Rosh Hashanah 35a — l'officiant acquitte-t-il le public ? Roch Hachana/Kippour, ordonner sa prière, et les gens des champs

Rosh Hashanah 35a

Sougya : Fin de la sougya (et du traité) sur la question : l'officiant (cheliah tsibbour) peut-il acquitter le public de son obligation de prière ? On résout une contradiction dans les propos de R.

Yo'hanan : Rav Nahman bar Yitshak établit que celui qui concède à Rabban Gamliel (l'officiant acquitte tous) est R. Meir, tandis que les Rabbanane exigent que chacun prie pour lui-même.

La Guemara demande pourquoi R. Meir ne concède que pour Roch Hachana et Kippour : ce n'est pas à cause des nombreux versets (malkhouyot/zikhronot/chofarot), car 'et dans Ta Torah il est écrit' en dispense, mais à cause du grand nombre de bénédictions, longues et peu connues.

R. Elazar enseigne qu'on doit d'abord ordonner sa prière ; R.

Abba le limite aux prières rares. Enfin, Rabban Gamliel n'exempte via l'officiant que les gens des champs, empêchés par le travail, non ceux de la ville.

Le traité se conclut par le Hadran.

Qui concède à Rabban Gamliel ? Deux résolutions de la contradiction R. Yo'hanan a dit deux choses : (1) halakha comme R. Gamliel ; (2) les Sages concèdent pour Roch Hachana / Kippour Résolution R. Abba (rejetée) Les Sages CONCÈDENT pour Roch Hachana + Kippour La 'halakha comme R. Gamliel' vise le reste de l'année Objection (R. Hana de Tsippori) : R. Yo'hanan a dit 'halakha comme R. Gamliel' PRECISEMENT pour Roch Hachana + Kippour ! -> réfute Résolution Rav Nahman b. Yitshak 'Qui concède ?' = R. MEÏR 'La halakha... d'où l'on déduit qu'ils divergent' = les RABBANANE Baraita : R. Meir : l'officiant acquitte le public Sages : chacun est tenu comme l'officiant (chacun prie pour soi)
Les deux résolutions de la contradiction dans les propos de R. Yohanan (segments 0-3).
Faut-il d'abord ordonner (repasser) sa prière ? R. Elazar : que l'on ordonne toujours sa prière puis qu'on prie — précise R. Abba : OUI : prières rares Roch Hachana, Kippour, fêtes (perakim) — longues, peu sues NON : prière de tous les jours familière, pas besoin de la repasser au préalable Exception : Rav Yehouda repassait même la prière quotidienne car il ne priait qu'une fois par 30 jours -> pour lui elle était 'rare'
Quand faut-il ordonner sa prière au préalable ? (segments 6-7).
Qui l'officiant peut-il acquitter ? Gens des champs vs gens de la ville Gens des champs empêchés par le travail (anoussim) ne peuvent venir ni repasser leur prière -> acquittés par l'officiant Gens de la ville non empêchés (lo anoussim) peuvent venir et repasser leur prière -> NON acquittés Preuve (baraita d'Abba fils de Rav Binyamin b. Hiyya) : gens DERRIÈRE les cohanim = hors bénédiction (auraient pu venir devant) ; mais gens des champs (empêchés) = inclus dans la bénédiction
Gens des champs (empêchés, acquittés) vs gens de la ville (segments 8-11).
1
כִּי סְלֵיק רַבִּי אַבָּא מִיַּמֵּי, פֵּירְשָׁהּ: מוֹדִים חֲכָמִים לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל בִּבְרָכוֹת שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְשֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים, וַהֲלָכָה מִכְּלָל דִּפְלִיגִי בִּבְרָכוֹת דְּכָל הַשָּׁנָה.

Lorsque Rabbi Abba remonta de la mer (revint de son voyage en bateau), il l'expliqua ainsi : les Sages concèdent à Rabban Gamliel pour les bénédictions de Roch Hachana et de Yom Kippour (l'officiant y acquitte le public) ; et [le fait que R. Yo'hanan ait dit] 'la halakha [est comme Rabban Gamliel]' — d'où l'on déduit par implication qu'ils divergent [encore] — porte sur les bénédictions de tout [le reste de] l'année.

📜 Rachi (2)
כִּי סְלֵיק רַבִּי אַבָּא מִיַּמֵּי שֶׁהִפְלִיג בִּסְפִינָה לַיָּם וְחָזַר:
Lorsque Rabbi Abba remonta de la mer — qui avait pris le large en bateau sur la mer, puis revint.
בִּבְרָכוֹת שֶׁל ר"ה לְקַמָּן מְפָרֵשׁ מ"ש הָנֵי:
Pour les bénédictions de Roch Hachana — plus loin il explique en quoi celles-ci sont particulières.
💡 Explication

On résout une contradiction interne aux propos de R. Yo'hanan. R. Abba propose : les Sages concèdent à Rabban Gamliel que l'officiant (cheliah tsibbour) acquitte le public pour Roch Hachana et Kippour ; la formule 'halakha comme R. Gamliel', qui suppose une divergence subsistante, ne vaut alors que pour les prières du reste de l'année.

2
אֵינִי?! וְהָאָמַר רַבִּי חָנָה צִיפּוֹרָאָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל בִּבְרָכוֹת שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְשֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים!

