Rosh Hashanah 12a - la date du Déluge (R. Eliezer vs R. Yehochoua), les eaux brûlantes, et le 1er Tichri comme Roch Hachana des légumes, dîmes et vœux

Rosh Hashanah 12a

Sougya : La sougya poursuit la controverse entre R. Eliezer (monde créé en Tichri) et R.

Yehochoua (monde créé en Nissan) appliquée à la date du Déluge : que signifie 'le second mois' (Gen 7:11) et qu'est-ce que le Saint béni soit-Il 'changea' dans l'œuvre de la Création pour chacun ? R.

Hisda enseigne que la génération du Déluge fauta par le bouillant (routhin, l'ardeur de la débauche) et fut jugée par le bouillant (des eaux brûlantes), via une guezera chava sur le verbe 'se calmer'. Une baraita distingue le comput des sages d'Israël (Déluge selon R.

Eliezer, cycles solaires selon R. Yehochoua) de celui des nations.

La seconde moitié du daf explique le 1er Tichri comme Roch Hachana pour les légumes (dîme rabbinique, qui suit la cueillette), les dîmes (grain, de-oraita) et les vœux, et pourquoi la michna et la baraita emploient tantôt le singulier tantôt le pluriel.

R. Eliezer vs R. Yehochoua : quand débuta le Déluge ? R. Eliezer R. Yehochoua Le monde fut créé en Tichri(le Déluge commença en Marhechvan) Le monde fut créé en Nissan(le Déluge commença en Iyar) 'Second mois' = second au JUGEMENT(Tichri, mois du jugement, précède) 'Second mois' = Iyar, deuxièmemois à partir de Nissan 'Il changea' = les eaux étaientbrûlantes (comme R. Hisda) 'Il changea' = pluie en Iyar(saison inhabituelle) Sages d'Israël : comptent le Déluge selon R. Eliezer (Tichri), les cycles solaires selon R. Yehochoua (Nissan) Sages des nations : comptent AUSSI le Déluge selon R. Yehochoua (Nissan)
La double controverse sur la date du Déluge et le comput des années (segments 0-4).
Mesure pour mesure : par le bouillant ils fautèrent, par le bouillant ils furent jugés La faute : ROUTHIN (bouillant) l'ardeur de la débauche (avéra) Le châtiment : ROUTHIN des eaux brûlantes Guezera chava : 'vayachokou ha-mayim' (Gen 8:1, les eaux se calmèrent / refroidirent) = 'vahamat ha-melekh chakhakha' (Esther 7:10, le courroux se calma)
L'enseignement de R. Hisda : mesure pour mesure, par le bouillant (segment 3).
1er Tichri : Roch Hachana des légumes, dîmes et vœux Légumes (yerakot) Dîme du légume -> de-rabbanan on ne dîme pas de l'ancien (avant RH) sur le nouveau suit la CUEILLETTE (leket) Dîmes (maasrot) Dîme du grain -> de-oraita grain, moût et huile + dîme du bétail Vœux (nedarim) expliqué plus loin (12b)
Le 1er Tichri comme Roch Hachana des légumes, dîmes et voeux (segments 5-9).
1
וּמִתּוֹךְ שֶׁשִּׁינּוּ מַעֲשֵׂיהֶם, שִׁינָּה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עֲלֵיהֶם מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית, וְהֶעֱלָה מַזַּל כִּימָה בַּיּוֹם, וְנָטַל שְׁנֵי כּוֹכָבִים וְהֵבִיא מַבּוּל לָעוֹלָם.

Et parce qu'ils changèrent leurs actes [en mal], le Saint béni soit-Il changea pour eux l'œuvre du commencement (maase berechit) : Il fit monter la constellation de la Pléiade (mazal Kima) de jour, Il [lui] préleva deux étoiles et amena un déluge (maboul) sur le monde.

📜 Rachi (1)
שִׁינָּה עֲלֵיהֶם כּוּ' לְקַמָּן פָּרֵיךְ מַאי שִׁינָּה:
Il changea pour eux, etc. - plus loin [la Guemara] demande : qu'a-t-Il [donc] changé ?
💡 Explication

Suite d'un enseignement antérieur : la génération du Déluge ayant corrompu ses actes, Dieu bouleversa l'ordre naturel (maase berechit) pour amener le Déluge, faisant monter la Pléiade (Kima) en plein jour et lui ôtant deux étoiles. La Guemara reviendra plus loin sur le sens de ce 'changement'.

🖼️ Schéma
Mesure pour mesure : par le bouillant ils fautèrent, par le bouillant ils furent jugés La faute : ROUTHIN (bouillant) l'ardeur de la débauche (avéra) Le châtiment : ROUTHIN des eaux brûlantes Guezera chava : 'vayachokou ha-mayim' (Gen 8:1, les eaux se calmèrent / refroidirent) = 'vahamat ha-melekh chakhakha' (Esther 7:10, le courroux se calma)
Le Déluge comme bouleversement de l'ordre naturel.
2
בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, הַיְינוּ דִּכְתִיב: ״שֵׁנִי״. אֶלָּא לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, מַאי ״שֵׁנִי״? שֵׁנִי לְדִין.

Soit (bichlama) selon R. Yehochoua, c'est [bien] ce qui est écrit 'le second [mois]' (Gen 7:11) [= Iyar, deuxième mois depuis Nissan].

Mais selon R. Eliezer, que [signifie] 'le second' ?

[Réponse :] second au jugement (chelo la-din).

