Rosh Hashanah 14à — la triple règle de Chmouel (tserikha), l'année de dîme des légumes selon le verset baaspekha, et le Nouvel An de l'arbre au 1er Chevat

Rosh Hashanah 14a

Sougya : La Guemara achève d'expliquer pourquoi Chmouel devait énoncer ses trois règles distinctes sur la dîme des mélanges : chacune, prise seule, aurait laissé croire autre chose (tserikha). La règle de fond est que tout suit la maturation du fruit (gemar péri), et non le tiers de croissance.

Une baraita oppose ensuite R. Yossi ha-Guelili et R.

Akiva sur l'exégèse du verset 'quand tu engrangeras de ton aire et de ton pressoir' (Dt 16:13) : quel critère fixe l'année de dîme des légumes ? La différence pratique (nafka mina) porte sur les oignons stériles et le pois d'Égypte privés d'eau trente jours avant Roch Hachana.

Enfin la Michna fixe au 1er Chevat le Roch Hachana de l'arbre (Beit Chammai) : la majorité des pluies est déjà tombée, même si la majorité de la saison reste à venir ; R. Akiva cueillit un etrog ce jour-là et y appliqua deux dîmes par doute.

Pourquoi Chmouel doit énoncer SES TROIS règles (tserikha) 1. halakha comme R. Chimon Chezouri | 2. pas de bila (mélange) | 3. tout suit la maturation du fruit Si SEULE la règle 1 (halakha=R. Chezouri) j'aurais cru : c'est parce qu'il tient qu'il y a bila (mélange). -> d'où la règle 2 : PAS de bila (sauf liquides). Si SEULE la règle 2 (pas de bila) j'aurais cru : il tient comme les Sages (contre R. Chezouri). -> d'où la règle 1 : halakha = R. Chezouri. Si SEULES les règles 1 + 2 j'aurais cru : Chmouel se contredit (R. Zera). -> d'où la règle 3 : tout suit la maturation (gemar péri). Si SEULE la règle 3 (maturation) j'aurais cru : même le blé et les olives. -> d'où la règle 1 précisée : R. Chezouri seulement pour son litige (légumineuses).
Le raisonnement tserikha : chaque règle de Chmouel corrige une supposition erronée (segments 0-4).
Deux lectures du verset baaspekha (Dt 16:13) pour le maaser des légumes Aire (goren) et pressoir (yekev) = modèle ; qu'ont-ils de particulier ? -> on exclut les légumes R. Yossi ha-Guelili R. Akiva critère = eau de l'ANNÉE PASSÉE critère = la MAJORITÉ de l'eau ce qui pousse sur l'eau de l'an passé -> dîme an passé ce qui pousse surtout de pluie (rov mayim) -> dîme an passé légumes = eau de l'an à venir -> dîme an à venir légumes = poussent sur TOUTE eau (même irriguée) -> an à venir Nafka mina : oignons stériles et pois d'Égypte (privés d'eau 30 j'avant Roch Hachana) Rachi : concorde avec R. Yossi ha-Guelili | Tossefot (Yerouchalmi) : plutôt avec R. Akiva
R. Yossi ha-Guelili contre R. Akiva sur le verset baaspekha et leur différence pratique (segments 5-7).
1er Chevat : Roch Hachana de l'arbre (Beit Chammai) Pourquoi cette date ? (R. Elazar au nom de R. Ochaya) Fait accompli la majorité des pluies de l'année est déjà tombée (rov guichmei chana) Malgré l'objection la majorité de la saison (tekoufa) est encore à venir (mi-bahoutz) Conclusion : MÊME si la saison n'est pas finie, comme l'essentiel des pluies est tombé, la sève monte et les fruits nouent (hanata) R. Akiva cueillit un etrog le 1er Chevat et préleva deux dîmes (doute d'année)
Le 1er Chevat comme Roch Hachana de l'arbre et sa raison (segments 8-10).
1
וּצְרִיכָא: דְּאִי אַשְׁמְעִינַן הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן שֵׁזוּרִי, הֲוָה אֲמִינָא: מִשּׁוּם דְּקָסָבַר יֵשׁ בִּילָּה, קָא מַשְׁמָע לַן: לְכָל אֵין בִּילָּה.

Et il fallait [les trois enseignements de Chmouel] : car s'il ne nous avait enseigné que 'la halakha est comme R. Chimon Chezouri', j'aurais dit que c'est parce qu'il tient qu'il y a bila (mélange [homogène, même pour les solides]) ; il nous enseigne [donc aussi] : pour tout, il n'y a pas de bila.

📜 Rachi (1)
וּצְרִיכָא הָנֵי תְּלָת דִּשְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּר"ש שְׁזוּרִי וּלְכָל אֵין בִּילָּה וְהַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר גְּמַר פֶּרִי:
Et il fallait — ces trois [enseignements] de Chmouel : la halakha est comme R. Chimon Chezouri ; pour tout il n'y a pas de bila ; et tout suit la maturation du fruit.
💡 Explication

Début du raisonnement tserikha (il était nécessaire d'énoncer chaque règle). Chmouel a tranché trois choses. Prise isolément, la première (halakha comme R. Chimon Chezouri) laisserait croire qu'il l'adopte parce qu'il admet la bila — l'idée qu'un tas se mélange de façon homogène, si bien qu'on peut prélever la dîme de l'ancien sur le nouveau. D'où la deuxième règle : pas de bila (sauf pour les liquides).

