Rosh Hashanah 14b — le etrog entre l'arbre et le légume, et les deux dîmes de Rabbi Akiva

Rosh Hashanah 14b

Sougya : Le daf poursuit l'énigme de Rabbi Akiva qui, pour un etrog (cédrat), préleva DEUX dîmes. Première lecture : par doute entre Beit Chammai (nouvel an de l'arbre au 1er Chevat) et Beit Hillel (15 Chevat).

Rabbi Yossi bar Yehouda propose une autre lecture : le doute portait sur la controverse entre Rabban Gamliel (le etrog suit la cueillette, comme un légume) et Rabbi Eliezer (il suit la floraison, comme un arbre pour tout). La Guemara demande si l'on peut cumuler deux rigueurs contradictoires (baraita sur Chammai et Hillel : cohérence exigée, sous peine d'être mécréant ou sot), et répond que le doute de R.

Akiva portait sur sa tradition même de Beit Hillel. Elle harmonise ensuite les deux lectures (R.

Hanina, Ravina), puis Rabba bar Rav Houna fixe le nouvel an du etrog pour le maaser au 1er Tichri, avant une objection tirée de R. Chimon ben Elazar.

Le etrog (cédrat) : arbre par 3 aspects, légume par 1 aspect Comme un ARBRE (suit la floraison / hanata) 1. orla : fruits des 3 premières années interdits 2. revai : fruit de la 4e année (mangé à Jérusalem) 3. sheviit (année sabbatique) : selon la floraison année fixée par la HANATA (nouaison) Comme un LÉGUME (1 aspect) maaser (dîme) : suit la CUEILLETTE (lekita) car il croît sur toute eau, comme un légume Rabban Gamliel : ainsi. R. Eliezer : comme un arbre pour TOUT (dîme inclus = suit la hanata). Nouvel an du etrog pour le maaser = 1er Tichri (comme un légume) — Rabba b. Rav Huna
Le statut hybride du etrog : arbre pour l'orla / revai / sheviit (selon la floraison), légume pour la dîme (selon la cueillette).
Pourquoi R. Akiva a-t-il prélevé DEUX dîmes ? — deux lectures Lecture 1 : Chammai / Hillel Lecture 2 : R. Gamliel / R. Eliezer Doute : nouvel an de l'arbre = 1er Chevat (B. Chammai) ou 15 Chevat (B. Hillel) ? 1 dîme selon B. Chammai (3e an : maaser ani, dîme du pauvre) 1 dîme selon B. Hillel (2e an : maaser cheni, 2e dîme) Doute : le etrog suit la CUEILLETTE (R. Gamliel) ou la FLORAISON (R. Eliezer, comme un arbre) ? R. Gamliel : cueilli en 3e an -> maaser ani (dîme du pauvre) R. Eliezer : fleuri en 2e an -> maaser cheni (2e dîme)
Les deux explications du double prélèvement de Rabbi Akiva (segments 0-1 vs 6).
Mélanger Chammai et Hillel : ce qui est permis et ce qui est blâmé Cohérent = permis tout B. Chammai (kulot+humrot), ou tout B. Hillel Incohérent = blâmé panacher au gré de son confort rasha (mécréant) : prendre les allègements (kulot) de Chammai ET de Hillel à la fois (positions qui se contredisent, pour se faciliter la vie) kessil (sot) : prendre les rigueurs (humrot) de Chammai ET de Hillel à la fois "et le sot marche dans les ténèbres" (Qohelet 2:14) R. Akiva échappe au blâme : son doute portait sur la TRADITION de B. Hillel, pas un panachage
La règle de cohérence entre Beit Chammai et Beit Hillel (segment 4).
1
אֶחָד כְּדִבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי, וְאֶחָד כְּדִבְרֵי בֵּית הִלֵּל.

Une [dîme] selon l'avis de Beit Chammai, et une [dîme] selon l'avis de Beit Hillel.

📜 Rachi (2)
אֶחָד כְּדִבְרֵי ב"ש שֶׁאָמְרוּ נִתְחַדְּשָׁה שָׁנָה וּכְבָר נִכְנֶסֶת שְׁלִישִׁית מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה:
Une selon l'avis de Beit Chammai — qui disent que l'année s'est renouvelée et que la troisième [année] est déjà entrée dès la tombée de la nuit [du 1er Chevat].
וְאֶחָד כְּדִבְרֵי ב"ה הָאוֹמְרִין לֹא נִתְחַדְּשָׁה שָׁנָה עַד חֲמִשָּׁה עָשָׂר בּוֹ:
Et une selon l'avis de Beit Hillel — qui disent que l'année ne s'est pas renouvelée avant le quinze de ce [mois].
💡 Explication

Rabbi Akiva préleva deux dîmes sur un etrog par doute halakhique sur le nouvel an de l'arbre. Selon Beit Chammai (nouvel an au 1er Chevat), l'année avait déjà changé : c'était la 3e (ou 6e) année, où l'on prélevait le maaser ani (dîme du pauvre). Selon Beit Hillel (nouvel an au 15 Chevat), c'était encore la 2e (ou 5e) année, où l'on prélevait le maaser cheni (deuxième dîme).

🖼️ Schéma
Pourquoi R. Akiva a-t-il prélevé DEUX dîmes ? — deux lectures Lecture 1 : Chammai / Hillel Lecture 2 : R. Gamliel / R. Eliezer Doute : nouvel an de l'arbre = 1er Chevat (B. Chammai) ou 15 Chevat (B. Hillel) ? 1 dîme selon B. Chammai (3e an : maaser ani, dîme du pauvre) 1 dîme selon B. Hillel (2e an : maaser cheni, 2e dîme) Doute : le etrog suit la CUEILLETTE (R. Gamliel) ou la FLORAISON (R. Eliezer, comme un arbre) ? R. Gamliel : cueilli en 3e an -> maaser ani (dîme du pauvre) R. Eliezer : fleuri en 2e an -> maaser cheni (2e dîme)
Les deux dîmes selon les deux écoles.
2
רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר: לֹא מִנְהַג בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל נָהַג בָּהּ, אֶלָּא מִנְהַג רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר נָהַג בָּהּ.