📜 Rachi (2)
הַייְנוּ דִּכְתִיב שֵׁנִי שֶׁהֲרֵי אִייָּר שֵׁנִי לָחֳדָשִׁים:
C'est ce qui est écrit 'le second' - car Iyar est le second des mois [à partir de Nissan].
שֵׁנִי לְדִין שֶׁנִּגְזְרָה גְּזֵירָה עֲלֵיהֶן בְּתִשְׁרֵי שֶׁלְּפָנָיו:
Second au jugement - car le décret fut prononcé contre eux en Tichri qui [le] précède.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר מַאי שֵׁנִי. ואע"ג דִּלְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּתִשְׁרֵי נִבְרָא הָעוֹלָם דִּנְהִי דִּלְעִנְיַן הַשָּׁנִים רָאוּי לִמְנוֹת מִמֶּנּוּ לְעִנְיַן מִנְיַן הֶחֳדָשִׁים אֵין מוֹנִין מִמֶּנּוּ לִקְרוֹת מַרְחֶשְׁוָן שֵׁנִי דְּלַחֲדָשִׁים נִיסָן רִאשׁוֹן:
'Mais selon R. Eliezer, que [signifie] 'le second' ?' - et bien que, selon R. Eliezer, le monde ait été créé en Tichri : certes, pour ce qui est du comput des années il convient de compter à partir de [Tichri], mais pour le comput des mois on ne compte pas à partir de lui au point d'appeler Marhechvan 'le second' - car pour les mois, Nissan est le premier.
💡 Explication

Application de la controverse au verset 'au second mois' (Gen 7:11). Pour R. Yehochoua (monde créé en Nissan), le Déluge débuta en Iyar, littéralement le second mois. Pour R. Eliezer (Déluge en Marhechvan), 'second' se comprend comme second au mois du jugement : Tichri (mois où fut décrétée la sentence) précède, et Marhechvan vient après.

3
בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, הַיְינוּ דְּשִׁינָּה. אֶלָּא לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, מַאי שִׁינָּה?

Soit selon R. Yehochoua, c'est [bien] ce qu'Il 'changea'.

Mais selon R. Eliezer, qu'a-t-Il changé ?

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן בִּשְׁלָמָא לְר' יְהוֹשֻׁעַ הַיְינוּ דְּשִׁינָּה דְּהֶעֱלָה מַזַּל כִּימָה בַּיּוֹם וְעוֹד שֵׁינָה לְתִגְבֹּורֶת מַעְיָינוֹת:
Voici la version [du texte] : soit selon R. Yehochoua, c'est ce qu'Il changea - car Il fit monter la Pléiade de jour, et de plus Il [le] changea par le renforcement des sources [souterraines].
💡 Explication

Deuxième volet de la question. Pour R. Yehochoua, le 'changement' est évident : la pluie du Déluge tomba en Iyar, saison où il ne pleut pas d'ordinaire. Mais pour R. Eliezer (Marhechvan, saison des pluies), en quoi consista le bouleversement de l'ordre naturel ?

4
כִּדְרַב חִסְדָּא. דְּאָמַר רַב חִסְדָּא: בְּרוֹתְחִין קִלְקְלוּ וּבְרוֹתְחִין נִידּוֹנוּ. בְּרוֹתְחִין קִלְקְלוּ — בַּעֲבֵירָה, וּבְרוֹתְחִין נִידּוֹנוּ — כְּתִיב הָכָא: ״וַיָּשֹׁכּוּ הַמַּיִם״, וּכְתִיב הָתָם: ״וַחֲמַת הַמֶּלֶךְ שֶׁכָּכָה״.

[C'est] comme [l'enseignement de] Rav Hisda. Car Rav Hisda a dit : par le bouillant (routhin) ils se corrompirent et par le bouillant ils furent jugés.

Par le bouillant ils se corrompirent - par la transgression (avéra) ; et par le bouillant ils furent jugés - il est écrit ici 'et les eaux se calmèrent (vayachokou)' (Gen 8:1), et il est écrit là-bas 'et le courroux du roi se calma (chakhakha)' (Esther 7:10).

📜 Rachi (1)
וַחֲמַת הַמֶּלֶךְ שֶׁכָּכָה וּסְתָם חַמָּה רוֹתַחַת הִיא כְּדִכְתִיב וַחֲמָתוֹ בָּעֲרָה בּוֹ:
Et le courroux du roi se calma - or un courroux (hema) sans précision est brûlant, comme il est écrit 'et son courroux brûla en lui' (Esther 1:12).
💡 Explication

Réponse : même selon R. Eliezer il y eut un changement, selon Rav Hisda : mesure pour mesure, la génération du Déluge fauta par le bouillant (l'ardeur brûlante de la débauche) et fut jugée par le bouillant (des eaux brûlantes). Cela ressort d'une guezera chava (analogie verbale) entre 'les eaux se calmèrent' (vayachokou, Gen 8:1) et 'le courroux du roi se calma' (chakhakha, Esther 7:10) : de même que le courroux était chaud puis se refroidit, les eaux étaient brûlantes puis se refroidirent.

🖼️ Schéma
Mesure pour mesure : par le bouillant ils fautèrent, par le bouillant ils furent jugés La faute : ROUTHIN (bouillant) l'ardeur de la débauche (avéra) Le châtiment : ROUTHIN des eaux brûlantes Guezera chava : 'vayachokou ha-mayim' (Gen 8:1, les eaux se calmèrent / refroidirent) = 'vahamat ha-melekh chakhakha' (Esther 7:10, le courroux se calma)
L'enseignement de Rav Hisda : mesure pour mesure.
5
תָּנוּ רַבָּנַן: חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל מוֹנִין לַמַּבּוּל כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, וְלַתְּקוּפָה כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ. חַכְמֵי אֻומּוֹת הָעוֹלָם מוֹנִין אַף לַמַּבּוּל כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ.

Nos maîtres ont enseigné : les sages d'Israël comptent pour le Déluge (la-maboul) selon R. Eliezer [= à partir de Tichri], et pour le cycle [solaire] (la-tekoufa) selon R.

Yehochoua [= à partir de Nissan]. Les sages des nations du monde comptent aussi pour le Déluge selon R.

Yehochoua [= à partir de Nissan].

