Rosh Hashanah 34b — sonneries et bénédictions du chofar : indispensables ensemble, l'ordre des berakhot, le chever ir et le chalia'h tsibbour

Rosh Hashanah 34b

Sougya : La Guemara établit qu'on peut entendre les neuf sonneries (tekiot) de façon fractionnée, même étalées sur toute la journée, et confronte cela à la règle de R. Yoh'anan sur le Hallel et la Meguila (une interruption trop longue oblige à recommencer).

Elle distingue l'avis propre de R. Yoh'anan de celui de son maître, illustre par l'épisode de R.

Abbahou récitant le Chema dans des ruelles souillées. Puis une baraita pose le principe des Roch Hachana / Kippour : sonneries et bénédictions se bloquent mutuellement (l'ensemble est un tout indivisible), car le Saint béni soit-Il a demandé Malkhouyot, Zikhronot et Chofarot.

On y précise l'ordre des sonneries relativement aux bénédictions selon qu'il y a ou non un chever ir (assemblée), et l'on donne la priorité au lieu où l'on sonne sur celui où l'on bénit. Le daf s'achève sur la controverse entre Rabban Gamliel et les Sages : le chalia'h tsibbour acquitte-t-il aussi l'expert (baki) ?

R. Yoh'anan rapporte que les Sages se sont ralliées, mais Rav et Rech Lakich soutiennent que la dispute demeure.

Sonneries et bénédictions : que faut-il pour s'acquitter ? Jour de jeûne (taanit) Roch Hachana / Kippour Les sonneries ne se bloquent PASl'une l'autre (indep.)Sonneries + bénédictions seBLOQUENT l'une l'autre Les bénédictions ne se bloquentPAS l'une l'autreIl en manque une = toutl'ensemble est invalide Pourquoi ? (Rabba au nom du Saint béni soit-Il) Malkhouyot (Royautés) : que vous Me couronniez sur vous Zikhronot (Souvenirs) : que votre souvenir monte devant Moi en bien Et par quoi ? Par le CHOFAR — les trois forment un seul bloc
Ce qui se bloque mutuellement (segments 5-6) : les sonneries et bénédictions de Roch Hachana forment un seul bloc.
Faut-il sonner selon l'ORDRE des bénédictions ? Avec chever ir (assemblée / communauté) Sonner DANS L'ORDRE (tekia-teroua-tekia) ET selon l'ordre des bénédictions une série après chaque berakha Sans chever ir (individu, yahid) Sonner DANS L'ORDRE (tekia-teroua-tekia) mais PAS selon l'ordre des bénédictions bénir tout, puis sonner 9 sonneries
Sonner selon l'ordre des bénédictions : oui avec chever ir, non sans (segments 8-9).
Le chalia'h tsibbour acquitte-t-il l'expert ? (R. Gamliel vs Sages) Rabban Gamliel le chalia'h tsibbour acquitte TOUS, même l'expert (baki) Sages (H'akhamim) il n'acquitte que celui qui n'est pas expert (chein bo baki) R. Gamliel : si le tsibbour prie en silence, c'est pour laisser le 'hazan préparer sa prière (lehasdir) — non parce qu'il n'acquitterait pas R. Yoh'anan : les Sages se sont finalement ralliées à R. Gamliel Rav / Rech Lakich : non, la dispute demeure (adayin hi mah'loket)
La controverse Rabban Gamliel / Sages sur le pouvoir acquittant du chalia'h tsibbour (segments 12-15).
1
תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּתֵשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם — יָצָא.

[S'il a entendu] neuf sonneries en neuf heures [différentes] du jour — il s'est acquitté.

📜 Rachi (1)
תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת תְּרוּעוֹת נָמֵי קָאָמַר:
Neuf sonneries (tekiot) — il veut dire aussi les teroua'ot (les sonneries saccadées sont incluses dans le compte).
💡 Explication

Suite de la michna (34a) : les neuf sonneries requises n'ont pas besoin d'être entendues d'affilée. Même entendues à neuf moments distincts de la journée, on s'acquitte de son obligation.

