Rosh Hashanah 13b - l'année du dîme des légumineuses : enracinement, mélange (bila) et achèvement du fruit

Rosh Hashanah 13b

Sougya : Ce daf poursuit l'étude de ce qui fixe l'année du dîme (maaser) et de la Chemita pour les différentes cultures. Une michna enseigne que le riz, le millet, le pavot et le sésame suivent leur enracinement (hachracha) avant Roch Hachana.

Rabba explique que ces légumineuses mûrissent par petites quantités (parkhin parkhin), d'où le risque de mélanger ancien et nouveau si l'on suivait la cueillette. Abaye objecte qu'on pourrait entasser et mélanger la récolte (tsavar goren) puis prélever selon la proportion - à quoi Rabba répond que les Sages tiennent ein bila (pas de mélange fiable pour les solides), contrairement à R.

Chimon Chezouri qui tient yech bila. La sougya se conclut par l'enseignement de Shmuel : tout suit l'achèvement du fruit (gemar péri).

Quel événement fixe l'année du dîme (maaser) ? Arbre (ilan) selon la floraison (hanata) 15 Chevat Blé et olives selon le tiers de maturation (chelich) Légume (yarak) selon la cueillette (lekita) Légumineuses riz, millet, pavot, sésame, fève selon l'enracinement (hachracha) = la sougya
Les quatre repères de l'année du dîme selon le type de culture (Rabba, segment 4).
Le problème : ancien (yachan) et nouveau (hadach) mélangés On ne prélève pas le dîme du nouveau sur l'ancien ni de l'ancien sur le nouveau Solution proposée (Abaye) entasser le tas (tsavar goren) bien mélanger, puis prélever : le dîme aura la même proportion R. Chimon Chezouri yech bila il Y A mélange fiable : on se fie à la proportion Rabbanan ein bila PAS de mélange fiable (solides) : d'où le recours à l'enracinement Shmuel (conclusion) hakol holech achar gemar péri : tout suit l'ACHÈVEMENT du fruit. même raison ein bila, mais tout est nouveau (mûri après RH)
Le coeur du débat : peut-on se fier au mélange (bila) d'ancien et de nouveau ? (segments 6-12).
1
אַל תִּקְרֵי ״לְשָׁלֹשׁ״, אֶלָּא ״לִשְׁלִישׁ״.

Ne lis pas 'li-chloch' (pour trois) mais 'li-chlich' (pour un tiers). [Apprends de là que l'année du dîme se détermine à la date où le produit atteint le tiers de sa croissance.]

🗂️ Tossefot (1)
אַל תִּקְרֵי לִשְׁלֹשׁ אֶלָּא לִשְׁלִישׁ. כְּלוֹמַר עֲשִׂיָּיתָהּ כְּשֶׁהוּא שְׁלִישׁ בִּשּׁוּלָהּ וְתֵימַהּ דְּהָדְרָא קֻושְׁיָא לְדֻוכְתֵּיהּ דְּקָאָמַר לְעֵיל וְדִלְמָא לָא עָיֵיל כְּלָל וְקָאָמַר רַחֲמָנָא תְּשַׁמֵּיט וְתֵיזִיל עַד חַג הַסֻּוכּוֹת וְי"ל דְּהַאי תַּנָּא לֵית לֵיהּ דְּרָשָׁה דִּלְעֵיל:
Ne lis pas 'li-chloch' mais 'li-chlich' - c'est-à-dire que sa 'fabrication' (sa fixation) se fait lorsqu'il est mûr au tiers. Et c'est étonnant, car la difficulté revient à sa place : on a dit plus haut 'et peut-être n'est-il pas du tout entré [en maturité], et la Torah dit : laisse [la terre] et va jusqu'à la fête des Cabanes' - on peut répondre que ce tana-là ne tient pas l'exégèse énoncée plus haut.
💡 Explication

Lecture exégétique (al tikri) du verset : au lieu de lire le mot comme li-chloch (pour trois [ans]), lis-le li-chlich (pour un tiers). On en déduit que l'année du dîme d'une culture est fixée quand le produit atteint le tiers de sa maturation.

2
וְהָא מִיבְּעֵי לֵיהּ לְגוּפֵיהּ! כְּתִיב קְרָא אַחֲרִינָא: ״וּזְרַעְתֶּם אֵת הַשָּׁנָה הַשְּׁמִינִית וַאֲכַלְתֶּם מִן הַתְּבוּאָה יָשָׁן עַד הַשָּׁנָה הַתְּשִׁיעִית״.

Mais ce [verset] est nécessaire pour lui-même ! [La Guemara répond :] un autre verset est écrit : 'et vous sèmerez la huitième année et vous mangerez de l'ancienne récolte jusqu'à la neuvième année' (Lev 25:22).

📜 Rachi (1)
לְגוּפֵיהּ תְּשׁוּבָה עַל מַה נֹּאכַל בַּשָּׁנָה הַשְּׁבִיעִית:
Pour lui-même - [le verset est] une réponse à [la question] : de quoi se nourrira-t-on la septième année ?
💡 Explication

Objection : le verset ('la sixième année produira pour trois ans') est nécessaire pour son sens propre - enseigner que la sixième année sera bénie au point de nourrir trois années. Réponse : un autre verset (Lev 25:22) enseigne déjà ce point, ce qui libère le premier verset pour la règle du tiers de croissance.

3
תְּנַן הָתָם: הָאֹורֶז וְהַדֹּוחַן וְהַפְּרָגִין וְהַשֻּׁומְשְׁמִין שֶׁהִשְׁרִישׁוּ לִפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה מִתְעַשְּׂרִין לְשֶׁעָבַר, וּמֻותָּרִין בַּשְּׁבִיעִית. וְאִם לָאו — אֲסוּרִין בִּשְׁבִיעִית, וּמִתְעַשְּׂרִין לַשָּׁנָה הַבָּאָה.

Nous avons appris là-bas (Michna Cheviit 2:7) : le riz, le millet, le pavot et le sésame qui ont pris racine avant Roch Hachana sont dîmes selon l'année écoulée et sont permis durant la Chemita (l'année sabbatique) ; sinon, ils sont interdits durant la Chemita et sont dîmes selon l'année entrante.

