Sougya : Le folio poursuit la liste des lectures de la Torah et des haftarot ouverte par la michna. Il fixe d'abord ce qu'on lit à Roch Hodech Av tombant un Chabbat et le 9 Av lui-même, puis passe aux maamadot et au récit de la Création : Rabbi Ami enseigne que sans eux le ciel et la terre ne subsisteraient pas.
Suit l'échange entre Avraham et le Saint béni soit-Il sur le « à quoi saurai-je » de l'alliance des morceaux : les sacrifices expient, et lorsque le Temple n'est plus là, la lecture de l'ordre des sacrifices en tient lieu. La seconde moitié traite des malédictions lues aux jours de jeûne : on ne les coupe pas entre deux lecteurs, et Abaye distingue les malédictions du Lévitique, dites par Moche de la bouche de la Gevoura, de celles du Deutéronome, qu'il a dites de lui-même.
Le daf se clôt sur l'institution d'Ezra — achever les malédictions avant Atseret et avant Roch Hachana — et sur la mahloket de Rabbi Meir et Rabbi Yehouda sur le point de reprise de la lecture publique.
Roch Hodech Av qui tombe un Chabbat : on lit comme haftara « Vos néoménies et vos fêtes, mon âme les a haïes, elles Me sont à charge ». Que signifie « elles Me sont à charge » ?
Le Saint béni soit-Il a dit : il ne suffit pas à Israël de fauter devant Moi, ils Me donnent encore la peine de chercher quel décret sévère Je vais faire venir sur eux.
La michna a énuméré les lectures des quatre parachiot et des fêtes ; la guemara achève ici la liste par les lectures liées au deuil du mois d'Av. Le verset choisi comme haftara (Yechayahou 1,14) réunit deux motifs : il parle de Roch Hodech et il parle de réprobation, ce qui convient à l'approche du 9 Av.
La guemara s'arrête sur l'expression « elles Me sont à charge ». La charge ne porte pas sur la faute elle-même mais sur ce qu'elle oblige à faire ensuite : délibérer du décret. Le Ben Yehoyada précisera que ce langage est une façon de parler adressée à l'oreille humaine.
Le 9 Av lui-même, que lisons-nous comme haftara ? Rav a dit : « Comment est-elle devenue une prostituée ».
Et quelle lecture de la Torah ? Il a été enseigné dans une baraita : d'autres disent « Et si vous ne M'écoutez pas » ; Rabbi Natan bar Yossef dit : « Jusqu'à quand ce peuple Me méprisera-t-il » ; et certains disent : « Jusqu'à quand cette communauté mauvaise ».
Abaye a dit : aujourd'hui, l'usage répandu est de lire « Quand tu engendreras des enfants », et de lire en haftara « Je les balaierai entièrement ».
Deux questions distinctes : la haftara du 9 Av, puis la lecture de la Torah de ce jour. Les trois avis de la baraita choisissent des passages de châtiment ; les deux derniers portent sur l'épisode des explorateurs, que Rachi rattache précisément au 9 Av.
Abaye conclut en donnant l'usage effectif de son temps, qui est celui que nous suivons encore : Devarim 4,25 et suivants pour la Torah, Yirmeya 8,13 et suivants pour la haftara.
[Aux maamadot] on lit le récit de la Création, etc. D'où cette règle ?
Rabbi Ami a dit : sans les maamadot, le ciel et la terre ne subsisteraient pas, ainsi qu'il est dit : « Si Mon alliance jour et nuit n'existait pas, Je n'aurais pas fixé les lois du ciel et de la terre ».
Les maamadot sont les délégations d'Israélites qui accompagnaient, par la lecture et la prière, le service des offrandes publiques. La guemara demande le lien entre cette institution et la lecture du récit de la Création.
Rabbi Ami répond par le verset de Yirmeya 33,25 : l'alliance qui tient le ciel et la terre en place est celle du service quotidien. Lire l'œuvre des commencements pendant que le service s'accomplit relie les deux : ce qui maintient la Création est ce qui se fait au Temple.
Et il est écrit : « Il dit : Hachem Elokim, à quoi saurai-je que je la posséderai ? » Avraham dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, peut-être, à D.ieu ne plaise, Israël fautera devant Toi et Tu leur feras comme à la génération du déluge et comme à la génération de la dispersion ? Il lui dit : non.
