Sougya : La michna enseigne que le monde est jugé en quatre temps : la récolte à Pessa'h, les fruits de l'arbre à Chavouot, toutes les créatures à Roch ha-Chana (qui passent 'comme un troupeau'), et l'eau à Souccot. La Gemara précise que chaque récolte subit deux jugements (avant et après Pessa'h), d'où le conseil pratique d'Abaye de semer vite l'orge.
Elle cherche ensuite l'auteur de la michna : ni R. Meir, ni R.
Yehouda, ni R. Yossi (l'homme jugé chaque jour), ni R.
Natan (chaque instant) — c'est l'école de R. Yichmael, la michna parlant du début du jugement.
Suivent l'enseignement de Rav Hisda (le roi jugé avant la communauté), la raison de prier pour les malades, et un baraita de R. Akiva reliant l'omer, les deux pains, la libation d'eau et le chofar (avec Malkhouyot, Zikhronot, Chofarot et le souvenir de la ligature d'Its'hak) aux bénédictions et au jugement de chaque saison.
MICHNA. En quatre époques (arbaa perakim) le monde est jugé : à Pessa'h — sur la récolte (ha-tevoua) ; à Atseret (Chavouot) — sur les fruits de l'arbre ; à Roch ha-Chana, tous les venants au monde (kol baei olam) passent devant Lui comme un troupeau (ki-vnei maron), ainsi qu'il est dit : 'Celui qui façonne ensemble leur cœur, qui discerne toutes leurs œuvres' (Ps 33:15) ; et à la Fête (Hag = Souccot), ils sont jugés sur l'eau (les pluies).
La michna fixe quatre époques de jugement annuel : Pessa'h pour la récolte (tevoua), Chavouot pour les fruits de l'arbre, Roch ha-Chana pour toutes les créatures, Souccot pour l'eau. À Roch ha-Chana tous passent ki-vnei maron (expression que la Gemara expliquera : comme un troupeau qui défile un à un).
GEMARA. Quelle récolte [est jugée à Pessa'h] ?
Si tu dis : cette récolte-là qui est [déjà] sur pied (dekaima), tous ces événements (harpatkei) qui lui sont advenus [durant l'hiver], quand ont-ils été jugés ?! Plutôt, [il s'agit de] la récolte qui va être semée (de-mizdaraa).
La Gemara précise : la récolte jugée à Pessa'h n'est pas celle déjà levée (elle a déjà traversé tous ses événements hivernaux — harpatkei — sans qu'on voie quand ils auraient été jugés), mais celle à venir, qui sera semée l'année suivante.
Est-ce à dire qu'un seul jugement (had dina) est rendu [par récolte] ? Mais n'a-t-on pas enseigné (baraita) : une récolte à laquelle est survenu un incident (keri) ou un cas de force majeure (ones) avant Pessa'h — elle a été jugée pour le passé ; après Pessa'h — elle est jugée pour l'avenir.
Un homme à qui est survenu un incident ou un cas de force majeure avant Yom Kippour — il a été jugé pour le passé ; après Yom Kippour — il est jugé pour l'avenir.
Objection : n'y aurait-il qu'un seul jugement par récolte ? Une baraita distingue selon le moment de l'incident : un malheur avant Pessa'h renvoie au jugement passé (Pessa'h précédent), après Pessa'h au jugement à venir. Même règle pour l'homme autour de Yom Kippour.
Rava dit : apprends-en (chema mina) que deux jugements (terei dinei) sont rendus [par récolte]. Abaye dit : dès lors, lorsqu'un homme voit que la semaille tardive (zera apla) prospère, qu'il se hâte de semer [aussi] la [culture] hâtive (harfa), car avant qu'elle n'arrive à son jugement [au prochain Pessa'h], elle aura déjà poussé (kadim salik).
Rava conclut : deux jugements par récolte (avant la semaille et près de la moisson). Abaye en tire un conseil pratique : si la culture lente (apla, semée en début d'hiver) prospère — signe qu'elle a été jugée favorablement — sème vite l'orge (harfa, rapide) : elle aura poussé avant le prochain jugement de Pessa'h.
De qui est la michna ? Ni de R.
Meir, ni de R. Yehouda, ni de R.
Yossi, ni de R. Natan.
La Gemara cherche l'auteur de la michna. Elle montre qu'elle ne correspond à aucune des quatre positions tannaitiques sur le moment du jugement de l'homme — R. Meir, R. Yehouda, R. Yossi, R. Natan — qu'elle va maintenant citer.