📜 Rachi (5)
הָאֹורֶז וְהַדֹּוחַן כו' מִינֵי קִטְנִיּוֹת הֵן דֹּוחַן מילי"ו:
Le riz et le millet, etc. - ce sont des variétés de légumineuses ; 'dochan' (millet), en langue vulgaire milio.
פְּרָגִין מק"ו בְּלַעַ"ז:
Pargin (pavot) - en langue étrangère mecon.
מִתְעַשְּׂרִין לְשֶׁעָבַר בַּמַּעַשְׂרוֹת שָׁנָה שֶׁעָבְרָה אִם שְׁנִיָּה מַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְאִם שְׁלִישִׁית מַעְשַׂר עָנִי:
Dîmes selon l'année écoulée - avec les dîmes de l'année passée : si [c'est] la deuxième [année du cycle], maaser cheni (second dîme) ; si [c'est] la troisième, maaser ani (dîme du pauvre).
וּמֻותָּרִין בַּשְּׁבִיעִית אִם הִשְׁרִישׁוּ עֶרֶב שְׁבִיעִית לִפְנֵי ר"ה:
Et permis durant la Chemita - s'ils ont pris racine la veille de la Chemita, avant Roch Hachana.
וּמִתְעַשְּׂרִים לַשָּׁנָה הַבָּאָה בִּשְׁנַת לְקִיטָתָן אִם מִשְּׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ הִיא שֶׁאֵינָהּ שְׁבִיעִית:
Et dîmes selon l'année entrante - dans l'année de leur cueillette, si c'est l'une des autres années du cycle, [autre] que la septième.
💡 Explication

Michna de référence : ces quatre légumineuses (riz, millet, pavot, sésame) suivent la date de leur enracinement (hachracha). Si elles ont pris racine avant Roch Hachana, elles relèvent de l'année écoulée (donc permises même si l'année suivante est la Chemita) ; sinon, elles relèvent de l'année entrante (et interdites si c'est la Chemita).

🖼️ Schéma
Quel événement fixe l'année du dîme (maaser) ? Arbre (ilan) selon la floraison (hanata) 15 Chevat Blé et olives selon le tiers de maturation (chelich) Légume (yarak) selon la cueillette (lekita) Légumineuses riz, millet, pavot, sésame, fève selon l'enracinement (hachracha) = la sougya
Les légumineuses suivent l'enracinement, à la différence des autres cultures.
4
אָמַר רַבָּה, אֱמֹור רַבָּנָן: אִילָן בָּתַר חֲנָטָה, תְּבוּאָה וְזֵיתִים בָּתַר שְׁלִישׁ, יָרָק בָּתַר לְקִיטָה. הָנֵי כְּמַאן שַׁוִּינְהוּ רַבָּנַן?

Rabba dit : les Sages ont dit que l'arbre [suit] la floraison (hanata), le blé et les olives [suivent] le tiers [de maturation], le légume [suit] la cueillette (lekita). Ces [légumineuses], à quoi les Sages les ont-ils assimilées ?

📜 Rachi (3)
בָּתַר חֲנָטָה לְקַמָּן (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף טו:) תְּנָא לָהּ בְּפִירְקִין אִילָן שֶׁחָנְטוּ פֵּירוֹתָיו קֹודֶם ט"ו בִּשְׁבָט שֶׁהוּא ר"ה לְאִילָנוֹת מִתְעַשֵּׂר לַשָּׁנָה שֶׁעָבְרָה:
Selon la floraison - plus loin (Roch Hachana 15b), cela est enseigné dans notre chapitre : un arbre dont les fruits ont fleuri avant le 15 Chevat, qui est le Roch Hachana des arbres, est dîme selon l'année passée.
יָרָק בָּתַר לְקִיטָה כְּדַאֲמָרָן לְעֵיל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה ד' יב.) לִיקֵּט יָרָק עֶרֶב ר"ה כו':
Le légume [suit] la cueillette - comme on l'a dit plus haut (Roch Hachana 12a) : celui qui a cueilli un légume la veille de Roch Hachana, etc.
הָנֵי קִטְנִיּוֹת כְּמַאן שַׁוִּינְהוּ שֶׁהָלְכוּ בָּהֶן אַחַר הַשְׁרָשָׁה:
Ces [cultures] - les légumineuses, à quoi les a-t-on assimilées, [au point] qu'on ait suivi pour elles l'enracinement ?
💡 Explication

Rabba recense les repères : arbre selon la floraison (hanata), blé et olives selon le tiers, légume selon la cueillette. Question : le riz, le millet, le pavot et le sésame ne correspondent à aucune de ces trois catégories - à quoi les Sages les ont-ils rattachés ?

5
הֲדַר אָמַר רַבָּה: מִתּוֹךְ שֶׁעֲשׂוּיִין פְּרָכִין פְּרָכִין, אָזְלִי רַבָּנַן בָּתַר הַשְׁרָשָׁה.

Rabba se ravisa et dit : puisqu'ils se font par petits éclats (parkhin parkhin), les Sages ont suivi l'enracinement.

