Sougya : Le daf poursuit l'énigme de Rabbi Akiva qui, pour un etrog (cédrat), préleva DEUX dîmes. Première lecture : par doute entre Beit Chammai (nouvel an de l'arbre au 1er Chevat) et Beit Hillel (15 Chevat).
Rabbi Yossi bar Yehouda propose une autre lecture : le doute portait sur la controverse entre Rabban Gamliel (le etrog suit la cueillette, comme un légume) et Rabbi Eliezer (il suit la floraison, comme un arbre pour tout). La Guemara demande si l'on peut cumuler deux rigueurs contradictoires (baraita sur Chammai et Hillel : cohérence exigée, sous peine d'être mécréant ou sot), et répond que le doute de R.
Akiva portait sur sa tradition même de Beit Hillel. Elle harmonise ensuite les deux lectures (R.
Hanina, Ravina), puis Rabba bar Rav Houna fixe le nouvel an du etrog pour le maaser au 1er Tichri, avant une objection tirée de R. Chimon ben Elazar.
Une [dîme] selon l'avis de Beit Chammai, et une [dîme] selon l'avis de Beit Hillel.
Rabbi Akiva préleva deux dîmes sur un etrog par doute halakhique sur le nouvel an de l'arbre. Selon Beit Chammai (nouvel an au 1er Chevat), l'année avait déjà changé : c'était la 3e (ou 6e) année, où l'on prélevait le maaser ani (dîme du pauvre). Selon Beit Hillel (nouvel an au 15 Chevat), c'était encore la 2e (ou 5e) année, où l'on prélevait le maaser cheni (deuxième dîme).
Rabbi Yossi bar Yehouda dit : ce n'est pas la coutume [issue de la controverse] de Beit Chammai et Beit Hillel qu'il a pratiquée à son sujet, mais c'est la coutume [issue de la controverse] de Rabban Gamliel et Rabbi Eliezer qu'il a pratiquée à son sujet.
Rabbi Yossi bar Yehouda propose une autre explication du double prélèvement : le doute de R. Akiva ne portait pas sur Chammai/Hillel, mais sur la controverse entre Rabban Gamliel (le etrog suit la cueillette, lekita) et Rabbi Eliezer (il suit la floraison, hanata, comme un arbre).
Comme nous avons appris (Bikourim 2:6) : le etrog est semblable à l'arbre par trois voies et au légume par une voie. Semblable à l'arbre par trois voies : pour l'orla, pour le revai et pour la sheviit ; et au légume par une voie — car [le calcul de] sa dîme suit le moment de sa cueillette.
Paroles de Rabban Gamliel.
Source de la controverse : la michna de Bikourim. Le etrog est comme un arbre par trois aspects — orla (fruits des 3 premières années interdits), revai (fruit de la 4e année, consommé à Jérusalem ou racheté) et sheviit (année sabbatique, selon la floraison) — mais comme un légume par un aspect : sa dîme suit la cueillette (lekita), enseigne Rabban Gamliel.
Rabbi Eliezer dit : le etrog est semblable à l'arbre pour toute chose.
Rabbi Eliezer conteste : le etrog est semblable à l'arbre en tout — y compris pour la dîme, qui suit alors la floraison (hanata) et non la cueillette. C'est le doute entre R. Gamliel et R. Eliezer qui, pour R. Yossi bar Yehouda, motiva les deux dîmes de R. Akiva.
Or, cumule-t-on deux rigueurs [contradictoires] ? Mais n'a-t-on pas enseigné : toujours la halakha suit l'avis de Beit Hillel ; et qui veut agir selon l'avis de Beit Chammai — le fait ; selon l'avis de Beit Hillel — le fait.
[Qui prend] des allègements de Beit Chammai et des allègements de Beit Hillel — [est] un mécréant (rasha). [Qui prend] des rigueurs de Beit Chammai et des rigueurs de Beit Hillel — sur lui le verset dit : « et le sot marche dans les ténèbres » (Qohelet 2:14).
Plutôt : si [c'est] comme Beit Chammai — [suivre] leurs allègements et leurs rigueurs ; si [c'est] comme Beit Hillel — [suivre] leurs allègements et leurs rigueurs.
Objection : peut-on cumuler deux rigueurs contradictoires comme le fit R. Akiva ? La baraita l'interdit : il faut être cohérent. Panacher les allégements (kulot) des deux écoles pour se faciliter la vie = rasha (mécréant) ; panacher leurs rigueurs (humrot) = kessil (sot, « qui marche dans les ténèbres »). On suit une école en bloc, allégements et rigueurs.
