Rosh Hashanah 16b — brouiller le Satan, les maximes de R. Yitzhak sur le jugement, et les trois livres de Roch Hachana

Rosh Hashanah 16b

Sougya : Le daf explique pourquoi l'on sonne le chofar assis puis debout : pour 'brouiller le Satan' (le-arbev et-ha-Satan), l'amour d'Israël pour la mitsva fermant la bouche de l'accusateur. Suit une longue série de maximes de Rabbi Yitzhak liées au jugement : l'année 'pauvre' à son début s'enrichit à sa fin ; l'homme n'est jugé que selon ses actes du moment ; trois choses rappellent les fautes (mur penché, prière scrutée, remise du jugement contre autrui) ; quatre choses déchirent le décret (tsedaka, cri, changement de nom, changement d'actes — et certains ajoutent le changement de lieu) ; et l'obligation d'accueillir son maître à la fête et de se purifier au regel.

La sougya culmine sur l'enseignement de R. Kerouspedai au nom de R.

Yo'hanan : trois livres s'ouvrent à Roch Hachana (justes, méchants, intermédiaires), les beinonim restant en suspens jusqu'à Yom Kippour, avec les supports scripturaires de R. Avin et de Rav Nahman bar Yitzhak, et la baraita de Beit Chammai sur le jour du Jugement.

Pourquoi sonner assis PUIS debout ? Pour brouiller le Satan 1er son (assis) le Satan entend le chofar une fois il s'affole mais reste calme 2e son (debout) il entend une 2e fois il croit que c'est le grand chofar de la fin (rédemption) Résultat le Satan se trouble (bilaa ha-mavet) plus le temps d'accuser Israël L'amour d'Israël pour la mitsva ferme la bouche de l'accusateur
Sonner assis puis debout pour brouiller le Satan (segment 0).
Ce qui déchire le décret (gezar din) d'un homme 4 selon R. Yitzhak + 1 selon yech omrim tsedaka charité u-tsedaka tatsil mi-mavet (Pr 10:2) tseaka cri (prière) va-yitsaaku el H' ba-tsar lahem (Ps 107:28) chinouy ha-chem changer le nom Sarai devient Sarah -> enfante (Gn 17:15-16) chinouy maasseh changer ses actes Ninive : Dieu vit leurs actes, se repentit du mal (Jonas 3:10) chinouy makom changer de lieu (yech omrim) Lekh lekha -> grande nation (Gn 12:1-2) R. Yitzhak exclut le lieu : c'est le mérite d'Erets Israël qui aida Avram
Les quatre (ou cinq) choses qui déchirent le décret (segments 5-6).
Trois livres ouverts à Roch Hachana Tsadikim gemourim justes accomplis inscrits et scellés aussitôt pour la VIE Rechaim gemourim méchants accomplis inscrits et scellés aussitôt pour la MORT Beinonim intermédiaires suspendus (teluyim) RH -> Yom Kippour zakhou (méritent) inscrits pour la vie lo zakhou inscrits pour la mort Versets : Ps 69:29 (R. Avin) | Ex 32:32 (R. Nahman b. Yitzhak) Beit Chammai (jour du Jugement final) : vie éternelle / Guehinom / passage par Guehinom
Les trois livres ouverts à Roch Hachana (segments 11-14).
1
וְתוֹקְעִין וּמְרִיעִין כְּשֶׁהֵן עוֹמְדִין — כְּדֵי לְעַרְבֵּב הַשָּׂטָן.

"...et l'on sonne [teqia] et l'on fait teroua alors qu'ils se tiennent debout [dans la Amida]" — afin de brouiller le Satan (le-arbev et-ha-Satan).

📜 Rachi (1)
כְּדֵי לְעַרְבֵּב שֶׁלֹּא יַשְׂטִין כְּשֶׁיִּשְׁמַע יִשְׂרָאֵל מְחַבְּבִין אֶת הַמִּצְוֹת מִסְתַּתְּמִין דְּבָרָיו:
Afin de brouiller — pour qu'il n'accuse pas : quand il entend Israël chérir les mitsvot, ses paroles [d'accusation] se ferment (il reste sans voix).
🗂️ Tossefot (2)
וְתוֹקְעִים וּמְרִיעִין כְּשֶׁהֵן עוֹמְדִין. תֵּימַהּ הָא קָעָבַר מִשּׁוּם בַּל תּוֹסִיף וְכִי תֵּימָא כֵּיוָן דִּכְבָר יָצָא הֲוָה לֵיהּ שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ דְּלָא עָבַר הָא אָמְרִינַן בְּסוֹף רָאוּהוּ ב"ד (לְקַמָּן רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף כֹּח: וְשָׁם) גַּבֵּי בִּרְכַּת כֹּהֲנִים דְּאֵין מוֹסִיף בְּרָכָה אַחַת מִשֶּׁלּוֹ מִשּׁוּם דְּלָא עָבַר עָלֶיהָ זִימְנֵיהּ כֵּיוָן דְּאִילּוּ מִתְרְמֵי לֵיהּ צִבּוּרָא אַחֲרִינָא הָדַר מְבָרֵךְ לְהוּ ה"נ אִי מִתְרַמֵּי לֵיהּ צִבּוּרָא הָדַר תָּקַע לְהוּ וי"ל דְּאֵין שַׁיָּיךְ בַּל תּוֹסִיף בַּעֲשִׂייַּת מִצְוָה אַחַת ב' פְּעָמִים כְּגוֹן כֹּהֵן אִם מְבָרֵךְ וְחוֹזֵר וּמְבָרֵךְ אוֹתוֹ צִבּוּר עַצְמוֹ אוֹ נוֹטֵל לוּלָב וְחוֹזֵר וְנוֹטֵל וְכֵן תּוֹקֵעַ וְחוֹזֵר וְתוֹקֵעַ וְגַבֵּי מַתָּנוֹת בְּכוֹר נַמֵּי אִם נוֹתֵן בְּקֶרֶן אֶחָד ב' פְּעָמִים אֵין זֶה בַּל תּוֹסִיף:
"Et l'on sonne et l'on fait teroua alors qu'ils se tiennent debout" — c'est étonnant : ne transgresse-t-il pas [l'interdit de] 'bal tossif' (ne pas ajouter à la mitsva) ? Et si tu dis : puisqu'il s'est déjà acquitté [de l'obligation], c'est [comme s'il sonnait] hors de son temps, [ce qui] ne transgresse pas — [ce raisonnement ne tient pas car] voici que nous disons à la fin de 'Raohou beit din' (plus loin, RH 28b) à propos de la bénédiction des kohanim, qu'[un kohen] n'ajoute pas de lui-même une bénédiction supplémentaire, parce qu'il n'est pas [encore] passé le temps [de la mitsva], puisque si une autre assemblée (tsibbour) se présentait à lui il les bénirait à nouveau ; de même ici, si une [autre] assemblée se présentait à lui il sonnerait à nouveau pour elle. Et l'on peut répondre : 'bal tossif' ne s'applique pas au fait d'accomplir une seule mitsva deux fois — par exemple un kohen qui bénit puis bénit à nouveau cette même assemblée, ou qui prend le loulav puis le reprend, ou de même qui sonne puis sonne à nouveau ; et de même, à propos des aspersions [du sang] de l'aîné (bekhor), si l'on asperge deux fois sur un même coin [de l'autel], ce n'est pas 'bal tossif'.
כְּדֵי לְעַרְבֵּב אֶת הַשָּׂטָן. פֵּירֵשׁ בֶּעָרוּךְ [כִּדְאִיתָא] בִּירֻושַּׁל' בִּלַּע הַמָּוֶת לָנֶצַח וּכְתִיב וְהָיָה בַּיּוֹם הַהוּא יִתָּקַע בְּשׁוֹפָר גָּדוֹל כַּד שָׁמַע קַל שִׁיפּוּרָא זִימְנָא חֲדָא בָּהִיל וְלָא בָּהִיל וְכַד שָׁמַע תַּנְיִין אָמַר וַדַּאי זֶהוּ שִׁיפּוּרָא דְּיִתְקַע בַּשּׁוֹפָר גָּדוֹל וּמְטָא זִימְנֵיהּ לְמִתְבַּלֵּעַ וּמִתְעַרְבֵּב וְלֵית לֵיהּ פְּנַאי לְמֶעְבַּד קָטֵגוֹרְיָא:
"Afin de brouiller le Satan" — le Aroukh a expliqué [comme il est rapporté] dans le Yerouchalmi : "Il engloutira la mort à jamais" (Isaie 25:8), et il est écrit "et il adviendra en ce jour-là qu'on sonnera dans un grand chofar" (Isaie 27:13) — quand [le Satan] entend le son du chofar une première fois, il s'affole sans s'affoler [vraiment] ; et quand il l'entend une seconde fois, il dit : 'certainement c'est le chofar dont [il est dit] "on sonnera dans un grand chofar", et voici venu le temps où je serai englouti' — et il se trouble et n'a plus le loisir de porter accusation.
💡 Explication

La michna prévoit de sonner le chofar une première fois (assis) puis une seconde fois pendant la Amida (debout). Pourquoi ce redoublement ? Pour brouiller le Satan : ce double son manifeste l'amour d'Israël pour la mitsva, ce qui trouble l'accusateur et ferme sa bouche lorsqu'il vient plaider contre Israël devant le tribunal céleste.

🖼️ Schéma
Pourquoi sonner assis PUIS debout ? Pour brouiller le Satan 1er son (assis) le Satan entend le chofar une fois il s'affole mais reste calme 2e son (debout) il entend une 2e fois il croit que c'est le grand chofar de la fin (rédemption) Résultat le Satan se trouble (bilaa ha-mavet) plus le temps d'accuser Israël L'amour d'Israël pour la mitsva ferme la bouche de l'accusateur
Le mécanisme du 'brouillage' du Satan.
2
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: כָּל שָׁנָה שֶׁאֵין תּוֹקְעִין לָהּ בִּתְחִלָּתָהּ — מְרִיעִין לָהּ בְּסוֹפָהּ. מַאי טַעְמָא — דְּלָא אִיעַרְבַּב שָׂטָן.

Et Rabbi Yitzhak a dit : toute année où l'on ne sonne pas [le chofar] à son début — on lui fait teroua à sa fin. Quelle en est la raison ?

Parce que le Satan n'a pas été brouillé.

🗂️ Tossefot (1)
שֶׁאֵין תּוֹקְעִין בִּתְחִלָּתָהּ. מְפָרֵשׁ בַּהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת לָאו דְּמִיקְלַע בְּשַׁבְּתָא אֶלָּא דְּאִיתְיְילִיד אֻונְסָא:
"[Toute année] où l'on ne sonne pas à son début" — il est expliqué dans les Halakhot Guedolot [qu'il ne s'agit] pas [du cas] où [Roch Hachana] tombe le Chabbat, mais [du cas] où est survenu un empêchement fortuit (ones).
💡 Explication

Jeu de mots sur meriin (qui signifie soit 'sonner la teroua', soit 'faire du mal'). Une année qui ne commence pas par la sonnerie du chofar (par accident) connaîtra le malheur à sa fin, parce que le Satan n'a pas été troublé et a pu formuler ses accusations.

3
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: כָּל שָׁנָה שֶׁרָשָׁה בִּתְחִלָּתָהּ — מִתְעַשֶּׂרֶת בְּסוֹפָהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מֵרֵאשִׁית הַשָּׁנָה״ — ״מֵרֵשִׁית״ כְּתִיב. ״וְעַד אַחֲרִית״ — סוֹפָהּ שֶׁיֵּשׁ לָהּ אַחֲרִית.

Et Rabbi Yitzhak a dit : toute année qui est pauvre (racha) à son début s'enrichit à sa fin, ainsi qu'il est dit : "depuis le début (me-rechit) de l'année" — il est écrit 'me-rechit' [défectif, sans alef, évoquant rechout, la pauvreté] ; "et jusqu'à la fin (aharit)" — [c'est] sa fin qui a un avenir (aharit, une espérance).