2
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: שָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּתֵשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם — יָצָא. מִתִּשְׁעָה בְּנֵי אָדָם כְּאֶחָד — לֹא יָצָא. תְּקִיעָה מִזֶּה וּתְרוּעָה מִזֶּה — יָצָא. וַאֲפִילּוּ בְּסֵירוּגִין, וַאֲפִילּוּ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ.

Cela est enseigné aussi ainsi [dans une baraita] : si l'on a entendu neuf sonneries en neuf heures du jour — on s'est acquitté. [Entendues] de neuf personnes en même temps — on ne s'est pas acquitté.

Une tekia de celui-ci et une teroua de celui-là — on s'est acquitté. Et [ce] même de façon fractionnée (be-serougin), et même durant toute la journée entière.

📜 Rachi (1)
מִתִּשְׁעָה בְּנֵי אָדָם כְּאֶחָד לֹא יָצָא תְּרֵי קָלֵי לָא מִשְׁתַּמְעִי כָּךְ פֵּירוּשָׁהּ לְפִי מַה שֶׁכָּתוּב בַּסְּפָרִים וְלָאו מִלְּתָא הִיא דְּהָא אוֹקִימְנָא (לְעֵיל רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף כז.) תְּרֵי קָלֵי מִתְּרֵי גַּבְרֵי מִשְׁתַּמְעִי וה"ג לָהּ בַּתּוֹסֶפְתָּא מִתִּשְׁעָה בְּנֵי אָדָם כְּאֶחָד יָצָא וְאַפֵּי' בְּסֵירוּגִין וַאֲפִילּוּ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ וְלָא גָּרְסִינַן תְּקִיעָה מִזֶּה וּתְרוּעָה מִזֶּה יָצָא דְּהַייְנוּ רֵישָׁא וְאִי גָּרְסִינַן לָהּ הָכִי הוּא דְּגָרְסִי' מט' בְּנֵי אָדָם כְּאֶחָד תְּקִיעָה מִזֶּה וּתְרוּעָה מִזֶּה יָצָא וְאַפֵּי' בְּסֵירוּגִין כו':
[Entendues] de neuf personnes en même temps, on ne s'est pas acquitté — [motif :] deux voix [simultanées] ne s'entendent pas [distinctement] ; telle est l'explication d'après ce qui est écrit dans les livres. Mais cela n'a pas de valeur, car nous avons déjà établi (plus haut, Roch Hachana 27a) que deux voix venant de deux hommes s'entendent [bien]. Et voici comment on l'enseigne dans la Tossefta : 'de neuf personnes en même temps — on s'est acquitté, et même de façon fractionnée, et même durant toute la journée entière' ; et l'on ne lit pas 'une tekia de celui-ci et une teroua de celui-là, on s'est acquitté', car cela ferait double emploi avec le début. Et si on lit ainsi, voici la leçon : 'de neuf personnes en même temps, une tekia de celui-ci et une teroua de celui-là, on s'est acquitté, et même de façon fractionnée, etc.'
🗂️ Tossefot (1)
מִתִּשְׁעָה בְּנֵי אָדָם כְּאֶחָד לֹא יָצָא. כָּךְ כָּתוּב בַּסְּפָרִים וְהִקְשָׁה בַּקּוּנְטְרֵס אַמַּאי לֹא יָצָא הָא אַסִּיקְנָא לְעֵיל דִּתְרֵי קָלִי מִתְּרֵי גַּבְרֵי מִשְׁתַּמְעִי וּפִי' דְּגָרְסִינַן בַּתּוֹסֶפְתָּא מִתִּשְׁעָה בְּנֵי אָדָם כְּאֶחָד יָצָא וְאַפֵּי' בְּסֵרוּגִין וְנִרְאֶה לְקַיֵּים גִּרְסַת הַסְּפָרִים מִתִּשְׁעָה בְּנֵי אָדָם כְּאֶחָד לֹא יָצָא מִשּׁוּם דְּאֵין כָּאן בִּתְרוּעָה פְּשׁוּטָה לְפָנֶיהָ וּפְשׁוּטָה לְאַחֲרֶיהָ כֵּיוָן שֶׁהַכֹּל בְּיַחַד וְהַשְׁתָּא גָּרַס שַׁפִּיר תְּקִיעָה מִזֶּה וּתְרוּעָה מִזֶּה יָצָא דְּהַיְינוּ זֶה אַחַר זֶה וְסֵרוּגִין פִּי' סֵרוּגִין הַפְסָקוֹת הַרְבֵּה שֶׁתּוֹקֵעַ וּמַפְסִיק וְשׁוֹהֶה לַעֲשׂוֹת הַתְּרוּעָה עַד לְאַחַר שָׁעָה:
De neuf personnes en même temps, on ne s'est pas acquitté. Ainsi est-il écrit dans les livres. Rachi (le Kountras) a objecté : pourquoi ne s'acquitte-t-on pas, puisque nous avons conclu plus haut que deux voix venant de deux hommes s'entendent [bien] ? Et il a expliqué qu'on lit dans la Tossefta 'de neuf personnes en même temps — on s'est acquitté, et même de façon fractionnée'. Mais il paraît [possible] de maintenir la version des livres, 'de neuf personnes en même temps, on ne s'est pas acquitté', parce qu'il n'y a pas ici, pour la teroua, une tekia simple avant elle et une tekia simple après elle, puisque tout est simultané. Et dès lors on lit correctement 'une tekia de celui-ci et une teroua de celui-là, on s'est acquitté', c'est-à-dire l'un après l'autre. Et 'serougin' signifie de nombreuses interruptions : il sonne, s'interrompt, et attend pour faire la teroua jusqu'après un [long] moment.
💡 Explication

