Rosh Hashanah 15a — l'etrog entre nouaison et cueillette : dîme, quinze Chevat et année sabbatique

Rosh Hashanah 15a

Sougya : Le daf poursuit la sougya de l'etrog, fruit hybride entre l'arbre (dont le Roch Hachana est le 15 Chevat, selon la chanata / nouaison) et le légume (dont l'année suit la lekita / cueillette). Rabba bar Rav Houna précise que pour R.

Gamliel la dîme de l'etrog suit la cueillette, tout en gardant le 15 Chevat comme Nouvel An. On y traite de l'année embolismique (suivre la majorité des années, donc Chevat) et surtout du statut de l'etrog à cheval sur l'année sabbatique (chevi'it) : Rabba distingue exemption de maaser (dîme) et de bi'our (élimination) selon la nouaison, tandis que Rav Hamnouna tient l'etrog toujours rattaché à l'année de sa nouaison.

Une baraita de R. Chimon ben Yehouda pose le principe 'grandi en obligation et cueilli en obligation', et la sougya se résout en une mahloket entre tannaim : Avtolmos (dîme selon la cueillette) contre les Sages d'Ousha (cueillette pour la dîme ET la chevi'it).

Etrog : quel critère fixe l'année ? Chanata (nouaison) vs Lekita (cueillette) chanata (nouaison) critère des ARBRES quand le fruit se forme lekita (cueillette) critère des LÉGUMES (yarak) quand on le détache L'ETROG est un cas hybride R. Gamliel : maaser (dîme) suit la LEKITA (comme un légume) mais le Roch Hachana de l'arbre (15 Chevat) suit l'ARBRE Ousha ira plus loin : lekita aussi pour la chevi'it (année sabbatique)
Les deux critères — chanata (nouaison, critère des arbres) vs lekita (cueillette, critère des légumes) — et le statut hybride de l'etrog (segments 0-5).
Rabba : etrog à cheval sur la chevi'it — maaser (dîme) et bi'our (élimination) 6e année (hol) 7e (chevi'it) 8e (hol) noué en 6e, cueilli en 7e EXEMPT de maaser (main de tous -> hefker) EXEMPT de bi'our (chanata en 6e : pas fruit de chevi'it) noué en 7e, cueilli en 8e EXEMPT de maaser SOUMIS au bi'our (chanata en 7e : fruit de chevi'it) Question d'Abaye : pourquoi le 1er cas exempt de bi'our ? -> car on suit la chanata (6e). Mais alors il devrait être SOUMIS au maaser ! Réponse de Rabba : non — la main de tous le touche, il est hefker (exempt).
Rabba : l'etrog à cheval sur l'année sabbatique, exemptions de dîme et de bi'our, et l'objection d'Abaye (segments 6-8).
Rabba vs Rav Hamnouna : etrog 6e cueilli en 7e, soumis au maaser ? Rabba Rav Hamnouna EXEMPT du maaser SOUMIS au maaser (toujours 6e) la main de tous le touche chevi'it ne s'applique pas ici -> il est hefker (sans maître) -> le tâtonnement = vol, pas hefker hefker exempte du maaser un tel "hefker" n'exempte pas Baraita de R. Chimon : gadel be-hiyouv + nilkat be-hiyouv (grandi ET cueilli en obligation)
La controverse Rabba vs Rav Hamnouna et la baraita de R. Chimon (segments 9-12).
1
מַאן שָׁמְעַתְּ לֵיהּ דְּאָזֵיל בָּתַר לְקִיטָה — רַבָּן גַּמְלִיאֵל, וְקָתָנֵי שְׁבָט!

De qui as-tu entendu qu'il fait suivre [le statut de l'etrog] à la cueillette (lekita) ? — De Rabban Gamliel ! Or [la baraita] enseigne 'Chevat' [comme Nouvel An de l'etrog] !

📜 Rachi (1)
מַאן שָׁמְעַת לֵיהּ כו' אַלְמָא ר"ש בֶּן אֶלְעָזָר כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל סְבִירָא לֵיהּ:
De qui as-tu entendu, etc. — [cela prouve] donc que R. Chimon ben Elazar est du même avis que Rabban Gamliel.
💡 Explication

La Guemara reprend l'enseignement précédent. La baraita fixe le Nouvel An de l'etrog au 15 Chevat (comme pour les arbres). Or cette baraita s'appuie sur R. Gamliel — celui-là même qui, selon Rabba bar Rav Houna, ferait suivre l'etrog à la lekita (cueillette, comme un légume). D'où une contradiction apparente avec l'opinion qui, au nom de R. Gamliel, place ce Nouvel An au 1er Tichri.

2
אֶלָּא, אִי אִתְּמַר הָכִי אִתְּמַר: אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא: אַף עַל גַּב דְּאָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל אֶתְרוֹג אַחַר לְקִיטָה כְּיָרָק — רֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁלּוֹ שְׁבָט.

Plutôt, si cela a été dit, voici ce qui a été dit : Rabba bar Rav Houna a dit : bien que Rabban Gamliel ait dit que l'etrog [suit] la cueillette comme un légume, son Nouvel An est [néanmoins] Chevat [comme un arbre].

💡 Explication

Correction de l'énoncé : Rabba bar Rav Houna ne dit pas que le Nouvel An de l'etrog est au 1er Tichri. Il dit que, même si R. Gamliel fait suivre la dîme de l'etrog à la cueillette (comme un légume), le Nouvel An des arbres qui le concerne reste le 15 Chevat (comme un arbre). Les deux plans (dîme vs Nouvel An) ne coïncident donc pas.

3
מַאי שְׁנָא הָתָם דְּקָתָנֵי ״אִם הָיְתָה שְׁנִיָּה נִכְנֶסֶת לִשְׁלִישִׁית״ וּמַאי שְׁנָא הָכָא דְּקָתָנֵי ״אִם הָיְתָה שְׁלִישִׁית נִכְנֶסֶת לִרְבִיעִית״?