📜 Rachi (2)
מִתּוֹךְ שֶׁעֲשׂוּיִין פְּרָכִין פְּרָכִין מִתּוֹךְ שֶׁגָּורְנָן עָשׂוּי מְעַט מְעַט שֶׁאֵין נִלְקָטִין כְּאֶחָד אֶלָּא הַיּוֹם לוֹקְטִין וּמְפָרְכִין מְעַט וּלְמָחָר מְעַט וְנִמְצְאוּ חָדָשׁ וְיָשָׁן מְעֹורָבִין יַחַד הַנִּפְרָכִין לִפְנֵי ר"ה עִם הַנִּפְרָכִין לְאַחַר ר"ה אִם הוֹלְכִין בָּהֶן אַחַר לְקִיטָה כִּשְׁאָר יָרָק כְּשֶׁיְּהֵא מַפְרִישׁ מְעֻשְּׂרוֹתָיו ה"ל מַעֲשֵׂר מִן הֶחָדָשׁ עַל הַיָּשָׁן וּמִן הַיָּשָׁן עַל הֶחָדָשׁ אָזְלִי בְּהוּ בָּתַר הַשְׁרָשָׁה שֶׁבְּשָׁנָה אַחַת מַשְׁרֶשֶׁת כָּל הַשָּׂדֶה שֶׁהֲרֵי בְּבַת אַחַת זוֹרְעִין אוֹתָן וּמַעֲשֵׂר פֵּירוֹת הָאִילָן וְקִטְנִיּוֹת וְיָרָק מִדְּרַבָּנָן הֵן וִיכֹולֶת בְּיַד הַחֲכָמִים לִקְבֹּועַ זְמַן לְפִי דַּעְתָּם לְכָל אֶחָד וְאֶחָד:
Puisqu'ils se font par petits éclats - puisque leur grange se fait peu à peu, car ils ne sont pas cueillis d'un coup, mais aujourd'hui on en cueille et on en égrène un peu, et demain un peu, de sorte que le nouveau et l'ancien se trouvent mélangés ensemble - ceux égrenés avant Roch Hachana avec ceux égrenés après Roch Hachana. Si l'on suivait pour eux la cueillette comme pour les autres légumes, alors, en prélevant ses dîmes, il se trouverait donner le dîme du nouveau sur l'ancien et de l'ancien sur le nouveau. [Aussi] a-t-on suivi pour eux l'enracinement, car en une seule année tout le champ s'enracine, puisqu'on les sème d'un seul coup. Et le dîme des fruits de l'arbre, des légumineuses et des légumes est d'ordre rabbinique, et il est au pouvoir des Sages de fixer un temps selon leur avis pour chacun.
פְּרָכִין פְּרָכִין לָשׁוֹן זֶה נוֹפֵל בְּקִטְנִיּוֹת כִּדְאָמְרִי' בְּמַסֶּכֶת בֵּיצָה (דַּף יב:) מוֹלְלִין מְלִילוֹת וּמְפָרְכִין קִטְנִיּוֹת בי"ט:
Par petits éclats - cette expression convient aux légumineuses, comme on dit au traité Betsa (12b) : on froisse des épis et on égrène des légumineuses un jour de fête.
🗂️ Tossefot (1)
מִתּוֹךְ שֶׁעֲשׂוּיִין פְּרָכִין. מִתּוֹךְ שֶׁגָּורְנָן מְעַט מְעַט שֶׁאֵין נִלְקָטִין בְּיַחַד אֶלָּא הַיּוֹם נִלְקָטִין וְנִפְרָכִין מְעַט וּלְמָחָר מְעַט וְנִמְצָא חָדָשׁ וְיָשָׁן מְעֹורָבִין יַחַד אִם הָלְכוּ בָּהֶם אַחַר לְקִיטָה כִּשְׁאָר יָרָק לְכָךְ אָזֵיל בְּהוּ בָּתַר הַשְׁרָשָׁה שֶׁבְּשָׁנָה אַחַת מַשְׁרֶשֶׁת כָּל הַשָּׂדֶה שֶׁהֲרֵי בְּבַת אַחַת זוֹרְעִים אוֹתָם וּמַעֲשֵׂר פֵּירוֹת הָאִילָן וְקִטְנִית וְיָרָק מִדְּרַבָּנָן הֵם וִיכֹולֶת בְּיַד חֲכָמִים לִקְבֹּועַ זְמַן לְכָל אֶחָד לְפִי דַּעְתָּם כָּךְ פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס וְתֵימַהּ תִּינַח מַעֲשֵׂר דְּרַבָּנָן אֶלָּא שְׁבִיעִית דְּאוֹרָייְתָא הֲוַאי דִּינָם בָּתַר לְקִיטָה כִּשְׁאָר יָרָק הֵיכִי אָזְלִינַן בָּתַר הַשְׁרָשָׁה לְהַתִּיר בַּשְּׁבִיעִית כְּשֶׁהִשְׁרִישׁוּ בְּשִׁשִּׁית וְשֶׁמָּא בַּשְּׁבִיעִית בִּזְמַן הַזֶּה וְרַבִּי הִיא כִּדְאָמַר גַּבֵּי פְּרוֹזְבּוֹל בְּפֶרֶק הַשּׁוֹלֵחַ (גִּיטִּין דַּף לוֹ. וְשָׁם) א"נ כִּדְתַנְיָא בת"כ מִנַּיִן לְאֹורֶז וְדֹוחַן וּפְרָגִין וְשֻׁומְשְׁמִין שֶׁהִשְׁרִישׁוּ לִפְנֵי ר"ה שֶׁכּוֹנְסִין אוֹתָן בַּשְּׁבִיעִית ת"ל וְאָסַפְתָּ אֶת תְּבוּאָתָהּ בַּשְּׁבִיעִית יָכוֹל אע"פ שֶׁלֹּא הִשְׁרִישׁוּ ת"ל שֵׁשׁ שָׁנִים תִּזְרַע וְאָסַפְתָּ שִׁשָּׁה זוֹרְעִים וְשִׁשָּׁה אוֹסְפִים וְלֹא שִׁשָּׁה זוֹרְעִים וְשִׁבְעָה אוֹסְפִים:
Puisqu'ils se font par petits éclats - puisque leur grange se fait peu à peu, car ils ne sont pas cueillis d'un coup, mais aujourd'hui on en cueille et on en égrène un peu et demain un peu, de sorte que le nouveau et l'ancien se trouvent mélangés ensemble ; si l'on suivait pour eux la cueillette comme pour les autres légumes... c'est pourquoi on suit pour eux l'enracinement, car en une seule année tout le champ s'enracine, puisqu'on les sème d'un seul coup ; et le dîme des fruits de l'arbre, des légumineuses et des légumes est rabbinique, et il est au pouvoir des Sages de fixer un temps pour chacun selon leur avis - ainsi a expliqué le Qountras (Rachi). Et c'est étonnant : soit pour le dîme, qui est rabbinique ; mais la Chemita est d'ordre toranique, [or] leur loi suit la cueillette comme les autres légumes - comment suit-on l'enracinement pour permettre durant la Chemita lorsqu'ils se sont enracinés la sixième année ? Peut-être [s'agit-il] de la Chemita à notre époque, [qui est rabbinique,] et c'est [l'avis de] Rabbi, comme il est dit à propos du prozboul au chapitre Ha-choleah (Guittin 36a). Ou bien comme il est enseigné dans le Torat Cohanim : d'où [sait-on] que le riz, le millet, le pavot et le sésame qui ont pris racine avant Roch Hachana, on les rentre durant la Chemita ? L'enseignement dit : 'et tu récolteras sa récolte' (Ex 23:10) durant la Chemita. Pourrait-on [le penser] même s'ils ne se sont pas enracinés [avant] ? L'enseignement dit : 'six ans tu sèmeras et tu récolteras' - six ans on sème et six ans on récolte, et non six ans on sème et sept ans on récolte.
💡 Explication