Baraita confirmant la michna : on peut composer sa série à partir de sonneurs différents (une tekia de l'un, une teroua de l'autre), et de façon fractionnée (be-serougin, avec de longues interruptions), même étalée sur toute la journée. En revanche, entendues de neuf personnes simultanément, on ne s'acquitte pas.

3
וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוֹצָדָק: בְּהַלֵּל וּבִמְגִילָּה, אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ — חוֹזֵר לָרֹאשׁ! לָא קַשְׁיָא: הָא דִּידֵיהּ, הָא דְּרַבֵּיהּ.

Mais R. Yoh'anan a-t-il vraiment dit cela ?

Or R. Yoh'anan a dit au nom de R.

Chimon ben Yehotsadak : pour le Hallel et pour la Meguila, si l'on a interrompu le temps [nécessaire] pour achever la totalité [du texte] — on recommence au début ! Ce n'est pas une difficulté : ceci [relève] de son propre [avis], cela [relève] de l'avis de son maître.

📜 Rachi (1)
אִם שָׁהָה בְּסֵירוּגוֹ כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולּוֹ חוֹזֵר:
Si l'on a interrompu — durant son fractionnement, le temps [nécessaire] pour tout achever, on recommence.
💡 Explication

Objection : R. Yoh'anan a permis (pour le chofar) une interruption illimitée ; or il enseigne au nom de son maître R. Chimon ben Yehotsadak que pour le Hallel et la Meguila, une pause assez longue pour tout achever oblige à recommencer. Réponse : la règle du chofar est l'avis propre de R. Yoh'anan ; celle du Hallel/Meguila est celle de son maître.

4
וְדִידֵיהּ לָא? וְהָא רַבִּי אֲבָהוּ הֲוָה שָׁקֵיל וְאָזֵיל בָּתְרֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן וַהֲוָה קָרֵי קְרִיאַת שְׁמַע, כִּי מְטָא לִמְבוֹאוֹת מְטֻונָּפוֹת, אִישָּׁתֵיק, בָּתַר דַּחֲלֵיף אֲמַר לֵיהּ: מַהוּ לִגְמֹור? אָמַר לוֹ: אִם שָׁהִיתָ כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ — חֲזֹור לָרֹאשׁ.

Et [selon] son propre [avis], non [il n'oblige pas à recommencer] ? Mais R.