En quoi le cas là-bas diffère-t-il, où l'on enseigne 'si la deuxième [année] entrait dans la troisième', et en quoi le cas ici diffère-t-il, où l'on enseigne 'si la troisième entrait dans la quatrième' ?

💡 Explication

Question sur la formulation des baraitot. Pour le légume cueilli la veille de Roch Hachana, l'exemple pris est 'la 2e année entrant dans la 3e' (enjeu : maaser cheni vs maaser ani). Pour l'etrog cueilli la veille du 15 Chevat, l'exemple est 'la 3e entrant dans la 4e'. Pourquoi pas le même exemple dans les deux cas ?

4
מִילְּתָא אַגַּב אוֹרְחֵיהּ קָא מַשְׁמַע לַן, דְּאֶתְרוֹג קַשְׁיָא לֵיהּ יְדָא וְאַייְּדֵי דִּמְמַשְׁמְשִׁי בֵּיהּ כֻּולֵּי עָלְמָא בִּשְׁבִיעִית, לָא טָעֵין פֵּרֵי עַד תְּלָת שְׁנִין.

Il nous enseigne une chose incidemment (agav orheih) : que l'etrog souffre de la main (kachia leih yada), et parce que tout le monde le tripote durant la chevi'it, il ne porte pas de fruit [comestible] avant trois années.

📜 Rachi (1)
אֶתְרוֹג קַשְׁיָא לֵיהּ יְדָא קָשֶׁה לְעֵץ הָאֶתְרוֹג יָדַיִם מְמַשְׁמְשׁוֹת בּוֹ:
L'etrog souffre de la main — il est pénible pour l'arbre à etrog que des mains le tripotent.
💡 Explication

Réponse : le choix de 'la 3e entrant dans la 4e' n'est pas anodin — il transmet en passant (agav orheih) un fait de nature : l'arbre à etrog souffre d'être manipulé. Comme durant la chevi'it les vergers sont déclarés sans maître (hefker) et que tout le monde le manie, l'arbre ne redonne des fruits sains qu'après trois ans — d'où l'exemple qui saute directement à la 3e-4e année.

5
בְּעָא מִינֵּיהּ רַבִּי יוֹחָנָן מֵרַבִּי יַנַּאי: אֶתְרוֹג, רֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁלּוֹ אֵימָתַי? אֲמַר לֵיהּ: שְׁבָט. שְׁבָט דַּחֲדָשִׁים, אוֹ שְׁבָט דִּתְקוּפָה? אֲמַר לֵיהּ: דַּחֲדָשִׁים.

Rabbi Yo'hanan interrogea Rabbi Yannai : l'etrog, quand est son Nouvel An ? Il lui dit : Chevat. — Chevat des mois [lunaires], ou Chevat de la saison [solaire] (tekoufa) ?

Il lui dit : celui des mois [lunaires].

📜 Rachi (2)
שְׁבָט דַּחֲדָשִׁים שֶׁל לְבָנָה:
Chevat des mois — [le mois] de [calcul] lunaire.
אוֹ שֵׁבֶט דִּתְקוּפָה חַמָּה לְסוֹף שְׁלֹשִׁים שֶׁל תְּקוּפַת טֵבֵת נִכְנָס שֵׁבֶט שֶׁל חַמָּה:
Ou Chevat de la saison — [le calcul] solaire : au terme des trente [jours] de la saison de Tevet (tekoufat Tevet) entre le Chevat solaire.
🗂️ Tossefot (2)
אוֹ שְׁבָט דִּתְקוּפָה. אַמַּתְנִי' נָמֵי דְּקָתָנֵי בְּאֶחָד בִּשְׁבָט קָא בָּעֵי אע"ג דְּשָׁאֲלוּ בְּאֶתְרוֹג (וְקַשְׁיָא אַמַּאי לָא בָּעֵי בְּאֶחָד בֶּאֱלוּל ר"ה לְמַעְשַׂר בְּהֵמָה אוֹ בְּקַמַּיְיתָא בּוֹ' בְּסִיוָן ר"ה לִשְׁתֵּי הַלֶּחֶם וּבְאִינָךְ):
Ou Chevat de la saison — c'est aussi sur la michna, qui enseigne 'le 1er Chevat', qu'il interroge, bien qu'il ait posé la question à propos de l'etrog. (Et l'on peut s'étonner : pourquoi n'interroge-t-il pas sur 'le 1er Eloul, Nouvel An pour la dîme du bétail', ou sur la première [michna], 'le 6 Sivan, Nouvel An pour les deux pains', et les autres ?)
דַּחֲדָשִׁים. אע"ג שֶׁבִּישּׁוּל הַפֵּירוֹת הוֹלֵךְ אַחַר הַחַמָּה שֶׁנֶּאֱמַר (דְּבָרִים ל״ג:י״ד) מִמֶּגֶד תְּבוּאוֹת שָׁמֶשׁ ה"נ כְּתִיב (שָׁם) מִמֶּגֶד גֶּרֶשׂ יְרָחִים וְגַם יִשְׂרְאֵלִים מוֹנִין לַלְּבָנָה:
Des mois [lunaires] — bien que la maturation des fruits suive le soleil, ainsi qu'il est dit (Deut 33:14) 'des meilleurs produits [mûrs par] le soleil', il est aussi écrit (ibid.) 'des meilleures [primeurs] chassées par les lunes' (les mois) ; et les Israélites comptent aussi selon la lune.
💡 Explication

R. Yo'hanan précise de quel Chevat il s'agit : le mois lunaire de Chevat (calendrier juif ordinaire), ou le Chevat de la tekoufa — c'est-à-dire trente jours après le solstice d'hiver (tekoufat Tevet), selon le cycle solaire ? Réponse : le mois lunaire. Le Nouvel An des arbres suit donc le calendrier des mois, non le décompte solaire des saisons.

