Moed_Katan 2a — Arroser au moed : perte, profit et peine excessive

Moed_Katan 2a

Sougya : Le traité s'ouvre sur les travaux agricoles permis pendant hol ha-moed, les jours intermédiaires de la fête. La michna permet d'arroser un beit hachel'hin, le champ assoiffé qui serait perdu sans eau, depuis n'importe quelle source, mais interdit de puiser l'eau d'une citerne de pluie ou d'un kilon.

La Guemara dégage de là trois critères : la perte autorise le travail, le simple accroissement du profit ne l'autorise pas, et la peine excessive reste interdite même face à une perte. Elle cherche alors quel tana soutient ces trois positions ensemble : Rav Houna propose Rabbi Eliezer ben Yaakov, rejeté faute de témoignage sur la peine ; Rav Papa propose Rabbi Yehouda, appuyé sur une baraita où s'opposent Rabbi Meir, Rabbi Yehouda et Rabbi Elazar ben Azaria.

Le folio s'achève sur une objection à cette identification, poursuivie en 2b.

Arroser un champ pendant hol ha-moed : l'arbre de décision de la michna Deux filtres successifs : y a-t-il une perte ? et la peine demandée est-elle excessive ? Je veux arroser mon champ pendant les jours intermédiaires de la fête FILTRE 1 : quel type de champ ? Beit hachel'hin champ assoiffé, en hauteur, qui doit être arrosé en permanence : sans eau il est perdu = pesida (perte) Beit ha-baal champ établi, dans la plaine, que la pluie suffit à nourrir : il ne perd rien sans arrosage = harvaha (accroissement du profit) INTERDIT même depuis une source déjà établie FILTRE 2 : quelle eau ? Eau de source (maayan) elle coule d'elle-même : il suffit d'ouvrir une rigole peu de peine Eau de pluie en citerne ou eau du kilon il faut puiser seau par seau tir'ha yetera (peine excessive) PERMIS INTERDIT Règle du tana de la michna : la perte lève l'interdit, le simple profit ne le lève pas, et même face à une perte la permission s'arrête devant le travail pénible.
Arbre de décision : quel champ, quelle eau, et le verdict de la michna.
La baraita de Rav Papa : trois avis sur la source qui vient de jaillir Une source nouvelle risque de s'ébouler : l'arroser peut entraîner un travail pénible imprévu. Rabbi Meir Le plus permissif On irrigue depuis une source nouvelle même un beit ha-baal. Raison : l'eau coule seule, le travail reste léger ; il ne craint pas l'éboulement. Ce qu'il autorise perte : oui simple profit : oui peine légère : oui Rabbi Yehouda Position médiane On irrigue seulement un beit hachel'hin qui s'est desséché (sa source s'est tarie). Et il ajoute : on ne détourne pas un canal, c'est trop pénible. Ce qu'il autorise perte : oui simple profit : non peine excessive : non R. Elazar ben Azaria Le plus strict Ni l'un ni l'autre : depuis une source nouvelle, on n'irrigue pas, même un beit hachel'hin, même si sa source s'est tarie. Raison : risque d'éboulement. Ce qu'il autorise source nouvelle : non source tarie : non canal neuf au moed : non Nafka mina pour notre michna Rav Papa lit la michna selon Rabbi Yehouda : perte oui, profit non, peine excessive non. La Guemara objecte aussitôt : Rabbi Yehouda n'a peut-être parlé que de la source nouvelle, et rien ne prouve qu'il interdise le beit ha-baal depuis une source déjà établie. La suite est en 2b.
La baraita de Rav Papa : Rabbi Meir, Rabbi Yehouda et Rabbi Elazar ben Azaria.
Le fil du folio : de la michna à la recherche de son auteur La Guemara passe du sens des mots à l'identification du tana anonyme. 1. La michna On irrigue le beit hachel'hin au moed et en chevi'it, depuis toute source ; jamais avec l'eau de citerne ni le kilon. 2. Question de rédaction Si la source nouvelle, plus risquée, est permise, pourquoi mentionner la source établie ? Réponse : sans cette mention on aurait cru que la source établie autorise aussi le beit ha-baal. 3. Philologie chel'hin vient de la racine de la soif (targoum de eyef : assoiffé) ; baal vient de l'idée d'établissement stable. 4. Qui est le tana ? Il tient trois choses à la fois : perte oui, simple profit non, et pas de peine excessive même face à une perte. 5. Rav Houna : R. Eliezer ben Yaakov Il interdit d'arroser tout le champ : donc il refuse le simple profit. Rejeté : rien chez lui sur la peine excessive. 6. Rav Papa : Rabbi Yehouda Il limite au beit hachel'hin desséché et refuse de détourner un canal. Les deux traits y sont réunis. 7. Dernière objection du folio : peut-être Rabbi Yehouda n'a-t-il parlé que de la source nouvelle. À suivre en 2b.
Le fil du folio, de la michna à l'objection finale.
1
מַשְׁקִין בֵּית הַשְּׁלָחִין בַּמּוֹעֵד וּבַשְּׁבִיעִית, בֵּין מִמַּעְיָין שֶׁיָּצָא בַּתְּחִילָּה, בֵּין מִמַּעְייָן שֶׁלֹּא יָצָא בַּתְּחִילָּה. אֲבָל אֵין מַשְׁקִין לֹא מִמֵּי הַגְּשָׁמִים, וְלֹא מִמֵּי הַקִּילוֹן.

MICHNA. On arrose un beit hachel'hin (champ qui a besoin d'irrigation) pendant le moed (les jours intermédiaires de la fête) et pendant la chevi'it (septième année), aussi bien depuis une source qui vient de jaillir que depuis une source qui n'a pas jailli récemment.

Mais on n'arrose ni avec l'eau de pluie [recueillie en citerne], ni avec l'eau du kilon (chadouf, levier à balancier pour puiser).