Rabbi Yossi bar Yehouda dit : ce n'est pas la coutume [issue de la controverse] de Beit Chammai et Beit Hillel qu'il a pratiquée à son sujet, mais c'est la coutume [issue de la controverse] de Rabban Gamliel et Rabbi Eliezer qu'il a pratiquée à son sujet.

📜 Rachi (1)
לֹא מִנְהַג ב"ש כו' שְׁנֵי עִישּׂוּרִין שֶׁנָּהַג בָּהּ לָאו מִשּׁוּם סָפֵק כב"ש סָפֵק כב"ה אֶלָּא מִשּׁוּם סָפֵק הֲלָכָה כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל דְּאָמַר אֶתְרוֹג אַחַר לְקִיטָה כְּיָרָק מִשּׁוּם דְּדַרְכּוֹ לִיגְדַּל עַל כָּל מַיִם וַהֲרֵי נִלְקַט בַּשְּׁלִישִׁית אוֹ שֶׁמָּא כר"א דְּאָמַר אַחֲרֵי חֲנָטָה הָלְכוּ בּוֹ כִּשְׁאָר אִילָנוֹת וַהֲרֵי חָנַט בַּשְּׁנִיָּה וּלְקַמֵּיהּ פָּרִיךְ א"כ פְּשִׁיטָא לֵיהּ דִּכְבָר נִכְנְסָה שְׁלִישִׁית כב"ש:
Ce n'est pas la coutume de Beit Chammai, etc. — les deux dîmes qu'il a pratiquées à son sujet, ce n'est pas par doute [entre] Beit Chammai et Beit Hillel, mais par doute [sur] la halakha : [est-ce] comme Rabban Gamliel, qui dit que le etrog suit la cueillette (lekita) à la manière d'un légume, parce que son mode [de croissance] est de pousser sur toute eau, et [donc] il a été cueilli en troisième [année] ; ou peut-être comme Rabbi Eliezer, qui dit qu'on suit sa nouaison (hanata) comme pour les autres arbres, et [donc] il a fleuri en deuxième [année]. Et plus loin [la Guemara] objecte : s'il en est ainsi, il lui est évident que la troisième [année] est déjà entrée, comme Beit Chammai !
💡 Explication

Rabbi Yossi bar Yehouda propose une autre explication du double prélèvement : le doute de R. Akiva ne portait pas sur Chammai/Hillel, mais sur la controverse entre Rabban Gamliel (le etrog suit la cueillette, lekita) et Rabbi Eliezer (il suit la floraison, hanata, comme un arbre).

3
דִּתְנַן: אֶתְרוֹג שָׁוֶה לָאִילָן בִּשְׁלֹשָׁה דְּרָכִים, וּלְיָרָק בְּדֶרֶךְ אֶחָד. שָׁוֶה לָאִילָן בִּשְׁלֹשָׁה דְּרָכִים: לְעָרְלָה וְלִרְבָעִי וְלִשְׁבִיעִית וּלְיָרָק בְּדֶרֶךְ אֶחָד — שֶׁבִּשְׁעַת לְקִיטָתוֹ עִישּׂוּרוֹ, דִּבְרֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל.

Comme nous avons appris (Bikourim 2:6) : le etrog est semblable à l'arbre par trois voies et au légume par une voie. Semblable à l'arbre par trois voies : pour l'orla, pour le revai et pour la sheviit ; et au légume par une voie — car [le calcul de] sa dîme suit le moment de sa cueillette.

Paroles de Rabban Gamliel.