📜 Rachi (1)
שֶׁרָשָׁה בִּתְחִלָּתָהּ שֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹשִׂין עַצְמָן רָשִׁין בר"ה לְדַבֵּר תַּחֲנוּנִים וּתְפִלָּה כָּעִנְיָן שֶׁנֶּאֱמַר תַּחֲנוּנִים יְדַבֵּר רָשׁ (מִשְׁלֵי י״ח:כ״ג):
Qui est pauvre à son début — [c'est-à-dire] qu'Israël se fait pauvre à Roch Hachana pour dire des supplications et des prières, comme il est dit : "le pauvre parle par des supplications" (Proverbes 18:23).
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁרָשָׁה בִּתְחִלָּתָהּ. שֶׁמִּתּוֹךְ שֶׁיִּשְׂרְאֵלִים רָשִׁים לִבָּם נִשְׁבָּר וּמְרַחֲמִים עֲלֵיהֶם מִן הַשָּׁמַיִם:
"Qui est pauvre à son début" — [c'est-à-dire] que, du fait qu'Israël [se fait] pauvre, leur cœur se brise, et l'on a pitié d'eux depuis le Ciel.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל שָׁנָה שֶׁרָשָׁה בִּתְחִלָּתָהּ מִתְעַשֶּׁרֶת בְּסוֹפָהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז לַדָּבָר קֹודֶם 'שָׁנָה' יֵשׁ אוֹתִיּוֹת רמד [244] וְאַחַר אוֹתִיּוֹת שָׁנָה יֵשׁ תסו [466] נִמְצָא יֵשׁ יִתְרוֹן בַּסּוֹף עַל הַקּוֹדֵם מִסְפַּר רכ"ב [222] שֶׁהוּא מִסְפַּר ג' שֵׁמוֹת 'אַכְדֶּטְם' [74×3=22 שֶׁהֵם הָאוֹתִיּוֹת לִפְנֵי אֱלֹקִים] שֶׁהֵם אוֹרוֹת הַגַּדְלוּת בְּסוֹד 'וַתָּבֹאִי בְּעֵדֵי עֲדָיִים' שֶׁהוּא ג' פְּעָמִים ע"ד כַּנִּזְכָּר בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת דְּרוּשׁ הַפֶּסַח דַּף פ"א יְעֻויַּן שָׁם. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד 'רֶכֶב' אֱלֹקִים רִבֹּתַיִם (תְּהִלִּים סח, יח) כִּי ג' שֵׁמוֹת הַנִּזְכָּר הֵם חִילּוּף שֵׁם אֱלֹקִים וְקָאָמַר רִבֹּתַיִם לְשׁוֹן רַבָּנוּת וְגַדְלוּת וְאָמַר אַלְפֵי שְׁנָאָן שֶׁהֵם עוֹלִים מִסֵּפֶר ב' פְּעָמִים אָלֶ"ף אָלֶ"ף [111×2=222] . וּבָזֶה יוּבַן בס"ד וְהַדֶּרֶךְ צָלַח 'רֶכֶב' (תְּהִלִּים מה, ה) שֶׁיָּבֹא לְךָ הַצְלָחָה מִשְּׁלֹשָׁה שֵׁמוֹת הַנִּזְכָּר שֶׁהֵם רכ"ב אוֹתִיּוֹת 'בָּרֵךְ' וְלָזֶה אָמַר (תְּהִלִּים קמז, יג) 'כִּי חִזַּק בְּרִיחֵי שְׁעָרָיִךְ בֵּרַךְ בָּנַיִךְ בְּקִרְבְּךָ'. וְהִנֵּה מִסְפַּר אוֹתִיּוֹת דְּקֹודֶם שָׁנָה שֶׁהֵם 'רמד' [244] עוֹלֶה מִסְפַּר 'הַבַּרְזֶל' [244] רֶמֶז שֶׁהִיא קָשֶׁה כַּבַּרְזֶל ד'רָשָׁה בִּתְחִלָּתָהּ' הִנֵּה הִיא 'מִתְעַשֶּׂרֶת בְּסוֹפָהּ' שֶׁיֵּשׁ בְּסוֹפָהּ יִתְרוֹן עַל מִסְפַּר הַהַתְחָלָה מִסְפַּר 'רֶכֶב' הָרוֹמֵז לִשְׁלֹשָׁה שֵׁמוֹת הַנִּזְכָּר שֶׁבָּהֶם תִּתְבָּרֵךְ וְתִתְעַשֵּׂר, וְעַל זֶה מֵבִיא הַכָּתוּב (דְּבָרִים יא, יב) 'מֵרֵשִׁית הַשָּׁנָה' שֶׁרָשָׁה בִּתְחִלָּתָהּ אַךְ 'וְעַד' פֵּירוּשׁ שֵׁם אכדט"ם שֶׁהוּא מִסְפַּר ע"ד שֶׁהוּא מֵעָשִׁיר הוּא רָמוּז בְּ'אַחֲרִית שָׁנָה' כִּי הַיִּתְרוֹן שֶׁל אוֹתִיּוֹת שָׁנָה הוּא ג' פְּעָמִים עַל דֶּרֶךְ הַנִּזְכָּר. אוֹ יוּבַן בס"ד קֹודֶם שָׁנָה יֵשׁ 'מֶרֶד' שֶׁהֵם הָעֲבֵירוֹת וְאַחַר שָׁנָה 'תִּסּוּ' כְּמִנְיַן כְּלָיוֹת [466] שֶׁהֵם מְיַעֲצִים לְטוֹבָה וּמְהַפְּכִים הַמֶּרֶד לִזְכּוֹת עַל יְדֵי הַתְּשׁוּבָה דִּכְתִיב (תְּהִלִּים טז, ז) 'אַף לֵילוֹת יִסְּרוּנִי כִּלְיוֹתַי'. אוֹ יוּבַן רֹאשׁ שֵׁם שָׁנָה הוּא אוֹת ש' וְאִם תַּצְרֵפְנָה עִם אוֹת הַסָּמוּךְ לָהּ באלפ"א בית"א שֶׁהוּא אוֹת ר' יִהְיֶה צֵירוּף 'רָשׁ' וְזֶהוּ אוֹמְרָם 'רָשָׁה בִּתְחִלָּתָהּ' אַךְ סוֹף שֵׁם שָׁנָה בְּמִבְטָא הוּא אוֹת נוּ"ן יַעַן דְּאוֹת הֵ"א אֵינָהּ יוֹצְאָהּ בְּמִבְטָא וקמ"ץ שֶׁתַּחַת הַנּוּ"ן יְשַׁמֵּשׁ בִּמְקוֹמָהּ וְאִם תְּצָרֵף אוֹת נוּ"ן שֶׁהוּא סוֹף שָׁנָה עִם אוֹת הַסָּמוּךְ לוֹ באלפ"א בית"א שֶׁהוּא אוֹת ס' יִהְיֶה צֵירוּף 'נֵס' שֶׁהוּא לְשׁוֹן הִתְרוֹמְמוּת וּגְדוּלָּה הַמּוֹרֶה עַל עֹושֶׁר כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים ס, ו) 'נָתַתָּה לִירֵאֶיךָ נֵס לְהִתְנוֹסֵס' וְזֶהוּ שֶׁאָמַר 'מִתְעַשֶּׂרֶת בְּסוֹפָהּ'. וְהִנֵּה רַשִׁ"י זַ"ל פֵּירֵשׁ שֶׁרָשָׁה בִּתְחִלָּתָהּ שֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹשִׂין עַצְמָן רָשִׁים לְדַבֵּר תַּחֲנוּנִים כָּעִנְיָן שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי יח, כג) 'תַּחֲנוּנִים יְדַבֵּר רָשׁ' עַיֵּין שָׁם. וּפֵירֵשׁ בְּנִי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב נר"ו 'רָשׁ' בְּהִיפּוּךְ אַתָּווָן 'שַׂר' רֶמֶז אִם רָשׁ בִּתְחִלָּתָהּ יִהְיֶה שַׂר בְּסוֹפָהּ לַעֲלוֹת בַּסֻּולָּם הַהַצְלָחָה, וְעַל זֶה אוֹמֵר אִם 'הָיָה רֵאשִׁיתְךָ מִצְעָר וְאַחֲרִיתְךָ יִשְׂגֶּה מְאֹד' (אִיּוֹב ח, ז) עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
"Toute année qui est pauvre à son début s'enrichit à sa fin." Il m'a semble, avec l'aide du Ciel, [voici] une allusion à la chose : avant [le mot] 'chana' (année) [dans la valeur numérique des lettres], il y a les lettres [totalisant] 244 (RM"D), et après les lettres de 'chana' il y a 466 (TS"O) ; il se trouve donc un surplus à la fin par rapport au début, un total de 222 (RK"B), qui est le total de trois Noms 'Akhadtam' [74×3 = 222, lettres précédant celles de Elokim], lesquels sont les lumières de la grandeur (gadlout) selon le sod de "tu es venue dans la parure des parures" [trois fois 74, comme mentionné dans le Chaar ha-Kavanot, drouch de Pessa'h, f. 81, vois-y]. Et par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, "les chars de Dieu sont deux fois dix mille (ribotayim)" (Ps 68:18) : car les trois Noms mentionnés sont une permutation du Nom Elokim, et il dit 'ribotayim', terme de seigneurie (rabbanout) et de grandeur, et il dit 'alfei chinan', dont la valeur monte à deux fois 'alef alef' [111×2 = 222]. Et par là se comprend "et dans ta gloire chevauche (rekhav)" (Ps 45:5) : que te vienne la réussite depuis les trois Noms mentionnés, qui sont [de valeur] RK"B [222], [lettres de] 'barekh' (bénir) ; c'est pourquoi il est dit (Ps 147:13) "car Il a renforcé les verrous de tes portes, Il a béni (berakh) tes fils en ton sein". Et voici que le nombre des lettres qui précèdent 'chana', qui sont RM"D [244], vaut le nombre de 'ha-barzel' (le fer) [244], allusion [au fait] qu'elle est dure comme le fer, [cette année] qui est 'pauvre à son début' ; voici qu'elle 's'enrichit à sa fin', puisqu'il y a à sa fin un surplus sur le nombre du début, le nombre 'RKB' qui renvoie aux trois Noms mentionnés par lesquels elle sera bénie et enrichie ; et sur cela l'Écriture apporte (Deut 11:12) 'me-rechit ha-chana', [année] qui est pauvre à son début, mais 'et jusqu'à [la fin]' (ve-ad) — explication : le Nom Akhadta"m, de valeur 74, qui enrichit, est allude dans 'aharit chana' (la fin de l'année), car le surplus des lettres de 'chana' est trois fois [74], de la manière indiquée. Ou cela se comprend, avec l'aide du Ciel : avant 'chana' il y a [les lettres formant] 'mered' (révolte), qui sont les transgressions, et après 'chana' [le total] 'TS"O' comme le compte de 'kelayot' (les reins) [466], lesquels conseillent vers le bien et transforment la révolte en mérite par la techouva, comme il est écrit (Ps 16:7) 'même la nuit mes reins m'instruisent'. Ou cela se comprend : le début du mot 'chana' est la lettre chin, et si tu la combines avec la lettre qui la précède dans l'alphabet, la lettre rech, tu obtiens la combinaison 'rach' (pauvre) — voilà 'pauvre à son début' ; mais la fin du mot 'chana' a la prononciation est la lettre noun (car la lettre hé ne se prononce pas et le qamats sous le noun tient sa place), et si tu combines la lettre noun, fin de 'chana', avec la lettre qui la suit dans l'alphabet, la lettre samekh, tu obtiens la combinaison 'nés' (étendard), terme d'élévation et de grandeur qui indique la richesse, comme il est dit (Ps 60:6) 'Tu as donné à ceux qui Te craignent un étendard (nés) pour s'élever' — voilà 's'enrichit à sa fin'. Et voici que Rachi de mémoire bénie a expliqué 'pauvre à son début' [comme signifiant] qu'Israël se fait pauvre pour dire des supplications, selon ce qui est dit (Pr 18:23) 'le pauvre parle par des supplications', vois-y. Et mon fils bien-aimé, l'honorable rav Yaakov qu'il vive, a expliqué : 'rach' (pauvre) en permutation de lettres [donne] 'sar' (prince), allusion [au fait] que si [l'année] est pauvre à son début elle sera prince à sa fin, montant l'échelle de la réussite ; et sur cela il est dit "si ton début fut médiocre, ta fin grandira beaucoup" (Job 8:7). Fin de ses paroles, qu'il vive.
💡 Explication

Interprétation homilétique de Deut 11:12. Le mot me-rechit ('depuis le début') est écrit sans alef, ce qui évoque rechout (la pauvreté) ; le mot aharit ('la fin') évoque une bonne fin/espérance. Une année 'pauvre' à son début (où Israël s'humilie en prière) s'enrichit à sa fin.

4
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: אֵין דָּנִין אֶת הָאָדָם אֶלָּא לְפִי מַעֲשָׂיו שֶׁל אוֹתָהּ שָׁעָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי שָׁמַע אֱ-לֹהִים אֶל קוֹל הַנַּעַר בַּאֲשֶׁר הוּא שָׁם״.

Et Rabbi Yitzhak a dit : on ne juge l'homme que selon ses actes de ce moment-là, ainsi qu'il est dit : "car Dieu a entendu la voix de l'enfant là où il est" (Genèse 21:17).

📜 Rachi (2)
שֶׁל אוֹתָהּ שָׁעָה וַאֲפִילּוּ הוּא עָתִיד לְהַרְשִׁיעַ לְאַחַר זְמַן:
De ce moment-là — même s'il est appelé à devenir méchant plus tard.
שֶׁנֶּאֱמַר בַּאֲשֶׁר הוּא שָׁם וּמָצִינוּ בִּבְרֵאשִׁית רַבָּה אָמְרוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת לִפְנֵי הקב"ה רבש"ע מִי שֶׁעֲתִידִין בָּנָיו לְהָמִית אֶת בָּנֶיךָ בַּצָּמָא אַתָּה מַעֲלֶה לוֹ בְּאֵר שְׁנָא' (יְשַׁעְיָהוּ כ״א:י״ד) מַשָּׂא בַּעְרָב וְגוֹ' לִקְרַאת צָמֵא הֵתָיוּ מָיִם שֶׁהָיוּ מוֹצִיאִין לִקְרַאת הַגּוֹלִים מִינֵי מְלוּחִים וְנוֹדוֹת נְפוּחִים וְכוּ' כִּדְאִיתָא הָתָם אָמַר לָהֶם הַשָּׁעָה צַדִּיק הוּא אוֹ רָשָׁע אָמְרוּ לוֹ צַדִּיק אָמַר לָהֶם בַּאֲשֶׁר הוּא שָׁם אֵינִי דָּן אֶת הָעוֹלָם אֶלָּא בִּשְׁעָתוֹ:
Ainsi qu'il est dit 'là où il est' — et nous trouvons dans Berechit Rabba : les anges de service dirent devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, celui dont les fils sont appelés à faire mourir Tes fils par la soif, Tu lui fais surgir un puits ?! — ainsi qu'il est dit (Isaie 21:14) "à la rencontre de l'assoiffé apportez de l'eau [dans le pays de Teima]", car [les Ismaélites] apportaient au-devant des exilés [judéens] des mets salés et des outres gonflées [d'air, pour les tromper], etc., comme il est rapporté là-bas. Il leur dit : à cette heure, [Ismaël] est-il juste ou méchant ? Ils lui dirent : juste. Il leur dit : 'là où il est' — je ne juge le monde que selon [l'état] de son moment.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין דָּנִין אֶת הָאָדָם אֶלָּא לְפִי מַעֲשָׂיו שֶׁל אוֹתָהּ שָׁעָה. הִקְשָׁה מָהַרְשָׁ"א זַ"ל מִן בֵּן סוֹרֵר וּמוֹרֶה, עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בֵּן סוֹרֵר וּמוֹרֶה בָּא מִן יְפַת תֹּואַר וְלָכֵן עוֹשִׂים לוֹ מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה הוּא בָּא מִזִּוּוּג מְשֻׁונֶּה שֶׁהוּא מִין עִם אֵינוֹ מִינוֹ לְכָךְ שִׁינּוּ דִּינוֹ לִהְיוֹת נִידּוֹן עַל שֵׁם סוֹפוֹ.
"On ne juge l'homme que selon ses actes de ce moment-là." Le Maharcha de mémoire bénie a objecté à partir du 'fils dévoyé et rebelle' (ben sorer ou-moreh) [qui est mis à mort à cause de sa fin prévisible], vois-y. Et il m'a semble, [avec l'aide du Ciel], que le 'fils dévoyé et rebelle' provient de [l'union avec] la belle captive (yefat toar) ; c'est pourquoi on lui applique mesure pour mesure : il vient d'un accouplement anormal, [d'une] espèce avec ce qui n'est pas de son espèce, aussi a-t-on modifié son jugement pour qu'il soit jugé d'après sa fin.
💡 Explication

On juge l'homme d'après son état présent, non d'après son avenir. Ismaël, bien que ses descendants deviendraient méchants, fut sauvé 'là où il est' (ba-acher hou cham) — innocent au moment du jugement.