🖼️ Schéma
Pourquoi Chmouel doit énoncer SES TROIS règles (tserikha) 1. halakha comme R. Chimon Chezouri | 2. pas de bila (mélange) | 3. tout suit la maturation du fruit Si SEULE la règle 1 (halakha=R. Chezouri) j'aurais cru : c'est parce qu'il tient qu'il y a bila (mélange). -> d'où la règle 2 : PAS de bila (sauf liquides). Si SEULE la règle 2 (pas de bila) j'aurais cru : il tient comme les Sages (contre R. Chezouri). -> d'où la règle 1 : halakha = R. Chezouri. Si SEULES les règles 1 + 2 j'aurais cru : Chmouel se contredit (R. Zera). -> d'où la règle 3 : tout suit la maturation (gemar péri). Si SEULE la règle 3 (maturation) j'aurais cru : même le blé et les olives. -> d'où la règle 1 précisée : R. Chezouri seulement pour son litige (légumineuses).
Les quatre étapes du tserikha de Chmouel.
2
וְאִי אַשְׁמְעִינַן לַכֹּל אֵין בִּילָּה — הֲוָה אֲמִינָא: כְּרַבָּנָן סְבִירָא לֵיהּ, קָא מַשְׁמָע לַן: הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן שֵׁזוּרִי.

Et s'il ne nous avait enseigné que 'pour tout, il n'y a pas de bila', j'aurais dit qu'il tient comme les Sages ; il nous enseigne [donc] : la halakha est comme R. Chimon Chezouri.

📜 Rachi (1)
כְּרַבָּנָן סְבִירָא לֵיהּ וְאֵין תּוֹרְמִין מִמֶּנּוּ וְאֵין לוֹ תַּקָּנָה לְחָדָשׁ וְיָשָׁן שֶׁנִּתְעָרְבוּ אֶלָּא א"כ תּוֹרְמִין עָלָיו מִמָּקוֹם אַחֵר לְפִי חֶשְׁבּוֹן מֵחָדָשׁ עַל הֶחָדָשׁ וּמִיָּשָׁן עַל הַיָּשָׁן:
Il tient comme les Sages — et l'on ne prélève pas de dîme à partir de lui [ce mélange] ; et pour le nouveau et l'ancien qui se sont mélangés il n'y a pas de remède, sauf si l'on dîme pour lui à partir d'un autre endroit selon le compte : du nouveau sur le nouveau et de l'ancien sur l'ancien.
🗂️ Tossefot (1)
הֲוָה אָמֵינָא כְּרַבָּנַן סְבִירָא לֵיהּ. תֵּימַהּ וְהָא וַדַּאי כְּרַבָּנָן סְבִירָא לֵיהּ טְפֵי מַר' שִׁמְעוֹן שְׁזוּרִי דְּרַבָּנָן דִּפְלִיגִי עָלֶיהָ בפ"ב דִּשְׁבִיעִית (מִשְׁנָה ט) סְבִירָא לְהוּ דְּפוֹל הַמִּצְרִי בָּתַר לְקִיטָה וּטְפֵי [הֲוָה] לֵיהּ לִשְׁמוּאֵל לִפְסֹוק כְּרַבָּנָן דר"ש שְׁזוּרִי וַאֲפִילּוּ אִם תִּמְצָא לוֹמַר דְּאִיכָּא רַבָּנָן בַּבָּרַייְתָא דס"ל פּוֹל הַמִּצְרִי בָּתַר הַשְׁרָשָׁה וְלֵית לְהוּ צוֹבֵר גָּרְנוֹ מ"מ לֵימָא הֲלָכָה כְּרַבָּנָן דְּמַתְנִי' דִּשְׁבִיעִית וְהָוֵי נִיחָא טְפֵי מדר"ש שְׁזוּרִי וי"ל דִּשְׁמוּאֵל בָּא לִפְסֹוק כר"ש שְׁזוּרִי בְּכָל דָּבָר אֲפִילּוּ בְּאֹורֶז וְדֹוחַן וּפְרָגִין וְשׁוּמְשְׁמִין וְלָא מִטַּעְמֵיהּ דְּטַעְמֵיהּ דר"ש מִשּׁוּם דְּצוֹבֵר גָּרְנוֹ דְּיֵשׁ בִּילָּה וּשְׁמוּאֵל סָבַר אֵין בִּילָּה אֶלָּא מִשּׁוּם דְּהַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר גְּמַר פֶּרִי וְאַף ע"ג דִּבְהַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף ל:) מַיְיתֵי הַהוּא דְּפוֹל הַמִּצְרִי וְלָא מַיְיתֵי הַהִיא דְּאֹורֶז וְדֹוחַן וּפְרָגִין כְּלָל מ"מ נָפְקָא מִינַּהּ לְגַבֵּי הַהִיא:
'J'aurais dit qu'il tient comme les Sages' — cela est étonnant : car assurément il tient plutôt comme les Sages que comme R. Chimon Chezouri, puisque les Sages qui le contredisent au chapitre 2 de Chevi'it (michna 9) tiennent que le pois d'Égypte suit sa cueillette, et Chmouel aurait mieux fait de trancher comme les Sages plutôt que comme R. Chimon Chezouri ! Et même si tu dis qu'il existe des Sages dans une baraita qui tiennent que le pois d'Égypte suit l'enracinement et qu'ils n'admettent pas '[chacun] entasse son aire', qu'il dise du moins 'la halakha est comme les Sages de la michna de Chevi'it', ce qui vaudrait mieux que [de trancher comme] R. Chimon Chezouri ! On peut répondre : Chmouel vient trancher comme R. Chimon Chezouri en toute chose, même pour le riz, le millet, le pavot et le sésame, mais non pour sa raison : car la raison de R. Chimon est '[chacun] entasse son aire', c.-à-d. qu'il y a bila, alors que Chmouel tient qu'il n'y a pas de bila, mais [tranche comme lui] parce que tout suit la maturation du fruit. Et bien qu'au [chapitre] Ha-kometz rabba (Menahot 30b) on cite le cas du pois d'Égypte et non du tout celui du riz, du millet et du pavot, il y a néanmoins une conséquence pratique quant à ce dernier [cas].
💡 Explication

Inversement, la règle 'pas de bila' prise seule ferait croire que Chmouel suit les Sages (qui, contre R. Chezouri, interdisent de dîmer ensemble l'ancien et le nouveau mélangés). D'où la nécessité de dire aussi : halakha comme R. Chimon Chezouri.

