Sougya : La michna s'achève sur la lecture des bénédictions et des malédictions, qu'un seul lecteur doit lire sans interruption, et sur les lectures du lundi, du jeudi et du chabbat à min'ha, qui ne comptent pas dans le décompte des parachiyot. La guemara rapporte alors une longue baraita qui fixe, fête par fête, le passage de la Torah et la haftara : Pessa'h et ses jours intermédiaires, Chavouot, Roch Hachana, Yom Kippour, Souccot, Chemini Atseret, puis 'Hanouka, Pourim et les néoménies.
Cette baraita a été enseignée en terre d'Israël, où chaque fête ne dure qu'un jour ; les maîtres de la guemara l'interrompent donc à chaque fois par une remarque commençant par « et aujourd'hui, où il y a deux jours », pour indiquer ce que l'on lit le second jour en diaspora. Deux formules mnémotechniques structurent les jours de Pessa'h : le signe mem-alef-pe-vav de Rav Papa et la phrase d'Abaye mechokh tora, kadech bekaspa, pessol bemidbara, chelah boukhra.
Au milieu de cette liste, la haftara de Yom Kippour amène l'enseignement de Rabbi Yo'hanan : partout où l'Écriture dit la puissance du Saint béni soit-Il, elle dit aussitôt Son humilité, dans la Torah, dans les Prophètes et dans les Écrits.
les bénédictions et les malédictions. On n'interrompt pas la lecture des malédictions : un seul lecteur les lit toutes.
Fin de la michna. La lecture des malédictions (Lévitique 26) fait exception à la règle ordinaire : au lieu d'être partagée entre plusieurs appelés, elle revient à un seul lecteur. Rachi précise dans quelle logique s'inscrit cette lecture en un jour de jeûne : on lit ce passage pour rappeler que le malheur vient au monde à cause de la faute, afin que la techouva écarte la détresse pour laquelle on jeûne.
Le lundi, le jeudi, et le chabbat à min'ha, on lit selon leur ordre, et ces lectures ne comptent pas dans le décompte.
Trois lectures secondaires reprennent le début de la paracha qui suit celle du chabbat précédent, sans faire avancer le cycle. Le chabbat suivant, on relit depuis ce même début : elles ne comptent pas dans le décompte. Rachi signale que des tanaim divergent, dans une baraita, sur le point exact où commence la lecture du lundi et du jeudi.
ainsi qu'il est dit : « Moche dit les temps fixés de ה' aux enfants d'Israël » — leur mitsva est que l'on en lise chacun en son temps.
Le verset (Lévitique 23, 44) sert de fondement à toute la michna : la lecture de la Torah au jour de la fête fait partie de la mitsva de la fête elle-même. De là découle que le passage lu doit traiter du jour où l'on se trouve.
Guemara. Nos maîtres ont enseigné : à Pessa'h, on lit dans le passage des fêtes, et l'on prend pour haftara le Pessa'h de Guilgal (Josue 5).
Et aujourd'hui, où il y a deux jours de fête : le premier jour, le Pessa'h de Guilgal ; et le lendemain, le Pessa'h de Yochiyahou (II Rois 23).
La guemara ouvre ici une longue baraita qui court jusqu'à la fin du calendrier des lectures. Rachi avertit que cette baraita forme un bloc continu : les maîtres de la guemara l'ont découpée pour intercaler, fête par fête, l'usage du second jour. La raison en est que la baraita a été enseignée en terre d'Israël, où chaque fête ne dure qu'un seul jour.
« Et les autres jours de Pessa'h, on glane et l'on lit un passage qui traite de Pessa'h. » Quels sont-ils ? Rav Papa a dit : le signe est mem, alef, pe, vav.
La baraita se contentait de dire que l'on glane des passages parlant de Pessa'h, sans les nommer. Rav Papa fournit le signe (simane) qui les fixe : quatre lettres, quatre lectures, repérées par leur premier mot. Rachi les développe, et ajoute déjà la pratique de la diaspora pour le second jour de fête.
Le dernier jour de fête de Pessa'h, on lit « et il advint, lorsque Pharaon renvoya » (Exode 13, 17), et l'on prend pour haftara « et David dit » (II Samuel 22). Et le lendemain, « tout premier-né » (Deutéronome 15, 19), avec pour haftara « encore aujourd'hui » (Isaie 10, 32).
