Sougya : Le folio poursuit la michna des quatre parachiot lues autour d'Adar. Il règle d'abord une question de mise en œuvre : lorsque roch h'odech Adar tombe un chabbat dont la sidra est « Ve'ata tetsave » ou « Ki tissa » elle-même, comment répartir les sept montées pour que la lecture de Chekalim reste reconnaissable ?
Rabbi Its'hak Naph'a et Abaye proposent deux découpages ; les baraitot tranchent en faveur d'Abaye, qui fait relire le passage une seconde fois. La seconde moitié du folio ouvre la controverse de Rav et de Chemouel : quand roch h'odech Adar, puis quand Pourim, tombe un vendredi, avance-t-on la lecture au chabbat précédent ou la retarde-t-on au chabbat suivant ?
Rav compte les jours nécessaires aux tables de change et exige que le souvenir d'Amalek précède l'accomplissement de Pourim ; Chemouel répond que les changeurs ne siègent qu'après le chabbat et que les villes fortifiées font coïncider souvenir et accomplissement. Le folio s'achève sur les repères de calendrier des troisième et quatrième parachiot, Para et Hah'odech.
Ils diront : ils n'ont fait que s'arrêter là.
Suite de la discussion ouverte au folio précédent. Lorsque roch h'odech Adar tombe un chabbat dont la sidra est « Ve'ata tetsave », le passage de Chekalim (« Ki tissa », Exode 30, 11-16) suit immédiatement la sidra de la semaine. On avait proposé que six montées lisent jusqu'à « Ki tissa » et que la septième lise « Ki tissa » jusqu'à « Tu feras une cuve de cuivre ».
La guemara écarte cette proposition : l'assemblée ne percevra aucune lecture supplémentaire. Elle croira que la sidra ordinaire se prolongeait jusque-là et s'y est arrêtée. La lecture de Chekalim doit être reconnaissable comme telle ; c'est cette exigence qui commande toute la suite.
Abaye dit plutôt : six lisent depuis « Ve'ata tetsave » jusqu'à « Tu feras », et un [autre] répète et lit depuis « Ki tissa » jusqu'à « Tu feras ».
Abaye déplace la coupure : les six premières montées couvrent toute la sidra, « Ki tissa » compris, jusqu'à « Tu feras une cuve de cuivre ». Le septième relit alors le passage de Chekalim.
La répétition d'un passage déjà lu n'a aucune raison d'être dans la lecture ordinaire ; elle signale donc à l'assemblée qu'il s'agit d'une lecture distincte. Le Roch tire de cette formulation une preuve que le maftir compte parmi les sept montées.
On objecte : s'il tombe dans la parachat qui lui est adjacente, que ce soit avant elle ou après elle — on la lit et on la double.
Une baraita est opposée à la discussion. Elle traite du cas où le chabbat de Chekalim rencontre la sidra voisine du passage de Chekalim, et elle prescrit de lire et doubler. Le terme de « doubler » semble appuyer Abaye, qui fait relire le passage.
Pour Abaye, soit, cela convient ; mais pour Rabbi Its'hak Naph'a, c'est une difficulté !
Rabbi Its'hak Naph'a peut te répondre : et pour Abaye, cela convient-il ? Avant elle, soit ; mais après elle, comment trouves-tu ce cas ?
Rabbi Its'hak Naph'a retourne l'objection. La baraita envisage deux positions, avant et après. La lecture d'Abaye rend compte du cas où la sidra précède le passage de Chekalim ; le cas inverse, où la sidra vient après, reste sans réalisation possible dans son système.
La règle de discussion est ici classique : une objection qui embarrasse également les deux avis cesse de départager les tenants.
Que dois-tu donc dire ? Qu'il la double sur deux chabbats.
Ici aussi, il la double sur deux chabbats.
La guemara réinterprète « doubler » : le passage est lu deux chabbats consécutifs, une fois comme sidra de la semaine et une fois comme parachat Chekalim. La baraita cesse alors de constituer une preuve en faveur d'Abaye, puisque les deux avis peuvent l'expliquer de la même façon.