📜 Rachi (5)
מַתְנִי' מַשְׁקִין בֵּית הַשְּׁלָחִין בַּמּוֹעֵד שָׂדֶה שֶׁהִיא עוֹמֶדֶת בָּהָר וְצָרִיךְ לְהַשְׁקוֹתָהּ תָּמִיד מַשְׁקִין אוֹתָהּ אֲפִילּוּ בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד לְפִי שֶׁהוּא לוֹ הֶפְסֵד גָּדוֹל אִם אֵינוֹ מַשְׁקֶה אוֹתָהּ וְדָבָר שֶׁל הֶפְסֵד הִתִּירוּ חֲכָמִים לִטְרֹוחַ בּוֹ בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד כְּמוֹ שֶׁאָנוּ מוֹצְאִין בְּמַסֶּכֶת חֲגִיגָה (דַּף יח.) דִּכְתִיב (דְּבָרִים טז ח) שֵׁשֶׁת יָמִים תֹּאכַל מַצּוֹת וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי עֲצֶרֶת לַה' אֱ-לֹהֶיךָ מַה שְׁבִיעִי עָצוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה אַף שִׁשָּׁה עֲצוּרִים בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה אִי מַה שְׁבִיעִי עָצוּר בְּכָל מְלָאכָה אַף שִׁשָּׁה עֲצוּרִין בְּכָל מְלָאכָה תַּלְמוּד לוֹמַר הַשְּׁבִיעִי שְׁבִיעִי עָצוּר בְּכָל מְלָאכָה וְאֵין שִׁשָּׁה עֲצוּרִין בְּכָל מְלָאכָה הָא לֹא מְסָרָן הַכָּתוּב אֶלָּא לַחֲכָמִים לוֹמַר לָךְ אֵיזוֹ מְלָאכָה אֲסוּרָה בחוש"מ וְאֵי זוֹ מֻותֶּרֶת וּמְלָאכָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ הֶפְסֵד אִם אֵינוֹ עוֹשֶׂה אוֹתָהּ כְּגוֹן לְהַשְׁקוֹת בֵּית הַשְּׁלָחִין הִתִּירוּ חֲכָמִים:
Un champ situé en hauteur, qu'il faut arroser constamment : on l'arrose même pendant hol ha-moed, parce que c'est pour lui une grande perte s'il ne l'arrose pas. Et une chose qui comporte une perte, les Sages ont permis de s'y donner de la peine pendant hol ha-moed, comme nous le trouvons au traité Haguiga (18a) : il est écrit « Six jours tu mangeras des matsot et le septième jour ce sera atseret pour Hachem ton D.ieu » (Devarim 16,8) — de même que le septième jour est retenu quant à l'accomplissement d'un travail, de même les six [autres] sont retenus quant à l'accomplissement d'un travail. Si [l'on objectait] : de même que le septième est retenu de tout travail, de même les six seraient retenus de tout travail ? L'Écriture dit « le septième » : le septième est retenu de tout travail, et les six ne sont pas retenus de tout travail. Ainsi l'Écriture ne les a livrés qu'aux Sages, pour te dire quel travail est interdit pendant hol ha-moed et lequel est permis. Et un travail dont l'abstention entraîne une perte — comme arroser un beit hachel'hin — les Sages l'ont permis.
וּבַשְּׁבִיעִית מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Expliqué dans la Guemara.
מִמַּעְייָן שֶׁיָּצָא בַּתְּחִילָּה דְּעַכְשָׁיו מַתְחִיל לִנְבֹּועַ שֶׁעֲדַייִן לֹא הֶחֱזִיקָה דַּרְכָּהּ:
Car elle commence à sourdre maintenant seulement : elle n'a pas encore stabilisé son cours.
בֵּין מִמַּעְייָן שֶׁלֹּא יָצָא בַּתְּחִילָּה אֶלָּא מַעְייָן נוֹבֵעַ מִזְּמַן מְרֻובֶּה:
Mais une source qui coule depuis longtemps.
אֲבָל לֹא מִמֵּי גְשָׁמִים מִשּׁוּם דְּאִית בֵּיהּ טִירְחָא יַתִּירָא כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Parce qu'il y a là une peine excessive, comme la Guemara l'explique.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנִי' מַשְׁקִין בֵּית הַשְּׁלָחִין. שָׂדֶה שֶׁאֵינָהּ מִסְתַּפֶּקֶת בְּמֵי גְּשָׁמִים וְצָרִיךְ לְהַשְׁקוֹתָהּ תָּמִיד וְאִם אֵין מַשְׁקִין אוֹתָהּ תָּדִיר נִפְסֶדֶת וְהִלְכָּךְ מַשְׁקִין אוֹתָהּ בחוה"מ וּמִשּׁוּם פְּסֵידָא שָׁרוּ לֵיהּ רַבָּנָן כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶ' אֵין דּוֹרְשִׁין (חֲגִיגָה דַּף יח. וְשָׁם) תַּנְיָא אִידַּךְ שֵׁשֶׁת יָמִים תֹּאכַל מַצּוֹת וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי עֲצֶרֶת לַה' אֱ-לֹהֶיךָ מַה שְׁבִיעִי עָצוּר אַף שִׁשָּׁה עֲצוּרִים אִי מַה שְׁבִיעִי עָצוּר מִכָּל מְלָאכָה אַף כָּל שִׁשָּׁה עֲצוּרִים מִכָּל מְלָאכָה תַּלְמוּד לוֹמַר הַשְּׁבִיעִי הֵ"א יַתִּירָא הַשְּׁבִיעִי עָצוּר מִכָּל מְלָאכָה וְאֵין הַשִּׁשָּׁה עֲצוּרִים מִכָּל מְלָאכָה הָא לֹא: מְסָרָן הַכָּתוּב אֶלָּא לַחֲכָמִים לְלַמֶּדְךָ אֵיזֶה יוֹם אָסוּר וְאֵיזֶה יוֹם מֻותָּר אֵיזוֹ מְלָאכָה אֲסוּרָה וְאֵיזוֹ מְלָאכָה מֻותֶּרֶת:
Un champ qui ne se contente pas de l'eau de pluie et qu'il faut arroser constamment ; s'il n'est pas arrosé régulièrement, il se perd. C'est pourquoi on l'arrose pendant hol ha-moed : en raison de la perte (pesida), les Sages le lui ont permis, comme nous le disons au chapitre Ein dorchin (Haguiga 18a) : il est enseigné par ailleurs « Six jours tu mangeras des matsot et le septième jour ce sera atseret pour Hachem ton D.ieu » — de même que le septième est retenu, de même les six sont retenus. Si [l'on objectait] : de même que le septième est retenu de tout travail, de même les six seraient retenus de tout travail ? L'Écriture dit « le septième » — le heh est superflu : le septième est retenu de tout travail, et les six ne sont pas retenus de tout travail. Ainsi l'Écriture ne les a livrés qu'aux Sages, pour t'enseigner quel jour est interdit et quel jour est permis, quel travail est interdit et quel travail est permis.
💡 Explication