3
וְאִי אַשְׁמְעִינַן הָנֵי תַּרְתֵּי — הֲוָה אֲמִינָא: קַשְׁיָא דִּשְׁמוּאֵל אַדִּשְׁמוּאֵל, קָא מַשְׁמָע לַן: הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר גְּמַר פֶּרִי.

Et s'il ne nous avait enseigné que ces deux[-là], j'aurais dit : il y a contradiction de Chmouel avec Chmouel ; il nous enseigne [donc] : tout suit la maturation du fruit.

📜 Rachi (1)
קַשְׁיָא דִּשְׁמוּאֵל אַדִּשְׁמוּאֵל הָכָא אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כר"ש דְּיֵשׁ בִּילָּה וְהָכָא אָמַר אֵין בִּילָּה:
Contradiction de Chmouel avec Chmouel — ici Chmouel dit 'la halakha est comme R. Chimon', [ce qui suppose] qu'il y a bila, et là il dit qu'il n'y a pas de bila.
💡 Explication

Les deux premières règles ensemble sembleraient se contredire (comme le relève R. Zera) : trancher comme R. Chezouri suppose qu'il y a bila, alors que 'pas de bila' l'exclut. La troisième règle — tout suit la maturation du fruit (gemar péri) — lève la contradiction : Chmouel adopte la conclusion de R. Chezouri mais pour une autre raison.

4
וְאִי אַשְׁמְעִינַן הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר גְּמַר פֶּרִי — הֲוָה אֲמִינָא: אֲפִילּוּ תְּבוּאָה וְזֵיתִים נָמֵי — קָא מַשְׁמָע לַן: הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן שֵׁזוּרִי בְּמַאי דִּפְלִיג.

Et s'il ne nous avait enseigné que 'tout suit la maturation du fruit', j'aurais dit : même le blé et les olives aussi ; il nous enseigne [donc] : la halakha est comme R. Chimon Chezouri pour ce en quoi il est en litige.

📜 Rachi (2)
קמ"ל הַכֹּל הוֹלֵךְ כו' לְמֵימְרָא דְּכוּלֵּיהּ חָדָשׁ הוּא וַהֲלָכָה כר"ש וְלָאו מִטַּעְמֵיהּ:
Il nous enseigne 'tout suit, etc.' — pour dire que [le grain] est entièrement 'nouveau', et que la halakha est comme R. Chimon, mais non pour sa raison [à lui].
בְּמַאי דִּפְלִיג בְּמִינֵי קִטְנִית אָמַר שְׁמוּאֵל דִּמְעָרְבִין הַנִּשְׁרָשִׁין לִפְנֵי ר"ה בַּנִּשְׁרָשִׁין לְאַחַר ר"ה וְיָהֵיב טַעְמָא לְמִלְּתֵיהּ מִשּׁוּם דְּהוֹלְכִין בָּהֶן אַחַר גְּמַר פְּרִי אֲבָל תְּבוּאָה וְזֵיתִים אַחַר שְׁלִישׁ:
Pour ce en quoi il est en litige — pour les espèces de légumineuses, Chmouel a dit qu'on mélange celles enracinées avant Roch Hachana avec celles enracinées après Roch Hachana, et il en donne la raison : parce qu'on y suit la maturation du fruit ; mais le blé et les olives suivent le tiers [de croissance].
💡 Explication

La règle de la maturation, prise seule, s'étendrait même au blé et aux olives. Or ceux-ci suivent le tiers de croissance (chelich). Chmouel précise donc : la halakha suit R. Chezouri uniquement dans son litige avec les Sages, c.-à-d. pour les légumineuses.

5
וְלַשְׁמְעִינַן הָנֵי תַּרְתֵּי, לַכֹּל אֵין בִּילָּה לָמָּה לִי? הָא קָא מַשְׁמַע לַן, דִּלְיַיִן וָשֶׁמֶן יֵשׁ בִּילָּה.

Mais qu'il ne nous enseigne que ces deux[-là] ! Pourquoi ai-je besoin de 'pour tout il n'y a pas de bila' ? — Cela vient nous enseigner que pour le vin et l'huile il y a bila.

📜 Rachi (1)
וְלַשְׁמְעִינַן הָנֵי תַּרְתֵּי וּמִדְּאָמַר שְׁמוּאֵל הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר גְּמַר פֶּרִי אַשְׁמְעִינַן דְּהַאי דְּקָאָמַר הֲלָכָה כְּר"ש לָאו מִשּׁוּם בִּילָּה אֶלָּא מִשּׁוּם דְּכוּלֵּיהּ חָדָשׁ אֲבָל בִּילָּה לֵית לֵיהּ דְּאִי אִית לֵיהּ בִּילָּה אַמַּאי אַשְׁמְעִינַן הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר גְּמַר פֶּרִי:
Mais qu'il ne nous enseigne que ces deux[-là] — car du fait que Chmouel dit 'tout suit la maturation du fruit', il nous enseigne que ce qu'il affirme 'la halakha est comme R. Chimon' n'est pas à cause de la bila, mais parce que [le grain] est entièrement 'nouveau' ; or il n'admet pas la bila, car s'il l'admettait, pourquoi nous enseignerait-il 'tout suit la maturation du fruit' ?
💡 Explication

Objection : deux règles suffiraient (halakha comme R. Chezouri + tout suit la maturation), car de 'tout suit la maturation' on déduit déjà que ce n'est pas par la bila. Alors pourquoi ajouter 'pas de bila' ? Réponse : cette règle sert à enseigner l'inverse — que pour les liquides (vin, huile) il y a bien bila.