S'il tombe dans « Ki tissa » elle-même : Rabbi Its'hak Naph'a dit : six lisent depuis « Tu feras » jusqu'à « Vayakhel », et un lit depuis « Ki tissa » jusqu'à « Tu feras ».
Nouveau cas de figure : la sidra de la semaine commence elle-même par « Ki tissa ». Rabbi Its'hak Naph'a fait commencer les six montées après le passage de Chekalim, à « Tu feras une cuve de cuivre », et réserve le début de la sidra à la septième montée, qui vaut alors pour Chekalim.
Abaye objecte : voilà que maintenant ils diront qu'il lit à rebours ! Abaye dit plutôt : six lisent jusqu'à « Vayakhel », et un répète et lit depuis « Ki tissa » jusqu'à « Tu feras ».
L'objection d'Abaye porte encore sur la perception de l'assemblée : commencer la sidra en son milieu, puis revenir à son début, donnera l'impression d'une lecture en ordre inverse.
Abaye maintient sa solution : les six montées lisent la sidra dans son ordre, du début jusqu'à « Vayakhel », et la septième relit le passage de Chekalim. Le même principe gouverne les deux cas : l'ordre de la sidra reste intact, et la répétition marque la lecture supplémentaire.
Une baraita enseigne comme Abaye : s'il tombe dans « Ki tissa » elle-même — on la lit et on la double.
Ici le terme « doubler » ne peut plus désigner deux chabbats successifs, puisque la sidra de la semaine est « Ki tissa » elle-même : la répétition a lieu le même jour. La baraita appuie donc Abaye.
« S'il tombe au milieu de la semaine — on avance au chabbat précédent. » Il a été dit : roch h'odech Adar qui tombe un vendredi, Rav dit : on avance ; et Chemouel dit : on retarde.
Nouvelle section, tirée de la michna. Lorsque roch h'odech Adar tombe en semaine, on lit Chekalim le chabbat qui précède. Le cas limite est le vendredi : la veille du chabbat appartient-elle à la semaine écoulée, ce qui imposerait d'avancer, ou bien au chabbat qui vient ?
Rav avance la lecture au chabbat précédent ; Chemouel la retarde au lendemain, le chabbat 2 Adar.
Rav dit : on avance — car autrement, les jours des tables de change seraient en nombre insuffisant. Chemouel dit : on retarde — il peut te répondre : en fin de compte, le quinze tombe lui aussi un vendredi, et les changeurs ne sortent qu'au dimanche ; on retarde donc.
L'enjeu est le délai de l'annonce. Le demi-sicle devait être versé avant roch h'odech Nissan, et les chelah'ot, les tables de change, siégeaient en province à partir du 15 Adar. L'annonce publique, faite par la lecture de Chekalim, doit les précéder de deux semaines.
Rav compte jusqu'au jour prévu, le 15 Adar : une lecture retardée au 2 Adar ne laisserait que treize jours. Chemouel compte jusqu'au jour où les tables sortent effectivement ; le 15 tombant un vendredi, les changeurs ne s'installent qu'au dimanche 17, ce qui rétablit les deux semaines.
Chemouel ajoute une considération pratique : retarder évite d'introduire un chabbat d'interruption entre les parachiot.
Nous avons appris : s'il tombe au milieu de la semaine, on avance au chabbat précédent, et l'on interrompt le chabbat suivant. Cela ne vise-t-il pas même le vendredi ?
Non : au milieu de la semaine précisément.
Première tentative de preuve en faveur de Rav, tirée de la michna. La réponse restreint la michna au sens strict de « au milieu de la semaine », à l'exclusion du vendredi. La preuve tombe.
Viens et écoute : quelle est la première semaine ? Toute [semaine] où roch h'odech Adar tombe en elle, et même un vendredi.
Cela ne signifie-t-il pas que le vendredi est semblable à « en elle » : de même qu'« en elle » on avance, de même le vendredi on avance !
