Sougya : La Guemara achève d'expliquer pourquoi Chmouel devait énoncer ses trois règles distinctes sur la dîme des mélanges : chacune, prise seule, aurait laissé croire autre chose (tserikha). La règle de fond est que tout suit la maturation du fruit (gemar péri), et non le tiers de croissance.
Une baraita oppose ensuite R. Yossi ha-Guelili et R.
Akiva sur l'exégèse du verset 'quand tu engrangeras de ton aire et de ton pressoir' (Dt 16:13) : quel critère fixe l'année de dîme des légumes ? La différence pratique (nafka mina) porte sur les oignons stériles et le pois d'Égypte privés d'eau trente jours avant Roch Hachana.
Enfin la Michna fixe au 1er Chevat le Roch Hachana de l'arbre (Beit Chammai) : la majorité des pluies est déjà tombée, même si la majorité de la saison reste à venir ; R. Akiva cueillit un etrog ce jour-là et y appliqua deux dîmes par doute.
Et il fallait [les trois enseignements de Chmouel] : car s'il ne nous avait enseigné que 'la halakha est comme R. Chimon Chezouri', j'aurais dit que c'est parce qu'il tient qu'il y a bila (mélange [homogène, même pour les solides]) ; il nous enseigne [donc aussi] : pour tout, il n'y a pas de bila.
Début du raisonnement tserikha (il était nécessaire d'énoncer chaque règle). Chmouel a tranché trois choses. Prise isolément, la première (halakha comme R. Chimon Chezouri) laisserait croire qu'il l'adopte parce qu'il admet la bila — l'idée qu'un tas se mélange de façon homogène, si bien qu'on peut prélever la dîme de l'ancien sur le nouveau. D'où la deuxième règle : pas de bila (sauf pour les liquides).
Et s'il ne nous avait enseigné que 'pour tout, il n'y a pas de bila', j'aurais dit qu'il tient comme les Sages ; il nous enseigne [donc] : la halakha est comme R. Chimon Chezouri.
Inversement, la règle 'pas de bila' prise seule ferait croire que Chmouel suit les Sages (qui, contre R. Chezouri, interdisent de dîmer ensemble l'ancien et le nouveau mélangés). D'où la nécessité de dire aussi : halakha comme R. Chimon Chezouri.
Et s'il ne nous avait enseigné que ces deux[-là], j'aurais dit : il y a contradiction de Chmouel avec Chmouel ; il nous enseigne [donc] : tout suit la maturation du fruit.
Les deux premières règles ensemble sembleraient se contredire (comme le relève R. Zera) : trancher comme R. Chezouri suppose qu'il y a bila, alors que 'pas de bila' l'exclut. La troisième règle — tout suit la maturation du fruit (gemar péri) — lève la contradiction : Chmouel adopte la conclusion de R. Chezouri mais pour une autre raison.
Et s'il ne nous avait enseigné que 'tout suit la maturation du fruit', j'aurais dit : même le blé et les olives aussi ; il nous enseigne [donc] : la halakha est comme R. Chimon Chezouri pour ce en quoi il est en litige.
La règle de la maturation, prise seule, s'étendrait même au blé et aux olives. Or ceux-ci suivent le tiers de croissance (chelich). Chmouel précise donc : la halakha suit R. Chezouri uniquement dans son litige avec les Sages, c.-à-d. pour les légumineuses.
Mais qu'il ne nous enseigne que ces deux[-là] ! Pourquoi ai-je besoin de 'pour tout il n'y a pas de bila' ? — Cela vient nous enseigner que pour le vin et l'huile il y a bila.
Objection : deux règles suffiraient (halakha comme R. Chezouri + tout suit la maturation), car de 'tout suit la maturation' on déduit déjà que ce n'est pas par la bila. Alors pourquoi ajouter 'pas de bila' ? Réponse : cette règle sert à enseigner l'inverse — que pour les liquides (vin, huile) il y a bien bila.
Il est enseigné [dans une baraita] : R. Yossi ha-Guelili dit : 'quand tu engrangeras de ton aire et de ton pressoir' (Dt 16:13) — de même que l'aire et le pressoir ont ceci de particulier qu'ils poussent sur l'eau de l'année passée et sont dîmes pour l'année passée, de même tout ce qui pousse sur l'eau de l'année passée est dîme pour l'année passée.