5
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מַזְכִּירִין עֲוֹנֹותָיו שֶׁל אָדָם, אֵלּוּ הֵן: קִיר נָטוּי, וְעִיּוּן תְּפִלָּה, וּמוֹסֵר דִּין עַל חֲבֵירוֹ. דְּאָמַר רַבִּי אָבִין: כָּל הַמּוֹסֵר דִּין עַל חֲבֵירוֹ — הוּא נֶעֱנַשׁ תְּחִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתֹּאמֶר שָׂרַי אֶל אַבְרָם חֲמָסִי עָלֶיךָ״, וּכְתִיב: ״וַיָּבֹא אַבְרָהָם לִסְפֹּוד לְשָׂרָה וְלִבְכֹּותָהּ״.

Et Rabbi Yitzhak a dit : trois choses rappellent (font se souvenir) les fautes de l'homme, ce sont : un mur penché (kir natouy), la prière scrutée (iyoun tefila), et remettre le jugement contre son prochain (mosser din al havero). Car Rabbi Avin a dit : quiconque remet le jugement contre son prochain est puni le premier, ainsi qu'il est dit : "et Sarai dit à Abram : mon outrage (hamassi) [soit] sur toi" (Genèse 16:5), et il est écrit [ensuite] : "et Abraham vint pleurer Sarah et la pleurer" (Genèse 23:2).

📜 Rachi (4)
קִיר נָטוּי וְעוֹבֵר תַּחְתָּיו מַזְכִּיר עֲוֹונֹותָיו שֶׁאוֹמֵר כְּלוּם רָאוּי זֶה לֵיעָשׂוֹת לוֹ נֵס וּמִתּוֹךְ כָּךְ הוּא נִבְדָּק:
Un mur penché — [celui qui] passe dessous rappelle ses fautes, car [le Ciel] dit : celui-ci mérite-t-il donc qu'un miracle se fasse pour lui ? — et de ce fait il est examiné.
וְעִיּוּן תְּפִילָּה סוֹמֵךְ עַל תְּפִילָּתוֹ שֶׁתְּהֵא נִשְׁמַעַת וּמִתְאַמֵּץ לְכַוֵּין לִבּוֹ:
Et la prière scrutée — [celui qui] compte sur sa prière pour qu'elle soit exaucée, et s'efforce d'y concentrer son cœur.
מוּסַר דִּין כְּמוֹ יִשְׁפֹּוט ה' בֵּינִי וּבֵינֶיךָ (בְּרֵאשִׁית ט״ז:ה׳-ו׳) אוֹמְרִים כְּלוּם רָאוּי הוּא שֶׁיֵּעָנֵשׁ חֲבֵירוֹ עַל יָדוֹ:
Remettre le jugement — comme "que l'Éternel juge entre moi et toi" (Genèse 16:5) : [le Ciel] dit : est-il donc digne que son prochain soit puni par lui ?
וַיָּבֹא אַבְרָהָם וְגוֹ' הוּא קָבַר אוֹתָהּ:
Et Abraham vint, etc. — c'est lui qui l'enterra.
🗂️ Tossefot (1)
וְעִיּוּן תְּפִלָּה. אוֹמֵר ר"ת עִיּוּן תְּפִלָּה דְּהָכָא כִּי הַהוּא דְּגֵט פָּשׁוּט (ב"ב דַּף קסד: וְשָׁם) דָּג' דְּבָרִים אֵין אָדָם נִיצּוֹל מֵהֶן בְּכָל יוֹם וְקָא חֲשִׁיב עִיּוּן תְּפִלָּה כְּלוֹמַר שֶׁאֵין מְכַוֵּין לִבּוֹ בִּתְפִלָּתוֹ כִּדְאָמַר בִּירוּשַׁלְמִי דִּבְרָכוֹת פֶּרֶק הָיָה קוֹרֵא א"ר חַיָּיא רָבָא מִן יוֹמָא לָא כַּווֵּנִית אֶלָּא חַד זְמַן בָּעֵית מְכֻווֶּנֶת וְהַרְהֲרִית בְּלִבִּי וְאָמְרִי מַאן עָלַל קוּמּוֹי מַלְכָּא קַדְמוֹי אַלְקַפְטָא אוֹ רֵישׁ גָּלוּתָא שְׁמוּאֵל אָמַר אֲנָא מְנֵית פַּרְחַיָּיא ר' בְּוַן בַּר חַייָּא אֲמַר אֲנָא מְנֵית דּוּמְסַיָּא א"ר מְנָא מַחֲזִיק אֲנָא טִיבוֹ לְרֵישֵׁיהּ דְּכִי מָטֵי לְמוֹדִים הֲוָה כָּרַע מִגַּרְמֵיהּ וּמִתּוֹךְ שֶׁאָדָם מִתְפַּלֵּל וְאֵין מִתְכַּוֵּין לִבּוֹ עֲבֵירוֹתָיו נִזְכָּרִין וּמִיהוּ לֹא יִתָּכֵן לְפָרֵשׁ כֵּן כְּלָל אֶלָּא אַדְּרַבָּה מַיְירֵי בְּמִתְאַמֵּץ לְכַוֵּין לִבּוֹ וּבוֹטֵחַ שֶׁתְּהֵא תְּפִלָּתוֹ נִשְׁמַעַת כִּי הַהִיא דְּפֶ' אֵין עוֹמְדִין (בְּרָכוֹת דַּף לב:) הַמַּאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ וּמְעַייֵּן כִּדְמוֹכַח בְּרֵישׁ הָרוֹאֶה (בְּרָכוֹת דַּף נד:) דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב ג' דְּבָרִים מַאֲרִיכִים יָמָיו שֶׁל אָדָם וַחֲשִׁיב הַמַּאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ וּפָרִיךְ לְמֵימְרָא דִּמְעַלְּיוּתָא הִיא וְהָא א"ר חַיָּיא בַּר אַבָּא הַמַּאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ מְעַייֵּן בָּהּ סוֹף בָּא לִידֵי כְּאֵב לֵב שֶׁנֶּאֱמַר תּוֹחֶלֶת מְמֻושָּׁכָה מַחֲלָה לֵב כְּלוֹמַר מְעַייֵּן בָּהּ אוֹמֵר בְּלִבּוֹ שֶׁיַּעֲשׂוּ בַּקָּשָׁתוֹ לְפִי שֶׁהִתְפַּלֵּל בְּכַווָּנָה וּבָא לִידֵי כְּאֵב לֵב שֶׁאֵין בַּקָּשָׁתוֹ נַעֲשֵׂית תּוֹחֶלֶת לְשׁוֹן תְּפִלָּה וּמִלְּשׁוֹן וַיְחַל מֹשֶׁה (שְׁמוֹת לב) וא"ר יִצְחָק (שָׁם דַּף נה.) שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מַזְכִּירִים עֲוֹנוֹתָיו שֶׁל אָדָם עִיּוּן תְּפִלָּה שֶׁעַל יְדֵי כָּךְ מְפַשְׁפְּשִׁין בְּמַעֲשָׂיו לוֹמַר בּוֹטֵחַ הוּא בִּזְכִיּוֹתָיו וְנִרְאֶה מָה הֵם וּמְשַׁנֵּי הָא דִּמְעַיֵּין בַּהּ הָא דְּלָא מְעַייֵּן וְהָשְׁתָּא הָווּ כָּל הָנֵי שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מֵעִנְיָן אֶחָד קִיר נָטוּי שֶׁבּוֹטֵחַ בִּזְכוּתוֹ וְעוֹבֵר מוֹסֵר דִּין עַל חֲבֵירוֹ שֶׁבּוֹטֵחַ בִּזְכוּתוֹ שֶׁיֵּעָנֵשׁ חֲבֵירוֹ עַל יָדוֹ:
"Et la prière scrutée" (iyoun tefila) — Rabbenou Tam dit : l'iyoun tefila d'ici est comme celui de [la sougya de] 'Guet pachout' (Baba Batra 164b) [où l'on enseigne] que trois choses dont l'homme ne se sauve pas chaque jour, et l'on compte l'iyoun tefila — c'est-à-dire qu'il ne concentre pas son cœur dans sa prière, comme il est dit dans le Yerouchalmi de Berakhot, chapitre 'Haya koré' : Rabbi Hiyya le Grand dit : de ma vie je n'ai su me concentrer qu'une seule fois ; [une fois] j'ai voulu me concentrer et j'ai médité en mon cœur en me disant : qui entre en premier devant le roi, le gouverneur (alkafta) ou l'exilarque (rech galouta) ? Chemouel dit : moi je comptais les oiseaux ; Rabbi Boun bar Hiyya dit : moi je comptais les assises [de briques] ; Rabbi Mana dit : je sais gré à ma tête, car lorsqu'elle arrivait à [la bénédiction] 'Modim', elle s'inclinait d'elle-même. Et du fait que l'homme prie sans concentrer son cœur, ses fautes sont rappelées. Toutefois il n'est pas possible d'expliquer ainsi du tout ; au contraire, [ici] il s'agit de celui qui s'efforce de concentrer son cœur et se fie [au fait] que sa prière sera exaucée, comme dans [la sougya de] 'Ein omdin' (Berakhot 32b) : celui qui prolonge sa prière et la scrute — comme il ressort du début de 'Ha-roeh' (Berakhot 54b), où Rav Yehouda dit au nom de Rav : trois choses prolongent les jours de l'homme, et l'on compte celui qui prolonge sa prière ; et l'on objecte : cela veut-il dire que c'est une qualité ? Mais Rabbi Hiyya bar Abba a dit : celui qui prolonge sa prière et la scrute finit par en venir à une douleur du cœur, ainsi qu'il est dit "l'attente prolongée rend le cœur malade" (Pr 13:12) — c'est-à-dire [celui qui] la scrute, [qui] se dit en son cœur qu'on exaucera sa requête parce qu'il a prié avec concentration, et [qui] en vient à une douleur du cœur du fait que sa requête n'est pas accomplie ('tohelet' est un terme de prière, du langage de "va-yehal Moche" (Exode 32)). Et Rabbi Yitzhak a dit (ibid. 55a) : trois choses rappellent les fautes de l'homme, [dont] l'iyoun tefila, parce que par là on scrute ses actes en disant : il se fie à ses mérites, voyons ce qu'il en est ; et l'on répond : ici [c'est] quand il la scrute, là [le cas contraire] quand il ne la scrute pas. Et alors, ces trois choses relèvent d'un même thème : le mur penché — [celui] qui se fie à son mérite et passe [dessous] ; remettre le jugement contre son prochain — [celui] qui se fie à son mérite [pour] que son prochain soit puni par lui.
🪔 Ben Yehoyada (2)
שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מַזְכִּירִין עֲוֹנֹותָיו שֶׁל אָדָם, אֵלּוּ הֵן: קִיר נָטוּי, וְעִיּוּן תְּפִלָּה, וּמוֹסֵר דִּין עַל חֲבֵרוֹ. הִנֵּה כָּאן קָאָמַר 'עִיּוּן תְּפִלָּה' לִגְרִיעוּתָא דְּמַזְכִּיר עֲוֹנֹותָיו וּבִבְרָכוֹת (בְּרָכוֹת נה.) אָמַר 'בָּא לִידֵי כְּאֵב לֵב' וּבְשַׁבָּת (שַׁבָּת קכז.) אָמַר שִׁשָּׁה דְּבָרִים אָדָם אוֹכֵל פֵּרוֹתֵיהֶם בָּעוֹלָם הַזֶּה וְהַקֶּרֶן קַיֶּמֶת לוֹ לָעוֹלָם הַבָּא וְחַד מִנַּיְיהוּ עִיּוּן תְּפִלָּה, אַךְ בַּתּוֹסָפוֹת בִּבְרָכוֹת כָּתְבוּ תְּרֵי עִיּוּן תְּפִלָּה יֵשׁ וְצָרִיךְ לְהָבִין זֶה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּ'עִיּוּן תְּפִלָּה' דְּנָקְטִי לֵיהּ בִּכְלַל דְּבָרִים טוֹבִים הַכַּוָּונָה הוּא דִּמְכַוֵּין בִּתְפִילָּתוֹ וּמַה שֶׁאָמַר בִּבְרָכוֹת עַל עִיּוּן תְּפִלָּה 'סוֹף בָּא לִידֵי כְּאֵב לֵב' הַיְינוּ שֶׁבּוֹטֵחַ בְּדַעְתּוֹ דִּתְפִלָּתוֹ שֶׁהִתְפַּלֵּל בְּכַוָּונָה תַּעֲשֶׂה פֵּירוֹת בְּוַדַּאי וְהוּא מְצַפֶּה מָתַי תַּגִּיעַ לְיָדוֹ בַּקָּשָׁתוֹ וְזֶה נִקְרָא 'עִיּוּן תְּפִלָּה' שֶׁנּוֹתֵן עֵינָיו בִּתְפִילָּתוֹ לִבְטֹוחַ בָּהּ' וְלִסְמֹוךְ עָלֶיהָ בְּלִי שׁוּם סָפֵק וְזֶה 'אֵין מַזְכִּירִין עֲוֹנֹותָיו' כֵּיוָן שֶׁלֹּא אָמַר בְּפִיו בְּפֵירוּשׁ שֶׁתְּפִילָּתוֹ תַּעֲשֶׂה פֵּירוֹת בְּוַדַּאי אֶלָּא רַק בְּלִבּוֹ סוֹמֵךְ בְּכָךְ וְהַמְקַטְרְגִים אֵינָם יוֹדְעִים מַה שֶׁבִּלְבָבוֹ וְרַק הקב"ה יוֹדֵעַ הַמַּחֲשָׁבָה שֶׁבַּלֵּב וְהוּא יִתְבָּרֵךְ חַנּוּן וְרַחוּם אֵין דָּן אוֹתוֹ עַל פִּי מַחֲשֶׁבֶת לִבּוֹ, וְלָזֶה אָמַר בָּא לִידֵי כְּאֵב לֵב מִצַּד עַצְמוֹ שֶׁיִּהְיֶה יוֹשֵׁב וּמְצַפֶּה, וְסוֹפוֹ לָבֹא לִידֵי כְּאֵב כְּשֶׁאֵין רוֹאֶה שֶׁנַּעֲשֵׂית בַּקָּשָׁתוֹ, אַךְ רַבִּי יִצְחָק דְּאָמַר 'מַזְכִּירִין עֲוֹנֹותָיו' שֶׁל אָדָם אַיְירֵי בְּאוֹמֵר בְּפֵירוּשׁ בְּפִיו שֶׁהוּא בָּטוּחַ שֶׁתְּפִילָּתוֹ עוֹשֶׂה פֵּירוֹת בִּשְׁבִיל שֶׁהִתְפַּלֵּל בְּכַווָּנָה, וְלָכֵן הַמְקַטְרְגִים שׁוֹמְעִים דְּבָרִים אֵלּוּ וּמַזְכִּירִין עֲוֹנֹותָיו.
"Trois choses rappellent les fautes de l'homme, ce sont : un mur penché, la prière scrutée, et remettre le jugement contre son prochain." Voici qu'ici il dit 'iyoun tefila' en mauvaise part, [car] elle rappelle les fautes ; et dans Berakhot (55a) il dit [qu'elle] 'fait venir à une douleur du cœur' ; et dans Chabbat (127a) il dit : six choses dont l'homme jouit des fruits en ce monde, le capital lui demeurant pour le monde à venir, et l'une d'elles est l'iyoun tefila — mais dans les Tossefot de Berakhot ils ont écrit qu'il y a deux [sortes d']iyoun tefila ; et cela demande à être compris. Et il m'a semble, avec l'aide du Ciel, que l'iyoun tefila qu'ils rangent parmi les bonnes choses vise [le cas où] il concentre [son cœur] dans sa prière ; et ce qui est dit dans Berakhot a propos de l'iyoun tefila, 'il finit par venir à une douleur du cœur', c'est [le cas où] il se fie en son esprit [au fait] que sa prière, priée avec concentration, produira certainement des fruits, et il guette quand sa requête lui parviendra — cela s'appelle 'iyoun tefila', [le fait] qu'il pose les yeux sur sa prière pour se fier à Dieu et s'appuyer sur elle sans aucun doute ; et cela 'ne rappelle pas ses fautes', puisqu'il n'a pas dit de sa bouche explicitement que sa prière produira certainement des fruits, mais seulement en son cœur il s'y fie, et les accusateurs ne savent pas ce qui est dans son cœur — seul le Saint béni soit-Il connaît la pensée du cœur, et Lui, gracieux et miséricordieux, ne le juge pas selon la pensée de son cœur ; c'est pourquoi il est dit qu'il 'vient à une douleur du cœur' de son propre fait, [car] il restera assis à guetter, et finira par venir à la douleur lorsqu'il ne voit pas sa requête accomplie. Mais Rabbi Yitzhak, qui dit qu'[il] 'rappelle les fautes' de l'homme, parle [du cas où] il dit explicitement de sa bouche qu'il est assuré que sa prière produit des fruits parce qu'il a prié avec concentration ; c'est pourquoi les accusateurs entendent ces paroles et rappellent ses fautes.
כָּל הַמּוֹסֵר דִּין עַל חֲבֵרוֹ, הוּא נֶעֱנַשׁ תְּחִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: (בְּרֵאשִׁית טז ה) "וַתֹּאמֶר שָׂרַי אֶל אַבְרָם: חֲמָסִי עָלֶיךָ" וְגוֹ' וּכְתִיב: (בְּרֵאשִׁית כג, ב) "וַיָּבֹא אַבְרָהָם לִסְפֹּוד לְשָׂרָה". נִרְאֶה לִי בס"ד דְּדָייֵק מִיִּתּוּרָא דִּקְרָא דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'לְסָפְדָה וּלְבָכוּתָהּ' עַל כֵּן מְפָרֵשׁ שֶׁבָּא לַעֲשׂוֹת הֶסְפֵּד לְעַצְמוֹ עַל אֲשֶׁר הָיָה סִיבָּה הוּא לִפְטִירַת שָׂרָה כִּי מַה שֶׁנִּפְטְרָה בִּשְׁבִיל מְסִירַת דִּין עָלָיו נֶחְשָׁב הוּא הַמְסַבֵּב כְּמוֹ שֶׁאָמַר הקב"ה לְדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה (סַנְהֶדְרִין צה.) 'עַל יָדְךָ מֵת שָׁאוּל וְעַל יָדְךָ נִטְרַד דּוֹאֵג' וּלְכָךְ לֹא אָמַר 'לְסָפְדָה' אֶלָּא 'לִסְפֹּוד' רוֹצֶה לוֹמַר לִסְפֹּוד עַל עַצְמוֹ וְאוֹת לָמֶ"ד שֶׁל 'לְשָׂרָה' מְשַׁמֵּשׁ בִּמְקוֹם תֵּיבַת עַל כְּמוֹ (שְׁמוֹת יד, ג) 'וְאָמַר פַּרְעֹה לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל נְבֻכִים הֵם בָּאָרֶץ' שֶׁהוּא רוֹצֶה לוֹמַר עַל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְכֵן כָּאן לִסְפֹּוד לְעַצְמוֹ עַל שָׂרָה דְּהַייְנוּ עַל מַה שֶׁקָּרָה לְשָׂרָה מִסִּיבָּתוֹ.
"Quiconque remet le jugement contre son prochain est puni le premier, ainsi qu'il est dit (Genèse 16:5) 'et Sarai dit à Abram : mon outrage soit sur toi', etc., et il est écrit (Genèse 23:2) 'et Abraham vint pleurer (li-spod) Sarah'." Il m'a semble, avec l'aide du Ciel, qu'il [le déduit] du surplus du verset, car il aurait dû dire 'la pleurer et la déplorer (li-spedah)' ; aussi explique-t-il qu'il vint faire un éloge funèbre sur lui-même, [regrettant] d'avoir été cause du décès de Sarah — car [le fait] qu'elle soit décédée à cause de la remise du jugement contre lui, il en est réputé la cause, comme le Saint béni soit-Il dit au roi David de mémoire bénie (Sanhédrin 95a) : 'par ta main Chaoul est mort et par ta main Doeg a été banni' ; c'est pourquoi il n'est pas dit 'li-spedah' (la pleurer) mais 'li-spod' (pleurer), c'est-à-dire faire un éloge sur lui-même ; et la lettre lamed de 'le-Sarah' tient lieu du mot 'al' (sur/au sujet de), comme (Exode 14:3) 'et Pharaon dira des enfants d'Israël (li-vnei Israël) : ils sont égarés dans le pays', où cela veut dire 'au sujet des enfants d'Israël' ; de même ici, [il vint] faire un éloge sur lui-même au sujet de Sarah, c'est-à-dire au sujet de ce qui advint à Sarah par sa faute.
💡 Explication

