Megillah 7b — Michloah manot et matanot laévyonim en pratique, l'obligation de boire à Pourim, le repas du jour ; puis deux michnayot : jour de fête et Chabbat, Chabbat et Yom Kippour

Megillah 7b

Sougya : La première moitié du folio illustre par des récits ce que la halakha vient d'établir sur les envois de portions et les dons aux pauvres : Rabbi Ochaya remercie son maître d'avoir accompli deux mitsvot par un seul envoi, Rabba et Mari bar Mar échangent des présents d'inégale valeur, Abaye rapporte le festin qu'il y a trouvé, et deux maîtres nommés bar Avin échangent leurs repas. Vient ensuite l'enseignement de Rava sur l'obligation de s'enivrer jusqu'à ne plus distinguer entre la malédiction de Haman et la bénédiction de Mordekhai, suivi du récit de Rabba et de Rabbi Zeira, puis de la règle qui fixe le repas de Pourim au jour et non à la nuit, tirée de « jours de festin et de joie ».

La seconde moitié quitte Pourim pour deux michnayot construites sur la même formule. La première oppose le jour de fête au Chabbat sur la seule préparation de la nourriture, ce qui ouvre la controverse du tana kama et de Rabbi Yehouda sur les actes préparatoires, appuyée sur les mots « lui » et « pour vous ».

La seconde oppose le Chabbat à Yom Kippour, peine humaine contre karet, ce qui conduit à la position de Rabbi Néhounya ben HaKana sur les dommages, puis à la question de savoir si les coups dispensent du karet, avec les réponses de Rav Nahman et de Rav Achi.

Les obligations du jour de Pourim telles que le folio les précise Michloah manot Deux portions à une personne. Rabbi Ochaya : un maître s'acquitte en envoyant à son disciple. Matanot laévyonim Deux dons à deux personnes. Un seul envoi a pu valoir pour les deux mitsvot à la fois. Séoudat Pourim Rava : mangée de nuit, elle ne libère pas de l'obligation. Source : jours de festin et de joie. Rava : l'obligation de boire Se parfumer de vin jusqu'à ne plus distinguer entre arour Haman et baroukh Mordekhai. Tossefot rapporte le Yerouchalmi : maudite Zérech, bénie Esther, maudits les méchants, bénis les Juifs. Rabba et Rabbi Zeira — ce que le récit ajoute Ils font le repas ensemble, s'enivrent, et Rabbi Zeira y perd la vie ; Rabba le fait revivre le lendemain. L'année suivante, Rabbi Zeira refuse : le miracle ne se produit pas à toute heure.
Ce que le folio fixe pour le jour de Pourim : les deux envois, le repas de jour, la boisson, et la limite que le récit de Rabba et de Rabbi Zeira laisse entendre.
Jour de fête et Chabbat : okhel nefech, et le sort des makhchirin Chemot 12,16 — "hou" (lui) et "lakhem" (pour vous) Tana kama — la michna "hou" et non ses makhchirin : seul l'aliment lui-même est permis. Que fait-il alors de "lakhem" ? Pour vous et non pour les non-Juifs, pour vous et non pour les chiens. Rabbi Yehouda — la baraita "lakhem" : pour vous, pour tous vos besoins ; les makhchirin passent. Que fait-il alors de "hou" ? Il le réserve aux makhchirin que l'on pouvait faire des la veille. Exemple de Rachi — possible la veille Couteau ébréché avant l'entrée de la fête : on pouvait l'aiguiser hier. Interdit même selon Rabbi Yehouda. Exemple de Rachi — impossible la veille Couteau ébréché pendant la fête : rien ne pouvait être fait hier. Permis selon Rabbi Yehouda.
Les deux mots du verset se partagent entre les deux tanaim ; chacun doit ensuite rendre compte du mot que l'autre invoque.
Chabbat et Yom Kippour : la michna, l'objection, les deux réponses Michna Chabbat : transgression volontaire entre les mains des hommes (tribunal). Michna Yom Kippour : transgression volontaire passible de karet (retranchement). Déduction de la guemara — les dommages Les deux sont égaux : peine capitale et paiement ne se cumulent pas. Auteur : Rabbi Néhounya ben HaKana. Objection de l'école de Rav Si les coups dispensent du karet (R. Hananya ben Gamliel), Yom Kippour aussi tombe entre les mains des hommes, et la michna n'aurait plus de différence à énoncer. Rav Nahman — changer d'auteur La michna suit Rabbi Yitshak : là où il y a karet, il n'y a pas de coups du tout. Rav Achi — lire "principal" Même selon les Sages : la michna désigne la peine principale de chaque jour.
La différence énoncée par la michna devient une preuve dans la controverse sur les coups et le karet ; deux amoraim la désamorcent autrement.
1
קִייַּמְתָּ בָּנוּ רַבֵּינוּ, ״וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים״.

« Tu as accompli par nous, notre maître, « et l'envoi de portions l'un à l'autre » et « des dons aux pauvres » (Esther 9,22). »

📜 Rachi (1)
ה"ג קִייַּמְתָּ בָּנוּ רַבֵּינוּ וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת דְּהָא תְּרֵי מָנוֹת אִיכָּא:
Car il y a bien là deux portions.
🪔 Ben Yehoyada (1)
קַיֶּמֶת בָּנוּ רַבֵּנוּ 'וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים' (אֶסְתֵּר ט, כב) . נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ מהרח"ו [מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל] זַ"ל, סוֹד מַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים הוּא כִּי רָחֵל נִקְרֵאת עָנִי וְאֶבְיוֹן, וְהַיְּסוֹד דְּאַבָּא הַנִּקְרָא צַדִּיק נוֹתֵן לָהּ צְדָקָה וּמַתָּנוֹת, וְעִנְיַן מִשְׁלוֹחַ מָנוֹת לֹא נִתְבָּאֵר מִפִּי הָרַב זַ"ל, וְשֶׁמָּא רֶמֶז לְהֶאָרַת יְסוֹד דִּדְכוֹרָא הַנִּיתָּן לִיסוֹד דְּנֻוקְבָּא וְהֵם נִקְרָאִים 'אִישׁ לְרֵעֵהוּ' יְסוֹד לִיסוֹד, כָּךְ נִרְאֶה לַעֲנִיּוּת דַּעְתִּי. עַד כָּאן דְּבָרָיו מהרח"ו זַ"ל בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת יְעֻויַּן שָׁם. וְהִנֵּה יָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים עַל רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ ע"ה שֶׁהוּא הָיָה בְּחִינַת יְסוֹד דִּדְכוּרָא יְעֻויַּן שָׁם, וְהָשְׁתָּא לְהָכִי שָׁלַח לוֹ קַיֶּמֶת בְּנוֹ רַבֵּנוּ 'וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ' כְּלוֹמַר אַתָּה לְבַדְּךָ נָאֶה לְךָ קִיּוּם מִצְוָה זֹאת שֶׁל מִשְׁלוֹחַ מָנוֹת, כִּי אַתָּה יְסוֹד דִּדְכוֹרָא וְנָאֶה וְיָאֶה שֶׁיִּתְעוֹרֵר עַל יָדְךָ סוֹד הַדּוֹדִים לְמַעְלָה, שֶׁהַמִּצְוָה הַזֹּאת מִתְקַיֶּימֶת עַל בֻּורְיָהּ בְּמַאֲמָרָהּ עַל יָדְךָ יוֹתֵר מֵעַל יְדֵי אֲחֵרִים, וְגַם מַה שֶׁסִּייֵּם 'וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים' נָמֵי אָתֵי שַׁפִּיר עַל דֶּרֶךְ זֶה, וְהָבֵן. וַעֲדַייִן יֵשׁ לְהָבִין אוֹמְרוֹ 'בְּנוֹ' דְּדַי לוֹמַר 'קַיֶּמֶת רַבֵּנוּ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים וְזַ"ל וְהִנֵּה בְּחִינַת הַיְּסוֹד הַזֶּה הוּא רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ זַ"ל אֲשֶׁר סִידֵּר הַמִּשְׁנָיוֹת, וְתַלְמִידָיו בְּנֵי יְשִׁיבָתוֹ הֵם טִיפּוֹת החו"ג [הַחֶסֶד וּגְבוּרָה] שֶׁיָּצְאוּ מִמֶּנּוּ, וְהֵם רַבִּי חִייָּא וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא וּבַר קֻפְרָא וְלֵוִי בַּר סִיסֵי וְרַבִּי חֲנִינָא בַּר חֲמָא וְרַב וְכַיּוֹצֵא בָּהֶם, עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ יְעֻויַּן שָׁם. נִמְצָא רַבִּי אוֹשַׁעְיָא הוּא גַּם כֵּן שַׁיָּיךְ לִיסוֹד דִּדְכוּרָא, כִּי הוּא מִן הַטִּיפּוֹת שֶׁיָּצְאוּ מִמֶּנּוּ, וְלָכֵן אָמַר לוֹ 'קַיֶּמֶת בְּנוֹ רַבֵּנוּ' פֵּירוּשׁ אַף עַל גַּב דְּסוֹד הַמִּצְוָה שֶׁל מִשְׁלוֹחַ מָנוֹת הוּא דִּיסוֹד דִּדְכוּרָא נוֹתֵן לִיסוֹד דְּנֻוקְבָּא, וַאֲנַחְנוּ שֶׁשָּׁלַחְתָּ לָנוּ הַמָּנוֹת הִנְנוּ מִן יְסוֹד דִּדְכוּרָא עִם כָּל זֶה גַּם בָּנוּ קִייַּמְתָּ רַבֵּינוּ 'וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ' כִּי אֲנַחְנוּ לְגַבֵּי דִּידָךְ כָּעֲרָכִין נֶחְשָׁבִין נֻוקְבָּא לְגַבֵּי דְּכוֹרָא. וְכֵן יָבֹא נָמֵי לְנָכוֹן סִיּוּם דְּבָרָיו שֶׁל 'מַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים' עַל פִּי הַקְדָּמָה הַנִּזְכָּר לְעֵיל וְדוֹק. בְּרַם לְפִי פְּשׁוּטָן שֶׁל דְּבָרִים אֵיךְ אָמַר שֶׁקִּיֵּים בּוֹ תַּרְתֵּי מִצְוֹת בְּשִׁילּוּחַ זֶה, וּמִמַּה נַפְשָׁךְ לֵיכָּא אֶלָּא חֲדָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל, דְּרַבִּי אוֹשַׁעְיָא הֲוָה מִסְתַּפֵּק בִּתְרֵי סְפֵיקוֹת לְפוּם דִּינָא, הָאֶחָד אִם שָׁלַח הָרַב לַתַּלְמִיד יוֹצֵא יְדֵי חוֹבַת 'מִשְׁלוֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ' אוֹ לָאו? וְעוֹד סָפֵק שֵׁנִי אִם שָׁלַח מַשְׁקֶה כְּגוֹן יַיִן וְכַיּוֹצֵא, יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ? וְעַתָּה נִפְשְׁטוּ לוֹ תְּרֵי סְפֵיקֵי הַנִּזְכָּר בְּמִשְׁלוֹחַ זֶה יְעֻויַּן שָׁם, וְלָזֶה אָמַר קַיֶּמֶת בְּנוֹ רַבֵּנוּ 'מִשְׁלוֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ' כִּפְשׁוּטוֹ, וְגַם בָּזֶה קִייַּמְתָּ מִצְוַת 'מַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים', שֶׁנִּפְשְׁטוּ לִי שְׁתֵּי הֲלָכוֹת שֶׁהָיִיתִי מִסְתַּפֵּק בָּהֶם וְזֶה נֶחְשָׁב כְּמוֹ צְדָקָה לְאֶבְיוֹן.
« Tu as accompli par nous, notre maître, « et l'envoi de portions l'un à l'autre et des dons aux pauvres » (Esther 9,22). » Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a dit notre maître le Maharhav [notre maître Rabbi Haim Vital], de mémoire bénie : le sod (sens caché) des matanot laevyonim tient à ce que Rahel est appelée pauvre et indigente, et que le yessod d'Abba, appelé tsadik, lui donne la tsedaka et des dons ; quant à l'envoi de portions, le maître ne l'a pas expliqué, et peut-être cela fait-il allusion à l'illumination du yessod du masculin donnée au yessod du féminin, lesquels sont appelés « l'un à l'autre », yessod à yessod. Ainsi me semble-t-il, selon ma faible compréhension. Fin des paroles du Maharhav dans le Chaar HaKavanot, voir là-bas. Or on sait ce qu'a écrit notre maître dans le Chaar HaGuilgoulim au sujet de Rabbi le Saint, sur lui la paix, qu'il était l'aspect du yessod du masculin, voir là-bas. Dès lors, voici pourquoi il lui dit : « tu as accompli par nous, notre maître, l'envoi de portions l'un à l'autre » — à toi seul convient l'accomplissement de cette mitsva de l'envoi de portions, car tu es le yessod du masculin, et il est juste et beau que par toi s'éveille le sod des amours d'en haut, cette mitsva s'accomplissant dans sa pleine vérité par toi plus que par d'autres. Ce qu'il conclut, « et des dons aux pauvres », s'explique lui aussi de cette manière ; comprends-le. Il reste encore à comprendre pourquoi il dit « par nous », alors qu'il aurait suffi de dire « tu as accompli, notre maître ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit notre maître dans le Chaar HaGuilgoulim, voici ses termes : cet aspect du yessod est Rabbi le Saint, qui a ordonné les michnayot, et ses disciples, les fils de sa yechiva, sont les gouttes des hassadim et des guevourot sorties de lui, à savoir Rabbi Hiya, Rabbi Ochaya, Bar Kapara, Levi bar Sissi, Rabbi Hanina bar Hama, Rav et leurs semblables. Fin de citation, voir là-bas. Il se trouve donc que Rabbi Ochaya relève lui aussi du yessod du masculin, puisqu'il est l'une des gouttes sorties de lui ; c'est pourquoi il lui dit « tu as accompli par nous, notre maître », c'est-à-dire : bien que le sod de la mitsva de l'envoi de portions soit que le yessod du masculin donne au yessod du féminin, et que nous, a qui tu as envoyé les portions, relevions du yessod du masculin, malgré cela tu as accompli par nous « l'envoi de portions l'un à l'autre », car à ton égard nous comptons comme le féminin à l'égard du masculin. Ainsi s'explique aussi la fin de ses paroles, « des dons aux pauvres », d'après l'introduction rappelée ci-dessus ; examine-le. Cependant, selon le sens simple des mots, comment a-t-il pu dire qu'il accomplissait par cet envoi deux mitsvot, alors que de toute façon il n'y en a qu'une ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit le Rav Petah Einayim : Rabbi Ochaya avait deux doutes quant à la loi. Le premier : lorsqu'un maître envoie à son disciple, s'acquitte-t-il de l'obligation de « l'envoi de portions l'un à l'autre » ou non ? Le second : s'il a envoyé une boisson, du vin ou son semblable, s'acquitte-t-il de son obligation ? Or ces deux doutes lui furent tranchés par cet envoi, voir là-bas. C'est pourquoi il dit : tu as accompli par nous, notre maître, « l'envoi de portions l'un à l'autre » selon le sens simple, et par là même tu as accompli aussi la mitsva des « dons aux pauvres », puisque deux halakhot sur lesquelles j'avais un doute m'ont été tranchées, et cela compte comme une tsedaka faite à un indigent.
💡 Explication

Suite du récit ouvert au folio précédent : Rabbi Yehouda Nessia avait envoyé à Rabbi Ochaya une cuisse de veau et une cruche de vin. Rabbi Ochaya répond qu'un seul envoi lui a permis d'accomplir deux mitsvot distinctes du jour : le michloah manot (envoi de portions) et les matanot laevyonim (dons aux pauvres), puisque Rabbi Ochaya était pauvre et que le présent était conséquent.