On exclut les légumes, qui poussent sur l'eau de l'année à venir et sont dîmes pour l'année à venir.
Une baraita cherche la source du critère de dîme des légumes dans le verset baaspekha ('quand tu engrangeras de ton aire et de ton pressoir'). Pour R. Yossi ha-Guelili, ce qui compte est l'eau de l'année passée : le grain et le vin poussent grâce aux pluies de l'hiver précédent, donc se dîment pour l'année écoulée. Les légumes, à cycle court, poussent sur l'eau de l'année nouvelle et se dîment pour elle.
R. Akiva dit : 'quand tu engrangeras de ton aire et de ton pressoir' — de même que l'aire et le pressoir ont ceci de particulier qu'ils poussent sur la majorité de l'eau et sont dîmes pour l'année passée, de même tout ce qui pousse sur la majorité de l'eau est dîme pour l'année passée.
On exclut les légumes, qui poussent sur toute eau et sont dîmes pour l'année à venir.
R. Akiva lit le même verset autrement : le critère est la majorité de l'eau (rov mayim), c.-à-d. l'eau de pluie qui suffit à faire pousser le grain et le vin, sans irrigation. Les légumes, eux, poussent sur toute eau — y compris l'eau puisée pour l'irrigation — donc se dîment pour l'année à venir.
Quelle est [la différence] entre eux ? R.
Abbahou dit : les oignons stériles et le pois d'Égypte, il y a [différence] entre eux. Car nous avons appris [Chevi'it 2:9] : les oignons stériles et le pois d'Égypte dont on a privé d'eau [les plants] trente jours avant Roch Hachana — sont dîmes pour [l'année] écoulée et permis en chevi'it ; et sinon — sont interdits en chevi'it et dîmes pour l'année à venir.
Quelle est la nafka mina (différence pratique) entre les deux Tannaim ? R. Abbahou : les oignons stériles et le pois d'Égypte. La michna (Chevi'it 2:9) enseigne que si on les prive d'eau trente jours avant Roch Hachana, ils comptent comme poussés sur l'eau de l'année passée (dîme pour l'écoulée, permis en septième année) ; sinon, ils suivent l'année à venir. Selon Rachi cela concorde avec R. Yossi ha-Guelili ; selon Tossefot, plutôt avec R. Akiva.
'Le 1er Chevat, [c'est] Roch Hachana de l'arbre.' Quelle en est la raison ? R.
Elazar dit au nom de R. Ochaya : puisque la majorité des pluies de l'année est [déjà] sortie [tombée], et que la majorité de la saison est encore dehors [à venir].
La Michna fixe au 1er Chevat le Roch Hachana de l'arbre (selon Beit Chammai). Raison, au nom de R. Ochaya : à cette date, l'essentiel des pluies de l'année est déjà tombé (la sève monte, les fruits vont nouer), bien que l'essentiel de la saison (tekoufa, l'hiver jusqu'à l'équinoxe de printemps) reste à venir.
Que veut-il dire ? Voici ce qu'il dit : bien que la majorité de la saison soit encore dehors, puisque la majorité des pluies de l'année est [déjà] sortie [tombée].
La Guemara réordonne l'énoncé : l'expression 'la majorité de la saison est encore dehors' n'est pas une raison mais une objection surmontée. Sens véritable : même si le gros de la saison reste à venir, comme le gros des pluies est déjà tombé, on considère l'année de pluie achevée — d'où la date du 1er Chevat.
Nos maîtres ont enseigné : il arriva à R. Akiva de cueillir un etrog le 1er Chevat, et il y appliqua deux dîmes,
Une baraita : R. Akiva cueillit un etrog (fruit d'arbre) le 1er Chevat et lui appliqua deux dîmes — le maaser cheni (2e et 5e années du cycle) et le maaser ani (3e et 6e années) — parce qu'il était dans le doute sur l'année à laquelle rattacher ce fruit cueilli à la charnière du Nouvel An de l'arbre.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).