6
תַּנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר: ״בְּאָסְפְּךָ מִגָּרְנְךָ וּמִיִּקְבֶךָ״, מַה גֹּורֶן וָיֶקֶב מְיֻוחָדִין שֶׁגְּדֵילִין עַל מֵי שָׁנָה שֶׁעָבְרָה, וּמִתְעַשְּׂרִין לַשָּׁנָה שֶׁעָבְרָה, אַף כֹּל שֶׁגְּדֵילִין עַל מֵי שָׁנָה שֶׁעָבְרָה — מִתְעַשְּׂרִין לַשָּׁנָה שֶׁעָבְרָה. יָצְאוּ יְרָקוֹת שֶׁגְּדֵילִין עַל מֵי שָׁנָה הַבָּאָה, וּמִתְעַשְּׂרִין לַשָּׁנָה הַבָּאָה.

Il est enseigné [dans une baraita] : R. Yossi ha-Guelili dit : 'quand tu engrangeras de ton aire et de ton pressoir' (Dt 16:13) — de même que l'aire et le pressoir ont ceci de particulier qu'ils poussent sur l'eau de l'année passée et sont dîmes pour l'année passée, de même tout ce qui pousse sur l'eau de l'année passée est dîme pour l'année passée.

On exclut les légumes, qui poussent sur l'eau de l'année à venir et sont dîmes pour l'année à venir.

📜 Rachi (3)
בְּאָסְפְּךָ מִגָּרְנְךָ וּמִיִּקְבֶךָ מִכָּאן סָמְכוּ חֲכָמִים לִקְבֹּועַ זְמַן מַעְשַׂר יָרָק דְּדִבְרֵיהֶם אַחַר לְקִיטָה לְאַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא כָּל אָסִיף שֶׁלְּךָ יְהֵא כִּתְרוּמַת גֹּורֶן וְיֶקֶב שֶׁהָלְכָה בָּהֶן תּוֹרָה אַחַר שָׁנָה שֶׁהֵבִיאָה שְׁלִישׁ הֲרֵי שֶׁהָלְכָה בָּהֶן אַחַר שָׁנָה שֶׁגָּדְלוּ בְּמֵימֶיהָ שֶׁהֲבָאַת שְׁלִישׁ שֶׁלָּהֶן הִיא גְּדִילָתָן שֶׁמֵּאוֹתָהּ שָׁעָה רְאוּיָה לִיקָּצֵר בְּדֹוחַק:
'Quand tu engrangeras de ton aire et de ton pressoir' — de là, les Sages ont adossé [asmakhta] la fixation du moment de la dîme des légumes, [règle] qui est de leur institution [et suit] la cueillette ; c'est une simple asmakhta : toute ta récolte sera comme le prélèvement de l'aire et du pressoir, où la Tora a suivi l'année où [le fruit] a atteint le tiers. Ainsi [pour l'aire et le pressoir] on a suivi l'année où ils ont poussé dans les eaux [de laquelle] ils ont atteint leur tiers : c'est de ce moment que date leur croissance, car dès lors ils sont à peine bons à être moissonnés.
אַף כֹּל כּוּ' לְכָךְ הָלְכוּ בְּאִילָן אַחַר חֲנָטָה שֶׁכָּל גְּדִילַת פֵּירוֹתָיו ע"י שֶׁהַעֲלָאַת שְׂרַף הָאִילָן לִפְנֵי חֲנָטָה הוּא:
'De même tout, etc.' — c'est pourquoi on a suivi, pour l'arbre, la nouaison (hanata), car toute la croissance de ses fruits se fait par la montée de la sève de l'arbre, [qui a lieu] avant la nouaison.
יָצְאוּ יְרָקוֹת שֶׁגְּדֵילִין עַל מֵי שָׁנָה הַבָּאָה וְהַייְנוּ שְׁנַת לְקִיטָתָן שֶׁהֲרֵי גּוֹזְזִין אוֹתָהּ וְהִיא חוֹזֶרֶת וּגְדֵילָה:
'On exclut les légumes qui poussent sur l'eau de l'année à venir' — et c'est [aussi] l'année de leur cueillette, car on les coupe et ils repoussent.
🗂️ Tossefot (1)
מַה גֹּורֶן וָיֶקֶב. אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא דְּמַעֲשֵׂר יָרָק דְּרַבָּנָן וְעִיקַּר קְרָא לִפְסֹולֶת גֹּורֶן וְיֶקֶב כְּדִלְעֵיל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף יג.) לְעִנְיַן סֻוכָּה א"נ מִשּׁוּם שְׁבִיעִית דְּאוֹרָיְיתָא אִיצְטְרִיךְ קְרָא:
'De même que l'aire et le pressoir' — [c'est] une simple asmakhta, car la dîme des légumes est de rang rabbinique, et le verset vise essentiellement le rebut de l'aire et du pressoir, comme plus haut (Roch Hachana 13a) à propos de la souccah. Ou bien : le verset était nécessaire pour la chevi'it, qui est de rang toranique.
💡 Explication

Une baraita cherche la source du critère de dîme des légumes dans le verset baaspekha ('quand tu engrangeras de ton aire et de ton pressoir'). Pour R. Yossi ha-Guelili, ce qui compte est l'eau de l'année passée : le grain et le vin poussent grâce aux pluies de l'hiver précédent, donc se dîment pour l'année écoulée. Les légumes, à cycle court, poussent sur l'eau de l'année nouvelle et se dîment pour elle.

