Rosh Hashanah 15b — l'etrog (cueillette ou nouaison), le 15 Chevat des arbres, et le silence de R. Yohanan sur les caroubes

Rosh Hashanah 15b

Sougya : La sougya précise le statut de l'etrog : pour la dîme on suit la cueillette (lekita), comme un légume ; pour la cheviit, Avtolemos et les Sages d'Oucha divergent (nouaison vs cueillette), avec Rabba et Rav Hamnouna qui tiennent la nouaison. Cas concret : l'etrog de 6e année cueilli en 7e année — R.

Yo'hanan et Rech Lakich le tiennent toujours de 6e année (soumis à la dîme, exempt du bi'our). Une baraita distingue ensuite les arbres à 'deux couvées' (comme les figuiers, où l'on suit la nouaison et le 15 Chevat) des arbres à une seule couvée (dattiers, oliviers, caroubiers, où l'on suit la cueillette).

R. Yo'hanan atteste que le peuple suit R.

Nehemia pour les caroubes ; Rech Lakich l'objecte des figues benot-choua'h et R. Yo'hanan se tait.

R. Abba et R.

Yossef les Cohanim analysent alors les trois réponses que R. Yo'hanan aurait pu donner (mahloket isolé vs majorité, simple usage vs interdit, dîme rabbinique vs cheviit de la Torah) et concluent en s'interrogeant sur le sens de son silence.

L'etrog : cueillette (lekita) ou nouaison (hanata) ? l'etrog se comporte comme un légume (il pousse toute l'année, sur toute eau) et comme un arbre Maasser (dîme) -> LEKITA Cheviit (7e année) -> ? on suit le moment de la CUEILLETTE : comme un légume (irrigation permanente). Consensus (Avtolemos + Sages d'Oucha). Avtolemos : HANATA (comme un arbre). Sages d'Oucha : LEKITA (comme le maasser). Rabba et Rav Hamnouna : hanata. Nafka mina : l'etrog de 6e année cueilli en 7e année R. Yo'hanan / Rech Lakich (lekita) toujours 6e année : soumis au maasser, exempt du bi'our (élimination) de cheviit. Avtolemos / Rabba (hanata) produit de 7e année : soumis au bi'our, et (selon Rabba) exempt du maasser (hefker).
L'etrog partage entre lekita (cueillette) et hanata (nouaison), et la nafka mina de l'etrog de 6e année cueilli en 7e (segments 0-1).
15 Chevat : quel arbre suit la nouaison, lequel suit la cueillette ? 15 Chevat noué AVANT -> année écoulée noué APRÈS -> année à venir Deux 'couvées' (R. Nehemia) figuiers, etc. : récolte étalée. On suit la NOUAISON (hanata) : 15 Chevat départage l'année de dîme. minorité des arbres Une seule couvée dattiers, oliviers, caroubiers : récolte groupée. On suit la CUEILLETTE (lekita), même si noué avant le 15 Chevat.
La baraita du 15 Chevat : arbres à deux couvées (nouaison) vs arbres à une seule couvée (cueillette) (segments 2-5).
Pourquoi R. Yo'hanan s'est-il tu face à Rech Lakich ? R. Yo'hanan : 'le peuple suit R. Nehemia pour les caroubes' — Rech Lakich objecte des figues-benot-choua'h 1. R. Nehemia vs Rabbanan 'je te parle de R. Nehemia, tu m'opposes les Rabbanan ?' rejeté : abandonner la majorité pour un isolé ? 2. Simple coutume (nahagou) 'je te parle d'un usage, tu m'opposes un interdit ?' rejeté : un usage fautif, le laisse-t-on subsister ? 3. Dîme rabbinique 'la dîme des caroubes est rabbinique, tu m'opposes la cheviit, de la Torah ?' réponse irréfutable R. Abba conclut : peut-être Rech Lakich n'a-t-il jamais posé cette objection ; ou R. Yo'hanan l'a-t-il jugée indigne de réponse (silence, non embarras).
Les trois réponses possibles au nom de R. Yohanan et le sens de son silence (segments 7-11).
1
חַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: אֶתְרוֹג — אַחַר לְקִיטָתוֹ לְמַעֲשֵׂר וְאַחַר חֲנָטָה לִשְׁבִיעִית. וְרַבּוֹתֵינוּ נִמְנוּ בְּאָוְשָׁא: אַחַר לְקִיטָתוֹ, בֵּין לַמַּעֲשֵׂר בֵּין לַשְּׁבִיעִית.

[La baraita] est incomplète (hassorei mihassera) et voici ce qu'elle enseigne : l'etrog — après sa cueillette (lekita) pour la dîme (maasser), et après sa nouaison (hanata) pour la cheviit ; mais nos Maîtres ont voté à Oucha : [on le suit] après sa cueillette, aussi bien pour la dîme que pour la cheviit.