Rachi précise ce qui rend l'envoi valable au titre du michloah manot : il y avait bien deux portions, comme l'exige l'enseignement de Rav Yossef rapporté plus haut.

2
רַבָּה שַׁדַּר לֵיהּ לְמָרֵי בַּר מָר בְּיַד אַבָּיֵי מְלֵא טַסְקָא דְּקַשְׁבָּא וּמְלֵי כָּסָא קִמְחָא דַאֲבִשׁוּנָא. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: הַשְׁתָּא אֲמַר מָרִי: אִי חַקְלָאָה מַלְכָּא לֶיהֱוֵי — דִּיקּוּלָא מִצַּוְּארֵיהּ לָא נָחֵית.

Rabba envoya à Mari bar Mar, par l'entremise d'Abaye, un sac (taska) plein de dattes et une coupe pleine de farine grillée. Abaye lui dit : maintenant Mari va dire : « si le paysan devient roi, le panier ne descend pas de son cou ».

📜 Rachi (6)
הֲדַר שָׁלַח לֵיהּ אִיהוּ לָא גָרְסִינַן לֵיהּ הָכָא:
« Il lui envoya en retour » : nous ne lisons pas ces mots ici.
טַסְקָא דְּקַשְׁבָּא- שַׂק מָלֵא תְּמָרִים:
Taska dekachva : un sac plein de dattes.
דְּאַבְשׁוּנָא שֶׁנִּתְייַבְּשׁוּ הַחִטִּים בַּתַּנּוּר בְּעוֹדָן כַּרְמֶל וְקֶמַח שֶׁלָּהֶן מָתוֹק לְעוֹלָם:
Des grains de blé séchés au four alors qu'ils sont encore tendres (karmel), et dont la farine est toujours douce.
א"ל אַבַּיֵּי לְרַבָּה:
À Rabba.
הַשְׁתָּא אָמַר מָרִי עַכְשָׁיו יֹאמַר מָרִי עָלֶיךָ:
Maintenant Mari va dire de toi.
אִי חַקְלָאָה מַלְכָּא לֶיהֱוֵי דִּיקּוּלָא מִצַּוְּארֵיהּ לָא נָחֵית הַסַּל שֶׁהָיָה רָגִיל לְהוֹלִיךְ בְּעוֹדֶנּוּ בֶּן כְּפָר וּמַאֲכִיל לִבְהֶמְתּוֹ לֹא יוֹרִיד עַתָּה מֵרֹאשׁוֹ כָּךְ אַתָּה נַעֲשֵׂיתָ מֶלֶךְ וְרֹאשׁ בְּפוּמְבְּדִיתָא וְאִינָךְ שׁוֹלֵחַ לוֹ אֶלָּא דְּבָרִים הַמְצֻוייָּן לַכֹּל:
Le panier qu'il avait coutume de porter du temps où il était encore villageois, et avec lequel il nourrissait sa bête, il ne le descend pas maintenant de sa tête. Ainsi de toi : te voilà devenu roi et chef à Poumbedita, et pourtant tu ne lui envoies que des choses que tout le monde trouve.
💡 Explication

Le folio passe des principes aux usages. Rabba, devenu chef de la yechiva de Poumbedita, envoie un michloah manot de facture très modeste : des dattes et de la farine grillée, deux denrées courantes. Abaye, son neveu et disciple, porte le présent et lui fait remarquer ce que le destinataire en dira.

Le proverbe araméen compare l'homme parvenu au villageois qui garde son panier au cou : Rachi explique qu'il s'agit du panier avec lequel il nourrissait sa bête. Rabba était pauvre, et sa nouvelle charge n'avait rien changé à ses moyens.

3
הֲדַר שַׁדַּר לֵיהּ אִיהוּ מְלֵא טַסְקָא דְּזַנְגְּבִילָא וּמְלֵא כָּסָא דְּפִלְפְּלָתָא אֲרִיכָתָא. אָמַר אַבַּיֵּי: הַשְׁתָּא אָמַר מַר: אֲנָא שַׁדַּרִי לֵיהּ חֻולְיָא, וְאִיהוּ שַׁדַּר לִי חֻורְפָּא.

En retour, celui-ci lui envoya un sac plein de gingembre et une coupe pleine de poivre long. Abaye dit : maintenant le maître va dire : moi je lui ai envoyé du doux, et lui m'a envoyé du piquant.

📜 Rachi (1)
חֻולְיָא מְתִיקָא:
Des douceurs.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הֲדַר שַׁדַּר לֵיהּ אִיהוּ מְלֵא טַסְקָא דְּזַנְגְּבִילָא וּמְלֵא כָּסָא דְּפִלְפְּלָתָא אֲרִיכָא. הִנֵּה בְּוַדַּאי שֶׁלֶּחֶם מְבֻושָּׁלִים וּמְטֻוגָּנִים בסוכ"ר, אַךְ עֲדַייִן הֵם חֲרִיפִים, וְהוּא רָאָה שֶׁשָּׁלַח לוֹ פְּרִי אִילָן שֶׁהֵם תְּמָרִים וְאֵלּוּ מְצֻוִּים הַרְבֵּה, וְעוֹד שָׁלַח לוֹ קֶמַח שֶׁהוּא פְּרִי אֲדָמָה אֲשֶׁר גַּם זֶה מָצוּי הַרְבֵּה עַל כֵּן הוּא שָׁלַח פְּרִי אִילָן שֶׁקּוֹרִין בְּעַרְבֵי דרצ'יני וְזֶהוּ הַזַּנְגְּבִילָא וְהוּא אֵינוֹ מָצוּי, וְעוֹד שָׁלַח לוֹ פְּרִי אֲדָמָה שֶׁהוּא פלפילא אֲרִיכָה שֶׁקּוֹרִין בְּעַרְבִי פ'לפ'ל דאר'ה וְהוּא פְּרִי אֲדָמָה וְגַם זֶה אֵינוֹ מָצוּי. וּמַה שֶׁאָמַר אַבַּיֵּי הַמָּשָׁל 'אִי חַקְלָאָה מַלְכָּא לֶיהֱוֵי, דִּיקּוּלָא מִצַּוְּארֵיהּ לָא נָחֵית?' רָצָה לַעֲשׂוֹת דִּבְרֵי בְּדִיחוֹת בְּיוֹם פּוּרִים, אַךְ כֵּיוָן גַּם כֵּן לְרַמֵּז נָכוֹן, אִי חַקְלָאָה פֵּירוּשׁ מִי שֶׁהוּא מִבְּחִינַת הַמַּלְכוּת חֲקַל תַּפּוּחִין קַדִּישִׁין, מַלְכָּא לֶהֱוֵי שֶׁיִּהְיֶה רֹאשׁ יְשִׁיבָה שֶׁהוּא בְּסוֹד הַתִּפְאֶרֶת שֶׁהוּא דּוּכְרָא הַנִּקְרָא מַלְכָּא שֶׁנִּתְעַלָּה לְסוֹד הַדּוּכְרָא, עִם כָּל זֶה דִּיקּוּלָא מִצַּוְּארֵיהּ לָא נָחֵית פֵּירוּשׁ דִּיקּוּלָא הוּא סַל וְכָתַב בְּסֵפֶר מְאוֹרֵי אוֹר זַ"ל יְסוֹד דְּמַלְכוּת נִקְרָא סַל, גַּם כָּתַב בְּסֵפֶר מא״א זַ"ל קֶמַח הוּא כִּינּוּי דְּמַלְכוּת בְּסוֹד (מִשְׁנָה אָבוֹת ג, יז) אִם אֵין קֶמַח, אֵין תּוֹרָה. גַּם כָּתוּב בְּסֵפֶר הַלְּקוּטִים פָּרָשַׁת עֵקֶב בְּסוֹד שִׁבְעַת הַמִּינִין כִּי דְּבַשׁ שֶׁהוּא תְּמָרִים הוּא סוֹד מַלְכוּת יְעֻויַּן שָׁם, וְלָזֶה אָמַר אַתָּה אַף עַל פִּי שֶׁנִּתְעַלֵּיתָ לִהְיוֹת מַלְכָּא שֶׁהוּא בְּסוֹד הַדֻּוכְרָא עִם כָּל זֶה שָׁלַחְתָּ דְּבָרִים שֶׁהֵם בְּסוֹד הַנֻּוקְבָּא וְהֵם קֶמַח וּתְמָרִים.
« En retour, il lui envoya un sac plein de gingembre et une coupe pleine de poivre long. » Il les lui a certainement envoyés cuits et confits dans le sucre, et pourtant ils restent piquants. Il avait vu qu'on lui avait envoyé un fruit d'arbre, des dattes, que l'on trouve en abondance, et aussi de la farine, fruit de la terre, que l'on trouve elle aussi en abondance ; c'est pourquoi il lui envoya un fruit d'arbre que l'on appelle en arabe dartsini, à savoir le gingembre, qui est rare, et de plus un fruit de la terre, le poivre long, que l'on appelle en arabe filfil dara, fruit de la terre lui aussi rare. Quant au proverbe qu'a dit Abaye, « si le paysan devient roi, le panier ne descend pas de son cou », il voulait dire un mot plaisant le jour de Pourim, mais il visait aussi une allusion juste : « si le paysan », c'est celui qui relève de l'aspect de la Malkhout, le hakal tapouhin kadichin (le champ des pommiers saints) ; « devient roi », qu'il devienne chef de la yechiva, ce qui relève du sod de Tiferet, le masculin appelé roi, s'élevant ainsi au sod du masculin ; malgré cela, « le panier ne descend pas de son cou », car dikoula désigne le panier, et il est écrit dans le livre Meorei Or que le yessod de la Malkhout est appelé panier ; il est écrit aussi dans le livre M.A.A. que la farine est une appellation de la Malkhout, selon le sod de « s'il n'y a pas de farine, il n'y a pas de Torah » (Avot 3,17) ; et il est écrit encore dans le Sefer HaLikoutim, section Ekev, au sujet des sept espèces, que le miel, c'est-à-dire les dattes, est le sod de la Malkhout, voir là-bas. C'est pourquoi il dit : bien que tu te sois élevé pour devenir roi, ce qui relève du sod du masculin, tu as malgré tout envoyé des choses qui relèvent du sod du féminin, la farine et les dattes.
💡 Explication

Mari bar Mar répond par des épices rares et coûteuses, dans les mêmes contenants que le présent reçu. Abaye anticipe la réaction de Rabba, qui lira dans cet échange une réponse à sa propre modestie. Le mot houlya, explique Rachi, désigne ce qui est sucré.

4
אָמַר אַבַּיֵּי: כִּי נְפַקִי מִבֵּי מָר, הֲוָה שֶׁבְּעָנָא. כִּי מְטַאי לְהָתָם, קָרִיבוּ לִי שִׁיתִּין צָעֵי דְּשִׁיתִּין מִינֵי קְדֵירָה, וַאֲכַלִי בְּהוּ שִׁיתִּין פְּלוּגֵי. וּבִישּׁוּלָא בָּתְרָייְתָא הֲווֹ קָרוּ לֵיהּ צְלִי קֵדָר, וּבְעַאי לְמִיכַּס צָעָא אַבָּתְרֵהּ.

Abaye a dit : quand je suis sorti de la maison du maître, j'étais rassasié. Quand je suis arrivé là-bas, on m'a présenté soixante plats de soixante sortes de mets cuits, et j'en ai mangé soixante portions.

Le dernier mets, on l'appelait « rôti à la marmite » (tseli kedera), et je voulais encore croquer le plat après lui.