Le traité s'ouvre sur le régime des travaux pendant hol ha-moed. Le principe de base : on s'abstient de travailler, mais les Sages ont levé l'interdit là où l'abstention entraîne une perte (pesida). Le beit hachel'hin est le cas type : un champ qui doit être arrosé en permanence et qui se perd sans eau.

La michna pose aussitôt une limite interne. Même pour ce champ en perte, la permission ne couvre que l'eau qui vient d'elle-même, celle d'une source. L'eau de pluie stagnante dans une citerne et l'eau tirée au kilon demandent de puiser seau par seau : c'est une tir'ha yetera, une peine excessive, et elle reste interdite.

🖼️ Schéma
Les trois modes d'arrosage de la michna Ce qui décide, c'est la quantité d'effort humain que l'eau réclame. Source (maayan) L'eau coule d'elle-même. Il suffit d'ouvrir la rigole et de la laisser aller au champ. PERMIS Citerne d'eau de pluie L'eau est immobile au fond. Il faut la puiser seau par seau. INTERDIT Kilon (chadouf) Levier à balancier et contrepoids : chaque seau demande un effort. INTERDIT Les deux interdits valent même pour un beit hachel'hin en perte : la peine excessive (tir'ha yetera) ferme la porte que la perte avait ouverte.
Les trois modes d'arrosage et leur verdict.
2
וְאֵין עוֹשִׂין עוּגִיּוֹת לַגְּפָנִים. רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אוֹמֵר: אֵין עוֹשִׂין אֶת הָאַמָּה בַּתְּחִילָּה בַּמּוֹעֵד וּבִשְׁבִיעִית, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: עוֹשִׂין אֶת הָאַמָּה בַּתְּחִילָּה בַּשְּׁבִיעִית, וּמְתַקְּנִין אֶת הַמְקֻולְקָלוֹת בַּמּוֹעֵד.

Et l'on ne creuse pas de cuvettes (ougiyot) au pied des vignes. Rabbi Elazar ben Azaria dit : on ne creuse pas un canal (ama) pour la première fois pendant le moed ni pendant la chevi'it.

Et les Sages disent : on creuse un canal pour la première fois pendant la chevi'it, et l'on répare ceux qui sont abîmés pendant le moed.

💡 Explication

Deux précisions dans le prolongement du principe. Les ougiyot, cuvettes creusées autour des ceps pour retenir l'eau, demandent un travail de terrassement qui ne répond à aucune perte immédiate.

Pour le canal, la distinction porte sur le neuf et l'ancien. Creuser un canal pour la première fois est un travail lourd ; réparer un canal existant l'est beaucoup moins. Les Sages permettent donc la réparation au moed, tandis que Rabbi Elazar ben Azaria, ici encore le plus strict, refuse le canal neuf dans les deux régimes.

3
וּמְתַקְּנִין אֶת קִלְקוּלֵי הַמַּיִם שֶׁבִּרְשׁוּת הָרַבִּים, וְחוֹטְטִין אוֹתָן, וּמְתַקְּנִין אֶת הַדְּרָכִים וְאֶת הָרְחוֹבוֹת וְאֶת מִקְווֹת הַמַּיִם, וְעוֹשִׂין כָּל צָורְכֵי הָרַבִּים, וּמְצַייְּנִין אֶת הַקְּבָרוֹת, וְיוֹצְאִין אַף עַל הַכִּלְאַיִם.

Et l'on répare les installations d'eau abîmées qui se trouvent dans le domaine public, on les cure ; on répare les routes, les places et les mikvaot ; on pourvoit à tous les besoins du public ; on marque les tombes ; et l'on sort même [inspecter] les kilayim (mélanges interdits d'espèces).

🗂️ Tossefot (3)
וְחוֹטְטִין אוֹתָהּ. שֶׁאִם נִתְמַלֵּא הַבּוֹר מֻותָּר לַחֲטֹוט לְהֶעְמִיקוּ שֶׁהֶעָפָר תִּיחוּחַ אֲבָל לְחוֹפְרָהּ בַּתְּחִילָּה שֶׁהַקַּרְקַע קָשֶׁה לֹא מִשּׁוּם דְּאִיכָּא טִירְחָא יַתִּירָא:
Si la citerne s'est remplie [de terre], il est permis de la curer pour l'approfondir, car la terre y est meuble ; mais la creuser pour la première fois, où le sol est dur, non, parce qu'il y a là une peine excessive.
וּמְצַייְּנִין. דְּלֵיכָּא טִירְחָא:
Parce qu'il n'y a pas de peine.
וְיוֹצְאִין עַל הַכִּלְאַיִם. מִצְוָה הוּא לָצֵאת כִּדְאָמְרִינַן בגמ' וְלָא דָּמֵי לְהָנֵי אַחֲרֵינִי דְּקָתָנֵי וּמְתַקְּנִין דְּהַאי חוֹבָה הוּא כִּדְמוֹכַח בַּגְּמָרָא:
C'est une mitsva de sortir, comme nous le disons dans la Guemara. Et cela ne ressemble pas aux autres cas où il est enseigné « on répare », car ici il s'agit d'une obligation (hova), comme la Guemara le démontre.
💡 Explication

La michna passe du domaine privé au domaine public. Ici, la permission ne repose plus sur la perte du propriétaire mais sur le besoin collectif : eau potable, voies praticables, bains rituels utilisables pendant la fête.