🖼️ Schéma
Deux lectures du verset baaspekha (Dt 16:13) pour le maaser des légumes Aire (goren) et pressoir (yekev) = modèle ; qu'ont-ils de particulier ? -> on exclut les légumes R. Yossi ha-Guelili R. Akiva critère = eau de l'ANNÉE PASSÉE critère = la MAJORITÉ de l'eau ce qui pousse sur l'eau de l'an passé -> dîme an passé ce qui pousse surtout de pluie (rov mayim) -> dîme an passé légumes = eau de l'an à venir -> dîme an à venir légumes = poussent sur TOUTE eau (même irriguée) -> an à venir Nafka mina : oignons stériles et pois d'Égypte (privés d'eau 30 j'avant Roch Hachana) Rachi : concorde avec R. Yossi ha-Guelili | Tossefot (Yerouchalmi) : plutôt avec R. Akiva
R. Yossi ha-Guelili et R. Akiva sur baaspekha.
7
רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: ״בְּאָסְפְּךָ מִגָּרְנְךָ וּמִיִּקְבֶךָ״, מַה גֹּורֶן וָיֶקֶב מְיֻוחָדִין שֶׁגְּדֵילִין עַל רֹוב מַיִם, וּמִתְעַשְּׂרִין לַשָּׁנָה שֶׁעָבְרָה, אַף כֹּל שֶׁגְּדֵילִין עַל רֹוב מַיִם — מִתְעַשְּׂרִין לַשָּׁנָה שֶׁעָבְרָה. יָצְאוּ יְרָקוֹת שֶׁגְּדֵילִין עַל כָּל מַיִם, וּמִתְעַשְּׂרִין לַשָּׁנָה הַבָּאָה.

R. Akiva dit : 'quand tu engrangeras de ton aire et de ton pressoir' — de même que l'aire et le pressoir ont ceci de particulier qu'ils poussent sur la majorité de l'eau et sont dîmes pour l'année passée, de même tout ce qui pousse sur la majorité de l'eau est dîme pour l'année passée.

On exclut les légumes, qui poussent sur toute eau et sont dîmes pour l'année à venir.

📜 Rachi (2)
רֹוב מַיִם הֵם מֵי גְּשָׁמִים שֶׁרֹוב זְרָעִים גְּדֵילִים עַל יָדָם:
La majorité de l'eau — ce sont les eaux de pluie, par lesquelles poussent la plupart des semences.
עַל כָּל מַיִם אַף עַל שְׁאוּבִין שֶׁדּוֹלִין וּמַשְׁקִין אוֹתָן תָּמִיד כָּעִנְיָן שֶׁנֶּאֱמַר (דְּבָרִים י״א:י׳) וְהִשְׁקִיתָ בְרַגְלְךָ כְּגַן הַיָּרָק סְתָם גַּן הַיָּרָק דַּרְכּוֹ בְּהַשְׁקָאָה:
Sur toute eau — même sur de l'eau puisée, que l'on tire et dont on les arrose constamment, à la manière de ce qui est dit (Dt 11:10) 'et tu [l']arrosais avec ton pied comme un jardin potager' : un jardin potager, par défaut, s'arrose.
💡 Explication

R. Akiva lit le même verset autrement : le critère est la majorité de l'eau (rov mayim), c.-à-d. l'eau de pluie qui suffit à faire pousser le grain et le vin, sans irrigation. Les légumes, eux, poussent sur toute eau — y compris l'eau puisée pour l'irrigation — donc se dîment pour l'année à venir.

8
מַאי בֵינַייְהוּ? אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: בְּצָלִים הַסָּרִיסִין וּפוֹל הַמִּצְרִי אִיכָּא בֵּינַייְהוּ. דִּתְנַן: בְּצָלִים הַסָּרִיסִין וּפוֹל הַמִּצְרִי שֶׁמָּנַע מֵהֶן מַיִם שְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה — מִתְעַשְּׂרִין לְשֶׁעָבַר וּמֻותָּרִין בַּשְּׁבִיעִית, וְאִם לָאו — אֲסוּרִין בַּשְּׁבִיעִית וּמִתְעַשְּׂרִין לְשָׁנָה הַבָּאָה.

Quelle est [la différence] entre eux ? R.

Abbahou dit : les oignons stériles et le pois d'Égypte, il y a [différence] entre eux. Car nous avons appris [Chevi'it 2:9] : les oignons stériles et le pois d'Égypte dont on a privé d'eau [les plants] trente jours avant Roch Hachana — sont dîmes pour [l'année] écoulée et permis en chevi'it ; et sinon — sont interdits en chevi'it et dîmes pour l'année à venir.

