Sougya : L'amud ferme le dossier des quatre parachiot et ouvre celui des lectures des jours particuliers. La baraita achevée, la Guemara revient sur la dernière clause de la michna, ba-hamichit hozrin le-kesidran, on revient à l'ordre habituel : Rabbi Ami entend l'ordre des parachiot, Rabbi Yirmeya l'ordre des haftarot.
Abaye appuie Rabbi Ami par la michna le-khôl mafsikin, qui mentionne des jours tombant en semaine, où il y a bien une lecture de la Torah et jamais de haftara ; Rabbi Yirmeya répond que chaque cas se prend selon ce qu'il est. L'objection sur les jeûnes conduit à l'enseignement de Rav Houna, mi-tsafra kinoufya, et Abaye détaille l'emploi du temps de la journée de jeûne à partir de Nehemia 9,3 et d'Ezra 9.
La michna finale ouvre la liste des lectures : Pessa'h, Chavouot, Roch Hachana, Yom Kippour, Soukkot, 'Hanouka, Pourim, roch hodech, maamadot et jeûnes.
Et quelle est la quatrième semaine ? Toute semaine dans laquelle tombe roch hodech Nissan, et même un vendredi.
Fin de la baraita des quatre parachiot : la parachat ha-hodech se lit le Chabbat de la semaine où tombe roch hodech Nissan, et même quand ce roch hodech tombe un vendredi. Rachi note que Chmouel lui-même l'admet ici, parce que retarder reviendrait à annoncer le mois une fois qu'il a commencé.
Rachi profite de la fin du sujet pour donner la mnémotechnique complète. Le calendrier ne permet à roch hodech Adar que quatre jours, siman ZBD-V : Chabbat, lundi, mercredi, vendredi. La raison est la règle lo BaDU Pessa'h, Pessa'h ne tombe ni lundi, ni mercredi, ni vendredi, jointe au fait qu'Adar compte toujours vingt-neuf jours.
À chacun de ces quatre jours correspond le rang des hafsakot, les Chabbatot où aucune des quatre sections n'est lue : siman ZT-V B-V D-D OU-BY-V. Le tableau ci-dessous suit pas à pas les quatre cas de Rachi.
La cinquième, on revient à l'ordre habituel, etc. À l'ordre de quoi ?
Rabbi Ami a dit : c'est à l'ordre des parachiot qu'on revient. Rabbi Yirmeya a dit : c'est à l'ordre des haftarot qu'on revient.
La michna disait : ba-hamichit hozrin le-kesidran, la cinquième semaine on revient à l'ordre habituel. La Guemara demande de quel ordre il s'agit, et la réponse engage tout le fonctionnement des quatre Chabbatot.
Pour Rabbi Ami, la section spéciale remplace purement la paracha de la semaine : pendant un mois, le cycle annuel est suspendu, et c'est lui qui reprend. Pour Rabbi Yirmeya, la paracha de la semaine est lue normalement et la section spéciale revient au maftir ; seule la haftara est remplacée, et c'est l'ordre des haftarot qui reprend.
Le Roch reprend ici toute la sougya depuis le début et tranche comme Rabbi Yirmeya, contre le soutien qu'Abaye va apporter à Rabbi Ami. C'est l'usage que nous connaissons : la paracha de la semaine n'est jamais omise.
Abaye a dit : il est logique de suivre Rabbi Ami, car nous avons appris dans une michna : pour tous on interrompt — pour les roch hodech, pour 'Hanouka, pour Pourim, pour les jeûnes, pour les maamadot et pour Yom Kippour.
Abaye cherche un appui dans une autre michna, celle qui énumère les jours pour lesquels mafsikin, on interrompt l'ordre habituel pour lire une section propre au jour. La liste mélange des jours qui peuvent tomber un Chabbat et des jours qui ne le peuvent pas.
Rachi désigne les deux cas décisifs : les taaniot, les jeûnes publics, et les maamadot, ces semaines de service où les représentants du peuple se réunissaient et lisaient le récit de la création du lundi au jeudi. Ni les uns ni les autres ne tombent le Chabbat, et en semaine il n'y a jamais de haftara.
Soit, pour celui qui dit qu'on revient à l'ordre des parachiot : c'est bien qu'il y ait une paracha en semaine. Mais pour celui qui dit qu'on revient à l'ordre des haftarot : y a-t-il donc une haftara en semaine ?
L'argument se resserre. Si l'interruption enseignée par la michna porte sur l'ordre des parachiot, elle a un sens même un lundi ou un jeudi, jours où la Torah est lue. Si elle porte sur l'ordre des haftarot, il n'y a rien à interrompre en semaine, puisqu'on n'y lit pas de prophète.
Abaye conclut que la michna suppose le point de vue de Rabbi Ami : l'interruption dont elle parle est bien celle du cycle des parachiot.
Et l'autre : ceci selon ce qui est, et cela selon ce qui est.
Rabbi Yirmeya refuse le caractère exclusif de la preuve. La formule ha ki-de-ita ve-ha ki-de-ita signifie que la michna ne dit pas un seul type d'interruption : elle énumère des jours, et chacun interrompt ce qui peut l'être chez lui.