6
בְּעָא מִינֵּיהּ רָבָא מֵרַב נַחְמָן, וְאָמְרִי לַהּ רַבִּי יוֹחָנָן מֵרַבִּי יַנַּאי: הָיְתָה שָׁנָה מְעֻובֶּרֶת, מַהוּ? אֲמַר לֵיהּ: הַלֵּךְ אַחַר רֹוב שָׁנִים.

Rava interrogea Rav Nahman — et certains rapportent [que c'est] Rabbi Yo'hanan [qui interrogea] Rabbi Yannai : si l'année était embolismique (meouberet), quel est [le statut] ? Il lui dit : suis la majorité des années.

📜 Rachi (2)
הָיְתָה שָׁנָה מְעֻובֶּרֶת מַהוּ אֵימָתַי ר"ה שְׁבָט הַסָּמוּךְ לְטֵבֵת אוֹ אֲדָר הָרִאשׁוֹן שֶׁהוּא בִּמְקוֹם שֵׁבֶט:
Si l'année était embolismique, quel est [le statut] — quand est le Nouvel An : le Chevat adjacent à Tevet, ou le premier Adar qui tient la place de Chevat ?
אַחַר רֹוב שָׁנִים מִי שֶׁשְּׁמוֹ שֵׁבֶט:
[Suis] la majorité des années — celui qui porte le nom de Chevat.
💡 Explication

Question sur l'année embolismique (meouberet), qui compte deux mois d'Adar. Le Nouvel An des arbres reste-t-il à Chevat (adjacent à Tevet), ou glisse-t-il au premier Adar (qui occupe la place habituelle de l'avant-dernier mois) ? Réponse : suis la majorité des années — c'est-à-dire le mois qui s'appelle Chevat, comme dans les années ordinaires.

7
אָמַר רַבָּה: אֶתְרוֹג בַּת שִׁשִּׁית שֶׁנִּכְנְסָה לִשְׁבִיעִית — פְּטוּרָה מִן הַמַּעֲשֵׂר וּפְטוּרָה מִן הַבִּיעוּר. וּבַת שְׁבִיעִית שֶׁנִּכְנְסָה לִשְׁמִינִית — פְּטוּרָה בַּמַּעֲשֵׂר וְחַיֶּיבֶת בַּבִּיעוּר.

Rabba dit : un etrog de la sixième [année] qui est entre dans la septième (chevi'it) — est exempt de la dîme (maaser) et exempt de l'élimination (bi'our). Et [un etrog] de la septième qui est entre dans la huitième — est exempt de la dîme mais soumis à l'élimination.

📜 Rachi (2)
אָמַר רַבָּה אֶתְרוֹג בַּת שִׁשִּׁית שֶׁחָנְטָה בְּשִׁשִּׁית:
Rabba dit : un etrog de la sixième — qui a noué (chanata) durant la sixième [année].
פְּטוּרָה מִן הַמַּעֲשֵׂר לְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ טַעְמָא דְּכֻולָּהּ מִילְּתָא:
Exempt de la dîme — plus loin il explique la raison de toute l'affaire.
💡 Explication

Rabba applique à l'etrog les deux mitsvot liées à la chevi'it, en distinguant selon la chanata (nouaison). Etrog noué en 6e, cueilli en 7e : exempt de maaser (dîme) et de bi'our (obligation d'éliminer de chez soi les fruits de chevi'it quand l'espèce a disparu des champs). Etrog noué en 7e, cueilli en 8e : exempt de maaser mais soumis au bi'our — car sa nouaison, en 7e, en fait un fruit de chevi'it.

🖼️ Schéma
Rabba : etrog à cheval sur la chevi'it — maaser (dîme) et bi'our (élimination) 6e année (hol) 7e (chevi'it) 8e (hol) noué en 6e, cueilli en 7e EXEMPT de maaser (main de tous -> hefker) EXEMPT de bi'our (chanata en 6e : pas fruit de chevi'it) noué en 7e, cueilli en 8e EXEMPT de maaser SOUMIS au bi'our (chanata en 7e : fruit de chevi'it) Question d'Abaye : pourquoi le 1er cas exempt de bi'our ? -> car on suit la chanata (6e). Mais alors il devrait être SOUMIS au maaser ! Réponse de Rabba : non — la main de tous le touche, il est hefker (exempt).
Les deux cas de Rabba : nouaison en 6e vs en 7e.
8
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: בִּשְׁלָמָא סֵיפָא — לְחוּמְרָא, אֶלָּא רֵישָׁא פְּטוּרָה מִן הַבִּיעוּר — אַמַּאי? דְּאָמְרִינַן זִיל בָּתַר חֲנָטָה, אִי הָכִי תִּיחַייַּב בְּמַעֲשֵׂר!

Abaye lui dit : soit pour la fin [de l'énoncé] — [c'est] par rigueur ; mais le début, 'exempt de l'élimination' — pourquoi ? [C'est] que nous disons 'suis la nouaison (chanata)' ; si [c'est] ainsi, qu'il soit [donc] soumis à la dîme !