Deuxième tentative, tirée d'une baraita. Celle-ci définit le chabbat de Chekalim comme celui dont la semaine contient roch h'odech Adar, en ajoutant « et même un vendredi ». Puisque dans le cas ordinaire la lecture précède l'événement, le vendredi devrait suivre la même règle : on avancerait, comme le dit Rav.
Chemouel dit : « en elle ». Et de même a enseigné l'école de Chemouel : « en elle ».
Chemouel corrige la leçon de la baraita : au lieu de « en elle » au sens de la semaine, il faut entendre le chabbat lui-même. La baraita dirait alors qu'un roch h'odech tombant le vendredi est traité comme s'il tombait le chabbat du lendemain, ce qui enseigne précisément que l'on retarde. L'école de Chemouel transmet cette version dans sa Tossefta.
Cela correspond à une controverse de tannaim : on interrompt par alternance les chabbats, paroles de Rabbi Yehouda HaNassi ; Rabbi Chimon ben Elazar dit : on n'interrompt pas. Rabbi Chimon ben Elazar a dit : quand est-ce que je dis qu'on n'interrompt pas ?
Lorsque [roch h'odech] tombe un vendredi ; mais lorsqu'il tombe au milieu de la semaine, on avance et l'on lit depuis le chabbat précédent, bien que l'on soit encore en Chevat.
La guemara rattache la controverse des amoraim à une controverse de tannaim. Sérougin désigne l'alternance : un chabbat sans parachat s'intercale entre Chekalim et Zakhor. Elle se produit lorsqu'on avance Chekalim, puisque Zakhor reste fixé au chabbat qui précède Pourim.
Rabbi Yehouda HaNassi admet cette interruption en toute circonstance, ce qui rejoint Rav. Rabbi Chimon ben Elazar la limite au cas du milieu de la semaine, et retarde la lecture lorsque roch h'odech tombe un vendredi, ce qui rejoint Chemouel.
« À la deuxième, Zakhor », etc. Il a été dit : Pourim qui tombe un vendredi, Rav dit : on avance la parachat Zakhor ; et Chemouel dit : on retarde.
Le même cas limite du vendredi se pose pour la deuxième parachat. La parachat Zakhor (Deutéronome 25, 17-19) rappelle l'agression d'Amalek ; Haman en descendait, ce qui la rattache à Pourim.
Rav dit : on avance — afin que l'accomplissement ne précède pas le souvenir. Chemouel dit : on retarde — il peut te répondre : puisqu'il y a les villes fortifiées qui accomplissent le quinze, l'accomplissement et le souvenir arrivent ensemble.
Le motif change de nature. Pour Chekalim il s'agissait d'un compte de jours ; ici Rav invoque un ordre : la zekhira, le souvenir d'Amalek par la lecture de Zakhor, doit venir avant l'assiya, l'accomplissement des mitsvot du jour de Pourim.
Chemouel répond que les moukafin, les villes entourées d'une muraille depuis l'époque de Yehochoua, célèbrent Pourim le 15 Adar. Lorsque le 14 tombe un vendredi, le 15 est un chabbat : la lecture de Zakhor ce chabbat-là coïncide avec leur jour de Pourim.
Nous avons appris : « à la deuxième, Zakhor ». Or lorsque roch h'odech tombe un chabbat, Pourim tombe un vendredi, et la michna enseigne pourtant « à la deuxième, Zakhor » !
Rav Papa dit : qu'est-ce que « la deuxième » ? La deuxième après l'interruption.
Tentative de preuve en faveur de Rav. Si roch h'odech Adar tombe un chabbat, Pourim tombe le vendredi 14 ; or la michna place Zakhor au deuxième chabbat, donc avant Pourim.
Rav Papa déplace le point d'appui de la michna : « la deuxième » se compte à partir du chabbat d'interruption évoqué à la fin de la michna, et non depuis le chabbat de Chekalim. La preuve tombe.
Viens et écoute : quel est le deuxième chabbat ? Tout [chabbat] où Pourim tombe en elle, et même un vendredi.
