Sougya : Le traité s'ouvre sur les travaux agricoles permis pendant hol ha-moed, les jours intermédiaires de la fête. La michna permet d'arroser un beit hachel'hin, le champ assoiffé qui serait perdu sans eau, depuis n'importe quelle source, mais interdit de puiser l'eau d'une citerne de pluie ou d'un kilon.
La Guemara dégage de là trois critères : la perte autorise le travail, le simple accroissement du profit ne l'autorise pas, et la peine excessive reste interdite même face à une perte. Elle cherche alors quel tana soutient ces trois positions ensemble : Rav Houna propose Rabbi Eliezer ben Yaakov, rejeté faute de témoignage sur la peine ; Rav Papa propose Rabbi Yehouda, appuyé sur une baraita où s'opposent Rabbi Meir, Rabbi Yehouda et Rabbi Elazar ben Azaria.
Le folio s'achève sur une objection à cette identification, poursuivie en 2b.
MICHNA. On arrose un beit hachel'hin (champ qui a besoin d'irrigation) pendant le moed (les jours intermédiaires de la fête) et pendant la chevi'it (septième année), aussi bien depuis une source qui vient de jaillir que depuis une source qui n'a pas jailli récemment.
Mais on n'arrose ni avec l'eau de pluie [recueillie en citerne], ni avec l'eau du kilon (chadouf, levier à balancier pour puiser).
Le traité s'ouvre sur le régime des travaux pendant hol ha-moed. Le principe de base : on s'abstient de travailler, mais les Sages ont levé l'interdit là où l'abstention entraîne une perte (pesida). Le beit hachel'hin est le cas type : un champ qui doit être arrosé en permanence et qui se perd sans eau.
La michna pose aussitôt une limite interne. Même pour ce champ en perte, la permission ne couvre que l'eau qui vient d'elle-même, celle d'une source. L'eau de pluie stagnante dans une citerne et l'eau tirée au kilon demandent de puiser seau par seau : c'est une tir'ha yetera, une peine excessive, et elle reste interdite.
Et l'on ne creuse pas de cuvettes (ougiyot) au pied des vignes. Rabbi Elazar ben Azaria dit : on ne creuse pas un canal (ama) pour la première fois pendant le moed ni pendant la chevi'it.
Et les Sages disent : on creuse un canal pour la première fois pendant la chevi'it, et l'on répare ceux qui sont abîmés pendant le moed.
Deux précisions dans le prolongement du principe. Les ougiyot, cuvettes creusées autour des ceps pour retenir l'eau, demandent un travail de terrassement qui ne répond à aucune perte immédiate.
Pour le canal, la distinction porte sur le neuf et l'ancien. Creuser un canal pour la première fois est un travail lourd ; réparer un canal existant l'est beaucoup moins. Les Sages permettent donc la réparation au moed, tandis que Rabbi Elazar ben Azaria, ici encore le plus strict, refuse le canal neuf dans les deux régimes.
Et l'on répare les installations d'eau abîmées qui se trouvent dans le domaine public, on les cure ; on répare les routes, les places et les mikvaot ; on pourvoit à tous les besoins du public ; on marque les tombes ; et l'on sort même [inspecter] les kilayim (mélanges interdits d'espèces).
La michna passe du domaine privé au domaine public. Ici, la permission ne repose plus sur la perte du propriétaire mais sur le besoin collectif : eau potable, voies praticables, bains rituels utilisables pendant la fête.
Deux items sortent de la série. Marquer les tombes protège les pèlerins de l'impureté avant la montée au Temple. Et sortir pour les kilayim relève, comme Tossefot le souligne, d'une obligation et non d'une simple faculté.
GUEMARA. À présent que l'on peut dire : depuis une source qui vient de jaillir, laquelle risque de s'ébouler — on arrose ; depuis une source qui n'a pas jailli récemment, laquelle ne risque pas de s'ébouler — faut-il le dire ?
