Sougya : La sougya poursuit la controverse entre R. Eliezer (monde créé en Tichri) et R.
Yehochoua (monde créé en Nissan) appliquée à la date du Déluge : que signifie 'le second mois' (Gen 7:11) et qu'est-ce que le Saint béni soit-Il 'changea' dans l'œuvre de la Création pour chacun ? R.
Hisda enseigne que la génération du Déluge fauta par le bouillant (routhin, l'ardeur de la débauche) et fut jugée par le bouillant (des eaux brûlantes), via une guezera chava sur le verbe 'se calmer'. Une baraita distingue le comput des sages d'Israël (Déluge selon R.
Eliezer, cycles solaires selon R. Yehochoua) de celui des nations.
La seconde moitié du daf explique le 1er Tichri comme Roch Hachana pour les légumes (dîme rabbinique, qui suit la cueillette), les dîmes (grain, de-oraita) et les vœux, et pourquoi la michna et la baraita emploient tantôt le singulier tantôt le pluriel.
Et parce qu'ils changèrent leurs actes [en mal], le Saint béni soit-Il changea pour eux l'œuvre du commencement (maase berechit) : Il fit monter la constellation de la Pléiade (mazal Kima) de jour, Il [lui] préleva deux étoiles et amena un déluge (maboul) sur le monde.
Suite d'un enseignement antérieur : la génération du Déluge ayant corrompu ses actes, Dieu bouleversa l'ordre naturel (maase berechit) pour amener le Déluge, faisant monter la Pléiade (Kima) en plein jour et lui ôtant deux étoiles. La Guemara reviendra plus loin sur le sens de ce 'changement'.
Soit (bichlama) selon R. Yehochoua, c'est [bien] ce qui est écrit 'le second [mois]' (Gen 7:11) [= Iyar, deuxième mois depuis Nissan].
Mais selon R. Eliezer, que [signifie] 'le second' ?
[Réponse :] second au jugement (chelo la-din).
Application de la controverse au verset 'au second mois' (Gen 7:11). Pour R. Yehochoua (monde créé en Nissan), le Déluge débuta en Iyar, littéralement le second mois. Pour R. Eliezer (Déluge en Marhechvan), 'second' se comprend comme second au mois du jugement : Tichri (mois où fut décrétée la sentence) précède, et Marhechvan vient après.
Soit selon R. Yehochoua, c'est [bien] ce qu'Il 'changea'.
Mais selon R. Eliezer, qu'a-t-Il changé ?
Deuxième volet de la question. Pour R. Yehochoua, le 'changement' est évident : la pluie du Déluge tomba en Iyar, saison où il ne pleut pas d'ordinaire. Mais pour R. Eliezer (Marhechvan, saison des pluies), en quoi consista le bouleversement de l'ordre naturel ?
[C'est] comme [l'enseignement de] Rav Hisda. Car Rav Hisda a dit : par le bouillant (routhin) ils se corrompirent et par le bouillant ils furent jugés.
Par le bouillant ils se corrompirent - par la transgression (avéra) ; et par le bouillant ils furent jugés - il est écrit ici 'et les eaux se calmèrent (vayachokou)' (Gen 8:1), et il est écrit là-bas 'et le courroux du roi se calma (chakhakha)' (Esther 7:10).
Réponse : même selon R. Eliezer il y eut un changement, selon Rav Hisda : mesure pour mesure, la génération du Déluge fauta par le bouillant (l'ardeur brûlante de la débauche) et fut jugée par le bouillant (des eaux brûlantes). Cela ressort d'une guezera chava (analogie verbale) entre 'les eaux se calmèrent' (vayachokou, Gen 8:1) et 'le courroux du roi se calma' (chakhakha, Esther 7:10) : de même que le courroux était chaud puis se refroidit, les eaux étaient brûlantes puis se refroidirent.
Nos maîtres ont enseigné : les sages d'Israël comptent pour le Déluge (la-maboul) selon R. Eliezer [= à partir de Tichri], et pour le cycle [solaire] (la-tekoufa) selon R.