📜 Rachi (5)
א"ל אַבַּיֵּי בִּשְׁלָמָא סֵיפָא דְּקָא אֲמַרְתְּ בַּת שְׁבִיעִית שֶׁנִּכְנְסָה לִשְׁמִינִית פְּטוּרָה מִן הַמַּעֲשֵׂר אַלְמָא נָהֲגָה בָּהּ קְדֻושַּׁת שְׁבִיעִית וּמִיחַייַּב לְאַפְקוֹרַהּ וְהַפָּקְרָא פְּטוּרָה מֵהַמַּעֲשֵׂר דְּמַשְׁמַע דְּאָזְלַת בָּהּ בָּתַר חֲנָטָה לְעִנְיַן הֶפְקֵר שְׁבִיעִית וּלְעִנְיַן בִּיעוּר נָמֵי כִּדְקָאָמְרַתְּ חַיָּיבִין בְּבִיעוּר כָּל הַךְ סֵיפָא אע"ג דְּסָתְרָא לָהּ לְרֵישָׁא דְּקָאָמְרַתְּ בַּת שִׁשִּׁית שֶׁנִּכְנְסָה לִשְׁבִיעִית פְּטוּרָה מִן הַמַּעֲשֵׂר דְּהֶפְקֵר הוּא מִשּׁוּם שְׁבִיעִית אַלְמָא בָּתַר לְקִיטָה אָזְלַת בָּהּ לְעִנְיַן שְׁבִיעִית דְּאִי לָאו דִּשְׁבִיעִית נָהֲגָא בָּהּ לָא הֲוָה מִפַּטְרָא דְּהַפָּקְרָא דִּשְׁבִיעִית פָּטַר לָהּ מִמַּעֲשֵׂר כִּדְתַנְיָא בַּמְּכִילְתָּא וְאָכְלוּ אֶבְיֹונֵי עַמֶּךָ וְיִתְרָם תֹּאכַל חַיַּת הַשָּׂדֶה מָה חַיָּה אוֹכֶלֶת וּפְטוּרָה מִן הַמַּעֲשֵׂר אַף אָדָם פָּטוּר הָא לָא הֲוָה קַשְׁיָא לִי דְּאָמֵינָא סִפּוּקַי מְסַפְּקָא לָךְ אִי אָזְלִינַן בְּאֶתְרוֹג בָּתַר חֲנָטָה לְעִנְיַן שְׁבִיעִית אוֹ בָּתַר לְקִיטָה כְּמוֹ בְּמַעֲשֵׂר וְאָזְלַת לְחוּמְרָא דִּשְׁבִיעִית דְּאוֹרָיְיתָא הִיא וּסְפֵיקָא דְּאוֹרָיְיתָא לְחוּמְרָא:
Abaye lui dit : soit pour la fin [de l'énoncé] — ce que tu dis, '[un etrog] de la septième entre dans la huitième, exempt de la dîme' : cela prouve que la sainteté de chevi'it l'a affecté et qu'on est tenu de le déclarer sans maître (hefker), et le hefker est exempt de dîme — ce qui montre que tu suis en lui la cueillette (lekita) pour la chevi'it ; et pour le bi'our aussi, comme tu dis 'soumis au bi'our'. Tout ce dernier passage — bien qu'il contredise le début, où tu dis '[un etrog] de la sixième entre dans la septième, exempt de la dîme', parce qu'il est hefker du fait de la chevi'it, ce qui montre que tu suis en lui la cueillette pour la chevi'it (car s'il n'était pas sous le régime de la chevi'it il ne serait pas exempté, puisque le hefker de chevi'it l'exempte de la dîme, comme il est enseigné dans la Mekhilta 'et les indigents de ton peuple mangeront, et leur reste, la bête des champs le mangera' : de même que la bête mange et [le produit] est exempt de dîme, de même l'homme en est exempt) — tout cela ne me faisait pas difficulté, car je disais : tu es dans le doute, [ne sachant] si l'on suit pour l'etrog la nouaison quant à la chevi'it, ou la cueillette comme pour la dîme, et tu vas vers la rigueur de la chevi'it, qui est d'ordre toranique, et le doute sur une [loi] toranique va vers la rigueur.
אֶלָּא רֵישָׁא דְּסִייַּמְתָּ בָּהּ פְּטוּרָה מִן הַבִּיעוּר דְּקֻולָּא הוּא:
Mais le début — que tu conclus 'exempt du bi'our' : c'est une indulgence (koula).
אַמַּאי דְּאָמְרִינַן זִיל בָּתַר חֲנָטָה אֶשְׁמָע' לָן בָּהּ דְּלָא מְסַפְּקָא לָךְ וּמַסְּקָנָא דְּרֵישָׁא וְכֻולָּהּ סֵיפָא חַד טַעְמָא הוּא דִּפְשִׁיטָא לָךְ דְּבָתַר חֲנָטָה אָזְלִינַן:
Pourquoi ? [C'est] que nous disons 'suis la nouaison' — tu nous fais savoir par là que tu n'es pas dans le doute, et la conclusion du début et tout le passage final ont une seule et même raison : il est évident pour toi que l'on suit la nouaison.
אִי הָכִי דְּלָא מְסַפְּקָא וְלָא נָהֲגָא שְׁבִיעִית בְּאֶתְרוֹג בַּת שִׁשִּׁית:
Si [c'est] ainsi — que tu n'es pas dans le doute et que la chevi'it n'affecte pas l'etrog de la sixième [année].
תִּתְחַייֵּב בְּמַעֲשֵׂר דְּלָאו הֶפְקֵר הוּא:
Qu'il soit soumis à la dîme — car il n'est pas hefker.
🗂️ Tossefot (1)
בִּשְׁלָמָא סֵיפָא לְחוּמְרָא. תֵּימַהּ מַאי חוּמְרָא הֲרֵי קֻולָּא הִיא לְעִנְיַן מַעֲשֵׂר וְחוּמְרָא לְעִנְיַן שְׁבִיעִית וְאִי הֲוָה אָזֵיל לְחוּמְרָא בְּתַרְוַיְיהוּ הֲוָה שַׁייָּךְ חוּמְרָא אֲבָל הַשְׁתָּא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בִּשְׁלָמָא סֵיפָא בָּתַר חֲנָטָה וי"ל דְּהָכִי קָאָמַר בִּשְׁלָמָא סֵיפָא אֲפִילּוּ מִטַּעַם סָפֵק דְּבָתַר חֲנָטָה אוֹ בָּתַר לְקִיטָה אָזְלַת לְחוּמְרָא לְעִנְיַן בִּיעוּר וְנִיחָא הָא דִּפְטוּרָה מִן הַמַּעֲשֵׂר מֵאַחַר דְּחִיְּיבוּ חֲכָמִים לְהַפְקִיר:
'Soit pour la fin [c'est] par rigueur' — c'est étonnant : quelle rigueur y a-t-il ? C'est bien une indulgence quant à la dîme et une rigueur quant à la chevi'it ; et si l'on allait vers la rigueur dans les deux [cas], le terme 'rigueur' conviendrait, mais en l'état il aurait fallu dire 'soit pour la fin, [on suit] la nouaison'. On peut répondre qu'il veut dire ceci : soit pour la fin, même du fait du doute — [ne sachant] si l'on suit la nouaison ou la cueillette, tu vas vers la rigueur quant au bi'our ; et l'on comprend alors qu'il soit exempt de la dîme, puisque les Sages ont obligé à le déclarer sans maître (hefker).
💡 Explication

Objection d'Abaye. Le second cas (soumis au bi'our) se comprend par rigueur : la nouaison en 7e le rattache à la chevi'it. Mais le premier cas — exempt de bi'our — ne s'explique que si l'on suit la chanata (nouaison en 6e, hors chevi'it). Or, si l'on suit la nouaison en 6e, l'etrog a alors noué une année d'obligation : il devrait donc être soumis à la dîme ! Contradiction interne.