La guemara passe du verset de Yirmeya à l'alliance des morceaux (Berechit 15), où Avraham demande un signe. La question d'Avraham est relue ici comme une inquiétude sur la pérennité de sa descendance : la promesse tient-elle même si Israël faute ?
Les deux précédents cités, le déluge et la dispersion, sont les deux cas où une génération entière a été effacée ou dispersée. La réponse est brève et tranchante.
Il dit devant Lui : Maître du monde, « à quoi saurai-je » ? Il lui dit : « Prends-Moi une génisse de trois ans, etc. » Il dit devant Lui : Maître du monde, cela convient tant que le Temple existe ; lorsque le Temple n'existera plus, qu'adviendra-t-il d'eux ?
Il lui dit : J'ai déjà institué pour eux l'ordre des sacrifices ; chaque fois qu'ils les liront, Je le leur compterai comme s'ils offraient un sacrifice devant Moi, et Je leur pardonne toutes leurs fautes.
La réponse divine se fait en deux temps. D'abord le sacrifice lui-même : la génisse, la chèvre et le bélier de l'alliance des morceaux valent pour Rachi comme annonce du service expiatoire. Ensuite, à l'objection d'Avraham sur l'après-Temple, la lecture de l'ordre des sacrifices — les passages de la Torah qui les décrivent — tient lieu de l'acte.
C'est ce passage que le Roch invoque comme appui à l'usage de sortir un second rouleau les jours de fête pour y lire les sacrifices du jour, et pour expliquer pourquoi on ne le fait pas le Chabbat, dont les offrandes sont toutes des olot (holocaustes) et n'expient donc pas.
« Aux jeûnes, les bénédictions et les malédictions, et on n'interrompt pas les malédictions. » D'où cette règle ? Rabbi Hiya bar Gamda a dit au nom de Rabbi Assi : car le verset dit « La correction de Hachem, mon fils, ne la méprise pas ».
La michna prescrit pour les jours de jeûne la lecture des berakhot ve-kelalot, le passage des bénédictions et des malédictions, et interdit de l'interrompre : un seul lecteur le lit d'un bout à l'autre, sans le partager entre deux montants.
Rabbi Assi tire la règle de Michle 3,11. Couper la lecture reviendrait à montrer qu'on répugne à la réprimande. Rachi ajoute la lecture du traité Soferim, qui déduit la même règle de la fin du verset en jouant sur la racine de ketsitsa, la coupure.
Rech Lakich a dit : parce qu'on ne récite pas de bénédiction sur le malheur. Alors comment fait-on ?
Il a été enseigné : quand il commence, il commence au verset qui les précède, et quand il achève, il achève au verset qui les suit.
Rech Lakich donne une seconde raison : la berakha récitée avant et après la montée porterait sur des versets de malheur. La solution enseignée par la baraita consiste à encadrer le passage : la lecture ouvre sur le verset qui précède les malédictions et se ferme sur celui qui les suit.
Tossefot précise que « le verset » ne se prend pas au pied de la lettre : la règle générale interdit de commencer ou de laisser moins de trois versets d'une parcha, et elle continue de s'appliquer ici.
Abaye a dit : on n'a enseigné cela que pour les malédictions de Torat Kohanim (le Lévitique) ; mais les malédictions de Michne Torah (le Deutéronome), on les interrompt. Pour quelle raison ?
Celles-ci sont énoncées au pluriel et Moche les a dites de la bouche de la Gevoura (la Puissance d'en haut) ; celles-là sont énoncées au singulier et Moche les a dites de lui-même.
Abaye restreint la règle. Deux indices distinguent les deux séries : le nombre grammatical (pluriel dans Behoukotai, singulier dans Ki Tavo) et le mode d'énonciation. Rachi le montre par la forme des verbes : au Lévitique, « Je donnerai », « Je préposerai », « J'enverrai » — celui qui parle est Celui qui a le pouvoir d'agir ; au Deutéronome, « Hachem te frappera », donc Moche parle de lui-même.
Tossefot ajoute la nuance indispensable : « de lui-même » se dit d'une parole prononcée par roua'h hakodech (l'esprit saint), non d'une initiative purement humaine.
Levi bar Bouti lisait et bégayait devant Rav Houna dans les versets de malédiction. Il lui dit : à ta guise.
On n'a enseigné cela que pour les malédictions de Torat Kohanim ; mais celles de Michne Torah, on les interrompt.
