Rosh Hashanah 13a — l'année d'un produit suit le premier tiers (chelich) de sa maturation ; la précision des mesures des Sages ; le omer de l'entrée en Terre d'Israël

Rosh Hashanah 13a

Sougya : La Guemara établit que l'année halakhique d'une récolte (pour orla, chviit, maaser) se détermine d'après le premier tiers (chelich) de sa maturation, atteint avant Roch Hachana. Preuve : le verset 'la fête de la récolte (assif) à la sortie de l'année' (Ex 23:16), où 'assif' est relu comme 'katsir' (moisson).

R. Yirmeya doute que les Sages sachent distinguer le tiers du moins-que-tiers, puis se ravise grâce au omer que les Israélites offrirent en entrant en Terre du temps de Josue : ils surent choisir un grain n'ayant pas atteint le tiers en main non-juive, et l'orge mûrit en cinq jours car la Terre est 'terre du cerf' (erets tsvi).

R. Hanina objecte que 'assif' désigne plutôt les déchets de l'aire (pour le toit de la souccah) et 'jette une hache' dans la preuve.

La source réelle sera un remez : 'li-chlich' au lieu de 'là-chaloch' (Vayikra 25:21).

Que signifie 'assif' dans 'la fête de la récolte (assif) à la sortie de l'année' ? Hava amina : assif = temps de la cueillette Conclusion : assif = katsir (moisson) La fête tombe à la saison où l'on engrange les récoltes (Souccot). Mais c'est déjà dit : 'be-ospekha' Le grain que l'on moissonne à Souccot à forcément atteint le tiers (chelich) avant Roch Hachana : il appartient à l'année sortante ('betseit ha-chana'). Règle déduite : l'année d'un produit suit le premier tiers de sa maturation. Grain à un tiers avant Roch Hachana -> année écoulée (pour orla, chviit, maaser). Objection finale de R. Hanina : 'assif' = déchets de l'aire (pour le toit de la souccah) -> la preuve tombe ('il y jeta une hache'). Source réelle : 'lichlich' (Vayikra 25:21).
Le raisonnement central sur 'assif' et la règle du chelich (segments 0-2, 13-15).
Preuve de R. Yirmeya : le omer de l'entrée en Terre (Josue) Question à Rav Kahana : d'où prit-on le grain du omer, la 1ère année en Terre ? Pas du grain d'un non-Juif : 'ketsirkhem' (votre moisson), et non celle d'un goy (Vayikra 23:10). Réponse de Rav Kahana : de ce qui n'avait pas atteint le tiers (chelich) en main du goy. Donc : les Sages SAVENT distinguer chelich / moins-que-chelich. Objection : et si rien n'avait poussé ? On distinguerait alors sans finesse ; la preuve ne vaut plus pour le tiers. Réponse : monté du Jourdain le 10 nissan -> en 5 jours (omer le 16), impossible d'atteindre pleine maturité : déjà poussé. 'Erets tsvi' (terre du cerf) : la Terre mûrit ses fruits aussi vite qu'un cerf court.
La preuve du omer de Josue et l'objection 'et si rien n'avait poussé' (segments 6-12).
'Toutes les mesures des Sages sont exactes (metsoumtsamot)' Mikve 40 sea -> on s'immerge 40 sea moins 1 kortov -> immersion invalide (kortov = mesure infime) Nourriture impure volume d'un œuf (kabeitsa) -> transmet la toumah moins un grain de sésame -> ne transmet pas Étoffe / midras 3 sur 3 (tefahim) -> reçoit la toumat midras moins un fil (nima) -> ne la reçoit pas
Les mesures exactes des Sages : mikve, nourriture, étoffe (segments 3-5).
1
וְדִלְמָא לָא עָייֵל כְּלָל, וְקָאָמַר רַחֲמָנָא תְּשַׁמֵּט וְתֵיזִיל עַד חַג הַסֻּוכּוֹת!

Mais peut-être [le verset] ne parle-t-il pas du tout de ce qui a poussé [avant Roch Hachana] ! Le Miséricordieux dirait [alors] : que [le produit] soit rendu libre (tichmet) et que [l'interdit] se prolonge jusqu'à la fête de Souccot !

📜 Rachi (1)
וְדִלְמָא לָא עָיֵיל כְּלָל וַאֲפִילּוּ לֹא הִתְחִילוּ לְהִתְבַּשֵּׁל בַּשְּׁבִיעִית קָאָמַר רַחֲמָנָא מִצְוַת שְׁבִיעִית לִימָּשֵׁךְ אִיסּוּרָהּ עַד חַג הַסֻּוכּוֹת מִלַּחֲרֹושׁ וְלִקְצֹור:
Mais peut-être rien n'a poussé du tout — [le verset veut dire que] même si [les fruits] n'ont pas commencé à mûrir durant la septième année, le Miséricordieux ordonne que l'interdit de la chviit se prolonge jusqu'à la fête de Souccot : [défense] de labourer et de moissonner.
💡 Explication

Objection préliminaire : peut-être le verset ne vise-t-il pas le grain déjà poussé, mais impose que les règles de la chviit (septième année) continuent de s'appliquer jusqu'à Souccot de la huitième année, même sur ce qui n'a pas encore mûri.

2
לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״וְחַג הָאָסִיף בְּצֵאת הַשָּׁנָה״, מַאי ״אָסִיף״? אִילֵּימָא: חַג הַבָּא בִּזְמַן אֲסִיפָה — הַכְּתִיב: ״בְּאָסְפְּךָ״.

Cela ne saurait te venir à l'esprit, car il est écrit : 'et la fête de la récolte (assif), à la sortie de l'année' (Ex 23:16). Que signifie 'assif' (récolte) ?

Si tu dis : une fête qui vient au temps de la cueillette (assifa) — mais il est déjà écrit 'be-ospekha' (quand tu engranges) !