9
אֲמַר לֵיהּ: יַד הַכֹּל מְמַשְׁמְשִׁין בָּהּ, וְאַתְּ אָמְרַתְּ תִּיחַייַּב בְּמַעֲשֵׂר?!

Il lui dit : la main de tous le tripote (yad ha-kol memachmechin bah) — et toi tu dirais qu'il soit soumis à la dîme ?!

📜 Rachi (1)
יַד הַכֹּל מְמַשְׁמְשִׁים בָּהּ נְהִי דְּלָא מִחַייַּב לְאַפְקוֹרַהּ דְּלָא נָהֲגָא בָּהּ שְׁבִיעִית מִיהוּ כָּל שָׂדוֹת וּפַרְדֵּסוֹת הֶפְקֵר הֵן בַּשְּׁבִיעִית וְאֵין אֶתְרוֹג זֶה נִשְׁמָר בָּהּ לְבַדּוֹ וְעַל כָּרְחוֹ הַכֹּל מְמַשְׁמְשִׁין בּוֹ וְהֶפְקֵר פָּטוּר מִן הַמַּעֲשֵׂר:
La main de tous le tripote — certes, il n'est pas tenu de le déclarer sans maître (hefker), la chevi'it ne l'affectant pas ; néanmoins tous les champs et vergers sont sans maître durant la chevi'it, et cet etrog ne peut y être garde à lui seul : bon gré mal gré, la main de tous le tripote, et le hefker est exempt de la dîme.
🗂️ Tossefot (1)
יַד הַכֹּל מְמַשְׁמְשִׁים בּוֹ וְאַתְּ אָמַרְתָּ תִּתְחַייֵּב בְּמַעֲשֵׂר. לָא נְקַט הַאי טַעְמָא אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר לְעֵיל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף יד:) שָׁוֶה לָאִילָן לְכָל דָּבָר כִּשְׁאָר אִילָנוֹת דְּכוּלְּהוּ מוֹדוֹ דְּבָתַר חֲנָטָה אֲפִי' הָכִי פְּטוּרִין מִן הַמַּעֲשֵׂר מִטַּעַם יַד הַכֹּל מְמַשְׁמְשִׁין דִּלְמַאי דְּסָבַר אַבְטוּלְמוֹס מִשּׁוּם חֲמִשָּׁה זְקֵנִים דְּאֶתְרוֹג אַחַר לְקִיטָה לַמַּעֲשֵׂר וְאַחַר חֲנָטָה לִשְׁבִיעִית לָא הֲוָה צָרִיךְ לְטַעַם זֶה דְּבֵין לְעִנְיַן חָדָשׁ וְיָשָׁן בֵּין לְעִנְיַן מַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְעָנִי אָזֵיל בָּתַר לְקִיטָה וּבְחִנָּם אַייְּתִי לְקַמָּן דְּאַבְטוּלְמוֹס דְּהַייְנוּ מַתְנֵי' דְּבִכּוּרִים (פ"ב מ"ו) דְּאֶתְרוֹג שָׁוֶה לְאִילָן בַּג' דְּרָכִים וְלַיָּרָק בְּדֶרֶךְ אֶחָד:
'La main de tous le tripote, et toi tu dirais qu'il soit soumis à la dîme' — il n'a recours à cette raison que pour celui qui dit plus haut (Roch Hachana 14b) que [l'etrog] est semblable à l'arbre en tout, comme les autres arbres, [pour] qui tous conviennent qu'on suit la nouaison ; malgré cela ils sont exempts de la dîme au motif que la main de tous le tripote. Car selon l'avis d'Avtolmos, au nom des cinq Anciens — que l'etrog [suit] la cueillette pour la dîme et la nouaison pour la chevi'it — on n'avait pas besoin de cette raison, puisque tant pour le hadach et yachan (nouveau et ancien) que pour le maaser cheni et le maaser ani on suit la cueillette. Et c'est en vain qu'on apporte plus loin [l'enseignement] d'Avtolmos — à savoir la michna de Bikourim (chap. 2, michna 6) : que l'etrog est semblable à l'arbre par trois voies et au légume par une voie.
💡 Explication

Réponse de Rabba à l'objection sur le premier cas. Même si la chevi'it n'a pas rendu cet etrog obligatoirement hefker, dans les faits tous les champs et vergers sont sans maître durant la chevi'it : cet etrog ne peut être garde à part, la main de tous le manie. De fait il est hefker (sans maître), et un produit hefker est exempt de dîme — même sans invoquer la sainteté de chevi'it.

10
וְרַב הִמְנוּנָא אָמַר: בַּת שִׁשִּׁית שֶׁנִּכְנֶסֶת לִשְׁבִיעִית — לְעוֹלָם שִׁשִּׁית, וּבַת שְׁבִיעִית הַנִּכְנֶסֶת לִשְׁמִינִית — לְעוֹלָם שְׁבִיעִית.

Et Rav Hamnouna dit : [un etrog] de la sixième qui entre dans la septième est toujours [considéré de] sixième, et [un etrog] de la septième qui entre dans la huitième est toujours [considéré de] septième.

