torah, Neviim, Ketouvim, car la lettre mem finale y est doublée.
💡 Explication

La résolution consiste à recompter les mentions. Les deux passages de la Torah, Chemot et le Michne Torah, sont pris comme une seule écriture ; le rappel des Prophètes est le deuxième ; la meguila devient le troisième. Le compte de « triples et non quadruples » est donc respecté, et l'objection tombe.

6
כְּתַנָּאֵי: ״כָּתַב זֹאת״ — מַה שֶּׁכָּתוּב כָּאן, ״זִכָּרוֹן״ — מַה שֶּׁכָּתוּב בְּמִשְׁנֵה תוֹרָה, ״בְּסֵפֶר״ — מַה שֶׁכָּתוּב בִּנְבִיאִים. דִּבְרֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ. רַבִּי אֶלְעָזָר הַמּוֹדָעִי אוֹמֵר: ״כָּתַב זֹאת״ — מַה שֶׁכָּתוּב כָּאן וּבְמִשְׁנֵה תוֹרָה, ״זִכָּרוֹן״ — מַה שֶׁכָּתוּב בַּנְּבִיאִים, ״בְּסֵפֶר״ — מַה שֶׁכָּתוּב בַּמְּגִילָּה.

Cela correspond à une controverse de tanaim : « écris ceci » — ce qui est écrit ici ; « en souvenir » — ce qui est écrit dans le Michne Torah ; « dans le livre » — ce qui est écrit dans les Prophètes : paroles de Rabbi Yehochoua. Rabbi Elazar HaModaï dit : « écris ceci » — ce qui est écrit ici et dans le Michne Torah ; « en souvenir » — ce qui est écrit dans les Prophètes ; « dans le livre » — ce qui est écrit dans la meguila.

💡 Explication

La guemara montre que la lecture retenue au segment précédent appartient à Rabbi Elazar HaModaï. Rabbi Yehochoua répartit autrement les trois termes du verset et épuise celui-ci avant d'arriver à la meguila. Pour lui, le verset ne fournit aucune place à l'écriture du livre d'Esther. La différence porte donc sur la canonisation de la meguila.

7
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: אֶסְתֵּר אֵינָהּ מְטַמְּאָה אֶת הַיָּדַיִם.

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : Esther ne rend pas les mains impures.

📜 Rachi (1)
אֵינָהּ מְטַמְּאָה אֶת הַיָּדַיִם כִּשְׁאָר סְפָרִים דְּאָמַר בִּיצִיאוֹת הַשַּׁבָּת (דַּף יד.) שֶׁגָּזְרוּ עֲלֵיהֶן לְטַמֵּא אֶת הַיָּדַיִם לִתְרוּמָה וּמַחֲלֹוקֶת בֵּית שַׁמַּאי וב"ה הִיא:
Comme les autres livres, dont il est dit au chapitre Yetsiot haChabbat (14a) qu'on a décrété à leur sujet qu'ils rendent les mains impures à l'égard de la terouma ; c'est une controverse entre Beit Chammai et Beit Hillel.
💡 Explication

Les sages ont décrété que les livres saints rendent les mains impures à l'égard de la terouma, afin qu'on ne les range pas près des aliments. Cette impureté est donc devenue le signe qu'un livre appartient au canon. Dire qu'Esther ne rend pas les mains impures revient à lui refuser ce statut.

8
לְמֵימְרָא דְּסָבַר שְׁמוּאֵל אֶסְתֵּר לָאו בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה? וְהָאָמַר שְׁמוּאֵל: אֶסְתֵּר בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה! נֶאֶמְרָה לִקְרוֹת, וְלֹא נֶאֶמְרָה לִיכְתֹּוב.

Faut-il dire que Chmouel tient qu'Esther n'a pas été dite par roua'h hakodech (l'inspiration divine) ? Mais Chmouel a bien dit : Esther a été dite par roua'h hakodech !

Elle a été dite pour être lue, et elle n'a pas été dite pour être écrite.

🗂️ Tossefot (1)
נֶאֶמְרָה לִקְרוֹת וְלֹא לִכְתֹּוב. מַשְׁמַע דְּסָבַר דְּמֻותָּר לִקְרוֹתָהּ ע"פ וְקָשֶׁה דְּהֵיכִי פְּלִיג עַל סְתַם מִשְׁנָה דִּלְקַמָּן דפ"ב (דַּף יז:) דְּתָנֵי קְרָאָהּ עַל פֶּה לֹא יָצָא וְרַב נָמֵי הוּא דְּאָמַר לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף יט.) שֶׁצָּרִיךְ לְכָותְבָהּ וּלְתוּפַר' בְּגִידִין וְר' יוֹחָנָן נָמֵי [אָמַר] (שָׁם:) דְּאִם קְרָאָהּ בֵּין הַכְּתוּבִים לֹא יָצָא לְכָךְ נֵר' לַפָּר' דְּהָא דְּקָאָמַר לֹא נִיתְּנָה לִיכָּתֵב בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ אֲבָל מִדְּרַבָּנָן נִיתְּנָה לִיכָּתֵב וְלִקְרוֹת וְאַכַּתִּי קַשְׁיָא דְּהָא אָמְרִינַן בְּפֶ' הַמְמֻונֶּה בְּמַסֶּכֶת יוֹמָא (דַּף כט.) נִמְשְׁלָה אֶסְתֵּר לְאַיֶּלֶת הַשַּׁחַר מַה שַׁחַר סוֹף הַלַּיְלָה אַף אֶסְתֵּר סוֹף הַנִּסִּים וּפָרִיךְ וְהָא אִיכָּא חֲנֻוכָּה וּמְשַׁנֵּי נִיתַּן לִיכָּתֵב קָאָמַר וּפָרִיךְ הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר נִיתַּן לִיכְתֹּב אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר לָא נִיתַּן לִיכְתֹּב מַאי אִיכָּא לְמֵימַר וְאֵין לוֹמַר דְּהָא דְּנִיתַּן לִיכָּתֵב מִדְּרַבָּנָן קָרֵי כְּתִיבָה דְּאִם כֵּן הָדְרָא קֻושְׁייַן לְדֻוכְתָּא דְּהָא אִיכָּא חֲנֻוכָּה שֶׁנִּיתְּנָה לִכְתֹּוב מִדְּרַבָּנָן בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית וְתֵירֵץ הָר"ר אֶלְחָנָן דִּכְתִיבָה דִּמְגִילָּה מְהַנְּיָא טְפֵי דְּהָא צְרִיכָה גִּידִין וְשִׂרְטוּט וְכַמָּה דְּבָרִים דְּלָא צְרִיכִי בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית:
« Elle a été dite pour être lue et non pour être écrite. » Il en ressort qu'il tient qu'il est permis de la lire par cœur, ce qui fait difficulté : comment contredirait-il la michna anonyme du chapitre suivant (17b), qui enseigne « s'il l'a lue par cœur, il ne s'est pas acquitté » ? Rav lui-même dit plus loin (19a) qu'il faut l'écrire et la coudre avec des tendons, et Rabbi Yo'hanan dit également (19b) que s'il l'a lue parmi les Ketouvim, il ne s'est pas acquitté. Il paraît donc qu'il faut expliquer ainsi : ce qu'il dit, « elle n'a pas été donnée à être écrite », vise l'écriture selon roua'h hakodech ; de par les sages, en revanche, elle a été donnée à être écrite et à être lue. Une difficulté subsiste, car nous disons au chapitre HaMemouneh, dans le traité Yoma (29a), qu'Esther est comparée à l'aube : de même que l'aube est la fin de la nuit, ainsi Esther est la fin des miracles. La guemara objecte : mais il y a 'Hanouka ! Et elle répond : il a voulu dire le dernier miracle qui fut donné à être écrit. Elle objecte ensuite : cela va bien pour celui qui dit qu'elle fut donnée à être écrite, mais pour celui qui dit qu'elle ne fut pas donnée à être écrite, que dire ? Et l'on ne peut dire que cette écriture donnée de par les sages soit appelée écriture, car alors la difficulté reviendrait : il y a 'Hanouka, qui fut donné à être écrit de par les sages dans la Meguilat Taanit. Rabbi Elhanan a répondu : l'écriture de la meguila a une portée supérieure, puisqu'elle requiert des tendons, le tracé des lignes et plusieurs exigences qui ne sont pas requises pour la Meguilat Taanit.
💡 Explication

La guemara distingue deux effets de l'inspiration. Le contenu de la meguila vient de roua'h hakodech et commande une lecture publique ; mais l'inspiration n'a pas porte sur l'ordre de la mettre par écrit comme livre saint. Cette distinction sauve les deux énoncés de Chmouel.

9
מֵיתִיבִי, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: קֹהֶלֶת אֵינוֹ מְטַמֵּא אֶת הַיָּדַיִם, וּמַחֲלֹוקֶת בְּשִׁיר הַשִּׁירִים. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: שִׁיר הַשִּׁירִים מְטַמֵּא אֶת הַיָּדַיִם, וּמַחֲלֹוקֶת בִּקְהִלַּת. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: קֹהֶלֶת מִקֻּולֵּי בֵּית שַׁמַּאי וּמֵחֻומְרֵי בֵּית הִלֵּל, אֲבָל רוּת וְשִׁיר הַשִּׁירִים וְאֶסְתֵּר מְטַמְּאִין אֶת הַיָּדַיִם! הוּא דְּאָמַר כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ.

On objecte : Rabbi Meir dit : Kohelet ne rend pas les mains impures, et la controverse porte sur le Cantique des cantiques. Rabbi Yossi dit : le Cantique des cantiques rend les mains impures, et la controverse porte sur Kohelet.

Rabbi Chimon dit : Kohelet fait partie des allègements de Beit Chammai et des rigueurs de Beit Hillel ; mais Ruth, le Cantique des cantiques et Esther rendent les mains impures ! Lui a parlé selon Rabbi Yehochoua.

📜 Rachi (1)
הוּא דְּאָמַר כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דְּאָמַר לְעֵיל זֹאת מַה שֶׁכָּתוּב בַּתּוֹרָה זִכָּרוֹן מַה שֶׁכָּתוּב בְּמִשְׁנֵה תוֹרָה בַּסֵּפֶר מַה שֶּׁכָּתוּב בַּנְּבִיאִים אֲבָל בִּמְגִילָּה לֹא נִיתְּנָה לִיכָּתֵב אֶלָּא לְגָורְסָהּ עַל פֶּה וְלִקְרוֹתָהּ:
Qui a dit plus haut : « ceci », ce qui est écrit dans la Torah ; « souvenir », ce qui est écrit dans le Michne Torah ; « dans le livre », ce qui est écrit dans les Prophètes. Mais la meguila n'a pas été donnée à être écrite : seulement à être apprise par cœur et lue.
💡 Explication

La baraita recense les livres discutés et place Esther hors de toute controverse : tous s'accordent qu'elle rend les mains impures. La réponse rattache Chmouel à la position de Rabbi Yehochoua du segment 5, pour qui le verset d'Exode ne laisse aucune place à l'écriture de la meguila.

🖼️ Schéma
Quels livres rendent les mains impures ? La baraita Livre Rabbi Meir Rabbi Yossi Rabbi Chimon Kohelet Ne rend pas impur En controverse Beit Hillel : impur Cantique des cantiques En controverse Rend impur Rend impur Ruth et Esther Rendent les mains impures selon tous — d'où l'objection contre Chmouel. Réponse de la guemara Chmouel parle selon Rabbi Yehochoua, qui laisse la meguila hors du verset ; la baraita suit Rabbi Elazar HaModaï.
La baraita traite Esther comme acquise ; la réponse renvoie Chmouel à l'autre tana du segment précédent.
10
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא אוֹמֵר: קֹהֶלֶת אֵינוֹ מְטַמֵּא אֶת הַיָּדַיִם, מִפְּנֵי שֶׁחָכְמָתוֹ שֶׁל שְׁלֹמֹה הִיא. אָמְרוּ לוֹ: וְכִי זוֹ בִּלְבַד אָמַר? וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר: ״וַיְדַבֵּר שְׁלֹשֶׁת אֲלָפִים מָשָׁל״, וְאוֹמֵר: ״אַל תּוֹסְףְּ עַל דְּבָרָיו״.

Il est enseigné : Rabbi Chimon ben Menassia dit : Kohelet ne rend pas les mains impures, parce qu'il est la sagesse de Chelomo. Ils lui dirent : n'a-t-il dit que cela ?

Or il a déjà été dit : « et il prononça trois mille proverbes » (Melakhim I 5,12) ; et il est dit : « n'ajoute pas à ses paroles » (Proverbes 30,6).

📜 Rachi (2)
וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר וַיְדַבֵּר כו' וְקֹהֶלֶת כְּבָר נֶאֶמְרָה וְכֵיוָן דְּלָא כָּתַב אֶת כֻּולָּן לָמַדְתָּ שְׁמָהּ שֶׁכָּתַב רוּחַ הַקֹּודֶשׁ הָיָה:
Et Kohelet a déjà été dit ; puisqu'il ne les a pas tous écrits, tu apprends que ce qu'il a écrit relevait de roua'h hakodech.
אַל תּוֹסְףְּ עַל דְּבָרָיו מִקְרָא הוּא בְּסֵפֶר מִשְׁלֵי:
C'est un verset du livre des Proverbes.
💡 Explication

Rabbi Chimon ben Menassia tient Kohelet pour une œuvre de sagesse humaine. La réfutation s'appuie sur un tri : Chelomo prononça trois mille proverbes, et seule une part fut consignée. Ce qui a été retenu porte donc la marque de roua'h hakodech.