📜 Rachi (1)
חַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי א"ר יוֹסֵי אַבְטוּלְמוֹס הֵעִיד מִשּׁוּם חֲמִשָּׁה זְקֵנִים אֶתְרוֹג אַחַר לְקִיטָה לַמַּעֲשֵׂר אַחַר חֲנָטָה לִשְׁבִיעִית וְרַבּוֹתֵינוּ נִמְנוּ בְּאָוְשָׁא וְגָמְרוּ אֶתְרוֹג אַחַר לְקִיטָה בֵּין לַמַּעֲשֵׂר בֵּין לַשְּׁבִיעִית וְהָכִי פֵּירוּשָׁהּ אֶתְרוֹג אַחַר לְקִיטָה לַמַּעֲשֵׂר לְעִנְיַן חָדָשׁ וְיָשָׁן וּלְעִנְיַן שְׁנִיָּה נִכְנֶסֶת לַשְּׁלִישִׁית אוֹ שְׁלִישִׁית לִרְבִיעִית וְאַחַר חֲנָטָה לִשְׁבִיעִית בֵּין לְהֶפְקֵר בֵּין לְבִיעוּר כִּשְׁאָר אִילָנוֹת וּבַת שְׁבִיעִית הַנִּכְנֶסֶת לִשְׁמִינִית הֶפְקֵרָהּ הוּא פּוֹטְרָהּ מִן הַמַּעֲשֵׂר דְּאִילּוּ לְעִנְיַן מַעֲשֵׂר בִּשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ אֲזוּל בֵּיהּ רַבָּנָן בָּתַר לְקִיטָה לְגַבֵּי חָדָשׁ וְיָשָׁן וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי וּמַעְשַׂר עָנִי מִשּׁוּם דְּדַרְכּוֹ לִיגְדַּל עַל כָּל מַיִם כְּיָרָק וְהָכִי מְפָרֵשׁ בִּשְׁמַעְתָּא קַמַּייְתָא דְּקִדּוּשִׁין (דַּף ג.) אֲבָל לִשְׁאָר דְּבָרָיו שָׁוֶה לְאִילָן בָּתַר חֲנָטָה וְרַבָּה וְרַב הִמְנוּנָא סְבִירָא לְהוּ כְּאַבְטוּלְמוֹס דְּאָמַר בָּתַר חֲנָטָה לִשְׁבִיעִית הִלְכָּךְ בַּת שְׁבִיעִית שֶׁנִּכְנֶסֶת לִשְׁמִינִית חַיֶּיבֶת בְּבִיעוּר וּבַת שִׁשִּׁית הַנִּכְנֶסֶת לִשְׁבִיעִית פְּטוּרָה מִן הַבִּיעוּר דְּאָזֵיל בָּתַר חֲנָטָה וּמִיפְלָג פְּלִיגִי רַבָּה וְרַב הִמְנוּנָא בְּמִילְּתֵיהּ דְּאַבְטוּלְמוֹס בְּהָא רַב הַמְנוּנָא סָבַר כֵּיוָן דִּפְטוּרָה מִן הַבִּיעוּר חַייֶּבֶת בְּמַעֲשֵׂר דְּלָאו הַפָּקְרָא דְּמַלְכָּא הִיא וְרַבָּה סָבַר סוֹף סוֹף יַד הַכֹּל מְמַשְׁמְשִׁין וּמוֹדֶה אַבְטוּלְמוֹס דִּפְטוּרָה מִן הַמַּעֲשֵׂר:
'[La baraita] est incomplète et voici ce qu'elle enseigne — R. Yossi a dit : Avtolemos a témoigné au nom de cinq Anciens : l'etrog suit la cueillette pour la dîme, la nouaison pour la cheviit ; mais nos Maîtres ont voté à Oucha et conclu : l'etrog suit la cueillette aussi bien pour la dîme que pour la cheviit'. Voici l'explication : 'l'etrog suit la cueillette pour la dîme' concerne le nouveau et l'ancien (hadach ve-yachan) et la question de savoir si [le fruit] passe de la 2e année à la 3e ou de la 3e à la 4e [pour déterminer si l'on prend le maasser cheni ou le maasser ani] ; 'et la nouaison pour la cheviit', tant pour le hefker (abandon) que pour le bi'our (élimination), comme les autres arbres. Et le [fruit] de la 7e année qui entre dans la 8e, son abandon (hefker) l'exempte de la dîme ; car pour la dîme dans les autres années du cycle, les Sages ont suivi la cueillette quant au nouveau et à l'ancien, au maasser cheni et au maasser ani, parce que [l'etrog] a coutume de pousser sur toute eau comme un légume — ainsi est-ce expliqué dans le premier chapitre de Kidouchin (3a) ; mais pour tout le reste il est comparable à l'arbre, [on suit] la nouaison. Or Rabba et Rav Hamnouna tiennent comme Avtolemos, qui dit [qu'on suit] la nouaison pour la cheviit ; dès lors le [fruit] de la 7e année entrant dans la 8e est soumis au bi'our, et celui de la 6e année entrant dans la 7e est exempt du bi'our, car on suit la nouaison. Et Rabba et Rav Hamnouna divergent [entre eux] sur la position d'Avtolemos en ceci : Rav Hamnouna tient que, puisqu'il est exempt du bi'our, il est soumis à la dîme, car ce n'est pas l'abandon [décrété] par le Roi ; et Rabba tient que, en fin de compte, la main de tous s'en saisit, et Avtolemos concède qu'il est exempt de la dîme.'
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבּוֹתֵינוּ נִמְנוּ בְּאָוְשָׁא. אִית דְּגָרְסִי אֶתְרוֹג אַחַר חֲנָטָה בֵּין לַמַּעֲשֵׂר בֵּין לַשְּׁבִיעִית דְּסָבְרִי לָהּ הַשְׁתָּא כר"א דִּלְעֵיל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף יד:) וְלֹא נִרְאֶה דִּבְהֶדְיָא מוֹכַח בְּפֶ' לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף מ.) דְּגָרְסִינַן אַחַר לְקִיטָה וְג' מַחֲלֹוקֶת בַּדָּבָר:
'Mais nos Maîtres ont voté à Oucha' — certains lisent 'l'etrog suit la nouaison aussi bien pour la dîme que pour la cheviit', car ils tiennent alors comme R. Eliezer ci-dessus (Roch Hachana 14b). Mais cela ne paraît pas [exact], car il est prouvé explicitement au chapitre 'Loulav ha-gazoul' (Souka 40a) que l'on lit 'après la cueillette', et [qu'il y a] trois avis dans l'affaire.
💡 Explication

La Guemara corrige la baraita : elle est lacunaire (hassorei mihassera). Deux étapes distinctes. Pour la dîme (maasser), l'etrog suit sa cueillette (lekita), comme un légume qui pousse toute l'année. Pour la cheviit (7e année), Avtolemos disait qu'on suit la nouaison (hanata, formation du fruit), comme un arbre ; mais les Sages réunis à Oucha ont tranché : on suit la cueillette pour les deux.

🖼️ Schéma
L'etrog : cueillette (lekita) ou nouaison (hanata) ? l'etrog se comporte comme un légume (il pousse toute l'année, sur toute eau) et comme un arbre Maasser (dîme) -> LEKITA Cheviit (7e année) -> ? on suit le moment de la CUEILLETTE : comme un légume (irrigation permanente). Consensus (Avtolemos + Sages d'Oucha). Avtolemos : HANATA (comme un arbre). Sages d'Oucha : LEKITA (comme le maasser). Rabba et Rav Hamnouna : hanata. Nafka mina : l'etrog de 6e année cueilli en 7e année R. Yo'hanan / Rech Lakich (lekita) toujours 6e année : soumis au maasser, exempt du bi'our (élimination) de cheviit. Avtolemos / Rabba (hanata) produit de 7e année : soumis au bi'our, et (selon Rabba) exempt du maasser (hefker).
Les deux axes (dîme / cheviit) et les positions.
2
אִיתְּמַר, רַבִּי יוֹחָנָן וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמְרִי תַּרְוַייְהוּ: אֶתְרוֹג בַּת שִׁשִּׁית שֶׁנִּכְנְסָה לִשְׁבִיעִית — לְעוֹלָם שִׁשִּׁית. כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֶתְרוֹג בַּת שִׁשִּׁית שֶׁנִּכְנְסָה לִשְׁבִיעִית, אֲפִילּוּ כְּזַיִת וְנַעֲשֵׂית כִּכָּר — חַיָּיבִין עָלֶיהָ מִשּׁוּם טֶבֶל.