Car on a enseigné (baraita) : tous sont jugés à Roch ha-Chana, et leur sentence (guezar din) est scellée à Yom Kippour — parole de R. Meir.
R. Yehouda dit : tous sont jugés à Roch ha-Chana, et leur sentence est scellée chacune en son temps : à Pessa'h — sur la récolte ; à Atseret — sur les fruits de l'arbre ; à la Fête ils sont jugés sur l'eau ; et l'homme est jugé à Roch ha-Chana, et sa sentence est scellée à Yom Kippour.
Deux premières positions : R. Meir — tout est jugé à Roch ha-Chana et scellé à Yom Kippour ; R. Yehouda — jugé à Roch ha-Chana mais sentence scellée à chaque saison (récolte à Pessa'h, fruits à Chavouot, eau à Souccot), l'homme étant scellé à Yom Kippour.
R. Yossi dit : l'homme est jugé chaque jour, ainsi qu'il est dit : 'Tu le visites chaque matin (ve-tifkedenou li-vekarim)' (Job 7:18).
R. Natan dit : l'homme est jugé à chaque instant, ainsi qu'il est dit : 'Tu l'éprouves à chaque moment (li-regaim tivhanenou)' (Job 7:18).
Deux positions extrêmes : R. Yossi — l'homme est jugé chaque jour ('Tu le visites chaque matin') ; R. Natan — à chaque instant ('Tu l'éprouves à chaque moment'). Le même verset de Job fournit les deux preuves.
Et si tu dis : en vérité c'est [la position de] R. Yehouda, et lorsque la michna enseigne [les quatre époques], c'est sur la sentence [qu'elle porte] — s'il en est ainsi, [c'est] difficile pour [le cas de] l'homme !
La Gemara essaie d'attribuer la michna à R. Yehouda, en disant que ses quatre époques désignent la sentence (scellement) et non le jugement initial. Mais cela achoppe sur l'homme : la michna le range à Roch ha-Chana, alors que R. Yehouda le scelle à Yom Kippour.
Rava dit : ce Tana [de la michna], c'est [celui] de l'école de R. Yichmael (dvei R.
Yichmael), car un [enseignement] de l'école de R. Yichmael a enseigné : en quatre époques le monde est jugé — à Pessa'h, sur la récolte ; à Atseret, sur les fruits de l'arbre ; à la Fête ils sont jugés sur l'eau ; et l'homme est jugé à Roch ha-Chana, et sa sentence est scellée à Yom Kippour.
Et lorsque la michna enseigne [Roch ha-Chana pour l'homme], c'est sur le début du jugement (athalat din).
Solution de Rava : la michna est de l'école de R. Yichmael. Elle énonce que l'homme est jugé à Roch ha-Chana mais scellé à Yom Kippour ; quand elle place l'homme à Roch ha-Chana, elle parle du début du jugement (athalat din), non de son scellement.
Rav Hisda dit : quelle est la raison de R. Yossi ?
[La Gemara s'étonne :] comme il a [lui-même] énoncé sa raison — 'Tu le visites chaque matin' ! [La Gemara explique :] voici ce que nous disons : quelle est la raison pour laquelle il n'a pas dit comme R.
Natan ? [Si c'est] parce que l'éprouve (behina) n'est qu'un simple examen (iyoun bealma) — la visite (pekida) aussi n'est-elle pas un simple examen ?!
Rav Hisda demande la raison de R. Yossi ; on objecte qu'il l'a dite (le verset). La vraie question : pourquoi ne suit-il pas R. Natan (chaque instant) ? S'il écarte 'Tu l'éprouves' comme simple examen (et non jugement), alors 'Tu le visites' devrait l'être aussi — le verset ne prouve donc rien.
Plutôt, Rav Hisda dit : la raison de R. Yossi est d'ici : 'pour faire le jugement (michpat) de Son serviteur et le jugement de Son peuple Israël, chaque jour en son jour (devar yom be-yomo)' (I Rois 8:59).
Rav Hisda corrige : la vraie preuve de R. Yossi vient d'un autre verset — 'pour faire le jugement... chaque jour en son jour' (I Rois 8:59) — qui indique un jugement quotidien du monde.
Et Rav Hisda dit [encore] : un roi et une communauté — le roi entre en jugement le premier, ainsi qu'il est dit : 'pour faire le jugement de Son serviteur et le jugement de Son peuple Israël'. Quelle en est la raison ?
Si tu veux, dis : il n'est pas convenable (lav orah area) que le roi attende dehors (mi-abrai). Et si tu veux, dis : avant que ne s'intensifie l'ardeur de la colère [contre la communauté].