Rabbi Akiva : sa tradition (guemara) lui est devenue douteuse, et il ne savait pas si Beit Hillel dit [le nouvel an] au premier de Chevat, ou s'ils disent au quinze de Chevat.
Réponse à l'objection : R. Akiva ne panachait pas deux écoles. Il voulait suivre Beit Hillel, mais sa tradition (guemara) lui était devenue douteuse : Beit Hillel fixe-t-il le nouvel an au 1er ou au 15 Chevat ? Par ce seul doute — interne à Beit Hillel — il préleva deux dîmes.
Rabbi Yossi bar Yehouda dit : ce n'est pas la coutume de Beit Chammai et Beit Hillel qu'il a pratiquée à son sujet, mais la coutume de Rabban Gamliel et Rabbi Eliezer qu'il a pratiquée à son sujet. [Or, s'il a agi] au premier de Chevat — c'est selon Beit Chammai qu'il a agi à son sujet !
La Guemara objecte à R. Yossi bar Yehouda : s'il a prélevé le maaser ani (dîme du pauvre, propre à la 3e année), c'est qu'il tenait l'année pour déjà renouvelée au 1er Chevat — donc comme Beit Chammai ! Car selon Beit Hillel, floraison et cueillette tomberaient dans la même année (avant le 15 Chevat) et un seul dîme suffirait.
Rabbi Hanina dit — et certains disent Rabbi Hanania : ici, nous traitons d'un etrog dont les fruits ont fleuri avant le quinze de l'autre Chevat [précédent]. Et de droit [il en irait de même] même avant cela ; mais l'événement qui a eu lieu, a eu lieu ainsi.
Réponse de R. Hanina : il s'agit d'un etrog qui a fleuri (hanata) avant le 15 du Chevat précédent — donc en 2e année — et fut cueilli le 1er Chevat suivant, en 3e année. Selon R. Eliezer (suit la floraison) : maaser cheni (2e année) ; selon R. Gamliel (suit la cueillette) : maaser ani (3e année) — d'où les deux dîmes. En droit, une cueillette même plus tôt (dès après le 15 Chevat précédent) suffirait, mais l'événement réel se produisit le 1er Chevat.
Ravina dit : plie et enseigne [ensemble] — ce n'était pas le premier de Chevat, mais le quinze de Chevat ; et ce n'est pas la coutume de Beit Chammai et Beit Hillel qu'il a pratiquée à son sujet, mais la coutume de Rabban Gamliel et Rabbi Eliezer qu'il a pratiquée à son sujet.
Ravina harmonise autrement : il faut combiner (« plie et enseigne ») les deux énoncés de R. Yossi bar Yehouda. Ce n'était pas le 1er mais le 15 Chevat (ainsi, de l'avis de tous, l'année s'est renouvelée, sans recours à Beit Chammai) ; et le doute portait bien sur R. Gamliel / R. Eliezer, entièrement dans le cadre de Beit Hillel.
Rabba bar Rav Houna dit : maintenant que Rabban Gamliel a dit que la dîme du etrog suit sa cueillette comme un légume, son nouvel an [pour la dîme] est Tichri.
Rabba bar Rav Houna tire la conséquence : puisque, selon Rabban Gamliel, le etrog est traité comme un légume pour la dîme (selon la cueillette), son nouvel an pour le maaser n'est pas le 1er/15 Chevat (nouvel an des arbres) mais le 1er Tichri — le nouvel an des légumes.
On objecte : Rabbi Chimon ben Elazar dit : [si] l'on a cueilli un etrog la veille du quinze de Chevat avant que le soleil ne se couche, puis cueilli de nouveau après que le soleil se soit couché — on ne prélève pas la teroumah ni les dîmes de l'un sur l'autre, car on ne prélève teroumah et dîmes ni du nouveau (hadach) sur l'ancien (yachan), ni de l'ancien sur le nouveau. [Si] la troisième [année] entrait dans la quatrième — [ce qui relève de] la troisième [donne] maaser richon et maaser ani ; [ce qui relève de] la quatrième [donne] maaser richon et maaser cheni.
Objection contre Rabba bar Rav Houna : R. Chimon ben Elazar fixe la charnière au 15 Chevat (nouvel an des arbres), non à Tichri. Un etrog cueilli avant le coucher du soleil du 15 Chevat relève de l'année ancienne (yachan), après le coucher de l'année nouvelle (hadach) ; on ne dîme pas de l'un sur l'autre. À la charnière 3e/4e année : le lot de la 3e donne maaser richon + maaser ani (dîme du pauvre), celui de la 4e maaser richon + maaser cheni (2e dîme).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).