Vraiment ?! Mais R.

Hana de Tsippori n'a-t-il pas dit au nom de R. Yo'hanan : la halakha est comme Rabban Gamliel pour les bénédictions de Roch Hachana et de Yom Kippour !

[Ce qui suppose que la divergence subsiste précisément pour ces bénédictions-là, contre R. Abba.]

💡 Explication

Objection contre R. Abba : R. Yo'hanan (via R. Hana de Tsippori) a dit 'halakha comme R. Gamliel' précisément pour Roch Hachana et Kippour. Or 'halakha comme...' implique une divergence subsistante — donc les Sages ne concèdent pas pour ces jours, contrairement à R. Abba.

3
אֶלָּא אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: מַאן מוֹדִים — רַבִּי מֵאִיר, וַהֲלָכָה מִכְּלָל דִּפְלִיגִי — רַבָּנָן.

Plutôt, Rav Nahman bar Yitshak dit : qui est-ce qui concède [à Rabban Gamliel] ? R.

Meir. Et 'la halakha [est comme Rabban Gamliel]' — d'où l'on déduit par implication qu'ils divergent — [ce sont] les Rabbanane [les autres Sages, qui divergent de R.

Meir].

📜 Rachi (3)
מַאן מוֹדִים לוֹ בִּבְרָכוֹת שֶׁל ר"ה ויוה"כ ר"מ:
Qui est-ce qui concède — à lui [à Rabban Gamliel] pour les bénédictions de Roch Hachana et de Kippour : R. Meir.
וַהֲלָכָה מִכְּלָל דִּפְלִיגִי דְּקָאָמַר ר' יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּרַבָּן [גַּמְלִיאֵל] בְּהַךְ דְּמַשְׁמַע מִכְּלָל דְּעָמְדוּ בְּמַחְלָוקְתָּן:
Et 'la halakha' d'où l'on déduit par implication qu'ils divergent — car R. Yo'hanan a dit 'la halakha est comme Rabban Gamliel' sur ce point, ce qui implique par déduction qu'ils sont restés en désaccord.
רַבָּנָן שְׁאָר הַחֲכָמִים חוּץ מר"מ:
Les Rabbanane — les autres Sages, hormis R. Meir.
💡 Explication

Résolution retenue (Rav Nahman bar Yitshak) : les deux propos de R. Yo'hanan visent des Tannaim différents. 'Qui concède à R. Gamliel ?' = R. Meir. Et la 'divergence' impliquée par 'halakha comme...' = les Rabbanane (les autres Sages) qui s'opposent à R. Meir.

4
דְּתַנְיָא: בְּרָכוֹת שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְשֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים — שְׁלִיחַ צִבּוּר מוֹצִיא הָרַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: כְּשֵׁם שֶׁשְּׁלִיחַ צִבּוּר חַיָּיב — כָּךְ כָּל יָחִיד וְיָחִיד חַיָּיב.

Comme il est enseigné (baraita) : pour les bénédictions de Roch Hachana et de Yom Kippour, l'officiant acquitte le public de son obligation — paroles de R. Meir.

Et les Sages disent : de même que l'officiant est tenu [de prier], ainsi chaque individu est tenu [de prier lui-même].

💡 Explication

La baraita confirme la lecture de Rav Nahman : R. Meir tient que l'officiant acquitte le public pour Roch Hachana et Kippour ; les Sages objectent que chacun est tenu de prier pour soi, tout comme l'officiant l'est. Voilà la 'divergence' impliquée.

5
מַאי שְׁנָא הָנֵי? אִילֵּימָא מִשּׁוּם דִּנְפִישִׁי קְרָאֵי — וְהָאָמַר רַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב: כֵּיוָן שֶׁאָמַר ״וּבְתוֹרָתְךָ כָּתוּב לֵאמֹר״ שׁוּב אֵינוֹ צָרִיךְ! אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאָוְושִׁי בְּרָכוֹת.

En quoi ces [bénédictions] sont-elles différentes [au point que R. Meir ne concède que pour elles] ?

Si l'on dit : parce que les versets y sont nombreux — mais R. Hananel n'a-t-il pas dit au nom de Rav : dès lors qu'on a dit 'et dans Ta Torah il est écrit, en ces termes', on n'a plus besoin [de réciter les versets eux-mêmes] !

Plutôt, [c'est] parce que les bénédictions y sont nombreuses (bruyantes, avvouché).