📜 Rachi (1)
רַב הַמְנוּנָא אָמַר לְעוֹלָם שִׁשִּׁית חַייָּב בְּמַעֲשֵׂר דְּכֵיוָן דִּשְׁבִיעִית לָא נָהֲגָא בָּהּ וְלָאו הַפָּקְרָא דְּמַלְכָּא הִיא מִשְׁמוּשׁ יַד הַכֹּל שֶׁבָּהּ אֵינוֹ אֶלָּא גֶּזֶל וְאֵין הֶפְקֵר כָּזֶה פְּטוּרָה מִן הַמַּעֲשֵׂר:
Rav Hamnouna dit : toujours [de] sixième — soumis à la dîme, car dès lors que la chevi'it ne l'affecte pas et qu'il n'est pas hefker par décret royal (hefkera de-malka), le tâtonnement de la main de tous à son sujet n'est que du vol ; et un tel [prétendu] hefker n'exempte pas de la dîme.
💡 Explication

Position opposée de Rav Hamnouna : pour lui l'etrog reste toujours rattaché à l'année de sa nouaison, en tout point. Etrog noué en 6e : toujours '6e' — donc soumis à la dîme (pas de hefker de chevi'it, et le tâtonnement général n'est à ses yeux qu'un vol, non un vrai hefker). Etrog noué en 7e : toujours '7e' — donc de chevi'it.

11
מֵיתִיבִי, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן: אֶתְרוֹג בַּת שִׁשִּׁית שֶׁנִּכְנֶסֶת לִשְׁבִיעִית — פְּטוּרָה מִן הַמַּעֲשֵׂר וּפְטוּרָה מִן הַבִּיעוּר, שֶׁאֵין לְךָ דָּבָר שֶׁחַייָּב בְּמַעֲשֵׂר אֶלָּא אִם כֵּן גָּדַל בְּחִיּוּב וְנִלְקַט בְּחִיּוּב. וּבַת שְׁבִיעִית שֶׁנִּכְנֶסֶת לִשְׁמִינִית — פְּטוּרָה מִן הַמַּעֲשֵׂר וּפְטוּרָה מִן הַבִּיעוּר, שֶׁאֵין לְךָ דָּבָר שֶׁחַיָּיב בְּבִיעוּר אֶלָּא אִם כֵּן גָּדַל בִּשְׁבִיעִית וְנִלְקַט בִּשְׁבִיעִית.

On objecte : Rabbi Chimon ben Yehouda dit au nom de Rabbi Chimon : un etrog de la sixième qui entre dans la septième est exempt de la dîme et exempt de l'élimination, car il n'est rien qui soit soumis à la dîme à moins d'avoir grandi en obligation (gadel be-hiyouv) et d'avoir été cueilli en obligation (nilkat be-hiyouv). Et [un etrog] de la septième qui entre dans la huitième est exempt de la dîme et exempt de l'élimination, car il n'est rien qui soit soumis à l'élimination à moins d'avoir grandi durant la chevi'it et d'avoir été cueilli durant la chevi'it.