📜 Rachi (2)
שָׁוֶה לְאִילָן לֵילֵךְ אַחַר חֲנָטָה לְעִנְיַן עָרְלָה וּרְבָעִי וּשְׁבִיעִית:
Semblable à l'arbre — pour suivre la nouaison (hanata) quant à l'orla, au revai et à la sheviit.
שֶׁבִּשְׁעַת לְקִיטָתוֹ עִישּׂוּרוֹ שֶׁאִם חֲנָטָה בַּשְּׁנִיָּה וְנִלְקֶטֶת בַּשְּׁלִישִׁית מִתְעַשֵּׂר כְּדָת שָׁנָה שְׁלִישִׁית כְּיָרָק לְפִי שֶׁאַף הוּא דַּרְכּוֹ לִיגְדַּל עַל כָּל מַיִם הָכִי מְפָרֵשׁ לָהּ בִּשְׁמַעְתָּא קַמַּיְיתָא דְּקִדּוּשִׁין:
Car sa dîme suit le moment de sa cueillette — [ce qui signifie] que s'il a fleuri en deuxième [année] et est cueilli en troisième, il est dîme selon la règle de la troisième année, comme un légume, parce que lui aussi a pour mode [de croissance] de pousser sur toute eau. Ainsi [la Guemara] l'explique au premier chapitre de Kidouchin.
🗂️ Tossefot (2)
לִרְבָעִי. הַךְ מִשְׁנָה אָתְיָא כְּמַאן דְּתָנֵי נֶטַע רְבָעִי בְּרֵישׁ כ"מ . (בְּרָכוֹת דַּף לה.):
Pour le revai — cette michna suit celui qui enseigne 'neta revai' (la plantation de la quatrième année) au début du chapitre 'Keitsad' (Berakhot 35a).
וְלִשְׁבִיעִית. יָרָק נָמֵי אִית בֵּיהּ שְׁבִיעִית אֶלָּא מְפָרֵשׁ בִּירוּשַׁלְמִי דְּבִיכּוּרִים פֶּרֶק ב' כְּגוֹן אֶתְרוֹג בַּת שִׁשִּׁית הַנִּכְנֶסֶת לִשְׁבִיעִית הֲרֵי הִיא לַבְּעָלִים כְּאִילָן בָּתַר חֲנָטָה וּפָטוּר מִמַּעֲשֵׂר כְּיָרָק דְּבָתַר לְקִיטָה וְהָא דְּלָא תְּנָא שָׁוֶה לְאִילָן לְעִנְיַן כִּלְאַיִם דְּלָא הָוֵי כִּלְאַיִם בְּכֶרֶם משא"כ בְּיָרָק וּלְעִנְיַן ר"ה שֶׁלּוֹ שְׁבָט כְּאִילָן כִּדְאָמַר בִּשְׁמַעְתִּין לָא תַּנְיָא הָכָא אֶלָּא מִידִי דִּבְהַאי אָזְלִי בָּתַר חֲנָטָה וּבְהַאי בָּתַר לְקִיטָה וא"ת אַמַּאי לָא אָזְלִינַן בְּאֶתְרוֹג בָּתַר לְקִיטָה לְכָל דָּבָר כֵּיוָן שֶׁגָּדֵל עַל כָּל מַיִם כְּיָרָק לְמַאי דְּפָרֵישִׁית לְעֵיל דְּהַהִיא דְּרָשָׁה צְרִיכָא בִּשְׁבִיעִית דְּאוֹרָייְתָא וְי"ל מִשּׁוּם דְּדָרְשִׁינַן לְעֵיל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף י.) גַּבֵּי עָרְלָה פְּעָמִים שֶׁבָּרְבִיעִית וַעֲדַייִן אֲסוּרִין מִשּׁוּם עָרְלָה וא"ת דְּהָכָא מַשְׁמַע דְּאָזְלִינַן בְּיָרָק בָּתַר לְקִיטָה לְעִנְיַן שְׁבִיעִית וּבְמַסֶּכֶת שְׁבִיעִית (פ"ט מ"א) תְּנַן כָּל הַסְּפִיחִין מֻותָּרִין חוּץ מִסְּפִיחֵי כְרוּב וּפֵירֵשׁ הר"ש שָׁם ע"פ הַיְרוּשַׁלְמִי דְּאַייְרֵי בִּסְפִיחֵי שִׁשִּׁית הַנִּכְנֶסֶת לִשְׁבִיעִית וּמְתָרֵץ בְּהָכִי הַהִיא דְּפֶרֶק מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ (פְּסָחִים דַּף נא: וְשָׁם) דְּתַנְיָא אִיפְּכָא כֻּולָּם אֲסוּרִין חוּץ מִסְּפִיחֵי כְּרוּב וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּהָא דְּאָמַר בְּיָרָק בָּתַר לְקִיטָה הַייְנוּ כְּשֶׁלֹּא נִגְמַר גִּדּוּלָם בְּשִׁשִּׁית אֲבָל נִגְמַר גִּדּוּלָם בְּשִׁשִּׁית שָׁרוּ בֵּין לר"ע בֵּין לְר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי מִידֵּי דַּהֲוָה אַבְּצָלִים הַסָּרִיסִים דִּלְעֵיל שֶׁמָּנַע מֵהֶם מַיִם שְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי ר"ה דְּאַפֵּי' מַאן דִּפְלִיג הָתָם הָכָא מוֹדֶה דִּלְר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי כֵּיוָן דְּנִגְמַר גִּדּוּלָם נִמְצְאוּ גְּדִילִים עַל מֵי שָׁנָה שֶׁעָבְרָה וְתוּ לָא גָּדְלִי עַל מֵי שָׁנָה הַבָּאָה ולר"ע נָמֵי כֵּיוָן דְּתוּ לָא גָּדְלִי עַל כָּל מַיִם יוֹצְאִין מִתּוֹרַת יְרָקוֹת הַגְּדֵילִים עַל כָּל מַיִם כִּדְאָמְרִי' בִּירוּשַׁלְמִי כְּדִמְפָרֵשׁ לְעֵיל גַּבֵּי בְּצָלִים דְּנַעֲשׂוּ כִּשְׂדֵה הַבַּעַל שֶׁמִּסְתַּפֶּקֶת בְּמֵי גְּשָׁמִים וּמִתְעַשְּׂרִים לְשֶׁעָבַר וְכֵן לְעֵיל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף יג:) גַּבֵּי אֹורֶז וְדֹוחַן דְּיָהֵיב לְהוּ שְׁמוּאֵל דִּין יָרָק דְּבָתַר לְקִיטָה וְקָאָמַר הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר גְּמַר פֶּרִי אַלְמָא גְּמַר פְּרִי עִיקָּר אֶלָּא דִּנְקַט בְּכָל דֻּוכְתֵי לְקִיטָה מִשּׁוּם דְּדֶרֶךְ לְלַקֵּט בָּתַר גְּמַר פְּרִי וְהָנְהוּ גָּמְרִי פִּרְיָים בְּיַחַד אֶלָּא שֶׁאֵין מִתְייַבְּשִׁין בְּיַחַד כִּדְאָמְרִי' דַּעֲשׂוּיִין פְּרָכִין פְּרָכִין וּמִיהוּ קָשֶׁה מֵאֶתְרוֹג דִּבְסָמוּךְ דְּאָמַר הָכָא בְּאֶתְרוֹג שֶׁחָנְטוּ פֵּירוֹתָיו קֹודֶם ט"ו דְּאִידָךְ שְׁבָט וּמַשְׁמַע מִשּׁוּם דִּמְסַפְּקָא לֵיהּ אִי אָזְלִינַן בָּתַר חֲנָטָה בְּאֶתְרוֹג כר"א אוֹ בָּתַר לְקִיטָה כר"ג נָהַג בּוֹ שְׁנֵי עִישּׂוּרִין אַלְמָא דְּאָזְלִי' בָּתַר לְקִיטָה אַף עַל גַּב דְּנִגְמַר הַפְּרִי (נָמֵי) דַּהֲרֵי חָנַט בִּשְׁבָט שֶׁל שָׁנָה שֶׁעָבְרָה וְלֹא נִלְקַט עַד שְׁבָט אַחֵר וְשֶׁמָּא אֶתְרוֹג חָלוּק מִשְּׁאָר פֵּירוֹת לְפִי שֶׁדַּרְכּוֹ לַעֲמֹוד בָּאִילָן שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ שָׁנִים וְכָל זְמַן שֶׁמִּתְקַייֵּם בָּאִילָן גָּדֵל בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה אִי נָמֵי אַף עַל פִּי שֶׁחָנַט בִּשְׁבָט זִמְנִין דְּאֵין נִגְמַר גִּדּוּלוֹ עַד שְׁבָט אַחֵר וְנִיחָא הַשְׁתָּא דִּנְקַט רַבִּי יוֹחָנָן לְקַמָּן (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף טו:) גַּבֵּי אֶתְרוֹג אֲפִילּוּ כְּזַיִת וְנַעֲשֵׂית כִּכָּר כְּלוֹמַר דְּעַל יְדֵי מֵי שָׁנָה הַבָּאָה גְּדֵילָה וּמִיהוּ כַּזַּיִת וַדַּאי לָאו דַּוְקָא דְּהָא ר' יוֹחָנָן בָּתַר חֲנָטָה אָזֵיל וְשֶׁמָּא לָא חֲשִׁיב חֲנָטָה בְּאֶתְרוֹג בְּפָחוֹת מִכַּזַּיִת:
Et pour la sheviit — le légume aussi comporte [une règle de] sheviit ; mais on l'explique dans le Yerouchalmi de Bikourim (chapitre 2), à savoir un etrog de la sixième [année] entrant dans la sheviit : il est aux propriétaires comme un arbre selon la nouaison (hanata) et exempt de dîme comme un légume qui [suit] la cueillette. Et si l'on n'a pas enseigné [qu'il est] semblable à l'arbre pour le kilaïm (mélanges), c'est qu'il n'est pas kilaïm dans la vigne, contrairement au légume ; et quant à son nouvel an, [au fait] que c'est Chevat comme pour l'arbre, ainsi qu'on le dit dans notre sougya, [cela] n'est pas enseigné ici, car on n'énonce ici que les cas où pour ceci on suit la nouaison et pour cela la cueillette. Et si tu demandes : pourquoi ne suit-on pas la cueillette pour le etrog en tout, puisqu'il pousse sur toute eau comme un légume, selon ce que j'ai expliqué plus haut, cette deracha étant nécessaire pour la sheviit d'ordre torahique ? — on peut répondre que c'est parce que nous exégeons plus haut (Roch Hachana 10a) à propos de l'orla que parfois [le fruit] est de la quatrième [année] et demeure interdit au titre de l'orla. Et si tu demandes : ici il ressort qu'on suit la cueillette pour le légume quant à la sheviit, alors que dans le traité Sheviit (9:1) nous avons appris 'tous les regains (sefihim) sont permis sauf les regains de chou', et le Rach y explique d'après le Yerouchalmi qu'il s'agit des regains de la sixième [année] entrant dans la sheviit, et il résout par là [le passage] du chapitre 'Makom chenahagou' (Pessahim 51b) où l'on enseigne l'inverse 'tous sont interdits sauf les regains de chou' — il paraît [donc] qu'il faut expliquer que ce qu'on dit du légume 'selon la cueillette' vaut quand sa croissance n'est pas achevée en sixième [année], mais si sa croissance est achevée en sixième, ils sont permis, tant pour Rabbi Akiva que pour Rabbi Yossi le Galiléen, à l'instar des oignons stériles [évoqués] plus haut auxquels on a coupé l'eau trente jours avant Roch Hachana : car même celui qui la-bas conteste concède ici que, pour Rabbi Yossi le Galiléen, dès lors que leur croissance est achevée, ils se trouvent avoir cru sur l'eau de l'année écoulée et ne croissent plus sur l'eau de l'année à venir ; et pour Rabbi Akiva aussi, des lors qu'ils ne croissent plus sur toute eau, ils sortent de la catégorie des légumes qui croissent sur toute eau, comme on le dit dans le Yerouchalmi, ainsi qu'on l'explique plus haut à propos des oignons devenus [comme] un champ arrosé par la pluie (chdeh ha-baal) qui se contente de l'eau de pluie, et [qui] sont dîmes selon [l'année] passée ; de même plus haut (Roch Hachana 13b) à propos du riz et du millet, auxquels Chmouel donne le statut de légume [suivant] la cueillette et dit 'tout suit l'achèvement du fruit' — d'où il ressort que l'achèvement du fruit est le principe, sauf qu'on emploie partout 'cueillette' parce que l'usage est de cueillir après l'achèvement du fruit, ces [fruits] achevant leur maturation ensemble mais ne séchant pas ensemble, comme on le dit, [d'où] qu'ils se détachent par petits amas (perakhin perakhin). Toutefois cela fait difficulté à partir du etrog [évoqué] ci-après, où l'on dit ici [qu'il s'agit] d'un etrog dont les fruits ont fleuri avant le quinze de l'autre Chevat, ce qui laisse entendre que, par doute [sur le point de savoir] si l'on suit la nouaison pour le etrog comme Rabbi Eliezer ou la cueillette comme Rabban Gamliel, il a pratiqué à son sujet deux dîmes — d'où il ressort qu'on suit la cueillette bien que le fruit soit achevé, puisqu'il a fleuri au Chevat de l'année passée et n'a été cueilli qu'au Chevat suivant. Peut-être le etrog se distingue-t-il des autres fruits parce qu'il a pour mode de demeurer sur l'arbre deux ou trois ans, et tant qu'il subsiste sur l'arbre il croît chaque année ; ou bien, même s'il a fleuri en Chevat, il arrive que sa croissance ne s'achève qu'au Chevat suivant. Et l'on comprend maintenant pourquoi Rabbi Yo'hanan dit plus loin (Roch Hachana 15b) à propos du etrog 'même [gros] comme une olive et devenu [gros] comme une miche', c'est-à-dire qu'il croît grâce à l'eau de l'année à venir ; toutefois 'comme une olive' n'est certes pas à prendre au sens strict, car Rabbi Yo'hanan suit la nouaison, et peut-être ne compte-t-il pas de nouaison pour le etrog en deçà d'[un volume d']olive.
💡 Explication