Trois conduites attirent l'examen des fautes : (1) le mur penché (s'exposer au danger en comptant sur un miracle) ; (2) l'iyoun tefila (compter sur l'exaucement de sa prière) ; (3) remettre le jugement contre autrui — celui-là est puni le premier, comme Sarah qui appela le jugement entre elle et Abraham et mourut avant lui.

6
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: אַרְבָּעָה דְּבָרִים מְקָרְעִין גְּזַר דִּינוֹ שֶׁל אָדָם, אֵלּוּ הֵן: צְדָקָה, צְעָקָה, שִׁינּוּי הַשֵּׁם, וְשִׁינּוּי מַעֲשֶׂה. צְדָקָה, דִּכְתִיב: ״וּצְדָקָה תַּצִּיל מִמָּוֶת״. צְעָקָה, דִּכְתִיב: ״וַיִּצְעֲקוּ אֶל ה׳ בַּצַּר לָהֶם וּמִמְּצוּקֹותֵיהֶם יוֹצִיאֵם״. שִׁינּוּי הַשֵּׁם, דִּכְתִיב: ״שָׂרַי אִשְׁתְּךָ לֹא תִקְרָא אֶת שְׁמָהּ שָׂרָי כִּי שָׂרָה שְׁמָהּ״, וּכְתִיב: ״וּבֵרַכְתִּי אֹותָהּ וְגַם נָתַתִּי מִמֶּנָּה לְךָ בֵּן״. שִׁינּוּי מַעֲשֶׂה, דִּכְתִיב: ״וַיַּרְא הָאֱ-לֹהִים אֶת מַעֲשֵׂיהֶם״, וּכְתִיב: ״וַיִּנָּחֶם הָאֱ-לֹהִים עַל הָרָעָה אֲשֶׁר דִּבֶּר לַעֲשׂוֹת לָהֶם וְלֹא עָשָׂה״.

Et Rabbi Yitzhak a dit : quatre choses déchirent le décret (gezar din) de l'homme, ce sont : la charité (tsedaka), le cri (tseaka), le changement du nom (chinouy ha-chem) et le changement des actes (chinouy maasseh). La charité, comme il est écrit : "et la charité délivre de la mort" (Proverbes 10:2).

Le cri, comme il est écrit : "et ils crièrent vers l'Éternel dans leur détresse, et de leurs angoisses Il les fait sortir" (Psaumes 107:28). Le changement du nom, comme il est écrit : "Sarai ta femme, tu n'appelleras pas son nom Sarai, car Sarah est son nom" (Genèse 17:15), et il est écrit : "et Je la bénirai, et Je te donnerai aussi d'elle un fils" (Genèse 17:16).

Le changement des actes, comme il est écrit : "et Dieu vit leurs actes" (Jonas 3:10), et il est écrit : "et Dieu se ravisa (va-yinahem) du mal qu'Il avait dit leur faire, et Il ne [le] fit pas" (Jonas 3:10).

📜 Rachi (1)
שִׁינּוּי מַעֲשֶׂה שָׁב מֵרָעָתוֹ:
Le changement des actes — il s'est détourné de sa conduite mauvaise.
🪔 Ben Yehoyada (2)
ארבעה דברים מקרעין גזר־דינו של אדם. קשה בשלמא בשלשה מהם איכא טעמא שיועילו לקריעת גזר דין אך ב'שנוי השם' מה טעם יש בו שיועיל לבטל הגזרה שנגזרה? ונראה לי בס"ד דידוע אם אמר קונם שאיני נכנס לבית ראובן אם ראובן מכר הבית לשמעון הרי זה מותר ליכנס בו כי הוא נדר על בית ראובן וזה ביתו של שמעון הוא (נדרים מז.) וכן כאן הגזרה לעולם תתבטל בשביל תשובה או צדקה, אך המקטרג יקטרג שכבר נגזרה גזרה על אותו השם וזה הוא שם אחר וניצול בזה מקטרוג המקטרג. ובאופן אחר נראה לי בס"ד על פי מה שכתב הרב ערבי נחל ז"ל דאותיות השם הם צינורות השפע של חיותו כמו שנאמר (בראשית ב, יט) 'נפש חיה הוא שמו' עיין שם. והשתא כאשר משנים השם של אותו אדם עושים בזה ביטול לאותם האותיות של שם הקודם וזהו נעשה מעין מיתה ומעין הגזרה שנגזרה עליו, ונמצא בזה נתקיים הגזר דין במקצת ויתבטל הדין, ויהיה מעתה נשפע מאותיות החדשים אשר לו בשם החדש והרי הוא כקטן שנולד דמי.
"Quatre choses déchirent le décret de l'homme." [Question] : pour trois d'entre elles, soit — il y a une raison qu'elles servent à déchirer le décret ; mais dans le 'changement du nom', quelle raison y a-t-il pour qu'il serve à annuler le décret qui a été décrété ? Et il m'a semble, avec l'aide du Ciel, [voici] : il est connu que si quelqu'un dit 'que me soit interdit (konam) d'entrer dans la maison de Reouven', si Reouven a vendu la maison à Chimon, voici qu'il est permis d'y entrer, car il a fait vœu au sujet de la maison de Reouven, et celle-ci est [devenue] la maison de Chimon (Nedarim 47a) ; de même ici, le décret devrait toujours s'annuler par la techouva ou la tsedaka, mais l'accusateur accuse [en disant] qu'un décret a déjà été décrété contre tel nom — or celui-ci est un autre nom, et par là il est sauvé de l'accusation de l'accusateur. Et d'une autre manière il m'a semble, avec l'aide du Ciel, selon ce qu'a écrit le rav [auteur de] 'Arvei Nahal' de mémoire bénie : les lettres du nom sont les canaux du flux de sa vitalité, comme il est dit (Genèse 2:19) "[tout] ce que l'homme [appelait] âme vivante, tel [était] son nom", vois-y ; et alors, lorsqu'on change le nom de cet homme, on annule par là ces lettres du nom précédent, et cela devient une sorte de mort et une sorte [d'accomplissement] du décret qui fut décrété contre lui ; il se trouve par là que le décret s'accomplit en partie et [ainsi] le jugement s'annule, et désormais il reçoit le flux [vital] des lettres nouvelles qui sont à lui dans le nouveau nom — et le voici comme un nouveau-né (ke-katan che-nolad dami).
'שִׁנּוּי הַשֵּׁם' דִּכְתִיב: (בְּרֵאשִׁית יז, טו) "וַיֹּאמֶר ה' אֶל אַבְרָם שָׁרִי אִשְׁתְּךָ, לֹא תִקְרָא אֶת שְׁמָהּ 'שְׁרִי' כִּי 'שָׂרָה' שְׁמָהּ". מַקְשִׁים לָמָּה לֹא יָלֵיף דָּבָר זֶה מֵאַבְרָהָם עַצְמוֹ שֶׁלֹּא הוֹלִיד אֶת יִצְחָק שֶׁהוּא בֵּן הָרָאוּי לוֹ אֶלָּא עַד אַחַר שֶׁנִּקְרָא אַבְרָהָם? וְעַיֵּין מַה שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א זַ"ל בִּנְדָרִים (נְדָרִים לב:) יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּגַבֵּי אַבְרָהָם לָא הֲוָה שִׁינּוּי הַשֵּׁם אֶלָּא רַק תּוֹסֶפֶת אוֹת א' בִּשְׁמוֹ וְלֹא יִקְרָא שִׁינּוּי אֶלָּא אִם כֵּן מְשַׁנֶּה הַשֵּׁם כֻּולּוֹ שֶׁמֵּבִיא שֵׁם אַחֵר בִּמְקוֹמוֹ אוֹ יְשַׁנֶּה מִמֶּנּוּ אוֹת אַחַת שֶׁיָּסִיר אוֹת אֶחָד וְיַנִּיחַ אוֹת אַחֵר בִּמְקוֹמוֹ כְּדַהֲוָה בְּשָׂרָהּ שֶׁנָּטַל אוֹת יוּ"ד וְהִנִּיחַ אוֹת הֵ"א.
"Le changement du nom, comme il est écrit (Genèse 17:15) 'et Dieu dit à Abraham : Sarai ta femme, tu n'appelleras pas son nom Sarai, car Sarah est son nom'." On objecte : pourquoi ne pas apprendre cette chose d'Abraham lui-même, qui n'engendra Its'hak — le fils qui lui convenait — qu'après avoir été appelé Abraham ? Vois ce qu'a écrit le Maharcha de mémoire bénie dans Nedarim (32b), vois-y. Et il m'a semble, avec l'aide du Ciel, que pour Abraham il n'y eut pas [vraiment] changement de nom, mais seulement l'ajout d'une lettre alef à son nom ; et cela n'est appelé changement que si l'on change le nom tout entier, en mettant un autre nom à sa place, ou si l'on modifie une de ses lettres, en ôtant une lettre et en plaçant une autre à sa place, comme il en fut pour Sarah, [dont] on ôta la lettre youd et l'on plaça [à la place] la lettre hé.
💡 Explication

Quatre actions déchirent le décret : la tsedaka (charité), la tseaka (cri/prière), le chinouy ha-chem (changement de nom) et le chinouy maasseh (amendement de la conduite). Chacune est appuyée par un verset. Le prooftexte de Sarah lie le changement de nom à la naissance d'Isaac ; celui de Ninive lie le changement d'actes à l'annulation du châtiment.