Il a été dit : Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich disent tous deux : l'etrog de la 6e année entre dans la 7e — [il reste] toujours [de la] 6e [année]. Quand Ravin arriva [de Terre d'Israël], il dit au nom de Rabbi Yo'hanan : l'etrog de 6e année entre dans la 7e — même [s'il n'était] qu'[gros] comme une olive et [qu'il] est devenu comme une miche (kikar), on est passible à son sujet [de transgression] pour tevel.

📜 Rachi (2)
לְעוֹלָם שִׁשִּׁית חַייֶּבֶת בְּמַעֲשֵׂר וּפְטוּרָה מִן הַבִּעוּר:
'[Il reste] toujours [de la] 6e — soumis à la dîme et exempt du bi'our.'
אֲפִילּוּ כַּזַּיִת אֲפִילּוּ לֹא גָּדְלָה בְּשִׁשִּׁית אֶלָּא מְעַט וְרֻובָּהּ גָּדְלָה בַּשְּׁבִיעִית עַד שֶׁנַּעֲשֵׂית כִּכָּר חַיֶּיבֶת מִשּׁוּם טֶבֶל דְּבָתַר חֲנָטָה אָזְלִינַן:
'Même [gros] comme une olive — même s'il n'a grandi en 6e année que peu, et que l'essentiel de sa croissance s'est faite en 7e jusqu'à devenir comme une miche, il est passible [de transgression] pour tevel, car on suit la nouaison.'
💡 Explication

Cas pratique : un etrog qui a noué en 6e année mais n'est cueilli qu'en 7e année. R. Yo'hanan et Rech Lakich : il reste toujours de 6e année (donc soumis à la dîme, exempt du bi'our). Ravin précise au nom de R. Yo'hanan : même s'il était minuscule (comme une olive) en 6e année et a grossi (comme une miche) en 7e, on suit la nouaison — c'est du tevel (produit non dîme), interdit tant qu'on ne l'a pas dîme.

3
תָּנוּ רַבָּנַן: אִילָן שֶׁחָנְטוּ פֵּירוֹתָיו קֹודֶם חֲמִשָּׁה עָשָׂר בִּשְׁבָט — מִתְעַשֵּׂר לַשָּׁנָה שֶׁעָבְרָה, אַחַר חֲמִשָּׁה עָשָׂר בִּשְׁבָט — מִתְעַשֵּׂר לַשָּׁנָה הַבָּאָה. אָמַר רַבִּי נְחֶמְיָה: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּאִילָן שֶׁעוֹשֶׂה שְׁתֵּי בְרִיכוֹת בַּשָּׁנָה.

Nos Maîtres ont enseigné : un arbre dont les fruits ont noué avant le 15 chevat — est soumis à la dîme selon l'année écoulée ; après le 15 chevat — est soumis à la dîme selon l'année à venir. Rabbi Nehemia dit : de quoi parle-t-on ?

D'un arbre qui fait deux 'couvées' (berikhot) par an.

💡 Explication

Baraita fondatrice du 15 Chevat (Roch Hachana des arbres pour la dîme) : ce qui a noué avant compte pour l'année écoulée, après pour l'année à venir. R. Nehemia restreint : cette règle (suivre la nouaison) ne vaut que pour l'arbre qui produit deux 'couvées' (berikhot) par an — c'est-à-dire dont la récolte est étalée.

4
שְׁתֵּי בְרִיכוֹת סָלְקָא דַּעְתָּךְ? אֶלָּא אֵימָא: כְּעֵין שְׁתֵּי בְּרִיכוֹת.

'Deux couvées', cela te vient-il à l'esprit ?! Dis plutôt : comme deux couvées.

📜 Rachi (2)
שְׁתֵּי בְּרִיכוֹת ס"ד אֵין לָשׁוֹן זֶה נוֹפֵל אֶלָּא בְּעוֹפוֹת כְּדִתְנַן (ב"ב דַּף פ.) הַלּוֹקֵחַ פֵּירוֹת שׁוֹבָךְ מַפְרִיחַ הַבְּרִיכָה רִאשׁוֹנָה:
'Deux couvées, cela te vient-il à l'esprit — cette expression ne s'emploie qu'à propos des oiseaux, comme nous avons appris (Baba Batra 80a) : celui qui achète les [pigeonneaux] d'un colombier fait s'envoler la première couvée (berikha).'
כְּעֵין שְׁתֵּי בְּרִיכוֹת שֶׁאֵין פֵּירוֹתָיו נִגְמָרִין כְּאַחַת כְּגוֹן תְּאֵנִים כְּדַאֲמָרָן (לְעֵיל רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף יג:) גַּבֵּי קִטְנִיּוֹת מִתּוֹךְ שֶׁעֲשׂוּיִין פְּרָכִין:
'Comme deux couvées — dont les fruits ne s'achèvent pas d'un coup, tels les figuiers, comme nous l'avons dit (ci-dessus Roch Hachana 13b) à propos des légumineuses, du fait qu'elles [mûrissent] par bouquets successifs.'
🗂️ Tossefot (1)
שְׁתֵּי בְּרִיכוֹת ס"ד. דְּלָא שַׁייָּךְ לְשׁוֹן בְּרִיכָה בְּאֵלּוּ אֶלָּא בְּיוֹנִים כִּדְפֵי' בַּקּוּנְטְרֵס כְּדִתְנַן בְּפֶרֶק הַמּוֹכֵר אֶת הַסְּפִינָה (ב"ב דַּף פ.) הַלּוֹקֵחַ פֵּירוֹת שׁוֹבָךְ מַפְרִיחַ בְּרִיכָה רִאשׁוֹנָה וְאֵין לְפָרֵשׁ דְּפָרִיךְ מִשּׁוּם דְּאֵין אִילָן טוֹעֵן שְׁתֵּי פְּעָמִים בְּשָׁנָה דְּהָא אַשְׁכְּחַן דְּיוֹפֵירָא בְּרֵישׁ עוֹשִׂין פַּסִּין (עֵירוּבִין דַּף יח.) וּמִיהוּ י"ל מִשּׁוּם דְּקַשְׁיָא לֵיהּ דְּכֵיוָן דְּלָא שְׁכִיחַ אֵין לָנוּ לְחַלֵּק מִדְּרַבָּנָן:
'Deux couvées, cela te vient-il à l'esprit' — car l'expression 'couvée' (berikha) ne convient à ceux-là que pour les pigeons, comme l'a expliqué le Kountras (Rachi), selon ce que nous avons appris au chapitre 'Ha-mokher et ha-sefina' (Baba Batra 80a) : celui qui achète les [pigeonneaux] d'un colombier fait s'envoler la première couvée. Et l'on ne peut pas expliquer qu'[on] objecte parce qu'un arbre ne porte pas deux fois par an, car nous trouvons [l'expression] 'dioufra' (double récolte) au début de 'Ossin passin' (Erouvin 18a) ; toutefois on peut dire que [la Guemara] trouve difficile [ceci] : puisque [le cas] est rare, nous n'avons pas à introduire une distinction d'ordre rabbinique.
💡 Explication

Objection de langage : le mot berikha (couvée) s'emploie pour les oiseaux, pas pour un arbre. La Guemara corrige : il faut lire 'comme deux couvées', c'est-à-dire un arbre dont les fruits ne mûrissent pas tous ensemble (comme les figuiers), mais en plusieurs vagues.