Première question de la Guemara, de nature rédactionnelle. Une source nouvelle a des bords encore instables : en l'ouvrant vers le champ, on s'expose à un éboulement qui obligerait à un travail de réparation important, le genre de peine que la michna refuse. Elle est donc le cas difficile.
Or la michna la permet. Mentionner ensuite la source ancienne, plus facile, semble superflu : le raisonnement du kal va-homer (à fortiori) devrait suffire.
Ils disent : c'était nécessaire. Si le tana n'avait enseigné que la source qui vient de jaillir, j'aurais dit : c'est ici [seulement] qu'un beit hachel'hin — oui, un beit ha-baal — non, parce qu'elle risque de s'ébouler.
Mais une source qui n'a pas jailli récemment, laquelle ne risque pas de s'ébouler — je dirais que même un beit ha-baal, lui aussi [on peut l'arroser],
La réponse renverse la perspective. La seconde mention ne sert pas à permettre davantage, elle sert à restreindre. Sans elle, on aurait attribué l'exclusion du beit ha-baal au seul risque d'éboulement de la source nouvelle.
Le beit ha-baal, défini par Rachi comme le champ de plaine qui se contente de la pluie, ne subit aucune perte si on ne l'arrose pas. Son exclusion tient à cette absence de perte, non au type de source.
Il nous enseigne donc : qu'il s'agisse d'une source qui vient de jaillir ou d'une source qui n'a pas jailli récemment, un beit hachel'hin — oui, un beit ha-baal — non.
Conclusion : le type de source est indifférent au verdict. Le critère unique est la nature du champ, autrement dit la présence ou l'absence de perte.
Et d'où [sait-on] que ce terme « beit hachel'hin » est une expression de soif ? Car il est écrit : « et toi, tu étais épuisé et fatigué » (Devarim 25,18), et nous traduisons [en araméen] : « et toi, tu étais assoiffé (mechalhei) et fatigué ».
La Guemara justifie le vocabulaire de la michna par le targoum, la traduction araméenne. Le verset sur Amalek décrit Israël « épuisé » (ayef) ; le targoum rend ce mot par la racine chalhei, qui désigne la soif.
Rachi ajoute la clé graphique : le heh et le het s'échangent. Le champ « chel'hin » est donc le champ assoiffé.
Et d'où [sait-on] que ce terme « beit ha-baal » est une expression d'établissement ? Car il est écrit : « car comme un jeune homme épouse (yiv'al) une vierge » (Yechayahou 62,5), et nous traduisons : « car de même qu'un jeune homme s'établit avec une vierge, ainsi tes fils s'établiront en toi ».
Même méthode pour le second terme. La racine baal évoque l'installation stable d'un foyer ; le targoum du verset d'Isaie la rend par un verbe d'établissement.
Le beit ha-baal est donc le champ installé, qui tient tout seul avec ce que le ciel lui donne, par opposition au champ assoiffé qui dépend de la main de l'homme.
Quel est le tana qui [tient] : une perte — oui, un accroissement du profit — non, et qui, même là où il y a perte, ne nous laisse pas non plus nous donner de la peine ?
La Guemara cherche l'auteur de cette michna anonyme, parce qu'elle réunit trois positions distinctes qui doivent tenir ensemble chez un même tana : la perte permet le travail, la harvaha (accroissement du profit) ne le permet pas, et la tir'ha yetera reste interdite même en cas de perte.
Tossefot explique l'enjeu : plus loin, Rabbi Meir contredit cette michna. Une michna anonyme n'est donc pas ici la voix de tous, et il faut lui trouver un père.
Rav Houna dit : c'est Rabbi Eliezer ben Yaakov. Car nous avons appris : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : on tire l'eau d'un arbre à l'autre, pourvu qu'il n'arrose pas tout le champ.
Première proposition. Dans un verger, Rabbi Eliezer ben Yaakov permet de conduire l'eau d'un arbre à l'autre par une petite rigole : les arbres, dit Tossefot, sont comparables à un beit hachel'hin et réclament davantage d'eau.
