Sougya : L'amoud ajuste d'abord la phrase de Rabbi Yosse : Rabbi Eliezer pour le bediavad, Rabbi Yehochoua pour le lekhatehila, puis il sépare la touma de la perte et du brûlage. La michna distingue le Pessa'h des autres kodashim : si la viande est souillée et que le helev demeure, on ne projette le sang que pour les autres sacrifices.
Rav, selon Rabbi Natan, tient que l'akhila n'est pas me'akev : d'emblée on ne projette pas, après coup la zerika agrée et dispense du Pessa'h cheni. La fin du daf demande qui a enseigné les baraïtot sur le malade et sur les propriétaires souillés après la chehita.
Rabbi Yo'hanan lit la dernière comme un cas de public, et une gezera interdit alors de manger la viande en touma.
Mais tu as dit : pour le public, même Rabbi Yehochoua convient.
La lecture public / individu ne tient pas. Pour un korban du public, Rabbi Yehochoua convient déjà que la touma est permise. On ne peut donc pas lui réserver le cas de l'individu, et à Rabbi Eliezer le cas du public.
Plutôt : je vois les paroles de Rabbi Eliezer en bediavad, et les paroles de Rabbi Yehochoua en lekhatehila. En bediavad, Rabbi Yehochoua convient lui aussi, puisqu'on enseigne : Rabbi Yehochoua convient que si l'on a projeté le sang, c'est agréé !
Nouvelle lecture de Rabbi Yosse : Rabbi Eliezer pour le bediavad, Rabbi Yehochoua pour le lekhatehila.
La Guemara objecte aussitôt. En bediavad, Yehochoua convient déjà : s'il a projeté le sang, hurtza, l'offrande est agréée. La phrase de Yosse ne séparerait donc plus les deux maîtres.
Ceci dans la touma, cela dans la perte et le brûlage. Quand on enseigne : Rabbi Yehochoua convient que si l'on a projeté le sang, c'est agréé, c'est lorsqu'elle s'est souillée.
Mais pour la perte et le brûlage, non. Quand Rabbi Yosse dit : je vois les paroles de Rabbi Eliezer en bediavad, c'est pour la perte et le brûlage.
Le partage se fait sur l'état de la viande. Si elle est souillée mais encore là, le tzitz fait agréer : Yehochoua convient en bediavad.
Si elle est perdue ou brûlée, Yehochoua ne convient pas, même après coup. C'est dans ce second cas que Rabbi Yosse suit Rabbi Eliezer pour le bediavad.
Michna. La viande s'est souillée et le helev demeure : on ne projette pas le sang.
Le helev s'est souillé et la viande demeure : on projette le sang. Pour les kodashim, il n'en va pas ainsi : même si la viande s'est souillée et que le helev demeure, on projette le sang.
Pour le Pessa'h, la viande mangée est l'essentiel. Souillée, elle ne se mange plus : on ne projette pas, même si le helev est intact. Si le helev seul est souillé et que la viande demeure, on projette.
Pour les autres kodashim, le sang est le matir des imourim. Tant que le helev est là pour l'autel, on projette, même si la viande est souillée.
Guemara. Rav Guidel a dit au nom de Rav : si l'on a projeté le sang, c'est agréé.
Mais nous exigeons l'akhila ! L'akhila n'est pas me'akev.
La michna interdit la zerika d'emblée quand la viande du Pessa'h est souillée. Rav ajoute le bediavad : si le sang a tout de même été projeté, hurtza. On est dispensé du Pessa'h cheni.
L'objection : le Pessa'h exige l'akhila. Réponse de Rav : l'akhila n'est pas me'akev. Son absence n'empêche pas la kappara après coup.
Mais il est écrit : "un homme selon sa consommation" ? C'est pour la mitsva.
Chemoth 12, 4, ich lefi okhlo, semble exiger l'akhila. Rav répond : le verset fixe une mitsva à accomplir. Il ne rend pas l'offrande passoul si l'on n'a pas mangé.
Et pour être me'akev, non ? Or on enseigne : "au nombre", cela enseigne que le Pessa'h n'est abattu que pour ses inscrits.
On pourrait dire : s'il l'a abattu hors de ses inscrits, il sera comme celui qui transgresse la mitsva, et c'est valable. Le verset enseigne : "un homme selon sa consommation, vous compterez".
L'Écrit l'a répété à son sujet pour que ce soit me'akev.
Bemikhsat enseigne qu'on n'abat le Pessa'h que pour ses menouyim, les inscrits. Le verset répète takhossou : abattre hors des inscrits n'est pas une simple mitsva négligée. C'est me'akev, l'offrande est passoul.