📜 Rachi (4)
אִילֵּימָא מִשּׁוּם דִּנְפִישִׁי קְרָאֵי דְּאִיכָּא דְּמוּסְפֵי ר"ה ור"ח וּמַלְכֻיוֹת וְזִכְרוֹנוֹת וְשׁוֹפָרוֹת:
Si l'on dit : parce que les versets sont nombreux — car [à Roch Hachana] on ajoute [les bénédictions] de Roch Hachana, [parfois] de Roch Hodech, ainsi que Malkhouyot, Zikhronot et Chofarot.
כֵּיוָן שֶׁאָמַר וּבְתוֹרָתְךָ כָּתוּב כְּלוֹמַר כֵּיוָן שֶׁאָמַר נַעֲשֶׂה וְנַקְרִיב לְפָנֶיךָ כְּמִצְוַת רְצוֹנְךָ כְּמוֹ שֶׁכָּתַבְתָּ עָלֵינוּ בְּתוֹרָתְךָ:
Dès lors qu'on a dit 'et dans Ta Torah il est écrit' — c'est-à-dire : dès lors qu'on a dit 'nous ferons et offrirons devant Toi selon l'ordre de Ta volonté, comme Tu l'as écrit sur nous dans Ta Torah'.
אֵין צָרִיךְ לוֹמַר מִקְרָאוֹת הַמּוּסָפִין:
On n'a plus besoin — de dire les versets des offrandes additionnelles (moussafim).
אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאָוְושִׁי שֶׁהֲרֵי כָּאן תֵּשַׁע וַאֲרֻוכּוֹת וּמַטְעוֹת דְּאֵין הַכֹּל בְּקִיאִין בָּהֶן וְרַבּוֹתַי מְפָרְשִׁין לְהָא דְּרַב חֲנַנְאֵל בְּמַלְכֻיוֹת וְזִכְרוֹנוֹת וְשׁוֹפָרוֹת וְקַשְׁיָא לִי הָא דְּלָא כְּרַבָּנָן וְלֹא כַּר' יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי דִּתְנַן (לְעֵיל רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף לב.) אֵין פּוֹחֲתִין מֵעֲשָׂרָה מַלְכִיּוֹת וְכוּ':
Plutôt, parce qu'elles sont nombreuses (bruyantes) — car ici il y a neuf [bénédictions], longues et sujettes à l'erreur, que tous ne connaissent pas bien. Mes maîtres expliquent ce propos de Rav Hananel [comme portant] sur Malkhouyot, Zikhronot et Chofarot ; mais cela me fait difficulté, car ce n'est ni selon les Rabbanane ni selon R. Yo'hanan ben Nouri, puisqu'il est enseigné (plus haut, Roch Hachana 32a) : on ne récite pas moins de dix [versets] de Malkhouyot, etc.
🗂️ Tossefot (1)
אִילֵימָא מִשּׁוּם דִּנְפִישִׁי. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּאִיכָּא דְּמוּסְפֵי ר"ח וְרֹאשׁ הַשָּׁנָה וּמַלְכֻיוֹת וְזִכְרוֹנוֹת וְשׁוֹפָרוֹת כֵּיוָן שֶׁאָמַר. וּבְתוֹרָתְךָ כָּתוּב לֵאמֹר כֵּיוָן שֶׁאָמַר נַעֲשֶׂה וְנַקְרִיב לְפָנֶיךָ כְּמִצְוַת רְצוֹנְךָ כְּמוֹ שֶׁכָּתַבְתָּ עָלֵינוּ בְּתוֹרָתְךָ אֵין צָרִיךְ לוֹמַר מִקְרָאוֹת הַמּוּסָפִין וּבְשֵׁם רַבּוֹתָיו פֵּירֵשׁ לְהָא דְּרַב חֲנַנְאֵל בְּמַלְכֻיוֹת זִכְרוֹנוֹת וְשׁוֹפָרוֹת וְקָשֶׁה הָא דְּלָא כְּרַבָּנָן וּדְלָא כַּר' יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי דִּתְנַן (לְעֵיל רֹאשׁ הַשָּׁנָה לב.) אֵין פּוֹחֲתִין מֵעֲשָׂרָה מַלְכִיּוֹת כו' ור"ת פֵּירֵשׁ דְּאַפְּסוּקֵי דְּמַלְכֻיוֹת זִכְרוֹנוֹת וְשׁוֹפָרוֹת קָאֵי וְהֵיכָא דְּהִתְחִיל פְּלִיגִי דְּלָא יִפְחֹות לְמָר כִּדְאִית לֵיהּ וּלְמָר כִּדְאִית לֵיהּ אֲבָל יָכוֹל לִפְטוֹר עַצְמוֹ לְגַמְרֵי ע"י בְּתוֹרָתֶךָ כָּתוּב לֵאמֹר אֲבָל מִקְרָאוֹת שֶׁל מוּסָף צָרִיךְ לְהַזְכִּיר לְעוֹלָם שֶׁהֵם בִּמְקוֹם הַקָּרְבָּנוֹת אֲבָל מוּסָף דר"ח אֵין צָרִיךְ לְהַזְכִּיר בר"ה אֶלָּא שֶׁדַּי לוֹ בְּמַה שֶׁאָמַר מִלְּבַד עֹולַת הַחֹדֶשׁ וּמִנְחָתָהּ שֶׁבָּזֶה נִכְלָל כָּל מוּסְפֵי ר"ח הָעוֹלוֹת וּכְדֵי לְהַזְכִּיר גַּם הַשָּׂעִיר שֶׁהוּא חַטָּאת יֹאמַר וּשְׁנֵי שְׂעִירִים לְכַפֵּר וּשְׁנֵי תְּמִידִים כְּהִלְכָתָן:
'Si l'on dit : parce qu'ils sont nombreux' — Rachi a expliqué dans son commentaire qu'il y a [des jours] où l'on ajoute [les bénédictions] de Roch Hodech, de Roch Hachana, Malkhouyot, Zikhronot et Chofarot ; [et sur] 'des lors qu'on a dit et dans Ta Torah il est écrit, en ces termes', [il explique :] dès lors qu'on a dit 'nous ferons et offrirons devant Toi selon l'ordre de Ta volonté, comme Tu l'as écrit sur nous dans Ta Torah', on n'a plus besoin de dire les versets des moussafim ; et au nom de ses maîtres il a expliqué le propos de Rav Hananel [comme portant] sur Malkhouyot, Zikhronot et Chofarot — ce qui fait difficulté, car ce n'est ni selon les Rabbanane ni selon R. Yo'hanan ben Nouri, puisqu'il est enseigné (plus haut, Roch Hachana 32a) 'on ne récite pas moins de dix Malkhouyot', etc. Et Rabbenou Tam a expliqué que [le propos de Rav Hananel] porte sur la récitation des versets de Malkhouyot, Zikhronot et Chofarot : là où l'on a commencé, ils divergent [sur le fait] qu'on ne doit pas en dire moins — pour l'un selon son avis, pour l'autre selon le sien ; mais on peut s'en dispenser entièrement au moyen de 'dans Ta Torah il est écrit, en ces termes'. En revanche, les versets du moussaf, il faut toujours les mentionner, car ils tiennent lieu des offrandes ; quant au moussaf de Roch Hodech, il n'est pas nécessaire de le mentionner à Roch Hachana : il suffit de dire 'outre l'holocauste du [nouveau] mois et son oblation', ce qui englobe tous les holocaustes du moussaf de Roch Hodech ; et pour mentionner aussi le bouc, qui est un sacrifice pour le péché (hatat), on dira 'et deux boucs pour expier, et deux offrandes perpétuelles selon leur règle'.
💡 Explication