📜 Rachi (3)
לָא ס"ד דְּלִשְׁתַּעֵי קְרָא אֶלָּא כְּשֶׁהֵבִיאוּ שְׁלִישׁ דְּמוּכָח קְרָא אַחֲרִינָא:
Cela ne saurait te venir à l'esprit — [c'est] que le verset ne parle que de ce qui a atteint le tiers (chelich), comme le prouve un autre verset.
וְחַג הָאָסִיף בְּצֵאת הַשָּׁנָה מַאי חַג הָאָסִיף אִילֵּימָא דְּהַהוּא שֵׁם סֻוכּוֹת וּמִשּׁוּם דְּבָא בִּזְמַן אֲסִיפָה לָמָּה לִי דְּכָתַב בְּחַד קְרָא תְּרֵי זִימְנֵי הָא כְתִיב בְּהַהוּא קְרָא גּוּפֵיהּ בְּאָסְפְּךָ אֶת מַעֲשֶׂיךָ:
'Et la fête de la récolte à la sortie de l'année' — que signifie 'la fête de la récolte' ? Si tu dis que c'est [seulement] le nom de Souccot, [donné] parce qu'elle vient au temps de la cueillette — pourquoi l'écrire ? [Le verset] l'aurait écrit deux fois dans un seul et même verset, alors qu'il est déjà écrit dans ce même verset 'be-ospekha et maasekha' (quand tu engranges tes récoltes).
אֶלָּא מַאי אָסִיף קָצִיר וה"ק וְחַג אֲשֶׁר הוּא בְּאָסְפְּךָ אֶת מַעֲשֶׂיךָ מִן הַשָּׂדֶה אָסִיף אֲשֶׁר אַתָּה קוֹצֵר בּוֹ אֵינוֹ מִשָּׁנָה הַנִּכְנֶסֶת אֶלָּא מִשָּׁנָה הַיּוֹצֵאת וְלִמֶּדְךָ כָּאן שֶׁקְּצִיר הֶחָג הוֹלֵךְ אַחַר שָׁנָה שֶׁעָבְרָה וְקִים לְהוּ לְרַבָּנָן שֶׁאָמְרוּ הַתְּבוּאָה אַחַר שְׁלִישׁ דְּכָל תְּבוּאָה שֶׁנִּקְצֶרֶת בֶּחָג בְּיָדוּעַ שֶׁהֵבִיאָה שְׁלִישׁ לִפְנֵי ר"ה:
Plutôt, que signifie 'assif' ? [C'est] la moisson (katsir). Et voici le sens : la fête qui est 'be-ospekha et maasekha min ha-sadeh' (quand tu engranges tes récoltes du champ), [la] récolte que tu moissonnes en elle n'appartient pas à l'année qui entre mais à l'année qui sort ; [le verset] t'enseigne ici que la moisson [faite pendant] la fête suit l'année écoulée. Et les Sages tenaient pour acquis, disant : la récolte [suit] le tiers, car tout grain moissonné à Souccot a certainement atteint le tiers avant Roch Hachana.
💡 Explication

Le verset 'la fête de la récolte, à la sortie de l'année' ne peut viser le simple temps de la cueillette : ce sens est déjà donné par 'be-ospekha' (quand tu engranges) dans le même verset. Le mot 'assif' est donc superflu et appelle une autre lecture.

3
אֶלָּא מַאי ״אָסִיף״ — קָצִיר. וְקִים לְהוּ לְרַבָּנַן דְּכָל תְּבוּאָה שֶׁנִּקְצְרָה בֶּחָג, בְּיָדוּעַ שֶׁהֵבִיאָה שְׁלִישׁ לִפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה, וְקָא קָרֵי לָהּ ״בְּצֵאת הַשָּׁנָה״.

Plutôt, que signifie 'assif' ? [C'est] la moisson (katsir).

Et les Sages tiennent pour acquis que tout grain moissonné à Souccot a certainement atteint le tiers (chelich) avant Roch Hachana, et [le verset] l'appelle 'à la sortie de l'année' (betseit ha-chana).

📜 Rachi (2)
וְקָא קָרֵי לֵיהּ בְּצֵאת הַשָּׁנָה שֶׁהִיא מִשָּׁנָה הַיּוֹצֵאת אַלְמָא תְּבוּאָה אַחַר שְׁלִישׁ:
Et [le verset] l'appelle 'à la sortie de l'année' — c'est-à-dire de l'année qui sort ; preuve que le grain [suit] son état après le tiers.
וְקִים לְהוּ לְרַבָּנָן בִּתְמִיהַּ וְכִי בְּקִיאִין הֵן בְּטִיב גִּידּוּל הַתְּבוּאָה לָדַעַת שֶׁאֵין הַתְּבוּאָה רְאוּיָה לִקְצֹור בֶּחָג אא"כ הֵבִיאָה שְׁלִישׁ בַּשָּׁנָה שֶׁעָבְרָה:
Et les Sages tiennent pour acquis — [dit] sur un ton d'étonnement : sont-ils donc si experts dans la nature de la croissance du grain, au point de savoir que le grain n'est pas propre à être moissonné à la fête à moins d'avoir atteint le tiers l'année précédente ?
🗂️ Tossefot (2)
אֶלָּא מַאי אָסִיף קָצִיר. אֲבָל מִכָּל מָקוֹם פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא חַג הַבָּא בִּזְמַן אֲסִיפָה:
'Plutôt, que signifie assif ? La moisson' — mais de toute façon, le sens simple du verset [reste] : une fête qui vient au temps de la cueillette.
וְקָרֵי לֵיהּ בְּצֵאת הַשָּׁנָה. מ"מ בְּהַאי קְרָא לְחוּדֵיהּ לָא סַגִּי אִי לָאו בְּמֹועֵד שְׁנַת הַשְּׁמִטָּה בְּחַג הַסֻּוכּוֹת:
'Et [le verset] l'appelle à la sortie de l'année' — de toute façon, ce verset à lui seul ne suffirait pas, n'était [le rapprochement avec] 'au temps [fixé] de l'année de la chmita, à la fête de Souccot' (Dt 31:10).
💡 Explication

Conclusion : 'assif' = moisson (katsir). Puisqu'un grain moissonnable à Souccot a forcément franchi le tiers de sa maturation avant Roch Hachana, le verset le range dans l'année écoulée ('betseit ha-chana'). D'où la règle : l'année suit le premier tiers.

4
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יִרְמְיָה לְרַבִּי זֵירָא: וְקִים לְהוּ לְרַבָּנַן בֵּין שְׁלִישׁ לְפָחוֹת מִשְּׁלִישׁ? אֲמַר לֵיהּ: לָאו אָמֵינָא לָךְ לָא תַּפֵּיק נַפְשָׁךְ לְבַר מֵהִלְכְתָא? כָּל מִדּוֹת חֲכָמִים — כֵּן הוּא.

Rabbi Yirmeya dit à Rabbi Zeira : et les Sages savent-ils [distinguer] entre le tiers et moins-que-le-tiers ? Il lui dit : ne t'ai-je pas dit de ne pas te mettre hors de la halakha ?

Toutes les mesures des Sages sont ainsi [exactes].