Abbahou marchait derrière R. Yoh'anan et récitait le Chema ; quand il arriva à des ruelles souillées (mevoot metounafot), il se tut ; après être passé, il lui dit : que faut-il [faire] pour achever [le Chema] ?

Il lui répondit : si tu as interrompu le temps [nécessaire] pour l'achever en entier — recommence au début.

💡 Explication

Contre-objection : R. Yoh'anan tiendrait donc lui aussi qu'une longue pause oblige à recommencer ? Preuve : quand R. Abbahou dut interrompre le Chema en traversant des ruelles souillées (où l'on ne peut prononcer des paroles de Torah), R. Yoh'anan lui répondit que s'il s'était arrêté le temps de tout achever, il devait recommencer au début.

5
הָכִי קָאָמַר לֵיהּ: לְדִידִי — לָא סְבִירָא לִי, לְדִידָךְ, דִּסְבִירָא לָךְ: אִם שָׁהִיתָ כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ — חֲזֹור לְרֹאשׁ.

Voici ce qu'il lui a dit : quant à moi — je ne tiens pas [ainsi] ; mais quant à toi, qui tiens [ainsi] : si tu as interrompu le temps [nécessaire] pour l'achever en entier — recommence au début.

📜 Rachi (2)
לְדִידִי לָא סְבִירָא לִי מַה שֶׁהִפְסַקְתָּ דְּאִית לֵיהּ לְר' יוֹחָנָן בְּמַסֶּכֶת בְּרָכוֹת (דַּף כֹּד:) הָיָה קוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע וְהִגִּיעַ לִמְבוֹאוֹת מְטֻונָּפוֹת מַנִּיחַ יָדוֹ עַל פִּיו וְקוֹרֵא וְלָא סְבִירָא לִי נָמֵי דְּמִשּׁוּם שָׁהָה יְהֵא צָרִיךְ לַחֲזֹור:
Quant à moi, je ne tiens pas [ainsi] — [d'une part] ce fait de t'interrompre, car R. Yoh'anan tient, au traité Berakhot (24b), que 'celui qui récitait le Chema et arriva à des ruelles souillées met sa main sur sa bouche et continue de réciter' ; [d'autre part] je ne tiens pas non plus qu'à cause d'une interruption il faille recommencer.
לְדִידָךְ דִּסְבִירָא לָךְ וְאַתָּה חוֹלֵק עָלַי בִּשְׁתֵּיהֶן דְּכֵיוָן דְּקָא בָּעֵית מַהוּ לְגָומְרָהּ מִכְּלָל דִּסְבִירָא לָךְ סֵירוּגִין מְעַכְּבִי קַרְייָה וּמִבַּעְיָא לָךְ בְּכַמָּה הָוֵי סֵירוּגִין:
Quant à toi, qui tiens [ainsi] — et tu es en désaccord avec moi sur les deux points : puisque tu demandes 'que faut-il pour l'achever ?', on en déduit que tu tiens que le fractionnement invalide la récitation, et tu te demandes à partir de quelle [durée] il y a fractionnement.
🗂️ Tossefot (1)
