Sougya : L'amoud continue la mahloket de Rav et de Rav Kahana quand Israël est moitié pur et moitié impur. Rav traite chaque moitié comme une majorité : les purs font le premier en pureté, les impurs le font en impureté, chacun pour soi.
Rav Kahana, dans une version, envoie les impurs au second ; dans l'autre, ils ne font ni le premier ni le second, faute d'être une majorité et faute d'être une minorité. Trois baraitot reprennent ces avis.
On les fait tenir en comptant ou non les femmes, selon qu'elles sont obligation ou faculté au premier et au second. La baraita reprise à la fin : un seul impur de plus, et tous font en impureté, car un sacrifice du public ne se divise pas.
Rabbi Elazar ben Matya refuse qu'un individu fasse pencher le public.
Et les impurs ne font ni le premier ni le second. Au premier ils ne le font pas, car ils ne sont pas la majorité.
Au second ils ne le font pas, car ils ne sont pas la minorité.
Suite de la dernière version de Rav Kahana. Israël est moitié pur, moitié impur. Les purs font le premier. Les impurs ne font ni le premier ni le second.
Le premier en touma (impureté) n'est ouvert qu'à un rov (majorité) impur. Le second ne reçoit qu'un miut (minorité). La moitié exacte rate les deux seuils.
Tossefot, par Ri : cette moitié n'a pas le nom d'ish. On ne bascule pas non plus les purs en touma, faute de rov impur. On ne sépare pas le korban tzibbur en deux groupes. Rabbi Yehouda, avec le même principe, fait tout le monde en touma. Rav Kahana en tire l'exemption totale.
Nous avons appris dans la michna : si le public s'est souillé, ou sa majorité, ou si les kohanim étaient impurs et le public pur, on le fait en impureté. C'est une majorité qui le fait en impureté, mais moitié et moitié ne le font pas au premier.
Difficulté pour Rav !
La michna : public ou rov impur, ou kohanim impurs et public pur, on fait le Pessa'h en touma. Rachi : les purs aussi.
La Guemara lit un seuil. Seul le rov fait le premier en touma. Moitié et moitié, les impurs ne le font pas au premier. Cela heurte Rav, pour qui cette moitié impure fait le premier en touma, pour elle-même.
Rav te dirait : une majorité, tous le font en impureté. Moitié et moitié, ceux-ci le font pour eux-mêmes et ceux-là le font pour eux-mêmes.
Rav sépare deux cas. Rov impur : tout le monde fait en touma, les purs compris. Ils n'ont plus à garder la tahara.
Moitié et moitié : deux korbanot au premier. Les purs en tahara, les impurs en touma, chacun pour soi. Le mot majorité, dans la michna, vise le cas où tous basculent en touma.
Cela se tient aussi, car la fin enseigne : si une minorité du public s'est souillée, les purs font le premier et les impurs font le second. C'est une minorité qui le fait au second, mais moitié et moitié, non.
Ils le font au premier, ceux-ci pour eux-mêmes et ceux-là pour eux-mêmes.
La seifa de la michna ne renvoie au second que le miut. La moitié, elle, reste au premier.
Lecture de Rav : moitié et moitié, chaque groupe fait le premier pour soi. Les impurs le font en touma. On ne les renvoie pas.
Mais alors, difficulté pour Rav Kahana ! Rav Kahana te dirait : si une minorité du public s'est souillée, les purs font le premier et les impurs font le second.
Donc, moitié et moitié : les purs font le premier, mais les impurs ne font ni le premier ni le second.
La seifa, lue comme l'appui de Rav, gêne Rav Kahana dans sa dernière version.
Il retourne l'inférence. "Un miut fait le second" veut dire : la moitié ne le fait pas. Les purs font le premier. Les impurs ne font ni le premier ni le second.
Cela s'arrange pour la dernière version de Rav Kahana. Mais pour cette version où Rav Kahana a dit : les purs font le premier, et les impurs font le second, que dire ?
La réponse précédente tient pour la dernière version : la moitié impure ne fait aucun des deux.