Les mangeurs sont ensuite rapprochés des inscrits. S'il n'y a personne pour manger, le Pessa'h serait passoul, contre Rav. Tossefot limite l'objection : une mahshava de mangeurs ne joue qu'à la chehita. L'absence totale de mangeurs, elle, atteint aussi la zerika.
Et les mangeurs sont rapprochés des inscrits.
Le hekesh met les okhlin au rang des menouyim. Abattre pour qui n'est pas inscrit est me'akev. Abattre pour un malade ou un vieillard, inaptes à manger, l'est aussi.
Plutôt, Rav a parlé selon Rabbi Natan, qui a dit : l'akhila des Pessahim n'est pas me'akev.
Rav ne suit pas les Sages, pour qui l'akhila est me'akev. Il suit Rabbi Natan : on peut s'acquitter du Pessa'h même si l'akhila n'a pas eu lieu.
Quel Rabbi Natan ? Si tu dis ce Rabbi Natan-ci, car on enseigne : Rabbi Natan dit : d'où vient que tout Israël s'acquitte par un seul Pessa'h ?
Le verset enseigne : "et tout l'assemblée de la communauté d'Israël l'abattra entre les deux soirs". Est-ce que toute l'assemblée abat ?
Un seul abat ! Cela enseigne donc que tout Israël s'acquitte par un seul Pessa'h.
Première baraïta de Rabbi Natan, sur Chemoth 12, 6. "Toute l'assemblée l'abattra" ne peut pas vouloir dire que chacun abat. Un seul abat, et tout Israël peut s'en acquitter.
Rachi en tire qu'un seul animal suffit même sans kazayit par personne. Ce serait une preuve que l'akhila n'est pas me'akev. La Guemara va l'écarter.
Peut-être que là-bas c'est différent : si ceux-ci se retirent, il convient à ceux-là, et si ceux-là se retirent, il convient à ceux-ci.
Le Pessa'h unique de tout Israël reste apte : si un groupe se retire, le kazayit libéré revient aux autres. Chacun aurait pu manger. L'absence de kazayit effectif ne prouve donc pas que l'akhila n'est pas me'akev.
Le cas de la michna est autre. Une viande souillée ne convient à personne, même si les autres se retirent.
Plutôt, c'est ce Rabbi Natan-ci, car on enseigne : une havoura s'est inscrite sur lui, puis une autre havoura s'est inscrite sur lui. Les premiers, qui ont un kazayit, mangent, et ils sont dispensés de faire un Pessa'h cheni.
Les derniers, qui n'ont pas de kazayit, ne mangent pas, et ils sont tenus de faire un Pessa'h cheni.
Deux havouras sur le même Pessa'h, et la viande ne couvre pas tout le monde. Les premiers ont leur kazayit : ils mangent et sont quittes. Les derniers n'en ont pas : ils ne mangent pas, et ils doivent un Pessa'h cheni.
Rabbi Natan dit : les uns et les autres sont dispensés de faire un Pessa'h cheni, car le sang a déjà été projeté.
Pour Rabbi Natan, la zerika suffit. Même le groupe sans kazayit est dispensé du Pessa'h cheni. L'akhila n'est pas me'akev.
Encore : peut-être que là-bas c'est différent, car si ceux-ci se retirent, il leur convient. S'il en est ainsi, qu'on enseigne : puisqu'ils sont aptes à se retirer.
Pourquoi "car le sang a déjà été projeté" ? Apprends-en que la chose dépend du sang, et que l'akhila n'est pas me'akev.
On pourrait encore dire que les derniers sont quittes parce que les premiers peuvent se retirer et leur laisser un kazayit.
Rabbi Natan ne dit pas cela. Il dit : le sang a déjà été projeté. La quittance dépend donc de la zerika. L'akhila n'est pas me'akev. C'est cette baraïta que Rav suit.
Qu'est-ce qui presse Rav d'établir la michna en lekhatehila, et selon Rabbi Natan ? Établissons-la selon les Sages, et même en bediavad, non !
La michna faisait difficulté à Rav : pourquoi (enseigne-t-elle) "on ne projette pas le sang" ? Qu'elle enseigne "passoul".
Apprends-en : "on ne projette pas", c'est le lekhatehila, mais en bediavad c'est valable.
Autre lecture possible : la michna suivrait les Sages, et la zerika resterait sans effet même après coup.
Rav s'appuie sur le mot. La michna dit ein zorek, "on ne projette pas", et non passoul. L'interdit vise le lekhatehila. En bediavad, si le sang a été projeté, l'offrande est agréée.