🖼️ Schéma
Ce qui déchire le décret (gezar din) d'un homme 4 selon R. Yitzhak + 1 selon yech omrim tsedaka charité u-tsedaka tatsil mi-mavet (Pr 10:2) tseaka cri (prière) va-yitsaaku el H' ba-tsar lahem (Ps 107:28) chinouy ha-chem changer le nom Sarai devient Sarah -> enfante (Gn 17:15-16) chinouy maasseh changer ses actes Ninive : Dieu vit leurs actes, se repentit du mal (Jonas 3:10) chinouy makom changer de lieu (yech omrim) Lekh lekha -> grande nation (Gn 12:1-2) R. Yitzhak exclut le lieu : c'est le mérite d'Erets Israël qui aida Avram
Les quatre choses qui déchirent le décret.
7
וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף שִׁינּוּי מָקוֹם, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר ה׳ אֶל אַבְרָם לֶךְ לְךָ מֵאַרְצְךָ״, וַהֲדַר: ״וְאֶעֶשְׂךָ לְגוֹי גָּדוֹל״. וְאִידָךְ: הָהוּא זְכוּתָא דְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל הוּא דְּאַהַנְיָא לֵיהּ.

Et certains disent : aussi le changement de lieu (chinouy makom), comme il est écrit : "et l'Éternel dit à Abram : va-t'en de ton pays" (Genèse 12:1), et ensuite : "et Je ferai de toi une grande nation" (Genèse 12:2). Et l'autre [Rabbi Yitzhak, qui ne le compte pas] : ce mérite-la, c'est celui d'Erets Israël qui lui fut utile.

🪔 Ben Yehoyada (1)
זְכוּתָא דְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל הוּא דְּאַהַנְיָא לֵיהּ. קָשֶׁה אִם כֵּן הָוֵה לֵיהּ לְרַבִּי יִצְחָק לַחְשֹׁוב יְשִׁיבַת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל עִם ד' דְּבָרִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי יִצְחָק לָא פְסִיקָא לֵיהּ דְּאֶפְשָׁר זְכוּתָא דְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל גֵּרִים וְאֶפְשָׁר מִשּׁוּם שִׁינּוּי מָקוֹם בִּלְחוּדֵיהּ וְלָכֵן לֹא מָנָה עִם ד' דְּבָרִים לֹא זֶה וְלֹא זֶה.
"C'est le mérite d'Erets Israël qui lui fut utile." On objecte : s'il en est ainsi, Rabbi Yitzhak aurait dû compter l'habitation en Erets Israël parmi les quatre choses ? Et il m'a semble, avec l'aide du Ciel, que [la chose] n'était pas tranchée pour Rabbi Yitzhak : il est possible que ce soit le mérite d'Erets Israël qui [l'ait] causé, et il est possible que ce soit du seul fait du changement de lieu ; c'est pourquoi il n'a compté parmi les quatre choses ni l'un ni l'autre.
💡 Explication

Selon une opinion, il faut ajouter le changement de lieu (Avram quitte son pays et devient une grande nation). Rabbi Yitzhak, lui, ne l'inclut pas : ce n'est pas le déplacement qui aida Avram, mais le mérite d'Erets Israël.

8
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: חַייָּב אָדָם לְהַקְבִּיל פְּנֵי רַבּוֹ בָּרֶגֶל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מַדּוּעַ אַתְּ הֹולֶכֶת אֵלָיו הַיּוֹם לֹא חֹדֶשׁ וְלֹא שַׁבָּת״, מִכְּלָל דִּבְחֹדֶשׁ וְשַׁבָּת אִיבְּעִי לַהּ לְמֵיזַל.

Et Rabbi Yitzhak a dit : l'homme est tenu d'accueillir la face de son maître à la fête (regel), ainsi qu'il est dit : "pourquoi vas-tu vers lui aujourd'hui, [ce n'est] ni [la] néoménie ni [le] Chabbat ?" (II Rois 4:23) — d'où l'on déduit que, [le jour de] la néoménie et du Chabbat, elle devait aller [vers lui].

💡 Explication

On est tenu d'accueillir son maître à la fête. La preuve : le mari de la Chounamite lui demande pourquoi elle va voir le prophète Elicha 'aujourd'hui, [alors que ce n'est] ni néoménie ni Chabbat' (II Rois 4:23) — sous-entendu qu'aux jours de fête (ici 'Chabbat' au sens de jour chômé) elle devait y aller.

9
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: חַייָּב אָדָם לְטַהֵר אֶת עַצְמוֹ בָּרֶגֶל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבְנִבְלָתָם לֹא תִּגְּעוּ״.

Et Rabbi Yitzhak a dit : l'homme est tenu de se purifier à la fête (regel), ainsi qu'il est dit : "et vous ne toucherez pas leur cadavre [ils sont impurs pour vous]" (Lévitique 11:8).

📜 Rachi (1)
וּבְנִבְלָתָם לֹא תִּגְּעוּ וּבָרֶגֶל מִשְׁתַּעֵי קְרָא כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל לְקַמֵּיהּ בַּבָּרַיְיתָא:
Et vous ne toucherez pas leur cadavre — et l'Écriture parle du regel (de la fête), comme la baraita l'explique plus loin.
🪔 Ben Yehoyada (1)
חַיָּב אָדָם לְטַהֵר אֶת עַצְמוֹ בָּרֶגֶל. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כִּי יֵצֶר הָרַע יִתְגָּרֶה בָּאָדָם בָּרֶגֶל יוֹתֵר מִשְּׁאָר יָמִים מִפְּנֵי שֶׁהֵם יְמֵי בָּטְלָה, אַךְ הַיֵּצֶר הָרַע נִמְשַׁל לִזְבוּב שֶׁשּׁוֹכֵן עַל מָקוֹם מָאוּס וְסָרוּחַ וְאִם הַגּוּף טָמֵא בָּרֶגֶל שׁוֹרִין עָלָיו כּוֹחוֹת יֵצֶר הָרַע שֶׁהֵם (קֹהֶלֶת י, א) 'זְבוּבֵי מוֹת' בַּר מִינָן וְאִם יִהְיֶה טָהוֹר נִפְרָדִים מֵעָלָיו הַזְּבוּבִים וְכָל יוֹם מִימֵי הָרֶגֶל נִקְרָא יוֹם טוֹב וְאִם נִטְהַר בּוֹ יִתְרַחֵק מִמֶּנּוּ הַ'זְבוּב' [17] שֶׁהוּא מִסְפַּר י"ז וְיִתְהַפֵּךְ לְמִסְפָּר טוֹב [17] דְּהַמִּסְפָּר שָׁוֶה. וְנִרְאֶה לִי שֶׁרָמַז דְּרַבִּי יִצְחָק לְפִי דַּרְכּוֹ בְּאוֹמְרוֹ בָּרֶגֶל עַל עֲוֹנוֹת שֶׁאָדָם דָּשׁ בַּעֲקֵבָיו שֶׁנִּמְצָאִים בְּיוֹתֵר בִּימֵי הַבַּטָּלָה. אוֹ רֶמֶז בָּרֶגֶל עַל הַתְּשׁוּבָה אֲשֶׁר פֶּתַח שֶׁלָּהּ רָמוּז בְּרֶגֶל אוֹת ה'.
"L'homme est tenu de se purifier à la fête (regel)." Il m'a semble, avec l'aide du Ciel, [voici] la raison : le mauvais penchant (yetser ha-ra) provoque l'homme à la fête plus que les autres jours, parce que ce sont des jours d'oisiveté ; or le mauvais penchant est comparé à la mouche qui se pose sur un endroit répugnant et putride ; et si le corps est impur à la fête, se posent sur lui les forces du mauvais penchant, qui sont (Ecclésiaste 10:1) 'les mouches de la mort', loin de nous ; mais s'il est pur, les mouches se séparent de lui. Et chaque jour des jours de fête est appelé 'yom tov' (bon jour) ; et s'il se purifie en ce [jour], s'éloigne de lui la 'mouche' (zvouv, valeur 17) qui se retourne en le nombre 'tov' (bon, valeur 17), les deux nombres étant égaux. Et il m'a semble que Rabbi Yitzhak, selon sa voie [homilétique], en disant 'à la fête (regel)', a fait allusion aux fautes que l'homme foule de son talon (regel) [= néglige], lesquelles se trouvent surtout dans les jours d'oisiveté. Ou bien il a fait allusion, par 'regel', à la techouva, dont l'entrée (le portail) est alludée par 'regel' [dont la première lettre est] la lettre hé [porte de la techouva].
💡 Explication

On est tenu de se purifier au regel (fête de pèlerinage). Le verset 'et vous ne toucherez pas leur cadavre' (Lev 11:8) est rapporté au contexte de la fête, comme l'explique la baraita qui suit.

10
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: ״וּבְנִבְלָתָם לֹא תִּגְּעוּ״, יָכוֹל יְהוּ יִשְׂרָאֵל מֻוזְהָרִין עַל מַגַּע נְבֵילָה, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אֱמֹור אֶל הַכֹּהֲנִים בְּנֵי אַהֲרֹן״, בְּנֵי אַהֲרֹן מֻוזְהָרִין, בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אֵין מֻוזְהָרִין.

Ainsi enseigne-t-on aussi [dans une baraita] : "et vous ne toucherez pas leur cadavre" — on aurait pu penser qu'Israël [tout entier] serait averti (interdit) sur le contact d'un cadavre [d'animal] ; [c'est pourquoi] l'enseignement dit : "parle aux kohanim, fils d'Aharon" (Lévitique 21:1) — les fils d'Aharon sont avertis, les fils d'Israël ne sont pas avertis.

💡 Explication

La baraita écarte le sens littéral : si 'ne touchez pas leur cadavre' interdisait à tout Israël le contact d'une carcasse, le verset 'parle aux kohanim' (Lev 21:1) montre que seuls les kohanim sont mis en garde [contre l'impureté des morts], non l'ensemble d'Israël.

11
וַהֲלֹא דְּבָרִים קַל וָחֹומֶר: וּמַה טֻומְאָה חֲמוּרָה — כֹּהֲנִים מֻוזְהָרִין, יִשְׂרְאֵלִים אֵינָן מֻוזְהָרִין. טֻומְאָה קַלָּה — לֹא כָל שֶׁכֵּן? אֶלָּא, מַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״וּבְנִבְלָתָם לֹא תִּגְּעוּ״ — בָּרֶגֶל.

Or les choses [se déduisent] à fortiori (kal va-homer) : si, pour l'impureté grave [le cadavre humain], les kohanim sont avertis mais les Israélites ne sont pas avertis — pour l'impureté légère [le cadavre d'animal], n'est-ce pas d'autant plus [qu'ils ne sont pas avertis] ?! Dès lors, que vient enseigner "et vous ne toucherez pas leur cadavre" ? — [qu'il faut se purifier] à la fête (regel).

💡 Explication

Raisonnement à fortiori : puisque même pour l'impureté la plus grave (le mort humain) les non-kohanim ne sont pas interdits, à plus forte raison pour l'impureté légère (carcasse d'animal). Le verset 'ne touchez pas leur cadavre' est donc superflu au sens littéral et vient enseigner l'obligation de pureté à la fête.

12
אָמַר רַבִּי כְּרֻוסְפָּדַאי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שְׁלֹשָׁה סְפָרִים נִפְתָּחִין בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה, אֶחָד שֶׁל רְשָׁעִים גְּמוּרִין, וְאֶחָד שֶׁל צַדִּיקִים גְּמוּרִין, וְאֶחָד שֶׁל בֵּינוֹנִיִּים. צַדִּיקִים גְּמוּרֵין — נִכְתָּבִין וְנֶחְתָּמִין לְאַלְתַּר לְחַיִּים, רְשָׁעִים גְּמוּרֵין — נִכְתָּבִין וְנֶחְתָּמִין לְאַלְתַּר לְמִיתָה, בֵּינוֹנִיִּים — תְּלוּיִין וְעוֹמְדִין מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה וְעַד יוֹם הַכִּפּוּרִים, זָכוּ — נִכְתָּבִין לְחַיִּים, לֹא זָכוּ — נִכְתָּבִין לְמִיתָה.

Rabbi Kerouspedai a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : trois livres s'ouvrent à Roch Hachana — un [pour] les méchants accomplis (rechaim gemourim), un [pour] les justes accomplis (tsadikim gemourim), et un [pour] les intermédiaires (beinonim). Les justes accomplis sont inscrits et scellés aussitôt pour la vie ; les méchants accomplis sont inscrits et scellés aussitôt pour la mort ; les intermédiaires demeurent en suspens depuis Roch Hachana jusqu'à Yom Kippour : s'ils l'ont mérité, ils sont inscrits pour la vie ; s'ils ne l'ont pas mérité, ils sont inscrits pour la mort.