5
אֲבָל אִילָן הָעוֹשֶׂה בְּרִיכָה אַחַת, כְּגוֹן דְּקָלִים וְזֵיתִים וְחָרוּבִין, אַף עַל פִּי שֶׁחָנְטוּ פֵּירוֹתֵיהֶן קֹודֶם חֲמִשָּׁה עָשָׂר בִּשְׁבָט — מִתְעַשְּׂרִין לַשָּׁנָה הַבָּאָה.

Mais un arbre qui fait une seule 'couvée', tels les dattiers, les oliviers et les caroubiers — bien que leurs fruits aient noué avant le 15 chevat, ils sont soumis à la dîme selon l'année à venir.

📜 Rachi (1)
אֲבָל אִילָן שֶׁפֵּירוֹתָיו נִלְקָטִין כְּאֶחָד בָּתַר לְקִיטָה אָזְלִינַן בְּהוּ:
'Mais un arbre — dont les fruits se cueillent d'un [seul] coup, on les suit d'après la cueillette.'
🗂️ Tossefot (1)
כְּגוֹן הַדְּקָלִים וְהַזֵּיתִים. בְּחִנָּם נְקַט זֵיתִים דְּמוֹדֶה בְּהוּ ת"ק דִּתְבוּאָה וְזֵיתִים אַחַר שְׁלִישׁ וְלֹא אַחַר חֲנָטָה:
'Tels les dattiers et les oliviers' — c'est en vain qu'il mentionne les oliviers, car le premier Tana concède à leur sujet que le grain (tevoua) et les olives [suivent] le [stade] du tiers [de maturation], et non la nouaison.
💡 Explication

À l'inverse, l'arbre a une seule couvée (récolte groupée) — dattiers, oliviers, caroubiers — suit la cueillette (lekita) et non la nouaison. Donc même si le fruit a noué avant le 15 Chevat, il compte pour l'année de sa cueillette (l'année à venir).

6
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: נָהֲגוּ הָעָם בֶּחָרוּבִין כְּרַבִּי נְחֶמְיָה.

Rabbi Yo'hanan dit : le peuple s'est accoutumé, pour les caroubes, [à agir] comme Rabbi Nehemia.

🗂️ Tossefot (1)
נָהֲגוּ הָעָם בֶּחָרוּבִין כְּרַבִּי נְחֶמְיָה. לָאו דַּוְקָא נְקַט חָרוּבִים דְּהוּא הַדִּין דְּקָלִים וְזֵיתִים וְכָל אִילָנוֹת הָעֲשׂוּיוֹת בְּרִיכָה אַחַת בַּשָּׁנָה מִדְּפָרִיךְ לֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ מִבְּנוֹת שׁוּחַ וא"ת וְהָא בְּנוֹת שׁוּחַ מְפָרֵשׁ בְּפֶרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף מ:) תְּאֵינֵי חִיוָּרָתָא וּבְרֵישׁ כְּלָל גָּדוֹל (שַׁבָּת דַּף סח. וְשָׁם) אָמְרִינַן לְקִיטָתוֹ כְּאֶחָד לִמְעוּטֵי תְּאֵנָה ואע"פ שֶׁיֵּשׁ לְחַלֵּק בֵּין סְתָם תְּאֵנִים לִתְאֵינֵי חִיוָּרָתָא הָא בפ"ק דְּפֵאָה (מ"ה) חֲשִׁיב אִילָנוֹת שֶׁלְּקִיטָתָן כְּאֶחָד וְלָא חֲשִׁיב בְּנוֹת שׁוּחַ וְשֶׁמָּא תָּנָא וְשַׁיַּיר:
'Le peuple s'est accoutumé, pour les caroubes, comme Rabbi Nehemia' — [le Tana] ne mentionne pas spécifiquement les caroubes : il en va de même des dattiers, des oliviers et de tous les arbres à une seule couvée par an, comme le prouve le fait que Rech Lakich l'objecte des figues benot-choua'h. Et si tu demandes : les benot-choua'h ne sont-elles pas expliquées au chapitre 'Keitsad mevarkhin' (Berakhot 40b) comme des figues blanches (te'ineh hivarta), et au début de 'Kelal gadol' (Chabbat 68a) 'sa cueillette d'un coup' exclut le figuier ? — bien qu'on puisse distinguer entre les figues ordinaires et les figues blanches, [remarquons qu']au 1er chapitre de Pea (michna 5) [le Tana] énumère les arbres à cueillette groupée et n'y compte pas les benot-choua'h ; peut-être a-t-il enseigné [une partie] et omis [le reste].
💡 Explication

R. Yo'hanan atteste un usage établi (nahagou ha-am) : pour les caroubes, le peuple suit R. Nehemia — c'est-à-dire qu'on les traite selon la cueillette pour l'année de dîme.

7
אֵיתִיבֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ לְרַבִּי יוֹחָנָן: בְּנוֹת שׁוּחַ — שְׁבִיעִית שֶׁלָּהֶן שְׁנִיָּה, מִפְּנֵי שֶׁעוֹשׂוֹת לִשְׁלֹשׁ הַשָּׁנִים!

Rech Lakich objecta à Rabbi Yo'hanan : les figues benot-choua'h — leur [année de] cheviit est la 2e [année du cycle], parce qu'elles portent [des fruits] pour trois ans !