Un cas pratique qui confirme l'enseignement d'Abaye. Le lecteur bégaye — Rachi explique qu'il lisait à la hâte et avec peine, tant ces versets sont durs à prononcer. Rav Houna l'autorise à s'arrêter, puisqu'il s'agissait des malédictions du Deutéronome.
Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : Ezra a institué pour Israël de lire les malédictions de Torat Kohanim avant Atseret, et celles de Michne Torah avant Roch Hachana. Pour quelle raison ?
Abaye a dit, et certains disent que c'est Rech Lakich : afin que l'année s'achève avec ses malédictions.
Le daf passe de la manière de lire les malédictions à leur place dans l'année. L'institution attribuée à Ezra fixe pour chaque série un terme : avant Atseret (Chavouot) pour le Lévitique, avant Roch Hachana pour le Deutéronome.
La formule « que l'année s'achève avec ses malédictions » veut que les passages de châtiment appartiennent à l'année qui se termine, et que la nouvelle s'ouvre sans eux. Tossefot rapporte l'usage qui en découle : on intercale un Chabbat de lecture neutre avant Roch Hachana et avant Atseret, en scindant Nitsavim-Vayélekh et en lisant Bamidbar avant Chavouot.
Soit, pour celles de Michne Torah, il y a la raison « afin que l'année s'achève avec ses malédictions ». Mais celles de Torat Kohanim — Atseret serait-il donc un roch hachana ?
Oui, Atseret est lui aussi un roch hachana, comme nous l'avons appris : et à Atseret, sur les fruits de l'arbre.
La guemara teste la raison donnée. Elle vaut clairement pour le Deutéronome, lu avant Roch Hachana, qui est le début de l'année. Elle semble ne rien dire pour le Lévitique, lu avant Atseret.
La réponse s'appuie sur la michna de Roch Hachana 16a : quatre moments de l'année sont des temps de jugement, et Atseret est celui où l'on est jugé sur les fruits de l'arbre. À ce titre, il ouvre lui aussi une année, et la même raison s'applique.
Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : si des vieillards te disent « détruis » et des jeunes gens « bâtis », détruis et ne bâtis pas, car la destruction des vieillards est construction et la construction des jeunes gens est destruction. Le signe de la chose : Rehavam fils de Chelomo.
Une baraita du même Tana, placée ici par association de nom. Le critère proposé porte sur l'expérience : ce que les anciens défont à une portée constructive, ce que les jeunes édifient à une portée destructrice.
Le signe rappelle Rehavam (I Rois 12), qui écarta le conseil des anciens pour suivre celui des jeunes gens qui avaient grandi avec lui, et provoqua la scission du royaume.
Nos maîtres ont enseigné : l'endroit où l'on s'arrête le Chabbat matin, c'est là qu'on lit à minha ; à minha, c'est là qu'on lit le lundi ; le lundi, c'est là qu'on lit le jeudi ; le jeudi, c'est là qu'on lit pour le Chabbat suivant — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : l'endroit où l'on s'arrête le Chabbat matin, c'est là qu'on lit à minha, et le lundi, et le jeudi, et pour le Chabbat suivant.
La question porte sur l'articulation entre la lecture du Chabbat matin, qui avance dans le cycle annuel, et les trois lectures brèves de Chabbat minha, du lundi et du jeudi.
Pour Rabbi Meir, chacune de ces lectures avance le point d'arrêt : elles s'enchaînent les unes aux autres. Pour Rabbi Yehouda, les trois lectures brèves repartent toutes du même point, celui du Chabbat matin, et le Chabbat suivant reprend lui aussi de là ; elles ne font pas progresser le cycle.
Rabbi Zera a dit : la halakha est que l'endroit où l'on s'arrête le Chabbat matin, c'est là qu'on lit à minha, et le lundi, et le jeudi, et pour le Chabbat suivant. Mais qu'il dise donc : la halakha est comme Rabbi Yehouda !
Rabbi Zera tranche selon la position de Rabbi Yehouda, mais en la reprenant mot pour mot au lieu de renvoyer à son auteur. La guemara relève cet écart de formulation : trancher « comme Rabbi Yehouda » aurait été plus court.
La question reste ouverte à la fin du folio ; la réponse est donnée au début du daf suivant. L'enjeu est technique : une halakha énoncée en toutes lettres vaut même là où l'attribution à un Tana ou un Amora serait contestée.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).