Le septième jour est celui de la traversée de la mer : on lit donc le récit et le cantique, et l'on prend pour haftara le cantique de David, qui parle lui aussi de la sortie d'Égypte. Le huitième jour, propre à la diaspora, la haftara évoque la chute de Sanhériv, survenue la nuit de Pessa'h.
Abaye a dit : et aujourd'hui, l'usage général est de lire : mechokh tora, kadech bekaspa, pessol bemidbara, chelah boukhra.
Le passage de sept à huit jours oblige à redistribuer les lectures. Abaye rapporte une phrase mnémotechnique de quatre mots araméens, chacun valant pour deux jours : mechokh (Exode 12, 21) et tora, le taureau du passage des fêtes ; kadech (Exode 13, 1) et bekaspa (Exode 22, 24) ; pessol (Exode 34, 1) et bemidbara (Nombres 9, 1) ; chelah (Exode 13, 17) et boukhra (Deutéronome 15, 19). Les Tossefot précisent que cet ordre se décale lorsque le chabbat de 'hol hamoed vient occuper l'un de ces jours.
À Chavouot, « sept semaines », et l'on prend pour haftara Habacuc. D'autres disent : « au troisième mois », et l'on prend pour haftara la Merkava.
Et aujourd'hui, où il y a deux jours, nous faisons selon les deux avis, mais dans l'ordre inverse.
La baraita donne deux avis : le tana kama choisit le passage du compte des semaines, les Aherim celui du don de la Torah. L'usage des deux jours retient les deux, mais ipkha, dans l'ordre inverse : l'avis cité en second est lu le premier jour, parce que le don de la Torah eut lieu le six sivan.
À Roch Hachana, « au septième mois », et l'on prend pour haftara « Ephraim est-il pour Moi un fils chéri ». Et certains disent : « et ה' se souvint de Sara », avec pour haftara le récit de Hanna.
Deux avis encore. Le premier lit le passage des offrandes du premier tichri ; le second lit la visite de Sara, car la tradition place à Roch Hachana le souvenir de Sara et celui de Hanna. Les deux haftarot reposent sur la même idée : le souvenir (pekida) que l'on demande au jour du jugement.
Et aujourd'hui, où il y a deux jours : le premier jour, selon « certains disent » ; le lendemain, « et D.ieu éprouva Abraham », avec pour haftara « Ephraim est-il un fils chéri ».
L'usage des deux jours ne se contente pas de répartir les deux avis. Le premier jour suit entièrement l'avis des yech omrim, avec la visite de Sara et Hanna. Le second jour, la lecture de la Torah n'est celle d'aucun des deux avis : c'est la ligature d'Its'hak, dont Rachi a déjà dit qu'on la mentionne pour qu'elle soit rappelée au jour du jugement ; seule la haftara du tana kama est conservée.
À Yom Kippour, on lit « après la mort », et l'on prend pour haftara « car ainsi a dit Celui qui est élevé et sublime ». Et à min'ha, on lit le passage des unions interdites, et l'on prend pour haftara le livre de Jonas.
Les quatre lectures du jour tiennent ensemble par le thème de la techouva : le service du grand prêtre le matin, le passage d'Isaie sur le jeûne que D.ieu choisit, les arayot à min'ha pour que celui qui a de telles fautes s'en écarte, et Jonas, où l'on voit la techouva acceptée. Les Tossefot ajoutent deux raisons à la lecture des arayot, l'une pratique, l'autre tirée du midrach.
Rabbi Yo'hanan a dit : partout où tu trouves la puissance du Saint béni soit-Il, tu trouves Son humilité. Cette chose est écrite dans la Torah, répétée dans les Prophètes, et dite une troisième fois dans les Écrits.
La haftara de Yom Kippour est précisément le verset d'Isaie 57, 15 ; c'est ce qui amène ici l'enseignement de Rabbi Yo'hanan. Sa formule est une règle de lecture : partout où l'Écriture énonce la guevoura (puissance), le verset suivant énonce la anava (humilité). La triple attestation — Torah, Prophètes, Écrits — est la forme habituelle par laquelle on établit qu'un principe traverse toute l'Écriture.
Écrit dans la Torah : « car ה' votre D.ieu est le D.ieu des dieux et le Maître des maîtres » (Deutéronome 10, 17), et il est écrit après : « Il fait droit à l'orphelin et à la veuve » (Deutéronome 10, 18). Répété dans les Prophètes : « ainsi a dit Celui qui est élevé et sublime, qui demeure à jamais et dont le nom est saint », etc.