📜 Rachi (3)
חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל מוֹנִין לַמַּבּוּל כַּר' אֱלִיעֶזֶר מוֹנִין שְׁנוֹת נֹחַ וּבְרִיאַת עוֹלָם וּשְׁנוֹת הַדּוֹרוֹת כַּר' אֱלִיעֶזֶר מוֹנִין מִתִּשְׁרֵי תְּחִלַּת הַשָּׁנִים וְלֹא מִשּׁוּם דִּסְבִירָא לְהוּ בְּתִשְׁרֵי נִבְרָא הָעוֹלָם אֶלָּא דְּתִשְׁרֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה לִשְׁנַיִם וּבְנִיסָן נִבְרָא הָעוֹלָם כִּדְקָתָנֵי:
Les sages d'Israël comptent pour le Déluge selon R. Eliezer - ils comptent les années de Noé, la création du monde et les années des générations selon R. Eliezer, [c'est-à-dire] à partir de Tichri, début des années - non pas parce qu'ils tiennent que le monde fut créé en Tichri, mais parce que Tichri est le Roch Hachana des années, tandis que le monde fut créé en Nissan, comme il est enseigné.
וְלַתְּקוּפָה כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ כְּשֶׁמּוֹנִין תְּקוּפַת הַחַמָּה וְהַלְּבָנָה מוֹנִין מִנִּיסָן לוֹמַר שֶׁמִּנִּיסָן נִבְרְאוּ וּבִתְחִלַּת לֵיל רְבִיעִי שִׁמְּשָׁה חַמָּה בְּנִיסָן לְפִיכָךְ אֵין תְּקוּפַת נִיסָן נוֹפֶלֶת אֶלָּא בַּד' רְבִיעִי הַיּוֹם לְפִי שֶׁלְּעוֹלָם יוֹם וּרְבִיעַ בֵּין תְּקוּפַת שָׁנָה זוֹ לִתְקוּפָה שֶׁכְּנֶגְדָּהּ לַשָּׁנָה הַבָּאָה וְכֵן מוֹלְדוֹת הַלְּבָנָה מוֹנִין מוֹלַד נִיסָן רִאשׁוֹן בְּלֵיל רְבִיעִי בְּתִשְׁעָה שָׁעוֹת ותרמ"ב חֲלָקִים:
Et pour le cycle selon R. Yehochoua - lorsqu'on compte le cycle du soleil et de la lune, on compte à partir de Nissan, pour dire qu'ils furent créés en Nissan : au début de la nuit du quatrième [jour] le soleil se mit à luire en Nissan ; c'est pourquoi la tekoufa de Nissan ne tombe jamais qu'au [début de] la quatrième [heure ?] du quatrième jour, car il y a toujours un jour et un quart entre la tekoufa d'une année et la tekoufa correspondante de l'année suivante. De même pour les conjonctions (moladot) de la lune : on compte le premier molad de Nissan à la nuit du quatrième [jour], à neuf heures et 642 halakim.
אַף לַמַּבּוּל כְּלוֹמַר לְמִנְיַן שְׁנוֹת הַדּוֹרוֹת מַתְחִילִין מִנִּיסָן לִמְנוֹת וּמַבּוּל בְּאִיָּיר יָרַד ע"כ מִשֶּׁתֹּאמַר בְּאַחַת וְשֵׁשׁ מֵאוֹת בָּרִאשׁוֹן שֶׁחָרְבוּ הַמַּיִם נִיסָן הוּא שֶׁהֲרֵי מִשְׁפַּט דּוֹר הַמַּבּוּל שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ:
Aussi pour le Déluge - c'est-à-dire que pour le comput des années des générations ils commencent à compter depuis Nissan ; or le Déluge descendit en Iyar. De là [preuve] : puisqu'il est dit 'en l'an six cent un, au premier [mois]' que les eaux se tarirent, c'est [le mois de] Nissan - car le jugement de la génération du Déluge [dura] douze mois.
🗂️ Tossefot (1)
לַמַּבּוּל כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר. אע"ג דִּסְבִירָא לְהוּ כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דִּבְנִיסָן נִבְרָא הָעוֹלָם מִדְּמוֹנִין לִתְקוּפָה כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ מ"מ מוֹנִין שְׁנוֹת נֹחַ וּבְרִיאַת עוֹלָם וּשְׁנוֹת הַחַמָּה מִתִּשְׁרֵי מִשּׁוּם דְּתִשְׁרֵי רֹאשׁ לְשָׁנִים וְלַשְּׁמִיטִּין וְלַיּוֹבְלוֹת:
'Pour le Déluge selon R. Eliezer' - bien qu'ils tiennent comme R. Yehochoua que le monde fut créé en Nissan (puisqu'ils comptent le cycle selon R. Yehochoua), néanmoins ils comptent les années de Noé, la création du monde et les années solaires à partir de Tichri, parce que Tichri est le [Roch Hachana] des années, des chemitot et des yovelot.
💡 Explication

Baraita sur les deux systèmes de comput. Les sages d'Israël comptent les années de Noé, de la Création et des générations selon R. Eliezer (années à partir de Tichri), mais les cycles solaires et lunaires (tekoufot, moladot) selon R. Yehochoua (à partir de Nissan, mois de la création des luminaires). Les sages des nations comptent tout, y compris le Déluge, à partir de Nissan.

6
וְלַיְּרָקוֹת. תְּנָא: לִירָקוֹת וּלְמַעַשְׂרוֹת וְלַנְּדָרִים. לִירָקוֹת מַאי נִינְהוּ? מַעְשַׂר יָרָק.

[La michna a enseigné :] 'et pour les légumes (yerakot)'. Il est enseigné : pour les légumes, pour les dîmes (maasrot) et pour les vœux (nedarim). 'Pour les légumes' - qu'est-ce donc ?

Le dîme du légume (maaser yarak).

📜 Rachi (2)
וְלַיְּרָקוֹת מַעְשַׂר יָרָק לְעִנְיַן חָדָשׁ וְיָשָׁן שֶׁאֵין תּוֹרְמִין מִיָּרָק הַנִּלְקָט עֶרֶב ר"ה עַל הַנִּלְקָט אַחַר ר"ה:
Et pour les légumes - le dîme du légume, quant au [distinguo] nouveau/ancien : on ne prélève pas d'un légume cueilli la veille de Roch Hachana sur celui cueilli après Roch Hachana.
וְלַנְּדָרִים לְקַמָּן (ע"ב) מְפָרֵשׁ:
Et pour les vœux - expliqué plus loin (verso).
🗂️ Tossefot (1)
וְלַיְּרָקוֹת וְלַנְּדָרִים. וּמַתְנִיתִין דְּלָא קָתָנֵי לִנְדָרִים בְּהֶפְסֵק' לָא מַיְירֵי כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף ז. בד"ה בְּהַפְסָקָה) גַּבֵּי וּלְעִיבּוּרִים:
'Pour les légumes et pour les vœux' - et la michna, qui n'enseigne pas 'pour les vœux' dans [la liste des choses où l'année] fait coupure, ne traite pas [de cela], comme je l'ai expliqué plus haut (Roch Hachana 7a, s.v. 'be-hafsaka') à propos de 'et pour les [années] embolismiques'.
💡 Explication

La Guemara commente le mot 'légumes' de la michna. Une baraita ajoute deux autres domaines pour lesquels le 1er Tichri est le Roch Hachana : les dîmes et les vœux. 'Légumes' désigne le dîme du légume (maaser yarak) : on ne prend pas teroumah/dîme d'un légume cueilli avant Roch Hachana pour un légume cueilli après, car ils appartiennent à deux années différentes.