Deux items sortent de la série. Marquer les tombes protège les pèlerins de l'impureté avant la montée au Temple. Et sortir pour les kilayim relève, comme Tossefot le souligne, d'une obligation et non d'une simple faculté.

4
גְּמָ׳ הַשְׁתָּא יֵשׁ לוֹמַר מִמַּעְיָין שֶׁיָּצָא בַּתְּחִילָּה, דְּאָתֵי לְאִינְּפוֹלֵי — מַשְׁקִין, מִמַּעְיָין שֶׁלֹּא יָצָא בַּתְּחִילָּה, דְּלָא אָתֵי לְאִינְּפוֹלֵי — מִיבַּעְיָא?

GUEMARA. À présent que l'on peut dire : depuis une source qui vient de jaillir, laquelle risque de s'ébouler — on arrose ; depuis une source qui n'a pas jailli récemment, laquelle ne risque pas de s'ébouler — faut-il le dire ?

📜 Rachi (4)
גְּמ' דְּאָתֵי לְאִינְּפוֹלֵי הַקַּרְקַע שֶׁסְּבִיבָהּ דַּעֲדַייִן לֹא הֶחֱזִיקָה דַּרְכָּהּ:
Le sol qui l'entoure, car [la source] n'a pas encore stabilisé son cours.
מַשְׁקִין בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד וְלָא חָיְישִׁינַן דִּלְמָא נָפֵיל וְאָזֵיל וְטָרַח טִירְחָא יַתִּירָא:
Pendant hol ha-moed, et l'on ne craint pas qu'[elle] s'éboule et qu'il aille s'y donner une peine excessive.
מַעְייָן שֶׁלֹּא יָצָא בַּתְּחִילָּה שֶׁכְּבָר הֶחֱזִיק דַּרְכּוֹ:
Qui a déjà stabilisé son cours.
מִיבַּעְיָא דְּמַשְׁקֶה מִמֶּנּוּ בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד:
Faut-il dire qu'il arrose à partir d'elle pendant hol ha-moed ?
💡 Explication

Première question de la Guemara, de nature rédactionnelle. Une source nouvelle a des bords encore instables : en l'ouvrant vers le champ, on s'expose à un éboulement qui obligerait à un travail de réparation important, le genre de peine que la michna refuse. Elle est donc le cas difficile.

Or la michna la permet. Mentionner ensuite la source ancienne, plus facile, semble superflu : le raisonnement du kal va-homer (à fortiori) devrait suffire.

5
אָמְרִי, אִצְטְרִיךְ: אִי תַּנָּא מַעְיָין שֶׁיָּצָא בַּתְּחִילָּה, הֲוָה אֲמִינָא: הָכָא הוּא דְּבֵית הַשְּׁלָחִין — אִין, בֵּית הַבַּעַל — לֹא, מִשּׁוּם דְּאָתֵי לְאִינְּפוֹלֵי. אֲבָל מַעְיָין שֶׁלֹּא יָצָא בַּתְּחִילָּה, דְּלָא אָתֵי לְאִינְּפוֹלֵי — אֵימָא אֲפִילּוּ בֵּית הַבַּעַל נָמֵי,

Ils disent : c'était nécessaire. Si le tana n'avait enseigné que la source qui vient de jaillir, j'aurais dit : c'est ici [seulement] qu'un beit hachel'hin — oui, un beit ha-baal — non, parce qu'elle risque de s'ébouler.

Mais une source qui n'a pas jailli récemment, laquelle ne risque pas de s'ébouler — je dirais que même un beit ha-baal, lui aussi [on peut l'arroser],

📜 Rachi (1)
בֵּית הַבַּעַל שָׂדֶה הוּא בְּעֵמֶק וְאֵינוֹ צָרִיךְ לְהַשְׁקוֹתָהּ וְאֵין בָּהּ הֶפְסֵד אִם אֵין מַשְׁקֶה אוֹתָהּ:
C'est un champ situé dans la plaine ; il n'a pas besoin d'être arrosé, et il n'y a pas de perte s'il ne l'arrose pas.
💡 Explication

La réponse renverse la perspective. La seconde mention ne sert pas à permettre davantage, elle sert à restreindre. Sans elle, on aurait attribué l'exclusion du beit ha-baal au seul risque d'éboulement de la source nouvelle.

Le beit ha-baal, défini par Rachi comme le champ de plaine qui se contente de la pluie, ne subit aucune perte si on ne l'arrose pas. Son exclusion tient à cette absence de perte, non au type de source.

🖼️ Schéma
Beit hachel'hin et beit ha-baal : deux champs, deux régimes La différence est topographique avant d'être juridique. Champ en hauteur la pluie ruisselle et ne reste pas Beit hachel'hin il doit être arrosé sans cesse sans eau, la récolte est perdue arrosage PERMIS au moed Champ dans la plaine la pluie s'y accumule et lui suffit Beit ha-baal l'arroser ne fait qu'améliorer le rendement : aucune perte à éviter arrosage INTERDIT au moed
Les deux types de champ et ce qui les sépare.
6
קָא מַשְׁמָע לַן: לָא שְׁנָא מַעְיָין שֶׁיָּצָא בַּתְּחִילָּה, וְלָא שְׁנָא מַעְיָין שֶׁלֹּא יָצָא בַּתְּחִילָּה, בֵּית הַשְּׁלָחִין — אִין, בֵּית הַבַּעַל — לָא.