📜 Rachi (3)
כִּי נְפַקִי מִבֵּי מָר כְּשֶׁיָּצָאתִי מִבֵּית אֲדוֹנִי רַבָּה לֵילֵךְ לְבֵית אַבָּא מָרִי בַּר מַר הָיִיתִי שֶׁבַע:
Quand je suis sorti de la maison de mon maître Rabba pour aller chez Mari bar Mar, j'étais rassasié.
צָעֵי קְעָרוֹת שֶׁל מִינֵי מַאֲכָל:
Des plats remplis de mets divers.
דְּאִיכַּסַּייָא לְצָעָא בָּתְרָאֵי הָיִיתִי חָפֵץ לְכוֹס הַקְּעָרָה אַחֲרָיו כָּל אֲכִילָה שֶׁלֹּא כְּדַרְכָּהּ נִקְרָא כּוֹסֵס:
Je désirais croquer le plat lui-même après ce mets ; toute manière de manger qui sort de l'ordinaire s'appelle koss (croquer).
🪔 Ben Yehoyada (1)
קָרִיבוּ לִי שִׁיתִּין צָעֵי דְּשִׁיתִּין מִינֵי קְדֵרָה. נִרְאֶה לִי שֶׁהָיָה דַּרְכָּם לַעֲשׂוֹת בְּפוּרִים שִׁשִּׁים מִינִים כְּנֶגֶד אוֹת ס' הָרוֹמֵז לִסְמִיכָה שֶׁחִיבְּרוֹ הקב"ה עִם אוֹת נוּ"ן הָרוֹמֵז לִנְפִילָה, אֲשֶׁר כְּנֶגְדּוֹ עָשָׂה הַמָּן עֵץ גָּבוֹהַּ חֲמִשִּׁים שֶׁאַחַר כָּךְ חִיבְּרוֹ עִם אוֹת ס' וְנַעֲשָׂה צֵירוּף נֵס וְזָכוּ יִשְׂרָאֵל לְנֵס. אִי נָמֵי עָבְדִי שִׁתִּין מִינֵי זֵכֶר לַתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שִׁתִּין מַסֶּכְתּוֹת כַּנִּזְכָּר בַּתִּיקּוּנִים, וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (שַׁבָּת פח.) הֲדוּר קַבְּלוּהָ בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ לְכָךְ 'לַיְּהוּדִים הָיְתָה אוֹרָה' זוֹ תּוֹרָה (מְגִילָּה טז:) .
« On m'a présenté soixante plats de soixante sortes de mets cuits. » Il me semble qu'ils avaient coutume de préparer à Pourim soixante sortes de mets, en face de la lettre samekh, qui fait allusion au soutien (semikha) que le Saint béni soit-Il a joint à la lettre noun, laquelle fait allusion à la chute (nefila) ; en face de quoi Haman dressa un gibet haut de cinquante coudées, que l'on joignit ensuite à la lettre samekh pour former le mot nés (miracle), et Israël mérita le miracle. Ou encore : ils faisaient soixante sortes de mets en souvenir de la Torah orale, qui compte soixante traités, comme il est rappelé dans les Tikounim ; et nos maîtres ont dit (Chabbat 88a) qu'ils l'acceptèrent de nouveau aux jours d'Assuérus, c'est pourquoi « les Juifs eurent la lumière » (Esther 8,16), ce qui désigne la Torah (Meguila 16b).
💡 Explication

Abaye, qui a porte le présent, rapporte la table qu'il a trouvée chez Mari bar Mar. Le détail a une portée : la modestie de l'envoi de Rabba tenait à sa pauvreté, et non à l'usage du lieu. Le terme tseli kedera désigne une viande rôtie dans la marmite, sans eau.

5
אָמַר אַבַּיֵּי, הַייְנוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: כָּפֵין עַנְיָא וְלָא יָדַע. אִי נָמֵי: רַוְוחָא לִבְסִימָא שְׁכִיחַ.

Abaye a dit : c'est ce que les gens disent : « le pauvre a faim et ne le sait pas ». Ou encore : « pour ce qui est doux, la place se trouve toujours ».

📜 Rachi (1)
רַווְחָא לִבְסִימָא שְׁכִיחַ רִיוַּח מָצוּי לַדָּבָר הַמָּתוֹק בְּתוֹךְ הַמֵּעַיִים:
Il se trouve toujours de la place, dans les entrailles, pour ce qui est doux.
💡 Explication

Abaye tire de son expérience deux dictons populaires, qui donnent deux explications de son appétit. Le premier : chez Rabba il croyait être rassasié parce que l'habitude de la privation émousse la sensation de faim. Le second : l'estomac trouve toujours de la place pour ce qui est savoureux.

6
אַבָּיֵי בַּר אָבִין וְרַבִּי חֲנִינָא בַּר אָבִין מְחַלְּפִי סְעוֹדְתַּיְיהוּ לַהֲדָדֵי.

Abaye bar Avin et Rabbi Hanina bar Avin échangeaient leurs repas l'un avec l'autre.

📜 Rachi (1)
מְחַלְּפִי סְעוֹדָתַיְיהוּ זֶה אוֹכֵל עִם זֶה בְּפוּרִים שֶׁל שָׁנָה זוֹ וּבַשְּׁנִיָּה סוֹעֵד חֲבֵרוֹ עִמּוֹ:
L'un mange chez l'autre le Pourim de cette année, et l'année suivante son compagnon prend le repas chez lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מְחַלְּפִי סְעוֹדָתַיְהוּ לְהָדְדִי. עַיֵּין פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל [זֶה אוֹכֵל עִם זֶה בְּפוּרִים שֶׁל שָׁנָה זוֹ וּבַשְּׁנִיָּה סוֹעֵד חֲבֵרוֹ עִמּוֹ] . וְקָשֶׁה מַאי קָא מַשְׁמַע לַן תַּלְמוּדָא בְּמִנְהָג זֶה שֶׁל אַבַּיֵּי וְרַבִּי חֲנִינָא, דְּהָא הֵם לֹא הָיוּ מְקַיְּימִין מִצְוַת מִשְׁלוֹחַ בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמִנְהָג קַדְמוֹן הָיָה כָּל מִי שֶׁהוֹלֵךְ לְבֵית חֲבֵירוֹ בְּלֹא הַזְמָנָה צָרִיךְ שֶׁיָּבִיא סְעוּדָה שֶׁלּוֹ מִבֵּיתוֹ, כֵּיוָן שֶׁהוּא בָּא לְבֵית חֲבֵירוֹ מֵעַצְמוֹ שֶׁלֹּא הִזְמִינוֹ חֲבֵירוֹ, וְכֵן מִנְהָג זֶה הָיָה נוֹהֵג בְּעִירֵנוּ עַד סוֹף דּוֹר שֶׁלְּפָנֵינוּ שֶׁהָיָה דַּרְכָּם לָבֹא לְבֵית אֲבִי הַבֵּן בְּשַׁבָּת אֲשֶׁר בְּתוֹךְ שְׁמוֹנַת יָמִים שֶׁנּוֹלַד הַוָּלָד, וְהָיוּ בָּאִים כָּל אֲהוּבִים וְרֵיעִים שֶׁל אֲבִי הַבֵּן לִסְעֹוד שָׁם בְּאוֹתוֹ שַׁבָּת וְכָל אֶחָד יָבִיא סְעֻודָּתוֹ דְּהַייְנוּ תַּבְשִׁיל דְּחַמִּין שֶׁל שַׁבָּת מִבֵּיתוֹ, וְכֵן כַּיּוֹצֵא בָּזֶה. וְעַל כֵּן וַדַּאי אַבַּיֵּי וְרַבִּי חֲנִינָא הָיוּ מְקַייְּמִים 'מִשְׁלוֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ' זֶה בָּזֶה, שֶׁהָיָה אַבַּיֵּי שׁוֹלֵחַ לְרַבִּי חֲנִינָא וְרַבִּי חֲנִינָא גַּם כֵּן שׁוֹלֵחַ לְאַבַּיֵּי בְּכָל שָׁנָה, אַךְ סְעוּדַת פּוּרִים הָיָה אַבַּיֵּי סוֹעֵד אֵצֶל רַבִּי חֲנִינָא בְּשָׁנָה זוֹ, וְרַבִּי חֲנִינָא סוֹעֵד אֵצֶל אַבַּיֵּי בְּשָׁנָה אַחֶרֶת, וַאֲתָא תַּלְמוּדָא לְאַשְׁמְעִינַן אַף עַל גַּב דְּהַמִּנְהָג כְּשֶׁיָּבֹא אָדָם לִסְעֹוד בְּבֵית חֲבֵירוֹ בְּלֹא הַזְמָנָה צָרִיךְ שֶׁיָּבִיא סְעוּדָה מִבֵּיתוֹ, וְלָכֵן יֵשׁ לוֹמַר אַחַר שֶׁשָּׁלַח אַבַּיֵּי מִשְׁלוֹחַ מָנוֹת לְרַבִּי חֲנִינָא וְאַחַר כָּךְ הָלַךְ מֵעַצְמוֹ לְבֵית רַבִּי חֲנִינָא לִסְעֹוד שָׁם מִבֵּיתוֹ שֶׁל רַבִּי חֲנִינָא יֵשׁ לוֹמַר דְּלָא נָפֵיק יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת, כִּי נֶאֱמַר אוֹתָם מָנוֹת שֶׁשָּׁלַח הֵם תְּמוּרַת הַסְּעוּדָה שֶׁצָּרִיךְ לְהָבִיא מִבֵּיתוֹ כֵּיוָן שֶׁהוּא בָּא לִסְעֹוד מִשֻּׁלְחַן רַבִּי חֲנִינָא וְאֵינוֹ מֵבִיא סְעוּדָה מִבֵּיתוֹ, וְקָא מַשְׁמַע לַן דְּאֵין פִּקְפּוּק בָּזֶה וְשַׁפִּיר יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת, וְלָא אָמְרִינַן זוֹ תְּמוּרַת הַסְּעוּדָה שֶׁהָיָה צָרִיךְ לְהָבִיא מִבֵּיתוֹ כְּפִי הַמִּנְהָג.
« Ils échangeaient leurs repas l'un avec l'autre. » Voir l'explication de Rachi [l'un mange chez l'autre le Pourim de cette année, et l'année suivante son compagnon prend le repas chez lui]. Il y a une difficulté : que vient nous enseigner le Talmud par cet usage d'Abaye et de Rabbi Hanina, puisqu'ils n'accomplissaient pas par là la mitsva de l'envoi de portions ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il existait un usage ancien : quiconque se rend chez son compagnon sans avoir été invité doit apporter son repas de chez lui, puisqu'il vient de lui-même sans que son compagnon l'ait convié. Cet usage était encore en vigueur dans notre ville jusqu'à la fin de la génération qui nous a précédés : on avait coutume de venir chez le père du nouveau-né le Chabbat qui tombe dans les huit jours de la naissance, et tous les amis et proches du père venaient y prendre le repas, chacun apportant son repas, c'est-à-dire le plat de hamin du Chabbat, depuis sa maison ; et de même en des cas semblables. Dès lors, Abaye et Rabbi Hanina accomplissaient certainement « l'envoi de portions l'un à l'autre » entre eux, Abaye envoyant à Rabbi Hanina et Rabbi Hanina envoyant à son tour à Abaye chaque année ; mais pour le repas de Pourim, Abaye le prenait chez Rabbi Hanina une année, et Rabbi Hanina chez Abaye une autre année. Le Talmud vient nous enseigner ceci : bien que l'usage veuille que celui qui vient manger chez son compagnon sans invitation apporte un repas de chez lui, et qu'on aurait donc pu dire qu'après avoir envoyé ses portions à Rabbi Hanina puis être allé de lui-même manger chez lui, Abaye ne s'acquitte pas de son obligation d'envoi de portions, ces portions tenant lieu du repas qu'il devait apporter puisqu'il vient manger à la table de Rabbi Hanina sans rien apporter — il nous apprend qu'il n'y a là aucune objection : il s'acquitte bien de son obligation d'envoi de portions, et l'on ne dit pas que ces portions tiennent lieu du repas qu'il aurait dû apporter de chez lui selon l'usage.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' וּמוֹקְמִינַן מַתְנִיתִין כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל וְהָכִי קָאָמַר אֵין בֵּין אַרְבָּעָה עָשָׂר שֶׁל אֲדָר הָרִאשׁוֹן לְאַרְבָּעָה עָשָׂר שֶׁל אֲדָר הַשֵּׁנִי אֶלָּא מִקְרָא מְגִילָּה וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים הָא לְהֶסְפֵּד וְתַעֲנִית שְׁנֵיהֶם שָׁוִין וְכֵן הֲלָכָה וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים תָּנֵי רַב יוֹסֵף וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ שְׁתֵּי מָנוֹת לְאָדָם אֶחָד וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים שְׁתֵּי מַתָּנוֹת לִשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם אַבָּיֵי בַּר אָבִין וְרַב חִינָּנָא בַּר אָבִין מְחַלְּפִי סְעוֹדְתַּיְיהוּ לַהֲדָדֵי:
Guemara. Nous établissons notre michna comme Rabban Chimon ben Gamliel, et voici ce qu'elle dit : il n'y a entre le quatorze du premier Adar et le quatorze du second Adar que la lecture de la meguila et les dons aux pauvres ; mais pour l'oraison funèbre et le jeûne, les deux sont égaux, et telle est la halakha. « Et l'envoi de portions l'un à l'autre et des dons aux pauvres » : Rav Yossef a enseigné — « et l'envoi de portions l'un à l'autre », deux portions à une seule personne ; « et des dons aux pauvres », deux dons à deux personnes. Abaye bar Avin et Rav Hinena bar Avin échangeaient leurs repas l'un avec l'autre.
💡 Explication

Deux frères prenaient le repas de Pourim l'un chez l'autre en alternance, une année sur deux, selon l'explication de Rachi. Le Roch rattache ce fait à l'enseignement de Rav Yossef sur le compte des portions et des dons.

7
אָמַר רָבָא: מִיחַייַּב אִינִישׁ לְבַסּוֹמֵי בְּפוּרַיָּא עַד דְּלָא יָדַע בֵּין אָרוּר הָמָן לְבָרוּךְ מָרְדֳּכַי.

Rava a dit : l'homme est tenu de se parfumer de vin à Pourim jusqu'à ne plus savoir distinguer entre « maudit soit Haman » et « béni soit Mordekhai ».