Source de la controverse : la michna de Bikourim. Le etrog est comme un arbre par trois aspects — orla (fruits des 3 premières années interdits), revai (fruit de la 4e année, consommé à Jérusalem ou racheté) et sheviit (année sabbatique, selon la floraison) — mais comme un légume par un aspect : sa dîme suit la cueillette (lekita), enseigne Rabban Gamliel.

🖼️ Schéma
Le etrog (cédrat) : arbre par 3 aspects, légume par 1 aspect Comme un ARBRE (suit la floraison / hanata) 1. orla : fruits des 3 premières années interdits 2. revai : fruit de la 4e année (mangé à Jérusalem) 3. sheviit (année sabbatique) : selon la floraison année fixée par la HANATA (nouaison) Comme un LÉGUME (1 aspect) maaser (dîme) : suit la CUEILLETTE (lekita) car il croît sur toute eau, comme un légume Rabban Gamliel : ainsi. R. Eliezer : comme un arbre pour TOUT (dîme inclus = suit la hanata). Nouvel an du etrog pour le maaser = 1er Tichri (comme un légume) — Rabba b. Rav Huna
Les trois aspects d'arbre et l'unique aspect de légume.
4
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אֶתְרוֹג שָׁוֶה לָאִילָן לְכָל דָּבָר.

Rabbi Eliezer dit : le etrog est semblable à l'arbre pour toute chose.

💡 Explication

Rabbi Eliezer conteste : le etrog est semblable à l'arbre en tout — y compris pour la dîme, qui suit alors la floraison (hanata) et non la cueillette. C'est le doute entre R. Gamliel et R. Eliezer qui, pour R. Yossi bar Yehouda, motiva les deux dîmes de R. Akiva.

5
וּמִי עָבְדִינַן כִּתְרֵי חֻומְרֵי? וְהַתַּנְיָא: לְעוֹלָם הֲלָכָה כְּדִבְרֵי בֵּית הִלֵּל, וְהָרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת כְּדִבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי — עוֹשֶׂה. כְּדִבְרֵי בֵּית הִלֵּל — עוֹשֶׂה. מִקֻּולֵּי בֵּית שַׁמַּאי וּמִקֻּולֵּי בֵּית הִלֵּל — רָשָׁע. מֵחֻומְרֵי בֵּית שַׁמַּאי וּמֵחֻומְרֵי בֵּית הִלֵּל — עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״וְהַכְּסִיל בַּחֹשֶׁךְ הוֹלֵךְ״. אֶלָּא: אִי כְּבֵית שַׁמַּאי — בְּקֻולֵּיהוֹן וּבְחוּמְרֵיהוֹן. אִי כְּבֵית הִלֵּל — בְּקֻולֵּיהוֹן וּבְחוּמְרֵיהוֹן.

Or, cumule-t-on deux rigueurs [contradictoires] ? Mais n'a-t-on pas enseigné : toujours la halakha suit l'avis de Beit Hillel ; et qui veut agir selon l'avis de Beit Chammai — le fait ; selon l'avis de Beit Hillel — le fait.

[Qui prend] des allègements de Beit Chammai et des allègements de Beit Hillel — [est] un mécréant (rasha). [Qui prend] des rigueurs de Beit Chammai et des rigueurs de Beit Hillel — sur lui le verset dit : « et le sot marche dans les ténèbres » (Qohelet 2:14).

Plutôt : si [c'est] comme Beit Chammai — [suivre] leurs allègements et leurs rigueurs ; si [c'est] comme Beit Hillel — [suivre] leurs allègements et leurs rigueurs.