La première version dit l'inverse pour le second : les purs au premier, les impurs au second. La seifa, qui semble réserver le second au seul miut, reste à expliquer.
Rav Kahana te dirait : il en est de même même pour moitié et moitié, les purs font le premier, et les impurs font le second. Et ce qu'on enseigne, une minorité du public : c'est que, puisqu'il a enseigné au début "sa majorité", il a aussi enseigné à la fin "sa minorité".
Première version : la moitié suit le miut. Purs au premier, impurs au second.
Le tanna a dit rovo (sa majorité) au début, il dit miouto (sa minorité) à la fin, pour le parallèle des mots. La moitié entre dans la même règle que le miut.
Une baraita est enseignée selon Rav, une baraita est enseignée selon Rav Kahana, selon les deux versions. Une baraita est enseignée selon Rav : si Israël était moitié purs et moitié impurs, ceux-ci font pour eux-mêmes et ceux-là font pour eux-mêmes.
Trois baraitot vont suivre, une par avis. Selon Rav : moitié pure, moitié impure, chacun fait pour soi. Au premier : purs en tahara, impurs en touma.
Une baraita est enseignée selon la première version de Rav Kahana : s'il se trouvait qu'Israël était moitié purs et moitié impurs, les purs font le premier et les impurs font le second.
Deuxième baraita, première version de Rav Kahana. La moitié impure quitte le premier et fait le second.
Et une baraita est enseignée selon la dernière version de Rav Kahana : s'il se trouvait qu'Israël était moitié purs et moitié impurs, les purs font le premier, et les impurs ne font ni le premier ni le second.
Troisième baraita, dernière version. Les purs font le premier. Les impurs restent sans korban, ni au premier ni au second.
Selon Rav et selon la dernière version de Rav Kahana, ce qu'on a enseigné : "les purs font le premier et les impurs le second", comment le font-ils concorder ? Par exemple si Israël était moitié purs et moitié impurs, et que des femmes complètent les impurs.
La deuxième baraita, impurs au second, gêne Rav et la dernière version : chez eux, une vraie moitié impure ne part pas au second.
Le cas vise un compte où des femmes impures portent les impurs jusqu'à la moitié. Rachi : chez les hommes, les purs sont déjà le rov. Les femmes au premier sont en reshut. On les retire. Restent les hommes : les impurs y sont un miut, renvoyé au second. Tout le monde s'accorde sur le renvoi d'un miut.
Et il tient : les femmes au premier sont en faculté. Retire les femmes d'entre les impurs, les impurs deviennent une minorité, et une minorité est renvoyée au Pessa'h sheni.
Le tanna tient les femmes en reshut au premier. On les retire des impurs. Les impurs qui restent sont un miut. Le miut part au Pessa'h sheni.
Tossefot : la précision vise Rav. En chova au premier, Rav dirait chacun pour soi. Pour Rav Kahana, même en chova au premier, le second reste tenable : au second les femmes sont en reshut, et les impurs redeviennent un miut.
À Sanhédrin 12a, Ézéchias a les deux mots, elles complètent et elles dépassent. Avec les femmes, les impurs sont un miut, d'où le second. Sans elles, les impurs sont un rov, et un rov ne fait pas le second. Les deux mots font que le second est hors de la règle selon toutes les versions. Sous le din final, même l'absence de premier était hors de la règle : un rov impur devait faire le premier en touma.
Selon Rav et selon la première version de Rav Kahana, ce qu'on a enseigné : "les purs font le premier, et les impurs ne font ni le premier ni le second", comment le font-ils concorder ?
Reste la troisième baraita : les impurs ne font aucun des deux. Elle gêne Rav et la première version, qui donnent toujours une issue à la moitié impure : le premier pour soi, ou le second.
Rav la concilie ainsi : par exemple si Israël était moitié impurs et moitié purs, et que des femmes s'ajoutent aux purs. Et il tient : les femmes au premier sont une obligation, et au second en faculté.
Rav construit un double compte. Les hommes sont moitié et moitié. Des femmes s'ajoutent aux purs.