Yehochoua [= à partir de Nissan]. Les sages des nations du monde comptent aussi pour le Déluge selon R.
Yehochoua [= à partir de Nissan].
Baraita sur les deux systèmes de comput. Les sages d'Israël comptent les années de Noé, de la Création et des générations selon R. Eliezer (années à partir de Tichri), mais les cycles solaires et lunaires (tekoufot, moladot) selon R. Yehochoua (à partir de Nissan, mois de la création des luminaires). Les sages des nations comptent tout, y compris le Déluge, à partir de Nissan.
[La michna a enseigné :] 'et pour les légumes (yerakot)'. Il est enseigné : pour les légumes, pour les dîmes (maasrot) et pour les vœux (nedarim). 'Pour les légumes' - qu'est-ce donc ?
Le dîme du légume (maaser yarak).
La Guemara commente le mot 'légumes' de la michna. Une baraita ajoute deux autres domaines pour lesquels le 1er Tichri est le Roch Hachana : les dîmes et les vœux. 'Légumes' désigne le dîme du légume (maaser yarak) : on ne prend pas teroumah/dîme d'un légume cueilli avant Roch Hachana pour un légume cueilli après, car ils appartiennent à deux années différentes.
N'est-ce pas [la même chose que] les dîmes ? [Réponse :] il a enseigné [d'abord] ce qui est de-rabbanan (rabbinique), puis il enseigne ce qui est de-oraita (de la Torah).
Objection : 'légumes' et 'dîmes' ne font-ils pas double emploi ? Réponse : la baraita mentionne d'abord le dîme du légume, qui est rabbinique (de-rabbanan), pour t'apprendre qu'il a lui aussi un Roch Hachana fixé (nouveau/ancien) ; puis elle enseigne le dîme du grain, qui est de la Torah (de-oraita).
Et qu'il enseigne [ce qui est] de-oraita en premier ! [Réponse :] parce qu'il lui est cher, il l'a placé en premier.
Et notre tanna [de la michna] ? Il enseigne [ce qui est] de-rabbanan, et à plus forte raison (kol chekhen) [ce qui est] de-oraita.
Objection : la baraita aurait dû enseigner d'abord le dîme de la Torah. Réponse : le dîme du légume, plus novateur, lui était cher, d'où sa priorité. Et la michna, qui ne mentionne que 'légumes' sans 'dîmes' ? Elle enseigne le cas rabbinique (légume) pour t'apprendre à fortiori (kol chekhen) que le dîme de la Torah (grain, moût, huile) a lui aussi son Roch Hachana au 1er Tichri.
Et qu'il enseigne [au singulier] 'dîme' ! [Réponse : le pluriel inclut] à la fois le dîme du bétail (maaser behema) et le dîme du grain.
Et qu'il enseigne [au singulier] 'légume' ! [Réponse :] deux sortes de légume, comme nous l'avons appris (Maasrot 1:5) : le légume qui se lie [en botte], [son moment est] des qu'il est lié ; et celui qui ne se lie pas, dès qu'on remplit le récipient.
Pourquoi le pluriel 'dîmes' et 'légumes' ? 'Dîmes' inclut à la fois le dîme du bétail (maaser behema, selon R. Chimon) et le dîme du grain. 'Légumes' inclut deux catégories (Maasrot 1:5) : le légume d'usage lié en botte, dont le moment d'assujettissement (gorno) est la mise en botte, et celui qui ne se lie pas, dont le moment est le remplissage du récipient.
Nos maîtres ont enseigné : [si] on a cueilli du légume la veille de Roch Hachana avant que le soleil ne soit venu [couché], puis on a cueilli de nouveau [après le coucher, l'année suivante]...
Baraita (dont la suite est en 12b) : le légume suit sa cueillette (lekita) pour le dîme. Même s'il a poussé en une seule année, s'il est cueilli en deux années (une partie avant Roch Hachana, une partie après), on a du nouveau et de l'ancien : on ne prélève pas le dîme du nouveau sur l'ancien, car il est écrit 'année [par] année' (Deut 14:22).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).