11
מַאי ״וְאוֹמֵר״? וְכִי תֵּימָא: מֵימָר טוּבָא אָמַר, דְּאִי בָּעֵי — אִיכְּתִיב, וַדַּאי בָּעֵי — לָא אִיכְּתִיב. תָּא שְׁמַע: ״אַל תּוֹסְףְּ עַל דְּבָרָיו״.

Que vient ajouter « et il est dit » ? Et si tu disais : il a beaucoup parlé, et ce qu'il voulait fut écrit, ce qu'il ne voulait pas ne fut pas écrit — viens et entends : « n'ajoute pas à ses paroles ».

📜 Rachi (2)
דְּאִי בָּעֵי כְּתַב וְאִי בָּעֵי לֹא כְּתַב וּלְעוֹלָם מַה שֶׁכָּתַב מִשַּׁלְוַת בְּעָלְמָא נִינְהוּ וְלֹא מִפִּי הקב"ה:
Et en définitive, ce qu'il a écrit ne serait que de simples proverbes, non issus de la bouche du Saint béni soit-Il.
תָּא שְׁמַע אַל תּוֹסְףְּ עַל דְּבָרָיו מִדְּקָאָסַר לְהוֹסִיף עֲלֵיהֶן שְׁמַע מִינָּה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרוּ:
Puisqu'il interdit d'y ajouter, apprends-en qu'elles ont été dites par roua'h hakodech.
💡 Explication

La guemara demande pourquoi une seconde preuve était nécessaire. La première pouvait s'expliquer par un simple choix de Chelomo. Le verset « n'ajoute pas à ses paroles » impose une interdiction, et une interdiction ne porte que sur des paroles inspirées.

12
תַּנְיָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אֶסְתֵּר בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר הָמָן בְּלִבּוֹ״. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: אֶסְתֵּר בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתְּהִי אֶסְתֵּר נֹשֵׂאת חֵן בְּעֵינֵי כָּל רֹואֶיהָ״.

Il est enseigné : Rabbi Eliezer dit : Esther a été dite par roua'h hakodech, car il est dit « et Haman dit en son cœur » (Esther 6,6). Rabbi Akiva dit : Esther a été dite par roua'h hakodech, car il est dit « et Esther trouvait grâce aux yeux de tous ceux qui la voyaient » (Esther 2,15).

📜 Rachi (1)
וְיֹאמַר הַמָּן בְּלִבּוֹ מְנָא יָדְעוּ כּוֹתְבֵי הַמְּגִילָּה שֶׁכָּךְ אָמַר בְּלִבּוֹ אֶלָּא רוּחַ הַקֹּודֶשׁ נִגְלֶה עֲלֵיהֶם:
D'où ceux qui écrivirent la meguila savaient-ils qu'il avait ainsi parlé en son cœur ? C'est que roua'h hakodech s'est révélé sur eux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אֶסְתֵּר בְּרוּחַ הַקֹּדֶשׁ נֶאֶמְרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: (אֶסְתֵּר ו, ו) 'וַיֹּאמֶר הָמָן בְּלִבּוֹ'. קָשֶׁה מְנָא לֵיהּ הָא? וְדִילְמָא כְּשֶׁבָּא הָמָן לְבֵיתוֹ הוֹכִיחוּ אוֹתוֹ אוֹהֲבָיו וְזֶרֶשׁ אִשְׁתּוֹ לָמָּה אָמַרְתָּ לַמֶּלֶךְ כֵּן לַעֲשׂוֹת לוֹ גְּדוֹלָה כָּזֹאת? וְהֵשִׁיב לָהֶם: אָמַרְתִּי בְּלִבִּי בְּאוֹתָהּ הָעֵת לְמִי יַחְפֹּוץ הַמֶּלֶךְ לַעֲשׂוֹת יְקָר יוֹתֵר מִמֶּנִּי, וּלְכָךְ חָשַׁבְתִּי לְעַצְמִי אֲנִי מֵכִין גְּדוֹלָה זוֹ! וְאַחַר כָּךְ נוֹדַע לְכוֹתֵב הַמְּגִילָּה שֶׁאָמַר הָמָן לְאוֹהֲבָיו: כָּךְ אָמַרְתִּי בְּלִבִּי, וְכָתַב כֵּן, דְּהָא בְּלָאו הָכִי כָּתַב בַּמְּגִילָּה עוֹד דְּבָרִים מַה שֶׁדִּבֵּר הַמָּן וּמַה שֶׁדִּבְּרוּ אוֹהֲבָיו עִמּוֹ כְּשֶׁבָּא לְבֵיתוֹ, וּמֻוכְרָח לוֹמַר דְּאֵלּוּ הַדְּבָרִים נוֹדְעוּ לְכוֹתֵב הַמְּגִילָּה מֵאֲנָשִׁים אֲחֵרִים שֶׁהָיוּ שָׁם, וְגַם דָּבָר זֶה נוֹדַע לוֹ בִּכְלַל אוֹתָם הַדְּבָרִים. וְנִרְאֶה לִי בס"ד אִם לֹא הָיָה כּוֹתֵב הַמְּגִילָּה מִתְבָּרֵר אֶצְלוֹ דָּבָר זֶה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁכָּךְ אָמַר הָמָן בְּלִבּוֹ, לֹא הָיָה כּוֹתֵב דָּבָר זֶה בִּמְגִילָּה מִכֹּחַ דְּבָרָיו שֶׁל הַמָּן שֶׁעָשָׂה הִתְנַצְּלוּת לְעַצְמוֹ בְּתוֹכַחַת אוֹהֲבָיו שֶׁאָמַר לָהֶם כָּךְ אָמַרְתִּי בְּלִבִּי, וּלְכָךְ הִצַּעְתִּי סֵדֶר הַגְּדֻולָּה הַזֹּאת לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ, דְּאֶפְשָׁר הָמָן שִׁיקֵּר בָּזֶה כִּי בּוֹשׁ מֵאוֹהֲבָיו עַל שְׁטוּת שֶׁלּוֹ שֶׁגָּרַם בְּהַצָּעַת הַגְּדֻולָּה הַזֹּאת, וְהֻוכְרַח לַעֲשׂוֹת הִתְנַצְּלוּת לוֹמַר שֶׁכָּךְ אָמַרְתִּי בְּלִבִּי, עַל כֵּן וַדַּאי כּוֹתֵב הַמְּגִילָּה נוֹדַע לוֹ זֶה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ.
« Rabbi Eliezer dit : Esther a été dite par roua'h hakodech, car il est dit (Esther 6,6) — et Haman dit en son cœur. » Difficulté : d'où le tient-il ? Peut-être que lorsque Haman rentra chez lui, ses amis et Zérech sa femme lui firent reproche : pourquoi as-tu dit au roi de lui accorder une telle grandeur ? Et il leur répondit : j'ai dit en mon cœur, à ce moment-là, à qui le roi voudrait-il faire honneur plus qu'à moi ? C'est pourquoi j'ai pensé que je préparais cette grandeur pour moi-même. Ensuite, celui qui écrivit la meguila apprit que Haman avait dit à ses amis : voici ce que j'ai dit en mon cœur, et il l'écrivit ainsi. Car de toute façon il est écrit dans la meguila d'autres paroles que Haman a dites et que ses amis lui ont dites lorsqu'il rentra chez lui, et il faut bien dire que ces paroles furent connues de celui qui écrivit la meguila par d'autres personnes présentes ; cette chose-ci lui fut donc connue avec le reste. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que si celui qui écrivit la meguila n'avait pas eu la certitude par roua'h hakodech que Haman avait ainsi parlé en son cœur, il n'aurait pas écrit cela dans la meguila sur la seule foi des paroles de Haman, qui se justifiait devant le reproche de ses amis en leur disant : voici ce que j'ai dit en mon cœur, et c'est pourquoi j'ai proposé au roi cet ordre de grandeur. Car il se peut que Haman ait menti sur ce point, honteux devant ses amis de la sottise qu'il avait causée en proposant cette grandeur, et contraint de se justifier en disant : voici ce que j'ai dit en mon cœur. Donc, assurément, celui qui écrivit la meguila le sut par roua'h hakodech.
💡 Explication