Et pour Rabbi Natan, pourquoi me faut-il "un homme selon sa consommation" ? Parce que nous exigeons un homme apte à l'akhila.
Chez Rabbi Natan, le verset ne rend pas l'akhila me'akev. Il reste pour exiger un gavra apte à manger : malade ou vieillard, on n'abat pas pour lui.
Tossefot refuse de prêter cette réponse aux Sages. Eux exigent aussi une viande apte, comme le montre le groupe sans kazayit. Et l'on ne ramène pas le verset à une simple mitsva : seul les Anciens du Sud ne font pas le hekesh des mangeurs aux inscrits.
Qui est le tanna de ce qu'ont enseigné les Sages : on l'a abattu pour ses mangeurs, et l'on a projeté son sang hors de ses mangeurs, le Pessa'h lui-même est valable, et l'homme s'en acquitte de son obligation. Selon qui ?
Dirons-nous : c'est Rabbi Natan, et non les Sages ?
La baraïta sépare les deux avodot. Chehita pour des gens aptes à manger, zerika pour des gens inaptes : le Pessa'h reste valable, et l'on s'en acquitte.
La Guemara propose d'abord Rabbi Natan seul. Tossefot relit "hors de ses mangeurs" : les propriétaires sont malades à la zerika, sans qu'il y ait une mahshava d'inaptes pendant la projection.
Même si tu dis les Sages : il n'y a pas de mahshava des mangeurs à la zerika.
La baraïta peut suivre les Sages. Une intention d'inaptes, malade ou vieillard, ne passoul qu'à la chehita, là où est écrit ich lefi okhlo. À la zerika, cette mahshava ne joue pas.
Qui est le tanna de ce qu'ont enseigné les Sages : voici qu'il était malade au moment de la chehita et bien portant au moment de la zerika, bien portant au moment de la chehita et malade au moment de la zerika. On n'abat pas et on ne projette pas pour lui, jusqu'à ce qu'il soit bien portant depuis le moment de la chehita jusqu'au moment de la zerika.
Selon qui ? Dirons-nous : c'est les Sages, et non Rabbi Natan ?
Même si tu dis Rabbi Natan : nous exigeons un homme apte à l'akhila.
Deux cas symétriques : malade seulement à la chehita, ou malade seulement à la zerika. On n'agit pour lui que s'il est bien portant d'un bout à l'autre.
Cela peut suivre Rabbi Natan. Lui aussi exige un gavra hazi la-akhila. Ce qu'il n'exige pas, c'est que le Pessa'h lui-même reste apte à être mangé.
Qui est le tanna de ce qu'ont enseigné les Sages : on l'a abattu en pureté, et ensuite les propriétaires se sont souillés. Que le sang soit projeté en pureté, et que la viande ne soit pas mangée en touma.
Selon qui ?
La chehita a eu lieu en tahara. Les propriétaires deviennent temeim ensuite. On projette quand même le sang en pureté, avec des kohanim et des kelim purs. On ne mange pas la viande en touma.
Rabbi (Eliezer) a dit : elle est enseignée dans la mahloket, et c'est Rabbi Natan. Et Rabbi Yo'hanan a dit : même si tu dis que c'est les Sages.
De quoi s'agit-il ici ? Du public, car même en touma ils le font aussi.
Rabbi Eliezer range la baraïta dans la mahloket, du côté de Rabbi Natan : on projette même si l'akhila n'aura pas lieu.
Rabbi Yo'hanan la fait tenir même selon les Sages. Le cas est un public : la majorité est devenue temei entre chehita et zerika, par exemple à la mort du nassi. Pour le public, on fait le Pessa'h même en touma. Ces gens restent aptes à manger : leur défaut est la touma, pas la maladie.
Si c'est le public, pourquoi la viande n'est-elle pas mangée en touma ? C'est une gezera, de crainte que les propriétaires se souillent après la zerika et qu'ils disent : l'an passé, ne nous sommes-nous pas souillés, et nous avons mangé ?
Maintenant aussi, mangeons. Et ils ne savent pas que l'an passé, quand le sang a été projeté, les propriétaires étaient impurs, alors que maintenant les propriétaires étaient purs.
Pour un public impur, on mange d'ordinaire le Pessa'h en touma. Ici la baraïta l'interdit. La raison est une gezera.
L'an prochain, des gens souillés après la zerika diraient : l'an passé nous étions impurs et nous avons mangé. Ils oublieraient le point décisif. L'an passé, ils étaient déjà impurs à la zerika : c'était un Pessa'h ba be-touma. Cette année, ils étaient purs au moment du sang. Un Pessa'h fait en pureté ne se mange pas en touma.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).