📜 Rachi (1)
שְׁלֹשָׁה סְפָרִים סִפְרֵי זִכָּרוֹן שֶׁל מַעֲשֵׂה הַבְּרִיּוֹת:
Trois livres — [ce sont] les livres du souvenir des actes des créatures.
🗂️ Tossefot (1)
וְנֶחְתָּמִין לְאַלְתַּר לְחַיִּים. מִדְּקָא חֲשִׁיב בֵּינוֹנִיִּים מַשְׁמַע דְּצַדִּיקִים קָרֵי לְמִי שֶׁזְּכִיּוֹתָיו מְרֻובִּים וּרְשָׁעִים גְּמוּרִים לְמִי שֶׁעֲוֹנֹותָיו מְרֻובִּים וּפְעָמִים הַצַּדִּיקִים נֶחְתָּמִין לְמִיתָה וּרְשָׁעִים גְּמוּרִים לְחַיִּים דִּכְתִיב וּמְשַׁלֵּם לְשֹׂונְאָיו אֶל פָּנָיו לְהַאֲבִידוֹ (דְּבָרִים ז׳:י׳) דְּאָמְרִינַן בְּסוֹף פ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף לט: וְשָׁם) מִי שֶׁזְּכִיּוֹתָיו מְרֻובִּין מֵעֲוֹנֹותָיו דּוֹמֶה כְּמִי שֶׁשָּׂרַף אֶת כָּל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ וְלֹא שִׁייֵּר מִמֶּנָּה אוֹת אַחַת וְאִי עֲוֹנֹותָיו מְרֻובִּין מִזְּכוּיוֹתָיו דּוֹמֶה כְּמִי שֶׁקִּיֵּים כָּל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ וְלֹא חִיסֵּר אוֹת אַחַת וְכָל זֶה דְּקָרֵי הָכָא גַּבֵּי רְשָׁעִים מִיתָה וְגַבֵּי צַדִּיקִים חַיִּים כְּלוֹמַר לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא:
"Et scellés aussitôt pour la vie" — du fait que l'on compte les 'beinonim', il apparaît qu'on appelle 'justes' celui dont les mérites sont majoritaires, et 'méchants accomplis' celui dont les fautes sont majoritaires ; et il arrive parfois que les justes soient scellés pour la mort et les méchants accomplis pour la vie, ainsi qu'il est écrit "et Il paie ceux qui Le haïssent en face pour les faire périr" (Deut 7:10) — car nous disons à la fin du premier chapitre de Kiddouchin (39b) : celui dont les mérites l'emportent sur ses fautes est comparable à celui qui a brûlé toute la Torah entière sans en laisser une seule lettre, et celui dont les fautes l'emportent sur ses mérites est comparable à celui qui a accompli toute la Torah entière sans en manquer une seule lettre [c'est-à-dire que la rétribution s'inverse en ce monde]. Et tout cela [explique] que l'on appelle ici, chez les méchants, 'mort', et chez les justes, 'vie', c'est-à-dire la vie du monde à venir.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁלֹשָׁה סְפָרִים נִפְתָּחִים בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל (בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת דַּף צ"ח ע"ג) כְּשֶׁבָּאִין אוֹרוֹת הַמֹּוחִין בִּבְחִינַת וָא"ו דְּשֵׁם הוי"ה בָּרוּךְ הוּא מִתְעַלִּים חג"ת [חֶסֶד, גְּבוּרָה, תִּפְאֶרֶת] שֶׁבּוֹ וְנַעֲשִׂין חַבָּ"ד [חָכְמָה, בִּינָה, דַּעַת] שֶׁבּוֹ כְּדֵי שֶׁבְּתוֹכָם יִתְלַבְּשׁוּ נה"י [נֶצַח, הוֹד, יְסוֹד] דְּבִינָה עִלָּאָה וּבְתוֹכָם מִתְלַבְּשִׁין הַמֹּוחִין וּלְאֵלּוּ הַשְּׁלֹשָׁה שֶׁהֵם חַבָּ"ד הַנִּזְכָּרִים מַזְכִּירָם בְּמַאֲמַר הַזֹּוהַר בְּשֵׁם אַבְרָהָם יִצְחָק יַעֲקֹב דְּאַף עַל פִּי שֶׁעַתָּה הֵם חַבָּ"ד שָׁורְשָׁם הָיוּ חג"ת שֶׁהֵם ג' אָבוֹת אַבְרָהָם יִצְחָק יַעֲקֹב, עַד כָּאן דְּבָרָיו זַ"ל, יְעֻויַּן שָׁם. וּבָזֶה יוּבַן מַה שֶׁאָמַר שְׁלֹשָׁה סְפָרִים נִפְתָּחִים סְפָרִים לְשׁוֹן סְפִירוֹת שֶׁהֵם שְׁלֹשָׁה סְפִירוֹת שֶׁנִּפְתָּחִין מֵאֲלֵיהֶם כְּדֵי לְקַבֵּל אוֹרוֹת הַמֹּוחִין וּכְנֶגֶד ג' סְפִירוֹת אֵלּוּ יֵשׁ ג' סְפָרִים פְּתוּחִים בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁהֵם אֶחָד שֶׁל צַדִּיקִים וְאֶחָד לְצֹורֶךְ רְשָׁעִים גְּמוּרִים וְאֶחָד לְצֹורֶךְ בֵּינוֹנִים, וְהָא דְּתָלוּ שְׁלֹשָׁה סְפָרִים בִּשְׁלֹשָׁה סְפִירוֹת הַנִּזְכָּרִים וַדַּאי יֵשׁ בָּזֶה טַעַם עַל דֶּרֶךְ הַסּוֹד אַךְ וַדַּאי אֵין הַכַּווָּנָה שֶׁיֵּשׁ סְפָרִים לְמַעְלָה כְּמוֹ סְפָרִים שֶׁבָּעוֹלָם הַזֶּה הַתַּחְתּוֹן אֶלָּא כָּל זֶה הוּא לְמַעְלָה עִנְיָן רוּחָנִי בֵּין גּוּף הַסֵּפֶר וּבֵין הַכְּתִיבָה וּ'בִּמְכֻוסֶּה מִמְּךָ אַל תַּחְקֹור' (חֲגִיגָה יג.) .
"Trois livres s'ouvrent à Roch Hachana." Il m'a semble, avec l'aide du Ciel, selon ce qu'a écrit notre maître [le Ari] de mémoire bénie (Chaar ha-Kavanot, f. 98c) : quand les lumières des mohin (cerveaux) viennent dans l'aspect du vav du Nom Havaya béni soit-Il, s'élèvent les H-G-T ['Hessed, Guevoura, Tiferet] qui sont en lui et deviennent H-B-D ['Hokhma, Bina, Daat] en lui, afin qu'en eux se revêtent les N-H-Y [Netsa'h, Hod, Yessod] de la Bina supérieure, et qu'en ceux-ci se revêtent les mohin ; et ces trois-là, qui sont les H-B-D mentionnés, la parole du Zohar les désigne par les noms Abraham, Its'hak, Yaakov, car bien qu'ils soient maintenant H-B-D, leur racine était H-G-T qui sont les trois Pères Abraham, Its'hak, Yaakov — fin de ses paroles, vois-y. Et par là se comprend ce qui est dit 'trois livres s'ouvrent' : 'sefarim' (livres) est un terme de 'sefirot', [savoir] les trois sefirot qui s'ouvrent d'elles-mêmes pour recevoir les lumières des mohin ; et face à ces trois sefirot il y a trois livres ouverts à Roch Hachana, [savoir] un pour les justes, un pour les besoins des méchants accomplis, et un pour les besoins des intermédiaires. Et [le fait] de rattacher les trois livres aux trois sefirot mentionnées a certainement une raison selon la voie du sod ; mais assurément l'intention n'est pas qu'il y ait là-haut des livres comme les livres de ce monde inférieur : tout cela est, en haut, une affaire spirituelle, tant [pour] le corps du livre que [pour] l'écriture — et 'ce qui t'est caché, ne le scrute pas' (Haguiga 13a).
💡 Explication

Enseignement central : trois livres s'ouvrent à Roch Hachana. Les justes accomplis sont scellés aussitôt pour la vie, les méchants accomplis pour la mort, et les beinonim (intermédiaires, dont mérites et fautes s'équilibrent) restent suspendus jusqu'à Yom Kippour, où leurs actes trancheront.

🖼️ Schéma
Trois livres ouverts à Roch Hachana Tsadikim gemourim justes accomplis inscrits et scellés aussitôt pour la VIE Rechaim gemourim méchants accomplis inscrits et scellés aussitôt pour la MORT Beinonim intermédiaires suspendus (teluyim) RH -> Yom Kippour zakhou (méritent) inscrits pour la vie lo zakhou inscrits pour la mort Versets : Ps 69:29 (R. Avin) | Ex 32:32 (R. Nahman b. Yitzhak) Beit Chammai (jour du Jugement final) : vie éternelle / Guehinom / passage par Guehinom
Les trois livres et le sort des beinonim.
13
אָמַר רַבִּי אָבִין, מַאי קְרָא: ״יִמָּחוּ מִסֵּפֶר חַיִּים וְעִם צַדִּיקִים אַל יִכָּתֵבוּ״. ״יִמְחוּ מִסְפַּר״ — זֶה סִפְרָן שֶׁל רְשָׁעִים גְּמוּרִין, ״חַיִּים״ — זֶה סִפְרָן שֶׁל צַדִּיקִים, ״וְעִם צַדִּיקִים אַל יִכָּתֵבוּ״ — זֶה סִפְרָן שֶׁל בֵּינוֹנִיִּים.

Rabbi Avin a dit : quel est le verset [qui l'appuie] ? "Qu'ils soient effacés du livre des vivants, et qu'avec les justes ils ne soient pas inscrits" (Psaumes 69:29).

"Qu'ils soient effacés du livre" — c'est le livre des méchants accomplis ; "des vivants" — c'est le livre des justes ; "et qu'avec les justes ils ne soient pas inscrits" — c'est le livre des intermédiaires.