Début de la série des cinq preuves. Le critère commun est le même : le texte rapporte une donnée qu'aucun témoin humain ne pouvait recueillir. Rabbi Eliezer retient une pensée intérieure, Rabbi Akiva un jugement porte par tous les regards à la fois.

13
רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: אֶסְתֵּר בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְיוֹדֵעַ הַדָּבָר לְמָרְדְּכַי״. רַבִּי יוֹסֵי בֶּן דּוֹרְמַסְקִית אוֹמֵר: אֶסְתֵּר בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבַבִּזָּה לֹא שָׁלְחוּ אֶת יָדָם״.

Rabbi Meir dit : Esther a été dite par roua'h hakodech, car il est dit « et la chose fut connue de Mordekhai » (Esther 2,22). Rabbi Yossi ben Dourmaskit dit : Esther a été dite par roua'h hakodech, car il est dit « et sur le butin ils ne portèrent pas la main » (Esther 9,15).

📜 Rachi (2)
וְיוֹדֵעַ הַדָּבָר לְמָרְדְּכַי מִי גָּלָה לוֹ רוּחַ הַקֹּדֶשׁ שָׁרָה עָלָיו:
Qui le lui a révélé ? Roua'h hakodech reposait sur lui.
וּבַבִּזָּה לֹא שָׁלְחוּ אֶת יָדָם הֵיאַךְ יָדְעוּ מֶה עָשׂוּ הָרְחוֹקִים:
Comment savaient-ils ce qu'avaient fait ceux qui étaient au loin ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: אֶסְתֵּר בְּרוּחַ הַקֹּדֶשׁ נֶאֶמְרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: (אֶסְתֵּר ב, כב) 'וְיוֹדֵעַ הַדָּבָר לְמָרְדְּכַי'. הִקְשָׁה הַגָּאוֹן טוּרֵי אֶבֶן אַף עַל גַּב דְּמַשְׁמַע דִּבְרוּחַ הַקֹּודֶשׁ נוֹדַע לוֹ מִשּׁוּם דִּכְתִיב וְיוֹדֵעַ בִּסְתָם, עִם כָּל זֶה מְנָא לֵיהּ דְּהַמְּגִילָּה נִכְתְּבָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ? דְּהָא מְפֹורָשׁ בַּכְּתוּבִים דְּשָׁרְתָה עַל שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה רוּחַ הַקֹּודֶשׁ, וַאֲפִילּוּ הָכֵי סְבִירָא לֵיהּ לְרַבִּי מֵאִיר דִּקְהִלַּת לֹא נֶאֶמְרָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ, וְאִם כֵּן גַּם הָכָא אֲפִילּוּ שֶׁבָּרוּר לָנוּ דְּשָׁרְתָה רוּחַ הַקֹּודֶשׁ עַל מָרְדְּכַי וּבָרוּר לָנוּ שֶׁהוּא כָּתַב אֶת הַמְּגִילָּה, מְנָא לֵיהּ דְּכָתְבָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ? וְהִנִּיחַ זֶה בְּקֻושְׁיָא יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד מֵאַחַר שֶׁזֶּה הַכָּתוּב דְּ'וְיוֹדֵעַ הַדָּבָר לְמָרְדְּכַי' מַגִּיד דְּנוֹדַע לוֹ בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ, וְקַייְמָא לָן דְּמָרְדְּכַי עַצְמוֹ כָּתַב הַמְּגִילָּה, אִם נֹאמַר שֶׁהַדְּבָרִים כְּתָבָם וְסִידְרָם מִדַּעְתּוֹ וְלֹא כְּתָבָם עַל פִּי רוּחַ הַקֹּודֶשׁ לֹא הָיָה כּוֹתֵב דָּבָר זֶה שֶׁל 'וְיוֹדֵעַ הַדָּבָר לְמָרְדְּכַי' שֶׁהוּא מוֹדִיעַ שֶׁנּוֹדַע לוֹ בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ, כִּי יָדוּעַ דְּמָרְדְּכַי הָיָה עָנָיו גָּדוֹל וְהָיָה כְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בְּדוֹרוֹ, וּבְוַדַּאי לֹא הָיָה מְגַלֶּה שֶׁבַח עַצְמוֹ שֶׁהִשִּׂיג רוּחַ הַקֹּודֶשׁ! אֲבָל אִם נֶאֱמַר בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה הָיָה מֻוכְרָח לִכְתֹּוב דָּבָר זֶה שֶׁל וְיוֹדֵעַ הַדָּבָר אַף עַל גַּב דְּמוּכָח שֶׁנּוֹדַע לוֹ בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ, יַעַן כִּי הוּא אֵינוֹ כּוֹתֵב הַדְּבָרִים כְּפִי רְצוֹנוֹ, אֶלָּא רוּחַ הַקֹּודֶשׁ אוֹמֶרֶת לוֹ שֶׁיִּכְתֹּוב כָּךְ וְכָךְ, וְאֵין בְּיָדוֹ לְבַטֵּל אֲפִילּוּ אוֹת אַחַת, כַּאֲשֶׁר נִמְצָא דְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הָיָה כּוֹתֵב בַּתּוֹרָה שְׁבָחִים שֶׁלּוֹ בְּעַל כָּרְחוֹ כִּי שְׁכִינָה אוֹמֶרֶת לוֹ שֶׁיִּכְתֹּוב כָּךְ וְכָךְ, וְכֵן הַנְּבִיאִים כּוֹתְבִים שְׁבָחִים שֶׁלָּהֶם בְּסִפְרֵיהֶם, שֶׁהֵם מֻוכְרָחִים לִכְתֹּוב הַדְּבָרִים אֲשֶׁר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ אוֹמֶרֶת לָהֶם לִכְתֹּוב, וּלְכָךְ גַּם מָרְדְּכַי כָּתַב 'וְיוֹדֵעַ הַדָּבָר לְמָרְדְּכַי' אַף עַל פִּי שֶׁבָּזֶה גִּילָּה שֶׁבַח עַצְמוֹ שֶׁזָּכָה לְרוּחַ הַקֹּודֶשׁ.
« Rabbi Meir dit : Esther a été dite par roua'h hakodech, car il est dit (Esther 2,22) — et la chose fut connue de Mordekhai. » Le gaon Touré Even a demandé : même s'il ressort que cela lui fut connu par roua'h hakodech, du fait qu'il est écrit « fut connue » sans préciser par qui, d'où tient-il pour autant que la meguila a été écrite par roua'h hakodech ? Car il est explicite dans les Écrits que roua'h hakodech reposa sur le roi Chelomo, la paix sur lui, et malgré cela Rabbi Meir tient que Kohelet ne fut pas dit par roua'h hakodech. De même ici : même s'il nous est clair que roua'h hakodech reposa sur Mordekhai et qu'il est clair que c'est lui qui écrivit la meguila, d'où tient-il qu'il l'écrivit par roua'h hakodech ? Et il a laissé la question ouverte, voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel : puisque ce verset « et la chose fut connue de Mordekhai » indique qu'elle lui fut connue par roua'h hakodech, et que nous tenons que Mordekhai lui-même écrivit la meguila, si l'on disait qu'il écrivit et ordonna les choses de son propre chef sans roua'h hakodech, il n'aurait pas écrit cette chose de « la chose fut connue de Mordekhai », qui fait savoir qu'elle lui fut connue par roua'h hakodech ; car on sait que Mordekhai était d'une grande humilité et qu'il était comme Moche notre maître, la paix sur lui, dans sa génération, et assurément il n'aurait pas révélé sa propre louange, à savoir qu'il atteignit roua'h hakodech. Mais si l'on dit qu'elle fut dite par roua'h hakodech, il était contraint d'écrire cette chose de « la chose fut connue », bien qu'il en ressorte qu'elle lui fut connue par roua'h hakodech, parce qu'il n'écrit pas les choses selon sa volonté : roua'h hakodech lui dit d'écrire ceci et cela, et il n'est pas en son pouvoir d'en annuler une seule lettre. Ainsi trouve-t-on que Moche notre maître, la paix sur lui, écrivait dans la Torah ses propres louanges malgré lui, car la Chekhina lui disait d'écrire ceci et cela ; de même les prophètes écrivent leurs louanges dans leurs livres, contraints d'écrire les choses que roua'h hakodech leur dit d'écrire. C'est pourquoi Mordekhai, lui aussi, écrivit « et la chose fut connue de Mordekhai », bien qu'il révélât par là sa propre louange, celle d'avoir mérité roua'h hakodech.
💡 Explication