Au premier, femmes en chova : elles comptent, les impurs deviennent un miut, pas de premier en touma. Au second, femmes en reshut : elles sortent du compte.
Tossefot parle déjà de la conciliation de Rav Kahana, au segment suivant. Le cas aurait pu être plus fort : purs majoritaires avec les femmes, et pourtant pas de second, parce que sans elles les purs étaient un miut. La forme retenue, la moitié exacte, enseigne que moitié sur moitié n'a pas le din d'un rov.
Au premier ils ne le font pas, car c'est une minorité, et une minorité ne le fait pas au premier. Et au second ils ne le font pas : retiré les femmes d'eux, ils deviennent moitié et moitié, et une moitié ne le fait pas au second.
Suite du compte de Rav. Au premier, avec les femmes, les impurs sont un miut. Un miut ne fait pas le premier en touma.
Au second on retire les femmes. On retrouve moitié et moitié. Pour Rav, la moitié a le din d'un rov. Un rov ne fait pas le second.
Et selon Rav Kahana, qui a dit : une moitié le fait aussi au second, voici comment il le concilie. Par exemple si Israël était moitié purs et moitié impurs, et que des femmes complètent les purs.
Et il tient : les femmes au premier sont une obligation, et au second en faculté.
La première version envoie la moitié au second. Le compte de Rav, qui ramène à une moitié, lui laisserait donc faire le second. Il lui faut un autre cas.
Les femmes complètent les purs jusqu'à la moitié, sans surplus. Rachi : on ne lit pas "elles dépassent". Sans les femmes, les impurs sont déjà le rov. Même partage du din : chova au premier, reshut au second.
Au premier ils ne le font pas, car ils sont moitié et moitié, et une moitié ne le fait pas au premier. Au second non plus ils ne le font pas : retiré les femmes d'eux, du côté des purs, les impurs deviennent une majorité, et une majorité ne le fait pas au second.
Au premier, femmes comptées : on est à moitié. Pour cette version, la moitié ne fait pas le premier en touma.
Au second, on retire les femmes du côté pur. Les impurs deviennent le rov. Un rov ne fait pas le second. Les deux portes se ferment, pour une autre arithmétique que celle de Rav.
Et selon Rav Kahana, ce qu'on a enseigné : s'il se trouvait qu'Israël était moitié purs et moitié impurs, ceux-ci font pour eux-mêmes et ceux-là font pour eux-mêmes, comment le concilie-t-il ? Rav Kahana te dirait : ce sont des tannaim.
Il y a un maître pour dire : moitié sur moitié est comme une majorité. Et il y a un maître pour dire : moitié sur moitié n'est pas comme une majorité.
Reste la première baraita, chacun pour soi, qui est l'avis de Rav. Rav Kahana ne la relit pas par un compte de femmes.
Il la laisse à une mahloket de tannaim. Un tanna donne à la moitié le din d'un rov. Un tanna le lui refuse. Les baraitot se répartissent selon cette ligne. Rachi : le tanna d'en haut est celui qui va comme Rav Kahana.
Revenons au texte même. S'il se trouvait qu'Israël était moitié purs et moitié impurs, ceux-ci font pour eux-mêmes et ceux-là font pour eux-mêmes.
Si les impurs dépassaient les purs, même d'un seul, qu'ils le fassent en impureté, parce qu'un sacrifice du public ne se divise pas.
La baraita pour elle-même. À moitié exacte : chacun pour soi, au premier.
Dès qu'un impur de plus fait un rov, tous font en touma, les purs compris. Raison : ein korban tzibbur chaluk, un sacrifice du public ne se divise pas. On ne maintient pas deux Pessa'h, l'un pur et l'autre impur, dès qu'un côté est vraiment majoritaire.
Rabbi Elazar ben Matya dit : l'individu ne fait pas pencher le public vers l'impureté, comme il est dit :
Rabbi Elazar ben Matya refuse le basculement par un seul. Le yahid (individu) ne fait pas pencher le tzibbur vers la touma.
La baraita s'arrête sur chenéemar (comme il est dit). Le verset cité est au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).