📜 Rachi (2)
לָא תַּפֵּיק נַפְשְׁךָ בַּר מֵהִלְכְתָא לְפַקְפֵּק בְּשִׁיעוּר חֲכָמִים:
Ne te mets pas hors de la halakha — à chicaner sur la mesure [fixée par] les Sages.
כָּל מִדּוּתָם כָּךְ הוּא מְצֻומְצֶמֶת:
Toutes leurs mesures sont ainsi — exactes (metsoumtsamot).
💡 Explication

R. Yirmeya doute : les Sages peuvent-ils vraiment discerner un grain qui a atteint le tiers d'un qui n'y est pas encore ? R. Zeira le rabroue : ne te place pas hors de la halakha à ergoter ; toutes les mesures des Sages sont exactes (metsoumtsamot), au grain près.

🖼️ Schéma
'Toutes les mesures des Sages sont exactes (metsoumtsamot)' Mikve 40 sea -> on s'immerge 40 sea moins 1 kortov -> immersion invalide (kortov = mesure infime) Nourriture impure volume d'un œuf (kabeitsa) -> transmet la toumah moins un grain de sésame -> ne transmet pas Étoffe / midras 3 sur 3 (tefahim) -> reçoit la toumat midras moins un fil (nima) -> ne la reçoit pas
Les mesures des Sages sont exactes au plus infime.
5
אַרְבָּעִים סְאָה הוּא טוֹבֵל, בְּאַרְבָּעִים סְאָה חָסֵר קֻורְטוֹב — אֵינוֹ יָכוֹל לִטְבֹּול בָּהֶן. כְּבֵיצָה מְטַמֵּא טֻומְאַת אֳוכָלִין, כַּבֵּיצָה חָסֵר שֻׂומְשׂוּם — אֵינוֹ מְטַמֵּא טֻומְאַת אֳוכָלִין.

[Avec] quarante sea [d'eau] on s'immerge [validement] ; [avec] quarante sea moins un kortov, on ne peut pas s'y immerger. Le volume d'un œuf [de nourriture impure] transmet la toumah des aliments ; le volume d'un œuf moins un grain de sésame ne transmet pas la toumah des aliments.

📜 Rachi (2)
חָסֵר קֻורְטוֹב מִדָּה קְטַנָּה מְאֹד אֶחָד מֹחַ' בַּשְּׁמִינִית בְּלֹוג:
Moins un kortov — une mesure très petite : un huitième du huitième d'un log.
כְּבֵיצָה אֳוכָלִים וְקִים לְהוּ לְרַבָּנָן שֶׁאֵין בֵּית הַבְּלִיעָה מַחֲזִיק לֹא פָּחוֹת וְלֹא יוֹתֵר מִבֵּיצַת תַּרְנְגֹולֶת וּכְתִיב בְּטֻומְאַת אֳוכָלִין (וַיִּקְרָא י״א:ל״ד) מִכָּל הָאֹוכֶל אֲשֶׁר יֵאָכֵל אֹוכֶל הַנֶּאֱכָל בְּבַת אֶחָת:
Le volume d'un œuf de nourriture — les Sages tiennent pour acquis que le gosier ne contient ni moins ni plus qu'un œuf de poule ; et il est écrit à propos de la toumah des aliments (Lev 11:34) 'de tout aliment qui se mange' — [c'est] l'aliment que l'on mange d'un seul coup.
🗂️ Tossefot (1)
חָסֵר קֻורְטוֹב. אֶחָד מִשְּׁמוֹנָה בִּשְׁמִינִית כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק הַמּוֹכֵר אֶת הַסְּפִינָה (ב"ב צ.) וּמִדָּה הַפְּחוּתָה נְקַט וְלָאו דַּוְקָא דַּאֲפִילּוּ פָּחוֹת מִכָּאן וַאֲפִילּוּ חָסֵר טִיפָּה אֵינוֹ טוֹבֵל:
Moins un kortov — un huitième du huitième [d'un log], comme dans le chapitre 'Ha-mokher et ha-sefina' (Baba Batra 90a) ; [la michna] prend la plus petite mesure, mais non de façon exclusive : même [avec] moins que cela, même moins une goutte, on ne s'immerge pas [validement].
💡 Explication

Illustrations de l'exactitude : un mikve de 40 sea purifie, mais 40 sea moins un kortov (mesure infime) ne purifie pas. Un aliment impur du volume d'un œuf (kabeitsa) transmet l'impureté alimentaire, mais un œuf moins un grain de sésame ne la transmet pas.

6
שְׁלֹשָׁה עַל שְׁלֹשָׁה — מְטַמֵּא מִדְרָס, שְׁלֹשָׁה עַל שְׁלֹשָׁה חָסֵר נִימָא אַחַת — אֵינוֹ מְטַמֵּא מִדְרָס.

[Une étoffe de] trois sur trois [tefahim] transmet la toumat midras ; [une étoffe de] trois sur trois moins un fil (nima) ne transmet pas la toumat midras.

📜 Rachi (1)
שְׁלשָׁה טְפָחִים עַל שְׁלשָׁה טְפָחִים מְטַמְּאִים מִדְרָס שִׁיעֲרוּ חֲכָמִים שֶׁכַּשִּׁיעוּר הַזֶּה רָאוּי לִישִׁיבָה:
Trois tefahim sur trois tefahim transmettent la toumat midras — les Sages ont évalué qu'à cette mesure [l'étoffe] est propre à ce qu'on s'y asseye.
💡 Explication

Autre exemple : une étoffe de trois sur trois tefahim (paumes) reçoit la toumat midras (impureté par pression, apte à s'asseoir dessus), mais la même étoffe moins un seul fil (nima) ne la reçoit pas. La mesure est exacte au fil près.

7
הֲדַר אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: לָאו מִילְּתָא הִיא דְּאָמְרִי. דִּבְעוֹ מִינֵּיהּ חַבְרַייָּא מֵרַב כָּהֲנָא: עֹומֶר שֶׁהִקְרִיבוּ יִשְׂרָאֵל בִּכְנִיסָתָן לָאָרֶץ, מֵהֵיכָן הִקְרִיבוּהוּ? אִם תֹּאמַר דְּעָיֵיל בְּיַד גּוֹי, ״קְצִירְכֶם״ אֲמַר רַחֲמָנָא — וְלֹא קְצִיר גּוֹי.

Rabbi Yirmeya se ravisa et dit : ce que j'ai dit n'a pas de valeur. Car les compagnons [de l'académie] avaient demandé à Rav Kahana : le omer que les Israélites offrirent lors de leur entrée en Terre [d'Israël], d'où l'offrirent-ils ?

Si tu dis qu'il [le grain] avait poussé en main d'un non-Juif — le Miséricordieux a dit 'votre moisson (ketsirkhem)', et non la moisson d'un non-Juif.