Deux preuves de même forme. Le complot de Bigtan et Térech fut trame à l'écart, et le verset ne nomme aucune source. La retenue sur le butin fut le fait de communautés dispersées dans cent vingt-sept provinces, sans moyen d'en vérifier l'unanimité.

14
אָמַר שְׁמוּאֵל: אִי הֲוַאי הָתָם, הֲוָה אָמֵינָא מִלְּתָא דַּעֲדִיפָא מִכֻּולְּהוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״קִיְּמוּ וְקִבְּלוּ״ — קִיְּמוּ לְמַעְלָה מַה שֶּׁקִּיבְּלוּ לְמַטָּה.

Chmouel a dit : si j'avais été là, j'aurais dit une chose meilleure que toutes celles-là, car il est dit « ils confirmèrent et acceptèrent » (Esther 9,27) — ils ont confirmé en haut ce qu'ils avaient accepté en bas.

🪔 Ben Yehoyada (1)
קִיְּמוּ לְמַעְלָה מַה שֶּׁקִּבְּלוּ לְמַטָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּקָשֶׁה לֵיהּ דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'קִבְּלוּ וְקִיְּמוֹ' כִּי הַקִּיּוּם יִהְיֶה אַחַר הַקַּבָּלָה אֲבָל אַחַר הַקִּיּוּם קַבָּלָה מַאן דְּכַר שֶׁמָּא?! וְלָכֵן דְּרֵישׁ קִיְּמוּ לְמַעְלָה מַה שֶּׁקִּבְּלוּ לְמַטָּה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַקִּיּוּם שֶׁל מַעְלָה קָאֵי עַל הַהֶאָרָה שֶׁהִיא שֹׁורֶשׁ נִשְׁמַת מָרְדְּכַי, שֶׁרָצָה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ שֶׁתִּתְגַּלֶּה הֶאָרָה זוֹ בְּכָל שָׁנָה בִּימֵי הַפּוּרִים, וְלֹא תִּתְבַּטֵּל אֶלָּא תִּשָּׁאֵר קַיֶּימֶת וְנִרְשֶׁמֶת בְּרָחֵל עֲקֶרֶת הַבַּיִת גַּם אַחַר הִסְתַּלְּקוּת הַמֹּוחִין מִמֶּנָּה וְיַחְזְרוּ בז"א [בִּזְעֵיר אַנְפִּין] , וּמְפֹורָשׁ בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל כְּדֵי לְקַייֵּם הַהֶאָרָה הַגְּדוֹלָה הַזֹּאת לְמַעְלָה צְרִיכִין אֲנַחְנוּ לַעֲשׂוֹת שְׁלֹשָׁה מִצְוֹת, וְהֵם מִקְרָא מְגִילָּה וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים וּסְעוּדַת פּוּרִים יְעֻויַּן שָׁם. וְלָזֶה אָמַר קִיְּמוּ לְמַעְלָה בְּגִילּוּי וְקִיּוּם הֶאָרָה הַגְּדוֹלָה הַנִּזְכָּר, מַה שֶׁקִּבְּלוּ לְמַטָּה לַעֲשׂוֹת שְׁלֹשָׁה מִצְוֹת הַנִּזְכָּר בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה.
« Ils ont confirmé en haut ce qu'ils avaient accepté en bas. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que sa difficulté tient à ce qu'il aurait fallu dire « ils acceptèrent et confirmèrent », car la confirmation vient après l'acceptation ; après la confirmation, quelle acceptation resterait-il à mentionner ? C'est pourquoi il expose : ils ont confirmé en haut ce qu'ils avaient accepté en bas. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que la confirmation d'en haut se rapporte à l'illumination qui est la racine de la nechama (l'âme) de Mordekhai : Hachem, béni soit-Il, a voulu que cette illumination se révèle chaque année aux jours de Pourim, et qu'elle ne soit pas annulée mais demeure établie et inscrite en Rahel, la maîtresse de la maison, même après que les mohin (les lumières de conscience) se retirent d'elle et retournent en Zeir Anpin. Il est explicite dans les paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie, que pour maintenir cette grande illumination en haut nous devons accomplir trois mitsvot : la lecture de la meguila, les dons aux pauvres et le repas de Pourim, voir là-bas. C'est ce qu'il dit : « ils ont confirmé en haut », par la révélation et le maintien de cette grande illumination, « ce qu'ils avaient accepté en bas », à savoir accomplir chaque année les trois mitsvot mentionnées.
💡 Explication

Chmouel change le lieu de la preuve. Les quatre précédentes portent sur des faits terrestres difficiles à connaître ; celle-ci porte sur un événement céleste. L'ordre inverse des deux verbes du verset, « ils confirmèrent » avant « ils acceptèrent », est lu comme la trace d'une ratification en haut de ce qui fut accepté en bas.