📜 Rachi (1)
לְאִבַּסּוֹמֵי לְהִשְׂתַּכֵּר בְּיַיִן:
S'enivrer de vin.
🗂️ Tossefot (1)
דְּלָא יָדַע בֵּין אָרוּר הָמָן לְבָרוּךְ מָרְדֳּכַי. [בִּירוּשַׁלְמִי] אֲרוּרָה זֶרֶשׁ בְּרוּכָה אֶסְתֵּר אֲרוּרִים כָּל הָרְשָׁעִים בְּרוּכִים כָּל הַיְּהוּדִים:
« Jusqu'à ne plus distinguer entre maudit soit Haman et béni soit Mordekhai. » Dans le Talmud de Jérusalem : maudite soit Zérech, bénie soit Esther, maudits soient tous les méchants, bénis soient tous les Juifs.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִיחַיַּב אִינִישׁ לְבַסּוֹמֵי בְּפוּרַיָּא עַד דְּלָא יָדַע בֵּין אָרוּר הָמָן לְבָרוּךְ מָרְדֳּכַי. נִרְאֶה לִי בס"ד הִנֵּה וַדַּאי עִיקַּר הַנֵּס הָיָה בְּשִׁינּוּי הָאִגְּרוֹת שֶׁנִּשְׁתַּנּוּ מֵרָעָה לְטוֹבָה וְאִם לֹא יִשְׁתַּנּוּ מַה תּוֹעֶלֶת לְיִשְׂרָאֵל בִּצְלִיבַת הַמָּן וּגְדֻולַּת מָרְדְּכַי! וְרִבּוּי הַשְּׁתִיָּה בְּיוֹם זֶה לְעוֹרֵר הַשִּׂמְחָה הוּא עַל עִיקַּר הַנֵּס אֲשֶׁר נִשְׁתַּנּוּ הָאִגְּרוֹת וְיָצָא יִשְׂרָאֵל מִמָּוֶת לְחַיִּים. וְהִנֵּה נוֹדַע כִּי הַנֵּס הַזֶּה שֶׁל שִׁינּוּי הָאִגְּרוֹת כָּתוּב בַּמְּגִילָּה בֵּין הַכְּתוּבִים אֲשֶׁר מְדַבְּרִים בִּצְלִיבַת הָמָן וּבֵין הַכְּתוּבִים הַמְדַבְּרִים בִּגְדֻולַּת מָרְדְּכַי כִּי אַחַר הַכָּתוּב (אֶסְתֵּר ז, י) וַיִּתְלוּ אֶת הָמָן עַל הָעֵץ אֲשֶׁר הֵכִין לְמָרְדֳּכָי וְכוּ' אֲשֶׁר זוֹ הִיא אֲרִירָה שֶׁל הָמָן, כָּתוּב (אֶסְתֵּר ח, ג) וַתּוֹסֶף אֶסְתֵּר וַתְּדַבֵּר לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ וַתִּפֹּל לִפְנֵי רַגְלָיו וַתֵּבְךְּ וַתִּתְחַנֶּן לוֹ וְכוּ' (אֶסְתֵּר ח, ז) וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרֹשׁ לְאֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה וְכוּ' (אֶסְתֵּר ח, ט) וְיִקְרְאוּ סִפְרֵי הַמֶּלֶךְ וְכוּ' פַּתְשֶׁגֶן כְּתַב הַדָּת וְכוּ' שֶׁבְּכָל זֶה מְפֹורָשׁ הַנֵּס שֶׁל שִׁינּוּי הָאִגְּרוֹת שֶׁבַּעֲבוּרָהּ הוּא חִיּוּב הַשִּׂמְחָה בְּיוֹם זֶה, וְאַחֲרֵי זֶה כָּתוּב (אֶסְתֵּר ח, טו) 'וּמָרְדֳּכַי יָצָא מִלִּפְנֵי הַמֶּלֶךְ בִּלְבוּשׁ מַלְכוּת' שֶׁמְּדַבֵּר בִּגְדֻולַּת מָרְדְּכַי אֲשֶׁר זוֹ הִיא בִּרְכָתוֹ שֶׁל מָרְדְּכַי, וְלָכֵן כֵּיוָן דְּחִיּוּב הַשְּׁתִיָּה לְעוֹרֵר הַשִּׂמְחָה בְּיוֹם זֶה הוּא רַק בַּעֲבוּר הַנֵּס שֶׁל שִׁינּוּי הָאִגְּרוֹת הַכָּתוּב בֵּין הַכְּתוּבִים הַמְדַבְּרִים בַּאֲרִירַת הַמָּן וּבֵין הַכְּתוּבִים הַמְדַבְּרִים בְּבִרְכָתוֹ שֶׁל מָרְדְּכַי, לְכָךְ אִם זֶה הַשּׁוֹתֶה יֵשׁ בּוֹ דַּעַת לְהַכִּיר וּלְהַרְגִּישׁ בְּנֵס זֶה שֶׁל שִׁינּוּי הָאִגְּרוֹת שֶׁלֹּא נִשְׂתַּכֵּר כָּל כָּךְ, אָז מִצְוָה לִשְׁתּוֹת כְּדֵי לְעוֹרֵר בְּקִרְבּוֹ הַשִּׂמְחָה עַל הַנֵּס הַזֶּה, אֲבָל אִם נִשְׂתַּכֵּר כָּל כָּךְ שֶׁנַּעֲשָׂה כְּאֶבֶן דּוֹמֵם שֶׁאֵין בּוֹ דַּעַת לְהַרְגִּישׁ בְּמַעֲשֵׂה הַנֵּס הַזֶּה לָמָּה יִשְׁתֶּה עוֹד. וְלָזֶה אָמַר עַד דְּלָא יָדַע עִיקַּר הַנֵּס הַכָּתוּב בֵּין פָּסוּק שֶׁל אָרוּר הַמָּן לְבֵין פָּסוּק שֶׁל בָּרוּךְ מָרְדְּכַי. וּבְנִי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב נר"ו פֵּירֵשׁ כִּי יָדוּעַ דְּהָמָן יָעַץ לַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ לְהַכְשִׁיל אֶת יִשְׂרָאֵל בִּשְׁתִיָּה בִּסְעוּדַת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, כְּדֵי שֶׁבָּזֶה יוּכַל לְהָרַע לְיִשְׂרָאֵל, וְעַל שְׁתִיָּה זוֹ שֶׁל רְשׁוּת צְרִיכִין אֲנַחְנוּ לוֹמַר אָרוּר הָמָן כִּי עֲצָתוֹ הָיְתָה לְמִכְשׁוֹל לְיִשְׂרָאֵל, אַךְ מָרְדְּכַי ע"ה תִּיקֵּן לְיִשְׂרָאֵל שְׁתִיָּה שֶׁל מִצְוָה בִּסְעוּדַת הַפּוּרִים וְלַעֲשׂוֹת בָּהּ תִּיקּוּן גָּדוֹל לְמַעְלָה, וְעַל שְׁתִיָּה זוֹ שֶׁל מִצְוָה צְרִיכִין אֲנַחְנוּ לוֹמַר בָּרוּךְ מָרְדְּכַי, וְלָכֵן אִם הַשּׁוֹתֶה עֲדַייִן יֵשׁ בּוֹ דַּעַת לְהַבְחִין הַהֶפְרֵשׁ שֶׁיֵּשׁ בֵּין שְׁתִיָּה שֶׁל רְשׁוּת שֶׁעָלֶיהָ רָאוּי לוֹמַר אָרוּר הָמָן, וּבֵין שְׁתִיָּה שֶׁל מִצְוָה שֶׁרָאוּי לוֹמַר עָלֶיהָ בָּרוּךְ מָרְדְּכַי, יִשְׁתֶּה עוֹד וְיִתְבַּסֵּם, אֲבָל אִם נִשְׂתַּכֵּר כָּל כָּךְ שֶׁאֵין בּוֹ דַּעַת לְהַבְחִין לָמָּה יִשְׁתֶּה עוֹד? שֶׁאֵין כָּאן שְׁתִיָּה לְשֵׁם שָׁמַיִם! עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד, שֶׁתּוֹקֵף הַנֵּס הָיָה בַּעֲבוּר דְּהָמָן נִתְלַבֵּשׁ בּוֹ נָחָשׁ הַקַּדְמוֹנִי, וּלְכָךְ הָיָה כּוֹחוֹ חָזָק מְאֹד וְעִם כָּל זֶה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ הִצַּלְנוּ מִיָּדוֹ וְשָׁב גְּמוּלוֹ בְּרֹאשׁוֹ, וְיָדוּעַ כִּי נָחָשׁ הַקַּדְמוֹנִי נִקְרָא קֶטַע שֶׁנִּקְצְצוּ יָדָיו וְרַגְלָיו, וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל הַכַּוָּנָה שֶׁנִּתְבַּטְּלוּ הַקְּלִיפּוֹת שֶׁהָיוּ כְּנֶגֶד יָדָיו וְרַגְלָיו, וְאִם לֹא הָיָה לוֹ כֵּן הָיָה מַחֲרִיב הָעוֹלָם! וְעַל כֵּן נִקְרָא נָחָשׁ הַקַּדְמוֹנִי 'קָטַע' וְלָכֵן תִּמְצָא שֶׁמְּסַפֵּר אָרוּר [407] הָאָמוּר אֵצֶל הָמָן יֶתֶר עַל מִסְפַּר בָּרוּךְ [228] הָאָמוּר אֵצֶל מָרְדְּכַי מְסַפֵּר קֶטַע [179] רָמַז כִּי עִם הָמָן הָיָה מְחֻובָּר נָחָשׁ הַקַּדְמוֹנִי הַנִּקְרָא 'קֶטַע' וְעִם כָּל זֹאת הִצִּילָנוּ הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ מִיָּדוֹ, וְנִמְצָא תֹּוקֶף הַנֵּס הָיָה בִּשְׁבִיל הַהַצָּלָה שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁהָיְתָה מִיַּד הַקִּטֵּעַ הוּא נָחָשׁ הַקַּדְמוֹנִי אֲשֶׁר רָמוּז בַּהֶפְרֵשׁ שֶׁיֵּשׁ בֵּין מִסְפַּר אָרוּר הָאָמוּר אֵצֶל הָמָן וּבֵין מִסְפַּר בָּרוּךְ הָאָמוּר אֵצֶל מָרְדְּכַי, וְאִם הָאָדָם לֹא נִשְׂתַּכֵּר כָּל כָּךְ וַעֲדַיִין יֵשׁ בּוֹ דַּעַת לְהַכִּיר בְּתֹוקֶף הַנֵּס שֶׁהָיָה מִצַּד הַהַצָּלָה מִן הַקִּטֵּעַ הַנִּזְכָּר, יִשְׁתֶּה עוֹד כְּדֵי לְעוֹרֵר הַשִּׂמְחָה בְּזִכְרוֹן הַנֵּס, אֲבָל אִם נִשְׂתַּכֵּר כָּל כָּךְ שֶׁאֵין בּוֹ דַּעַת לְהַבְחִין וּלְהַשְׂכִּיל בְּתֹוקֶף הַנֵּס, אֵין צָרִיךְ שֶׁיִּשְׁתֶּה עוֹד! וְזֶהוּ שֶׁאָמַר מִיחַייַּב לִבְסוּמֵי עַד דְּלָא יָדַע בֵּין אָרוּר הָמָן לְבָרוּךְ מָרְדֳּכַי, רוֹצֶה לוֹמַר לֹא יָדַע לְהַבְחִין וּלְהָבִין בְּתֹוקֶף הַנֵּס בְּהַצָּלָה מִן הַקִּטֵּעַ הָרָמוּז בֵּין מִסְפַּר אָרוּר הַנֶּאֱמָר אֵצֶל הָמָן וּבֵין מְסַפֵּר בָּרוּךְ הַנֶּאֱמָר בְּמָרְדְּכַי. וְעוֹד פֵּרַשְׁתִּי בס"ד בְּמַאֲמָר זֶה בסה"ק 'קֶרֶן יְשׁוּעָה' עַל מְגִילַּת אֶסְתֵּר דַּף צ"ד יְעֻויַּן שָׁם.
« L'homme est tenu de se parfumer de vin à Pourim jusqu'à ne plus savoir distinguer entre maudit soit Haman et béni soit Mordekhai. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : l'essentiel du miracle a tenu au changement des lettres, qui passèrent du mal au bien ; car si elles n'avaient pas changé, quel profit Israël aurait-il tire de la pendaison de Haman et de la grandeur de Mordekhai ? L'abondance de boisson en ce jour, destinée à éveiller la joie, porte donc sur l'essentiel du miracle, le changement des lettres, par quoi Israël passa de la mort à la vie. Or on sait que ce miracle du changement des lettres est écrit dans la meguila entre les versets qui parlent de la pendaison de Haman et ceux qui parlent de la grandeur de Mordekhai. Car après le verset « et l'on pendit Haman au gibet qu'il avait préparé pour Mordekhai » (Esther 7,10), qui est la malédiction de Haman, il est écrit : « Esther parla de nouveau devant le roi, tomba à ses pieds, pleura et l'implora » (Esther 8,3), « le roi Assuérus dit à la reine Esther » (Esther 8,7), « on appela les scribes du roi... la copie de l'édit » (Esther 8,9) — où se trouve exposé le miracle du changement des lettres, à cause duquel la joie de ce jour est obligatoire ; et après cela il est écrit « et Mordekhai sortit de devant le roi en vêtement royal » (Esther 8,15), qui parle de la grandeur de Mordekhai, laquelle est sa bénédiction. Puisque l'obligation de boire pour éveiller la joie de ce jour tient au seul miracle du changement des lettres, écrit entre les versets qui parlent de la malédiction de Haman et ceux qui parlent de la bénédiction de Mordekhai, il en résulte ceci : si celui qui boit garde assez de discernement pour reconnaître et ressentir ce miracle du changement des lettres, n'étant pas ivre à ce point, alors c'est une mitsva de boire afin d'éveiller en lui la joie de ce miracle ; mais s'il s'est enivré au point de devenir comme une pierre muette, sans discernement pour ressentir l'œuvre de ce miracle, pourquoi boirait-il encore ? C'est pourquoi il est dit : jusqu'à ne plus connaître l'essentiel du miracle, écrit entre le verset de « maudit soit Haman » et le verset de « béni soit Mordekhai ». Et mon fils bien-aimé, Rabbi Yaakov, qu'il soit garde, a expliqué ainsi : on sait que Haman conseilla à Assuérus de faire trébucher Israël par la boisson lors de son festin, afin de pouvoir ainsi lui nuire ; sur cette boisson de permission (rechout) nous devons dire « maudit soit Haman », car son conseil visait à faire trébucher Israël. Mais Mordekhai, sur lui la paix, institua pour Israël une boisson de mitsva lors du repas de Pourim, et par elle un grand tikoun (réparation) en haut ; sur cette boisson de mitsva nous devons dire « béni soit Mordekhai ». Dès lors, si celui qui boit garde assez de discernement pour distinguer entre la boisson de permission, sur laquelle il convient de dire « maudit soit Haman », et la boisson de mitsva, sur laquelle il convient de dire « béni soit Mordekhai », qu'il boive encore et se parfume de vin ; mais s'il s'est enivré au point de n'avoir plus de discernement pour distinguer, pourquoi boirait-il encore ? Il n'y a plus là de boisson faite pour le Ciel. Fin de ses paroles, qu'il soit garde. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que la force du miracle tenait à ce que le serpent primordial s'était revêtu en Haman, d'où sa très grande puissance ; et malgré cela le Nom béni nous a sauvés de sa main et a fait retomber son dessein sur sa tête. Or on sait que le serpent primordial est appelé kata (amputé), car ses mains et ses pieds furent tranchés ; et notre maître le Ari, de mémoire bénie, a expliqué que cela signifie que les kelipot (écorces) correspondant à ses mains et à ses pieds furent annulées, car sans cela il aurait détruit le monde. C'est pourquoi le serpent primordial est appelé kata. Tu trouveras donc que le nombre du mot arour [407], dit au sujet de Haman, dépasse le nombre du mot baroukh [228], dit au sujet de Mordekhai, du nombre de kata [179] : allusion à ce que le serpent primordial appelé kata était joint à Haman, et que malgré cela le Nom béni nous a sauvés de sa main. Il se trouve ainsi que la force du miracle tenait au salut d'Israël arraché à la main du kata, le serpent primordial, ce à quoi fait allusion l'écart entre le nombre de arour dit au sujet de Haman et le nombre de baroukh dit au sujet de Mordekhai. Si l'homme ne s'est pas enivré à ce point et garde assez de discernement pour reconnaître la force du miracle du côté du salut arraché au kata mentionné, qu'il boive encore afin d'éveiller la joie au souvenir du miracle ; mais s'il s'est enivré au point de n'avoir plus de discernement pour percevoir et comprendre la force du miracle, il n'a pas besoin de boire davantage. C'est ce que veut dire : il est tenu de se parfumer de vin jusqu'à ne plus savoir distinguer entre « maudit soit Haman » et « béni soit Mordekhai », c'est-à-dire jusqu'à ne plus savoir discerner ni comprendre la force du miracle dans le salut arraché au kata, auquel fait allusion l'écart entre le nombre de arour dit au sujet de Haman et le nombre de baroukh dit au sujet de Mordekhai. J'ai encore expliqué ce passage, avec l'aide du Ciel, dans le livre saint Keren Yéchoua sur la méguilat Esther, page 94, voir là-bas.
💡 Explication