📜 Rachi (2)
מֵיתִיבִי ר"ש בֶּן יְהוּדָה אוֹמֵר כו' הָכִי גָרְסִינַן לָהּ בַּתּוֹסֶפְתָּא שֶׁאֵין לְךָ שֶׁחַייָּב בְּמַעֲשֵׂר אֶלָּא אִם כֵּן גָּדַל בְּחִיּוּב וְנִלְקַט בְּחִיּוּב וּבְסֵיפָא גָּרְסִי' שֶׁאֵין לְךָ שֶׁחַיָּיב בְּבִיעוּר אא"כ גָּדַל בִּשְׁבִיעִית וְנִלְקַט בִּשְׁבִיעִית בְּרֵישָׁא דְּמִילְּתֵיהּ יָהֵיב טַעְמָא לִפְטוּרָא דְּמַעֲשֵׂר לְפִי שֶׁהוֹצִיאוֹ מִכְּלַל שְׁאָר אִילָנוֹת שֶׁהָלְכוּ בָּם אַחַר חֲנָטָה לְפִיכָךְ הֻוזְקַק לִיתֵּן טַעַם לִדְבָרָיו וְאַשְׁמוֹעֵי' כְּרַבָּה דאע"ג דְּלָאו הֶפְקֵר דְּמַלְכָּא הוּא כֵּיוָן דְּסוֹף סוֹף יַד הַכֹּל מְמַשְׁמְשִׁין בָּהּ פְּטוּרָה מִן הַמַּעֲשֵׂר דְּלִפְטוּרָא דְּבִיעוּר לָא אִצְטְרִיךְ לְמִכְתַּב טַעְמָא דְּלָא אַפָּקְיָה מִדִּין שְׁאָר אִילָנוֹת דְּאָזְלִינַן בָּהּ בָּתַר חֲנָטָה וְסֵיפָא יָהֵיב טַעְמָא לִפְטוּרָא דְּבִיעוּר דְּלִפְטוּרָא דְּמַעֲשֵׂר הָא אַשְׁמְעִינַן טַעְמָא דְּלָא חִייְּבוּהוּ חֲכָמִים בְּמַעֲשֵׂר אא"כ גָּדַל בְּחִיּוּב וְנִלְקַט בְּחִיּוּב וְזֶה לֹא גָּדַל בְּחִיּוּב:
On objecte : Rabbi Chimon ben Yehouda dit, etc. — voici la leçon telle qu'on la trouve dans la Tossefta : 'il n'est rien qui soit soumis à la dîme à moins d'avoir grandi en obligation et d'avoir été cueilli en obligation' ; et pour la fin on lit : 'il n'est rien qui soit soumis à l'élimination à moins d'avoir grandi durant la chevi'it et d'avoir été cueilli durant la chevi'it'. Au début de son propos il donne la raison de l'exemption de la dîme : parce qu'il [l'etrog] a été exclu du régime des autres arbres, pour lesquels on suit la nouaison ; c'est pourquoi il a dû donner la raison de ses paroles et nous enseigner comme Rabba : bien qu'il ne soit pas hefker par décret royal, du fait qu'en définitive la main de tous le tripote, il est exempt de la dîme ; car pour l'exemption du bi'our il n'a pas eu besoin d'écrire la raison, n'ayant pas [l'etrog] été exclu du régime des autres arbres, pour lesquels on suit la nouaison. Et pour la fin il donne la raison de l'exemption du bi'our, tandis que pour l'exemption de la dîme il nous a [déjà] enseigné la raison : que les Sages ne l'ont soumis à la dîme qu'à condition d'avoir grandi en obligation et d'avoir été cueilli en obligation, et celui-ci n'a pas grandi en obligation.
אא"כ גָּדַל בִּשְׁבִיעִית וְנִלְקַט בִּשְׁבִיעִית דְּכִי כְּתִיב לִבְהֶמְתְּךָ וְלַחַיָּה אֲשֶׁר בְּאַרְצְךָ (וַיִּקְרָא כ״ה:ז׳) דְּיָלְפִינַן מִינָּהּ בִּיעוּר בִּשְׁבִיעִית כְּתִיב וְלֹא בִּשְׁמִינִית:
À moins d'avoir grandi durant la chevi'it et d'avoir été cueilli durant la chevi'it — car, quand il est écrit 'pour ton bétail et pour la bête qui est dans ton pays' (Lev 25:7), dont nous dérivons le bi'our, c'est de la chevi'it qu'il est écrit, non de la huitième [année].
🗂️ Tossefot (2)
שֶׁאֵין דָּבָר שֶׁחַייָּב בְּמַעֲשֵׂר אא"כ גָּדַל בְּחִיּוּב וְנִלְקַט בְּחִיּוּב. לְעִנְיַן חָדָשׁ וְיָשָׁן מַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְעָנִי לָא בָּעֵי גָּדַל וְנִלְקַט בְּשָׁנָה אַחַת וְאָזְלִינַן בָּתַר חֲנָטָה וְהָכָא פָּטוּר מִשּׁוּם יַד הַכֹּל מְמַשְׁמְשִׁין:
'Il n'est rien qui soit soumis à la dîme à moins d'avoir grandi en obligation et d'avoir été cueilli en obligation' — quant au hadach et yachan (nouveau et ancien), au maaser cheni et au maaser ani, on n'exige pas [qu'il ait] grandi et été cueilli dans la même année, et l'on suit la nouaison ; et ici [il est] exempt parce que la main de tous le tripote.
שֶׁאֵין לְךָ דָּבָר שֶׁחַיָּיב בְּבִיעוּר אא"כ גָּדַל בִּשְׁבִיעִית וְנִלְקַט בִּשְׁבִיעִית. וא"ת וּמַאי קַשְׁיָא לֵיהּ סֵיפָא בֵּין לְרַבָּה בֵּין לְרַב הַמְנוּנָא הָא כּוּלְּהוּ תַּנָּאֵי פְּלִיגִי אדר"ש בְּהָא דְּהָא מִילְּתָא דִּפְשִׁיטָא דִּבְכָל דֻּוכְתֵי בֵּין לַמַּעֲשֵׂר בֵּין לַשְּׁבִיעִית אִילָן בָּתַר חֲנָטָה יָרָק בָּתַר לְקִיטָה תְּבוּאָה וְזֵיתִים בָּתַר שְׁלִישׁ וְעוֹד קַשְׁיָא דִּבְפֶ' מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ (פְּסָחִים נא:) קָאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן גּוּפֵיהּ כָּל הַסְּפִיחִים אֲסוּרִין חוּץ מִסְּפִיחֵי כְּרוּב שֶׁמַּעֲמִידָהּ רַב נִסִּים גָּאוֹן בְּשֶׁל שְׁבִיעִית הַיּוֹצְאִים בִּשְׁמִינִית וְנִרְאֶה הָנֵי מִילֵּי לְעִנְיַן שְׁאָר דִּינֵי שְׁבִיעִית חוּץ מִלְּעִנְיַן בִּיעוּר וְעוֹד נִרְאֶה דְּלָא אַייְרֵי הָכָא אֶלָּא בְּאֶתְרוֹג דַּוְקָא וְשֶׁמָּא שׁוּם טַעַם יֵשׁ וּמִיתּוֹקְמָא שַׁפִּיר הַשְׁתָּא כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן הַהִיא דִּבְנוֹת שׁוּחַ שְׁבִיעִית שֶׁלָּהֶן שְׁנִיָּה (שְׁבִיעִית פ"ה מ"א):
'Il n'est rien qui soit soumis à l'élimination à moins d'avoir grandi durant la chevi'it et d'avoir été cueilli durant la chevi'it' — et si tu demandes : qu'y a-t-il de difficile pour lui dans la fin [de l'énoncé], que ce soit pour Rabba ou pour Rav Hamnouna, puisque tous les tannaim divergent d'avec R. Chimon sur ce point ? Car c'est chose évidente qu'en tout lieu, tant pour la dîme que pour la chevi'it, l'arbre [suit] la nouaison, le légume la cueillette, les céréales et les olives le tiers [de maturation]. Et une autre difficulté : au chapitre 'Makom che-nahagou' (Pessahim 51b), R. Chimon lui-même dit que tous les rejets spontanés (sefihim) sont interdits sauf ceux du chou — que Rav Nissim Gaon établit [comme parlant] de [produits] de chevi'it qui débordent sur la huitième [année]. Et il paraît que cela vaut pour les autres lois de chevi'it, hormis le bi'our. Et il paraît encore qu'ici on ne traite que de l'etrog spécifiquement, et peut-être y a-t-il quelque raison ; ainsi elle se résout bien maintenant selon R. Chimon : cette [michna] des figues blanches (benot chouah), dont la chevi'it [tombe] leur deuxième année (Chevi'it, chap. 5, michna 1).
💡 Explication

Objection tirée d'une baraita (Tossefta) de R. Chimon. Pose un double principe : (1) on n'est soumis à la dîme que si le fruit a grandi ET été cueilli en année d'obligation ; (2) on n'est soumis au bi'our que si le fruit a grandi ET été cueilli durant la chevi'it. Conséquence : l'etrog 6e-vers-7e est exempt des deux, et l'etrog 7e-vers-8e aussi est exempt des deux (dont le bi'our) — ce qui contredit Rabba.