15
אָמַר רָבָא: לְכֻולְּהוּ אִית לְהוּ פִּירְכָא, לְבַר מִדִּשְׁמוּאֵל דְּלֵית לֵיהּ פִּירְכָא: דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר — סְבָרָא הוּא דְּלָא הֲוָה אִינִישׁ דַּחֲשִׁיב לְמַלְכָּא כְּוָותֵיהּ, וְהַאי כִּי קָא מַפֵּישׁ טוּבָא וְאָמַר — אַדַּעְתֵּיהּ דְּנַפְשֵׁיהּ קָאָמַר.

Rava a dit : toutes ont une réfutation, hormis celle de Chmouel qui n'en a pas. Celle de Rabbi Eliezer : c'est un raisonnement, car il n'y avait personne d'aussi important que lui aux yeux du roi ; et lorsqu'il développa longuement et parla, c'est en pensant à lui-même qu'il parlait.

📜 Rachi (1)
מַפֵּישׁ וְאָמַר טוּבָא יָבִיאוּ לְבוּשׁ מַלְכוּת אַדַּעְתָּא דְּנַפְשֵׁיהּ קָאָמַר שְׁמַע מִינָּה זֹאת הָיְתָה בְּלִבּוֹ:
« Qu'on apporte un vêtement royal » : il le dit en pensant à lui-même ; apprends-en que telle était sa pensée.
🗂️ Tossefot (1)
לְכוּלְּהוּ אִיכָּא פִּירְכָא בַּר מִדִּשְׁמוּאֵל. וְקָשֶׁה דְּלִשְׁמוּאֵל מִי לֵיכָּא פִּירְכָא דְּהָא רָבָא גּוּפֵיהּ הוּא דְּאָמַר פֶּרֶק רַבִּי עֲקִיבָא (שַׁבָּת דַּף פח. וְשָׁם). (מִכָּאן מוֹדָעָא רַבָּה לְאוֹרָיְיתָא) שֶׁקִּבְּלוּ שֵׁנִית בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ אַלְמָא דְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לִדְרָשָׁא אַחַרְיַנָא וְיֵשׁ לוֹמַר דְּלָא חֲשִׁיב הַאי פִּירְכָא דְּהָא שַׁפִּיר שָׁמְעִינַן מִינָּהּ תַּרְתֵּי וְלָא דָּמֵי הַאי פִּירְכָא לִשְׁאָר פִּירְכוֹת דְּאִינָךְ דְּסָתַר סְבָרָתָם לְגַמְרֵי:
« Toutes ont une réfutation, hormis celle de Chmouel. » C'est difficile : pour Chmouel, n'y aurait-il pas de réfutation ? Car Rava lui-même dit au chapitre Rabbi Akiva (Chabbat 88a) que de là vient une grande protestation contre la Torah, puisqu'ils l'acceptèrent une seconde fois aux jours d'Ahachveroch ; il ressort donc que le verset est requis pour une autre derasha. On peut répondre qu'il ne compte pas cela comme une réfutation, puisqu'on en apprend fort bien les deux choses à la fois ; et cette réfutation ne ressemble pas aux autres, qui ruinent entièrement le raisonnement de leurs auteurs.
💡 Explication

Rava applique un test unique à chaque preuve : une explication naturelle suffit-elle à rendre compte du verset ? Pour Rabbi Eliezer, l'auteur de la meguila pouvait déduire la pensée de Haman de son comportement, puisque le détail même de la demande trahissait qu'il parlait pour lui-même.

16
דְּרַבִּי עֲקִיבָא — דִּלְמָא כְּרַבִּי אֶלְעָזָר, דְּאָמַר: מְלַמֵּד שֶׁכָּל אֶחָד וְאֶחָד נִדְמְתָה לוֹ כְּאֻומָּתוֹ.

Celle de Rabbi Akiva : peut-être est-ce comme Rabbi Elazar, qui a dit : cela enseigne qu'à chacun elle apparaissait comme étant de sa propre nation.

📜 Rachi (1)
נִדְמְתָה לוֹ כְּאֻומָּתוֹ וְהָיוּ אוֹמְרִים בְּפִיהֶם זוֹ מִשֶּׁלָּנוּ הִיא:
Et ils disaient de leur bouche : celle-ci est des nôtres.
💡 Explication

La réfutation ôte au verset son caractère inaccessible. Si chacun voyait en Esther une femme de son peuple et le disait à haute voix, la grâce qu'elle trouvait aux yeux de tous était un fait public, observable par n'importe quel témoin.

17
וְהָא דְּרַבִּי מֵאִיר — דִּלְמָא כְּרַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא, דְּאָמַר: בִּגְתָן וָתֶרֶשׁ שְׁנֵי טַרְשִׂיִּים הָיוּ.

Et celle de Rabbi Meir : peut-être est-ce comme Rabbi Hiya bar Abba, qui a dit : Bigtan et Térech étaient deux Tarsiens.

📜 Rachi (1)
דְּרַבִּי חַייָּא בַּר אַבָּא לְקַמָּן בְּפִירְקִין:
Plus loin, dans notre chapitre.
💡 Explication

Mordekhai siégeait au Sanhédrin et connaissait les langues. Les deux conspirateurs parlaient leur langue d'origine, se croyant à l'abri. La connaissance du complot s'explique donc sans recourir à roua'h hakodech.

18
וְהָא דְּרַבִּי יוֹסֵי בֶּן דּוֹרְמַסְקִית — דִּלְמָא פְּרִיסְתָּקֵי שַׁדּוּר. דִּשְׁמוּאֵל, וַדַּאי לֵית לֵיהּ פִּירְכָא. אָמַר רָבִינָא: הַייְנוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: טָבָא חֲדָא פִּלְפַּלְתָּא חֲרִיפְתָּא מִמְּלֵי צַנֵּי קָרֵי.

Et celle de Rabbi Yossi ben Dourmaskit : peut-être avaient-ils envoyé des messagers. Celle de Chmouel, assurément, n'a pas de réfutation.

Ravina a dit : c'est ce que disent les gens — un seul poivre piquant vaut mieux qu'un panier plein de courges.