Il nous enseigne donc : qu'il s'agisse d'une source qui vient de jaillir ou d'une source qui n'a pas jailli récemment, un beit hachel'hin — oui, un beit ha-baal — non.

📜 Rachi (2)
קָא מַשְׁמָע לַן מַתְנִיתִין דְּתָנֵי בֵּין מִמַּעְיָין שֶׁלֹּא יָצָא בַּתְּחִילָּה:
Notre michna, qui enseigne « aussi bien depuis une source qui n'a pas jailli récemment ».
בֵּית הַשְּׁלָחִין אֵין בֵּית הַבַּעַל אֲפִילּוּ מִמַּעְייָן שֶׁלֹּא יָצָא בַּתְּחִילָּה לֹא:
Même depuis une source qui n'a pas jailli récemment, non.
💡 Explication

Conclusion : le type de source est indifférent au verdict. Le critère unique est la nature du champ, autrement dit la présence ou l'absence de perte.

7
וּמַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״בֵּית הַשְּׁלָחִין״ לִישָּׁנָא דְּצָחוּתָא הִיא — דִּכְתִיב: ״וְאַתָּה עָיֵף וְיָגֵעַ״, וּמְתַרְגְּמִינַן: וְאַתְּ מִשִּׁלְהֵי וּלְאֵי.

Et d'où [sait-on] que ce terme « beit hachel'hin » est une expression de soif ? Car il est écrit : « et toi, tu étais épuisé et fatigué » (Devarim 25,18), et nous traduisons [en araméen] : « et toi, tu étais assoiffé (mechalhei) et fatigué ».

📜 Rachi (1)
(נְישַׁלְהֵי) וְהֵ"א מִתְחַלֵּף בְּחֵי"ת:
Et le heh s'échange avec le het.
🗂️ Tossefot (1)
עָיֵף וְיָגֵעַ. צָמֵא לְמַיִם כְּדִכְתִיב הִרְוִיתִי נֶפֶשׁ עֲיֵפָה (יִרְמְיָהוּ ל״א:כ״ה):
Assoiffé d'eau, comme il est écrit : « j'ai désaltéré l'âme épuisée » (Yirmiyahou 31,24).
💡 Explication

La Guemara justifie le vocabulaire de la michna par le targoum, la traduction araméenne. Le verset sur Amalek décrit Israël « épuisé » (ayef) ; le targoum rend ce mot par la racine chalhei, qui désigne la soif.

Rachi ajoute la clé graphique : le heh et le het s'échangent. Le champ « chel'hin » est donc le champ assoiffé.

8
וּמַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״בֵּית הַבַּעַל״ לִישָּׁנָא דִּמְיַיתְּבוּתָא הִיא — דִּכְתִיב: ״כִּי יִבְעַל בָּחוּר בְּתוּלָה״, וּמְתַרְגְּמִינַן: אֲרֵי כַּמָּה דְּמִיתּוֹתַב עוּלֵם עִם בְּתוּלְתָּא יִתְיַיתְּבוּן בְּגַוִּיךְ בְּנַיִיךְ.

Et d'où [sait-on] que ce terme « beit ha-baal » est une expression d'établissement ? Car il est écrit : « car comme un jeune homme épouse (yiv'al) une vierge » (Yechayahou 62,5), et nous traduisons : « car de même qu'un jeune homme s'établit avec une vierge, ainsi tes fils s'établiront en toi ».

💡 Explication

Même méthode pour le second terme. La racine baal évoque l'installation stable d'un foyer ; le targoum du verset d'Isaie la rend par un verbe d'établissement.

Le beit ha-baal est donc le champ installé, qui tient tout seul avec ce que le ciel lui donne, par opposition au champ assoiffé qui dépend de la main de l'homme.

9
מַאן תְּנָא דִּפְסֵידָא — אִין, הַרְווָחָה — לֹא, וַאֲפִילּוּ בִּמְקוֹם פְּסֵידָא — מִיטְרָח נָמֵי לָא טָרְחִינַן?

Quel est le tana qui [tient] : une perte — oui, un accroissement du profit — non, et qui, même là où il y a perte, ne nous laisse pas non plus nous donner de la peine ?

📜 Rachi (3)
מַאן תְּנָא דְּמַתְנִי' דִּפְסֵידָא שָׁרִי לְמִיטְרַח בָּהּ בחוש"מ כְּגוֹן בֵּית הַשְּׁלָחִין:
[Quel est le tana] de notre michna, qui permet de se donner de la peine pendant hol ha-moed là où il y a perte, comme pour le beit hachel'hin.
הַרְווָחָה לָא כְּגוֹן דְּבֵית הַבַּעַל דְּאָסוּר לְהַשְׁקוֹתָהּ מֵאַחַר שֶׁאֵין בָּהּ הֶפְסֵד שֶׁאֵין צָרִיךְ לְהַשְׁקוֹתָהּ אֶלָּא לְהַרְוָוחָה דְּמִילְּתָא לְשַׁווְיָה אַפְלֵי חָרְפִּי:
Comme le beit ha-baal, qu'il est interdit d'arroser puisqu'il n'y a là aucune perte : il n'a pas besoin d'être arrosé, sinon pour accroître le profit, en rendant précoce ce qui serait tardif.
אֲפִילּוּ בִּמְקוֹם פְּסֵידָא מִיטְרָח לָא טָרְחִינַן דְּקָתָנֵי מַתְנִיתִין אֲבָל לֹא מִמֵּי גְשָׁמִים כו' מִשּׁוּם דְּאִית בֵּיהּ טִירְחָא:
Puisque notre michna enseigne « mais non avec l'eau de pluie, etc. », parce qu'il y a là une peine.
🗂️ Tossefot (1)
מַאן תְּנָא פְּסֵידָא אִין. מִשּׁוּם דְּאַשְׁכְּחַן לְקַמָּן דְּרַבִּי מֵאִיר פְּלִיג עֲלָהּ דְּמַתְנִי' וְהַאי סְתָם מַתְנִיתִין לָא אָתְיָא אַלִּיבֵּיהּ כִּשְׁאָר סְתָמֵי מִשּׁוּם הָכִי קָבָעֵי הַשַּׁ"ס מַאן תְּנָא:
Parce que nous trouvons plus loin que Rabbi Meir est en désaccord avec notre michna, et que cette michna anonyme ne suit donc pas son avis, contrairement aux autres michnayot anonymes. C'est pour cela que le Talmud demande : quel est le tana ?
💡 Explication