Pourquoi R. Meir ne concède-t-il que pour Roch Hachana et Kippour ? Pas à cause des versets nombreux (malkhouyot, zikhronot, chofarot), car la formule 'et dans Ta Torah il est écrit' dispense de les réciter. C'est plutôt parce que les bénédictions y sont nombreuses (avvouché : abondantes), longues et peu maîtrisées — beaucoup ne les savent pas par cœur.

6
גּוּפָא, אָמַר רַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב: כֵּיוָן שֶׁאָמַר ״וּבְתוֹרָתְךָ כָּתוּב לֵאמֹר״ — שׁוּב אֵינוֹ צָרִיךְ. סְבוּר מִינָּה: הָנֵי מִילֵּי בְּיָחִיד, אֲבָל בְּצִבּוּר לֹא. אִתְּמַר, אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: אֶחָד יָחִיד אֶחָד צִבּוּר, כֵּיוָן שֶׁאָמַר ״וּבְתוֹרָתְךָ כָּתוּב לֵאמֹר״ — שׁוּב אֵינוֹ צָרִיךְ.

[Revenant] à la chose elle-même : Rav Hananel a dit au nom de Rav : dès lors qu'on a dit 'et dans Ta Torah il est écrit, en ces termes', on n'a plus besoin [de réciter les versets]. On a cru [en déduire] : cela [ne vaut] qu'à propos d'un individu (yahid), mais non pour le public (tsibbour).

[Or] il a été énoncé : R. Yehochoua ben Levi a dit — aussi bien pour l'individu que pour le public, dès lors qu'on a dit 'et dans Ta Torah il est écrit, en ces termes', on n'a plus besoin [de réciter les versets].

💡 Explication

Reprise (goufa) du dit de Rav Hananel au nom de Rav. On a d'abord cru que la dispense de réciter les versets ne valait que pour l'individu, pas pour le public. R. Yehochoua ben Levi tranche : cela vaut aussi bien pour l'individu que pour le public.

7
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: לְעוֹלָם יַסְדִּיר אָדָם תְּפִלָּתוֹ, וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלֵּל. אָמַר רַבִּי אַבָּא: מִסְתַּבְּרָא מִילְּתֵיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר בִּבְרָכוֹת שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְשֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים וְשֶׁל פְּרָקִים, אֲבָל דְּכָל הַשָּׁנָה — לֹא.

R. Elazar a dit : que l'homme ordonne (repasse) toujours sa prière, puis [seulement ensuite] qu'il prie.

R. Abba a dit : le propos de R.

Elazar est raisonnable pour les bénédictions de Roch Hachana, de Yom Kippour et des temps [particuliers] (perakim = fêtes), mais pour [la prière] de toute [l'année] — non.

