Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la discussion précédente : Rabbi Zeira a énoncé la halakha en toutes lettres plutôt que de dire simplement « la halakha est comme Rabbi Yehouda », parce que certaines versions inversent les deux noms. Vient ensuite une baraita du même type sur la bénédiction de la Torah : Rabbi Meir fait fermer le rouleau avant de bénir, par la raison d'Oulla — que l'on ne dise pas que les bénédictions sont écrites dans la Torah, de même que le lecteur n'aide pas le metourgueman pour que l'on ne dise pas que le targoum y est écrit ; Rabbi Yehouda fait bénir sur le rouleau ouvert, et la halakha suit son avis.
Le reste du folio rassemble les égards matériels dus au sefer torah : les lou'hot et les bimot n'ont pas de sainteté, on arrête le rouleau sur la couture, on le roule par l'extérieur et on le serre par l'intérieur, le plus grand des dix roule et reçoit une récompense égale à celle de tous, on ne tient pas le rouleau à nu, et l'on roule l'étoffe autour du rouleau. S'y intercalent trois enseignements de Rabbi Chéfatia au nom de Rabbi Yo'hanan sur la bat kol, sur la lecture chantée, et l'objection d'Abaye qui réoriente le verset d'Yé'hezkel vers deux talmide hakhamim d'une même ville qui ne s'accordent pas dans la halakha.
Le traité s'achève sur la michna : Moche a institué que l'on interroge et que l'on expose, à chaque fête, le sujet du jour.
Parce que certains les inversent.
Fin de la discussion ouverte au verso précédent. Rabbi Zeira y a fixé la halakha sur l'endroit où l'on reprend la lecture, et la guemara a demandé pourquoi il n'a pas dit simplement halakha comme Rabbi Yehouda. Réponse : les deux noms circulent en ordre inverse selon les versions de la baraita, de sorte qu'une halakha énoncée par le nom du maître serait restée équivoque. Rabbi Zeira a donc répété la formule elle-même.
Nos maîtres ont enseigné : il ouvre et regarde, il roule et bénit, puis il ouvre de nouveau et il lit — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : il ouvre, regarde, bénit et lit.
Une seconde baraita, bâtie sur le même couple de maîtres, porte cette fois sur la bénédiction qui précède la lecture publique. Pour Rabbi Meir, on ferme le rouleau entre le repérage du passage et la bénédiction, puis on le rouvre pour lire. Pour Rabbi Yehouda, on bénit sur le rouleau déjà ouvert.
Quelle est la raison de Rabbi Meir ? Elle est conforme à ce qu'a dit Oulla.
Car Oulla a dit : pour quelle raison ont-ils dit que celui qui lit dans la Torah n'aide pas le metourgueman ? Pour que l'on ne dise pas que le targoum est écrit dans la Torah.
Ici aussi : pour que l'on ne dise pas que les bénédictions sont écrites dans la Torah.
La lecture publique s'accompagnait d'une traduction araméenne dite à voix haute par le metourgueman. Oulla enseigne que le lecteur se tait pendant ce temps, pour que l'assistance ne s'imagine pas que le targoum figure dans le rouleau. Rabbi Meir étend la même prudence à la bénédiction : elle se dit sur un rouleau fermé, pour qu'on ne la croie pas écrite dans le texte.
Et Rabbi Yehouda : pour le targoum il y a matière à se méprendre, pour les bénédictions il n'y a pas matière à se méprendre.
Rabbi Yehouda accepte le principe d'Oulla et en limite la portée. Le targoum ressemble à une lecture et vient à la suite du verset : on peut le prendre pour du texte écrit. Les bénédictions se disent à chaque monte, par des hommes différents, dans une formule constante ; leur statut est connu de tous.
Rabbi Zeira a dit au nom de Rav Matna : la halakha est qu'il ouvre, regarde, bénit et lit. Qu'il dise donc : la halakha est comme Rabbi Yehouda !
Parce que certains les inversent.
La halakha suit Rabbi Yehouda : on bénit sur le rouleau ouvert. La guemara retrouve ici la même difficulté qu'au début du folio, et la même réponse : les attributions circulent en ordre inverse, ce qui oblige à énoncer la conduite elle-même plutôt que le nom de son auteur.
Rabbi Zeira a dit au nom de Rav Matna : les lou'hot et les bimot n'ont pas de sainteté.
Deux objets attachés matériellement à la lecture publique, sans sainteté propre. Rachi avoue ne pas savoir ce que sont les lou'hot et rapporte l'avis de ceux qui y voient les planchettes des livres reliés, par opposition aux rouleaux à marges. La bima est l'estrade dressée pour le roi lors de la lecture de hakhel. Tossefot rapporte l'explication du Aroukh, qui y voit les marges du sefer torah, et la confronte à la michna de Chabbat.
Rabbi Chéfatia a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui roule un sefer torah doit l'arrêter sur la couture.
Le sefer torah est fait de feuilles de parchemin cousues bout à bout. On termine le roulage de façon que le point de fermeture tombe en face d'une couture : c'est là que l'on peut serrer fermement, et une tension excessive fera céder le fil avant d'endommager l'écriture.
Et Rabbi Chéfatia a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui roule un sefer torah le roule par l'extérieur et ne le roule pas par l'intérieur.
Le lecteur est assis, le rouleau ouvert sur ses genoux, un cylindre près de lui et l'autre éloigné. Il fait tourner le cylindre éloigné en le ramenant vers lui. S'il saisissait le cylindre proche pour rouler vers l'extérieur, le cylindre éloigné se déroulerait et tomberait à terre.