Cela ne signifie-t-il pas que le vendredi est semblable à « en elle » : de même qu'« en elle » on avance, de même le vendredi on avance !
Chemouel dit : « en elle ». Et de même a enseigné l'école de Chemouel : « en elle ».
Chemouel répond à la seconde baraita comme à la première : « en elle » désigne le chabbat lui-même. Un Pourim tombant le vendredi est rattaché au chabbat du lendemain, et la lecture de Zakhor est donc retardée.
S'il tombe le chabbat lui-même : Rav Houna dit : de l'avis de tous, on n'avance pas. Rav Nah'man dit : elle est encore objet de controverse.
Il a été dit également : Rabbi H'iya bar Abba a dit au nom de Rabbi Abba, au nom de Rav : Pourim qui tombe un chabbat — on avance et l'on lit Zakhor le chabbat précédent.
Dernier cas : Pourim tombe un chabbat. Rav Houna estime que Rav lui-même concède ici, puisque la lecture de Zakhor a lieu le jour même de Pourim, sans que l'accomplissement précède le souvenir.
Rav Nah'man maintient la controverse : pour Rav, le souvenir doit précéder l'accomplissement des villes ouvertes, qui célèbrent Pourim ce jour-là dès le matin. Une tradition rapportée au nom de Rav confirme cette lecture.
« À la troisième, la vache rousse », etc. Nos maîtres ont enseigné : quel est le troisième chabbat ?
Tout [chabbat] adjacent à Pourim, après lui. Il a été dit : Rabbi H'ama fils de Rabbi H'anina dit : le chabbat adjacent à roch h'odech Nissan.
Troisième parachat : la vache rousse (Nombres 19), dont les cendres servaient à purifier l'impureté des morts, purification requise avant d'offrir le sacrifice pascal. Deux repères sont donnés, l'un à partir de Pourim, l'autre à partir de roch h'odech Nissan.
Et ils ne divergent pas : l'un traite du cas où roch h'odech Nissan tombe un chabbat, l'autre du cas où il tombe au milieu de la semaine.
Les deux repères décrivent deux configurations de calendrier. Si roch h'odech Nissan tombe un chabbat, Hah'odech se lit ce jour-là et Para le chabbat précédent, qui se trouve adjacent à Nissan. Si roch h'odech Nissan tombe en semaine, Hah'odech est avancé au chabbat précédent et Para recule d'un chabbat encore, jusqu'à celui qui suit Pourim.
Rachi ajoute la raison de l'ordre : placer l'avertissement adressé aux temei metim, les personnes impures par contact avec un mort, aussi près que possible de Pessa'h'.
« À la quatrième, Ce mois-ci sera pour vous. » Nos maîtres ont enseigné : roch h'odech Adar qui tombe un chabbat, on lit « Ki tissa » et l'on lit en haftara le récit de Yehoyada. Et quelle est la première semaine ?
Toute [semaine] où roch h'odech Adar tombe en elle, et même un vendredi. À la deuxième, Zakhor, et l'on lit en haftara « J'ai noté ».
Et quelle est la deuxième semaine ? Toute [semaine] où Pourim tombe en elle, et même un vendredi.
La baraita reprend l'ensemble des quatre parachiot avec leur haftara et leur repère de calendrier. Elle a déjà été invoquée plus haut dans la discussion ; chacun des deux maîtres la lit selon son avis, Rav entendant « en elle » de la semaine et Chemouel du chabbat lui-même.
À la troisième, la vache rousse, et l'on lit en haftara « Je répandrai sur vous [des eaux pures] ». Et quel est le troisième chabbat ?
Tout [chabbat] adjacent à Pourim, après lui. À la quatrième, « Ce mois-ci », et l'on lit en haftara « Ainsi parle Hachem D.ieu : au premier mois, le premier du mois ».
Fin de la baraita. Chaque parachat reçoit une haftara qui lui répond : Ezechiel 36 pour la vache rousse, avec la promesse de purification, et Ezechiel 45 pour Hah'odech, avec l'inauguration du sanctuaire au premier jour du premier mois.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).