📜 Rachi (1)
וְשֶׁל פְּרָקִים מוֹעֲדוֹת:
Et des temps [particuliers] — les fêtes (moadot).
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְעוֹלָם יַסְדִּיר אָדָם תְּפִלָּתוֹ וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלֵּל. נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמַר יַסְדִּיר הַכַּוָּונָה שֶׁיַּעֲשֶׂה כְּפִי סֵדֶר הָעוֹלָמוֹת לוֹמַר הַקָּרְבָּנוֹת תְּחִלָּה שֶׁהֵם בַּעֲשִׂייָּה וְאַחֲרֵיהֶם הַזְּמִירוֹת שֶׁהֵם בִּיצִירָה שֶׁבָּזֶה יַעֲלֶה מַעֲשֶׂיהָ לִיצִירָה וְאַחֲרֵיהֶם הַיּוֹצֵר שֶׁהוּא בִּבְרִיאָה שֶׁיַּעֲלֶה מִיְּצִירָה לִבְרִיאָה וְאַחַר הַיּוֹצֵר תְּפִלַּת הָעֲמִידָה שֶׁהִיא בַּאֲצִילוּת שֶׁיַּעֲלֶה מִבְּרִיאָה לַאֲצִילוּת וְלָכֵן הַמְקֻובָּלִים מְדַקְדְּקִים בְּכָךְ אֲפִילּוּ אִם אִיחֲרוּ לָבֹא לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְאִם יַעֲשׂוּ כַּסֵּדֶר הַזֶּה לֹא יוּכְלוּ לְהִתְפַּלֵּל תְּפִילַּת הָעֲמִידָה עִם הַצִּיבּוּר עִם כָּל זֶה קָפְדִי לְהִתְפַּלֵּל בַּסֵּדֶר הַזֶּה, וְלָזֶה אָמַר לְעוֹלָם יַסְדִּיר אָדָם תְּפִלָּתוֹ דְּהַייְנוּ בְּקָרְבָּנוֹת וּזְמִירוֹת וְיוֹצֵר וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הָעֲמִידָה. וְאָמַר 'לְעוֹלָם' רוֹצֶה לוֹמַר אִם אִיחֵר וְלֹא יוּכַל לְהִתְפַּלֵּל תְּפִילַּת הָעֲמִידָה עִם הַצִּיבּוּר בְּיַחַד."
'Que l'homme ordonne toujours sa prière, puis qu'il prie.' Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que ce qu'il dit 'qu'il ordonne' vise à suivre l'ordre des mondes : dire d'abord les [textes des] offrandes (korbanot), qui relèvent du monde de la Action (assia) ; puis les cantiques (zemirot), qui relèvent de la Formation (yetsira) — par quoi l'on s'élève de la Action à la Formation ; puis le Yotser, qui relève de la Création (beria) — par quoi l'on s'élève de la Formation à la Création ; et après le Yotser, la prière de la Amida, qui relève de l'Émanation (atsilout) — par quoi l'on s'élève de la Création à l'Émanation. C'est pourquoi les kabbalistes sont pointilleux là-dessus, même s'ils sont arrivés en retard à la synagogue : si l'on suit cet ordre, on ne pourra pas dire la Amida avec le public, et malgré cela ils tiennent à prier dans cet ordre. Voilà pourquoi il dit 'que l'homme ordonne toujours sa prière', c'est-à-dire par les korbanot, les zemirot et le Yotser, et ensuite qu'il prie la Amida. Et il dit 'toujours' [le'olam] pour signifier : même s'il est arrivé en retard et ne pourra pas dire la Amida avec le public [il maintient cet ordre].
💡 Explication

R. Elazar : on doit toujours ordonner sa prière (la repasser mentalement) avant de prier. R. Abba précise : cela vaut pour les prières rares — Roch Hachana, Kippour et les perakim (moadim, fêtes) — longues et peu familières ; mais pour la prière quotidienne, familière, ce n'est pas nécessaire.

8
אֵינִי?! וְהָא רַב יְהוּדָה מְסַדַּר צְלוֹתֵיהּ וּמְצַלֵּי! שָׁאנֵי רַב יְהוּדָה, כֵּיוָן דְּמִתְּלָתִין יוֹמִין לִתְלָתִין יוֹמִין הֲוָה מְצַלֵּי, כִּפְרָקִים דָּמֵי.

Vraiment ?! Mais Rav Yehouda ordonnait sa prière et [ensuite] priait [même un jour ordinaire] !

Rav Yehouda était différent : puisqu'il ne priait qu'une fois tous les trente jours, [sa prière] était pour lui comme [une prière] de temps [rares] (perakim).

📜 Rachi (1)
מִתְּלָתִין לִתְלָתִין שֶׁהָיָה מְחַזֵּר תַּלְמוּדוֹ כָּל שְׁלֹשִׁים יוֹם:
Une fois tous les trente jours — car il révisait son étude tous les trente jours.
💡 Explication

Objection : Rav Yehouda repassait sa prière même en semaine. Réponse : cas particulier — il ne priait qu'une fois tous les trente jours (occupé le reste du mois à revoir son étude) ; sa prière quotidienne était donc pour lui aussi rare qu'une prière de fête.

9
אָמַר רַב אַחָא בַּר עַוִּירָא אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן חֲסִידָא: פּוֹטֵר הָיָה רַבָּן גַּמְלִיאֵל אֲפִילּוּ עַם שֶׁבַּשָּׂדוֹת. וְלָא מִיבַּעְיָא הָנֵי דְּקָיְימִי הָכָא?!

Rav Aha bar Avira a dit au nom de R. Chimon Hassida : Rabban Gamliel exemptait [par l'officiant] même les gens des champs (am chebassadot).

Et n'est-il pas évident, à plus forte raison, [qu'il exemptait] ceux-ci qui se tiennent ici [en ville] ?!

📜 Rachi (1)
פּוֹטֵר הָיָה כו' שש"צ מוֹצִיאָם:
Il exemptait, etc. — [c'est-à-dire] que l'officiant les acquitte.
💡 Explication

Rabban Gamliel permet à l'officiant d'acquitter même les gens des champs (absents de la synagogue). La Guemara comprend d'abord : à fortiori, il acquitte ceux de la ville qui ne sont pas venus. (Cette lecture sera renversée au segment suivant.)