📜 Rachi (3)
בְּצָלִים הַסָּרִיסִים ציפול"י בְּלַעַ"ז שֶׁאֵין נַעֲשִׂין גְּדוֹלִין כִּשְׁאָר בְּצָלִים:
Les oignons stériles — 'tsipoli' en langue vulgaire, qui ne deviennent pas gros comme les autres oignons.
וּפוֹל הַמִּצְרִי שֶׁזְּרָעוֹ לְיָרָק דְּאִי זְרָעוֹ לְזֶרַע קִטְנִית הוּא וְלֹא הָלְכוּ בּוֹ אֶלָּא אַחַר הַשְׁרָשָׁה:
Et le pois d'Égypte qu'on a semé comme légume — car si on l'a semé pour la graine, c'est une légumineuse, et l'on n'y suit que l'enracinement.
אִיכָּא בֵינַיְיהוּ כְּגוֹן שֶׁמָּנַע מֵהֶם מַיִם וְלֹא הִשְׁקוּ שְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי ר"ה וְלִקְּטָן אַחַר ר"ה וְכִי הָא מַתְנֵי' דִּתְנַן בְּמַס' שְׁבִיעִית (פ"ב מ"ט) בְּצָלִים הַסָּרִיסִים כו' ר"י הַגְּלִילִי אִית לֵיהּ הָא מָתְנִית' דְּכֵיוָן דְּמָנַע מַיִם שְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי ר"ה נִמְצְאוּ גְּדֵילִין עַל מֵי שָׁנָה שֶׁעָבְרָה ולר"ע הֲרֵי גְּדֵילִין עַל כָּל מַיִם וּמִתְעַשְּׂרִין לְהַבָּא בְּפִי' רומיי"ם מְפָרֵשׁ אִיפְּכָא ר"ע אִית לֵיהּ הָא מַתְנֵי' שֶׁמָּנַע מֵהֶן מַיִם שְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי ר"ה מִתְעַשֵּׂר לְשֶׁעָבַר וּמְפָרֵשׁ טַעְמֵיהּ בְּתַלְמוּד יְרוּשַׁלְמִי א"ר מָנָא מִכֵּיוָן שֶׁמָּנַע מֵהֶן מַיִם שְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי ר"ה נַעֲשׂוּ כְּבַעַל כְּלוֹמַר זְמַן חִיּוּבָן לְמַעֲשֵׂר בר"ה [דְּהֵם] לֹא נִסְתַּפְּקוּ מִכָּל מַיִם שֶׁהֵן מַיִם שְׁאוּבִין זֶה שְׁלֹשִׁים יוֹם כִּי אִם מִמֵּי גְּשָׁמִים יָצְאוּ מִתּוֹרַת יְרָקוֹת הַגְּדֵילִין עַל כָּל מַיִם וְנִכְנְסוּ בְּתוֹרַת שְׂדֵה הַבַּעַל דְּמִסְתַּפֵּק בְּמֵי גְּשָׁמִים וּמִתְעַשְּׂרִין לְשֶׁעָבַר דַּרְכָּן שֶׁל בְּצָלִים הַסָּרִיסִין וּפוֹל הַמִּצְרִי לִמְנֹועַ מֵהֶן מַיִם שְׁאוּבִין פֶּרֶק אֶחָד לִפְנֵי לְקִיטָתָן כְּדֵי לְהַקְשׁוֹתָן לְפִיכָךְ חִילְּקוּם חֲכָמִים מִשְּׁאָר יְרָקוֹת אֲבָל שְׁאַר יְרָקוֹת שֶׁאֵין דַּרְכָּן בְּכָךְ אֲפִילּוּ מָנַע מֵהֶן לֹא יָצְאוּ מִדִּין יָרָק וּבָטְלָה דַּעְתּוֹ בְּצָלִים הַסָּרִיסִים מִסְתַּפְּקִין לְשָׁנָה בְּהַשְׁקָאָה אַחַת לִשְׁלֹשִׁים יוֹם וְיוֹתֵר לְפִיכָךְ אִם הִשְׁקָן בְּתוֹךְ שְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי ר"ה נִמְצֵאת הַשְׁקָאָה זֹאת מוֹעֶלֶת לָהֶם בַּשְּׁבִיעִית לְפִיכָךְ אֲסוּרִין בִּשְׁבִיעִית וּלְעִנְיַן מַעֲשֵׂר נַמֵּי הָווּ לְהוּ כִּגְדֵילִין עַל מֵי שָׁנָה הַבָּאָה שֶׁעֲדַיִין לַחְלוּחִית הַשְׁקָאָתָן קַיֶּימֶת אֲבָל יָרָק שֶׁדַּרְכּוֹ לִיגָּזֵז צָרִיךְ לְהַשְׁקוֹתוֹ תָּמִיד וַאֲפִילּוּ מָנַע מִמֶּנּוּ שְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי ר"ה בָּטְלָה דַּעְתּוֹ אֵצֶל כָּל אָדָם וְלֹא נָתְנוּ בָּהֶן חֲכָמִים חִילּוּק לְפִי שֶׁאֵין דַּרְכָּן בְּכָךְ וּמִלְּתָא דְּלָא שְׁכִיחָא הִיא:
Il y a [différence] entre eux — par exemple lorsqu'on les a privés d'eau, sans les arroser trente jours avant Roch Hachana, et qu'on les a cueillis après Roch Hachana ; et c'est le cas de cette michna que nous avons apprise au traité Chevi'it (2:9) : 'les oignons stériles, etc.' R. Yossi ha-Guelili tient cette michna, car du fait qu'on a privé d'eau trente jours avant Roch Hachana, ils se trouvent avoir poussé sur l'eau de l'année passée ; mais pour R. Akiva, ils ont poussé sur toute eau et sont dîmes pour l'avenir. Dans le commentaire des Romains [de Rome] on explique l'inverse : R. Akiva tient cette michna [selon laquelle], du fait qu'on les a privés d'eau trente jours avant Roch Hachana, ils sont dîmes pour l'écoulée, et l'on explique sa raison dans le Talmud de Jérusalem : R. Mana a dit : du fait qu'on les a privés d'eau trente jours avant Roch Hachana, ils sont devenus comme [un champ de] baal (non irrigué) — c'est-à-dire que le moment de leur assujettissement à la dîme est à Roch Hachana, [car] ils ne se sont plus alimentés d'aucune eau puisée durant ces trente jours mais seulement de l'eau de pluie : ils sont sortis du statut des légumes qui poussent sur toute eau et sont entrés dans le statut du champ de baal qui s'alimente d'eau de pluie, et sont dîmes pour l'écoulée. L'usage, pour les oignons stériles et le pois d'Égypte, est de leur retenir l'eau puisée une période avant leur cueillette afin de les durcir ; c'est pourquoi les Sages les ont distingués des autres légumes. Mais les autres légumes, dont ce n'est pas l'usage, même si on leur a retenu [l'eau], ne sont pas sortis du statut de légume et son avis est annulé [devant l'usage général]. Les oignons stériles se contentent, pour l'année, d'un seul arrosage tous les trente jours ou plus ; c'est pourquoi, si on les a arrosés dans les trente jours avant Roch Hachana, cet arrosage leur profite [encore] en chevi'it, si bien qu'ils sont interdits en chevi'it ; et quant à la dîme aussi ils sont comme poussant sur l'eau de l'année à venir, car l'humidité de leur arrosage subsiste encore. Mais un légume dont l'usage est d'être coupé à besoin d'être arrosé constamment, et même si on lui a retenu [l'eau] trente jours avant Roch Hachana, son avis est annulé aux yeux de tous et les Sages n'y ont pas établi de distinction, car ce n'est pas l'usage et c'est chose peu fréquente.
🗂️ Tossefot (2)
בְּצָלִים הַסָּרִיסִים. מְפָרֵשׁ בֵּירוּשׁ' בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּשְׁבִיעִית בֻּוצְלֵי קוּפְרָאֵי דְּלָא עָבְדִין זֶרַע:
Les oignons stériles — expliqués dans le Yerouchalmi au chapitre 2 de Chevi'it : 'boutseley koufraï', qui ne font pas de graine.
וּפוֹל הַמִּצְרִי שֶׁזְּרָעוֹ לְיָרָק. דְּאִי זְרָעוֹ לְזֶרַע הָא תָּגֵן בְּפֶ' שֵׁנִי דִּשְׁבִיעִית (מ"ח) כַּיּוֹצֵא בָּהֶן דְּבָתַר הַשְׁרָשָׁה וְאַפֵּי' לֹא מָנַע מֵהֶם מַיִם וְהַךְ מִשְׁנָה פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּאָתְיָא כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אֲבָל אִיפְּכָא נִרְאֶה דְּאָתְיָא כר"ע וְלֹא כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי דְּאָמַר עֲלָהּ בִּירוּשַׁלְמִי א"ר מְנָא מִכֵּיוָן שֶׁמָּנַע מֵהֶן מַיִם שְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי ר"ה נַעֲשׂוּ כְּבַעַל כְּלוֹמַר יָצְאוּ מִתּוֹרַת יְרָקוֹת הַגְּדֵילִים עַל כָּל מַיִם וְנַעֲשׂוּ כִּשְׂדֵה בֵּית הַבַּעַל שֶׁמִּסְתַּפֶּקֶת בְּמֵי גְּשָׁמִים וּמִתְעַשְּׂרִין לְשֶׁעָבַר:
'Et le pois d'Égypte qu'on a semé comme légume' — car si on l'a semé pour la graine, nous avons déjà appris au chapitre 2 de Chevi'it (michna 8) qu'un cas semblable suit l'enracinement, même si on ne l'a pas privé d'eau. Cette michna, le commentateur [Rachi] l'a expliquée comme concordant avec R. Yossi ha-Guelili ; mais l'inverse paraît juste : elle concorde avec R. Akiva et non avec R. Yossi ha-Guelili, car à son sujet le Yerouchalmi dit : R. Mana a dit : du fait qu'on les a privés d'eau trente jours avant Roch Hachana, ils sont devenus comme [un champ de] baal — c'est-à-dire qu'ils sont sortis du statut des légumes qui poussent sur toute eau et sont devenus comme un champ de baal qui s'alimente d'eau de pluie, et sont dîmes pour l'écoulée.
💡 Explication