Réponse de Rabba : ces cultures ne mûrissent pas d'un coup mais sont récoltées peu à peu, par petites quantités (parkhin parkhin). Si l'on suivait la cueillette, on mélangerait ancien et nouveau. Les Sages ont donc fixé leur année de dîme selon l'enracinement, identique pour tout le champ (semé d'un seul coup).

6
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְיִצְבֹּור גָּורְנוֹ לְתוֹכוֹ, וְנִמְצָא תּוֹרֵם מִן הֶחָדָשׁ שֶׁבּוֹ עַל הֶחָדָשׁ שֶׁבּוֹ, מִן הַיָּשָׁן שֶׁבּוֹ עַל הַיָּשָׁן שֶׁבּוֹ!

Abaye lui dit : mais qu'il entasse sa grange en son milieu (yitsbor gorno le-tocho) ! Il se trouvera alors prélever du nouveau qui s'y trouve sur le nouveau qui s'y trouve, et de l'ancien qui s'y trouve sur l'ancien qui s'y trouve.

📜 Rachi (1)
וְיִצְבֹּור גָּורְנוֹ לְתוֹכוֹ וּמַה בְּכָךְ אִם יָשָׁן וְחָדָשׁ מְעֹורָבִין יִצְבֹּור אֶת כָּל הַגֹּורֶן לְתוֹכוֹ כְּלוֹמַר בְּאֶמְצָעִיתוֹ שֶׁיְּהֵא הַכֹּל נִבְלָל יַחַד יָפֶה וְנִמְצָא כְּשֶׁיִּתְרֹום וִיעַשֵּׂר יְהֵא מִן הֶחָדָשׁ בְּמַעֲשֵׂר לְפִי מַה שֶׁיֵּשׁ חָדָשׁ בַּגֹּורֶן וּמִן הַיָּשָׁן לְפִי מַה שֶׁיֵּשׁ יָשָׁן:
Qu'il entasse sa grange en son milieu - et qu'importe si l'ancien et le nouveau sont mélangés : qu'il entasse toute la grange en son milieu, c'est-à-dire en son centre, pour que le tout soit bien mêlé ensemble ; alors, lorsqu'il prélèvera teroumah et dîmes, il se trouvera [prélever] du nouveau dans le dîme selon la proportion de nouveau présente dans la grange, et de l'ancien selon la proportion d'ancien.
🗂️ Tossefot (1)
וְיִצְבֹּור גָּורְנוֹ לְתוֹכוֹ. כְּלוֹמַר וְכֵיוָן דְּיָכוֹל לְתַקֵּן אַמַּאי אָזֵיל בָּתַר הַשְׁרָשָׁה וּמַסִּיק דְּרַבָּנָן סָבְרִי אֵין בִּילָּה וְתֵימַהּ מַאי קָא מְשַׁנֵּי אַכַּתִּי תִּקְשֵׁי לר"ש שְׁזוּרִי דְּסָבַר יֵשׁ בִּילָּה וְאָזֵיל בָּתַר הַשְׁרָשָׁה כִּדְקָתָנֵי בְּהֶדְיָא מִקְצָתָן הִשְׁרִישׁוּ וּבְסֵיפָא דְּהַךְ מִשְׁנָה נָמֵי תְּנַן בְּפֶרֶק בַּז דִּשְׁבִיעִית (מ"ח) אר"ש שֵׁזוּרִי פּוֹל הַמִּצְרִי שֶׁזְּרָעוֹ לְזֶרַע בַּתְּחִלָּה כַּיּוֹצֵא בָהֶן כְּלוֹמַר בָּתַר הַשֹּׁרֶשׁ' כְּאֹורֶז וְדֹוחַן וְעוֹד מַאי קְשֵׁי' לֵיהּ וְיִצְבֹּור גָּורְנוֹ לְתוֹכוֹ נְהִי דְּמוֹעִיל לִצְבִירַת גֹּורֶן לְעִנְיַן חָדָשׁ וְיָשָׁן לְעִנְיַן שְׁנִיָּה הַנִּכְנֶסֶת לַשְּׁלִישִׁית לָא מְהַנֵּי דִּשְׁנִיָּה מַעֲשֵׂר שֵׁנִי שְׁלִישִׁית מַעְשַׂר עָנִי וְכֵן חֲמִישִׁית הַנִּכְנֶסֶת לְשִׁשִּׁית וּמִיהוּ זֶה יָכוֹל לְתַקֵּן שֶׁיַּפְרִישׁ מַעֲשֵׂר אֶחָד וִיחַלֵּל עַל מָעוֹת וְיֹאכַל הַמָּעוֹת בִּירוּשָׁלַיִם וְהַמַּעֲשֵׂר יְחַלֵּק לַעֲנִיִּים וּקְצָת מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי דִּשְׁבִיעִית דִּשְׁנֵי מַעַשְׂרוֹת מַעֲשֵׂר עַל יְדֵי צִבּוּר גָּורְנוֹ:
Qu'il entasse sa grange en son milieu - c'est-à-dire : puisqu'on peut arranger [la chose], pourquoi suit-on l'enracinement ? Et l'on conclut que les Sages tiennent 'ein bila' (pas de mélange fiable). Et c'est étonnant : que répond-il [Rabba] ? Il reste à objecter selon R. Chimon Chezouri, qui tient 'yech bila' et suit l'enracinement, comme il est explicitement enseigné 'une partie s'est enracinée' ; et dans la fin de cette même michna, on enseigne aussi au chapitre 2 de Cheviit (michna 8) : R. Chimon Chezouri dit que la fève d'Égypte semée d'abord pour la graine est comme celles-là, c'est-à-dire [qu'on suit] l'enracinement comme pour le riz et le millet. Et de plus, quelle est sa difficulté 'qu'il entasse sa grange' ? Certes, entasser la grange sert pour l'ancien et le nouveau, mais pour la deuxième [année] entrant dans la troisième cela ne sert pas : la deuxième [relève du] maaser cheni, la troisième du maaser ani, et de même la cinquième entrant dans la sixième. Toutefois il peut arranger [la chose] en prélevant un seul dîme, le rachetant contre de la monnaie, mangeant la monnaie à Jérusalem, et distribuant le dîme aux pauvres. Et le Yerouchalmi de Cheviit laisse un peu entendre que [pour] les deux dîmes on dîme par l'entassement de la grange.
💡 Explication