10
אַדְּרַבָּה: הָנֵי אַנִּיסֵּי, הָנֵי לָא אַנִּיסֵּי,

Au contraire ! Ceux-ci [des champs] sont empêchés (anoussim), ceux-là [de la ville] ne sont pas empêchés [donc le raisonnement à fortiori devrait être inversé].

💡 Explication

Renversement : c'est l'inverse qui est logique. Les gens des champs sont empêchés (anoussim, retenus par le travail) — donc acquittés par l'officiant ; ceux de la ville ne sont pas empêchés — donc ils ne devraient pas être acquittés. Le à fortiori du segment précédent tombe.

11
דְּתָנֵי אַבָּא בְּרֵיהּ דְּרַב בִּנְיָמִין בַּר חִייָּא: עַם שֶׁאֲחוֹרֵי כֹּהֲנִים — אֵינָן בִּכְלַל בְּרָכָה.

Comme l'enseigne Abba, fils de Rav Binyamin bar Hiyya : les gens qui se tiennent derrière les cohanim [pendant la bénédiction sacerdotale] ne sont pas inclus dans la bénédiction. [Alors que les gens des champs, eux, le sont — preuve que l'empêchement est décisif.]

📜 Rachi (1)
אֵינָן בִּכְלַל בְּרָכָה ואע"פ שֶׁעַם שֶׁבַּשָּׂדוֹת בִּכְלַל בְּרָכָה הָנֵי דְּמָצוּ לְמִיְתֵּי קַמֵּי כֹּהֲנִים וְיִפְנוּ כֹּהֲנִים אֲלֵיהֶם וִיבָרְכוּם וְהֵם לֹא בָּאוּ אֵינָן בִּכְלַל בְּרָכָה:
Ne sont pas inclus dans la bénédiction — et bien que les gens des champs soient inclus dans la bénédiction, ceux-ci qui pouvaient venir devant les cohanim et [faire que] les cohanim se tournent vers eux et les bénissent, et qui ne sont pas venus, ne sont pas inclus dans la bénédiction.
💡 Explication

Preuve du rôle décisif de l'empêchement. Ceux qui se placent derrière les cohanim — alors qu'ils pouvaient se mettre en face — ne sont pas inclus dans la birkat cohanim. Mais les gens des champs, empêchés, le sont : c'est l'empêchement, non la simple absence, qui compte.

12
אֶלָּא, כִּי אֲתָא רָבִין: אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידֵּי אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן חֲסִידָא: לֹא פָּטַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל אֶלָּא עַם שֶׁבַּשָּׂדוֹת, מַאי טַעְמָא — מִשּׁוּם דְּאִנִּיסִי בִּמְלָאכָה, אֲבָל בְּעִיר — לֹא.

Plutôt, lorsque Ravin vint [de Terre d'Israël], il dit au nom de R. Yaakov bar Idi au nom de R.

Chimon Hassida : Rabban Gamliel n'a exempté que les gens des champs. Quelle en est la raison ?

Parce qu'ils sont empêchés par le travail (anoussim bimlakha). Mais [ceux] de la ville — non.