לְדִידִי לָא סְבִירָא לִי. כְּלוֹמַר שֶׁהוּא צָרִיךְ לַחֲזֹור לָרֹאשׁ כְּשֶׁשָּׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור כֻּולָּהּ וְלֹא שֶׁיְּהֵא צָרִיךְ לְהַפְסִיק כְּשֶׁמַּגִּיעַ לִמְבוֹאוֹת הַמְטֻונָּפוֹת אֶלָּא מַנִּיחַ יָדוֹ עַל פִּיו וְקוֹרֵא ק"ש כִּדְאָמַר ר' יוֹחָנָן בְּפֶרֶק מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף כֹּד:) וְהָיָה נִרְאֶה דקי"ל כְּוָותֵיהּ כְּשֶׁשָּׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור כֻּולָּהּ דְּאֵין חוֹזֵר לָרֹאשׁ אע"ג דִּפְלִיגִי עָלֶיהָ רַב וּשְׁמוּאֵל בְּפֶרֶק הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה לְמַפְרֵעַ (מְגִילָּה דַּף יח:) דְּקי"ל כְּרַבִּי יוֹחָנָן לְגַבֵּי רַב וּשְׁמוּאֵל כִּדְמוֹכַח בְּפֶ' מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין דַּף מז:) וּמִיהוּ כֵּיוָן דְּרַבִּי אָבָהוּ פְּלִיג הָיָה קְצָת נִרְאֶה לִפְסֹוק כְּמוֹתוֹ דְּהוּא בָּתְרָאָה ואע"ג דְּאַשְׁכַּחְנָא רַב יוֹסֵף בְּהַהִיא דִּמְגִילָּה (שָׁם:) דְּקָאָמַר נְקוֹט דְּרַב בִּיבִי בִּידָךְ דְּרַב אָמַר אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי מוּנָא וּשְׁמוּאֵל אָמַר הֲלָכָה כַּר' מוּנָא לָאו מִשּׁוּם דְּלֶהֱוֵי הֲלָכָה כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי קָאָמַר הָכִי אֶלָּא הָאֱמֶת אוֹמֵר דְּשָׁמְעִינַן לֵיהּ לִשְׁמוּאֵל דְּחָייֵשׁ לִיחִידָאָה וְגַם בְּפֶרֶק מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף כב:) גַּבֵּי הָיָה עוֹמֵד בִּתְפִלָּה וּמַיִם שׁוֹתְתִין עַל בִּרְכָּיו דִּפְלִיגִי רַב חִסְדָּא וְרַב הַמְנוּנָא וּמַסִּיק רַב אַשִּׁי דכ"ע אִם שָׁהָה חוֹזֵר לָרֹאשׁ וְהָכָא בִּדְלָא שָׁהָה וְקָשֶׁה הַדָּבָר מְאֹד שֶׁהַצִּבּוּר בבהכ"נ בי"ט אוֹמְרִים אֱמֶת וְיַצִּיב וּמַמְתִּינִין לש"ץ וְשׁוֹתְקִים עַד שֶׁיִּגְמֹור זוּלָתוֹת וּמִי כָּמוֹךָ שֶׁאוֹמֵר בַּגְּאֻולָּה וּמִיהוּ הֵיכָא דְּאֵין שׁוֹהִין כְּדֵי לִגְמֹור כֻּולָּהּ מִתְּחִלָּתָהּ עַד סוֹף אֵין לָחוּשׁ (כִּדְאַבַּיֵּי) בְּפֶ' הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה לְמַפְרֵעַ (דַּף יח:) וְלֹא (כְּרַב יוֹסֵף) דְּאָמַר מֵהֵיכָא דְּקָאֵי לְסֵיפָא דְּאִם כֵּן נָתַתָּ דְּבָרֶיךָ לְשִׁעוּרִין וְצָרִיךְ לְדַקְדֵּק בַּתְּקִיעוֹת מִשּׁוּם דְּאָמַר רַב כָּהֲנָא בְּפֶ' הֶחָלִיל (סֻוכָּה נג: וְשָׁם) אֵין בֵּין תְּקִיעָה לִתְרוּעָה וּתְקִיעָה וְלֹא כְלוּם כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר שְׁלָשְׁתָּן מִצְוָה אַחַת וְכִי קָאָמַר הָתָם דַּוְקָא בְּאֶמְצַע תְּקִיעָה תְּרוּעָה תְּקִיעָה אֲבָל בֵּין קר"ק לקר"ק יָכוֹל לִשְׁהוֹת פָּחוֹת מִכְּדֵי לִגְמֹור קר"ק וּלְרַבָּנָן דְּחָשְׁבִי תְּקִיעָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ וּתְרוּעָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ אֵין לִשְׁהוֹת בֵּין זֶה לָזֶה כְּדֵי תְּקִיעָה אַחַת אוֹ תְּרוּעָה אַחַת:
Quant à moi, je ne tiens pas [ainsi]. C'est-à-dire qu'il faille recommencer au début quand on a interrompu le temps de tout achever ; et non pas qu'il faille s'interrompre en arrivant à des ruelles souillées, mais [au contraire] on met la main sur la bouche et l'on continue de réciter le Chema, comme l'a dit R. Yoh'anan au chapitre 'Mi che-meto' (Berakhot 24b). Et il paraîtrait qu'on tranche comme lui : quand on a interrompu le temps de tout achever, on ne recommence pas au début, bien que Rav et Chemouel divergent de lui au chapitre 'Ha-korè et ha-meguila le-mafrea' (Meguila 18b), car on tranche comme R. Yoh'anan contre Rav et Chemouel, ainsi qu'il ressort du chapitre 'Mi che-hotsiouhou' (Erouvin 47b). Toutefois, puisque R. Abbahou diverge, il paraîtrait plutôt qu'il faille trancher comme lui, car il est postérieur ; et bien que nous trouvions Rav Yossef dans cette [sougya] de Meguila (ibid.) qui dit 'tiens en main [la règle] de Rav Bibi', [selon laquelle] Rav a dit 'la halakha n'est pas comme R. Mona' et Chemouel a dit 'la halakha est comme R. Mona' — ce n'est pas parce que la halakha serait comme Rav en matière d'interdits qu'il dit cela, mais il dit la vérité, car nous avons entendu Chemouel être soucieux d'un avis isolé. Et de même au chapitre 'Mi che-meto' (Berakhot 22b), à propos de 'celui qui se tenait en prière et que de l'eau coulait sur ses genoux', où Rav H'isda et Rav Hamnouna divergent, Rav Achi conclut que de l'avis de tous 'si l'on a interrompu, on recommence au début', et qu'ici il s'agit d'un cas où l'on n'a pas [longuement] interrompu. Et la chose est fort difficile, car l'assemblée, à la synagogue, un jour de fête, dit 'Emet ve-yatsiv' et attend le chalia'h tsibbour, se taisant jusqu'à ce qu'il achève les 'zoulatot', puis 'Mi khamokha', qu'on dit dans la [bénédiction de la] délivrance ; toutefois, la où l'on n'interrompt pas le temps de tout achever du début à la fin, il n'y a pas à s'inquiéter, comme [le dit] Abaye au chapitre 'Ha-korè et ha-meguila le-mafrea' (18b), et non comme Rav Yossef qui dit [qu'on reprend] de la où l'on s'est arrêté jusqu'à la fin, car sinon 'tu livrerais tes paroles à des mesures [variables]'. Et il faut être précis pour les sonneries, car Rav Kahana a dit au chapitre 'Hé-h'alil' (Soucca 53b) qu'entre la tekia, la teroua et la tekia il n'y a rien [à interrompre], selon R. Yehouda qui dit que les trois sont une seule mitsva ; et ce qu'il dit là vaut précisément au milieu [d'une série] tekia-teroua-tekia, mais entre une série [tekia-teroua-tekia] et une autre série, on peut interrompre moins que le temps d'achever une série ; et pour les Sages, qui comptent la tekia à part et la teroua à part, on ne doit pas interrompre entre l'une et l'autre le temps d'une seule tekia ou d'une seule teroua.
💡 Explication