Quelle est la nafka mina (différence pratique) entre les deux Tannaim ? R. Abbahou : les oignons stériles et le pois d'Égypte. La michna (Chevi'it 2:9) enseigne que si on les prive d'eau trente jours avant Roch Hachana, ils comptent comme poussés sur l'eau de l'année passée (dîme pour l'écoulée, permis en septième année) ; sinon, ils suivent l'année à venir. Selon Rachi cela concorde avec R. Yossi ha-Guelili ; selon Tossefot, plutôt avec R. Akiva.

9
בְּאֶחָד בִּשְׁבָט רֹאשׁ הַשָּׁנָה לָאִילָן. מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: הוֹאִיל וְיָצְאוּ רֹוב גִּשְׁמֵי שָׁנָה, וַעֲדַיִין רֹוב תְּקוּפָה מִבַּחוּץ.

'Le 1er Chevat, [c'est] Roch Hachana de l'arbre.' Quelle en est la raison ? R.

Elazar dit au nom de R. Ochaya : puisque la majorité des pluies de l'année est [déjà] sortie [tombée], et que la majorité de la saison est encore dehors [à venir].

📜 Rachi (3)
בְּאֶחָד בִּשְׁבָט ר"ה לְאִילָן וְאֵין תּוֹרְמִין מִפֵּירוֹת אִילָן שֶׁחָנְטוּ פֵּירוֹתָיו קֹודֶם לָכֵן עַל פֵּירוֹת הָאִילָן שֶׁחָנְטוּ לְאַחַר מִכָּאן:
Le 1er Chevat, Roch Hachana de l'arbre — et l'on ne prélève pas [la dîme] des fruits d'un arbre dont les fruits ont noué avant cette date, sur les fruits d'un arbre qui ont noué après cette date.
הוֹאִיל וְיָצְאוּ רֹוב גִּשְׁמֵי שָׁנָה שֶׁכְּבָר עָבַר רֹוב יְמוֹת הַגְּשָׁמִים שֶׁהוּא זְמַן רְבִיעָה וְעָלָה הַשְּׂרָף בָּאִילָנוֹת וְנִמְצְאוּ הַפֵּירוֹת חוֹנְטִין מֵעַתָּה:
Puisque la majorité des pluies de l'année est sortie — car la plupart des jours de pluie, qui sont la période d'arrosage, sont déjà passés, la sève est montée dans les arbres, et les fruits se trouvent nouer désormais.
וַעֲדַיִין רֹוב תְּקוּפַת טֵבֵת מִבַּחוּץ עֲדַייִן רֹוב הַתְּקוּפָה לָבוֹא:
Et que la majorité de la saison de Tevet est encore dehors — la majorité de la saison est encore à venir.
🗂️ Tossefot (1)
בְּאֶחָד בִּשְׁבָט מ"ט. מְפָרֵשׁ נָמֵי לב"ה כְּמוֹ לב"ש אֶלָּא קַמָּא נְקַט דִּלְמַר זְמַן חֲנִיטָתָהּ שֶׁל גִּשְׁמֵי שָׁנָה זוֹ בְּאֶחָד בִּשְׁבָט וּלְמַר בט"ו בִּשְׁבָט וְכָל הַחֲנוּטִים קֹודֶם זְמַן הַזֶּה הַייְנוּ עַל גִּשְׁמֵי שָׁנָה שֶׁלִּפְנֵי תִּשְׁרֵי וְהָא דְּלָא אָזֵיל בְּאִילָנוֹת בָּתַר תִּשְׁרֵי כְּמוֹ בִּשְׁלִישׁ בִּתְבוּאָה מִשּׁוּם דְּדָרְשִׁינַן לְעֵיל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף י.) פְּעָמִים שֶׁבָּרְבִיעִית וַעֲדַיִין אֲסוּרִין מִשּׁוּם עָרְלָה:
'Le 1er Chevat, quelle en est la raison ?' — [la Guemara] explique aussi bien pour Beit Hillel que pour Beit Chammai, mais elle a cité le premier [avis] ; car pour l'un [Beit Chammai] le moment de la nouaison [sur] les pluies de cette année est le 1er Chevat, et pour l'autre [Beit Hillel] le 15 Chevat, et tout ce qui a noué avant cette date l'a fait sur les pluies de l'année antérieure à Tichri. Et si l'on ne suit pas, pour les arbres, [le point de repère de] Tichri comme [on suit] le tiers pour le grain, c'est parce que nous avons exege plus haut (Roch Hachana 10a) 'il arrive qu'à la quatrième [année] ils soient encore interdits au titre de la orla'.
💡 Explication