Objection d'Abaye : pourquoi décréter l'enracinement ? Une meilleure solution existe : entasser toute la récolte en un tas central, bien la mélanger, puis prélever teroumah et dîmes. Ainsi on prélèvera automatiquement du nouveau sur du nouveau et de l'ancien sur de l'ancien, dans les proportions du mélange.

🖼️ Schéma
La fève d'Égypte (pol ha-mitsri) semée pour la graine une partie enracinée AVANT Roch Hachana = ancien une partie enracinée APRÈS Roch Hachana = nouveau interdit de prélever de l'un sur l'autre (années de dîme différentes) remède : entasser et mélanger le tas (tsavar goren) puis prélever
La solution du mélange (tsavar goren) appliquée au cas de la fève d'Égypte.
7
מִי לָא תַּנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי בֶּן כִּיפָּר אָמַר מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן שֵׁזוּרִי: פּוֹל הַמִּצְרִי שֶׁזְּרָעוֹ לְזֶרַע, מִקְצָתוֹ הִשְׁרִישׁ לִפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה, וּמִקְצָתוֹ הִשְׁרִישׁ לְאַחַר רֹאשׁ הַשָּׁנָה — אֵין תּוֹרְמִין וּמְעַשְּׂרִין מִזֶּה עַל זֶה, לְפִי שֶׁאֵין תּוֹרְמִין וּמְעַשְּׂרִין לֹא מִן הֶחָדָשׁ עַל הַיָּשָׁן וְלֹא מִן הַיָּשָׁן עַל הֶחָדָשׁ.

N'est-il pas enseigné (baraita) : Rabbi Yossi ben Kifar dit au nom de Rabbi Chimon Chezouri : la fève d'Égypte (pol ha-mitsri) semée pour la graine, dont une partie a pris racine avant Roch Hachana et une partie après Roch Hachana - on ne prélève pas teroumah ni dîme de l'une sur l'autre, car on ne prélève teroumah et dîme ni du nouveau sur l'ancien ni de l'ancien sur le nouveau.

📜 Rachi (3)
מִי לָא תַּנְיָא דְּסָמְכִינַן אַבִּילָּה לוֹמַר יָפֶה נִבְלָל וְנִמְצָא תּוֹרֵם מִן הֶחָדָשׁ לְפִי מַה שֶׁיֵּשׁ חָדָשׁ וּמִן הַיָּשָׁן לְפִי מַה שֶׁיֵּשׁ יָשָׁן:
N'est-il pas enseigné - [preuve] que l'on se fie au mélange (bila) pour dire qu'il est bien mêlé, et qu'il se trouve prélever du nouveau selon la proportion de nouveau et de l'ancien selon la proportion d'ancien.
פּוֹל הַמִּצְרִי מִין קִטְנִית פאזול"י וְדַרְכָּן לְזָורְעָן לְיָרָק וּלְזֶרַע וְהַזּוֹרֵעַ לְיָרָק מִתְעַשֵּׂר אַחַר לְקִיטָה וְהַזּוֹרֵעַ לֶאֱכֹול אֶת זַרְעוֹ תּוֹרַת קִטְנִיּוֹת עָלָיו וּמִתְעַשֵּׂר אַחַר הַשְׁרָשָׁה וְזֶה שֶׁזְּרָעוֹ לְזֶרַע וְהִשְׁרִישׁ מִקְצָתוֹ לִפְנֵי ר"ה וּמִקְצָתוֹ לְאַחַר ר"ה:
La fève d'Égypte - une variété de légumineuse, en langue vulgaire fazoli ; l'usage est de les semer [soit] comme légume [soit] pour la graine. Celui qui la sème comme légume est dîme selon la cueillette ; celui qui la sème pour en manger la graine a sur elle le statut de légumineuse et est dîme selon l'enracinement. Et celle-ci, semée pour la graine, s'est enracinée en partie avant Roch Hachana et en partie après Roch Hachana.
אֵין תּוֹרְמִין מִזֶּה שֶׁמַּכִּירִין בּוֹ שֶׁזְּרָעוּהוּ בָּאַחֲרוֹנָה עַל הַנִּזְרָע בָּרִאשׁוֹנָה וְלֹא מִן הָרִאשׁוֹן עַל הָאַחֲרוֹן:
On ne prélève pas de l'une - [de celle] dont on sait qu'elle a été semée en dernier, sur celle semée en premier, ni de la première sur la dernière.
🗂️ Tossefot (1)
פּוֹל הַמִּצְרִי שֶׁזְּרָעוֹ כו'. סֵיפָא דְּהַהִיא דְּהָאֹורֶז וְהַדֹּוחַן הִיא וּמוֹסִיף אַדְּרַבָּנָן שֶׁאַף בְּפוֹל הַמִּצְרִי הוֹלְכִין בָּתַר הַשְׁרָשָׁה:
La fève d'Égypte semée, etc. - c'est la fin de cette [michna] du riz et du millet, et elle ajoute [une règle] au-delà [de celle] des Sages : que même pour la fève d'Égypte on suit l'enracinement.
💡 Explication

Abaye poursuit avec une baraita : la fève d'Égypte semée pour la graine, dont une partie s'est enracinée avant Roch Hachana (ancien) et une partie après (nouveau), pose problème - on ne peut prélever de l'une sur l'autre, car il est interdit de prélever du nouveau sur l'ancien ou l'inverse.