7
הַייְנוּ מַעַשְׂרוֹת? תְּנָא דְּרַבָּנַן וְקָתָנֵי דְּאוֹרָיְיתָא.

N'est-ce pas [la même chose que] les dîmes ? [Réponse :] il a enseigné [d'abord] ce qui est de-rabbanan (rabbinique), puis il enseigne ce qui est de-oraita (de la Torah).

📜 Rachi (1)
תַּנָּא דְּרַבָּנָן הִשְׁמִיעֲךָ שֶׁיֵּשׁ ר"ה קָבוּעַ לְעִנְיַן חָדָשׁ וְיָשָׁן בְּמַעְשַׂר יָרָק דְּרַבָּנָן וַהֲדַר תְּנָא מַעְשַׂר דָּגָן שֶׁאַף לוֹ יוֹם קָבוּעַ לְחָדָשׁ וְיָשָׁן שֶׁלּוֹ:
Il a enseigné ce qui est rabbinique - il te fait entendre qu'il existe un Roch Hachana fixe quant au [distinguo] nouveau/ancien pour le dîme du légume, qui est rabbinique ; puis il enseigne le dîme du grain, qui a lui aussi un jour fixe pour son nouveau/ancien.
🗂️ Tossefot (1)
תַּנָּא דְּרַבָּנָן. מִדִּתְנַן לִירָקוֹת יוֹתֵר מִשְּׁאָר כָּל פֵּירוֹת מַשְׁמַע דְּכָל שְׁאָר פֵּירוֹת מְעַשְּׂרָן דְּאוֹרָייְתָא וְכֵן מַשְׁמַע בְּרֵישׁ מַסֶּכֶת מַעַשְׂרוֹת בִּירוּשַׁלְמִי דְּדָרֵישׁ כֻּולְּהוּ מִקְּרָא חוּץ מִיַּרְקוֹת וּמַסִּיק דְּמַעֲשֵׂר יְרָקוֹת מִדִּבְרֵיהֶם וְהָכִי אִיתָא הָתָם עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר אֵת כָּל תְּבוּאַת זַרְעֶךָ כְּלָל וּפְרָט אֵין בַּכְּלָל אֶלָּא מַה שֶּׁבַּפְּרָט אֵין לִי אֶלָּא תְּבוּאָה קִטְנִית מִנַּיִן ת"ל וְכָל מַעְשַׂר הָאָרֶץ מִזֶּרַע הָאָרֶץ לְרַבּוֹת זֶרַע שׁוּם וְגַרְגִּיר יָכוֹל שֶׁאֲנִי מְרַבֶּה זֶרַע לוּף הָעֶלְיוֹן זֶרַע כַּרְשִׁין זֶרַע לֶפֶת וּצְנוֹן וּשְׁאָר זֵרְעוֹנֵי גִּנָּה שֶׁאֵינָם נֶאֱכָלִין ת"ל מִזֶּרַע הָאָרֶץ וְלֹא כָּל זֶרַע הָאָרֶץ פְּרִי הָעֵץ לְרַבּוֹת כָּל פֵּירוֹת הָאִילָן יָכוֹל שֶׁאֲנִי מְרַבֶּה חָרוּבֵי שִׁיטָה וְצַלְמוֹנַי וְחָרוּבֵי גְּדִירָה ת"ל מִפְּרִי הָעֵץ וְלֹא כָּל פְּרִי הָעֵץ יְרָקוֹת מִנַּיִן אִיסִי בֶּן עֲקִיבָא אוֹמֵר הַמַּעַשְׂרוֹת לִירָקוֹת מִדִּבְרֵיהֶם וְהָכֵי נָמֵי אִיתָא בַּיְּרוּשַׁלְמִי בְּסוֹף חַלָּה רַבּוֹתֵינוּ שֶׁבַּגּוֹלָה הָיוּ מַפְרִישִׁין תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת עַד שֶׁבָּאוּ הָרוֹבִים וּבִטְּלוּם מַאן אִינּוּן הָרוֹבִים תַּרְגְּמוֹנַיָּא ר' זְעֵירָא רַב יְהוּדָה בְּשֵׁם שְׁמוּאֵל חַלָּה בְּחוּ"ל וּתְרוּמַת חוּ"ל אוֹכֵל וְהוֹלֵךְ וְאח"כ מַפְרִישׁ רַבִּי אַבָּא בְּשֵׁם שְׁמוּאֵל אוֹמֵר לֹא חָשׁוּ אֶלָּא לְדָגָן וְתִירוֹשׁ וְיִצְהָר רַבִּי אֵילָא בְּשֵׁם שְׁמוּאֵל אָמַר לֹא חָשׁוּ אֶלָּא לִתְרוּמָה גְּדוֹלָה בִּלְבַד אֲבָל לִירָקוֹת אֲפִילּוּ לִתְרוּמָה לֹא חָשׁוּ דְּתָנֵי אִיסִי בֶּן עֲקִיבָא הַמַּעַשְׂרוֹת לִירָקוֹת מִדִּבְרֵיהֶם מִכָּל הָנֵי מַשְׁמַע דִּשְׁאָר כָּל פֵּירוֹת דְּאוֹרָייְתָא אֲבָל אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּן דִּלְקַמָּן בְּפִירְקִין (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף טו:) אָמְרוּ מַעְשַׂר חָרוּבִין דְּרַבָּנָן וּבְפֶרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לו.) מַעֲשֵׂר צָלָף מִדְּרַבָּנָן וּבְפֶרֶק אֵלּוּ עוֹבְרִין (פְּסָחִים דַּף מד.) מַעְשַׂר תַּבְלִין דְּרַבָּנָן וַאֲפִילּוּ תְּאֵנִים וְרִמּוֹנִים וּתְמָרִים דִּכְתִיבִי בִּקְרָא דְּאֶרֶץ חִטָּה פְּטוּרִין מִן הַמַּעַשְׂרוֹת דְּלָא מִחַיַּיב מִדְּאוֹרַייְתָּא אֶלָּא דָּגָן וְתִירוֹשׁ וְיִצְהָר כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶ' מַעְשַׂר בְּהֵמָה (בְּכוֹרוֹת דַּף נד. וְשָׁם) תִּירוֹשׁ וְדָגָן דְּאוֹרָיְיתָא שְׁאָר מִינִים מִדְּרַבָּנָן וּבְפֶרֶק הָעוֹר וְהָרֹוטֶב (חֻולִּין דַּף קכ: וְשָׁם) מַקִּישׁ מַשְׁקִין דְּקָדָשִׁים דִּתְרוּמַת (דָּגָן) תִּירוֹשׁ וְיִצְהָר אִין מִידֵּי אַחֲרִינָא לָא וּמְמַעֵט דְּבַשׁ תְּמָרִים וְיֵין תַּפּוּחִים וּבְרֵישׁ בֵּיצָה (דַּף ג: וְשָׁם) הַאי תַּנָּא תַּנָּא דְּלִטְרָא קְצִיעוֹת הוּא דְּאָמַר כָּל דָּבָר שֶׁבְּמִנְיָן אֲפִילּוּ בִּדְרַבָּנַן לֹא בְּטִיל וְהָא דְּמַשְׁמַע בְּסוֹף הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף פֹּא. וְשָׁם) דְּעִיגּוּל בְּעִיגּוּלִין אֵינוֹ עוֹלֶה אִי תְּרוּמָה בַּזְּמַן הַזֶּה דְּאוֹרָייְתָא אע"ג דִּלְעוֹלָם תְּרוּמַת תְּאֵנִים דְּרַבָּנָן מ"מ כְּעֵין דְּאוֹרָייְתָא תַּקּוּן וְהָא דְּתַנְיָא בְּפֶרֶק אֵלּוּ הֵן הַלּוֹקִין (מַכּוֹת דַּף יט:) גַּבֵּי כֹּהֵן שֶׁעָלְתָה בְּיָדוֹ תְּאֵנָה שֶׁל טֶבֶל דְּכֹהֵן שֶׁאָכְלָה לוֹקֶה אַחַת וְזָר שֶׁאֲכָלָהּ לוֹקֶה שְׁתַּיִם וְכֵן הָא דִתְנַן בְּמַסֶּכֶת פָּרָה פ' צְלוֹחִית שֶׁהִנִּיחָהּ וְכוּ' (פי"א מ"ג) גַּבֵּי דְּבֵילָה שֶׁל תְּרוּמָה שֶׁנָּפְלָה לְמִי חַטָּאת דְּהָאֹוכְלָה בְּמִיתָה כָּל הָנֵי לְסִימָנֵי בְּעָלְמָא וְנָפְקָא מִינָּהּ לִתְרוּמָה דְּאוֹרָייְתָא אִי נָמֵי מַכַּת מַרְדּוּת וּמִיתָה לְקָובְרוֹ בֵּין רְשָׁעִים גְּמוּרִים וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק הַנּוֹדֵר מִן הַיָּרָק (נְדָרִים דַּף נה.) דְּדָגָן מִידֵּי דְּמִדְּגַן מַשְׁמַע אֲפִי' קִטְנִית הַייְנוּ בִּלְשׁוֹן בְּנֵי אָדָם וְהָא דְּקָאָמְרִינַן בַּיְּרוּשַׁלְמִי יְרָקוֹת מִדִּבְרֵיהֶם הַייְנוּ שֶׁאֵין לָהֶם סֶמֶךְ מִן הַפָּסוּק ואע"ג דִּבְתוֹרַת כֹּהֲנִים בְּסוֹף פָּרָשַׁת בְּחֻקּוֹתַי וּבְסִפְרֵי בְּפָרָשַׁת עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר תַּנְיָא זֶרַע הָאָרֶץ לְרַבּוֹת שׁוּם וְשַׁחֲלַיִם וְגַרְגֵּר וַהֲדַר תָּנֵי מִנַּיִן לְרַבּוֹת הַיְּרָקוֹת לְמַעַשְׂרוֹת ת"ל וְכָל מַעֲשֵׂר מִשּׁוּם דְּלָא מִשְׁתְּמַע שַׁפִּיר מִקְּרָא לָא חֲשִׁיב לֵיהּ אַסְמַכְתָּא גְּמוּרָה אִי נָמֵי בָּרַיְיתָא דְּאִיסִי בֶּן עֲקִיבָא פְּלִיגָא:
'Il a enseigné ce qui est rabbinique' - du fait qu'on a enseigné 'pour les légumes' plus que pour tous les autres fruits, cela indique que tous les autres fruits ont un dîme de la Torah ; ainsi ressort-il au début du traité Maasrot dans le Talmud de Jérusalem, qui dérive tout [le reste] d'un verset sauf les légumes, et conclut que le dîme des légumes est de leurs paroles [rabbinique]. Et voici ce qui y figure : 'Tu dîmeras (asser teasser) tout le produit de ta semence' - c'est un klal (généralité) suivi d'un perat (particularité), [et la règle est que] dans le klal il n'y a rien de plus que ce qui est dans le perat ; je n'ai [donc pour l'instant] que le grain (tevoua) ; d'où [inclure] les légumineuses ? Le verset dit 'et tout le dîme de la terre' - pour inclure la semence d'ail et de cresson ; pourrais-je inclure la semence de l'arum supérieur, la semence de poireau, de navet, de radis et les autres semences potagères qui ne se mangent pas ? Le verset dit 'de la semence de la terre' et non toute semence de la terre. 