(Isaie 57, 15), et il est écrit après : « et avec le contrit et l'humble d'esprit ». Dit une troisième fois dans les Écrits, ainsi qu'il est écrit : « frayez la voie à Celui qui chevauche dans les plaines, Ya est Son nom » (Psaumes 68, 5), et il est écrit après : « père des orphelins et juge des veuves » (Psaumes 68, 6).
Les trois preuves suivent toutes le même schéma : un verset qui dit la grandeur, puis immédiatement le verset qui la rapporte à l'orphelin, à la veuve et au cœur brisé. La guemara s'appuie chaque fois sur la formule oukhtiv batreh (et il est écrit après) : c'est la contiguïté des versets, et non leur contenu pris séparément, qui fait la démonstration.
Le premier jour de fête de Souccot, on lit dans le passage des fêtes du Torat Kohanim, et l'on prend pour haftara « voici qu'un jour vient pour ה' » (Zacharie 14). Et aujourd'hui, où il y a deux jours, le lendemain nous lisons pareillement ce même passage ; quant à la haftara, que prend-on ?
« Et tous les hommes d'Israël s'assemblèrent auprès du roi Salomon » (I Rois 8).
Pour le second jour de Souccot, la lecture de la Torah demeure identique ; seule la haftara change. La guemara pose donc la question sous cette forme précise : apetourei mai maftirin. On choisit l'assemblée réunie auprès de Salomon, parce que l'inauguration du Temple eut lieu à Souccot.
Et tous les autres jours de la fête, on lit dans les offrandes de la fête. Le dernier jour de fête, on lit « tout premier-né » — des mitsvot, des lois, et le premier-né — et l'on prend pour haftara « et quand Salomon eut achevé » (I Rois 8, 54).
Le lendemain, on lit « et voici la bénédiction » (Deutéronome 33), et l'on prend pour haftara « et Salomon se tint » (I Rois 8, 22).
La lecture de Chemini Atseret commence en réalité plus haut, à « tu prélèveras la dîme » : Rachi explique que ce passage rassemble les dons aux pauvres, adaptés à cette saison de récolte. Les Tossefot rejettent l'usage, attesté en certains lieux, de prendre pour haftara le début du livre de Josue le lendemain, puisque le Talmud dit expressément « et Salomon se tint ».
Rav Houna a dit au nom de Rav : un chabbat qui tombe pendant 'hol hamoed, que ce soit à Pessa'h ou à Souccot, nous lisons dans la Torah « Vois, tu me dis » (Exode 33, 12). Pour la haftara : à Pessa'h, les ossements desséchés (Ezechiel 37) ; et à Souccot, « au jour où viendra Gog » (Ezechiel 38, 18).
Le chabbat de 'hol hamoed reçoit une lecture propre, qui interrompt la série des jours intermédiaires. Rachi en donne la raison : ce passage réunit le chabbat, les trois fêtes de pèlerinage et, par le mot et de « tu garderas la fête des matsot », le fondement de l'interdiction du travail pendant 'hol hamoed. Les deux haftarot parlent de délivrance : l'une passée, l'autre à venir.
À 'Hanouka, dans les princes (Nombres 7), et l'on prend pour haftara les lampes de Zacharie. Et s'il se trouve deux chabbatot : le premier, les lampes de Zacharie ; le second, les lampes de Salomon.
Les huit jours de 'Hanouka suivent les offrandes des douze princes lors de l'inauguration de l'autel. La haftara reprend le thème du chandelier : la vision de Zacharie, puis, lorsque la fête comprend deux chabbatot, les chandeliers fabriqués pour le Temple de Salomon.
À Pourim, « et Amalek vint » (Exode 17, 8). Aux néoménies, « et à vos néoménies » (Nombres 28, 11).
Roch Hodech qui tombe un chabbat, on prend pour haftara « et il adviendra que de mois en mois » (Isaie 66, 23). S'il tombe un dimanche, on prend la veille pour haftara « et Yonatan lui dit : demain est la néoménie » (I Samuel 20, 18).
Trois cas de figure pour Roch Hodech. En semaine, la lecture de la Torah suffit. Un chabbat, la haftara doit réunir les deux sujets, ce que fait le verset final d'Isaie. Un dimanche, la haftara du chabbat précédent est choisie pour l'événement qu'elle annonce, et non pour sa parenté avec la paracha lue. Les Tossefot signalent l'exception d'Adar et de Nissan, où les quatre parachiyot l'emportent.
Rav Houna a dit :
Le folio s'achève sur l'ouverture d'un enseignement de Rav Houna, dont la suite se lit au verso.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).