📜 Rachi (3)
בְּנוֹת שׁוּחַ מְפָרֵשׁ בְּמַסֶּכֶת ע"ז (דַּף יד.) תְּאֵינֵי חִיוָּרָתָא:
'Benot-choua'h — expliquées dans le traité Avoda Zara (14a) : des figues blanches (te'ineh hivarta).'
שְׁבִיעִית שֶׁלָּהֶן שְׁנִיָּה שְׁבִיעִית שֶׁלָּהֶן נוֹהֶגֶת בְּשָׁנָה שְׁנִיָּה שֶׁל שְׁמִטָּה כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא:
'Leur cheviit est la 2e [année] — leur régime de cheviit s'applique la 2e année du cycle sabbatique, comme le [texte] en explique la raison.'
מִפְּנֵי שֶׁעוֹשׂוֹת לְשָׁלֹשׁ שָׁנִים פֵּירוֹת הַחוֹנְטִים בָּהּ בַּשְּׁבִיעִית אֵין נִגְמָרִין עַד שָׁנָה שְׁנִיָּה שֶׁל שְׁמִטָּה וַאֲנַן בָּתַר חֲנָטָה אָזְלִינַן וְנָהֲגָא בְּהוּ שְׁבִיעִית:
'Parce qu'elles portent pour trois ans — les fruits qui nouent sur elles durant la 7e année ne s'achèvent qu'à la 2e année du cycle, et nous suivons la nouaison : la cheviit s'applique donc à elles [en 2e année].'
🗂️ Tossefot (1)
בְּנוֹת שׁוּחַ. בְּפֶרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף מ:) אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה תְּאֵינֵי חִיוָּרָתָא וּפְרִי גָּרוּעַ הוּא כִּדְמַשְׁמַע בְּרֵישׁ מַסֶּכֶת דְּמַאי דְּלָא נֶחְשְׁדוּ עֲלֵיהֶם עַמֵּי הָאָרֶץ דִּתְנַן הַקַּלִּין שֶׁבַּדְּמַאי הַשִּׁיתִין הָרִימִין וְהָעוּזְרָדִין וּבְנוֹת שׁוּחַ וְכֵן מַשְׁמַע בְּפ"ק דע"ז (דַּף יד. וְשָׁם) דְּאָמְרִינַן גַּבֵּי שְׁבִיעִית הוֹסִיפוּ עֲלֵיהֶן מוֹכְסָסִין וּבְנוֹת שׁוּחַ אֲבָל מֵעִיקָּרָא לֹא נָהֲגוּ בָּהֶם שְׁבִיעִית שֶׁלֹּא הָיָה חָשׁוּב בְּעֵינֵיהֶם וְקַשְׁיָא דבפ"ק דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף יב: וְשָׁם) מַשְׁמַע שֶׁהוּא פְּרִי חָשׁוּב גַּבֵּי מֻותָּרוֹת קַיִץ לַמִּזְבֵּחַ כִּבְנוֹת (שֶׁבַע) לְאָדָם כֹּל שֶׁאוֹכְלִין אוֹתוֹ בְּקִינּוּחַ סְעוּדָה וְהַייְנוּ בְּנוֹת שׁוּחַ דְּאָמְרִינַן בִּבְרֵאשִׁית רַבָּה גַּבֵּי עֵץ שֶׁאָכַל אָדָם הָרִאשׁוֹן דְּקָרוּ לֵיהּ בְּנוֹת שׁוּחַ לְפִי שֶׁגָּרְמוּ שׁוֹחֶה לָאָדָם וְאִיכָּא דְּקָרוּ לֵיהּ בְּנוֹת שֶׁבַע לְפִי שֶׁגָּרְמוּ שִׁבְעַת יְמֵי אֲבֵילוּת וּבְפֶרֶק אַרְבָּעָה נְדָרִים (נְדָרִים כז.) גַּבֵּי נוֹדֵר מִן הַכַּלְכָּלָה וְהָיוּ בָּהֶן בָּנוֹת (שֶׁבַע) וְאָמַר אִלּוּ הָיִיתִי יוֹדֵעַ שֶׁבְּנוֹת (שֶׁבַע) בְּתוֹכָהּ מַשְׁמַע נָמֵי דִּפְרִי טוֹב הוּא וּלְרַבִּי יוֹחָנָן דְּפָטַר בִּירוּשַׁלְמִי בְּרֵישׁ דְּמַאי אֲפִילּוּ בְּוַדַּאי וּדְמַאי דְּמַתְנִיתִין לָאו דַּוְקָא לְפִי שֶׁרֹוב מִינִין אֵינָם בָּאִין אֶלָּא מִן הַהֶפְקֵר הֲוָה מָצִינוּ לְמֵימַר דִּפְרִי הוּא הַגָּדֵל בַּיְּעָרִים שֶׁהוּא מְקוֹם הֶפְקֵר וּפָטוּר מִן הַמַּעֲשֵׂר אע"פ שֶׁהוּא טוֹב כְּעֵין אֱגוֹזִים קְטַנִּים שֶׁלָּנוּ וּכְגוֹן עַרְמוֹנִים וְהָא דְּלָא נָהֲגוּ בֵּיהּ שְׁבִיעִית מֵעִיקָּרָא לָאו מִשּׁוּם גְּרִיעוּתָא הוּא אֶלָּא מִשּׁוּם דְּעוֹשׂוֹת לְשָׁלֹשׁ שָׁנִים כִּדְאָמְרִינַן הָכָא וְהָווּ סָבְרִי דְּלָא אָזְלִינַן בְּהוּ בָּתַר חֲנָטָה אֶלָּא בָּתַר לְקִיטָה כֵּיוָן דְּעִיקָּרָן אֵינָם נִגְמָרִין בַּשָּׁנָה שֶׁחוֹנְטִים בָּהּ אֲבָל לְרֵישׁ לָקִישׁ דִּירוּשַׁלְמִי דִּמְחַייֵּב בְּוַדַּאי וּפָטְרִי בִּדְמַאי לְפִי שֶׁלֹּא נֶחְשְׁדוּ מַשְׁמַע מִשּׁוּם גְּרִיעוּתָא הוּא וְשִׁיטְתֵיהּ דְּהַשַּׁ"ס כְּוָותֵיהּ בְּפֶ' כ"מ (בְּרָכוֹת מ:) דְּאָמְרִינַן דְּמַאי הוּא דְּלָא בָּעֵי עִשּׂוּרֵי הָא וַדַּאי בָּעֵי עִשּׂוּרֵי וְעוֹד קַשְׁיָא דְּהָתָם ובפ"ק דע"ז (דַּף יד.) תְּאֵינֵי חִיוָּרָתָא קָרֵי לֵיהּ וּבְפֶ' אַרְבָּעָה נְדָרִים (נְדָרִים דַּף כז.) אָמְרִי' דְּאֵין זֶה לֹא תְּאֵנִים שְׁחוֹרוֹת וְלֹא תְּאֵנִים לְבָנוֹת וְצָרִיךְ לוֹמַר דִּשְׁלֹשָׁה מִינֵי תְּאֵנִים הֵן שְׁחוֹרוֹת וְלִבְנוֹת הֵן סְתָם תְּאֵנִים וּבְנוֹת שׁוּחַ הֵם תְּאֵנִים רָעוֹת כְּגוֹן הָנָךְ דִּדְמַאי ובפ"ק דע"ז וּקְרָאוּם בְּנוֹת שׁוּחַ לְפִי שֶׁתּוֹלִין הַקַּלְקָלָה בַּמְקֻולְקָל אֲבָל בְּנוֹת שֶׁבַע דִּשְׁבוּעוֹת וּנְדָרִים הֵן חֲשׁוּבוֹת שֶׁגָּרְמוּ שִׁבְעַת יְמֵי אֲבֵילוּת וּמִסְּתָמָא מִן הַטּוֹבוֹת אָכַל שֶׁנֶּאֱמַר (בְּרֵאשִׁית ג׳:ו׳) וְנֶחְמָד הָעֵץ לְהַשְׂכִּיל וְאִית דְּגָרְסִי בפ"ק דע"ז מוֹכְסָסִין בְּנוֹת שׁוּחַ בְּלֹא וָי"ו שֶׁהוּא פְּרִי אֶחָד שֶׁכָּךְ שְׁמוֹ כִּדְמוֹכַח בפ"ק דִּבְכוֹרוֹת (דַּף ח. וְשָׁם) דְּאָמְרִי' הַזְּאֵב וְהָאֲרִי וְהַדֹּוב וְהַנָּמֵר וְהַבַּרְדְּלָס לְשָׁלֹשׁ שָׁנִים וּכְנֶגְדּוֹ בָּאִילָנוֹת בְּנוֹת שׁוּחַ נָחָשׁ לְשֶׁבַע שָׁנִים וּלְאוֹתוֹ רָשָׁע לֹא מָצִינוּ חָבֵר וְיֵשׁ אוֹמְרִים כְּנֶגְדּוֹ מוֹכְסָסִין בְּנוֹת שׁוּחַ וּפִי' שָׁם בַּקּוּנְטְרֵס מוֹכְסָסִין שֶׁל בְּנוֹת שׁוּחַ וְלֹא בְּנוֹת שׁוּחַ מַמָּשׁ וְעוֹד י"ל דְּמִשְּׁעַת נְטִיעַת הָאִילָן שֶׁל בְּנוֹת שׁוּחַ אֵין טוֹעֵן פֵּירוֹת עַד שֶׁבַע שָׁנִים וְאַהָכִי מַיְיתֵי לָהּ גַּבֵּי נָחָשׁ וְכִי הַאי גַּווְנָא קָאָמַר הָתָם אֶפְעֶה לְשִׁבְעִים שָׁנָה וּכְנֶגְדּוֹ בָּאִילָן חָרוּב וְחָרוּב זֶה מִשְּׁעַת נְטִיעָתוֹ עַד שְׁעַת גְּמַר פֵּירוֹתָיו שִׁבְעִים שָׁנָה אֲבָל גַּבֵּי זְאֵב וַאֲרִי דִּלְשָׁלֹשׁ שָׁנִים הַיְינוּ מִשְּׁעַת חֲנִיטָתוֹ עַד גְּמַר פְּרִי כִּדְאָמְרִינַן הָכָא:
'Benot-choua'h' — au chapitre 'Keitsad mevarkhin' (Berakhot 40b), Rabba bar bar Hana dit : ce sont des figues blanches, et c'est un fruit de peu de valeur, comme il ressort du début du traité Demai, où les 'amei ha-arets ne sont pas soupçonnés à leur sujet, car nous avons appris : les [cas] légers du demai sont les chitin, les rimin, les 'ouzradin et les benot-choua'h ; de même il ressort au 1er chapitre d'Avoda Zara (14a) qu'on dit, à propos de la cheviit, 'on y ajouta les moukhsassin et les benot-choua'h', mais qu'à l'origine on n'y appliquait pas la cheviit, car [ce fruit] n'était pas estimé à leurs yeux. Et il y a une difficulté, car au 1er chapitre de Chevouot (12b) il ressort que c'est un fruit estimé, à propos des surplus [d'offrandes] destinés à l'appoint de l'autel 'comme les benot [chevah] pour l'homme' : tout ce qu'on mange en fin de repas — c'est-à-dire les benot-choua'h, dont on dit dans Berechit Rabba, à propos de l'arbre dont mangea Adam, qu'on les appelle benot-choua'h parce qu'elles ont causé une fosse (chouha) à l'homme, et certains les appellent benot-cheva' parce qu'elles ont causé les sept jours de deuil ; et au chapitre 'Arba'a nedarim' (Nedarim 27a), à propos de celui qui fait vœu [de s'abstenir] du panier où il y avait des benot-[cheva'], et [qui] dit 'si j'avais su qu'il y avait des benot-[cheva'] dedans' — il ressort aussi que c'est un bon fruit. Et selon R. Yo'hanan, qui exempte dans le Yerouchalmi (début de Demai) même le [produit] certain [non dîme], et [selon lequel] le demai de notre michna n'est pas [pris] au sens strict — parce que la plupart de ces espèces ne viennent que du hefker (abandon) — nous pourrions dire que c'est un fruit qui pousse dans les forêts, lieu d'abandon, et exempt de la dîme, bien qu'il soit bon, semblable à nos petites noix et aux châtaignes ; et le fait qu'à l'origine on n'y appliquait pas la cheviit ne tenait pas à sa médiocrité, mais à ce qu'elles portent pour trois ans, comme nous le disons ici, et [les Sages] tenaient qu'on ne les suit pas d'après la nouaison mais d'après la cueillette, puisque leur essentiel ne s'achève pas l'année où elles nouent. Mais selon le Rech Lakich du Yerouchalmi, qui rend passible le [produit] certain et exempte le demai parce qu'[on] ne les [en] a pas soupçonnés, il apparaît que [l'exemption] tient à sa médiocrité, et la voie de notre Talmud est comme lui au chapitre 'Keitsad mevarkhin' (Berakhot 40b), où nous disons : c'est le demai qui ne requiert pas la dîme, mais le [produit] certain la requiert. Autre difficulté : là et au 1er chapitre d'Avoda Zara (14a) [le Talmud] l'appelle 'figues blanches', et au chapitre 'Arba'a nedarim' (Nedarim 27a) on dit que ce ne sont ni des figues noires ni des figues blanches. Il faut donc dire qu'il y a trois espèces de figues : les noires et les blanches sont les figues ordinaires, et les benot-choua'h sont de mauvaises figues, telles celles du demai et du 1er chapitre d'Avoda Zara, et on les a appelées benot-choua'h parce qu'on impute le défaut à ce qui est défectueux ; tandis que les benot-cheva' de Chevouot et de Nedarim sont estimées, ayant causé les sept jours de deuil, et vraisemblablement [c'est] parmi les bonnes [figues] qu'[Adam] mangea, comme il est dit (Berechit 3:6) 'et l'arbre était désirable pour rendre intelligent'. Et certains lisent au 1er chapitre d'Avoda Zara 'moukhsassin benot-choua'h' sans vav, [comme] un [seul] fruit portant ce nom, comme il ressort du 1er chapitre de Bekhorot (8a), où l'on dit : le loup, le lion, l'ours, le léopard et le bardelas [gestent] pour trois ans, et leur correspondant parmi les arbres est les benot-choua'h ; le serpent [geste] sept ans, et pour ce mécréant-là nous n'avons pas trouvé de pareil, et certains disent que son correspondant est les moukhsassin benot-choua'h — et Rachi y explique 'les moukhsassin des benot-choua'h', et non les benot-choua'h proprement. On peut aussi dire que, depuis la plantation de l'arbre des benot-choua'h, il ne porte pas de fruits avant sept ans, et c'est pourquoi [la Guemara] le rapproche du serpent ; de même on dit là : la vipère [geste] soixante-dix ans, et son correspondant parmi les arbres est le caroubier, ce caroubier mettant, de sa plantation à l'achèvement de ses fruits, soixante-dix ans ; mais pour le loup et le lion [qui gestent] trois ans, [le compte se fait] de la nouaison à l'achèvement du fruit, comme nous le disons ici.
💡 Explication