Rav Hisda déduit du même verset (le 'serviteur' cité avant le 'peuple') que le roi est jugé avant la communauté. Deux raisons : il ne convient pas que le roi attende dehors ; ou bien qu'il soit jugé avant que la colère divine ne s'intensifie à cause des fautes du peuple (afin de lui épargner un jugement trop sévère).
Rav Yossef dit : selon qui prions-nous de nos jours pour les malades (ketsirei) et les souffrants (mariei) ? Selon qui ?
Selon R. Yossi [qui dit que l'homme est jugé chaque jour].
Et si tu veux, dis : en vérité [c'est] selon les Sages (rabbanan), et selon [l'enseignement de] R. Yits'hak.
Car R. Yits'hak a dit : le cri [vers Dieu] est bon pour l'homme, tant avant la sentence qu'après la sentence.
Rav Yossef : la prière quotidienne pour les malades suit R. Yossi (jugé chaque jour). Ou bien elle suit les Sages (jugé une fois l'an) combinés à R. Yits'hak : le cri (la prière) est efficace avant comme après la sentence.
On a enseigné (baraita) : R. Yehouda a dit au nom de R.
Akiva : pourquoi la Torah a-t-elle dit 'apportez l'omer à Pessa'h' — parce que Pessa'h est le temps de la récolte ; le Saint béni soit-Il a dit : apportez devant Moi l'omer à Pessa'h, afin que la récolte des champs soit bénie pour vous. Et pourquoi la Torah a-t-elle dit 'apportez les deux pains (chetei ha-le'hem) à Atseret' — parce qu'Atseret est le temps des fruits de l'arbre ; le Saint béni soit-Il a dit : apportez devant Moi les deux pains à Atseret, afin que les fruits de l'arbre soient bénis pour vous.
Baraita de R. Akiva : chaque offrande est apportée au moment où son domaine est jugé, comme plaidoyer pour la bénédiction. L'omer à Pessa'h (temps de la récolte) pour bénir la récolte ; les deux pains à Chavouot (temps des fruits) pour bénir les fruits de l'arbre.
Et pourquoi la Torah a-t-elle dit 'versez de l'eau (nassekhou mayim) à la Fête' — le Saint béni soit-Il a dit : versez devant Moi de l'eau à la Fête, afin que les pluies de l'année soient bénies pour vous. Et [pourquoi a-t-Il dit] : dites devant Moi, à Roch ha-Chana, Malkhouyot (royautés), Zikhronot (souvenirs) et Chofarot — Malkhouyot afin que vous Me couronniez sur vous ; Zikhronot afin que votre souvenir monte devant Moi pour le bien ; et par quoi ?
Par le chofar.
Suite de la baraita : la libation d'eau (nissoukh ha-mayim) à Souccot pour bénir les pluies. À Roch ha-Chana, on récite Malkhouyot (pour couronner Dieu), Zikhronot (pour un souvenir favorable) et Chofarot — le souvenir montant par le chofar.
R. Abbahou dit : pourquoi sonne-t-on avec un chofar de bélier (chel ayil) ?
Le Saint béni soit-Il a dit : sonnez devant Moi avec un chofar de bélier, afin que Je Me souvienne pour vous de la ligature d'Its'hak fils d'Abraham (akedat Yits'hak) ; et Je vous le compte comme si vous vous étiez ligotés vous-mêmes devant Moi.
R. Abbahou : le chofar de bélier rappelle l'akeda — le bélier substitué à Its'hak. Sonner ainsi fait que Dieu compte la ligature comme si chacun se ligotait lui-même devant Lui, en dévotion totale.
Et R. Yits'hak dit : pourquoi sonne-t-on (tokin) à Roch ha-Chana ?
Pourquoi sonne-t-on ?! Le Miséricordieux a dit : sonnez !
Plutôt : pourquoi fait-on des teroua ? Des teroua ?!
Le Miséricordieux a dit 'zikhron teroua' (un mémorial de teroua) ! Plutôt : pourquoi sonne-t-on [tekia] et fait-on des teroua lorsqu'ils sont assis,
R. Yits'hak affine la question : la tekia et la teroua sont ordonnées par la Torah (on ne peut demander 'pourquoi'). La vraie question porte sur l'usage non écrit : pourquoi sonne-t-on assis (avant la amida, les sonneries dites 'assis') puis debout — question dont la réponse (les sonneries assises brouillent l'Accusateur) figure sur 16b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).