Enoncé célèbre de Rava. Le verbe livssoumei, que Rachi rend par « s'enivrer de vin », fixe la mesure de la boisson par un critère de discernement : le point où la différence entre les deux formules acclamées après la lecture de la meguila cesse d'être perçue.

Tossefot rattache ces deux formules à une série plus longue rapportée dans le Talmud de Jérusalem, ce qui indique leur place liturgique.

8
רַבָּה וְרַבִּי זֵירָא עֲבַדוּ סְעוּדַת פּוּרִים בַּהֲדֵי הֲדָדֵי. אִיבַּסּוּם. קָם רַבָּה שַׁחְטֵיהּ לְרַבִּי זֵירָא. לְמָחָר, בָּעֵי רַחֲמֵי וְאַחַיֶּיהָ. לְשָׁנָה, אֲמַר לֵיהּ: נֵיתֵי מָר וְנַעֲבֵיד סְעוּדַת פּוּרִים בַּהֲדֵי הֲדָדֵי. אֲמַר לֵיהּ: לָא בְּכֹל שַׁעְתָּא וְשַׁעְתָּא מִתְרְחִישׁ נִיסָּא.

Rabba et Rabbi Zeira firent le repas de Pourim l'un avec l'autre. Ils s'enivrèrent.

Rabba se leva et égorgea Rabbi Zeira. Le lendemain, il implora la miséricorde et le fit revivre.

L'année suivante, il lui dit : que le maître vienne et faisons le repas de Pourim l'un avec l'autre. Il lui répondit : le miracle ne se produit pas à toute heure.

📜 Rachi (1)
וְאִיבַּסּוּם נִשְׂתַּכְּרוּ:
Ils s'enivrèrent.
🪔 Ben Yehoyada (2)
רַבָּה וְרַבִּי זֵירָא עֲבַדוּ סְעוּדַת פּוּרִים בַּהֲדֵי הֲדָדֵי וְכוּ'. הִנֵּה בְּעֻובְדָּא זוֹ חָקַר הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם, אִשְׁתּוֹ שֶׁל רַבִּי זֵירָא אַחַר שֶׁנִּשְׁחַט בַּעְלָהּ וּמֵת אִם הֻותְּרָה לַשּׁוּק וְאִם הָיְתָה צְרִיכָה קִידּוּשִׁין וּכְתֻובָּה מֵחָדָשׁ אַחַר שֶׁחָיָה? עַייֵּן שָׁם. וַאֲנָא עַבְדָּא הֵבֵאתִי רְאָיָה לָזֶה מִן יִשְׂרָאֵל שֶׁפָּרְחָה נִשְׁמָתָם בְּמַתַּן תּוֹרָה וְהוֹרִיד הקב"ה טַל שֶׁל תְּחַיֶּה וְהֶחֱיָה אוֹתָם וְכַנִּזְכָּר בַּמִּדְרָשׁ, וְעִם כָּל זֶה לֹא הֻוצְרְכוּ לְקַדֵּשׁ נְשֵׁיהֶם מֵחָדָשׁ. וְעוֹד הֵבֵאתִי רְאָיָה מִמַּה שֶׁאָמַר בְּפֶרֶק יוּ"ד דְּנִדָּה (נִדָּה ע:) שֶׁשָּׁאֲלוּ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנִינָא בֶּן הַשּׁוּנַמִּית אִם מְטַמֵּא? וְהֵשִׁיב לָהֶם מֵת מְטַמֵּא וְאֵין חַי מְטַמֵּא וְהוּא הַדִּין הָכָא.
« Rabba et Rabbi Zeira firent le repas de Pourim l'un avec l'autre, etc. » Sur ce récit, le Rav Petah Einayim s'est demandé : l'épouse de Rabbi Zeira, après que son mari eut été égorgé et fut mort, était-elle permise à un autre homme, et fallait-il de nouveaux kidouchin et une nouvelle ketouba après qu'il eut revécu ? Voir là-bas. Et moi, serviteur, j'ai apporté une preuve à ce sujet depuis Israël, dont les âmes s'envolèrent au don de la Torah et que le Saint béni soit-Il fit revivre en faisant descendre la rosée de résurrection, comme il est rapporté dans le Midrach : malgré cela, ils n'eurent pas à consacrer de nouveau leurs épouses. J'ai encore apporté une preuve de ce qui est dit au dixième chapitre de Nidda (70b), où l'on demanda à Rabbi Yehochoua ben Hanania si le fils de la Chounamite rendait impur ; il leur répondit : un mort rend impur, un vivant ne rend pas impur. Il en va de même ici.
קָם רַבָּה שַׁחְטֵיהּ לְרַבִּי זֵירָא. הַמַּאֲמָר הַזֶּה הוּא מְיֻושָּׁב יוֹתֵר כְּפִי מַה שֶׁפֵּרְשׁוּ בּוֹ הַמְקֻובָּלִים זַ"ל, דְּלָא שֶׁחִטֶּיהָ בְּסַכִּין אֶלָּא עַל יְדֵי עֵסֶק הַתּוֹרָה שֶׁהָיוּ לוֹמְדִין מִתּוֹךְ הַשִּׂמְחָה נִתְגַּבְּרָה עָלָיו נֶפֶשׁ רַבָּה וּמָשְׁכָה מִמֶּנּוּ נֶפֶשׁ שֶׁלּוֹ, וּמַה שֶׁאָמַר שֶׁחִטֶּיהָ מִלְּשׁוֹן זָהָב שָׁחוּט (מְלָכִים א' י, טז) , וְכֵיוָן שֶׁיָּצְאָה נַפְשׁוֹ מִגּוּפוֹ נִתְחַבְּרָה וְנִקְשְׁרָה בְּאוֹתוֹ הֶבֶל שֶׁל סוֹדוֹת הַתּוֹרָה שֶׁלָּמְדוּ וְגִילוּ בְּתוֹךְ הַשְּׁתִיָּיה, וְעָלְתָה לְמַעְלָה עִם הֶבֶל הַקָּדוֹשׁ הַהוּא שֶׁל הַסּוֹדוֹת, וְהוּא עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ בְּסוֹף אִדְּרָא רַבָּא עַל שְׁלֹשָׁה חֲבֵרִים שֶׁל רַשְׁבִּ"י וְזַ"ל דְּהָא מִילִין עַתִּיקִין לְתַתָּא אֶתְגַּלְיֵין וְעַד דְּאִילֵּין מִתְבַּסְּמָן נִשְׁמְתַיְיהוּ בְּאִינּוּן מִילִין נָפְקַת נִשְׁמְתַייְהוּ בִּנְשִׁיקָה וַאֲתַקְשְׁרוֹ בְּהַהוּא פְּרָסָא וְכוּ' עַייֵּן שָׁם. וְכֵן קָרָה לְרַבִּי זֵירָא מִפְּנֵי שֶׁהָיוּ לוֹמְדִים הַסּוֹדוֹת מִתּוֹךְ שִׂמְחָה וְנִתְבַּסְּמָה נִשְׁמָתוֹ וְיָצְאָה וְנִתְקַשְּׁרָה בְּאוֹתָם הַסּוֹדוֹת שֶׁלָּמְדוּ, וּלְמָחָר בְּעָא רַבָּה רַחֲמֵי וְחָזַר וְהִמְשִׁיךְ לוֹ נִשְׁמָתוֹ בְּגוּפוֹ וְחָיָה, יְהִי רָצוֹן זְכוּתָם יָגֵן בַּעֲדֵינוּ אָמֵן כֵּן יְהִי רָצוֹן! וּבָזֶה נִיחָא לְתָרֵץ קֻושְׁיָא אַחַת, דְּיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה חָשַׁשׁ בַּשָּׁנָה הָאַחֶרֶת, יַנִּיחוּ שׁוֹמֵר שֶׁיֵּשֵׁב עִמָּהֶם שֶׁלֹּא יִשְׁתֶּה כְּלָל דְּאָז אִם יָקוּם אֶחָד מֵהֶם לְהַזִּיק יִמְנַע הַנֶּזֶק? וּכְפִי בֵּיאוּר הַמְקֻובָּלִים זַ"ל נִיחָא דְּלָא יוֹעִיל הַשּׁוֹמֵר בְּדָבָר זֶה! מִיהוּ גַּם לְפֵירוּשׁ הַפַּשְׁטָנִים שֶׁשָּׁחַט מַמָּשׁ אֵין לְהַקְשׁוֹת שֶׁיַּנִּיחוּ שׁוֹמֵר, כִּי כֵּיוָן דְּיֵשׁ חֲשַׁשׁ סַכָּנָה בַּדָּבָר אֵין סוֹמְכִין עַל הַשּׁוֹמֵר כִּי שֶׁמָּא בָּאֶמְצַע יִהְיֶה לְאוֹתוֹ שׁוֹמֵר אֹונֶס שֶׁיָּקוּם מֵאֶצְלָם אוֹ שֶׁיֵּרָדֵם בְּשֵׁינָה וְיָבוֹאוּ לִידֵי סַכָּנָה דְּאֵין שׁוֹמֵר כָּאן לְהַצִּיל.
« Rabba se leva et égorgea Rabbi Zeira. » Ce passage s'entend mieux selon l'explication des kabbalistes : il ne l'égorgea pas avec un couteau, mais par l'étude de la Torah. Comme ils étudiaient dans la joie, l'âme (nefech) de Rabba prit le dessus et attira à elle l'âme de son compagnon ; et l'expression chahteh se comprend au sens de « or chahout », l'or étiré (Melakhim I 10,16). Une fois son âme sortie de son corps, elle se joignit et se lia à ce souffle des secrets de la Torah qu'ils avaient étudiés et dévoilés pendant qu'ils buvaient, et elle monta en haut avec ce souffle saint des secrets. C'est du même ordre que ce qui est dit à la fin de l'Idra Rabba au sujet des trois compagnons de Rabbi Chimon bar Yohai, en ces termes : car des paroles anciennes furent dévoilées en bas, et pendant que leurs âmes s'adoucissaient dans ces paroles, leur âme sortit par un baiser et elles se lièrent à ce voile, etc. Voir là-bas. Ainsi advint-il à Rabbi Zeira, parce qu'ils étudiaient les secrets dans la joie : son âme s'adoucit, sortit, et se lia à ces secrets qu'ils étudiaient ; et le lendemain Rabba implora la miséricorde, ramena son âme dans son corps, et il revécut. Que leur mérite nous protège, amen, qu'il en soit ainsi. Par là se résout une difficulté : on pourrait demander pourquoi il craignit pour l'année suivante — qu'ils placent donc auprès d'eux un gardien qui ne boirait pas du tout, de sorte que si l'un d'eux se levait pour nuire, le dommage serait empêché. Selon l'explication des kabbalistes, cela s'entend bien : un gardien ne servirait de rien en pareille affaire. Cependant, même selon l'explication littérale, selon laquelle il l'égorgea réellement, il n'y a pas lieu d'objecter qu'ils placent un gardien : dès lors qu'il y a un risque de danger, on ne s'appuie pas sur un gardien, car peut-être ce gardien serait-il empêché au milieu et se lèverait de chez eux, ou bien s'endormirait, et l'on en viendrait au danger sans que personne soit là pour sauver.
💡 Explication

Le récit suit immédiatement l'énoncé de Rava, et les commentateurs y lisent une limite posée à son application. La réponse de Rabbi Zeira l'année suivante, « le miracle ne se produit pas à toute heure », énonce le principe général selon lequel on ne compte pas sur le miracle.

Le Ben Yehoyada rapporte deux lectures : la lecture littérale, qui prend chahteh au sens propre, et celle des kabbalistes, pour qui l'âme de Rabbi Zeira fut attirée hors de son corps par la force des secrets étudiés dans la joie.