Objection de Rech Lakich : les figues benot-choua'h mettent trois ans à mûrir. Or on a appris que leur régime de cheviit tombe en 2e année du cycle : les fruits qui ont noué durant la 7e année (cheviit) ne mûrissent que deux ans plus tard, en 2e année — preuve qu'on suit la nouaison, pas la cueillette. Cela contredit l'usage rapporté par R. Yo'hanan.

8
אִישָּׁתֵיק. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַבָּא הַכֹּהֵן לְרַבִּי יוֹסֵי הַכֹּהֵן: אַמַּאי אִישָּׁתֵיק? לֵימָא לֵיהּ: אָמֵינָא לָךְ אֲנָא רַבִּי נְחֶמְיָה, וְאַתְּ אָמְרַתְּ לִי רַבָּנַן?!

Il se tut. Rabbi Abba le Cohen dit à Rabbi Yossi le Cohen : pourquoi s'est-il tu ?

Qu'il lui réponde donc : moi je te parle de Rabbi Nehemia, et toi tu m'opposes les Rabbanan ?!

💡 Explication

R. Yo'hanan reste muet. R. Abba le Cohen s'étonne auprès de R. Yossi le Cohen : pourquoi ce silence ? R. Yo'hanan aurait pu rétorquer : 'l'usage que j'invoque suit R. Nehemia ; toi, ton objection (les benot-choua'h) repose sur les Rabbanan [qui, eux, suivent la nouaison partout] — nous ne parlons pas de la même opinion.'

9
מִשּׁוּם דַּאֲמַר לֵיהּ: שְׁבַקְתְּ רַבָּנַן וְעָבְדַתְּ כְּרַבִּי נְחֶמְיָה?!

Parce qu'il [Rech Lakich] lui aurait dit : abandonnerais-tu les Rabbanan pour agir comme Rabbi Nehemia ?!

🗂️ Tossefot (2)
שְׁבַקְתְּ רַבָּנַן וְעָבְדַתְּ כְּרַבִּי נְחֶמְיָה. עֲדִיפָא מִינֵּיהּ הֲוָה לֵיהּ לְאַקְשׁוּיֵי דְּרַבִּי יוֹחָנָן אִית לֵיהּ הֲלָכָה כִּסְתָם מִשְׁנָה:
'Abandonnerais-tu les Rabbanan pour agir comme Rabbi Nehemia' — il aurait mieux valu objecter que R. Yo'hanan tient [pour règle] : la halakha suit la michna anonyme (stam michna).
מִשּׁוּם דַּאֲמַר לֵיהּ שָׁבְקַתְּ רַבָּנַן וְעָבְדַתְּ כְּרַבִּי נְחֶמְיָה. נִרְאֶה לִי כָּךְ פִּי' לָכֵן לָא א"ל הָכִי כִּדְקָאָמְרַתְּ דְּאִי הֲוָה א"ל הָכִי הֲוָה מֵשִׁיב לוֹ רֵישׁ לָקִישׁ וְכִי שָׁבְקִינַן רַבָּנָן וּנְעַבֵּיד כְּרַבִּי נְחֶמְיָה דְּאַתְּ אֲמַרְתְּ כְּרַבִּי נְחֶמְיָה קָאָמֵינָא לָךְ:
'Parce qu'il lui aurait dit : abandonnerais-tu les Rabbanan pour agir comme Rabbi Nehemia' — voici, me semble-t-il, l'explication : c'est pourquoi [R. Yo'hanan] ne lui a pas dit ainsi que tu le proposes ; car s'il [le] lui avait dit, Rech Lakich lui aurait répliqué : 'abandonnerions-nous les Rabbanan pour agir comme R. Nehemia, alors que tu me dis parler selon R. Nehemia ?'
💡 Explication

Réponse de R. Yossi : cette réplique n'aurait rien reglé, car Rech Lakich aurait pu répliquer : 'abandonnes-tu la majorité (les Rabbanan) pour suivre l'avis isolé de R. Nehemia ?!' — on ne tranche pas contre la majorité.

10
וְלֵימָא לֵיהּ: קָאָמֵינָא לָךְ ״נָהֲגוּ״, וְאַתְּ אָמְרַתְּ לִי אִיסּוּרָא?! דְּאָמַר לֵיהּ: בִּמְקוֹם אִיסּוּרָא, כִּי נָהֲגוּ שָׁבְקִינַן לְהוּ?!

Qu'il lui dise donc : je te parle d'un usage (nahagou), et toi tu m'opposes un interdit (issoura) ?! [Réponse :] parce qu'il lui aurait dit : là où il y a un interdit, même quand ils se sont accoutumés, les laissons-nous [faire] ?!