🖼️ Schéma
La fève d'Égypte (pol ha-mitsri) semée pour la graine une partie enracinée AVANT Roch Hachana = ancien une partie enracinée APRÈS Roch Hachana = nouveau interdit de prélever de l'un sur l'autre (années de dîme différentes) remède : entasser et mélanger le tas (tsavar goren) puis prélever
Le cas de la fève d'Égypte à moitié enracinée avant, à moitié après Roch Hachana.
8
כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה — צוֹבֵר גָּורְנוֹ לְתוֹכוֹ, וְנִמְצָא תּוֹרֵם וּמְעַשֵּׂר מִן הֶחָדָשׁ שֶׁבּוֹ עַל הֶחָדָשׁ שֶׁבּוֹ, וּמִן הַיָּשָׁן שֶׁבּוֹ עַל הַיָּשָׁן שֶׁבּוֹ.

Comment fait-il ? Il entasse sa grange en son milieu, et il se trouve prélever teroumah et dîme du nouveau qui s'y trouve sur le nouveau qui s'y trouve, et de l'ancien qui s'y trouve sur l'ancien qui s'y trouve.

📜 Rachi (2)
כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה טֹורַח לָתֵת זֶה בְּעַצְמוֹ וְזֶה בְּעַצְמוֹ:
Comment fait-il - [quelle] peine [de vouloir] mettre celle-ci à part et celle-là à part.
צוֹבֵר גָּורְנוֹ לְתוֹכוֹ יִבְלֹול אוֹתוֹ יָפֶה לְאַחַר שֶׁנָּתַן מִן הָרִאשׁוֹן בְּזָוִית זוֹ וּמִן הַשֵּׁנִי בְּזָוִית זוֹ יַחְזֹור וְיִצְבְּרֶנּוּ לְאֶמְצַע הַגֹּורֶן שֶׁיְּהֵא כֻּולּוֹ כְּאֶחָד וְנִמְצָא תּוֹרֵם מִן הֶחָדָשׁ שֶׁבּוֹ כו':
Il entasse sa grange en son milieu - il la mélangera bien : après avoir mis la première [récolte] dans ce coin et la seconde dans cet [autre] coin, il les rassemblera de nouveau au centre de la grange pour que tout ne fasse qu'un, et il se trouvera prélever du nouveau qui s'y trouve, etc.
💡 Explication

La baraita elle-même donne le remède : entasser toute la récolte en un tas central, bien la mélanger, puis prélever - de sorte que teroumah et dîme se prennent du nouveau sur du nouveau et de l'ancien sur de l'ancien. (D'où l'objection d'Abaye : pourquoi ne pas faire de même pour le riz, le millet, etc. ?)

9
אֲמַר לֵיהּ: רַבִּי שִׁמְעוֹן שֵׁזוּרִי קָאָמְרַתְּ? רַבִּי שִׁמְעוֹן שֵׁזוּרִי סָבַר יֵשׁ בִּילָּה.

Il lui dit : tu parles de Rabbi Chimon Chezouri ! Rabbi Chimon Chezouri tient qu'il y a mélange (yech bila).

📜 Rachi (1)
יֵשׁ בִּילָּה יֵשׁ לִסְמֹוךְ עַל הַבִּילָּה לוֹמַר שֶׁיֵּשׁ מִשְּׁנֵיהֶן בְּתוֹךְ הַמַּעֲשֵׂר לְפִי הַחֶשְׁבּוֹן:
Il y a mélange - on peut se fier au mélange pour dire qu'il y a des deux [ancien et nouveau] à l'intérieur du dîme selon la proportion.
💡 Explication

Réponse de Rabba : cette baraita est celle de R. Chimon Chezouri, dont on ne peut tirer d'objection, car il tient yech bila - il y a un mélange fiable : on suppose que l'ancien et le nouveau se sont parfaitement mêlés, de sorte que le prélèvement conserve les mêmes proportions.

10
וְרַבָּנַן סָבְרִי אֵין בִּילָּה.

Mais les Sages tiennent qu'il n'y a pas de mélange (ein bila).

📜 Rachi (1)
אֵין בִּילָּה אֵין סוֹמְכִין עַל כָּךְ שֶׁיֵּשׁ לוֹמַר לֹא נִבְלָל יָפֶה וְרֻובּוֹ שֶׁל מַעֲשֵׂר מִן הֶחָדָשׁ אוֹ רֻובּוֹ מִן הַיָּשָׁן:
Il n'y a pas de mélange - on ne se fie pas [au fait] de dire [que le tout] est bien mêlé : il se peut que la majeure partie du dîme provienne du nouveau, ou la majeure partie de l'ancien.
💡 Explication

En revanche, les Sages tiennent ein bila - il n'y a pas de mélange fiable pour les solides ; on ne suppose pas que l'ancien et le nouveau se soient également mêlés. Entasser et prélever ne garantit donc pas un dîme correct - d'où le recours à l'enracinement.

11
אָמַר רַבִּי יִצְחָק בַּר נַחְמָנִי אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי בֶּן כִּיפָּר שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן שֵׁזוּרִי. מַתְקִיף לַהּ רַבִּי זֵירָא: וּמִי אָמַר שְׁמוּאֵל הָכִי? וְהָאָמַר שְׁמוּאֵל: לְכָל אֵין בִּילָּה, חוּץ מִיַּיִן וְשֶׁמֶן!

Rabbi Yitshak bar Nahmani dit au nom de Chmuel : la halakha est comme Rabbi Yossi ben Kifar qui a parlé au nom de Rabbi Chimon Chezouri. Rabbi Zeira objecte : Chmuel a-t-il vraiment dit cela ?