Réponse : pas de preuve. R. Yoh'anan a répondu selon l'avis de R. Abbahou lui-même. Pour moi, dit-il, une longue pause n'oblige pas à recommencer ; mais pour toi, qui le penses (et qui d'ailleurs t'interromps aux ruelles souillées alors que je tiens qu'il suffit de mettre la main sur la bouche), alors recommence au début.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: תְּקִיעוֹת — אֵין מְעַכְּבוֹת זוֹ אֶת זוֹ. בְּרָכוֹת — אֵין מְעַכְּבוֹת זוֹ אֶת זוֹ. תְּקִיעוֹת וּבְרָכוֹת שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְשֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים — מְעַכְּבוֹת.

Nos maîtres ont enseigné : les sonneries — ne se bloquent pas l'une l'autre. Les bénédictions — ne se bloquent pas l'une l'autre.

[Mais] les sonneries et les bénédictions de Roch Hachana et de Yom Kippour — se bloquent [l'une l'autre].

📜 Rachi (1)
תְּקִיעוֹת וּבְרָכוֹת דְּעָלְמָא כְּגוֹן תַּעֲנִיּוֹת אֵין מְעַכְּבִין זוֹ אֶת זוֹ אִם בֵּירַךְ וְלֹא תָּקַע: מִי שֶׁבֵּירֵךְ כו':
Les sonneries — et les bénédictions ordinaires, comme celles des jeûnes, ne se bloquent pas l'une l'autre : [ainsi] s'il a béni mais n'a pas sonné. 'Celui qui a béni, etc.' [renvoie à la michna].
💡 Explication

Baraita centrale. Sur un jour de jeûne ordinaire, les sonneries sont indépendantes (l'omission de l'une n'invalide pas les autres), de même les bénédictions ajoutées. Mais à Roch Hachana et Yom Kippour, sonneries et bénédictions se bloquent mutuellement (me'akvot) : elles forment un tout ; l'omission de l'une invalide l'ensemble.

7
מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבָּה: אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, אִמְרוּ לְפָנַי בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה מַלְכִיּוֹת זִכְרוֹנוֹת וְשׁוֹפָרוֹת, מַלְכֻיוֹת — כְּדֵי שֶׁתַּמְלִיכוּנִי עֲלֵיכֶם, זִכְרוֹנוֹת — כְּדֵי שֶׁיָּבֹא לְפָנַי זִכְרוֹנֵיכֶם לְטוֹבָה, וּבְמַה — בְּשׁוֹפָר.

Quelle en est la raison ? Rabba a dit : le Saint béni soit-Il a dit : récitez devant Moi, à Roch Hachana, [les] Malkhouyot (Royautés), [les] Zikhronot (Souvenirs) et [les] Chofarot (versets du chofar).

[Les] Malkhouyot — afin que vous Me couronniez sur vous ; [les] Zikhronot — afin que votre souvenir monte devant Moi en bien ; et par quoi ? — par le chofar.

💡 Explication

Raison du blocage mutuel : le Saint béni soit-Il demande trois choses formant un seul ensemble. Malkhouyot (Royautés) pour Le couronner Roi ; Zikhronot (Souvenirs) pour que notre souvenir monte en bien ; et le moyen (Chofarot) : le chofar. Ces trois bénédictions constituant une unité, celui qui ne les récite pas toutes ne s'acquitte pas.

🖼️ Schéma
Sonneries et bénédictions : que faut-il pour s'acquitter ? Jour de jeûne (taanit) Roch Hachana / Kippour Les sonneries ne se bloquent PASl'une l'autre (indép.)Sonneries + bénédictions seBLOQUENT l'une l'autre Les bénédictions ne se bloquentPAS l'une l'autreIl en manque une = toutl'ensemble est invalide Pourquoi ? (Rabba au nom du Saint béni soit-Il) Malkhouyot (Royautés) : que vous Me couronniez sur vous Zikhronot (Souvenirs) : que votre souvenir monte devant Moi en bien Et par quoi ? Par le CHOFAR — les trois forment un seul bloc
Les trois composantes indissociables : Malkhouyot, Zikhronot, Chofarot.
8
מִי שֶׁבֵּירַךְ וְאַחַר כָּךְ נִתְמַנָּה לוֹ שׁוֹפָר — תּוֹקֵעַ וּמֵרִיעַ וְתוֹקֵעַ. טַעְמָא דְּלָא הֲוָה לֵיהּ שׁוֹפָר מֵעִיקָּרָא, הָא הֲוָה לֵיהּ שׁוֹפָר מֵעִיקָּרָא, כִּי שָׁמַע לְהוּ — אַסֵּדֶר בְּרָכוֹת שָׁמַע לְהוּ.

[La michna dit :] celui qui a béni, puis à qui l'on a ensuite procuré un chofar — il sonne une tekia, une teroua et une tekia. La raison [en est] qu'il n'avait pas de chofar au départ ; mais s'il avait eu un chofar au départ, lorsqu'il [les] entend — c'est selon l'ordre des bénédictions qu'il doit [les] entendre.