📜 Rachi (2)
וְאַתְּ אָמְרַתְּ לִי אִיסּוּרָא דְּאָסוּר לְמֵיזַל בְּהוּ בָּתַר לְקִיטָה אֲנָא נַמֵּי מוֹדֵינָא דְּאָסוּר אֶלָּא נָהֲגוּ כָּךְ:
'Et toi tu m'opposes un interdit — [tu dis] qu'il est interdit de les suivre d'après la cueillette. Moi aussi je concède que c'est interdit, mais [le peuple] s'y est [seulement] accoutumé.'
שָׁבְקִינַן לְהוּ בִּתְמִיהַּ:
'Les laissons-nous [faire] — sur un ton d'étonnement.'
🗂️ Tossefot (1)
וְכִי נָהֲגוּ שָׁבְקִינַן לְהוּ. בִּתְמִיהַּ דִּלְשׁוֹן נָהֲגוּ מַשְׁמַע בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּתַעֲנִית (דַּף כו:) דְּאִי עֲבִיד לָא מְהַדְּרִינָא וְהָכָא כֵּיוָן דְּאִיכָּא אִסּוּרָא דַּהֲלָכָה כְּרַבָּנָן אִית לָן לְאַהְדּוֹרֵי וּבְרֵישׁ עַרְבֵי פְּסָחִים (פְּסָחִים דַּף קג.) גַּבֵּי הָא דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן נָהֲגוּ הָעָם כב"ה וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה מַשְׁמַע קְצָת דִּלְכַתְּחִילָּה עָבְדִי הָכִי מִדְּבָרֶיךָ רָבָא אַבְּשָׂמִים בְּרֵישָׁא וַהֲדַר אַמָּאוֹר וּבְכָל עִנְיָן מִתְיַישֵּׁב כָּאן וּמִכָּאן סוֹתְרִים מַה שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י בפ"ק דִּפְסָחִים (דַּף ב:) אֲסוּרִים בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה בִּמְקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ דְּכֵיוָן דְּתָנֵי אֲסוּרִין לָא תָּלֵינַן בְּמִנְהָגָא [וע"ע תּוֹסְפוֹת בְּרָכוֹת נב: ד"ה נָהֲגוּ ותוס' פְּסָחִים קג. ד"ה וְאָמַר]:
'Et [dans un cas d'interdit] les laissons-nous [faire] ?!' — sur un ton d'étonnement ; car l'expression 'ils se sont accoutumés' indique, au dernier chapitre de Ta'anit (26b), que si l'on a [déjà] agi [ainsi], on ne fait pas revenir [sur l'acte] ; mais ici, puisqu'il y a interdit — la halakha étant comme les Rabbanan — nous devons faire revenir [dessus]. Et au début de 'Arvei Pessahim' (Pessahim 103a), à propos de ce que dit R. Yo'hanan 'le peuple s'est accoutumé comme Beit Hillel selon R. Yehouda', il ressort quelque peu qu'on agit ainsi de prime abord (le-khathila), du fait que Rava a [d'abord] béni sur les aromates, puis sur la lumière. Et de toute manière, [le principe] s'accorde ici et [ailleurs] ; ce qui contredit ce qu'a expliqué Rachi au 1er chapitre de Pessahim (2b) : 'interdits de travail au lieu où l'on s'est accoutumé', car dès lors qu'il est enseigné 'interdits', nous ne le rattachons pas [seulement] à la coutume [réversible]. [Voir aussi Tossefot Berakhot 52b s.v. nahagou et Tossefot Pessahim 103a s.v. ve-amar].
💡 Explication

Deuxième réplique possible : R. Yo'hanan aurait pu dire : 'je parle d'une simple coutume (nahagou), toi tu m'opposes un interdit de la loi.' Mais là aussi Rech Lakich aurait répondu : là où il y a interdit (agir contre la halakha des Rabbanan), un usage fautif ne se maintient pas — on ne laisse pas le peuple persister dans l'erreur.

11
וְלֵימָא לֵיהּ: כִּי אָמֵינָא לָךְ אֲנָא — מַעְשַׂר חָרוּבִין דְּרַבָּנָן, וְאַתְּ אָמְרַתְּ לִי שְׁבִיעִית דְּאוֹרָיְיתָא?!

Qu'il lui dise donc : quand moi je te parle — [c'est de] la dîme des caroubes, qui est rabbinique (de-rabbanan), et toi tu m'opposes la cheviit, qui est de la Torah (de-oraita) ?!

💡 Explication

Troisième réplique — cette fois irréfutable : R. Yo'hanan parlait de la dîme des caroubes, qui n'est que d'ordre rabbinique (par la Torah, seuls le grain, le vin et l'huile sont soumis à la dîme). Or Rech Lakich l'objecte de la cheviit des benot-choua'h, qui est de la Torah — deux niveaux différents, on ne peut déduire l'un de l'autre. C'est cette faille qui pousse R. Abba à reconsidérer tout l'épisode.

12
אֶלָּא אָמַר רַבִּי אַבָּא הַכֹּהֵן: תְּמֵיהַנִי אִם הֱשִׁיבָהּ רֵישׁ לָקִישׁ לִתְשׁוּבָה זוֹ. אִם הֵשִׁיבָה? הָא אוֹתְבָה! אֶלָּא אֵימָא: אִם קִיבְּלָהּ רַבִּי יוֹחָנָן, אִם לֹא קִיבְּלָהּ.

Rabbi Abba le Cohen dit plutôt : je m'étonne que Rech Lakich ait [jamais] répondu par cette objection. 'A-t-il répondu' ? Mais il l'a [bien] objectée !

Dis plutôt : [je m'étonne] si Rabbi Yo'hanan l'a acceptée, ou s'il ne l'a pas acceptée.

📜 Rachi (1)
אִם קִיבְּלָהּ וְהַאי דְּאִישָּׁתֵיק מִשּׁוּם דְּלָא יָדַע לְהָשִׁיב אִם לֹא קִיבְּלָהּ וְהַאי דְּאִישָּׁתֵיק מִשּׁוּם דְּלָא אִיכְפַּת לֵיהּ דְּלָא דָּמֵי מַעְשַׂר פֵּירוֹת הָאִילָן דְּרַבָּנָן לְאַחְמוֹרֵי בֵּיהּ כִּשְׁבִיעִית דְּאוֹרָיְיתָא:
'S'il l'a acceptée — et ce silence [serait] parce qu'il ne savait que répondre ; [ou] s'il ne l'a pas acceptée, et ce silence [serait] parce qu'il ne s'en souciait pas, la dîme des fruits de l'arbre, [d'ordre] rabbinique, n'étant pas comparable — pour y être sévère — à la cheviit, qui est de la Torah.'
💡 Explication

Devant cette faille (dîme rabbinique vs cheviit de la Torah), R. Abba se ravise : peut-être Rech Lakich n'a-t-il jamais posé une objection aussi facilement réfutable. On corrige la formulation : la question n'est pas s'il l'a posée (il l'a bien posée), mais de savoir si le silence de R. Yo'hanan signifie qu'il a accepté l'objection (faute de réponse) ou qu'il l'a rejetée (la jugeant indigne de réponse, puisque la dîme rabbinique ne se durcit pas comme la cheviit de la Torah).

🖼️ Schéma
Pourquoi R. Yo'hanan s'est-il tu face à Rech Lakich ? R. Yo'hanan : 'le peuple suit R. Nehemia pour les caroubes' — Rech Lakich objecte des figues-benot-choua'h 1. R. Nehemia vs Rabbanan 'je te parle de R. Nehemia, tu m'opposes les Rabbanan ?' rejeté : abandonner la majorité pour un isolé ? 2. Simple coutume (nahagou) 'je te parle d'un usage, tu m'opposes un interdit ?' rejeté : un usage fautif, le laisse-t-on subsister ? 3. Dîme rabbinique 'la dîme des caroubes est rabbinique, tu m'opposes la cheviit, de la Torah ?' réponse irréfutable R. Abba conclut : peut-être Rech Lakich n'a-t-il jamais posé cette objection ; ou R. Yo'hanan l'a-t-il jugée indigne de réponse (silence, non embarras).
Les trois réponses écartées et le sens du silence.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).