🪔 Ben Yehoyada (1)
(תְּהִלִּים סט, כט) 'יִמְחוּ מִסְפָּר', זֶה סִפְרָן שֶׁל רְשָׁעִים גְּמוּרִים. הִנֵּה כָּאן יֵשׁ מִילֵּי דִּתְמֵיהַי, חֲדָא אֵיךְ מְבַקֵּשׁ עַל אוֹיְבָיו שֶׁהֵם רְשָׁעִים גְּמוּרִים שֶׁיִּמְחוּ מִסֵּפֶר רְשָׁעִים גְּמוּרִים וַהֲלֹא זֶה מְקוֹמָן וְהֵיכָן יִכְתְּבוּ דְּלָא יֵשׁ סֵפֶר רְבִיעִי גָּרוּעַ מִזֶּה? וְעוֹד מַה צֹורֶךְ לִשְׁאוֹל שֶׁיִּמְחוּ מִסֵּפֶר צַדִּיקִים גְּמוּרִים דְּוַדַּאי הוּא שֶׁלֹּא יָבוֹאוּ שָׁם מֵעִיקָּרָא? וְעוֹד בַּקָּשָׁתוֹ שֶׁלֹּא יִכְתְּבוּ עִם בֵּינוֹנִים נָמֵי לְלֹא צֹורֶךְ כִּי בֵּינוֹנִים הֵם מֶחֱצָה עֲוֹנוֹת וּמֶחֱצָה זְכִיּוֹת וְאֵלּוּ אֵינָם מִסּוּג זֶה אֶלָּא הֵם רֻובָּם עוֹנוֹת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאַף עַל גַּב דְּאוֹיְבָיו הֵם רְשָׁעִים גְּמוּרִים עִם כָּל זֶה יִמָּצֵא בָּעוֹלָם רְשָׁעִים גְּמוּרִים שֶׁהֵם רָעִים יוֹתֵר מֵהֶם, וְיָדוּעַ אִם יַעַמְדוּ שְׁנֵי רְשָׁעִים זֶה אֵצֶל זֶה וְאֶחָד מֵהֶם רַע בְּיוֹתֵר יֵחָלֵשׁ וְיִתְמַעֵט הָרַע שֶׁל הָאֶחָד בְּעֵרֶךְ עֹוצֶם וְקֹושִׁי הָרַע שֶׁל חֲבֵירוֹ וְלָכֵן לֹא רָצָה שֶׁיִּהְיוּ נִכְתָּבִים בְּסֵפֶר זֶה עִם רְשָׁעִים גְּמוּרִים אֶלָּא יִכְתְּבוּ בִּפְנֵי עַצְמוֹ כְּדַי שֶׁלֹּא תֵּחָלֵשׁ דַּעְתָּם בַּדִּין בְּעֵרֶךְ דַּעַת אֲחֵרִים, עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב אה"י [אֹהֶל יַעֲקֹב] זַ"ל בַּפָּסוּק (הוֹשֵׁעַ ז, א) 'כְּרָפְאִי לְיִשְׂרָאֵל וְנִגְלָה עֲוֹ‍ן אֶפְרַיִם' יְעֻויַּן שָׁם. וְעוֹד בִּקֵּשׁ שֶׁיִּמְחוּ מִסֵּפֶר צַדִּיקִים גְּמוּרִים כִּי אֵלּוּ הָאוֹיְבִים שֶׁלּוֹ רֻובָּם הָיוּ בַּעֲלֵי תּוֹרָה שֶׁהֵם דּוֹאֵג וַאֲחִיתֹופֶל וְסִיעָתָם אֲשֶׁר לִימְּדוּ תּוֹרָה לַתַּלְמִידִים הַרְבֵּה, וְאֵלּוּ הַתַּלְמִידִים שֶׁלָּמְדוּ מֵהֶם הֵמָּה צַדִּיקִים גְּמוּרִים, וְהַדֶּרֶךְ כְּשֶׁכּוֹתְבִין זְכוּת הָאָדָם בְּסֵפֶר הַזִּכָּרוֹן לְמַעְלָה כּוֹתְבִים לוֹ כָּל לִימּוּד שֶׁלָּמַד בִּפְנֵי עַצְמוֹ וּמֻוכְרָח לְפָרֵשׁ זֶה לָמַד יוֹם פְּלוֹנִי תּוֹרָה מֵרַב פְּלוֹנִי וְלָמַד מַסֶּכְתָּא פְּלוֹנִי מֵרַב פְּלוֹנִי וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה, וְאִם כֵּן יִכָּתֵב בְּסִפְרֵיהֶם שֶׁל תַּלְמִידִים שְׁמוֹת דּוֹאֵג וַאֲחִיתֹופֶל וְסִיעָתָם אֲשֶׁר לָמְדוּ מֵהֶם בְּיוֹם פְּלוֹנִי וּמַסֶּכְתָּא פְּלוֹנִי וְנִמְצָא נִזְכָּרִים דּוֹאֵג וְאֶחְתּוֹפַל בְּסֵפֶר צַדִּיקִים גְּמוּרִים בְּדֶרֶךְ אַגַּב וְהוּא אֵינוֹ רוֹצֶה בְּכָךְ, וְלָזֶה בִּקֵּשׁ שֶׁלֹּא יִהְיֶה נִכְתַּב שְׁמָם דֶּרֶךְ אַגַּב בְּסֵפֶר זֶה שֶׁל צַדִּיקִים גְּמוּרִים שֶׁלָּמְדוּ תּוֹרָה מֵהֶם, וְכֵן בְּכָל כְּתִיבָה שֶׁל אַגַּב בְּמַעֲשֵׂה הַמִּצְוֹת שֶׁתִּהְיֶה בְּסֵפֶר צַדִּיקִים גְּמוּרִים, עַל דֶּרֶךְ זֶה שֶׁאָמַרְנוּ בְּעִנְיַן לִימּוּד הַתּוֹרָה, וְעוֹד בִּקֵּשׁ שֶׁגַּם עַם בֵּינוֹנִים אַל יִכְתְּבוּ וְגַם כֵּן הַכַּוָּונָה בָּזֶה עַל כְּתִיבָה דֶּרֶךְ אַגַּב הֵן בְּלִימּוּד תּוֹרָה הֵן בְּקִיּוּם הַמִּצְוֹת עַל דֶּרֶךְ שֶׁפֵּרַשְׁנוּ בִּסְפָרִים שֶׁל צַדִּיקִים גְּמוּרִים. בְּרַם בְּמַאֲמָר זֶה יֵשׁ פְּלִיאָה גְּדוֹלָה שֶׁנִּתְחַבְּטוּ בָּהּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל אֵיךְ קָאָמַר רְשָׁעִים גְּמוּרִים נִכְתָּבִים לְאַלְתַּר לְמִיתָה וַהֲלֹא אָנוּ רוֹאִין שֶׁנִּשְׁאָרִים בַּחַיִּים וְיִהְיֶה לְהֵפֶךְ כְּצַדִּיקִים גְּמוּרִים? אָמְנָם עֲשֵׂה אָזְנְךָ כַּאֲפַרְכֶּסֶת וּשְׁמַע דְּבָרִים הַמֻּוצְדָּקִים אֲשֶׁר הֵמָּה בְּנוּיִים עַל פִּי דִּבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁקִּבֵּל מֵאֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב וְלֹא שֶׁזְּפָתָם עֵינֵי צַדִּיקִים הֵם הַמְפָרְשִׁים אֲשֶׁר נִתְחַבְּטוּ בְּדָבָר זֶה שֶׁכָּל אֶחָד לְדַרְכּוֹ פָּנָה וְהוּא מ"ש רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י (בְּפָרָשַׁת נֹחַ דַּף י"ט ע"ג) וְזַ"ל עִנְיַן תְּרֵין רוּחִין אִילֵּין שֶׁיֵּשׁ לְכָל צַדִּיק יוּבַן כְּמוֹ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב (וַיִּקְרָא כב, ג) 'וְנִכְרְתָה הַנֶּפֶשׁ הַהוּא' וְיוּבַן בְּמַה שֶׁאָמְרוּ חֲזַ"ל (בְּרָכוֹת יח:) 'הָרְשָׁעִים בְּחַיֵּיהֶם קָרַוְיִין מֵתִים' וְיוּבַן בְּמַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל דְּנִשְׁמַת הָרָשָׁע יוֹרֶדֶת אֶל רַגְלָיו בְּסוֹד (רוּת ג, ז) 'וְתָגֵל מַרְגְּלֹתָיו וַתִּשְׁכַּב כַּנִּזְכָּר בְּסֵפֶר הַזֹּוהַר וּבְסֵפֶר הַתִּיקּוּנִין (שַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים הַקְדָּמָה לט) וְהָעִנְיָן הוּא כִּי הָרָשָׁע כַּאֲשֶׁר הוּא חוֹטֵא מוֹרִיד נִשְׁמָתוֹ בְּגֵיהִנָּם בִּהְיוֹתוֹ בַּחַיִּים כִּי בְּעֵת יְצִירָתוֹ נֻופְּחָה נִשְׁמָתוֹ בְּקִרְבּוֹ וּבִהְיוֹתוֹ חוֹטֵא מוֹרִיד נִשְׁמָתוֹ דֶּרֶךְ מַרְגְּלוֹתָיו וְנִשְׁקַעַת בְּגֵיהִנָּם וּכְפִי בְּחִינַת עֲוֹנֹותָיו יוֹרֶדֶת נִשְׁמָתוֹ כָּךְ מַדְרֵגוֹת, וְלָכֵן בְּחַיָּיו קָרוּי מֵת וְכַאֲשֶׁר הָיָה רָשָׁע גָּמוּר גָּמַר לְהַפִּיל נִשְׁמָתוֹ בְּגֵיהִנָּם. וְאִם תֹּאמַר וַהֲרֵי אֲנַחְנוּ רוֹאִין אוֹתוֹ שֶׁהוּא בַּחַיִּים וְאֵיךְ הוּא נִקְרָא מֵת כְּמוֹ שֶׁהִקְשׁוּ עַל מַה שֶּׁאָמַר בַּגְּמָרָא דְּהָרָשָׁע נִכְתַּב וְנֶחְתַּם לְמִיתָה בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה וַהֲרֵי אֲנַחְנוּ רוֹאִין אוֹתוֹ שֶׁהוּא חַי? אֲבָל הַתְּשׁוּבָה הִיא עִם הַנִּזְכָּר כִּי שְׁתֵּי בְּחִינוֹת נְשָׁמָה יֵשׁ בָּאָדָם הַתַּחְתּוֹנָה נִכְנֶסֶת בִּפְנִימִיּוּתוֹ וְהָעֶלְיוֹנָה נִשְׁאֶרֶת בִּבְחִינַת צֶלֶם מַקִּיף עַל רֹאשׁוֹ כְּמוֹ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב (תְּהִלִּים לט, ז) 'אַךְ בְּצֶלֶם יִתְהַלֶּךְ אִישׁ' כַּנּוֹדָע, וּבְעֵת שֶׁהוּא חוֹטֵא וְיוֹרֶדֶת נִשְׁמָתוֹ מַדְרֵגָה הַתַּחְתּוֹנָה מִמֶּנָּה אֶל תּוֹךְ גֵּיהִנָּם כָּךְ נִכְנֶסֶת בִּפְנִימִיּוּתוֹ הַמַּדְרֵיגָה הַתַּחְתּוֹנָה שֶׁל נִשְׁמָתוֹ הָעֶלְיוֹנָה הַנִּקְרֵאת צֶלֶם וּכְפִי הַבְּחִינוֹת שֶׁיּוֹרֶדֶת נִשְׁמָתוֹ הַתַּחְתּוֹנָה בְּגֵיהִנָּם כָּךְ בְּחִינוֹת מַדְרֵגוֹת יוֹרְדוֹת מִנִּשְׁמָתוֹ הָעֶלְיוֹנָה אֶל תּוֹךְ גּוּפוֹ לְהַחֲיוֹתוֹ וְכַאֲשֶׁר גָּמְרָה הַתַּחְתּוֹנָה לָצֵאת מִתּוֹכוֹ וְלָרֶדֶת בְּגֵיהִנָּם נִגְמְרָה גַּם נִשְׁמָתוֹ הָעֶלְיוֹנָה לִיכָּנֵס בְּגוּפוֹ מַמָּשׁ, וְנִשְׁאַר בִּלְתִּי צֶלֶם עַל רֹאשׁוֹ, וְאִם עוֹד יוֹסִיף לַחֲטוֹא עוֹד גַּם הַצֶּלֶם הַהוּא יוֹרֵד מַטֵּה מַטֵּה לְגֵיהִנָּם מַדְרֵגָה אַחַר מַדְרֵגָה כְּפִי גֶּדֶר הַחֵטְא שֶׁחוֹטֵא וְאָז גַּם הַצֶּלֶם נִגְמַר לָרֶדֶת וְלָצֵאת דֶּרֶךְ מַרְגְּלוֹתָיו אֶל גֵּיהִנָּם וְאָז עָלָיו אָמַר הַכָּתוּב (יְשַׁעְיָהוּ נט, ב) 'כִּי אִם עֲוֹ‍נֹתֵיכֶם הָיוּ מַבְדִּלִים בֵּינֵכֶם לְבֵין אֱלֹקֵיכֶם וְחַטֹּאותֵיכֶם הִסְתִּירוּ פָנִים מִכֶּם מִשְּׁמֹועַ' וְעָלָיו נֶאֱמַר 'וְנִכְרְתָה הַנֶּפֶשׁ הַהוּא' כִּי כָּל בְּחִינַת נִשְׁמָתוֹ תַּמּוּ נִכְרְתוּ שֶׁיֵּרְדוּ לְגֵיהִנָּם וְנִפְסְקָה אֲחִיזָתָם מִלְמַעְלָה וְלֹא נִשְׁאַר לָהֶם שֹׁורֶשׁ לְמַעְלָה. וְאָמְנָם הַצַּדִּיקִים נִשְׁמָתָם הַתַּחְתּוֹנָה שׁוֹכֶנֶת תּוֹךְ גּוּפָם וְנִשְׁמָתָם הָעֶלְיוֹנָה עוֹמֶדֶת צֵל עַל רֹאשׁוֹ בְּסוֹד 'אוֹר מַקִּיף' וּמִשָּׁם שׁוֹאֶבֶת לוֹ חַיִּים מִלְמַעְלָה תָּמִיד וּמְרִיקָה אֶל נִשְׁמָתוֹ אֲשֶׁר בְּתוֹכוֹ וְיֵשׁ לוֹ תָּמִיד תְּרֵין רוּחִין חַד בְּעָלְמָא דְּאָתֵי הִיא הָעֶלְיוֹנָה שֶׁהִיא בְּסִיתּוּם לְמַעְלָה מִן הֶחָזֶה וְחַד בְּעָלְמָא דִּין מִן הֶחָזֶה וּלְמַטָּה בַּמָּקוֹם הַנִּגְלֶה אֲשֶׁר שָׁם בִּנְיַן הַנְּקֵבָה מַלְכוּת הַנִּקְרֵאת עוֹלָם הַזֶּה, זֶהוּ סוֹד מֹשֶׁה מֹשֶׁה שְׁמוּאֵל שְׁמוּאֵל וְכוּ', עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ זַ"ל, יְעֻויַּן שָׁם. וּלְפִי זֶה נִמְצָא יֵשׁ גֵּיהִנָּם בַּחַיִּים וְנִרְאֶה דְּעַל זֶה מִתְפַּלְּלִין בְּכָל יוֹם בְּבִרְכוֹת הַשַּׁחַר שֶׁיַּצִּילֵינוּ מְדִינָה שֶׁל גֵּיהִנָּם. וְהָשְׁתָּא לְפִי דִּבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל מַה שֶׁאָמַר כָּאן בַּסְּפָרִים שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁל צַדִּיקִים גְּמוּרִים לְחַיִּים וְשֶׁל רְשָׁעִים גְּמוּרִים לְמִיתָה לָאו בַּחַיִּים וּמוֹת שֶׁל הַגּוּפִים אַיְירֵי הָכָא אֶלָּא אַייְרֵי בְּחַיִּים וּמוֹת שֶׁל הַנְּשָׁמָה שֶׁיֵּשׁ לָאָדָם גֵּיהִנָּם בַּחַיִּים שֶׁהִיא מִיתַת חֶלְקֵי נִשְׁמָתוֹ שֶׁיְּרִידָתָם לְגֵיהִנָּם זוֹ הִיא מִיתָתָם וְאַף עַל פִּי שֶׁגּוּפוֹ עוֹדֶנּוּ בַּחַיִּים בָּעוֹלָם הַזֶּה וְהַשְׁאָרַת חֶלְקֵי נִשְׁמָתוֹ בִּשְׁלֵימוּתָם בְּקִרְבּוֹ זוֹ הִיא חַיִּים שֶׁלָּהֶם. וּבְיוֹם רֹאשׁ הַשָּׁנָה נִגְזַר עַל הָרָשָׁע כְּפִי שִׁיעוּר עֲוֹנֹותָיו כָּל כָּךְ חֲלָקִים יוֹרְדִים מֵחֶלְקֵי נִשְׁמָתוֹ לְגֵיהִנָּם, וְצַדִּיקִים גְּמוּרִים נִכְתַּב עֲלֵיהֶם שֶׁיִּשָּׁאֲרוּ כָּל חֶלְקֵי נִשְׁמָתָם אֶצְלָם וְלֹא יָרַד מֵהֶם כְּלוּם אֲפִילּוּ מִמַּדְרֵגָה עֶלְיוֹנָה לְמַדְרֵגָה שֶׁתַּחְתֶּיהָ וְהַשַּׁאֲרָה זוֹ שֶׁתִּהְיֶה בִּשְׁלֵימוּתָהּ אֶצְלָם זוֹ הִיא הַחַיִּים שֶׁלָּהֶם דְּעַל זֶה אָמְרוּ נִכְתָּבִים לְחַיִּים לְאַלְתַּר וְהַבֵּינוֹנִים תְּלוּיִים בְּדָבָר זֶה עַד יוֹם הַכִּיפּוּרִים. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר, מֵהָכָא: (שְׁמוֹת לב, לב) "וְאִם אֵין, מְחֵנִי נָא מִסִּפְרְךָ אֲשֶׁר כָּתָבְתָּ" וְכוּ' רַבִּים נִתְקַשּׁוּ בְּמַאֲמָר זֶה מַה שַׁייָּכוּת יֵשׁ לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בִּסְפָרִים אֵלּוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הַכֹּל תַּלְמִידָיו וְכָל אָדָם כּוֹתְבִים לוֹ בְּסִפְרוֹ זְכִיּוֹת שֶׁלּוֹ יוֹם זֶה לָמַד תּוֹרָה מֵרַב פְּלוֹנִי וְיוֹם זֶה עָשָׂה מִצְוָה פְּלוֹנִי וְאִם כֵּן כָּל יִשְׂרָאֵל שֶׁלָּמְדוּ תּוֹרָה מִמֶּנּוּ כּוֹתְבִים עַל כָּל אֶחָד וְאֶחָד כָּךְ וְכָךְ תּוֹרָה לָמַד מִמֹּשֶׁה רַבּוֹ וְעָשָׂה מִצְוָה פְּלוֹנִי כַּאֲשֶׁר צִוָּהוּ מֹשֶׁה כִּי כָּל הַמִּצְוֹת שֶׁהָיוּ עוֹשִׂים מִמֶּנּוּ שָׁמְעוּ וְעָשׂוּ הַכֹּל כַּאֲשֶׁר צִוָּם, וְלָכֵן מֻוכְרָח שֶׁנִּכְתַּב שְׁמוֹ בְּכָל הַסְּפָרִים שֶׁלָּהֶם הֵן הַצַּדִּיקִים גְּמוּרִים הֵן אוֹתָם שֶׁרֻובָּם עוֹנוֹת הֵן אוֹתָם שֶׁהֵם מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה וְלָכֵן פֵּרֵט שְׁלֹשָׁה סְפָרִים וּמִמֵּילָא שָׁמְעִינַן מֵהָכָא דְּאִיכָּא שְׁלֹשָׁה סְפָרִים לְמַעְלָה.
"(Psaumes 69:29) 'qu'ils soient effacés du livre' — c'est le livre des méchants accomplis." Voici qu'il y a ici des choses étonnantes. Premièrement : comment [David] demande-t-il, au sujet de ses ennemis qui sont des méchants accomplis, qu'ils soient effacés du livre des méchants accomplis — n'est-ce pas là leur place, et où seraient-ils inscrits, puisqu'il n'y a pas de quatrième livre pire que celui-ci ? De plus, quel besoin de demander qu'ils soient effacés du livre des justes accomplis, alors qu'assurément ils n'y viendront pas d'emblée ? De plus, sa demande qu'ils ne soient pas inscrits avec les intermédiaires est aussi sans objet, car les intermédiaires sont [ceux dont il y a] moitié fautes moitié mérites, et ceux-là ne sont pas de cette catégorie mais [ceux dont] la majorité [sont] des fautes ? Et il m'a semble, avec l'aide du Ciel, que bien que ses ennemis soient des méchants accomplis, il se trouve pourtant dans le monde des méchants accomplis pires qu'eux ; et il est connu que si deux méchants se tiennent l'un près de l'autre et que l'un d'eux est pire, le mal de l'un s'affaiblit et diminue au regard de l'intensité et de la dureté du mal de son compagnon ; c'est pourquoi [David] n'a pas voulu qu'ils soient inscrits dans ce livre avec [d'autres] méchants accomplis, mais qu'ils soient inscrits à part, afin que leur jugement ne faiblisse pas au regard de [celui d']autres, selon ce qu'a écrit le rav [auteur d']'Ohel Yaakov' de mémoire bénie sur le verset (Osée 7:1) 'quand Je guérissais Israël, la faute d'Ephraim s'est révélée', vois-y. Et de plus il a demandé qu'ils soient effacés du livre des justes accomplis : car ces ennemis à lui étaient pour la plupart des maîtres de Torah — a savoir Doeg et Ahitofel et leur bande — qui enseignèrent la Torah a de nombreux disciples ; et ces disciples qui apprirent d'eux sont des justes accomplis ; et l'usage, lorsqu'on inscrit le mérite de l'homme dans le livre du souvenir là-haut, [est] qu'on lui inscrit chaque étude qu'il a apprise en détail, et l'on doit préciser : celui-ci a étudié tel jour la Torah auprès de tel rav, et a appris tel traité auprès de tel rav, et ainsi de suite ; et s'il en est ainsi, seront inscrits dans les livres des disciples les noms de Doeg et Ahitofel et leur bande, auprès desquels ils apprirent tel jour et tel traité, et il se trouve que Doeg et Ahitofel sont mentionnés dans le livre des justes accomplis, de façon incidente — et lui ne le veut pas ; c'est pourquoi il a demandé que leur nom ne soit pas inscrit de façon incidente dans ce livre des justes accomplis qui apprirent la Torah auprès d'eux ; et de même pour toute inscription incidente dans l'accomplissement des mitsvot qui serait [portée] dans le livre des justes accomplis, sur le mode dit à propos de l'étude de la Torah. Et de plus il a demandé qu'avec les intermédiaires non plus ils ne soient inscrits, l'intention étant là aussi une inscription incidente, tant dans l'étude de la Torah que dans l'accomplissement des mitsvot, sur le mode expliqué pour les livres des justes accomplis. Toutefois, dans cet enseignement il y a une grande énigme sur laquelle les commentateurs de mémoire bénie se sont débattus : comment dit-il que les méchants accomplis sont inscrits aussitôt pour la mort, alors que nous les voyons rester en vie — ce serait plutôt l'inverse [qu'ils sont] comme les justes accomplis ? Mais tends l'oreille comme un entonnoir et écoute des paroles justes, qui sont bâties sur les paroles de notre maître le Ari de mémoire bénie, qui les reçut d'Eliyahou de bon souvenir. [Il s'agit] de ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie dans le Chaar Maamrei Rachbi (parachat Noah, f. 19c), voici leurs termes : l'affaire de ces deux esprits que possède tout juste se comprend selon ce que dit l'Écriture (Lévitique 22:3) 'cette âme sera retranchée', et se comprend d'après ce qu'ont dit nos Sages (Berakhot 18b) 'les méchants, de leur vivant, sont appelés morts', et se comprend d'après ce qu'ont dit nos maîtres que l'âme du méchant descend jusqu'à ses pieds, selon le sod de (Ruth 3:7) 'elle découvrit ses pieds et se coucha', comme il est mentionné dans le Zohar et dans les Tikounim (Chaar ha-Guilgoulim, introduction 39) ; et la chose est [ainsi] : le méchant, lorsqu'il pèche, fait descendre son âme dans le Guehinom de son vivant, car au moment de sa formation son âme fut insufflée en lui, et lorsqu'il pèche il fait descendre son âme par ses pieds et elle s'enfonce dans le Guehinom ; et selon l'aspect de ses fautes, son âme descend d'autant de degrés ; c'est pourquoi de son vivant il est appelé mort, et lorsqu'il fut méchant accompli il a achevé de faire tomber son âme dans le Guehinom. Et si tu dis : mais voici que nous le voyons vivant, comment est-il appelé mort — comme on l'a objecté sur ce que dit la Guemara [que] le méchant est inscrit et scellé pour la mort à Roch Hachana, alors que nous le voyons vivant ? La réponse est [en accord] avec ce qui a été mentionné : il y a dans l'homme deux aspects d'âme, l'inférieure qui entre dans son intérieur et la supérieure qui demeure à l'aspect de tselem (image) enveloppant sur sa tête, comme le dit l'Écriture (Ps 39:7) 'certes l'homme va dans une image (tselem)', comme on sait ; et au moment où il pèche et où son âme descend du degré inférieur d'elle-même dans le Guehinom, entre en son intérieur le degré inférieur de son âme supérieure appelée tselem ; et selon les aspects [par lesquels] son âme inférieure descend dans le Guehinom, ainsi descendent des degrés de son âme supérieure à l'intérieur de son corps pour le faire vivre ; et lorsque l'[âme] inférieure a achevé de sortir de lui et de descendre dans le Guehinom, s'achève aussi [pour] son âme supérieure [d']entrer dans son corps même, et il reste sans tselem sur sa tête ; et s'il ajoute encore à pécher, ce tselem aussi descend de plus en plus bas dans le Guehinom, degré après degré selon la mesure de la faute qu'il commet, et alors le tselem aussi achève de descendre et de sortir par ses pieds vers le Guehinom, et alors sur lui dit l'Écriture (Isaie 59:2) 'car ce sont vos fautes qui font séparation entre vous et votre Dieu, et vos péchés [qui] ont caché [Sa] face de vous pour ne pas entendre', et sur lui il est dit 'cette âme sera retranchée', car tout l'aspect de son âme a été achevé, retranché, [ses parts] étant descendues au Guehinom, leur attache d'en haut s'étant rompue, et il ne leur est resté aucune racine en haut. Quant aux justes, leur âme inférieure demeure dans leur corps et leur âme supérieure se tient [comme] une ombre sur leur tête selon le sod de 'lumière enveloppante' (or makif), et de là elle puise pour lui la vie d'en haut continuellement et la déverse dans son âme qui est en lui ; et il a toujours deux esprits, l'un dans le monde à venir — c'est la [partie] supérieure, qui est en occultation au-dessus de la poitrine — et l'un dans ce monde-ci, de la poitrine vers le bas, à l'endroit révélé où se trouve l'édifice de la [partie] féminine, la Malkhout appelée 'ce monde' ; tel est le sod de 'Moche Moche', 'Chemouel Chemouel', etc. — fin de ses termes, vois-y. Et selon cela il se trouve qu'il y a un Guehinom dans la vie [présente], et il apparaît que c'est sur cela qu'on prie chaque jour dans les bénédictions du matin [pour] qu'Il nous sauve du jugement du Guehinom. Et maintenant, selon les paroles de notre maître le Ari de mémoire bénie, ce qui est dit ici à propos des livres de Roch Hachana, [que] les justes accomplis [sont inscrits] pour la vie et les méchants accomplis pour la mort, ne parle pas de la vie et de la mort des corps, mais parle de la vie et de la mort de l'âme — [car] l'homme a un Guehinom de son vivant, qui est la mort des parties de son âme, dont la descente au Guehinom est leur mort, bien que son corps soit encore en vie en ce monde ; et le maintien des parties de son âme en leur intégrité en lui, c'est leur vie. Et au jour de Roch Hachana il est décrété sur le méchant, selon la mesure de ses fautes, que tant de parties descendent des parties de son âme au Guehinom ; et sur les justes accomplis il est inscrit que toutes les parties de leur âme demeurent auprès d'eux et qu'il n'en descend rien, pas même d'un degré supérieur au degré au-dessous de lui ; et ce maintien, [le fait] qu'elle soit en son intégrité auprès d'eux, c'est leur vie — c'est sur cela qu'ils ont dit [qu'ils sont] inscrits aussitôt pour la vie ; et les intermédiaires demeurent en suspens sur cette chose jusqu'à Yom Kippour. "Rav Nahman bar Yitzhak dit : de là (Exode 32:32) 'et sinon, efface-moi donc de Ton livre que Tu as écrit', etc." — beaucoup ont été embarrassés par cet enseignement : quel rapport y a-t-il pour Moche notre maître de mémoire bénie avec ces livres ? Et il m'a semble, avec l'aide du Ciel, que Moche notre maître de mémoire bénie, tous [les hommes] sont ses disciples, et tout homme, on lui inscrit dans son livre ses mérites : tel jour il a étudié la Torah auprès de tel rav, et tel jour il a accompli telle mitsva ; et s'il en est ainsi, tous les Israélites qui ont appris la Torah de lui, on inscrit sur chacun d'eux 'telle et telle Torah il a apprise de Moche son maître, et il a accompli telle mitsva comme Moche le lui a ordonné', car toutes les mitsvot qu'ils accomplissaient, ils les ont entendues de lui et [les] ont accomplies, tout comme il [le] leur avait ordonné ; c'est pourquoi il est nécessaire que son nom soit inscrit dans tous leurs livres — tant [ceux] des justes accomplis, [que] ceux dont la majorité [sont] des fautes, [que] ceux qui sont moitié-moitié ; c'est pourquoi il a détaillé trois livres, et d'emblée nous entendons de là qu'il y a trois livres là-haut.
💡 Explication