La Guemara cherche l'auteur de cette michna anonyme, parce qu'elle réunit trois positions distinctes qui doivent tenir ensemble chez un même tana : la perte permet le travail, la harvaha (accroissement du profit) ne le permet pas, et la tir'ha yetera reste interdite même en cas de perte.

Tossefot explique l'enjeu : plus loin, Rabbi Meir contredit cette michna. Une michna anonyme n'est donc pas ici la voix de tous, et il faut lui trouver un père.

🖼️ Schéma
Le triple signalement du tana recherché La Guemara cherche un auteur qui tient ces trois positions ensemble. 1. Pesida travail qui évite une perte OUI exemple : arroser le beit hachel'hin à la source 2. Harvaha travail qui accroît le profit NON exemple : arroser le beit ha-baal pour hâter la récolte 3. Tir'ha yetera peine excessive, même en perte NON exemple : puiser à la citerne ou au kilon pour ce même champ Rav Houna propose R. Eliezer ben Yaakov : il couvre les points 1 et 2, mais on ne l'a jamais entendu sur le point 3. Rav Papa propose Rabbi Yehouda : la baraita lui attribue explicitement les trois, y compris le refus de détourner un canal. Une michna anonyme cherche toujours un auteur identifiable ; c'est la raison de toute cette enquête.
Les trois traits que doit réunir le tana recherché.
10
אָמַר רַב הוּנָא: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב הִיא. דִּתְנַן, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: מוֹשְׁכִין אֶת הַמַּיִם מֵאִילָן לְאִילָן, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַשְׁקֶה אֶת הַשָּׂדֶה כֻּולָּהּ.

Rav Houna dit : c'est Rabbi Eliezer ben Yaakov. Car nous avons appris : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : on tire l'eau d'un arbre à l'autre, pourvu qu'il n'arrose pas tout le champ.

📜 Rachi (2)
מוֹשְׁכִין הַמַּיִם מֵאִילָן לְאִילָן בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד אִם יֵשׁ מַיִם תַּחַת אִילָן אֶחָד עוֹשִׂין דֶּרֶךְ קָטָן מֵאִילָן לְאִילָן כְּדֵי שֶׁיִּמָּשְׁכוּ הַמַּיִם מֵאִילָן זֶה לְאִילָן אַחֵר:
Pendant hol ha-moed : s'il y a de l'eau sous un arbre, on trace un petit passage d'un arbre à l'autre afin que l'eau soit tirée de cet arbre vers un autre.
לֹא יַשְׁקֶה אֶת הַשָּׂדֶה כֻּולָּהּ בְּבֵית הַבַּעַל קָמַיְירֵי דְּהַרְווָחָה הִיא אַלְמָא דְּהַרְוָוחָה דְּמִילְּתָא אָסַר ר' אֱלִיעֶזֶר:
Il parle d'un beit ha-baal, où il ne s'agit que d'accroître le profit. Il ressort donc que Rabbi Eliezer interdit l'accroissement du profit.
🗂️ Tossefot (1)
מוֹשְׁכִין אַמַּת הַמַּיִם כו'. שֶׁאִם יֵשׁ שָׁם מַיִם תַּחַת אִילָן זֶה יָכוֹל לְמָושְׁכָם בַּמּוֹעֵד תַּחַת אִילָן אַחֵר מִשּׁוּם דְּאִילָן כְּבֵית הַשְּׁלָחִין דָּמֵי וּצְרִיכִין לַמַּיִם טְפֵי וְהָא דִּתְנָא מוֹשְׁכִין וְלָא תְּנָא מַשְׁקִין אוֹרְחָא דְמִילְּתָא קָתָנֵי דִּבְעִנְיָן זֶה רְגִילִין לְהַשְׁקוֹת אִילָנוֹת:
S'il y a là de l'eau sous cet arbre, il peut la tirer pendant le moed sous un autre arbre, car un arbre est comparable à un beit hachel'hin et a besoin de plus d'eau. Et s'il est enseigné « on tire » et non « on arrose », c'est qu'il enseigne selon l'usage : c'est de cette manière qu'on a coutume d'arroser les arbres.
💡 Explication

Première proposition. Dans un verger, Rabbi Eliezer ben Yaakov permet de conduire l'eau d'un arbre à l'autre par une petite rigole : les arbres, dit Tossefot, sont comparables à un beit hachel'hin et réclament davantage d'eau.

La restriction est décisive : ne pas arroser tout le champ. L'espace entre les arbres est un beit ha-baal, et l'arroser ne serait qu'un accroissement du profit. Rabbi Eliezer ben Yaakov refuse donc la harvaha.

11
אֵימוֹר דְּשָׁמְעַתְּ לֵיהּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר הַרְוָוחָה דְּלָא, טִירְחָא בִּמְקוֹם פְּסֵידָא מִי שָׁמְעַתְּ לֵיהּ?