📜 Rachi (1)
פְּרִיסְתָּקֵי שַׁדּוּר שְׁלוּחִים שָׁלְחוּ לָהֶם לְמָרְדְּכַי וְאֶסְתֵּר שֶׁלֹּא נָגַעְנוּ בַּבִּיזָּה שֶׁלֹּא יֵרַע לַמֶּלֶךְ:
Ils envoyèrent des messagers à Mordekhai et à Esther pour dire : nous n'avons pas touché au butin, afin que le roi ne soit pas mécontent.
🪔 Ben Yehoyada (1)
טָבָא חֲדָא פִּלְפַּלְתָּא חֲרִיפְתָּא מִמְּלֵי צַנָּא דְקָרֵי. [טוֹב פִּלְפֵּל חָרִיף אֶחָד מִמְּלוֹא הַסַּל דְּלָעוֹת] נִרְאֶה לִי דְּאֵין כַּוָּנָתוֹ לְגַנּוֹת שְׁאָר הַטְּעָמִים בְּמָשָׁל זֶה, אֶלָּא רוֹצֶה לוֹמַר עַל כָּל הַטְּעָמִים יִתְעוֹרֵר רוּחַ בֶּאֱנוֹשׁ לִדְחוֹתָם מֵאֵיזֶה טַעַם, אַךְ טַעַם שֶׁל שְׁמוּאֵל לֹא יִתְעוֹרֵר רוּחַ בָּאָדָם לְדַבֵּר בּוֹ כְּלוּם, וְלָכֵן הִמְשִׁיל אוֹתָם הַטְּעָמִים לִקְרָא אֲשֶׁר אֲכִילָתוֹ מְעוֹרֶרֶת רוּחוֹת בְּבֶטֶן הָאָדָם, אַךְ מַאֲכָל הֶחָרִיף עוֹצֵר הָרוּחוֹת וְעָשָׂה בּוֹ דִּמְיוֹן לְטַעַם שֶׁל שְׁמוּאֵל.
« Un seul poivre piquant vaut mieux qu'un panier plein de courges. » Il me semble que son intention n'est pas de déprécier les autres raisons par cette parabole, mais de dire que, pour toutes ces raisons, un souffle se lève chez l'homme pour les repousser par quelque motif, tandis que pour la raison de Chmouel aucun souffle ne se lève chez l'homme pour en dire quoi que ce soit. Il a donc comparé ces raisons aux courges, dont la consommation soulève des vents dans le ventre de l'homme, alors que l'aliment piquant retient les vents ; il en a fait une image de la raison de Chmouel.
💡 Explication

Conclusion de l'examen de Rava. Le dicton de Ravina en tire la leçon : une seule preuve que rien n'entame l'emporte sur quatre preuves nombreuses mais récusables. La qualité de l'argument l'emporte sur son nombre.

19
רַב יוֹסֵף אָמַר מֵהָכָא: ״וִימֵי הַפּוּרִים הָאֵלֶּה לֹא יַעַבְרוּ מִתּוֹךְ הַיְּהוּדִים״. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אוֹמֵר מֵהָכָא: ״וְזִכְרָם לֹא יָסוּף מִזַּרְעָם״.

Rav Yossef a dit : d'ici — « et ces jours de Pourim ne passeront pas du milieu des Juifs » (Esther 9,28). Rav Nahman bar Yitshak dit : d'ici — « et leur souvenir ne cessera pas de leur descendance » (Esther 9,28).

📜 Rachi (1)
לֹא יַעַבְרוּ מְנָא יָדַע אֶת הֶעָתִיד:
D'où connaissait-il l'avenir ?
🗂️ Tossefot (1)
וְרַב נַחְמָן אָמַר מֵהָכָא וְזִכְרָם לֹא יָסוּף מִזַּרְעָם. דִּבְרֵישָׁא דִּקְרָא לָא חָזֵינַן אֶלָּא הַיְּהוּדִים שֶׁבְּאוֹתוֹ הַדּוֹר:
« Et Rav Nahman dit : d'ici — et leur souvenir ne cessera pas de leur descendance. » Car dans la première partie du verset nous ne voyons que les Juifs de cette génération-là.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אוֹמֵר מֵהָכָא: (אֶסְתֵּר ט, כח) וְזִכְרָם לֹא יָסוּף מִזַּרְעָם. פֵּירְשׁוּ הַתּוֹסָפוֹת זַ"ל דִּבְרֵישָׁא דִּקְרָא לָא חָזֵינַן אֶלָּא הַיְּהוּדִים שֶׁבְּאוֹתוֹ הַדּוֹר וְהִקְשָׁה הַגָּאוֹן טוּרֵי אֶבֶן זַ"ל, כֵּיוָן דִּמְדַבֵּר עַל הֶעָתִיד הָא מַשְׁמַע דִּבְרוּחַ הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה, דַּהֲלֹא דָּבָר עָתִיד אֲפִילּוּ לִזְמַן קָרוֹב אִי אֶפְשָׁר לֵידַע אֶלָּא בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כַּוָּנָתָם דְּעַל רֵישָׁא דִקְרָא קַשְׁיָא לְהוּ, דִּילְמָא מִסְּבָרָא אָמַר כּוֹתֵב הַמְּגִילָּה אֶת הַדָּבָר הַזֶּה, דְּמִסְתַּבְּרָא אוֹתוֹ הַדּוֹר שֶׁרָאוּ הַנֵּס הַנִּפְלָא שֶׁנִּיצּוּלוֹ מִמָּוֶת לְחַיִּים יִקְבְּעוּ יָמִים אֵלּוּ לְזִכָּרוֹן בְּכָל שָׁנָה לְיוֹם טוֹב, וּכְהַאי גַּוְנָא פָּרִיךְ הַשַּׁ"ס עַל רְאָיָה שֶׁל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר סְבָרָא הוּא דְּלָא הֲוָה אִינִישׁ דַּחֲשִׁיב וְכוּ', וְלָכֵן יָלֵיף רַב נַחְמָן מִסּוֹף הַפָּסוּק דִּכְתִיב 'לֹא יָסוּף מִזַּרְעָם' דְּקָאֵי עַל דּוֹרוֹת הַבָּאִים שֶׁלֹּא רָאוּ הַנֵּס בְּעֵינֵיהֶם, וּלְגַבֵּי דִּידְהוּ לֵיכָּא הֶכְרֵחַ מִצַּד הַסְּבָרָא אֶלָּא וַדַּאי בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה. וּלְפִי דִּבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת, שֶׁפֵּירֵשׁ 'וְזִכְרָם לֹא יָסוּף מִזַּרְעָם' קָאֵי עַל אוֹתָהּ הַהֶאָרָה הַגְּדוֹלָה אֲשֶׁר לְמַעְלָה עַיֵּין שָׁם, הַשְׁתָּא בָּזֶה נִתְייַשֵּׁב דִּקְדּוּק הַתּוֹסָפוֹת זַ"ל, דְּרַב נַחְמָן בָּא לְהוֹכִיחַ מִסּוֹף הַפָּסוּק כֵּיוָן דְּאַיְירֵי עַל עִנְיָן הַנַּעֲשֶׂה לְמַעְלָה וְאִם לֹא נֶאֶמְרָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ מֵהֵיכָן יָדְעוּ מַה שֶׁנַּעֲשָׂה לְמַעְלָה?! ודו"ק.
« Rav Nahman bar Yitshak dit : d'ici — (Esther 9,28) et leur souvenir ne cessera pas de leur descendance. » Les Tossefot, de mémoire bénie, ont expliqué que dans la première partie du verset nous ne voyons que les Juifs de cette génération-là. Le gaon Touré Even, de mémoire bénie, a demandé : puisque le verset parle de l'avenir, cela indique déjà qu'elle a été dite par roua'h hakodech, car une chose future, même à échéance proche, ne peut être connue que par roua'h hakodech ; voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que leur intention est que la difficulté porte sur la première partie du verset : peut-être celui qui écrivit la meguila a-t-il dit cette chose par raisonnement, car il est logique que cette génération, qui vit le miracle extraordinaire d'avoir été sauvée de la mort à la vie, fixe ces jours en souvenir chaque année comme jour de fête. C'est de la même manière que le Talmud objecte à la preuve de Rabbi Eliezer : « c'est un raisonnement, car il n'y avait personne d'aussi important, etc. » C'est pourquoi Rav Nahman tire sa preuve de la fin du verset, où il est écrit « ne cessera pas de leur descendance », qui se rapporte aux générations à venir, celles qui n'ont pas vu le miracle de leurs yeux ; à leur égard il n'y a aucune contrainte du côté du raisonnement, donc assurément elle a été dite par roua'h hakodech. Et selon les paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar haKavanot, qui a expliqué que « et leur souvenir ne cessera pas de leur descendance » se rapporte à cette grande illumination d'en haut, voir là-bas, la précision des Tossefot, de mémoire bénie, se règle : Rav Nahman vient prouver depuis la fin du verset, puisqu'elle traite de ce qui s'accomplit en haut ; et si elle n'avait pas été dite par roua'h hakodech, d'où auraient-ils su ce qui s'accomplit en haut ? Étudie bien.
💡 Explication