9
אָמַר רָבָא: סְעוּדַת פּוּרִים שֶׁאֲכָלָהּ בַּלַּיְלָה — לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ. מַאי טַעְמָא — ״יְמֵי מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה״, כְּתִיב: רַב אָשֵׁי הֲוָה יָתֵיב קַמֵּיהּ (דְּרַב כָּהֲנָא), נְגַהּ וְלָא אֲתוֹ רַבָּנַן. אֲמַר לֵיהּ: מַאי טַעְמָא לָא אֲתוֹ רַבָּנַן? דִּלְמָא טְרִידִי בִּסְעוּדַת פּוּרִים. אֲמַר לֵיהּ: וְלָא הֲוָה אֶפְשָׁר לְמֵיכְלַהּ בְּאוּרְתָּא? אֲמַר לֵיהּ: לָא שְׁמִיעַ לֵיהּ לְמָר הָא דְּאָמַר רָבָא: סְעוּדַת פּוּרִים שֶׁאֲכָלָהּ בַּלַּיְלָה לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ? אֲמַר לֵיהּ: (אָמַר רָבָא הָכִי?) [אֲמַר לֵיהּ: אִין]. תְּנָא מִינֵּיהּ אַרְבְּעִין זִימְנִין וְדָמֵי לֵיהּ כְּמַאן דְּמַנַּח בְּכִיסֵיהּ.

Rava a dit : le repas de Pourim que l'on a mangé de nuit ne libère pas de l'obligation. Quelle en est la raison ?

Il est écrit « jours de festin et de joie » (Esther 9,22). Rav Achi était assis devant Rav Kahana ; le jour avançait et les maîtres n'étaient pas venus.

Il lui dit : pour quelle raison les maîtres ne sont-ils pas venus ? Peut-être sont-ils occupés par le repas de Pourim.

Il lui dit : n'était-il pas possible de le manger le soir ? Il lui répondit : le maître n'a-t-il pas entendu ce qu'a dit Rava, que le repas de Pourim mangé de nuit ne libère pas de l'obligation ?

Il lui dit : Rava a-t-il dit cela ? Il lui répondit : oui.

Il l'apprit de lui quarante fois, et ce fut pour lui comme s'il l'avait posé dans sa bourse.

📜 Rachi (1)
נְגַהּ וְלָא אֲתוֹ רַבָּנַן אִיחֵר הַיּוֹם וְלֹא בָּאוּ הַתַּלְמִידִים לְבֵית הַמִּדְרָשׁ:
Le jour avançait et les disciples n'étaient pas venus à la maison d'étude.
💡 Explication

Rava fixe le repas de Pourim au jour, par la derasha de « jours de festin et de joie » : des jours, et non des nuits. L'anecdote qui suit met cette règle à l'épreuve de la pratique : Rav Achi supposait que le repas pouvait se tenir la nuit, ce qui aurait libéré la journée pour l'étude.

La finale décrit une méthode de mémorisation : quarante répétitions, après quoi l'enseignement est disponible comme un objet rangé dans sa bourse.

🖼️ Schéma
Le repas de Pourim : le jour, et non la nuit Nuit du quatorze Lecture de la meguila : oui. Repas : ne libère pas de l'obligation. Jour du quatorze Lecture, envois, dons. Repas : libère de l'obligation. Source de Rava : "jours de festin et de joie" (Esther 9,22) — des jours, et non des nuits. Conséquence pratique relevée par Rav Achi Le repas occupant le jour, l'étude de la journée de Pourim s'en trouve réduite.
La règle de Rava et la tension pratique qu'elle crée avec l'étude du jour de Pourim.
10
מַתְנִי׳ אֵין בֵּין יוֹם טוֹב לַשַּׁבָּת אֶלָּא אֹוכֶל נֶפֶשׁ בִּלְבָד.

MICHNA. Il n'y a entre le jour de fête et le Chabbat que la préparation de la nourriture (okhel nefech) seule.

📜 Rachi (1)
מַתְנִי' אֵין בֵּין יוֹם טוֹב לַשַּׁבָּת לִהְיוֹת מֻותָּר לְכַתְּחִלָּה בְּיוֹם טוֹב מַה שֶׁאָסוּר בְּשַׁבָּת אֲבָל לְעִנְיַן עֳונָשִׁין יֵשׁ הַרְבֵּה שֶׁזֶּה בִּסְקִילָה וּבְכָרֵת וְזֶה בְּלָאו גְּרֵידָא:
Quant à ce qui est permis d'emblée le jour de fête et interdit le Chabbat. Mais du point de vue des peines, les différences sont nombreuses, car ceci relève de la lapidation et du karet, et cela d'un simple interdit négatif.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין בֵּין יו"ט לְשַׁבָּת. צָרִיךְ לוֹמַר דה"פ אֵין שׁוּם מְלָאכָה אֲסוּרָה לְשַׁבָּת שֶׁלֹּא תְּהֵא אֲסוּרָה לְיוֹם טוֹב אֶלָּא אֹוכֶל נֶפֶשׁ בִּלְבָד אֲבָל שְׁאָר חִלּוּקִים יֵשׁ בֵּינֵיהֶן שֶׁזֶּה בִּסְקִילָה וְזֶה בְּלָאו:
« Il n'y a entre le jour de fête et le Chabbat. » Il faut dire que le sens est celui-ci : aucun travail interdit le Chabbat ne cesse d'être interdit le jour de fête, hormis la préparation de la nourriture seule ; mais pour le reste il y a bien d'autres différences entre eux, puisque ceci relève de la lapidation et cela d'un interdit négatif.
💡 Explication

Nouvelle michna, construite sur la même formule que la précédente : « il n'y a entre... que... ». Elle compare le jour de fête et le Chabbat quant aux travaux interdits : tout ce qui est interdit le Chabbat l'est aussi le jour de fête, hormis la préparation de la nourriture, permise d'emblée.

Rachi et Tossefot bornent tous deux la portée de la formule : elle vaut pour ce qui est permis, tandis que les peines séparent nettement les deux jours, lapidation et karet d'un côté, simple interdit négatif de l'autre.

11
גְּמָ׳ הָא לְעִנְיַן מַכְשִׁירֵי אֹוכֶל נֶפֶשׁ — זֶה וָזֶה שָׁוִין.

GUEMARA. Donc, pour ce qui touche aux actes préparatoires à la nourriture (makhchirei okhel nefech), l'un et l'autre sont égaux.

📜 Rachi (1)
גְּמ' זֶה וָזֶה שָׁוִין אֲסוּרִין בְּיוֹם טוֹב כְּשַׁבָּת:
Ils sont interdits le jour de fête comme le Chabbat.
💡 Explication

La guemara lit la michna par sa formule restrictive : puisque la seule différence porte sur l'aliment lui-même, les makhchirin — les actes qui rendent la préparation possible, comme aiguiser un couteau — restent interdits le jour de fête comme le Chabbat.

12
מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה, דְּתַנְיָא: אֵין בֵּין יוֹם טוֹב לַשַּׁבָּת אֶלָּא אֹוכֶל נֶפֶשׁ, רַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר אַף מַכְשִׁירֵי אֹוכֶל נֶפֶשׁ.

Notre michna ne suit pas Rabbi Yehouda, car il a été enseigné : il n'y a entre le jour de fête et le Chabbat que la préparation de la nourriture ; Rabbi Yehouda permet même les actes préparatoires à la préparation de la nourriture.

💡 Explication

La déduction précédente situe la michna dans une controverse connue. La baraita rapporte la position du tana kama, identique à celle de la michna, puis celle de Rabbi Yehouda, qui étend la permission aux makhchirin.

13
מַאי טַעְמָא דְּתַנָּא קַמָּא? אֲמַר קְרָא: ״הוּא״ — וְלֹא מַכְשִׁירָיו, וְרַבִּי יְהוּדָה (אָמַר): ״לָכֶם״ — לָכֶם לְכָל צָורְכֵיכֶם.

Quelle est la raison du premier tana ? Le verset dit : « lui » (hou) — et non ses actes préparatoires.

Et Rabbi Yehouda dit : « pour vous » (lakhem) — pour vous, pour tous vos besoins.

💡 Explication

Le verset en jeu est Chemot 12,16 : « sauf ce qui se mange pour toute personne, cela seul (hou) sera fait pour vous (lakhem) ». Le tana kama s'appuie sur le mot restrictif hou ; Rabbi Yehouda s'appuie sur le mot inclusif lakhem.

14
וְאִידָךְ נָמֵי, הָכְתִיב ״לָכֶם״? לָכֶם וְלֹא לַגּוֹיִם, לָכֶם וְלֹא לִכְלָבִים.

Et pour l'autre aussi, n'est-il pas écrit « pour vous » ? — Pour vous et non pour les non-Juifs, pour vous et non pour les chiens.

💡 Explication

Chaque tana doit rendre compte du mot que son contradicteur invoque. Le tana kama emploie lakhem à une autre derasha : la permission de préparer la nourriture vaut pour Israël, et ne s'étend ni aux non-Juifs ni aux bêtes.

15
וְאִידָךְ נָמֵי, הָא כְתִיב ״הוּא״? כְּתִיב ״הוּא״ וּכְתִיב ״לָכֶם״. כָּאן בְּמַכְשִׁירִין שֶׁאֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָן מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב, כָּאן בְּמַכְשִׁירִין שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָן מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב.

Et pour l'autre aussi, n'est-il pas écrit « lui » ? — Il est écrit « lui » et il est écrit « pour vous » : ici, il s'agit d'actes préparatoires qu'il est possible de faire depuis la veille du jour de fête ; la, d'actes préparatoires qu'il est impossible de faire depuis la veille du jour de fête.

📜 Rachi (2)
שֶׁאֶפְשָׁר כְּגוֹן סַכִּין שֶׁנִּפְגַּם מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב:
Par exemple un couteau ébréché depuis la veille du jour de fête.
שֶׁאִי אֶפְשָׁר כְּגוֹן סַכִּין שֶׁנִּפְגְּמָה בְּיוֹם טוֹב:
Par exemple un couteau qui s'est ébréché le jour de fête même.
🗂️ Tossefot (1)
אֵן בְּמַכְשִׁירִין שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת מֵעֶרֶב יו"ט. מַשְׁמַע מִדְּלָא פְּלִיגִי אֶלָּא בְּמַכְשִׁירִין מִכְּלָל דְּגוּף הַמַּאֲכָל שָׁרִי לַעֲשׂוֹת בְּיוֹם טוֹב אע"ג דְּאֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת מֵעֶרֶב יו"ט וּמִדְּרַבִּי יְהוּדָה נִשְׁמַע לְרַבָּנָן דְּהָא לָא פְלִיגִי עָלֶיהָ אֶלָּא בְּמַכְשִׁירִין וא"כ קַשְׁיָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק הַמַּצְנִיעַ (שַׁבָּת דַּף צה. וְשָׁם) הַחוֹלֵב וְהַמְגַבֵּן וְהַמְחַבֵּץ וְהָרוֹדֶה חַלּוֹת דְּבַשׁ בְּשַׁבָּת חַיָּיב חַטָּאת הֵזִיד ביו"ט לוֹקֶה אֶת הָאַרְבָּעִים אע"ג דְּהָוֵי אֹוכֶל נֶפֶשׁ וְאַפֵּי' לְרַבָּנָן דְּאָמְרִי הָתָם אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה אֵין בּוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם שְׁבוּת מ"מ מוֹדוֹ הֵיכָא דְּאִיכָּא אַב מְלָאכָה דְּלוֹקֶה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּוַדַּאי אֹוכֶל נֶפֶשׁ הַמִּתְקַלְקֵל אִם עוֹשֵׂהוּ מֵאֶתְמוֹל מֻותָּר לַעֲשׂוֹת ביו"ט אֲבָל אֹוכֶל נֶפֶשׁ דְּעָדִיף טְפֵי כְּשֶׁהוּא עָשׂוּי מֵאֶתְמוֹל כְּגוֹן הַהוּא דְּהַמַּצְנִיעַ אָסוּר לַעֲשׂוֹתוֹ ביו"ט אֲבָל מַכְשִׁירִין דְּלָא מִתְקַלְקֵל כְּשֶׁנַּעֲשׂוּ מֵאֶתְמוֹל בְּהָא וַדַּאי יֵשׁ לְחַלֵּק [בֵּין] הֵיכָא דְאֶפְשָׁר לְלֹא אֶפְשָׁר:
« Ici, il s'agit d'actes préparatoires qu'il est impossible de faire depuis la veille du jour de fête. » Il ressort du fait qu'ils ne divergent que sur les makhchirin que la préparation de l'aliment lui-même est permise le jour de fête, même lorsqu'il était possible de la faire la veille ; et de Rabbi Yehouda on apprend la position des Sages, puisqu'ils ne le contredisent que sur les makhchirin. S'il en est ainsi, il y a une difficulté, car il est dit au chapitre HaMatsnia (Chabbat 95a) : celui qui trait, qui fait du fromage, qui baratte et qui découpe des rayons de miel le Chabbat est passible d'un sacrifice pour la faute, et s'il l'a fait volontairement le jour de fête il reçoit les quarante coups, bien qu'il s'agisse de préparation de nourriture ; et même selon les Sages qui disent là-bas que l'un et l'autre ne relèvent que d'une interdiction rabbinique (chevout), ils reconnaissent néanmoins que là où il y a un travail principal (av melakha) on est passible de coups. On peut dire qu'assurément un aliment qui se gâte lorsqu'on le prépare la veille, il est permis de le faire le jour de fête ; mais un aliment qui vaut mieux lorsqu'il a été préparé la veille, comme celui de HaMatsnia, il est interdit de le faire le jour de fête. Quant aux makhchirin, qui ne se gâtent pas lorsqu'ils ont été faits la veille, là il y a bien lieu de distinguer entre ce qui est possible et ce qui ne l'est pas.
💡 Explication

Rabbi Yehouda concilie les deux mots en partageant le champ des makhchirin selon le moment où ils pouvaient être accomplis. Rachi donne l'exemple du couteau : ébréché avant la fête, il pouvait être aiguisé la veille, et le mot restrictif hou s'y applique ; ébréché pendant la fête, rien ne pouvait être fait à l'avance, et le mot lakhem le permet.