📜 Rachi (3)
לָאו מִילְּתָא הִיא דְּאָמְרִי שֶׁהִקַּשְׁתִּי לוֹמַר וְקִים לְהוּ רַבָּנָן בֵּין שְׁלִישׁ לְפָחוֹת מִשְּׁלִישׁ דְּוַדַּאי קִים לְהוּ:
Ce que j'ai dit n'a pas de valeur — l'objection que j'ai soulevée, à savoir : les Sages savent-ils [distinguer] entre le tiers et moins-que-le-tiers ? Car en vérité, ils le savent.
דְּעָייֵל בְּיַד נָכְרִי שֶׁנִּתְבַּשֵּׁל עַד שֶׁלֹּא בָּאוּ לָאָרֶץ:
Qui avait poussé en main d'un non-Juif — qui avait mûri avant qu'ils n'entrent en Terre.
קְצִירְכֶם רֵאשִׁית קְצִירְכֶם וּמִשֶּׁרָאוּי לִקְצֹור הִיא קְרוּיָה קָצִיר:
Ketsirkhem — 'les prémices de votre moisson' ; et dès lors qu'[un grain] est propre à être moissonné, il est appelé 'moisson' (katsir).
🗂️ Tossefot (1)
וְלֹא קְצִיר נָכְרִי. וְאַף עַל גַּב דִּירֻושָּׁה הִיא לָהֶם מֵאֲבוֹתֵיהֶם כִּדְאִיתָא בע"ז פֶּרֶק רַבִּי יִשְׁמָעֵאל (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף נג:) דְּאָמַר רַחֲמָנָא וַאֲשֵׁרֵיהֶם תִּשְׂרְפוּן בָּאֵשׁ מִכְּדֵי יְרֻושָּׁה הִיא לָהֶם מֵאֲבוֹתֵיהֶם וְאֵין אָדָם אוֹסֵר דָּבָר שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ מ"מ יֵשׁ לוֹ בְּמַה שֶׁזָּרַע ומ"מ (דִּיֵּיק) הָתָם שַׁפִּיר מִשּׁוּם אֲשֵׁרוֹת שֶׁמִּדּוֹרוֹת הָרִאשׁוֹנִים:
'Et non la moisson d'un non-Juif' — et bien que [la Terre] leur vienne en héritage de leurs pères, comme il est dit dans Avoda Zara, chapitre 'Rabbi Yichmael' (Avoda Zara 53b) : le Miséricordieux dit 'et leurs acheres, vous les brûlerez au feu' — or [ces arbres] leur viennent en héritage de leurs pères, et nul ne peut interdire une chose qui n'est pas la sienne ! — [ce n'est pas une difficulté,] car [le non-Juif] a une part dans ce qu'il a semé ; et de toute façon on précise là-bas [que c'est] à propos des acheres [plantées] dès les générations antérieures.
💡 Explication

R. Yirmeya retire son objection. Preuve : quand les Israélites entrèrent en Terre (du temps de Josue), d'où prirent-ils le grain du premier omer ? Pas d'un grain poussé chez un non-Juif, car la Torah exige 'votre moisson' (ketsirkhem, Lev 23:10) — un grain juif.

8
מִמַּאי דְּאַקְרִיבוּ, דִּלְמָא לָא אַקְרִיבוּ! לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאכְלוּ מֵעֲבוּר הָאָרֶץ מִמָּחֳרַת הַפֶּסַח״. מִמָּחֳרַת הַפֶּסַח — אֱכוֹל, מֵעִיקָּרָא — לָא אֲכוּל. דְּאַקְרִיבוּ עֹומֶר וַהֲדַר אָכְלִי. מֵהֵיכָן הִקְרִיבוּ?

D'où [sait-on] qu'ils l'offrirent ? Peut-être ne l'offrirent-ils pas !

Cela ne saurait te venir à l'esprit, car il est écrit : 'et ils mangèrent du produit du pays au lendemain de Pessa'h' (Jos 5:11). Au lendemain de Pessa'h — ils mangèrent ; auparavant — ils ne mangèrent pas.

[Preuve] qu'ils offrirent le omer, puis mangèrent. D'où l'offrirent-ils ?

