Sougya : Ce daf poursuit l'étude de ce qui fixe l'année du dîme (maaser) et de la Chemita pour les différentes cultures. Une michna enseigne que le riz, le millet, le pavot et le sésame suivent leur enracinement (hachracha) avant Roch Hachana.
Rabba explique que ces légumineuses mûrissent par petites quantités (parkhin parkhin), d'où le risque de mélanger ancien et nouveau si l'on suivait la cueillette. Abaye objecte qu'on pourrait entasser et mélanger la récolte (tsavar goren) puis prélever selon la proportion - à quoi Rabba répond que les Sages tiennent ein bila (pas de mélange fiable pour les solides), contrairement à R.
Chimon Chezouri qui tient yech bila. La sougya se conclut par l'enseignement de Shmuel : tout suit l'achèvement du fruit (gemar péri).
Ne lis pas 'li-chloch' (pour trois) mais 'li-chlich' (pour un tiers). [Apprends de là que l'année du dîme se détermine à la date où le produit atteint le tiers de sa croissance.]
Lecture exégétique (al tikri) du verset : au lieu de lire le mot comme li-chloch (pour trois [ans]), lis-le li-chlich (pour un tiers). On en déduit que l'année du dîme d'une culture est fixée quand le produit atteint le tiers de sa maturation.
Mais ce [verset] est nécessaire pour lui-même ! [La Guemara répond :] un autre verset est écrit : 'et vous sèmerez la huitième année et vous mangerez de l'ancienne récolte jusqu'à la neuvième année' (Lev 25:22).
Objection : le verset ('la sixième année produira pour trois ans') est nécessaire pour son sens propre - enseigner que la sixième année sera bénie au point de nourrir trois années. Réponse : un autre verset (Lev 25:22) enseigne déjà ce point, ce qui libère le premier verset pour la règle du tiers de croissance.
Nous avons appris là-bas (Michna Cheviit 2:7) : le riz, le millet, le pavot et le sésame qui ont pris racine avant Roch Hachana sont dîmes selon l'année écoulée et sont permis durant la Chemita (l'année sabbatique) ; sinon, ils sont interdits durant la Chemita et sont dîmes selon l'année entrante.
Michna de référence : ces quatre légumineuses (riz, millet, pavot, sésame) suivent la date de leur enracinement (hachracha). Si elles ont pris racine avant Roch Hachana, elles relèvent de l'année écoulée (donc permises même si l'année suivante est la Chemita) ; sinon, elles relèvent de l'année entrante (et interdites si c'est la Chemita).
Rabba dit : les Sages ont dit que l'arbre [suit] la floraison (hanata), le blé et les olives [suivent] le tiers [de maturation], le légume [suit] la cueillette (lekita). Ces [légumineuses], à quoi les Sages les ont-ils assimilées ?
Rabba recense les repères : arbre selon la floraison (hanata), blé et olives selon le tiers, légume selon la cueillette. Question : le riz, le millet, le pavot et le sésame ne correspondent à aucune de ces trois catégories - à quoi les Sages les ont-ils rattachés ?
Rabba se ravisa et dit : puisqu'ils se font par petits éclats (parkhin parkhin), les Sages ont suivi l'enracinement.
Réponse de Rabba : ces cultures ne mûrissent pas d'un coup mais sont récoltées peu à peu, par petites quantités (parkhin parkhin). Si l'on suivait la cueillette, on mélangerait ancien et nouveau. Les Sages ont donc fixé leur année de dîme selon l'enracinement, identique pour tout le champ (semé d'un seul coup).
Abaye lui dit : mais qu'il entasse sa grange en son milieu (yitsbor gorno le-tocho) ! Il se trouvera alors prélever du nouveau qui s'y trouve sur le nouveau qui s'y trouve, et de l'ancien qui s'y trouve sur l'ancien qui s'y trouve.
Objection d'Abaye : pourquoi décréter l'enracinement ? Une meilleure solution existe : entasser toute la récolte en un tas central, bien la mélanger, puis prélever teroumah et dîmes. Ainsi on prélèvera automatiquement du nouveau sur du nouveau et de l'ancien sur de l'ancien, dans les proportions du mélange.
N'est-il pas enseigné (baraita) : Rabbi Yossi ben Kifar dit au nom de Rabbi Chimon Chezouri : la fève d'Égypte (pol ha-mitsri) semée pour la graine, dont une partie a pris racine avant Roch Hachana et une partie après Roch Hachana - on ne prélève pas teroumah ni dîme de l'une sur l'autre, car on ne prélève teroumah et dîme ni du nouveau sur l'ancien ni de l'ancien sur le nouveau.
Abaye poursuit avec une baraita : la fève d'Égypte semée pour la graine, dont une partie s'est enracinée avant Roch Hachana (ancien) et une partie après (nouveau), pose problème - on ne peut prélever de l'une sur l'autre, car il est interdit de prélever du nouveau sur l'ancien ou l'inverse.
Comment fait-il ? Il entasse sa grange en son milieu, et il se trouve prélever teroumah et dîme du nouveau qui s'y trouve sur le nouveau qui s'y trouve, et de l'ancien qui s'y trouve sur l'ancien qui s'y trouve.
La baraita elle-même donne le remède : entasser toute la récolte en un tas central, bien la mélanger, puis prélever - de sorte que teroumah et dîme se prennent du nouveau sur du nouveau et de l'ancien sur de l'ancien. (D'où l'objection d'Abaye : pourquoi ne pas faire de même pour le riz, le millet, etc. ?)
Il lui dit : tu parles de Rabbi Chimon Chezouri ! Rabbi Chimon Chezouri tient qu'il y a mélange (yech bila).
Réponse de Rabba : cette baraita est celle de R. Chimon Chezouri, dont on ne peut tirer d'objection, car il tient yech bila - il y a un mélange fiable : on suppose que l'ancien et le nouveau se sont parfaitement mêlés, de sorte que le prélèvement conserve les mêmes proportions.
Mais les Sages tiennent qu'il n'y a pas de mélange (ein bila).
En revanche, les Sages tiennent ein bila - il n'y a pas de mélange fiable pour les solides ; on ne suppose pas que l'ancien et le nouveau se soient également mêlés. Entasser et prélever ne garantit donc pas un dîme correct - d'où le recours à l'enracinement.
Rabbi Yitshak bar Nahmani dit au nom de Chmuel : la halakha est comme Rabbi Yossi ben Kifar qui a parlé au nom de Rabbi Chimon Chezouri. Rabbi Zeira objecte : Chmuel a-t-il vraiment dit cela ?
Mais Chmuel a dit : pour tout il n'y a pas de mélange (ein bila), sauf pour le vin et l'huile !
Chmuel tranche : la halakha suit R. Chimon Chezouri. R. Zeira s'étonne : Chmuel ne tient-il pas ein bila pour tout, sauf le vin et l'huile (les liquides, qui se mêlent parfaitement) ? Comment aurait-il pu trancher selon Chezouri, qui tient yech bila pour les solides ?
[La Guemara répond :] il lui a échappé ce que Chmuel a dit : tout suit l'achèvement du fruit (gemar péri).
Réponse : R. Zeira a oublié une autre parole de Chmuel : tout suit l'achèvement du fruit (gemar péri). Chmuel tranche donc comme R. Chimon Chezouri non pas pour sa raison (yech bila), mais parce que toutes les graines de la fève mûrissent en même temps, après Roch Hachana - tout est donc 'nouveau', et se dîme ensemble sans invoquer le mélange.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).