Tossefot pose une difficulté à partir de Chabbat 95a, où traire et faire du fromage un jour de fête rendent passible de coups bien qu'il s'agisse de nourriture, et répond en distinguant l'aliment qui se gâte quand on le prépare la veille de celui qui gagne à l'être.

🖼️ Schéma
Rabbi Yehouda : un seul critère partage les makhchirin Un acte préparatoire est requis On pouvait le faire la veille Couteau ébréché avant la fête On ne pouvait pas le faire la veille Couteau ébréché pendant la fête Interdit — le mot "hou" s'y applique "lui" et non ses makhchirin Permis — le mot "lakhem" s'y applique "pour vous", pour tous vos besoins
Chez Rabbi Yehouda, le partage des deux mots du verset suit la possibilité d'avoir agi avant l'entrée de la fête.
16
מַתְנִי׳ אֵין בֵּין שַׁבָּת לְיוֹם הַכִּפּוּרִים, אֶלָּא שֶׁזֶּה — זְדוֹנוֹ בִּידֵי אָדָם, וְזֶה — זְדוֹנוֹ בְּכָרֵת.

MICHNA. Il n'y a entre le Chabbat et le jour de Kippour que ceci : pour l'un, la transgression volontaire est entre les mains des hommes, et pour l'autre, la transgression volontaire est dans le karet.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' בִּידֵי אָדָם יֵשׁ בָּהּ מִיתַת ב"ד:
Il comporte la mort infligée par le tribunal.
💡 Explication

Troisième michna de la série. Les travaux interdits sont les mêmes des deux côtés ; la différence porte sur la sanction de la transgression volontaire. Le Chabbat, Rachi le précise, comporte la mort infligée par le tribunal après témoignage et avertissement. Kippour relève du karet, le retranchement, qui vient du Ciel.

17
גְּמָ׳ הָא לְעִנְיַן תַּשְׁלוּמִין — זֶה וָזֶה שָׁוִין.

GUEMARA. Donc, pour ce qui touche au paiement, l'un et l'autre sont égaux.

💡 Explication

Même méthode que précédemment : la formule restrictive livre une déduction. Puisque la seule différence énoncée porte sur la peine, les deux jours se rejoignent sur les dommages : celui qui, en transgressant, cause un dommage est dispensé de payer, en vertu de la règle qui exclut le cumul du paiement et de la peine capitale.

18
מַנִּי מַתְנִיתִין? רַבִּי נְחוּנְיָא בֶּן הַקָּנָה הִיא, דְּתַנְיָא: רַבִּי נְחוּנְיָא בֶּן הַקָּנָה הָיָה עוֹשֶׂה אֶת יוֹם הַכִּפּוּרִים כַּשַּׁבָּת לְתַשְׁלוּמִין, מַה שַׁבָּת — מִתְחַיֵּיב בְּנַפְשׁוֹ וּפָטוּר מִן הַתַּשְׁלוּמִין, אַף יוֹם הַכִּפּוּרִים — מִתְחַיֵּיב בְּנַפְשׁוֹ וּפָטוּר מִן הַתַּשְׁלוּמִין.

Qui est l'auteur de notre michna ? C'est Rabbi Néhounya ben HaKana, car il a été enseigné : Rabbi Néhounya ben HaKana rendait le jour de Kippour semblable au Chabbat pour le paiement — de même que pour le Chabbat il encourt la peine capitale et est dispensé du paiement, de même pour le jour de Kippour il encourt la peine capitale et est dispensé du paiement.

📜 Rachi (2)
גְּמ' אַף יוֹם הַכִּפּוּרִים מִתְחַיֵּיב בְּנַפְשׁוֹ דְּאִיסּוּר כָּרֵת כְּמִיתַת בֵּית דִּין דָּמֵי:
Car l'interdit passible de karet est assimilé à la mort infligée par le tribunal.
וּפְטוּרִים מִלְּשַׁלֵּם אִם הִדְלִיק גְּדִישׁוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁאֵין תַּשְׁלוּמִין אֵצֶל חִיּוּב מִיתָה שֶׁנֶּאֱמַר וְלֹא יִהְיֶה אָסוֹן עָנַשׁ יֵעָנֵשׁ (שְׁמוֹת כא) הָא אִם יִהְיֶה אָסוֹן לֹא יֵעָנֵשׁ:
S'il a mis le feu à la meule de son prochain le jour de Kippour, car il n'y a pas de paiement là où il y a peine capitale, ainsi qu'il est dit « et s'il n'y a pas d'accident, il sera puni d'une amende » (Chemot 21) — d'où : s'il y a accident, il ne sera pas puni d'une amende.
💡 Explication

La déduction sur les dommages n'est pas évidente, puisque Kippour ne comporte pas de mort infligée par le tribunal. La guemara attribue donc la michna à Rabbi Néhounya ben HaKana, pour qui le karet équivaut à la peine capitale quant à la dispense de payer.

Rachi rappelle la source de cette dispense : « et s'il n'y a pas d'accident, il sera puni d'une amende » (Chemot 21,22), d'où l'on déduit que là où il y a accident, l'amende tombe.

19
תְּנַן הָתָם: כָּל חַיָּיבֵי כָרֵיתוֹת שֶׁלָּקוּ — נִפְטְרוּ מִידֵי כְּרִיתָתָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנִקְלָה אָחִיךָ לְעֵינֶיךָ״, כֵּיוָן שֶׁלָּקָה — הֲרֵי הוּא כְּאָחִיךָ. דִּבְרֵי רַבִּי חֲנַנְיָה בֶּן גַּמְלִיאֵל. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: חֲלוּקִין עָלָיו חֲבֵירָיו עַל רַבִּי חֲנַנְיָה בֶּן גַּמְלִיאֵל.

Nous avons appris là-bas : tous ceux qui sont passibles de karet et qui ont reçu les coups sont dispensés de leur karet, ainsi qu'il est dit « et ton frère sera avili à tes yeux » (Devarim 25,3) — dès lors qu'il a reçu les coups, le voici comme ton frère. Telles sont les paroles de Rabbi Hananya ben Gamliel.

Rabbi Yo'hanan a dit : ses collègues divergent de Rabbi Hananya ben Gamliel.

📜 Rachi (2)
כָּל חַייָּבֵי כָרֵיתוֹת שֶׁלָּקוּ שֶׁהִתְרוּ בָּהֶן עֵדִים עַל לָאו שֶׁעִמּוֹ כָּרֵת וְלָקוּ בְּבֵית דִּין:
Ceux que des témoins ont avertis au sujet d'un interdit négatif auquel s'attache le karet, et qui ont reçu les coups au tribunal.
נִפְטְרוּ מִידֵי כְּרִיתָתָן שׁוּב אֵין בֵּית דִּין שֶׁל מַעְלָה נִפְרָעִין:
Le tribunal d'en haut ne leur réclame plus rien.
💡 Explication

La guemara rapporte une michna de Makot 23a. Rabbi Hananya ben Gamliel tient que les malkot (les coups infligés par le tribunal) effacent le karet : après la flagellation, le fautif redevient « ton frère ». Rabbi Yo'hanan signale que ses collègues le contestent.

Rachi précise le cas visé : des témoins ont averti le fautif au sujet d'un interdit négatif auquel s'attache le karet, et le tribunal l'a flagellé.

20
אָמַר רָבָא: אָמְרִי בֵּי רַב, תְּנֵינָא: אֵין בֵּין יוֹם הַכִּפּוּרִים לַשַּׁבָּת אֶלָּא שֶׁזֶּה — זְדוֹנוֹ בִּידֵי אָדָם, וְזֶה — זְדוֹנוֹ בְּהִיכָּרֵת. וְאִם אִיתָא — אִידֵּי וְאִידֵּי בִּידֵי אָדָם הִיא!

Rava a dit : à l'école de Rav on dit — nous avons appris : il n'y a entre le jour de Kippour et le Chabbat que ceci, que pour l'un la transgression volontaire est entre les mains des hommes, et pour l'autre la transgression volontaire est dans le karet. Or s'il en était ainsi, l'un et l'autre seraient entre les mains des hommes !

📜 Rachi (2)
תְּנֵינָא דַּחֲלוּקִין:
Nous avons appris qu'ils divergent.
וְאִם אִיתָא דְּנִפְטְרוּ אִידֵּי וְאִידֵּי בִּידֵי אָדָם הוּא אַף בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים יֵשׁ מַלְקוֹת עַל לָאו שֶׁבּוֹ וּבֵית דִּין פּוֹטְרִין אוֹתוֹ מִכָּרֵת:
Si les coups les dispensaient du karet, l'un et l'autre relèveraient de la main des hommes : à Kippour aussi il y aurait des coups pour l'interdit négatif qu'il comporte, et le tribunal le dispenserait du karet.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רָבָא מִיחַייַּב אִינִישׁ לְבַסּוֹמֵי בְּפוּרַיָּא עַד דְּלָא יָדַע בֵּין בָּרוּךְ מָרְדְּכַי לְאָרוּר הַמָּן. אָמְרִי' בִּירֻושַּׁל' (פֶּרֶק בְּנֵי הָעִיר הֲלָכָה ז) שצ"ל אַחַר קְרִיאַת הַמְּגִילָּה אָרוּר הָמָן בָּרוּךְ מָרְדְּכַי אֲרוּרָה זֶרֶשׁ בְּרוּכָה אֶסְתֵּר אֲרוּרִים כָּל הָרְשָׁעִים בְּרוּכִים כָּל יִשְׂרָאֵל גַּם חַרְבוֹנָה זָכוּר לַטּוֹב. וְאָמַר רָבָא סְעוּדַת פּוּרִים שֶׁאֲכָלָהּ בַּלַּיְלָה לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ מַאי טַעְמָא יְמֵי מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה כְּתִיב וְתָנֵי ר' יוֹסֵף שִׂמְחָה מְלַמֵּד שֶׁאָסוּר בְּהֶסְפֵּד וּמִשְׁתֶּה מְלַמֵּד שֶׁאָסוּר בְּתַעֲנִית וי"ט שֶׁאָסוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה רַבָּה בְּרִי' דְּרָבָא אָמַר מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה קַבִּילוּ עֲלַיְיהוּ מְלָאכָה לָא קַבִּילוּ עֲלַיְיהוּ דְּמֵעִיקָּרָא כְּתִיב שִׂמְחָה וּמִשְׁתֶּה וי"ט וּלְבַסּוֹף כְּתִיב (בֵּיהּ) לַעֲשׂוֹת אוֹתָם יְמֵי מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה וְאִלּוּ י"ט לָא כְּתִיב בֵּיהּ וְכֵן הֲלָכָה וקי"ל דְּהָנֵי תְּרֵי יוֹמֵי דְּאִינּוּן אַרְבֵּיסַר וַחֲמֵיסַר אֲסִירֵי בְּהֶסְפֵּד וּבְתַעֲנִית דִּכְתִיב בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית אֵת יוֹם י"ד (לְחֹדֶשׁ אֲדָר) וְאֶת יוֹם ט"ו יְמֵי פּוּרַיָּא אִינּוּן דְּלָא לְמִסְפַּד בְּהוֹן וְאָמַר רָבָא לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לֶאֱסֹור אֶת שֶׁל זֶה בָּזֶה וְאֶת שֶׁל זֶה בָּזֶה פִּי' בְּנֵי עֲייָרוֹת אֲסוּרִין בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר וּבְנֵי כְּרַכִּין בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר: גָּרְסִינַן בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף יח:) רַב וְר' חֲנִינָא אָמְרִי בָּטְלָה מְגִילַּת תַּעֲנִית ר' יוֹחָנָן וְר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמְרִי לֹא בָּטְלָה וּמַסִּיק הָתָם הִלְכְתָא חֲנֻוכָּה וּפוּרִים לֹא בָּטְלוּ אִית דְּבָעֵי לְמֵימַר כֵּיוָן דְּלָא בָּטְלִי וְאוֹקְמוּ אַדִּינַייְהוּ לִפְנֵיהֶם וּלְאַחֲרֵיהֶם אָסוּר וְאִית דְּאָמְרִי לֹא עָדִיף לִפְנֵיהֶם וּלְאַחֲרֵיהֶם מִשְּׁאָר יוֹמֵי מְגִילַּת תַּעֲנִית וְכֵן מִסְתַּבֵּר וּלְכָךְ נָהֲגוּ לְהִתְעַנּוֹת בִּשְׁלשָׁה עָשָׂר בַּאֲדָר וּלְמַאי דְּפָרֵישִׁית לְעֵיל (סִי' א) זְמַן קְהִלָּה לַכֹּל הִיא הָוֵי תַּעֲנִית אֶסְתֵּר תַּקָּנַת חֲכָמִים אַף קֹודֶם שֶׁבָּטְלָה מְגִילַּת תַּעֲנִית: תָּנוּ רַבָּנַן אַרְבָּעִים וּשְׁמוֹנָה נְבִיאִים וְשֶׁבַע נְבִיאוֹת שֶׁנִּתְנַבְּאוּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל לֹא פִּיחֲתוּ וְלֹא הוֹתִירוּ עַל מַה שֶּׁכָּתוּב בַּתּוֹרָה אַפֵּי' אוֹת אַחַת חוּץ מִמִּקְרָא מְגִילָּה מַאי דְּרוֹשׁ אָמַר ר' חִיָּיא בַּר אָבִין אָמַר ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה ק"ו וּמַה מֵעַבְדוּת לְחֵירוּת אָמְרוּ שִׁירָה מִמָּוֶת לְחַיִּים לֹא כ"ש אִי הָכִי הַלֵּל נָמֵי נֵימָא אָמַר ר' יִצְחָק לְפִי שֶׁאֵין אוֹמְרִים הַלֵּל עַל נֵס שֶׁבַּחוּצָה לָאָרֶץ מַתְקִיף לַהּ רנב"י הֲרֵי יְצִיאַת מִצְרַיִם נֵס שֶׁבְּחוּצָה לָאָרֶץ הָוֵי וְקָרֵי הַלֵּילָא הָתָם כִּדְתַנְיָא עַד שֶׁלֹּא נִכְנְסוּ לָאָרֶץ הֻוכְשְׁרוּ כָּל הָאֲרָצוֹת לוֹמַר שִׁירָה מִשֶּׁנִּכְנְסוּ לְאָרֶץ לֹא הֻוכְשְׁרוּ כָּל הָאֲרָצוֹת לוֹמַר שִׁירָה רַב נַחְמָן אָמַר קְרִיאָתָהּ זוֹ הִיא הַלֵּילָאּ רָבָא אָמַר בִּשְׁלָמָא הָתָם הַלְלוּ עַבְדֵי ה' וְלֹא עַבְדֵי פַרְעֹה אֶלָּא הָכָא הַלְלוּ עַבְדֵי ה' וְלֹא עַבְדֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ אַכַּתִּי עַבְדֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ אֲנַן הִלְכָּךְ לָא אָמְרִינַן הַלֵּילָא בְּפוּרַיָּא:
« Rava a dit : l'homme est tenu de se parfumer de vin à Pourim jusqu'à ne plus savoir distinguer entre béni soit Mordekhai et maudit soit Haman. » Nous disons dans le Talmud de Jérusalem (chapitre Bnei HaIr, halakha 7) qu'il faut dire après la lecture de la meguila : maudit soit Haman, béni soit Mordekhai, maudite soit Zérech, bénie soit Esther, maudits soient tous les méchants, bénis soient tous les Israélites ; et aussi : Harvona, que son souvenir soit en bien. Et Rava a dit : le repas de Pourim mangé de nuit ne libère pas de l'obligation. Quelle en est la raison ? Il est écrit « jours de festin et de joie ». Rabbi Yossef a enseigné : « joie » enseigne que l'oraison funèbre est interdite, « festin » enseigne que le jeûne est interdit, et « jour de fête » que le travail est interdit. Rabba fils de Rava a dit : ils ont accepté sur eux le festin et la joie, mais ils n'ont pas accepté sur eux l'abstention de travail, car au début il est écrit « joie, festin et jour de fête », et à la fin il est écrit « pour en faire des jours de festin et de joie », sans que « jour de fête » y figure ; et telle est la halakha. Nous tenons pour établi que ces deux jours, le quatorze et le quinze, sont interdits à l'oraison funèbre et au jeûne, ainsi qu'il est écrit dans la Meguilat Taanit : le jour quatorze et le jour quinze sont les jours de Pourim, où l'on ne fait pas d'oraison funèbre. Et Rava a dit : cela n'était nécessaire que pour interdire à ceux-ci le jour de ceux-là et à ceux-là le jour de ceux-ci, c'est-à-dire que les habitants des villes ouvertes sont tenus au quinze et les habitants des villes fortifiées au quatorze. Nous lisons à Roch Hachana (18b) : Rav et Rabbi Hanina disent que la Meguilat Taanit est abolie, Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yehochoua ben Levi disent qu'elle n'est pas abolie ; et l'on conclut là-bas que la halakha est que 'Hanouka et Pourim n'ont pas été abolis. Certains veulent dire que, puisqu'ils ne sont pas abolis et qu'ils demeurent dans leur loi, le jour qui les précède et celui qui les suit sont également interdits ; d'autres disent que le jour qui précède et celui qui suit ne valent pas plus que les autres jours de la Meguilat Taanit, et c'est ce qui paraît juste. C'est pourquoi l'usage s'est établi de jeûner le treize Adar ; et selon ce que j'ai expliqué plus haut (siman 1), « un temps de rassemblement pour tous », le jeûne d'Esther est une institution des Sages, antérieure même à l'abolition de la Meguilat Taanit. Nos maîtres ont enseigné : quarante-huit prophètes et sept prophétesses ont prophétisé pour Israël, et ils n'ont rien retranché ni rien ajouté à ce qui est écrit dans la Torah, pas même une seule lettre, hormis la lecture de la meguila. Quelle derasha ont-ils faite ? Rabbi Hiya bar Avin a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Korha : un kal va-homer (raisonnement à fortiori) — si, pour le passage de la servitude à la liberté, ils ont dit un cantique, pour le passage de la mort à la vie, à plus forte raison. S'il en est ainsi, disons aussi le Hallel ! Rabbi Yitshak a dit : parce qu'on ne dit pas le Hallel sur un miracle survenu hors de la Terre d'Israël. Rav Nahman bar Yitshak a objecté : la sortie d'Égypte fut un miracle hors de la Terre, et l'on dit le Hallel ! Là-bas, c'est comme il a été enseigné : tant qu'ils n'étaient pas entrés en Terre d'Israël, toutes les terres étaient aptes à ce qu'on y dise un cantique ; une fois entrés en Terre d'Israël, les autres terres ne furent plus aptes à ce qu'on y dise un cantique. Rav Nahman a dit : sa lecture même est le Hallel. Rava a dit : là-bas, soit, « louez, serviteurs de Hachem » et non serviteurs de Pharaon ; mais ici, « louez, serviteurs de Hachem » et non serviteurs d'Assuérus ? Nous sommes encore serviteurs d'Assuérus ! C'est pourquoi nous ne disons pas le Hallel à Pourim.
💡 Explication