📜 Rachi (4)
וְהָרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת וְכוּ' בְּעָלְמָא (עֵירוּבִין ו:) פָּרְכִינַן סֵיפָא אַרֵישָׁא וּמִשָּׁנֵינַן כָּאן קֹודֶם בַּת קוֹל כָּאן לְאַחַר בַּת קוֹל:
Et qui veut agir, etc. — ailleurs (Erouvin 6b) nous objectons la fin [de la baraita] contre son début, et résolvons : ici [c'est] avant la voix céleste (bat kol), là [c'est] après la voix céleste.
מִקֻּולֵּי ב"ש כו' בְּעֵירוּבִין מְפָרֵשׁ לָהּ בְּמַחֲלֹוקֶת אַחַת שֶׁיֵּשׁ מָקוֹם שֶׁנּוֹטִין בָּהּ דִּבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי לְהָקֵל וְיֵשׁ מָקוֹם שֶׁנּוֹטִין בָּהּ דִּבְרֵי בֵּית הִלֵּל לְהָקֵל כְּגוֹן כַּמָּה חִסָּרוֹן בַּשִּׁדְרָה שֶׁלֹּא תְּטַמֵּא בְּאֹהֶל ב"ש אוֹמְרִים ב' חֻולְיוֹת וב"ה אוֹמְרִים חֻולְיָה אַחַת וְכֵן לִטְרֵפָה נִמְצְאוּ דִּבְרֵי ב"ש מְקִילִּין בִּטְרֵיפָה וְאוֹמֵר עַד שֶׁתֶּחְסַר שְׁתֵּי חֻולְיוֹת וב"ה מַחְמִירִין בָּהּ וּמְקִילִּין לְעִנְיַן טֻומְאָה לוֹמַר שֶׁכֵּיוָן שֶׁחֲסֵרָה חֻולְיָא אַחַת אֵינָהּ מְטַמְּאָה וְהָאוֹחֵז בְּזוֹ קֻולֵּי ב"ש וְקֻולֵּי ב"ה רָשָׁע שֶׁהֲרֵי דְּבָרָיו סוֹתְרִין זֶה אֶת זֶה כְּדֵי לְהָקֵל וְהָאוֹחֵז בְּחוּמְרֵי שְׁנֵיהֶם כְּסִיל בַּחֹשֶׁךְ הוֹלֵךְ הוּא שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ לְהַבְחִין עַל מִי לִסְמֹוךְ אֲבָל בָּב' מַחֲלוֹקוֹת שֶׁהֵקֵילּוּ אֵלּוּ בְּזוֹ וְאֵלּוּ בְּזוֹ אֵין כָּאן לֹא מִשּׁוּם רָשָׁע וְלֹא מִשּׁוּם סִכְלוּת דִּסְבִירָא לֵיהּ בְּהָא כב"ש וּבְהָא כְּבֵית הִלֵּל:
[Qui prend] des allègements de Beit Chammai, etc. — dans Erouvin on l'explique pour une seule et même controverse où il y a un point sur lequel les paroles de Beit Chammai penchent vers l'allègement et un point sur lequel les paroles de Beit Hillel penchent vers l'allègement. Par exemple : combien de vertèbres doivent manquer à la colonne pour qu'elle ne transmette plus l'impureté sous un même toit (tumat ohel) — Beit Chammai disent deux vertèbres et Beit Hillel disent une seule vertèbre ; et de même pour la terefa. Il se trouve que les paroles de Beit Chammai sont allégeantes pour la terefa (elles disent [qu'elle n'est terefa] que si deux vertèbres manquent) et Beit Hillel y sont rigoureux, tandis qu'ils allègent pour l'impureté (disant que dès qu'une vertèbre manque elle ne transmet plus l'impureté). Celui qui tient à la fois les allègements de Beit Chammai et les allègements de Beit Hillel est un mécréant, car ses paroles se contredisent l'une l'autre par recherche d'allègement ; et celui qui tient les rigueurs des deux est le sot qui marche dans les ténèbres, ne sachant discerner sur qui s'appuyer. Mais pour deux controverses distinctes où les uns ont allégé sur l'une et les autres sur l'autre, il n'y a là ni [reproche de] mécréance ni [de] sottise, car il tient sur celle-ci comme Beit Chammai et sur celle-là comme Beit Hillel.
אִי כְּבֵית שַׁמַּאי בְּקֻולֵּיהוֹן וּבְחֻומְרֵיהוֹן אִי לְעִנְיַן טֻומְאָה לָא חֲשִׁיב לָהּ חִסָּרוֹן בְּחֻולְיָא אַחַת לְעִנְיַן טְרֵיפָה נָמֵי לָאו חִסָּרוֹן הוּא:
Si [c'est] comme Beit Chammai, leurs allègements et leurs rigueurs — si pour l'impureté on ne compte pas comme 'manque' une seule vertèbre, alors pour la terefa non plus ce n'est pas un 'manque'.
וְאִי כב"ה דְּאָמְרוּ חִסָּרוֹן הוּא לִיחְשְׁבֵהּ חִסָּרוֹן הָכָא וְהָכָא וְהַךְ דר"ע נָמֵי סָתְרָן אַהֲדָדֵי דְּקָא חֲשִׁיב לֵיהּ שְׁנִיָּה וְקָא חֲשִׁיב לֵיהּ שְׁלִישִׁית:
Et si [c'est] comme Beit Hillel — qui disent que c'est un 'manque', qu'on le compte comme 'manque' ici et là. Et [le cas] de Rabbi Akiva aussi [présente] des positions qui se contredisent l'une l'autre, puisqu'il [le] compte comme deuxième [année] et [le] compte [aussi] comme troisième [année].
🗂️ Tossefot (1)
הַכְּסִיל בַּחֹשֶׁךְ הוֹלֵךְ. אֲפִילּוּ יוֹדֵעַ כְּמַאן הֲלָכָה וּמַחְמִיר עַל עַצְמוֹ וְלָא בָּעֵי לְשַׁנּוּיֵי דר"ע מְסַפְּקָא לֵיהּ הִלְכְתָא כְּמַאן וַעֲבַד לְחוּמְרָא דְּמִסְּתָמָא יוֹדֵעַ הָיָה דַּהֲלָכָה כב"ה:
« Et le sot marche dans les ténèbres » — même s'il sait selon qui est la halakha et se montre rigoureux envers lui-même [par surérogation]. Et il n'y a pas lieu de résoudre que Rabbi Akiva était dans le doute [sur le point de savoir] selon qui est la halakha et a agi par rigueur, car il savait vraisemblablement que la halakha suit Beit Hillel.
💡 Explication

Objection : peut-on cumuler deux rigueurs contradictoires comme le fit R. Akiva ? La baraita l'interdit : il faut être cohérent. Panacher les allégements (kulot) des deux écoles pour se faciliter la vie = rasha (mécréant) ; panacher leurs rigueurs (humrot) = kessil (sot, « qui marche dans les ténèbres »). On suit une école en bloc, allégements et rigueurs.

🖼️ Schéma
Mélanger Chammai et Hillel : ce qui est permis et ce qui est blâmé Cohérent = permis tout B. Chammai (kulot+humrot), ou tout B. Hillel Incohérent = blâmé panacher au gré de son confort rasha (mécréant) : prendre les allégements (kulot) de Chammai ET de Hillel à la fois (positions qui se contredisent, pour se faciliter la vie) kessil (sot) : prendre les rigueurs (humrot) de Chammai ET de Hillel à la fois "et le sot marche dans les ténèbres" (Qohelet 2:14) R. Akiva échappe au blâme : son doute portait sur la TRADITION de B. Hillel, pas un panachage
La règle de cohérence entre les deux écoles.
6
רַבִּי עֲקִיבָא גְּמָרֵיהּ אִסְתַּפַּק לֵיהּ, וְלָא יְדַע אִי בֵּית הִלֵּל בְּאֶחָד בִּשְׁבָט אוֹמֵר, אִי בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר בִּשְׁבָט אוֹמֵר.