'Le fruit de l'arbre' - pour inclure tous les fruits de l'arbre ; pourrais-je inclure les caroubes sauvages, etc. ? Le verset dit 'du fruit de l'arbre' et non tout fruit de l'arbre. D'où [inclure] les légumes ? Issi ben Akiva dit : le dîme des légumes est de leurs paroles [rabbinique]. Et de même dans le Talmud de Jérusalem à la fin de Halla : nos maîtres en exil prélevaient teroumot et maasrot jusqu'à ce que viennent les 'grands' (rovim) qui les abolirent... R. Zeira, Rav Yehouda au nom de Chmouel : la halla en diaspora et la teroumah de diaspora, on mange puis on prélève ensuite ; R. Abba au nom de Chmouel : ils ne se sont souciés que du grain, du moût et de l'huile ; R. Ila au nom de Chmouel : ils ne se sont souciés que de la grande teroumah seule, mais pour les légumes ils ne se sont pas même souciés de la teroumah, car Issi ben Akiva enseigne : le dîme des légumes est de leurs paroles. De tout cela il ressort que tous les autres fruits sont de la Torah - mais il est impossible de dire ainsi, car plus loin dans notre chapitre (Roch Hachana 15b) on a dit que le dîme des caroubes est rabbinique ; au chapitre 'Keitsad mevarekhin' (Berakhot 36a) [que] le dîme du câprier est rabbinique ; au chapitre 'Elou ovrin' (Pessahim 44a) [que] le dîme des épices est rabbinique ; et même les figues, grenades et dattes qui sont écrites dans le verset 'terre de froment [etc.]' sont exemptées des dîmes, car de la Torah seuls le grain, le moût et l'huile sont assujettis, comme on dit au chapitre 'Maaser behema' (Bekhorot 54a) : le moût et le grain sont de la Torah, les autres espèces sont rabbiniques ; et au chapitre 'Ha-or ve-ha-rotev' (Houlin 120b) on rapproche les liquides des choses saintes [pour dire] que la teroumah du moût et de l'huile [oblige], mais pas autre chose, et l'on exclut le miel de dattes et le vin de pommes ; et au début de Beitsa (3b) 'ce tanna est le tanna de la litra de figues sèches' qui dit 'tout ce qui se compte, même rabbinique, ne s'annule pas'. Et ce qui ressort à la fin de 'Hé-arel' (Yevamot 81a), qu'un rouleau [de figues] dans des rouleaux ne remonte pas [ne s'annule pas] si la teroumah de nos jours est de la Torah - bien que la teroumah des figues soit toujours rabbinique, néanmoins on a institué [pour elle un statut] à l'image de la Torah. Et ce qui est enseigné au chapitre 'Elou hen ha-lokin' (Makot 19b) à propos d'un cohen qui a reçu une figue de tevel, que le cohen qui la mange reçoit une seule [série de coups] et un étranger qui la mange en reçoit deux ; de même ce qui est enseigné au traité Para (ch. 11 m. 3) à propos d'une figue sèche de teroumah tombée dans l'eau lustrale, que celui qui la mange [est passible] de mort - tout cela n'est que par signes (le-simanim), et la conséquence pratique concerne la teroumah de la Torah, ou bien [il s'agit] de coups de rébellion (makat mardut) et d'une 'mort' [au sens d'] être enterré parmi les impies achevés. Et ce qu'on dit au chapitre 'Ha-noder min ha-yarak' (Nedarim 55a) que 'dagan' (grain) désigne ce qui est mis en meule (medougan), même les légumineuses - c'est [seulement] dans le langage courant des gens. Et ce que dit le Talmud de Jérusalem 'les légumes sont de leurs paroles' signifie qu'ils n'ont pas d'appui (semekh) dans un verset ; et bien que dans le Torat Cohanim à la fin de la parachat Béhoukotaï, et dans le Sifri à la parachat 'Asser teasser', il soit enseigné 'la semence de la terre pour inclure ail, cresson et cardamine' puis 'd'où inclure les légumes pour les dîmes ? Le verset dit : et tout dîme' - c'est parce que cela ne ressort pas clairement du verset qu'on ne le tient pas pour un asmakhta véritable ; ou bien la baraita d'Issi ben Akiva est en désaccord.
💡 Explication