La Michna fixe au 1er Chevat le Roch Hachana de l'arbre (selon Beit Chammai). Raison, au nom de R. Ochaya : à cette date, l'essentiel des pluies de l'année est déjà tombé (la sève monte, les fruits vont nouer), bien que l'essentiel de la saison (tekoufa, l'hiver jusqu'à l'équinoxe de printemps) reste à venir.

🖼️ Schéma
1er Chevat : Roch Hachana de l'arbre (Beit Chammai) Pourquoi cette date ? (R. Elazar au nom de R. Ochaya) Fait accompli la majorité des pluies de l'année est déjà tombée (rov guichmei chana) Malgré l'objection la majorité de la saison (tekoufa) est encore à venir (mi-bahoutz) Conclusion : MÊME si la saison n'est pas finie, comme l'essentiel des pluies est tombé, la sève monte et les fruits nouent (hanata) R. Akiva cueillit un etrog le 1er Chevat et préleva deux dîmes (doute d'année)
La raison du 1er Chevat comme Roch Hachana de l'arbre.
10
מַאי קָאָמַר? הָכִי קָאָמַר: אַף עַל פִּי שֶׁרֹוב תְּקוּפָה מִבַּחוּץ, הוֹאִיל וְיָצְאוּ רֹוב גִּשְׁמֵי שָׁנָה.

Que veut-il dire ? Voici ce qu'il dit : bien que la majorité de la saison soit encore dehors, puisque la majorité des pluies de l'année est [déjà] sortie [tombée].

📜 Rachi (1)
מַאי קָאָמַר וַעֲדַיִין רֹוב תְּקוּפָה מִבַּחוּץ כָּל שֶׁכֵּן דְּכֵיוָן דְּרֹוב תְּקוּפָה מִבַּחוּץ עֲדַייִן לֹא הִגִּיעַ זְמַן הַחֲנָטָה וְלֹא הָיָה לָהֶם לִקְבֹּועַ ר"ה עַד אֲדָר:
Que veut-il dire — [on aurait pu comprendre] 'et la majorité de la saison est encore dehors' [comme un argument], à plus forte raison : puisque la majorité de la saison est encore dehors, le moment de la nouaison n'est pas encore arrivé, et l'on n'aurait pas dû fixer Roch Hachana [de l'arbre] avant Adar !
💡 Explication

La Guemara réordonne l'énoncé : l'expression 'la majorité de la saison est encore dehors' n'est pas une raison mais une objection surmontée. Sens véritable : même si le gros de la saison reste à venir, comme le gros des pluies est déjà tombé, on considère l'année de pluie achevée — d'où la date du 1er Chevat.

11
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי עֲקִיבָא שֶׁלִּיקֵּט אֶתְרוֹג בְּאֶחָד בִּשְׁבָט וְנָהַג בּוֹ שְׁנֵי עִישּׂוּרִין,

Nos maîtres ont enseigné : il arriva à R. Akiva de cueillir un etrog le 1er Chevat, et il y appliqua deux dîmes,

📜 Rachi (2)
שֶׁלִּיקֵּט אֶתְרוֹג פֵּירוֹת אִילָן אֶתְרוֹג:
Qui cueillit un etrog — l'etrog, [qui est] un fruit d'arbre.
שְׁנֵי עִישּׂוּרִים מַעֲשֵׂר שֵׁנִי בְּשָׁנָה שְׁנִיָּה וּמַעְשַׂר עָנִי בְּשָׁנָה שְׁלִישִׁית שֶׁהָיְתָה שְׁנִיָּה נִכְנֶסֶת לַשְּׁלִישִׁית:
Deux dîmes — le maaser cheni la deuxième année et le maaser ani la troisième année, [le cas] étant celui d'une deuxième [année] entrant dans la troisième.
🗂️ Tossefot (1)
וְנָהַג בּוֹ שְׁנֵי עִישּׂוּרִים. אִם שְׁנֵי עִישּׂוּרִים מַמָּשׁ הִפְרִישׁ לֹא הָיָה מְתֻוקָּן אֶלָּא מְפָרֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי שֶׁהִפְרִישׁ מַעֲשֵׂר א' לְמַעֲשֵׂר שֵׁנִי וּפְדָאוֹ וְחִלְּקוֹ לַעֲנִיִּים:
'Et il y appliqua deux dîmes' — s'il avait réellement prélevé deux dîmes [distinctes], ce ne serait pas conforme [à la halakha] ; on explique plutôt dans le Yerouchalmi qu'il préleva une [seule] dîme au titre du maaser cheni, la racheta [par de l'argent] et la distribua aux pauvres.
💡 Explication

Une baraita : R. Akiva cueillit un etrog (fruit d'arbre) le 1er Chevat et lui appliqua deux dîmes — le maaser cheni (2e et 5e années du cycle) et le maaser ani (3e et 6e années) — parce qu'il était dans le doute sur l'année à laquelle rattacher ce fruit cueilli à la charnière du Nouvel An de l'arbre.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).