📜 Rachi (1)
מִמָּחֳרַת הַפֶּסַח הוּא יוֹם הַקְרָבַת הָעֹומֶר מִמָּחֳרַת יוֹם הָרִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח:
Au lendemain de Pessa'h — c'est le jour de l'offrande du omer, le lendemain du premier jour de Pessa'h.
🗂️ Tossefot (2)
דְּאַקְרִיבוּ עֹומֶר וַהֲדַר אֲכוּל. הִקְשָׁה ר' אַבְרָהָם אֶבֶן עֶזְרָא הָא מִמָּחֳרַת הַפֶּסַח הַייְנוּ ט"ו בְּנִיסָן שֶׁהוּא מָחֳרַת שְׁחִיטַת הַפֶּסַח הַנִּשְׁחָט בי"ד כְּדִכְתִיב בְּפָרָשַׁת מַסְעֵי מִמָּחֳרַת הַפֶּסַח יָצְאוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל בְּיָד רָמָה וְזֶה הָיָה בט"ו וְהֵשִׁיב לוֹ ר"ת דה"ק קְרָא וַיֹּאכְלוּ מֵעֲבוּר הָאָרֶץ מִמָּחֳרַת הַפֶּסַח כְּלוֹמַר מִן הַיָּשָׁן מַצּוֹת וְקָלוּי דְּהוּא חָדָשׁ אָכְלוּ בְּעֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה דְּהַיְינוּ ט"ז דְּאַקְרִיבוּ עֹומֶר וַהֲדַר אֱכוֹל וה"נ אַשְׁכְּחַן ט"ז דְּאִקְּרִי בְּעֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה כְּדִכְתִיב וְלֶחֶם וְקָלִי וְכַרְמֶל לֹא תֹאכְלוּ עַד עֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה וא"ת וְאַמַּאי אִיצְטְרִיךְ לְמִכְתַּב שֶׁאָכְלוּ מִן הַיָּשָׁן הָא פְּשִׁיטָא דְּמִצְוֹת אָכְלוּ בַּלַּיְלָה הָרִאשׁוֹנָה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהַהִיא אֲכִילָה לָא חֲשִׁיבָה דְּסַגִּי בִּכְזַיִת לְהָכִי אֲתָא קְרָא לְמֵימַר דְּעִיקַּר אֲכִילָה הָיְתָה מִן הַיָּשָׁן וַאֲתָא קְרָא לְסַפֵּר שִׁבְחוֹ שֶׁל מָן דַּכָּתִי' וְלֹא הָיָה עוֹד לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל מָן דְּאָמְרִינַן בַּמִּדְרָשׁ מָשָׁל לְתִינוֹק שֶׁאָכַל פַּת שְׂעוֹרִין מִפְּנֵי שֶׁאֵין לוֹ פַּת חִטִּין וּמִקֹּודֶם לָכֵן הָיוּ יְכוֹלִין לֶאֱכֹול מִן הַיָּשָׁן כְּשֶׁעָלוּ מִן הַיַּרְדֵּן בֶּעָשׂוֹר לַחֹדֶשׁ אֶלָּא שֶׁבַּמָּן הָיוּ חֲפֵצִים יוֹתֵר כָּל זְמַן שֶׁלֹּא פָּסַק לָהֶם וּמִיהוּ קַשְׁיָא דְּבַתּוֹסֶפְתָּא דְּסוֹטָה (פי"א) ובפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף לח. וְשָׁם) אָמְרִינַן שֶׁהָיוּ מִסְתַּפְּקִין בַּמָּן שֶׁבִּכְלֵיהֶם עַד ט"ז בְּנִיסָן דִּכְתִיב וַיִּשְׁבֹּות הַמָּן מִמָּחֳרָת בְּאָכְלָם מֵעֲבוּר הָאָרֶץ שְׁמַע מִינָּה מִשֶּׁאָכְלוּ חָדָשׁ פָּסַק וע"כ י"ל דט"ז נָמֵי קָרֵי מִמָּחֳרַת הַפֶּסַח לְפִי שֶׁהוּא יוֹם מָחֳרַת אֲכִילָתוֹ דְּנֶאֱכָל בְּלֵיל ט"ו וּבְפֶ' שֵׁנִי דְּחַלָּה בִּירוּשַׁלְמִי פְּלֻוגְתָּא הִיא דְּאָמוֹרָאֵי וְהָכֵי אִיתָא הָתָם ר' יוֹנָה בְּעָא קַמֵּיהּ דְּר' יִרְמְיָה בְּשָׁעָה שֶׁנִּכְנְסוּ יִשְׂרָאֵל לָאָרֶץ וּמָצְאוּ קָמָה לַחָה מַהוּ שֶׁתְּהֵא אֲסוּרָה מִשּׁוּם חָדָשׁ אֲמַר לֵיהּ לָמָּה לֹא עַד כַּדּוּן לַחָה אֲפִילּוּ יְבֵשָׁה אֲמַר לֵיהּ וַאֲפִילּוּ יְבֵשָׁה וַאֲפִילּוּ קְצוּרָה מֵעַתָּה וַאֲפִילּוּ חִיטִּין בַּעֲלִייָּה כָּךְ אָנוּ אוֹמְרִים לֹא אָכְלוּ יִשְׂרָאֵל מַצָּה בְּלֵילֵי הַפֶּסַח א"ר יוֹנָה מַאן דִּנְפַקִית תָּהֵית דְּלָא א"ל שְׁנִייָּה הִיא שֶׁמִּצְוַת עֲשֵׂה דּוֹחָה ל"ת עַל דַּעַת ר' יוֹנָה דְּאָמַר מִצְוַת עֲשֵׂה דּוֹחֶה ל"ת אע"פ שֶׁאֵינוֹ כָּתוּב בְּצִדָּהּ נִיחָא עַל דַּעַת ר' יוֹסֵי דְּאָמַר אֵין מִצְוַת עֲשֵׂה דּוֹחֶה לֹא תַעֲשֶׂה אֶלָּא א"כ כָּתוּב בְּצִדָּהּ מִמַּה שֶׁהָיוּ תַּגָּרֵי נָכְרִים מוֹכְרִין לָהֶם וּכְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל דא"ר יִשְׁמָעֵאל כָּל בִּיאוֹת שֶׁנֶּאֶמְרוּ בַּתּוֹרָה לְאַחַר י"ד נֶאֶמְרוּ שֶׁבַע שֶׁכִּבְּשׁוּ וְשֶׁבַע שֶׁחִלְּקוּ הֲתִיב ר' בּוֹן בַּר כָּהֲנָא הָא כְתִיב וַיֹּאכְלוּ מֵעֲבוּר הָאָרֶץ מִמָּחֳרַת הַפֶּסַח לָאו בט"ו הֲתִיב ר' אֶלְעָזָר בַּר יוֹסֵי קַמֵּיהּ דָּר' דּוֹסָא וְהָכְתִיב מִמָּחֳרַת הַפֶּסַח יָצְאוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל לָאו בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר יָצְאוּ:
'Qu'ils offrirent le omer, puis mangèrent' — Rabbi Abraham ibn Ezra a objecté : 'au lendemain de Pessa'h' est le 15 nissan, lendemain de l'immolation du sacrifice pascal (immolé le 14), comme il est écrit dans la parachat Massei 'au lendemain de Pessa'h les enfants d'Israël sortirent la main haute', et c'était le 15 ! Rabbenou Tam lui a répondu que le verset dit ainsi : 'ils mangèrent du produit du pays au lendemain de Pessa'h', c'est-à-dire de l'ancien [grain] ; [mais] les matsot et le grillé (kali), qui sont du nouveau, ils les mangèrent 'en ce jour même', à savoir le 16, quand ils offrirent le omer puis mangèrent ; et de même trouve-t-on le 16 appelé 'en ce jour même', comme il est écrit 'et vous ne mangerez ni pain, ni grain grillé, ni épis frais, jusqu'à ce jour même'. Et si tu dis : pourquoi le verset a-t-il eu besoin d'écrire qu'ils mangèrent de l'ancien, n'est-ce pas évident qu'ils mangèrent des matsot la première nuit ? On peut répondre : cette consommation-là ne compte pas, car un kazayit suffit ; c'est pourquoi le verset vient dire que l'essentiel du repas fut de l'ancien, et le verset vient raconter la louange de la manne, comme il est écrit 'et les enfants d'Israël n'eurent plus de manne', comme nous disons dans le midrach : parabole d'un enfant qui mange du pain d'orge faute de pain de froment ; et auparavant ils pouvaient manger de l'ancien depuis leur montée du Jourdain le dix du mois, mais ils désiraient davantage la manne tant qu'elle ne leur manquait pas. Mais il y a une difficulté, car dans la Tossefta de Sota (ch. 11) et au premier chapitre de Kiddouchin (38a) nous disons qu'ils se nourrissaient de la manne restée dans leurs ustensiles jusqu'au 16 nissan, comme il est écrit 'et la manne cessa le lendemain, quand ils mangèrent du produit du pays' — [preuve] que dès qu'ils mangèrent du nouveau, elle cessa ; il faut donc dire que le 16 aussi est appelé 'lendemain de Pessa'h', parce qu'il est le lendemain de sa consommation, [la manne] étant mangée la nuit du 15. Et au deuxième chapitre de Halla, dans le Yerouchalmi, il y a une controverse entre Amoraim, et voici ce qui y est dit : Rabbi Yona demanda devant Rabbi Yirmeya : lorsque les Israélites entrèrent en Terre et trouvèrent des tiges fraîches, [ce grain] était-il interdit au titre de hadach (nouveau) ? Il lui dit : pourquoi non ? Jusqu'ici [tu parles de grain] frais ; [et] même sec ? Il lui dit : même sec, et même déjà moissonné. Dès lors, même du blé dans le grenier [serait interdit] ; disons-nous [pour autant] que les Israélites ne mangèrent pas de matsa la nuit de Pessa'h ? Rabbi Yona dit : celui qui me l'a rapporté s'est trompé en ne me disant pas [la réponse] : elle est différente, car une mitsva positive repousse une [mitsva] négative. Selon Rabbi Yona, qui dit qu'une mitsva positive repousse une négative même si [le permis] n'est pas écrit à côté, tout va bien ; selon Rabbi Yossi, qui dit qu'une positive ne repousse une négative que si [le permis] est écrit à côté, [ils mangèrent] de ce que les marchands non-juifs leur vendaient, et selon Rabbi Yichmael qui dit : toutes les 'entrées' mentionnées dans la Torah furent dites [pour] après [le partage de] quatorze [ans] — sept [ans] qu'ils conquirent et sept qu'ils partagèrent. Rabbi Boun bar Kahana objecta : n'est-il pas écrit 'et ils mangèrent du produit du pays au lendemain de Pessa'h', n'est-ce pas le 15 ? Rabbi Elazar bar Yossi objecta devant Rabbi Dossa : n'est-il pas écrit 'au lendemain de Pessa'h les enfants d'Israël sortirent', n'est-ce pas le 15 qu'ils sortirent ?
וּמֵהֵיכָן הִקְרִיבוּ. מַשְׁמַע דְּאִי לֹא הִקְרִיבוּ הָיוּ אֲסוּרִין כָּל הַיּוֹם וּדְלֹא כמ"ד בִּמְנָחוֹת פ' ר' יִשְׁמָעֵאל (מְנָחוֹת דַּף סח.) דְּאַף בִּזְמַן שֶׁבהמ"ק קַיָּים הֵאִיר הַמִּזְרָח מַתִּיר:
'Et d'où l'offrirent-ils ?' — [cela] implique que, s'ils n'avaient pas offert [le omer], [le grain] leur aurait été interdit toute la journée ; et [c'est] contre l'avis de celui qui dit dans Menahot, chapitre 'Rabbi Yichmael' (Menahot 68a) que, même au temps où le Temple existe, le lever du jour (à l'est) rend permis [le nouveau grain].
💡 Explication