Objection : 'légumes' et 'dîmes' ne font-ils pas double emploi ? Réponse : la baraita mentionne d'abord le dîme du légume, qui est rabbinique (de-rabbanan), pour t'apprendre qu'il a lui aussi un Roch Hachana fixé (nouveau/ancien) ; puis elle enseigne le dîme du grain, qui est de la Torah (de-oraita).

8
וְלִיתְנֵי דְּאוֹרָייְתָא בְּרֵישָׁא! אַיְּידֵי דַּחֲבִיבָא לֵיהּ — אַקְדְּמָהּ. וְתַנָּא דִּידַן? תַּנָּא דְּרַבָּנָן, וְכָל שֶׁכֵּן דְּאוֹרָיְיתָא.

Et qu'il enseigne [ce qui est] de-oraita en premier ! [Réponse :] parce qu'il lui est cher, il l'a placé en premier.

Et notre tanna [de la michna] ? Il enseigne [ce qui est] de-rabbanan, et à plus forte raison (kol chekhen) [ce qui est] de-oraita.

📜 Rachi (2)
וְתַנָּא דִּידַן דִּתְנָא לִירָקוֹת וְלֹא תְּנָא לְמַעַשְׂרוֹת:
Et notre tanna - qui a enseigné 'pour les légumes' et n'a pas enseigné 'pour les dîmes'.
תַּנָּא דְּרַבָּנָן וְאַשְׁמוֹעִינַן דְּיוֹם קָבוּעַ לוֹ כ"ש דְּאוֹרָיְיתָא:
Il enseigne ce qui est rabbinique - et il nous fait savoir qu'un jour [fixé] lui est [assigné] ; à plus forte raison [pour] ce qui est de la Torah.
🗂️ Tossefot (1)
אַייְּדֵי דַּחֲבִיבָא לֵיהּ אַקְדְּמַהּ. ובפ"ק דְּפֵאָה (מִשְׁנָה ה) תְּנַן לְעִנְיַן פֵּאָה הָאוֹג וְהֶחָרוּבִין מִדְּאוֹרַיְיתָּא לָא מִחַייְּבִי בְּפֵאָה אֶלָּא זֵיתִים וּגְפָנִים דִּכְתִיבִי בִּקְרָא כִּדְדָרֵישׁ בְּפֶרֶק הַזְּרוֹעַ (חֻולִּין דַּף קָלָא.) אַרְבַּע שֶׁבַּכֶּרֶם שְׁתַּיִם שֶׁבָּאִילָן כְּגוֹן זֵיתִים וְהַשְׁתָּא אִי מִשּׁוּם דַּחֲבִיבָא לֵיהּ מִילְּתָא דְּרַבָּנָן אַקְדִּים אוֹג וְחָרוּבִין לִיתְנֵי זֵיתִים וּגְפָנִים לְבַסּוֹף כִּדְפָרִיךְ בְּרֵישׁ יְבָמוֹת (דַּף ג. וְשָׁם) לִיתְנְייֵהּ לַאֲחוֹת אִשָּׁה לְבַסּוֹף וְהָתָם שְׁנָאָן בְּסֵירוּגִין וּבְאֶמְצַע וְי"ל דְּהָתָם בְּפֵאָה לָא אֲתָא אֶלָּא לְפָרוּשֵׁי אֵלּוּ שֶׁלְּקִיטָתָן כְּאֶחָד הִלְכָּךְ לָא חָיֵישׁ לְמִתְנִינְהוּ עַל הַסֵּדֶר א"נ הָאַחֲרוֹן אַחֲרוֹן אֵין לְקִיטָתָן כְּאֶחָד כֻּולֵּי הַאי כְּמוֹ הָרִאשׁוֹן שֶׁלְּפָנָיו וּפֵאָה שַׁייָּךְ בְּדָבָר שֶׁלְּקִיטָתָן כְּאֶחָד וְתָנֵי לֹא זוֹ אַף זוֹ:
'Parce qu'il lui est cher, il l'a placé en premier' - or au premier chapitre de Pea (m. 5) on a enseigné, à propos de la pea, que le sumac et les caroubes ne sont pas assujettis à la pea de la Torah, mais seulement les olives et les vignes écrites dans le verset, comme on le dérive au chapitre 'Ha-zeroa' (Houlin 131a). Et maintenant, si c'est parce que la chose rabbinique lui est chère qu'il a placé [en premier] le sumac et les caroubes, qu'il enseigne les olives et les vignes à la fin, comme on objecte au début de Yevamot (3a) 'qu'il enseigne 'la sœur de sa femme' à la fin' - or la-bas il les a enseignés en alternance et au milieu ! On peut répondre : là-bas, dans [le traité] Pea, il n'est venu que pour expliquer lesquels [ont] leur cueillette en une seule fois, et de ce fait il ne s'est pas soucié de les enseigner dans l'ordre ; ou bien : le dernier [cité] n'a pas une cueillette 'en une seule fois' aussi complète que le premier qui le précède, et la pea concerne ce dont la cueillette se fait en une seule fois, et il enseigne selon [le style] 'non seulement ceci mais même cela' (lo zou af zou).
💡 Explication

Objection : la baraita aurait dû enseigner d'abord le dîme de la Torah. Réponse : le dîme du légume, plus novateur, lui était cher, d'où sa priorité. Et la michna, qui ne mentionne que 'légumes' sans 'dîmes' ? Elle enseigne le cas rabbinique (légume) pour t'apprendre à fortiori (kol chekhen) que le dîme de la Torah (grain, moût, huile) a lui aussi son Roch Hachana au 1er Tichri.

9
וְלִיתְנֵי ״מַעֲשֵׂר״! אֶחָד מַעְשַׂר בְּהֵמָה וְאֶחָד מַעְשַׂר דָּגָן. וְלִיתְנֵי ״יָרָק״! תְּרֵי גַּווְנֵי יָרָק, דִּתְנַן: יָרָק הַנֶּאֱגָד — מִשֶּׁיֵּאָגֵד, וְשֶׁאֵינוֹ נֶאֱגָד — מִשֶּׁיְּמַלֵּא אֶת הַכְּלִי.

Et qu'il enseigne [au singulier] 'dîme' ! [Réponse : le pluriel inclut] à la fois le dîme du bétail (maaser behema) et le dîme du grain.

Et qu'il enseigne [au singulier] 'légume' ! [Réponse :] deux sortes de légume, comme nous l'avons appris (Maasrot 1:5) : le légume qui se lie [en botte], [son moment est] des qu'il est lié ; et celui qui ne se lie pas, dès qu'on remplit le récipient.