R. Avin trouve dans Ps 69:29 l'allusion aux trois livres : 'qu'ils soient effacés du livre' = livre des méchants (effacés du monde) ; 'des vivants' = livre des justes ; 'qu'avec les justes ils ne soient pas inscrits' = livre des beinonim, inscrits à part.

14
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר, מֵהָכָא: ״וְאִם אַיִן מְחֵנִי נָא מִסִּפְרְךָ אֲשֶׁר כָּתָבְתָּ״, ״מְחֵנִי נָא״ — זֶה סִפְרָן שֶׁל רְשָׁעִים, ״מִסְּפָרְךָ״ — זֶה סִפְרָן שֶׁל צַדִּיקִים, ״אֲשֶׁר כָּתַבְתָּ״ — זֶה סִפְרָן שֶׁל בֵּינוֹנִיִּים.

Rav Nahman bar Yitzhak a dit : [on l'apprend] d'ici : "et sinon, efface-moi donc de Ton livre que Tu as écrit" (Exode 32:32). "Efface-moi donc" — c'est le livre des méchants ; "de Ton livre" — c'est le livre des justes ; "que Tu as écrit" — c'est le livre des intermédiaires.

💡 Explication

Rav Nahman bar Yitzhak trouve les trois livres dans Ex 32:32 (paroles de Moche) : 'efface-moi donc' = livre des méchants (effacés du monde) ; 'de Ton livre' = livre des justes (particulièrement attribué à Dieu) ; 'que Tu as écrit' = livre des intermédiaires.

15
תַּנְיָא, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: שָׁלֹשׁ כִּתּוֹת הֵן לְיוֹם הַדִּין: אַחַת שֶׁל צַדִּיקִים גְּמוּרִין, וְאַחַת שֶׁל רְשָׁעִים גְּמוּרִין, וְאַחַת שֶׁל בֵּינוֹנִיִּים. צַדִּיקִים גְּמוּרֵין — נִכְתָּבִין וְנֶחְתָּמִין לְאַלְתַּר לְחַיֵּי עוֹלָם, רְשָׁעִים גְּמוּרֵין — נִכְתָּבִין וְנֶחְתָּמִין לְאַלְתַּר לְגֵיהִנָּם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְרַבִּים מִיְּשֵׁנֵי אַדְמַת עָפָר יָקִיצוּ אֵלֶּה לְחַיֵּי עוֹלָם וְאֵלֶּה לַחֲרָפוֹת לְדִרְאוֹן עוֹלָם״, בֵּינוֹנִיִּים — יוֹרְדִין לְגֵיהִנָּם,

Il est enseigné [dans une baraita] : Beit Chammai disent : il y a trois groupes (kitot) au jour du Jugement — un de justes accomplis, un de méchants accomplis, et un d'intermédiaires. Les justes accomplis sont inscrits et scellés aussitôt pour la vie éternelle ; les méchants accomplis sont inscrits et scellés aussitôt pour le Guehinom, ainsi qu'il est dit : "et beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, ceux-ci pour la vie éternelle et ceux-là pour les opprobres [et] pour l'horreur éternelle" (Daniel 12:2) ; les intermédiaires descendent au Guehinom,

📜 Rachi (3)
לְיוֹם הַדִּין כְּשֶׁיִּחְיוּ הַמֵּתִים:
Au jour du Jugement — quand les morts revivront.
רְשָׁעִים גְּמוּרִים רֻובָּם עוֹנוֹת:
Les méchants accomplis — la majorité [de leurs actes sont] des fautes.
בֵּינוֹנִיִּים מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה:
Les intermédiaires — moitié-moitié.
🗂️ Tossefot (1)
לְיוֹם הַדִּין. כְּשֶׁיִּחְיוּ הַמֵּתִים כִּדְמוֹכַח קְרָא ואע"פ שֶׁכְּבָר נִדּוֹנוּ אַחַר מִיתָתָן בְּגַן עֵדֶן אוֹ בְּגֵיהִנָּם מִפְּנֵי הַנֶּפֶשׁ עֲדַיִין יִהְיֶה דִּין אַחֵר אִם יְזַכֵּהוּ לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא שֶׁהוּא קַייָּם לְעוֹלָם וְיֵשׁ שֶׁכְּבָר קִבְּלוּ דִּינָם בְּגֵיהִנָּם וּמִתּוֹךְ כָּךְ שֶׁמָּא יִזְכּוּ:
"Au jour du Jugement" — quand les morts revivront, comme il ressort du verset. Et bien qu'ils aient déjà été jugés après leur mort, au Gan Éden ou au Guehinom, à cause de l'âme (nefech), il y aura encore un autre jugement [pour savoir] si on le rendra digne de la vie du monde à venir, qui subsiste à jamais ; et il en est qui ont déjà reçu leur jugement au Guehinom, et de ce fait peut-être en seront-ils rendus dignes.
💡 Explication

Baraita de Beit Chammai sur le jour du Jugement final (à la résurrection). Trois groupes : les justes accomplis pour la vie éternelle, les méchants accomplis pour le Guehinom (Daniel 12:2), et les beinonim qui descendent au Guehinom [pour y être purifiés] — la suite (leur remontée, selon Beit Hillel) se trouve sur 17a.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).