La Guemara vérifie : ont-ils vraiment offert un omer cette année-là ? Oui — 'ils mangèrent du produit du pays au lendemain de Pessa'h' (Jos 5:11), mais pas avant : preuve qu'ils offrirent d'abord le omer (le 16 nissan) puis mangèrent du nouveau grain. La question revient : d'où prirent-ils ce grain ?

9
אָמַר לָהֶן: כָּל שֶׁלֹּא הֵבִיא שְׁלִישׁ בְּיַד גּוֹי.

Il leur dit : [ils l'offrirent] de tout ce qui n'avait pas atteint le tiers en main d'un non-Juif.

💡 Explication

Réponse de Rav Kahana : ils prirent le grain du omer parmi tout ce qui n'avait pas encore atteint le tiers (chelich) alors qu'il était en possession non-juive — donc l'essentiel de sa maturation s'est fait en main juive, et il peut valoir comme 'votre moisson'.

10
וְדִלְמָא עָייֵל וְלָא קִים לְהוּ? אֶלָּא קִים לְהוּ — הָכָא נָמֵי קִים לְהוּ.

Mais peut-être [le grain] avait-il [déjà] poussé [au tiers] sans qu'ils sachent [le distinguer] ? Plutôt [dis] : ils savaient [distinguer].

Ici aussi [pour la moisson de Souccot], ils savent.

📜 Rachi (3)
וְדִלְמָא עָייֵל וְלָא קִים לְהוּ מַסְּקָנָא דְּמִילְּתֵיהּ דְּר' יִרְמְיָה הוּא וְאִי ס"ד לָא קִים לְהוּ דִּלְמָא עָיֵיל בְּיַד נָכְרִי וְלָא הֲוָה קִים לְהוּ:
Mais peut-être avait-il poussé sans qu'ils sachent — c'est la conclusion des propos de R. Yirmeya : si tu penses qu'ils ne savaient pas [distinguer], peut-être [le grain] avait-il poussé [au tiers] en main non-juive sans qu'ils sachent [le reconnaître].
ה"נ גַּבֵּי תְּבוּאָה הַנִּקְצֶרֶת בֶּחָג:
Ici aussi — à propos du grain moissonné à la fête [de Souccot].
קִים לְהוּ שֶׁהֵבִיאָה שְׁלִישׁ לִפְנֵי ר"ה:
Ils savent — qu'il a atteint le tiers avant Roch Hachana.
💡 Explication

R. Yirmeya conclut sa preuve : si les Sages ne savaient pas distinguer le tiers, on pourrait craindre que le grain ait déjà franchi le tiers chez le non-Juif. Or, on doit dire qu'ils savaient discerner. Donc, de même, ils savent déterminer le tiers pour la moisson de Souccot.

11
וְדִלְמָא לָא עָייֵל כְּלָל, אֲבָל הֵיכָא דְּעָיֵיל רִיבְעָא — בֵּין שְׁלִישׁ לְפָחוֹת מִשְּׁלִישׁ לָא קִים לְהוּ!

Mais peut-être n'avait-il pas poussé du tout ; en revanche, là où il avait poussé [jusqu'à] un quart (riva), ils ne savent pas [distinguer] entre le tiers et moins-que-le-tiers !