Rabbi Akiva : sa tradition (guemara) lui est devenue douteuse, et il ne savait pas si Beit Hillel dit [le nouvel an] au premier de Chevat, ou s'ils disent au quinze de Chevat.

📜 Rachi (1)
גְּמָרָא אִסְתַּפַּק לֵיהּ וְכוּ' כב"ה בְּעָא לְמֶעְבַּד:
Sa tradition lui est devenue douteuse, etc. — c'est selon Beit Hillel qu'il voulait agir.
💡 Explication

Réponse à l'objection : R. Akiva ne panachait pas deux écoles. Il voulait suivre Beit Hillel, mais sa tradition (guemara) lui était devenue douteuse : Beit Hillel fixe-t-il le nouvel an au 1er ou au 15 Chevat ? Par ce seul doute — interne à Beit Hillel — il préleva deux dîmes.

7
רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר: לֹא מִנְהַג בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל נָהַג בָּהּ, אֶלָּא מִנְהַג רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר נָהַג בָּהּ. בְּאֶחָד בִּשְׁבָט — כְּבֵית שַׁמַּאי נָהַג בָּהּ!

Rabbi Yossi bar Yehouda dit : ce n'est pas la coutume de Beit Chammai et Beit Hillel qu'il a pratiquée à son sujet, mais la coutume de Rabban Gamliel et Rabbi Eliezer qu'il a pratiquée à son sujet. [Or, s'il a agi] au premier de Chevat — c'est selon Beit Chammai qu'il a agi à son sujet !

📜 Rachi (1)
כב"ש נָהַג בָּהּ לֵר' יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה דְּאָמַר מִשּׁוּם דְּנָהַג בָּהּ מִנְהַג רַבָּן גַּמְלִיאֵל עִישְּׂרָהּ בְּמַעְשַׂר עָנִי כְּדִין שְׁלִישִׁית א"כ כב"ש ס"ל דְּנִתְחַדְּשָׁה שָׁנָה הַיּוֹם דְּאִי כב"ה לְקִיטָתָהּ וַחֲנָטָתָהּ בְּשָׁנָה אַחַת הֲוָה:
C'est selon Beit Chammai qu'il a agi à son sujet — pour Rabbi Yossi bar Yehouda, qui dit que c'est parce qu'il a pratiqué à son sujet la coutume de Rabban Gamliel qu'il l'a dîme en maaser ani selon la règle de la troisième [année] : s'il en est ainsi, il tient comme Beit Chammai que l'année s'est renouvelée ce jour même ; car si c'était comme Beit Hillel, sa cueillette et sa nouaison auraient eu lieu dans une seule et même année.
💡 Explication

La Guemara objecte à R. Yossi bar Yehouda : s'il a prélevé le maaser ani (dîme du pauvre, propre à la 3e année), c'est qu'il tenait l'année pour déjà renouvelée au 1er Chevat — donc comme Beit Chammai ! Car selon Beit Hillel, floraison et cueillette tomberaient dans la même année (avant le 15 Chevat) et un seul dîme suffirait.

8
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא וְאִיתֵּימָא רַבִּי חֲנַנְיָא: הָכָא בְּאֶתְרוֹג שֶׁחָנְטוּ פֵּירוֹתָיו קֹודֶם חֲמִשָּׁה עָשָׂר דְּאִידַּךְ שֵׁבֶט עָסְקִינַן. וּבְדִין הוּא אֲפִילּוּ קֹודֶם לָכֵן, וּמַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה כָּךְ הָיָה.

Rabbi Hanina dit — et certains disent Rabbi Hanania : ici, nous traitons d'un etrog dont les fruits ont fleuri avant le quinze de l'autre Chevat [précédent]. Et de droit [il en irait de même] même avant cela ; mais l'événement qui a eu lieu, a eu lieu ainsi.

📜 Rachi (3)
דְּאִידָךְ שֵׁבֶט דְּאֶשְׁתָּקַד שֶׁהָאֶתְרוֹג דָּר בְּאִילָנוֹ שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ שָׁנִים ובט"ו בִּשְׁבָט דְּאֶשְׁתָּקַד נִכְנְסָה שָׁנָה שְׁלִישִׁית וַעֲדַיִין לֹא יָצָאת שְׁלִישִׁית נִמְצֵאת שֶׁחָנְטָה בַּשְּׁנִיָּה וְנִלְקְטָה בַּשְּׁלִישִׁית:
De l'autre Chevat — [celui] de l'année passée, car le etrog demeure sur son arbre deux ou trois ans ; et au quinze Chevat de l'année passée la troisième [année] est entrée, mais la troisième n'est pas encore sortie [achevée] : il se trouve qu'il a fleuri en deuxième [année] et a été cueilli en troisième.
וּבְדִין הוּא דְּאִם לְקָטָהּ קֹודֶם לָכֵן אוֹ בְּכִסְלֵיו אוֹ בְּטֵבֵת נָמֵי הֲוָה נוֹהֵג בָּהּ ב' עִישּׂוּרִין מִשּׁוּם מִנְהַג ר"ג ור"א:
Et de droit — car s'il l'avait cueilli plus tôt, en Kislev ou en Tevet, il aurait de même pratiqué à son sujet deux dîmes, du fait de la coutume de Rabban Gamliel et Rabbi Eliezer.
אֶלָּא מַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה בַּא' בִּשְׁבָט הָיָה:
Mais l'événement qui a eu lieu — c'est au premier de Chevat qu'il a eu lieu.
💡 Explication

Réponse de R. Hanina : il s'agit d'un etrog qui a fleuri (hanata) avant le 15 du Chevat précédent — donc en 2e année — et fut cueilli le 1er Chevat suivant, en 3e année. Selon R. Eliezer (suit la floraison) : maaser cheni (2e année) ; selon R. Gamliel (suit la cueillette) : maaser ani (3e année) — d'où les deux dîmes. En droit, une cueillette même plus tôt (dès après le 15 Chevat précédent) suffirait, mais l'événement réel se produisit le 1er Chevat.