Notre michna devient une preuve dans la controverse rapportée juste avant. Si les coups dispensent effectivement du karet, alors Kippour aussi se règle au tribunal, et la différence que la michna énonce tombe. L'école de Rav en conclut que la michna contredit Rabbi Hananya ben Gamliel, ce qui appuie Rabbi Yo'hanan.

21
אָמַר רַב נַחְמָן: הָא מַנִּי — רַבִּי יִצְחָק הִיא, דְּאָמַר: מַלְקוֹת בְּחַיָּיבֵי כָרֵיתוֹת לֵיכָּא. דְּתַנְיָא, רַבִּי יִצְחָק אוֹמֵר: חַייָּבֵי כְּרִיתוֹת בִּכְלָל הָיוּ, וְלָמָּה יָצָאת כָּרֵת בַּאֲחוֹתוֹ — לְדוּנָהּ בְּכָרֵת וְלֹא בְּמַלְקוֹת.

Rav Nahman a dit : qui est l'auteur de cette michna ? C'est Rabbi Yitshak, qui a dit qu'il n'y a pas de coups pour ceux qui sont passibles de karet.

Car il a été enseigné : Rabbi Yitshak dit — ceux qui sont passibles de karet étaient compris dans la règle générale ; et pourquoi le karet est-il sorti à propos de sa sœur ? Pour la juger par le karet et non par les coups.

📜 Rachi (5)
אָמַר רַב נַחְמָן לְעוֹלָם אֵינָן חֲלוּקִין עָלָיו חֲבֵירָיו וְהָא דְּקָתָנֵי דְּאֵין זְדוֹנוֹ בִּידֵי אָדָם:
En vérité ses collègues ne divergent pas de lui ; et ce que la michna enseigne, à savoir que la transgression volontaire de Kippour n'est pas entre les mains des hommes...
הָא מַנִּי ר' יִצְחָק הִיא דְּאָמַר בְּמַסֶּכֶת מַכּוֹת דְּאֵין מַלְקִין בְּלָאו הַנִּיתָּן לְאַזְהָרַת כָּרֵת אֲפִילּוּ הִתְרוּ בּוֹ לְמַלְקוּת וְיָלֵיף טַעְמֵיהּ מֵהַאי קְרָא:
Qui a dit, au traité Makot, qu'on n'inflige pas les coups pour un interdit négatif servant d'avertissement à un karet, même si on l'a averti en vue des coups ; et il tire sa raison de ce verset.
כָּל חַייָּבֵי כְּרִיתוֹת שֶׁל עֲרָיוֹת הָיוּ בִּכְלַל וְנִכְרְתוּ הַנְּפָשׁוֹת הָעֹושֹׂות וְגוֹ' שֶׁכָּתוּב בְּפָרָשַׁת עֲרָיוֹת (וַיִּקְרָא י״ח:כ״ט):
Ceux des unions interdites étaient compris dans « et les êtres qui les commettront seront retranchés », etc., écrit dans la section des unions interdites (Vayikra 18,29).
לָמָּה יָצָאת כָּרֵת בַּאֲחוֹתוֹ דִּכְתִיב בִּקְדוֹשִׁים תִּהְיוּ וְאִישׁ כִּי יִקַּח אֶת אֲחוֹתוֹ וְגוֹ':
Car il est écrit dans la section Kedochim tihyou : « et un homme qui prend sa sœur », etc.
לְדוּנָהּ בְּכָרֵת וְלֹא בְּמַלְקוֹת אִם הִתְרוּ בָּהֶן וְאַף עַל גַּב דְּנִדָּה נָמֵי נִשְׁנֵית בְּאוֹתָהּ פָּרָשָׁה לְדָבָר שֶׁנִּתְחַדֵּשׁ בָּהּ נִשְׁנֵית לְהַעֲרָאָה:
S'ils ont été avertis. Et bien que la nidda soit elle aussi répétée dans cette même section, elle y est répétée pour la règle nouvelle qu'elle y introduit, la haaraa.
🗂️ Tossefot (1)
חַייָּבֵי כְּרִיתוֹת בִּכְלָל הָיוּ. פֵּירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס בִּכְלַל וְנִכְרְתוּ הַנְּפָשׁוֹת הָעוֹשׂוֹת וְקָשֶׁה דְּאִם כֵּן הָוֵי לֵיהּ לְמֵימַר אֲחוֹתוֹ בִּכְלַל הָיְתָה כְּלוֹמַר בִּכְלַל וְנִכְרְתוּ הַנְּפָשׁוֹת וְלֹא הָיָה לוֹ לִכְתֹּוב כָּרֵת בָּהּ וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָכִי פֵּירוּשׁוֹ חַייָּבֵי כְּרִיתוֹת בִּכְלַל הָיוּ פֵּירוּשׁ בִּכְלַל הַמַּלְקֻיּוֹת דִּבְכָל אַחַת וְאַחַת יֵשׁ לָאו וְלָמָּה יָצָאת כָּרֵת בַּאֲחוֹתוֹ בְּלֹא לָאו שֶׁהֲרֵי הַכָּרֵת לָא אִיצְטְרִיךְ שֶׁהֲרֵי הָיְתָה בִּכְלַל וְנִכְרְתוּ אֶלָּא וַדַּאי יָצְתָה לְדוּנָהּ בְּכָרֵת וּמִינָּהּ נִגְמַר לְכָל הָאֲחֵרִים כְּדִין דָּבָר שֶׁהָיָה בִּכְלָל:
« Ceux qui sont passibles de karet étaient compris. » L'explication du Commentaire : compris dans « et les êtres qui les commettront seront retranchés ». Cela fait difficulté, car s'il en était ainsi il aurait fallu dire « sa sœur était comprise », c'est-à-dire comprise dans « et les êtres seront retranchés », et il n'aurait pas fallu y écrire le karet. On peut dire que le sens est celui-ci : ceux qui sont passibles de karet étaient compris, c'est-à-dire compris dans les cas de coups, puisque chacun d'eux comporte un interdit négatif ; et pourquoi le karet est-il sorti à propos de sa sœur sans interdit négatif ? Le karet n'y était pas nécessaire, puisqu'elle était déjà comprise dans « et les êtres seront retranchés » ; il est donc certain qu'elle en est sortie pour être jugée par le karet, et d'elle on apprend pour tous les autres, selon la règle de ce qui était compris dans un ensemble et en est sorti.
💡 Explication

Rav Nahman retire à la michna sa valeur de preuve en changeant son auteur. Selon Rabbi Yitshak, là où il y a karet le tribunal n'inflige pas les coups, même en cas d'avertissement ; la michna peut donc opposer les deux jours sans trancher la question de Rabbi Hananya ben Gamliel.

Le raisonnement de Rabbi Yitshak repose sur un procédé classique : une règle sortie de sa catégorie générale enseigne pour l'ensemble. Le karet des unions interdites figurait déjà dans « et les êtres qui les commettront seront retranchés » (Vayikra 18,29) ; sa reprise pour la sœur (Vayikra 20,17) sert donc à exclure les coups.

🖼️ Schéma
La derasha de Rabbi Yitshak : pourquoi le karet de la sœur est répété Règle générale — Vayikra 18,29 "Les êtres qui commettront ces abominations seront retranchés" : toutes les unions interdites y sont comprises. Cas sorti de la règle — Vayikra 20,17 Le karet de la sœur est répété à part ; la répétition doit enseigner quelque chose de neuf. Enseignement : la juger par le karet seul, sans les coups — et de là, pour tous les cas de karet.
Un cas extrait de sa catégorie générale enseigne pour l'ensemble : c'est le procédé sur lequel Rav Nahman appuie sa réponse.
22
רַב אַשִּׁי אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנָן, זֶה — עִיקַּר זְדוֹנוֹ בִּידֵי אָדָם, וְזֶה — עִיקַּר זְדוֹנוֹ בְּהִיכָּרֵת.

Rav Achi a dit : tu peux même dire que c'est l'avis des Sages — pour l'un, l'essentiel de la transgression volontaire est entre les mains des hommes, et pour l'autre, l'essentiel de la transgression volontaire est dans le karet.

📜 Rachi (1)
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנַן הִיא דְּאָמְרִי מַלְקוֹת אֵצֶל כָּרֵת וַאֲפִילּוּ הָכָא לֵיכָּא לְמֵילַף מִינָּהּ שֶׁחֲלוּקִין עַל רַבִּי חֲנַנְיָה וְהָכִי קָאָמַר מַתְנִיתִין שַׁבָּת עִיקַּר חֹומֶר זְדוֹנוֹ בִּידֵי אָדָם וְזֶה עִיקַּר חֹומֶר זְדוֹנוֹ בְּהִכָּרֵת וּמִיהוּ אִם הִתְרוּ בּוֹ וְלָקָה מִיפְטָר:
Qui disent qu'il y a des coups là où il y a karet ; même alors, on ne peut en déduire qu'ils divergent de Rabbi Hananya. Voici ce que dit la michna : pour le Chabbat, l'essentiel de la gravité de la transgression volontaire est entre les mains des hommes, et pour Kippour l'essentiel de la gravité est dans le karet ; toutefois, s'il a été averti et qu'il a reçu les coups, il est dispensé.
💡 Explication

Seconde réponse, qui conserve l'attribution de la michna aux Sages. Rav Achi lit la michna comme désignant la peine principale de chaque jour : le tribunal pour le Chabbat, le karet pour Kippour. Rachi ajoute la conséquence : si le fautif a été averti et flagellé, il se trouve dispensé.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).