Un jour de semaine, l'interruption porte sur la lecture de la Torah ; un jour où une haftara est dite, elle porte sur la haftara. La liste de la michna reste donc compatible avec les deux lectures.
Mais pour les jeûnes, pourquoi ai-je besoin d'une interruption ? Qu'on lise le matin le sujet du jour, et à minha le texte du jeûne !
Cela appuie Rav Houna, car Rav Houna a dit : dès le matin, rassemblement.
L'objection porte sur les taaniot. Un jour de jeûne public, la Torah est lue deux fois, le matin et à minha. Puisque la section propre au jeûne peut être lue à minha, on pourrait garder le matin pour la paracha de la semaine et n'interrompre rien du tout.
La réponse vient de Rav Houna : mi-tsafra kinoufya, le matin est consacré au rassemblement de la communauté. Rachi précise la nature de ce rassemblement, un examen de la conduite des gens de la ville avec avertissement, qui conditionne l'agrément du jeûne. Le matin est pris, il n'y a donc pas de lecture matinale à préserver.
Comment fait-on ? Abaye a dit : du matin jusqu'à la moitié du jour, nous examinons les affaires de la ville ; de la moitié du jour jusqu'au soir, un quart du jour on lit et l'on fait la haftara, et un quart du jour on demande miséricorde, ainsi qu'il est dit : et ils lurent dans le livre de la Torah de Hachem leur D.ieu un quart du jour, et un quart du jour ils confessaient et se prosternaient (Nehemia 9,3).
Abaye tire de Nehemia le découpage complet de la journée. Le jour se partage en quatre quarts : les deux premiers pour l'examen des milei de-mata, les affaires de la ville ; le troisième pour la lecture de la Torah et la haftara ; le quatrième pour la prière.
Le verset mentionne deux quarts, celui de la lecture et celui de la confession ; les deux quarts restants, ceux du matin, sont ceux qu'occupe la kinoufya de Rav Houna.
Et si j'inversais ? Cela ne peut te venir à l'esprit, car il est écrit : et vers moi se rassemblèrent tous ceux qui tremblaient aux paroles du D.ieu d'Israël au sujet de l'infidélité des exilés, et moi je restais assis, atterré, jusqu'à l'offrande du soir (Ezra 9,4), et il est écrit : et à l'offrande du soir je me suis levé de mon jeûne (Ezra 9,5).
Rien dans le verset de Nehemia n'imposait de placer l'examen de la ville avant la lecture. La Guemara le demande : ve-eipokh ana, et si j'inversais l'ordre ?
Les deux versets d'Ezra tranchent. Le premier montre le rassemblement des gens et l'attente qui dure jusqu'à l'offrande du soir ; le second montre la prière qui commence à ce moment précis. L'examen occupe donc le début du jour et la prière la fin.
Michna. À Pessa'h on lit la section des fêtes qui se trouve dans Torat Kohanim.
À Atseret, chiva chavouot, sept semaines. À Roch Hachana, ba-hodech ha-chevii be-ehad la-hodech, au septième mois le premier du mois.
À Yom Kippour, aharei mot. Le premier jour de fête de Soukkot on lit la section des fêtes qui se trouve dans Torat Kohanim, et tous les autres jours de la fête, dans les sacrifices de la fête.
Nouvelle michna, qui ouvre la liste des lectures propres aux jours particuliers. La parachat moadot de Torat Kohanim, c'est-à-dire du Lévitique, est le passage chor o kessev qui énumère toutes les fêtes ; elle sert à Pessa'h et au premier jour de Soukkot.
La longue glose de Rachi expose la difficulté propre aux jours intermédiaires de Soukkot en dehors d'Erets Israël, où le doute sur le jour du mois se propage : chaque montant lit un des jours possibles, et le quatrième reprend les sfekei de-yoma, les jours douteux, pour couvrir toutes les hypothèses.
Tossefot et le Roch relèvent ensemble que notre usage du second rouleau pour les sacrifices du jour aux grandes fêtes ne se trouve pas dans le Talmud. Ils l'attribuent aux Gueonim et au Seder de Rav Amram, et lui cherchent un appui dans l'aggada d'Avraham rapportée plus loin dans le traité.
À 'Hanouka, dans les nessiim, les princes. À Pourim, va-yavo Amalek.
Aux roch hodech, ou-ve-rachei hodcheikhem. Aux maamadot, dans le récit de la création.
Aux jeûnes —
La michna poursuit sa liste. Les nessiim sont les offrandes des douze princes des tribus lors de l'inauguration de l'autel (Bamidbar 7) : Rachi explique le rapprochement, 'Hanouka ayant elle aussi été une hanoukat ha-mizbeah, une inauguration de l'autel.
Les maamadot étaient les vingt-quatre groupes de représentants du peuple ; pendant la semaine de leur service, ceux qui restaient chez eux jeûnaient du lundi au jeudi et lisaient le récit de la création. Rachi renvoie à Taanit pour le détail des passages et pour la raison de ce choix.
La michna s'interrompt ici sur les jeûnes ; leur lecture est donnée au début du daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).