📜 Rachi (1)
אֲבָל דְּעִיר לֹא מִשּׁוּם דְּלָא אַנִּיסֵּי וִיכוֹלִין לְהַסְדִּיר תְּפִלָּתָן:
Mais [ceux] de la ville — non — parce qu'ils ne sont pas empêchés et peuvent ordonner (repasser) leur prière.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לֹא פָּטַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל אֶלָּא עַם שֶׁבַּשָּׂדוֹת ; מַאי טַעְמָא? מִשּׁוּם דְּאָנְסִי בִּמְלָאכָה הִנֵּה בָּזֶה נִרְאֶה לִי בס"ד לְפָרֵשׁ טַעַם נָכוֹן לִתְפִילַּת הַכֹּהֲנִים שֶׁתִּקְּנוּ לָהֶם לוֹמַר אַחַר בִּרְכַּת כֹּהֲנִים רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם עָשִׂינוּ מַה שֶּׁגָּזַרְתָּ עָלֵינוּ עֲשֵׂה עִמָּנוּ כְּמוֹ שֶׁהִבְטַחְתָּנוּ הַשְׁקִיפָה מִמְּעוֹן קָדְשְׁךָ מִן הַשָּׁמַיִם וּבָרֵךְ אֶת עַמְּךָ אֶת יִשְׂרָאֵל וְאֵת הָאֲדָמָה אֲשֶׁר נָתַתָּה לָנוּ וְכוּ'. וְצָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה מַזְכִּירִים הַבְטָחָה שֶׁל פָּסוּק זֶה דַּוְקָא וַהֲלֹא יֵשׁ בַּפְּסוּקִים כַּמָּה הַבְטָחוֹת בְּבִרְכוֹת יִשְׂרָאֵל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד בְּהִקְדִּים מַה שֶׁאָמַר הַגָּאוֹן מהרש"ק [שְׁלֹמֹה קְלוּגֶּער] זַ"ל בִּפְתִיחָתוֹ לְסֵפֶר טוּב טַעַם וָדַעַת בְּעִנְיַן מִי שֶׁנֶּאֱנַס וְלֹא מָל מֵחֲמַת שֶׁמֵּתוּ אֶחָיו מֵחֲמַת מִילָה אִי חֲשִׁיב זֶה כְּאִלּוּ נִימּוֹל אוֹ לָאו? וְכָתַב שֶׁזֶּה תָּלוּי בִּפְלֻוגְתָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן וְרֵישׁ לָקִישׁ בִּירוּשַׁלְמִי הוּבָא בַּפּוֹסְקִים וּבַשָּׁ"ךְ חֹושֶׁן מִשְׁפָּט סִימָן כ"א דְּרֵישׁ לָקִישׁ סְבִירָא לֵיהּ אֻונְסָא כְּמַאן דַּעֲבִיד וְרַבִּי יוֹחָנָן סְבִירָא לֵיהּ אֻונְסָא כְּמַאן דְּלָא עֲבִיד וְהוּבָא בַּהֲרָ"ן פֶּרֶק ג' דְּקִדּוּשִׁין, וַאֲנַן קַיְימָא לַן כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאֻונְסָא כְּמַאן דְּלָא עֲבִיד וְאִם כֵּן זֶה אֵינוֹ חָשׁוּב כְּנִימּוֹל, אַךְ זֶה דַּייְקָא בְּדִינֵי אָדָם דְּקַיְימָא לָן אֻונְסָא כְּמַאן דְּלָא עֲבִיד אֲבָל בְּדִינֵי שָׁמַיִם הָוֵי אֻונְסָא כְּמַאן דַּעֲבִיד דַּהֲרֵי אָמְרוּ רז"ל (קִידּוּשִׁין מ.) 'חִישֵּׁב לַעֲשׂוֹת מִצְוָה וְנֶאֱנַס וְלֹא עֲשָׂאָהּ מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִלּוּ עֲשָׂאָהּ' וּמוּכָח מִכָּאן דִּבְדִינֵי שָׁמַיִם אֻונְסָא כְּמַאן דַּעֲבִיד וַחֲשִׁיב זֶה כְּנִימּוֹל עַד כָּאן דְּבָרָיו יְעֻויַּן שָׁם. וְהִנֵּה הַשְׁתָּא קָשֶׁה הָכָא אַמַּאי עַם שֶׁבַּשָּׂדוֹת הֵם בִּכְלַל הַבְּרָכָה מִטַּעַם דְּאִנִּיסִי דְּנֶחְשָׁב לָהֶם כְּאִלּוּ בָּאוּ וְנִתְבָּרְכוּ מִפִּי הַכֹּהֲנִים וְהָא קַיְימָא לַן כְּמַאן דְּאָמַר אֻונְסָא כְּמַאן דְּלָא עֲבִיד וְאִם כֵּן לֹא תּוֹעִיל לָהֶם בִּרְכַּת כֹּהֲנִים? אַךְ הַתֵּירוּץ עַל זֶה פָּשׁוּט כִּי כָּאן אֵינוֹ עִנְיָן נוֹגֵעַ לְדִינֵי אָדָם אֶלָּא עִנְיַן דִּינֵי שָׁמַיִם שֶׁאוֹמְרִים שהשי"ת הוּא יְבָרֵךְ אֶת יִשְׂרָאֵל בִּבְרָכוֹת אֵלּוּ כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר 'יְבָרֶכְךָ ה' וְיִשְׁמְרֶךָ: יָאֵר ה' פָּנָיו אֵלֶיךָ וִיחֻנֶּךָּ: יִשָּׂא ה' פָּנָיו אֵלֶיךָ וְיָשֵׂם לְךָ שָׁלוֹם' וּבְדִינֵי שָׁמַיִם אֻונְסָא כְּמַאן דַּעֲבִיד, וְלָכֵן עַם שֶׁבַּשָּׂדוֹת כֵּיוָן דְּהֵם אֲנוּסִים נִכְנְסוּ בִּכְלַל הַבְּרָכָה. וְהָשְׁתָּא בָּזֶה מוּבָן עִנְיַן הַבַּקָּשָׁה שֶׁל הַכֹּהֲנִים שֶׁאוֹמְרִים אַחַר הַבְּרָכָה פָּסוּק (דְּבָרִים כו, טו) 'הַשְׁקִיפָה מִמְּעוֹן קָדְשְׁךָ מִן הַשָּׁמַיִם וּבָרֵךְ אֶת עַמְּךָ אֶת יִשְׂרָאֵל' שֶׁרוֹצִים בָּזֶה לִזְכּוֹת גַּם לָעָם שֶׁבַּשָּׂדוֹת שֶׁהֵם אֲנוּסִים שֶׁתַּגִּיעַ בִּרְכָתָם לָהֶם גַּם כֵּן מִשּׁוּם דְּאַף עַל גַּב דִּבְדִינֵי אָדָם אֻונְסָא כְּמַאן דְּלָא עֲבִיד הִנֵּה בְּדִינֵי שָׁמַיִם אֻונְסָא כְּמַאן דַּעֲבִיד וְעַל יְדֵי כָּךְ זוֹכִין גַּם הֵם בַּבְּרָכָה, וְלָזֶה אָמַר 'הַשְׁקִיפָה מִמְּעוֹן קָדְשְׁךָ מִן הַשָּׁמַיִם' דְּשָׁם אֻונְסָא כְּמַאן דַּעֲבִיד, וְעַל יְדֵי כָּךְ 'וּבָרֵךְ אֶת עַמְּךָ אֶת יִשְׂרָאֵל' אֶת לְרַבּוֹת עַם שֶׁבַּשָּׂדוֹת, שֶׁגַּם הֵם יִתְבָּרְכוּ לְחַיִּים .