📜 Rachi (1)
וְדִלְמָא לָא עָיֵיל כְּלָל בָּדְקוּ עַד שֶׁמָּצְאוּ מִתְּבוּאָה עַד שֶׁלֹּא הִתְחִילָה לִיבָּשֵׁל כְּלָל וּמִמֶּנּוּ הֵבִיאוּ:
Mais peut-être n'avait-il pas poussé du tout — ils cherchaient jusqu'à trouver du grain qui n'avait pas du tout commencé à mûrir, et c'est de lui qu'ils l'offrirent.
💡 Explication

Objection : peut-être le grain du omer n'avait rien poussé chez le non-Juif (distinction grossière, facile) ; mais quand un grain a atteint un quart (riva) de sa croissance, les Sages ne sauraient plus discerner finement entre le tiers et le moins-que-tiers. La preuve ne vaut donc pas.

12
לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״וְהָעָם עָלוּ מִן הַיַּרְדֵּן בֶּעָשׂוֹר לַחֹדֶשׁ״, וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ דְּלָא עָייֵל כְּלָל — בְּחַמְשָׁה יוֹמֵי מִי קָא מָלְיָא?

Cela ne saurait te venir à l'esprit, car il est écrit : 'et le peuple monta du Jourdain le dix du mois' (Jos 4:19). Et si cela te venait à l'esprit que [le grain] n'avait pas du tout poussé — en cinq jours aurait-il pu se remplir [mûrir pleinement] ?

💡 Explication

Réfutation : le peuple monta du Jourdain le 10 nissan (Jos 4:19), et le omer fut offert le 16. En cinq jours, un grain qui n'aurait rien poussé ne pourrait atteindre la pleine maturité requise. Donc il avait déjà poussé — et ils surent le distinguer.

13
אֶלָּא מַאי, דְּעָייֵל רִבְעָא אוֹ דַנְקָא? אַכַּתִּי בְּחַמְשָׁה יוֹמֵי מִי קָא מָלְיָא! אֶלָּא מַאי אִית לָךְ לְמֵימַר: ״אֶרֶץ צְבִי״ כְּתִיב בָּהּ — הָכָא נָמֵי: ״אֶרֶץ צְבִי״ כְּתִיב בָּהּ.

Plutôt, quoi ? Qu'il avait poussé [jusqu'à] un quart (riva) ou un sixième (danka) ?

En cinq jours aurait-il pu se remplir [pleinement] ! Plutôt, que peux-tu dire ?

Il est écrit d'elle [de la Terre] 'terre du cerf' (erets tsvi) ; ici aussi, il est écrit d'elle 'terre du cerf'.

📜 Rachi (1)
אֶרֶץ צְבִי מַה צְּבִי קַל בְּרַגְלָיו מִכָּל הַחַיּוֹת אַף א"י קַלָּה לְבַשֵּׁל פֵּירוֹתֶיהָ מִכָּל הָאֲרָצוֹת הָכִי מְפָרֵשׁ לָהּ בְּמַס' כְּתֻובּוֹת בְּפֶרֶק בָּתְרָא (דַּף קיב.):
Terre du cerf — de même que le cerf est le plus leste de tous les animaux, ainsi la Terre d'Israël est la plus prompte de toutes les terres à mûrir ses fruits ; c'est ainsi qu'on l'explique au traité Ketoubot, dernier chapitre (112a).
🗂️ Tossefot (1)
ה"נ אֶרֶץ צְבִי. וּבַחֲמִשָּׁה יוֹמֵי קָא מָלוּ וְהָא דְּאָמַר לְעֵיל תְּבוּאָה שֶׁנִּקְצֶרֶת בֶּחָג בְּיָדוּעַ שֶׁהֵבִיאָה שְׁלִישׁ לִפְנֵי ר"ה לְעִנְיַן שֶׁתְּהֵא רְאוּיָה לִקְצֹור אֵינָהּ מְמַהֶרֶת לְהִתְבַּשֵּׁל בַּחֲמִשָּׁה יוֹמֵי אֲבָל הָכָא לְעִנְיַן עֹומֶר דַּכְתִּי' (וַיִּקְרָא כ״ג:ל״ד) כַּרְמֶל רַךְ וּמָלֵא וְעוֹד דְּאַחַר גְּמַר בִּישּׁוּלָהּ מְאַחֲרִין אוֹתָן בַּשָּׂדוֹת כְּדֵי שֶׁתִּתְבַּשֵּׁל יָפֶה כִּדְמַשְׁמַע גַּבֵּי (רָבָא) בְּפ'איזהו נֶשֶׁךְ (ב"מ עַד:)
'Ici aussi, terre du cerf' — et [le grain] mûrit en cinq jours. Quant à ce qui a été dit plus haut — 'un grain moissonné à Souccot a certainement atteint le tiers avant Roch Hachana' — c'est [dit] pour qu'il soit propre à être moissonné : [alors] il ne se hâte pas de mûrir en cinq jours ; mais ici, à propos du omer, il est écrit (Lev 23:14) 'karmel' [= grain] tendre et plein, et de plus, après l'achèvement de sa maturation on le laisse [encore] dans les champs pour qu'il mûrisse bien, comme il ressort à propos de [Rava] au chapitre 'Eizehou nechekh' (Baba Metsia 74b).
💡 Explication

Même un grain à un quart ou un sixième (danka) ne saurait mûrir pleinement en cinq jours. La réponse est donc : la Terre d'Israël est 'terre du cerf' (erets tsvi, Dan 11:41) — elle mûrit ses fruits avec la rapidité d'un cerf. Ainsi le grain a pu mûrir vite ; la preuve tient.

🖼️ Schéma
Preuve de R. Yirmeya : le omer de l'entrée en Terre (Josue) Question à Rav Kahana : d'où prit-on le grain du omer, la 1ère année en Terre ? Pas du grain d'un non-Juif : 'ketsirkhem' (votre moisson), et non celle d'un goy (Vayikra 23:10). Réponse de Rav Kahana : de ce qui n'avait pas atteint le tiers (chelich) en main du goy. Donc : les Sages SAVENT distinguer chelich / moins-que-chelich. Objection : et si rien n'avait poussé ? On distinguerait alors sans finesse ; la preuve ne vaut plus pour le tiers. Réponse : monté du Jourdain le 10 nissan -> en 5 jours (omer le 16), impossible d'atteindre pleine maturité : déjà poussé. 'Erets tsvi' (terre du cerf) : la Terre mûrit ses fruits aussi vite qu'un cerf court.
La chaîne question-réponse sur le omer de Josue et 'erets tsvi'.
14
מַתְקֵיף לַהּ רַבִּי חֲנִינָא: וּמִי מָצֵית אָמְרַתְּ דְּהַאי ״אָסִיף״ קָצִיר הוּא? וְהָכְתִיב: ״בְּאָסְפְּךָ מִגָּרְנְךָ וּמִיִּקְבֶךָ״, וְאָמַר מַר: בִּפְסֹולֶת גֹּורֶן וָיֶקֶב הַכָּתוּב מְדַבֵּר!