Mais Chmuel a dit : pour tout il n'y a pas de mélange (ein bila), sauf pour le vin et l'huile !

📜 Rachi (1)
חוּץ מִיַּיִן וְשֶׁמֶן הַמְעָרֵב יַיִן חָדָשׁ עִם הַיָּשָׁן אוֹ שֶׁמֶן חָדָשׁ עִם הַיָּשָׁן תּוֹרֵם וּמְעַשֵּׂר מִמֶּנּוּ וְיֵשׁ בַּמַּעֲשֵׂר שְׁנֵיהֶם כְּפִי הַחֶשְׁבּוֹן שֶׁדָּבָר לַח נִבְלָל יָפֶה אֲבָל יָבֵשׁ אֵין סוֹמְכִין בּוֹ עַל הַבִּילָּה:
Sauf pour le vin et l'huile - celui qui mêle du vin nouveau avec de l'ancien, ou de l'huile nouvelle avec de l'ancienne, prélève teroumah et dîme de là, et il y a des deux dans le dîme selon la proportion, car un liquide se mêle bien ; mais pour le solide, on ne se fie pas au mélange.
🗂️ Tossefot (2)
אָמַר רַבִּי יִצְחָק בַּר נַחְמָנִי אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כר"ש שְׁזוּרִי. בְּרוֹב סְפָרִים גָּרְסִינַן בְּהַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת ל: וְשָׁם) ר' שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי א"ר יוֹנָתָן וְלֹא יִתָּכֵן כִּדְמוֹכַח כָּאן דְּפָרִיךְ וּמִי אָמַר שְׁמוּאֵל הָכִי וְעוֹד דא"כ קַשְׁיָא דר' יוֹנָתָן ' אֶדֶר' יוֹנָתָן לְפִי הַסְּפָרִים דְּגָרַס הָתָם א"ר יוֹנָתָן הֲלָכָה כְּר"ש שֵׁזוּרִי בִּמְסֻוכָּן וּבִתְרוּמַת מַעֲשֵׂר שֶׁל דְּמַאי דְּמַשְׁמַע בְּהָנֵי דַּוְקָא כִּדְמוֹכַח בִּבְהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין עה:) ואע"פ שֶׁיֵּשׁ סְפָרִים דְּגָרְסִי בְּהַהִיא אָמַר ר' יוֹחָנָן וְלֹא יִתָּכֵן בְּמַסֶּכֶת כְּתֻובּוֹת בְּרֵישׁ פֶּרֶק אע"פ (כְּתֻובּוֹת דַּף נה.):
Rabbi Yitshak bar Nahmani dit au nom de Chmuel : la halakha est comme R. Chimon Chezouri - dans la plupart des livres, on lit à Ha-qometz rabba (Menahot 30b) 'R. Chmuel bar Nahmani dit au nom de R. Yonatan', mais cela ne se peut, comme le prouve ici [le fait] qu'on objecte 'Chmuel a-t-il vraiment dit cela ?' ; et de plus, ainsi il y aurait une contradiction de R. Yonatan sur R. Yonatan selon les livres qui lisent là-bas 'R. Yonatan a dit : la halakha est comme R. Chimon Chezouri pour [l'animal] en danger [de mort] et pour la teroumat maaser du demai', ce qui implique [que c'est] dans ces [cas] précisément, comme le prouve Behema ha-makcha (Houlin 75b). Et bien qu'il y ait des livres qui lisent là 'R. Yo'hanan a dit', cela ne se peut au traité Ketoubot au début du chapitre Af al pi (Ketoubot 55a).
חוּץ מִיַּיִן וְשֶׁמֶן. לְעִנְיַן מַעֲשֵׂר אַייְרֵי וְהוּא הַדִּין מַיִם לְעִנְיַן הַזָּאָה בְּפֶ' הַתַּעֲרוֹבוֹת (זְבָחִים פ.):
Sauf pour le vin et l'huile - il s'agit du dîme, et il en va de même pour l'eau au regard de l'aspersion [de purification], au chapitre Ha-taarovot (Zevahim 80a).
💡 Explication

Chmuel tranche : la halakha suit R. Chimon Chezouri. R. Zeira s'étonne : Chmuel ne tient-il pas ein bila pour tout, sauf le vin et l'huile (les liquides, qui se mêlent parfaitement) ? Comment aurait-il pu trancher selon Chezouri, qui tient yech bila pour les solides ?

12
אִשְׁתְּמִיטְתֵּיהּ הָא דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר גְּמַר פֶּרִי.

[La Guemara répond :] il lui a échappé ce que Chmuel a dit : tout suit l'achèvement du fruit (gemar péri).