La restriction est décisive : ne pas arroser tout le champ. L'espace entre les arbres est un beit ha-baal, et l'arroser ne serait qu'un accroissement du profit. Rabbi Eliezer ben Yaakov refuse donc la harvaha.
Admettons que tu aies entendu Rabbi Eliezer [ben Yaakov] dire que l'accroissement du profit, non ; mais la peine là où il y a perte, la lui as-tu entendu [interdire] ?
La proposition est rejetée pour insuffisance de preuve. Le texte cite ne témoigne que du deuxième trait, le refus de la harvaha. Rien n'y montre que Rabbi Eliezer ben Yaakov interdise aussi la peine excessive dans un cas de perte.
Identifier un tana exige que tous les traits de la michna soient attestés chez lui, et non seulement une partie.
Rav Papa dit plutôt : de qui est-ce [l'avis] ? C'est celui de Rabbi Yehouda.
Car il est enseigné [dans une baraita] : depuis une source qui vient de jaillir, on arrose même un champ beit ha-baal — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : on n'arrose qu'un champ beit hachel'hin qui s'est desséché.
Rabbi Elazar ben Azaria dit : ni l'un ni l'autre. Plus encore, Rabbi Yehouda a dit : on ne détournera pas un canal d'eau pour arroser son jardin ou sa ruine pendant hol ha-moed.
Rav Papa produit une baraita à trois voix, étagées du plus permissif au plus strict. Rabbi Meir permet même le beit ha-baal depuis une source nouvelle ; Rabbi Yehouda limite au beit hachel'hin desséché ; Rabbi Elazar ben Azaria refuse dans tous les cas.
La phrase « plus encore » apporte le trait manquant : Rabbi Yehouda interdit de détourner un canal, un travail pénible, alors même qu'il s'agit d'un champ en perte. Les trois traits de la michna sont donc réunis chez lui.
Que signifie « qui s'est desséché » ? Si l'on dit : desséché au sens propre, pourquoi aurais-je à l'arroser ?
Abaye dit : [le champ] s'est desséché du fait de cette source-ci, et une autre source a jailli pour lui.
Le mot de Rabbi Yehouda demande une précision. Pris au pied de la lettre, un champ déjà perdu ne se rattrape plus : l'arroser n'évite aucune perte.
Abaye déplace le desséché du champ vers la source : c'est la source habituelle qui s'est tarie, et une autre a jailli entre-temps. Le champ, habitué à boire, est bien en perte s'il reste sans eau — et pourtant Rabbi Yehouda ne permet que la source, jamais la citerne ni le kilon.
« Rabbi Elazar ben Azaria dit : ni l'un ni l'autre » — qu'il n'y ait pas de différence entre le cas où sa source s'est tarie et le cas où elle ne s'est pas tarie : depuis une source qui vient de jaillir, non.
La Guemara précise l'avis le plus strict. « Ni l'un ni l'autre » ne signifie pas une position intermédiaire : Rabbi Elazar ben Azaria exclut la source nouvelle dans les deux situations, même pour un champ assoiffé privé de son eau.
Cette rigueur sert l'argument de Rav Papa : puisque Rabbi Elazar ben Azaria est plus strict que la michna, et Rabbi Meir plus permissif, seul Rabbi Yehouda occupe la position exacte de la michna.
Et d'où [le tires-tu] ? Peut-être Rabbi Yehouda n'a-t-il dit « un beit hachel'hin — oui, un beit ha-baal — non » qu'à propos d'une source qui vient de jaillir
Le folio s'achève sur une attaque de l'identification. La baraita ne fait parler Rabbi Yehouda que d'une source nouvelle, dont les bords instables justifient à eux seuls la sévérité.
Rien n'établit donc qu'il refuse le beit ha-baal depuis une source déjà établie, alors que la michna, elle, le refuse dans tous les cas. La discussion se poursuit en 2b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).