12
רֵישָׁא קַשְׁיָא לְרַב הַמְנוּנָא, סֵיפָא קַשְׁיָא בֵּין לְרַבָּה בֵּין לְרַב הַמְנוּנָא!

Le début fait difficulté à Rav Hamnouna ; la fin fait difficulté tant à Rabba qu'à Rav Hamnouna !

📜 Rachi (1)
סֵיפָא קַשְׁיָא בֵּין לְרַבָּה בֵּין לְרַב הַמְנוּנָא דְּהָא תַּרְוַייְהוּ בָּתַר חֲנָטָה אָזְלִי בִּשְׁבִיעִית וּבַת שְׁבִיעִית שֶׁנִּכְנֶסֶת לִשְׁמִינִית חַיֶּיבֶת בְּבִיעוּר דְּהָא לָא פְּלִיג רַב הַמְנוּנָא אַדְּרַבָּה אֶלָּא בְּבַת שִׁשִּׁית שֶׁנִּכְנֶסֶת לִשְׁבִיעִית:
La fin fait difficulté tant à Rabba qu'à Rav Hamnouna — car tous deux suivent la nouaison quant à la chevi'it, [donc pour eux un etrog] de la septième qui entre dans la huitième est soumis à l'élimination ; car Rav Hamnouna ne diverge de Rabba que sur [l'etrog] de la sixième qui entre dans la septième.
💡 Explication

Bilan de l'objection. Le début (6e-vers-7e exempt de dîme) contredit Rav Hamnouna (qui le veut soumis à la dîme). La fin (7e-vers-8e exempt de bi'our) contredit à la fois Rabba et Rav Hamnouna, car tous deux suivent la nouaison pour la chevi'it et tiennent donc cet etrog soumis au bi'our.

13
תַּנָּאֵי הִיא. דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי, אַבְטוּלְמוֹס הֵעִיד מִשּׁוּם חֲמִשָּׁה זְקֵנִים: אֶתְרוֹג — אַחַר לְקִיטָתוֹ לְמַעֲשֵׂר, וְרַבּוֹתֵינוּ נִמְנוּ בְּאָוְשָׁא, וְאָמְרוּ: אַחַר לְקִיטָתוֹ, בֵּין לַמַּעֲשֵׂר בֵּין לַשְּׁבִיעִית.

C'est [une divergence] de tannaim. Car il est enseigné : Rabbi Yossei a dit : Avtolmos a témoigné au nom de cinq Anciens : l'etrog [suit] sa cueillette pour la dîme.

Mais nos maîtres ont voté à Ousha et ont dit : [il suit] sa cueillette tant pour la dîme que pour la chevi'it.

📜 Rachi (2)
תַּנָּאֵי הִיא הַאי תַּנָּא פְּלִיג עֲלַייְהוּ וְתַנָּא אַחַרְיַנָא קָאֵי כְּוָותַייְהוּ:
C'est [une divergence] de tannaim — ce tanna [R. Chimon] diverge d'avec eux, et un autre tanna se range de leur côté.
דְּתַנְיָא כּוּ' הָכִי גָּרְסִי' בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּמַסֶּכֶת שְׁבִיעִית (פ"ג) א"ר יוֹסֵי אַבְטוּלְמוֹס הֵעִיד מִשּׁוּם חֲמִשָּׁה זְקֵנִים אֶתְרוֹג אַחַר לְקִיטָה לַמַּעֲשֵׂר וְרַבּוֹתֵינוּ נִמְנוּ בְּאָוְשָׁא וְגָמְרוּ אֶתְרוֹג אַחַר לְקִיטָה בֵּין לַמַּעֲשֵׂר בֵּין לַשְּׁבִיעִית:
Car il est enseigné, etc. — voici la leçon telle qu'on la trouve dans la Tossefta du traité Chevi'it (chap. 3) : R. Yossei a dit : Avtolmos a témoigné au nom de cinq Anciens : l'etrog [suit] la cueillette pour la dîme ; et nos maîtres ont voté à Ousha et ont conclu : l'etrog [suit] la cueillette tant pour la dîme que pour la chevi'it.
💡 Explication

Résolution : le désaccord est un différend entre tannaim. La baraita de R. Chimon (qui suit la nouaison) est une opinion ; en face, Avtolmos, au nom de cinq Anciens, fait suivre l'etrog à la cueillette pour la dîme seulement — et les Sages réunis à Ousha étendent la cueillette à la dîme ET à la chevi'it. Rabba et Rav Hamnouna s'appuient sur cette dernière ligne.

14
שְׁבִיעִית מַאן דְּכַר שְׁמֵיהּ?

La chevi'it — qui en a fait mention ? [Nul n'en avait parlé : le sujet était la dîme.]

📜 Rachi (1)
שְׁבִיעִית מַאן דְּכַר שְׁמֵיהּ דְּקָאָמַר דְּאִימְּנוּ עֲלָהּ רַבּוֹתֵינוּ אַלְמָא אִיכָּא מַאן דִּפְלִיג:
La chevi'it — qui en a fait mention ? — puisqu'il dit que nos maîtres ont voté à ce sujet [à Ousha], cela prouve qu'il y a [bien] quelqu'un qui diverge.
💡 Explication

Question sur la formulation de la baraita. Puisque les Sages d'Ousha ont jugé nécessaire de voter pour étendre la cueillette à la chevi'it, c'est donc qu'il existait une opinion qui l'en excluait — à savoir Avtolmos, qui ne parlait que de la dîme. Le vote d'Ousha n'a de sens que face à une position adverse ; d'où la preuve qu'il y a bien ici une mahloket entre tannaim.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).