📜 Rachi (2)
אִשְׁתְּמִיטְתֵּיהּ לְרַבִּי זֵירָא הָא דְּאָמַר שְׁמוּאֵל הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר גְּמַר פֶּרִי וְתוּ אָמְרִינַן וְאִי אַשְׁמוֹעִינַן הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר גְּמַר פֶּרִי הֲוָה אָמֵינָא אֲפִילּוּ תְּבוּאָה וְזֵיתִים נָמֵי קמ"ל הֲלָכָה כְּר' שִׁמְעוֹן שְׁזוּרִי בְּמַאי דִּפְלִיגִי דְּבִתְבוּאָה וְזֵיתִים לָא פְלִיגִי וְלָא אָזְלִינַן בְּהוּ אַחַר גְּמַר פְּרִי אֲבָל בְּמִינֵי קִטְנִיּוֹת פְּלִיגִי דְּר' שִׁמְעוֹן אָזֵיל בָּתַר הַשְׁרָשָׁה וְרַבָּנָן לָא אָזְלִי לָמַדְנוּ דְּאַשְׁכַּח שְׁמוּאֵל תַּנָּא דְּלָא אָזֵיל בָּתַר הַשְׁרָשָׁה בְּקִטְנִיּוֹת אֶלָּא אַחַר גְּמַר פְּרִי וְעָלֶיהָ סְמִיךְ לִפְלוּגֵי עֲלֵיהּ דְּר' שִׁמְעוֹן שְׁזוּרִי וְעָלֶיהָ דְּהָא מַתְנִיתִין דְּתָנֵינַן לְעֵיל הָאֹורֶז וְהַדֹּוחַן וְהַפְּרָגִין וְהַשֻּׁומְשְׁמִין שֶׁהִשְׁרִישׁוּ כו' וַאֲנִי לֹא יָדַעְתִּי מַאן הוּא הַהוּא תַּנָּא:
Il lui a échappé - à R. Zeira, cette [parole] que Chmuel a dite : tout suit l'achèvement du fruit. Et on dit encore : si [Chmuel] nous avait [seulement] enseigné 'tout suit l'achèvement du fruit', j'aurais pu dire même pour le blé et les olives ; c'est pourquoi il nous enseigne 'la halakha est comme R. Chimon Chezouri' - sur ce en quoi ils divergent, car pour le blé et les olives ils ne divergent pas et on ne suit pas pour eux l'achèvement du fruit ; mais pour les variétés de légumineuses ils divergent, R. Chimon suivant l'enracinement et les Sages non. Nous avons appris que Chmuel a trouvé un tana qui ne suit pas l'enracinement pour les légumineuses mais l'achèvement du fruit, et sur lui il s'appuie pour diverger d'avec R. Chimon Chezouri et d'avec cette michna enseignée plus haut, [celle du] riz, du millet, du pavot et du sésame qui ont pris racine, etc. ; et moi je ne sais pas qui est ce tana.
אִשְׁתְּמִיטְתֵּיהּ לְרַבִּי זֵירָא הָא דְּאָמַר שְׁמוּאֵל הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר גְּמַר פֶּרִי וְאַף הַקִּטְנִיּוֹת לֹא הָלְכוּ בָּהֶן אַחַר הַשְׁרָשָׁה וְכִי אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּר' שִׁמְעוֹן שְׁזוּרִי לָא מִטַּעְמֵיהּ דְּאָמַר דְּאִלּוּ רַבִּי שִׁמְעוֹן שְׁזוּרִי טַעְמֵיהּ מִשּׁוּם בִּילָּה וְטַעֲמָא דִּשְׁמוּאֵל מִשּׁוּם דְּכוּלֵּיהּ חָדָשׁ הוּא שֶׁגָּדֵל וְנִגְמַר אַחַר רֹאשׁ הַשָּׁנָה:
Il a échappé à R. Zeira cette [parole] que Chmuel a dite : tout suit l'achèvement du fruit - et même pour les légumineuses on n'a pas suivi l'enracinement. Et lorsque Chmuel dit 'la halakha est comme R. Chimon Chezouri', ce n'est pas pour sa raison à lui : R. Chimon Chezouri a pour raison le mélange (bila), tandis que la raison de Chmuel est que le tout est nouveau, ayant poussé et achevé sa maturation après Roch Hachana.
🗂️ Tossefot (1)
אַחַר גְּמַר פְּרִי. אֵין זֶה אַחַר לְקִיטָה דְּזִמְנִין דְּנִגְמַר לִפְנֵי ר"ה וְנִלְקַט אַחַר ר"ה וְכָל יָרָק נָמֵי הוֹלְכִין בּוֹ אַחַר גְּמַר פְּרִי אֶלָּא דְּנָקֵיט בְּכָל דֻּוכְתֵי בָּתַר לְקִיטָה מִשּׁוּם דִּלְקִיטָה תֵּכֶף לִגְמַר פְּרִי אֲבָל הָנֵי אֵין לְקִיטָתָן בִּגְמַר פְּרִי שֶׁמַּמְתִּין לָהֶן עַד שֶׁיִּתְיַיבְּשׁוּ וְאֵין לְקִיטָתָן כְּאֶחָד דְּמִתְייַבְּשִׁין פְּרָכִין פְּרָכִין אֲבָל גְּמַר פְּרִי כְּאַחַת וּלְכָךְ מֻותָּר לְעַשֵּׂר לִשְׁמוּאֵל אַף עַל גַּב דְּסָבַר אֵין בִּילָּה וְתֵימַהּ שְׁמוּאֵל דְּאָמַר כְּמַאן הָא בֵּין ר' שִׁמְעוֹן שְׁזוּרִי בֵּין רַבָּנָן מוֹדוּ דְּאָזְלִינַן בָּתַר הַשְׁרָשָׁה דְּלִפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה כִּדְפֵי' וַהֲוָה לֵיהּ יָשָׁן וּשְׁמוּאֵל דְּאָזֵיל בָּתַר גְּמַר פְּרִי דִּלְאַחַר רֹאשׁ הַשָּׁנָה הֲוָה לֵיהּ חָדָשׁ:
Selon l'achèvement du fruit - ce n'est pas [la même chose que] la cueillette, car il arrive que [le fruit] soit achevé avant Roch Hachana et cueilli après Roch Hachana. Et tout légume aussi suit l'achèvement du fruit, mais l'on dit partout 'selon la cueillette' parce que la cueillette est proche de l'achèvement du fruit ; ces [légumineuses] cependant n'ont pas leur cueillette à l'achèvement du fruit, car on attend qu'elles sèchent, et leur cueillette ne se fait pas d'un coup, car elles sèchent par petits éclats - mais leur achèvement se fait en une fois ; c'est pourquoi il est permis de dîmer selon Chmuel, bien qu'il tienne 'ein bila'. Et c'est étonnant : Chmuel dit [cela] selon qui ? Or, tant R. Chimon Chezouri que les Sages admettent qu'on suit l'enracinement d'avant Roch Hachana, comme on l'a expliqué, [et alors] c'est de l'ancien ; et Chmuel, qui suit l'achèvement du fruit d'après Roch Hachana, [pour lui] c'est du nouveau.
💡 Explication

Réponse : R. Zeira a oublié une autre parole de Chmuel : tout suit l'achèvement du fruit (gemar péri). Chmuel tranche donc comme R. Chimon Chezouri non pas pour sa raison (yech bila), mais parce que toutes les graines de la fève mûrissent en même temps, après Roch Hachana - tout est donc 'nouveau', et se dîme ensemble sans invoquer le mélange.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).