'Rabban Gamliel n'a exempté que les gens des champs ; quelle en est la raison ? Parce qu'ils sont empêchés par le travail.' Il me paraît, avec l'aide du Ciel, expliquer par là une raison juste pour la prière des cohanim qu'on leur a institué de dire après la birkat cohanim : 'Maître du monde, nous avons fait ce que Tu as décrété sur nous, agis envers nous comme Tu nous l'as promis : Regarde depuis Ta sainte demeure, depuis les cieux, et bénis Ton peuple Israël et le sol que Tu nous as donné' (Deut 26,15). Il faut comprendre pourquoi l'on mentionne précisément la promesse de ce verset, alors que les versets contiennent bien des promesses parmi les bénédictions d'Israël. Il me paraît, avec l'aide du Ciel, [en partant] de ce qu'a dit le Gaon Maharch"k [R. Chelomo Kluger] dans sa préface au livre Tov Taam va-Daat, au sujet de celui qui a été empêché (chene'enas) et n'a pas été circoncis parce que ses frères étaient morts à cause de la circoncision : est-il considéré comme circoncis ou non ? Il écrit que cela dépend de la divergence entre R. Yo'hanan et Rech Lakich dans le Yerouchalmi, rapportée par les décisionnaires et par le Cha"kh (Hochen Michpat 21) : Rech Lakich tient que l'empêchement équivaut à l'acte accompli (onsa ke-man de-avid), et R. Yo'hanan tient que l'empêchement équivaut à l'acte non accompli (onsa ke-man de-lo avid) — rapporté aussi par le Ran (chap. 3 de Kidouchin) ; et nous tranchons comme R. Yo'hanan (onsa ke-man de-lo avid), de sorte que [cet homme] n'est pas considéré comme circoncis. Mais cela vaut précisément dans les jugements des hommes (diné adam), où nous tranchons 'l'empêchement équivaut à l'acte non accompli' ; en revanche, dans les jugements du Ciel (diné chamayim), l'empêchement équivaut à l'acte accompli, car nos Sages ont dit (Kidouchin 40a) : 'celui qui a projeté d'accomplir une mitsva et en a été empêché sans l'accomplir, l'Écriture le lui compte comme s'il l'avait accomplie' — d'où il ressort que, dans les jugements du Ciel, l'empêchement équivaut à l'acte accompli, et [cet homme] est tenu pour circoncis ; fin de ses paroles. Or ici se pose une difficulté : pourquoi les gens des champs sont-ils inclus dans la bénédiction au motif qu'ils sont empêchés — comme s'ils étaient venus et avaient été bénis de la bouche des cohanim — alors que nous tranchons comme celui qui dit 'l'empêchement équivaut à l'acte non accompli', si bien que la birkat cohanim ne devrait pas leur profiter ? Mais la réponse est simple : ici il ne s'agit pas d'une affaire relevant des jugements des hommes, mais d'une affaire relevant des jugements du Ciel — car on dit que le Saint, béni soit-Il, bénit Israël par ces bénédictions, comme il est dit 'Que l'Éternel te bénisse et te garde, que l'Éternel fasse luire Sa face vers toi et te fasse grâce, que l'Éternel tourne Sa face vers toi et t'accorde la paix' — et dans les jugements du Ciel, l'empêchement équivaut à l'acte accompli ; c'est pourquoi les gens des champs, étant empêchés, entrent dans la bénédiction. Et l'on comprend ainsi la requête des cohanim, qui disent après la bénédiction le verset (Deut 26,15) 'Regarde depuis Ta sainte demeure, depuis les cieux, et bénis Ton peuple Israël' : ils veulent par là faire bénéficier aussi les gens des champs, qui sont empêchés, pour que la bénédiction les atteigne eux aussi — car bien que dans les jugements des hommes l'empêchement équivaille à l'acte non accompli, dans les jugements du Ciel il équivaut à l'acte accompli, et par ce moyen ils obtiennent eux aussi la bénédiction. Voilà pourquoi l'on dit 'Regarde depuis Ta sainte demeure, depuis les cieux', [région] où l'empêchement équivaut à l'acte accompli, et par là 'bénis Ton peuple Israël' — le 'et' [le mot ét] venant inclure les gens des champs, pour qu'eux aussi soient bénis pour la vie.
💡 Explication

Conclusion (rapportée par Ravin) : Rabban Gamliel n'a exempté par l'officiant que les gens des champs, car ils sont empêchés par le travail (anoussim bimlakha) et ne peuvent ni venir ni repasser leur prière. Ceux de la ville, qui le peuvent, ne sont pas exemptés.

13
הַדְרָן עֲלָךְ יוֹם טוֹב וּסְלִיקָא לַהּ מַסֶּכֶת רֹאשׁ הַשָּׁנָה

Nous reviendrons vers toi, [chapitre] 'Yom Tov', et le traité Roch Hachana est achevé. (Hadran : formule de clôture du traité.)

💡 Explication

Formule de Hadran qui clôt le dernier chapitre ('Yom Tov') et l'ensemble du traité Roch Hachana. 'Hadran alakh' = 'nous reviendrons vers toi' — engagement traditionnel à revenir étudier ce chapitre.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).