📜 Rachi (2)
יָרָק הַנֶּאֱגָד שֶׁדַּרְכּוֹ בַּאֲגֻודּוֹת:
Le légume qui se lie [en botte] - dont l'usage est [de le vendre] en bottes.
מִשֶּׁיֵּאָגֵד הָוֵי גָּורְנוֹ לְמַעֲשֵׂר וְאָסוּר לֶאֱכֹול מִמֶּנּוּ עֲרַאי עַד שֶׁיְּעַשֵּׂר:
Dès qu'il est lié - c'est son 'aire' (gorno) pour le dîme, et il est interdit d'en manger occasionnellement (arai) tant qu'on n'a pas dîme.
🗂️ Tossefot (3)
אֶחָד מַעְשַׂר בְּהֵמָה וְאֶחָד מַעְשַׂר דָּגָן. כר"ש דְּאָמַר בְּמַתְנִיתִין אֶחָד בְּתִשְׁרִי רֹאשׁ הַשָּׁנָה לְמַעְשַׂר בְּהֵמָה וְתֵימָה דה"מ לְשַׁנּוֹיֵי ד"ה וּלְפָרוֹשֵׁי מַעַשְׂרוֹת כְּגוֹן מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי וּמַעְשַׂר עָנִי כְּדִתְנַן בְּרֵישׁ מַסֶּכֶת מַעַשְׂרוֹת וּלְעֵיל נָמֵי בְּפִירְקִין (דַּף ד.) גַּבֵּי בַּל תְּאַחֵר קָתָנֵי מַעַשְׂרוֹת וְקָתָנֵי נָמֵי בְּכוֹר וּמַעֲשֵׂר דְּהַייְנוּ מַעְשַׂר בְּהֵמָה וְעוֹד קַשְׁיָא דְּאִי מַהְדַּר לְאַקְשׁוֹיֵי אַמַּאי תָּנֵי מַעַשְׂרוֹת לְשׁוֹן רַבִּים בְּרֵישָׁא ה"ל לְאַקְשׁוֹיֵי אַיְּרָקוֹת דְּהָא תְּנָא יְרָקוֹת בְּרֵישָׁא וַהֲדַר מַעַשְׂרוֹת וְנִרְאֶה לִי דְּלָאו אַבָּרַיְיתָא פָּרִיךְ אֶלָּא אַמַּתְנִיתִין קָאֵי דְּקָתָנֵי וְלַיְּרָקוֹת מִשּׁוּם מַעַשְׂרוֹת דְּהֵם מִדְּרַבָּנָן דְּלִיתְנֵי מַעֲשֵׂר סְתָם וַהֲוָה יָדַעְנָא דִּבְכָל מַעֲשֵׂר אַייְרֵי בֵּין בְּיָרָק בֵּין בְּדָגָן וּמְשַׁנֵּי מִשּׁוּם דַּהֲוָה מַשְׁמַע אֶחָד מַעְשַׂר בְּהֵמָה וְאֶחָד מַעְשַׂר דָּגָן סְתָם כְּר' שִׁמְעוֹן וַהֲדַר דָּיֵיק אַמַּאי תְּנָא יְרָקוֹת לְשׁוֹן רַבִּים וה"ה דַּהֲוָה מָצֵי לְאַקְשׁוּיֵי אַשְּׁמִיטִּין וְאַיּוֹבְלוֹת וּמַה שֶׁיָּכוֹל לִמְצוֹא טַעַם מְפָרֵשׁ:
'À la fois le dîme du bétail et le dîme du grain' - selon R. Chimon qui dit dans la michna 'le premier Tichri est Roch Hachana pour le dîme du bétail'. Et c'est étonnant, car il aurait pu répondre selon tous et expliquer 'maasrot' comme [désignant] par exemple le premier dîme, le second dîme et le dîme du pauvre, comme il est enseigné au début du traité Maasrot ; et plus haut aussi dans notre chapitre (4a) à propos de 'bal teaher' on enseigne 'maasrot' et l'on enseigne aussi 'premier-né et dîme', c'est-à-dire le dîme du bétail. De plus, [autre] difficulté : si l'on cherche à objecter pourquoi on enseigne 'maasrot' au pluriel en tête, on aurait dû objecter [de même] sur 'yerakot' (légumes), car il a enseigné 'légumes' [au pluriel] en tête puis 'maasrot'. Il me semble donc que [la question] ne porte pas sur la baraita mais vise la michna, qui enseigne 'pour les légumes' à cause des dîmes qui sont rabbiniques : qu'elle enseigne 'dîme' [au singulier] sans précision, et je saurais qu'il s'agit de tout dîme, tant du légume que du grain ; et [la Guemara] répond : parce que cela aurait signifié 'à la fois le dîme du bétail et le dîme du grain' sans précision, selon R. Chimon. Puis elle raisonne : pourquoi a-t-il enseigné 'légumes' au pluriel ? Et de même il aurait pu objecter sur les chemitot et yovelot ; ce dont il peut trouver la raison, il l'explique.
יָרָק הַנֶּאֱגָד מִשֶּׁיֵּאָגֵד. לְעִנְיַן גָּורְנוֹ לְמַעַשְׂרוֹת מִיתְּנֵי בפ"ק דְּמַעַשְׂרוֹת (מִשְׁנָה ה) אֲבָל לְעִנְיַן חָדָשׁ וְיָשָׁן תָּלוּי בִּלְקִיטָה:
'Le légume qui se lie, dès qu'il est lié' - c'est quant à son 'aire' pour les dîmes que cela est enseigné au premier chapitre de Maasrot (m. 5) ; mais quant au [distinguo] nouveau/ancien, cela dépend de la cueillette (lekita).
מִשֶּׁיְּמַלֵּא אֶת הַכְּלִי. בְּסֵיפָא קָתָנֵי וְאִם אֵינוֹ מְמַלֵּא אֶת הַכְּלִי מִשֶּׁיְּלַקֵּט כָּל צָרְכּוֹ:
'Dès qu'on remplit le récipient' - dans la [clause] finale on enseigne : et s'il ne remplit pas le récipient, [le moment est] des qu'il a cueilli tout son nécessaire.
💡 Explication

Pourquoi le pluriel 'dîmes' et 'légumes' ? 'Dîmes' inclut à la fois le dîme du bétail (maaser behema, selon R. Chimon) et le dîme du grain. 'Légumes' inclut deux catégories (Maasrot 1:5) : le légume d'usage lié en botte, dont le moment d'assujettissement (gorno) est la mise en botte, et celui qui ne se lie pas, dont le moment est le remplissage du récipient.

10
תָּנוּ רַבָּנַן: לִיקֵּט יָרָק עֶרֶב רֹאשׁ הַשָּׁנָה עַד שֶׁלֹּא תָּבֹא הַשֶּׁמֶשׁ, וְחָזַר וְלִיקֵּט

Nos maîtres ont enseigné : [si] on a cueilli du légume la veille de Roch Hachana avant que le soleil ne soit venu [couché], puis on a cueilli de nouveau [après le coucher, l'année suivante]...

📜 Rachi (1)
לִיקֵּט יָרָק אַשְׁמוֹעִינַן דְּיָרָק בָּתַר לְקִיטָה אָזֵיל לְעִנְיַן מַעֲשֵׂר וְאַף עַל פִּי שֶׁגָּדֵל בְּשָׁנָה אַחַת אִם נִלְקָט בִּשְׁתֵּי שָׁנִים הָוֵי חָדָשׁ וְיָשָׁן שֶׁאֵין תּוֹרְמִין מִן הֶחָדָשׁ עַל הַיָּשָׁן דִּכְתִיב (דְּבָרִים יד) שָׁנָה שָׁנָה:
On a cueilli du légume - il nous apprend que le légume suit la cueillette pour le dîme : bien qu'il ait poussé en une seule année, s'il est cueilli en deux années, il est [tenu pour] nouveau et ancien - car on ne prélève pas du nouveau sur l'ancien, comme il est écrit (Deut 14) 'année [par] année'.
💡 Explication

Baraita (dont la suite est en 12b) : le légume suit sa cueillette (lekita) pour le dîme. Même s'il a poussé en une seule année, s'il est cueilli en deux années (une partie avant Roch Hachana, une partie après), on a du nouveau et de l'ancien : on ne prélève pas le dîme du nouveau sur l'ancien, car il est écrit 'année [par] année' (Deut 14:22).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).