Et quand il le serre, il le serre par l'intérieur et ne le serre pas par l'extérieur.
Le geste s'inverse au moment du serrage. Il saisit alors le cylindre proche de lui et le presse contre l'autre, de sorte que ses bras restent en deçà du texte. Rachi donne la raison, tirée du traité Sofrim : c'est une mitsva de montrer l'écriture au public.
Et Rabbi Chéfatia a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : dix qui ont lu dans la Torah, c'est le plus grand d'entre eux qui roule le sefer torah. Et celui qui le roule prend la récompense de tous, car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : dix qui ont lu dans la Torah, celui qui roule le sefer torah reçoit la récompense de tous.
La récompense de tous, te viendrait-il à l'esprit ? Dis plutôt : il reçoit une récompense équivalente à celle de tous.
Rouler le rouleau à la fin de la lecture est le dernier honneur de l'office, confié au plus grand des présents. La formule de Rabbi Yehochoua ben Levi est corrigée par la guemara : personne ne perd sa part, et l'expression signifie une récompense d'un montant équivalent à celle de l'ensemble. Rachi explique le chiffre dix : la lecture publique exige un quorum de dix.
Et Rabbi Chéfatia a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : d'où sait-on que l'on peut se servir d'une bat kol ? Car il est dit : « et tes oreilles entendront derrière toi une parole qui dira ».
Et cela vaut lorsqu'il a entendu une voix d'homme dans la ville et une voix de femme aux champs, et à condition qu'elle dise « oui, oui » ou qu'elle dise « non, non ».
La bat kol est une parole entendue sans que l'on en voie la source. Rabbi Yo'hanan admet qu'on s'en serve pour trancher une hésitation pratique, et pose deux conditions. La voix doit détonner par rapport au lieu : une voix d'homme en ville, alors que les hommes sont aux champs, ou une voix de femme aux champs, où l'on n'en attend pas. Et elle doit se redoubler. Tossefot ajoute la distinction du Yerouchalmi entre la divination interdite et le simple signe.
Et Rabbi Chefatia a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quiconque lit sans mélodie et répète sans chant, c'est de lui que le verset dit : « et Moi aussi Je leur ai donné des décrets qui ne sont pas bons, etc. ».
La néhima est la cantillation, marquée par les teamim ; la zimra est l'air sur lequel on répétait les michnayot. Tossefot rappelle la raison pratique : l'enseignement se transmettait de mémoire, et la mélodie soutenait la mémorisation.
Abaye objecte : parce qu'il ne sait pas rendre sa voix agréable, tu lirais de lui « et des lois par lesquelles ils ne vivront pas » ?! Dis plutôt comme Rav Mecharchia, qui a dit : deux talmide hakhamim qui habitent une même ville et ne sont pas agréables l'un envers l'autre dans la halakha, c'est d'eux que le verset dit : « et Moi aussi Je leur ai donné des décrets qui ne sont pas bons et des lois par lesquelles ils ne vivront pas ».
Abaye tient la sanction du verset hors de proportion avec le défaut visé : une voix ingrate n'est pas un manquement. Il reporte donc le verset sur ce qui touche la vie même de l'étude — deux maîtres d'une même ville qui se traitent durement dans la discussion halakhique. Le mot noahin, agréables, fait le lien avec la douceur qu'évoquait le premier enseignement.
Rabbi Parna'kh a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quiconque saisit un sefer torah a nu est enterré à nu. À nu, te viendrait-il à l'esprit ?
Dis plutôt : il est enterré à nu, sans mitsvot.
Saisir le rouleau à nu, c'est poser la main directement sur le parchemin, sans étoffe pour s'interposer. La guemara écarte le sens littéral de la sanction et la lit comme une privation de mérite.
Sans mitsvot, te viendrait-il à l'esprit ?! Abaye a plutôt dit : il est enterré à nu, sans cette mitsva-là.
La guemara refuse aussi la deuxième formulation : un homme ne perd pas le mérite de toute une vie pour ce seul geste. Abaye ramène la portée à la mitsva accomplie au moment même. Tossefot précise, au nom du Riva, de quelle mitsva il s'agit : la lecture, le roulage ou la correction du texte qu'il faisait alors.
Rabbi Yannai fils de Rabbi Yannai l'Ancien a dit au nom de Rabbi Yannai le Grand : mieux vaut que l'étoffe soit roulée, et que le sefer torah ne soit pas roulé.
Dernière règle de manipulation. Pour couvrir le rouleau, on tient le sefer torah immobile et l'on enroule la mitpahat autour de lui ; on évite de faire tourner le rouleau lui-même à l'intérieur de l'étoffe.
« Et Moche dit les fêtes de Hachem aux enfants d'Israël » : leur mitsva est qu'on les lise chacune en son temps. Nos maîtres ont enseigné : Moche a institué pour Israël qu'ils interrogent et exposent le sujet du jour — les lois de Pessa'h à Pessa'h, les lois de Atseret à Atseret, les lois de la fête à la fête.
La guemara revient à la michna, qui tire du verset la règle des lectures de fête. La baraita en tire une seconde institution : l'enseignement public suit le calendrier. Rachi pose la question de fond — Moche a transmis toutes les mitsvot, pourquoi ce verset sur les fêtes ? — et répond que le verset porte sur la manière : chaque fête exposée en son temps.
Nous reviendrons vers toi, chapitre Bnei haïr, et le traité Meguila est achevé.
Formule de clôture. Hadran alakh marque l'engagement de revenir au chapitre que l'on vient d'achever, et sslika la massekhet signale la fin du traité.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).