9
רָבִינָא אָמַר, כְּרֹוךְ וּתְנִי: לֹא אֶחָד בִּשְׁבָט הָיָה — אֶלָּא חֲמִשָּׁה עָשָׂר בִּשְׁבָט הָיָה, וְלֹא מִנְהַג בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל נָהַג בָּהּ — אֶלָּא מִנְהַג רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר נָהַג בָּהּ.

Ravina dit : plie et enseigne [ensemble] — ce n'était pas le premier de Chevat, mais le quinze de Chevat ; et ce n'est pas la coutume de Beit Chammai et Beit Hillel qu'il a pratiquée à son sujet, mais la coutume de Rabban Gamliel et Rabbi Eliezer qu'il a pratiquée à son sujet.

📜 Rachi (3)
כְּרֹוךְ וּתְנִי כָּפוּל אֶת דִּבְרֵי ר' יוֹסֵי וְשָׁנָה בָּהּ שְׁתֵּי מַחֲלוֹקוֹת:
Plie et enseigne — dédouble les paroles de Rabbi Yossi et enseigne-y les deux controverses.
לֹא אֶחָד בִּשְׁבָט הָיָה שֶׁאֵין בָּהּ חִידּוּשׁ שָׁנָה:
Ce n'était pas le premier de Chevat — [jour] où il n'y a pas de renouvellement de l'année.
אֶלָּא ט"ו בִּשְׁבָט הָיָה לְדִבְרֵי הַכֹּל נִתְחַדְּשָׁה שָׁנָה:
Mais le quinze de Chevat — [jour] où, de l'avis de tous, l'année s'est renouvelée.
💡 Explication

Ravina harmonise autrement : il faut combiner (« plie et enseigne ») les deux énoncés de R. Yossi bar Yehouda. Ce n'était pas le 1er mais le 15 Chevat (ainsi, de l'avis de tous, l'année s'est renouvelée, sans recours à Beit Chammai) ; et le doute portait bien sur R. Gamliel / R. Eliezer, entièrement dans le cadre de Beit Hillel.

10
אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא: הַשְׁתָּא דְּאָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל אֶתְרוֹג אַחַר לְקִיטָתוֹ עִישּׂוּרוֹ כְּיָרָק, רֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁלּוֹ תִּשְׁרִי.

Rabba bar Rav Houna dit : maintenant que Rabban Gamliel a dit que la dîme du etrog suit sa cueillette comme un légume, son nouvel an [pour la dîme] est Tichri.

📜 Rachi (1)
ר"ה שֶׁלּוֹ תִּשְׁרֵי כְּדִין יָרָק וּלְעִנְיַן מַעֲשֵׂר קָאָמַר:
Son nouvel an est Tichri — selon la règle du légume ; et c'est quant à la dîme qu'il [le] dit.
💡 Explication

Rabba bar Rav Houna tire la conséquence : puisque, selon Rabban Gamliel, le etrog est traité comme un légume pour la dîme (selon la cueillette), son nouvel an pour le maaser n'est pas le 1er/15 Chevat (nouvel an des arbres) mais le 1er Tichri — le nouvel an des légumes.

11
מֵיתִיבִי, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: לִיקֵּט אֶתְרוֹג עֶרֶב חֲמִשָּׁה עָשָׂר בִּשְׁבָט עַד שֶׁלֹּא תָּבוֹא הַשֶּׁמֶשׁ, וְחָזַר וְלִיקֵּט מִשֶּׁתָּבוֹא הַשֶּׁמֶשׁ — אֵין תּוֹרְמִין וּמְעַשְּׂרִין מִזֶּה עַל זֶה, לְפִי שֶׁאֵין תּוֹרְמִין וּמְעַשְּׂרִין לֹא מִן הֶחָדָשׁ עַל הַיָּשָׁן וְלֹא מִן הַיָּשָׁן עַל הֶחָדָשׁ. הָיְתָה שְׁלִישִׁית נִכְנֶסֶת לִרְבִיעִית — שְׁלִישִׁית מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן וּמַעְשַׂר עָנִי, רְבִיעִית מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי.

On objecte : Rabbi Chimon ben Elazar dit : [si] l'on a cueilli un etrog la veille du quinze de Chevat avant que le soleil ne se couche, puis cueilli de nouveau après que le soleil se soit couché — on ne prélève pas la teroumah ni les dîmes de l'un sur l'autre, car on ne prélève teroumah et dîmes ni du nouveau (hadach) sur l'ancien (yachan), ni de l'ancien sur le nouveau. [Si] la troisième [année] entrait dans la quatrième — [ce qui relève de] la troisième [donne] maaser richon et maaser ani ; [ce qui relève de] la quatrième [donne] maaser richon et maaser cheni.

📜 Rachi (1)
שְׁלִישִׁית נִכְנֶסֶת לִרְבִיעִית לְקַמָּן פָּרֵיךְ מ"ש דְּלָא תְּנָא וְאִם הָיְתָה שְׁנִיָּה נִכְנֶסֶת לִשְׁלִישִׁית כִּדְתַנְיָא לְעֵיל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף יב:) גַּבֵּי לִיקֵּט יָרָק:
La troisième [année] entrant dans la quatrième — plus loin [la Guemara] objecte : pourquoi [la baraita] n'a-t-elle pas enseigné 'et si la deuxième entrait dans la troisième', comme on l'a enseigné plus haut (Roch Hachana 12b) à propos de 'qui cueille un légume' ?
💡 Explication

Objection contre Rabba bar Rav Houna : R. Chimon ben Elazar fixe la charnière au 15 Chevat (nouvel an des arbres), non à Tichri. Un etrog cueilli avant le coucher du soleil du 15 Chevat relève de l'année ancienne (yachan), après le coucher de l'année nouvelle (hadach) ; on ne dîme pas de l'un sur l'autre. À la charnière 3e/4e année : le lot de la 3e donne maaser richon + maaser ani (dîme du pauvre), celui de la 4e maaser richon + maaser cheni (2e dîme).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).