Admettons que tu aies entendu Rabbi Eliezer [ben Yaakov] dire que l'accroissement du profit, non ; mais la peine là où il y a perte, la lui as-tu entendu [interdire] ?

💡 Explication

La proposition est rejetée pour insuffisance de preuve. Le texte cite ne témoigne que du deuxième trait, le refus de la harvaha. Rien n'y montre que Rabbi Eliezer ben Yaakov interdise aussi la peine excessive dans un cas de perte.

Identifier un tana exige que tous les traits de la michna soient attestés chez lui, et non seulement une partie.

12
אֶלָּא אָמַר רַב פָּפָּא: הָא מַנִּי — רַבִּי יְהוּדָה הִיא, דְּתַנְיָא: מַעְיָין הַיּוֹצֵא בַּתְּחִילָּה — מַשְׁקִין מִמֶּנּוּ אֲפִילּוּ שְׂדֵה בֵּית הַבַּעַל, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵין מַשְׁקִין אֶלָּא שְׂדֵה בֵּית הַשְּׁלָחִין שֶׁחָרְבָה. רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אוֹמֵר: לֹא כָּךְ וְלֹא כָּךְ. יֶתֶר עַל כֵּן אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: לֹא יַפְנֶה אָדָם אַמַּת הַמַּיִם וְיַשְׁקֶה לְגִינָּתוֹ וּלְחֻורְבָּתוֹ בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד.

Rav Papa dit plutôt : de qui est-ce [l'avis] ? C'est celui de Rabbi Yehouda.

Car il est enseigné [dans une baraita] : depuis une source qui vient de jaillir, on arrose même un champ beit ha-baal — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : on n'arrose qu'un champ beit hachel'hin qui s'est desséché.

Rabbi Elazar ben Azaria dit : ni l'un ni l'autre. Plus encore, Rabbi Yehouda a dit : on ne détournera pas un canal d'eau pour arroser son jardin ou sa ruine pendant hol ha-moed.

🗂️ Tossefot (2)
יֶתֶר עַל כֵּן אָמַר רַבִּי יְהוּדָה. עוֹד הָיָה מַחְמִיר יוֹתֵר אֲפִילּוּ בְּבֵית הַשְּׁלָחִין קָא אָסַר לְהִפָּנוֹת מִשּׁוּם דְּהָוֵי טִירְחָא יַתִּירָא:
Il se montrait encore plus strict : même pour un beit hachel'hin il interdit de détourner [le canal], parce que c'est une peine excessive.
לְגִינָּתוֹ וּלְחֻורְבָּתוֹ. שֶׁל בֵּית הַשְּׁלָחִין גִּינָּה מְקוֹם זְרָעִים חֻורְבָּה מָקוֹם שֶׁחָרְבוּ אִילָנוֹתָיו וְחֵרְשׁוֹ וְזָרְעוּ וְנָטְעוּ וְשֶׁמָּא הוּא צָרִיךְ לַמַּיִם יוֹתֵר וְלֹא זוֹ אַף זוֹ קָתָנֵי אִי נָמֵי חָרַב בֵּיתוֹ וַעֲשָׂאוֹ גִּינָּה וּצְרִיכָה מַיִם תָּדִיר יוֹתֵר מִשְּׁאָר בֵּית הַשְּׁלָחִין וּמִשּׁוּם דְּאִיכָּא טִירְחָא יַתִּירָא לֹא:
D'un beit hachel'hin. « Jardin » : un lieu de semis. « Ruine » : un lieu dont les arbres ont péri, que l'on a labouré, ensemencé et replanté, et qui a peut-être besoin de plus d'eau. Il enseigne selon le procédé « non seulement ceci, mais même cela ». Ou bien : sa maison est tombée en ruine et il en a fait un jardin, lequel a besoin d'eau plus constamment que les autres beit hachel'hin ; et parce qu'il y a une peine excessive, non.
💡 Explication

Rav Papa produit une baraita à trois voix, étagées du plus permissif au plus strict. Rabbi Meir permet même le beit ha-baal depuis une source nouvelle ; Rabbi Yehouda limite au beit hachel'hin desséché ; Rabbi Elazar ben Azaria refuse dans tous les cas.

La phrase « plus encore » apporte le trait manquant : Rabbi Yehouda interdit de détourner un canal, un travail pénible, alors même qu'il s'agit d'un champ en perte. Les trois traits de la michna sont donc réunis chez lui.

🖼️ Schéma
La baraita de Rav Papa : trois avis sur la source qui vient de jaillir Une source nouvelle risque de s'ébouler : l'arroser peut entraîner un travail pénible imprévu. Rabbi Meir Le plus permissif On irrigue depuis une source nouvelle même un beit ha-baal. Raison : l'eau coule seule, le travail reste léger ; il ne craint pas l'éboulement. Ce qu'il autorise perte : oui simple profit : oui peine légère : oui Rabbi Yehouda Position médiane On irrigue seulement un beit hachel'hin qui s'est desséché (sa source s'est tarie). Et il ajoute : on ne détourne pas un canal, c'est trop pénible. Ce qu'il autorise perte : oui simple profit : non peine excessive : non R. Elazar ben Azaria Le plus strict Ni l'un ni l'autre : depuis une source nouvelle, on n'irrigue pas, même un beit hachel'hin, même si sa source s'est tarie. Raison : risque d'éboulement. Ce qu'il autorise source nouvelle : non source tarie : non canal neuf au moed : non Nafka mina pour notre michna Rav Papa lit la michna selon Rabbi Yehouda : perte oui, profit non, peine excessive non. La Guemara objecte aussitôt : Rabbi Yehouda n'a peut-être parlé que de la source nouvelle, et rien ne prouve qu'il interdise le beit ha-baal depuis une source déjà établie. La suite est en 2b.
Les trois positions de la baraita et leur enjeu pour la michna.
13
מַאי ״חָרְבָה״? אִילֵּימָא חָרְבָה מַמָּשׁ, לָמָּה לִי דְּמַשְׁקֵי לַהּ? אָמַר אַבַּיֵּי: שֶׁחָרְבָה מִמַּעְיָין זֶה וְיָצָא לָהּ מַעְיָין אַחֵר.