Rabbi Hanina l'attaque : et peux-tu [vraiment] dire que ce 'assif' est [au sens de] moisson (katsir) ? Mais il est écrit : 'quand tu engranges [le produit] de ton aire et de ton pressoir' (Dt 16:13), et le Maître a dit : le verset parle des déchets de l'aire et du pressoir !

📜 Rachi (3)
מִי מָצֵית אָמְרַתְּ דְּהַאי אָסִיף קָצִיר דְּקָאָמְרַתְּ דְּהַאי אָסִיף יַתִּירָא לְמִידְרְשֵׁיהּ לְשׁוֹן קָצִיר הוּא:
Peux-tu dire que ce 'assif' est [au sens de] moisson — [c'est-à-dire] ce que tu dis, que ce 'assif' redondant est à interpréter au sens de moisson.
וְהָא כְּתִיב בְּעָלְמָא בְּאָסְפְּךָ מִגָּרְנְךָ וּמִיִּקְבֶךָ:
Mais il est écrit — ailleurs : 'quand tu engranges [le produit] de ton aire et de ton pressoir'.
וְאָמַר מַר שֶׁלִּמֶּדְךָ הַכָּתוּב לַעֲשׂוֹת סְכָךְ שֶׁל סֻוכָּה בִּפְסֹולֶת גֹּורֶן וְיֶקֶב כְּגוֹן קָשִׁין וּזְמוֹרוֹת דָּבָר שֶׁאֵין מְקַבֵּל טֻומְאָה וְגִידּוּלוֹ מִן הָאָרֶץ וְהַאי חַג הָאָסִיף נָמֵי דְּקָאָמְרַתְּ יַתִּירָא הוּא מִשּׁוּם דִּכְתִיב גַּבֵּי בְּאָסְפְּךָ אֶת מַעֲשֶׂיךָ לָאו יַתִּירָא הוּא אֶלָּא זֶהוּ שֵׁם הֶחָג עַל שֵׁם שֶׁהַסֻּוכָּה מְסֻוכֶּכֶת בִּפְסֹולֶת גֹּורֶן וְיֶקֶב וה"ל כְּמַאן דְּכָתַב וְחַג הַסֻּוכּוֹת בְּצֵאת הַשָּׁנָה בְּאָסְפְּךָ מַעֲשֶׂיךָ בִּזְמַן שֶׁהָאָדָם אוֹסֵף אֶל הַבַּיִת תְּבוּאָה שֶׁבַּשָּׂדוֹת:
Et le Maître a dit — que le verset t'enseigne à faire le toit (skhakh) de la souccah avec les déchets de l'aire et du pressoir, tels chaumes et sarments, chose qui ne reçoit pas la toumah et dont la croissance vient du sol ; et ce 'hag ha-assif' aussi, que tu dis redondant, ne l'est pas : c'est le nom de la fête, du fait que la souccah est couverte des déchets de l'aire et du pressoir ; c'est comme s'il était écrit 'et la fête de Souccot, à la sortie de l'année, quand tu engranges tes récoltes' — au temps où l'homme engrange à la maison le grain des champs.
💡 Explication

R. Hanina attaque la preuve : 'assif' ne signifie pas 'moisson'. Car 'quand tu engranges [le produit] de ton aire et de ton pressoir' (Dt 16:13) est expliqué par le Maître comme visant les déchets de l'aire (paille, sarments) dont on fait le toit de la souccah. 'Assif' se rapporte donc à l'engrangement, non à la moisson — et la preuve du chelich s'effondre.

15
אֲמַר רַבִּי זֵירָא: הָא מִילְּתָא הֲוַאי בִּידַן, וַאֲתָא רַבִּי חֲנִינָא שְׁדָא בַּיהּ נַרְגָּא.

Rabbi Zeira dit : cette chose était en notre main [pour preuve], et Rabbi Hanina vint et y jeta une hache (chada beih narga).

📜 Rachi (2)
הָא מִילְּתָא הֲוָה בִּידַן הָיִינוּ סִבּוּרִין שֶׁנִּלְמוֹד מִכָּאן שֶׁהַתְּבוּאָה אַחַר שְׁלִישׁ:
Cette chose était en notre main — nous pensions apprendre de là que le grain [suit] le tiers.
וַאֲתָא ר' חֲנִינָא שְׁדָא בַּיהּ נַרְגָּא לוֹמַר דְּהַאי אָסִיף שַׁפִּיר מִשְׁתְּמַע בְּלִישָּׁנָא דִּקְרָא וְלָאו יַתִּירָא הוּא:
Et Rabbi Hanina vint et y jeta une hache — pour dire que ce 'assif' s'entend fort bien dans le langage du verset [au sens d'engrangement] et n'est pas redondant.
💡 Explication

R. Zeira reconnaît : nous tenions cette preuve pour solide (que l'année suit le tiers, tirée de 'assif'=katsir), mais R. Hanina 'y jeta une hache' (chada beih narga) — son objection a abattu toute la démonstration.

16
אֶלָּא מִנָּלַן? כִּדְתַנְיָא, רַבִּי יוֹנָתָן בֶּן יוֹסֵף אוֹמֵר: ״וְעָשָׂת אֶת הַתְּבוּאָה לִשְׁלֹשׁ הַשָּׁנִים״,

Alors, d'où [le tenons-nous] ? Comme il est enseigné [dans une baraita] : Rabbi Yonatan ben Yossef dit : 'et [la terre] produira le grain (tevoua) pour les trois années' (Lev 25:21),

📜 Rachi (1)
וְעָשָׂת אֶת הַתְּבוּאָה לִשְׁלֹשׁ הַשָּׁנִים אַל תִּקְרֵי לִשְׁלֹשׁ אֶלָּא לִשְׁלִישׁ שֶׁעָשְׂתָה כְּשֶׁהִיא בִּשְׁלִישׁ בִּישּׁוּלָהּ:
'Et elle produira le grain pour les trois (la-chaloch) années' — ne lis pas 'la-chaloch' (pour les trois) mais 'li-chlich' (au tiers) : [la terre] l'a produit alors qu'il était au tiers de sa maturation.
💡 Explication

La preuve étant tombée, on cherche une autre source. Une baraita de R. Yonatan ben Yossef relit 'la-chaloch ha-chanim' (pour les trois années) comme 'li-chlich' (au tiers) : 'elle produit [du grain] alors qu'il est au tiers de sa maturation' — d'où la règle du chelich (suite sur 13b).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).