Deux preuves supplémentaires, tirées du même verset. Elles portent sur une annonce concernant l'avenir : la pérennité de la fête et la persistance du souvenir dans les générations. Nul homme ne peut garantir cela par observation.

20
וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים. תָּנֵי רַב יוֹסֵף: ״וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ״ — שְׁתֵּי מָנוֹת לְאִישׁ אֶחָד. ״וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים״ — שְׁתֵּי מַתָּנוֹת לִשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם.

« Et des dons aux pauvres. » Rav Yossef a enseigné : « et l'envoi de portions, chacun à son prochain » (Esther 9,22) — deux portions à une seule personne. « Et des dons aux pauvres » — deux dons à deux personnes.

📜 Rachi (2)
מָנוֹת מִינֵי מַעֲדַנִּים:
Des sortes de mets délicats.
שְׁתֵּי מָנוֹת לְאָדָם אֶחָד דִּכְתִיב וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ שְׁתֵּי מָנוֹת לְאָדָם אֶחָד וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים שְׁתֵּי מַתָּנוֹת לִשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם דַּי לְכָל אֶחָד וְאֶחָד מַתָּנָה אַחַת דְּהָא אֶבְיוֹנִים נָמֵי תַּרְתֵּי מַשְׁמַע:
Car il est écrit « et l'envoi de portions, chacun à son prochain » : deux portions à une seule personne ; « et des dons aux pauvres » : deux dons à deux personnes, un don suffisant pour chacun d'eux, car évyonim indique lui aussi deux.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' וּמוֹקְמִינַן מַתְנִיתִין כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל וְהָכִי קָאָמַר אֵין בֵּין אַרְבָּעָה עָשָׂר שֶׁל אֲדָר הָרִאשׁוֹן לְאַרְבָּעָה עָשָׂר שֶׁל אֲדָר הַשֵּׁנִי אֶלָּא מִקְרָא מְגִילָּה וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים הָא לְהֶסְפֵּד וְתַעֲנִית שְׁנֵיהֶם שָׁוִין וְכֵן הֲלָכָה וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים תָּנֵי רַב יוֹסֵף וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ שְׁתֵּי מָנוֹת לְאָדָם אֶחָד וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים שְׁתֵּי מַתָּנוֹת לִשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם אַבָּיֵי בַּר אָבִין וְרַב חִינָּנָא בַּר אָבִין מְחַלְּפִי סְעוֹדְתַּיְיהוּ לַהֲדָדֵי:
Guemara. Nous établissons notre michna selon Rabban Chimon ben Gamliel, et voici ce qu'elle dit : il n'y a entre le quatorze du premier Adar et le quatorze du second Adar que la lecture de la meguila et les dons aux pauvres ; quant à l'oraison funèbre et au jeûne, les deux sont égaux. Et telle est la halakha. « Et l'envoi de portions, chacun à son prochain, et des dons aux pauvres » : Rav Yossef a enseigné — « et l'envoi de portions, chacun à son prochain », deux portions à une seule personne ; « et des dons aux pauvres », deux dons à deux personnes. Abaye bar Avin et Rav Hinena bar Avin échangeaient leurs repas l'un avec l'autre.
💡 Explication

Retour à la michna. Rav Yossef fixe les quantités minimales à partir des pluriels du verset. Pour le michloa'h manot, le pluriel porte sur les portions et le destinataire reste unique : deux portions à une personne. Pour les matanot la-évyonim, les deux mots sont au pluriel : deux dons répartis entre deux pauvres, un don pour chacun.

🖼️ Schéma
Les deux obligations tirées d'Esther 9,22 Michloa'h manot Matanot la-évyonim manot au pluriel, ich le-rééhoû au singulier matanot au pluriel, évyonim au pluriel 2 portions à 1 personne vers un seul destinataire 2 dons à 2 personnes pauvre 1 pauvre 2 Rachi : un seul don suffit pour chaque pauvre, car le mot évyonim indique lui aussi le nombre deux.
Le même verset donne deux comptes différents, selon que le pluriel porte sur les parts ou sur les bénéficiaires.
21
רַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה שַׁדַּר לֵיהּ לְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא אַטְמָא דְּעִיגְלָא תִּלְתָּא וְגַרְבָּא דְחַמְרָא, שְׁלַח לֵיהּ:

Rabbi Yehouda Nessia envoya à Rabbi Ochaya une cuisse de veau troisième-né et une jarre de vin. Il lui envoya dire :

📜 Rachi (1)
עִגְלָא תְּלָתָא שְׁלִישִׁי לַבֶּטֶן:
Le troisième-né du ventre.
💡 Explication

Illustration pratique du michloa'h manot, qui se poursuit au folio suivant. Le egla tilta désigne selon Rachi le troisième-né d'une portée, reconnu comme viande de qualité. L'échange entre le nassi et le maître montre que l'on envoie des mets consommables et non de simples présents.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).