Que signifie « qui s'est desséché » ? Si l'on dit : desséché au sens propre, pourquoi aurais-je à l'arroser ?

Abaye dit : [le champ] s'est desséché du fait de cette source-ci, et une autre source a jailli pour lui.

📜 Rachi (2)
אִילֵּימָא חֲרֵבָה מַמָּשׁ שֶׁנַּעֲשָׂה בּוֹר לָמָּה לִי לְמַשְׁקֶה לְהַהִיא דְּהָא אֵין לָהּ תַּקָּנָה לְעוֹלָם:
[Un champ] devenu friche : pourquoi aurais-je à l'arroser, puisqu'il n'a plus de remède ?
שֶׁחָרְבָה מִמַּעְייָן זֶה וְיָצָא לָהּ מַעְיָין אַחֵר שֶׁחָרַב מַעְייָנָהּ שֶׁרְגִילָה לִשְׁתּוֹת מִמֶּנּוּ דְּכֵיוָן שֶׁרְגִילָה לִשְׁתּוֹת אִי לֹא מַשְׁקֶה לָהּ עַכְשָׁיו אִית לֵיהּ פְּסֵידָא יַתִּירָא אֲפִילּוּ הָכֵי לָא שָׁרִי ר' יְהוּדָה אֶלָּא מִמַּעְייָן שֶׁיָּצָא לָהּ דְּלָאו טִירְחָא הוּא אֲבָל מֵי גְּשָׁמִים וּמֵי קִילוֹן דְּטִירְחָא הוּא לֹא שָׁרֵי אֲפִילּוּ לְבֵית הַשְּׁלָחִין וְעוֹד חָזֵינַן דְּקָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה לֹא יַפְנֶה מַיִם כוּ' אַלְמָא דְּלָא שָׁרֵי ר' יְהוּדָה טִירְחָא יַתִּירָא אַלְמָא מַתְנֵי' ר' יְהוּדָה הִיא דְּהָא ראב"ע ל"ש חָרַב מַעְיָינָהּ מִמַּעְייָן שֶׁיָּצָא לָהּ בַּתְּחִילָּה ול"ש לֹא חָרַב תַּרְוַיְיהוּ אָסַר:
La source dont il avait coutume de boire s'est tarie ; et puisqu'il avait coutume d'en boire, s'il ne l'arrose pas maintenant il subit une perte considérable. Malgré cela, Rabbi Yehouda ne permet que depuis la source qui a jailli pour lui, car ce n'est pas une peine ; mais l'eau de pluie et l'eau du kilon, qui sont une peine, il ne les permet pas, même pour un beit hachel'hin. De plus, nous voyons que Rabbi Yehouda dit « il ne détournera pas l'eau, etc. » : il en ressort qu'il ne permet pas la peine excessive. Il ressort donc que notre michna est [selon] Rabbi Yehouda — car Rabbi Elazar ben Azaria, lui, interdit dans les deux cas, que sa source se soit tarie ou qu'elle ne se soit pas tarie.
💡 Explication

Le mot de Rabbi Yehouda demande une précision. Pris au pied de la lettre, un champ déjà perdu ne se rattrape plus : l'arroser n'évite aucune perte.

Abaye déplace le desséché du champ vers la source : c'est la source habituelle qui s'est tarie, et une autre a jailli entre-temps. Le champ, habitué à boire, est bien en perte s'il reste sans eau — et pourtant Rabbi Yehouda ne permet que la source, jamais la citerne ni le kilon.

14
רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אוֹמֵר לֹא כָּךְ וְלֹא כָּךְ, לָא שְׁנָא חָרַב מַעְיָינָהּ וְלָא שְׁנָא לֹא חָרַב מַעְיָינָהּ — מַעְייָן שֶׁיָּצָא בַּתְּחִילָּה לָא.

« Rabbi Elazar ben Azaria dit : ni l'un ni l'autre » — qu'il n'y ait pas de différence entre le cas où sa source s'est tarie et le cas où elle ne s'est pas tarie : depuis une source qui vient de jaillir, non.

💡 Explication

La Guemara précise l'avis le plus strict. « Ni l'un ni l'autre » ne signifie pas une position intermédiaire : Rabbi Elazar ben Azaria exclut la source nouvelle dans les deux situations, même pour un champ assoiffé privé de son eau.

Cette rigueur sert l'argument de Rav Papa : puisque Rabbi Elazar ben Azaria est plus strict que la michna, et Rabbi Meir plus permissif, seul Rabbi Yehouda occupe la position exacte de la michna.

15
וּמִמַּאי? דִּלְמָא עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה: בֵּית הַשְּׁלָחִין — אִין, בֵּית הַבַּעַל — לֹא, אֶלָּא מַעְיָין שֶׁיָּצָא בַּתְּחִילָּה

Et d'où [le tires-tu] ? Peut-être Rabbi Yehouda n'a-t-il dit « un beit hachel'hin — oui, un beit ha-baal — non » qu'à propos d'une source qui vient de jaillir

💡 Explication

Le folio s'achève sur une attaque de l'identification. La baraita ne fait parler Rabbi Yehouda que d'une source nouvelle, dont les bords instables justifient à eux seuls la sévérité.

Rien n'établit donc qu'il refuse le beit ha-baal depuis une source déjà établie, alors que la michna, elle, le refuse dans tous les cas. La discussion se poursuit en 2b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).