💡 Explication

Analyse de la michna : si l'on n'avait pas de chofar au début et qu'on en obtient un après avoir béni, on sonne alors la série complète. On en déduit à contrario : si l'on avait le chofar dès le départ, il faut entendre les sonneries selon l'ordre des bénédictions — une série après chaque bénédiction spéciale.

9
רַב פָּפָּא בַּר שְׁמוּאֵל קָם לְצַלּוֹיֵי, אֲמַר לֵיהּ לְשַׁמָּעֵיהּ: כִּי נָהַירְנָא לָךְ תְּקַע לִי. אָמַר לֵיהּ רָבָא: לֹא אָמְרוּ אֶלָּא בְּחֶבֶר עִיר.

Rav Papa bar Chemouel se leva pour prier ; il dit à son serviteur : quand je te ferai signe, sonne pour moi. Rava lui dit : on n'a dit [cela] qu'avec un chever ir (une assemblée constituée).

📜 Rachi (2)
כִּי נְהִירְנָא לָךְ לְסִימָן שֶׁסִּייַּמְתִּי הַבְּרָכָה:
Quand je te ferai signe — en signe que j'ai achevé la bénédiction.
אֶלָּא בְּחֶבֶר עִיר חֲבוּרַת צִבּוּר אֵבֶל יָחִיד מְבָרֵךְ אֶת כֻּולּוֹ וְאַחַ"כּ תּוֹקֵעַ תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת:
Qu'avec un chever ir — une assemblée communautaire ; mais l'individu bénit tout [l'ensemble] puis, ensuite, sonne les neuf sonneries.
💡 Explication

Récit : Rav Papa bar Chemouel demande qu'on sonne le chofar après chacune de ses bénédictions (à lui, individu). Rava corrige : la règle de sonner après chaque bénédiction ne vaut qu'avec un chever ir (un quorum communautaire, une assemblée), non pour un individu qui prie seul.

🖼️ Schéma
Faut-il sonner selon l'ORDRE des bénédictions ? Avec chever ir (assemblée / communauté) Sonner DANS L'ORDRE (tekia-teroua-tekia) ET selon l'ordre des bénédictions une série après chaque berakha Sans chever ir (individu, yahid) Sonner DANS L'ORDRE (tekia-teroua-tekia) mais PAS selon l'ordre des bénédictions bénir tout, puis sonner 9 sonneries
L'ordre des bénédictions n'est requis qu'avec chever ir.
10
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: כְּשֶׁהוּא שׁוֹמְעָן — שׁוֹמְעָן עַל הַסֵּדֶר, וְעַל סֵדֶר בְּרָכוֹת. בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּחֶבֶר עִיר, אֲבָל שֶׁלֹּא בְּחֶבֶר עִיר — שׁוֹמְעָן עַל הַסֵּדֶר וְשֶׁלֹּא עַל סֵדֶר בְּרָכוֹת. וְיָחִיד שֶׁלֹּא תָּקַע — חֲבֵירוֹ תּוֹקֵעַ לוֹ, וְיָחִיד שֶׁלֹּא בֵּירֵךְ — אֵין חֲבֵירוֹ מְבָרֵךְ עָלָיו.

Cela est enseigné aussi ainsi [dans une baraita] : lorsqu'on les entend — on les entend selon l'ordre [tekia-teroua-tekia], et selon l'ordre des bénédictions. En quel cas cela est-il dit ? — avec un chever ir ; mais sans chever ir — on les entend selon l'ordre [des sonneries] mais non selon l'ordre des bénédictions.

Et un individu qui n'a pas sonné — son compagnon sonne pour lui ; mais un individu qui n'a pas béni — son compagnon ne bénit pas pour lui.

💡 Explication

Baraita confirmant Rava. Avec chever ir : entendre dans l'ordre des sonneries et selon l'ordre des bénédictions. Sans chever ir : dans l'ordre des sonneries seulement. De plus, on peut sonner pour autrui (car le chofar est un acte qu'on accomplit une fois pour soi et vaut pour tous), mais on ne peut bénir à la place d'un individu (chacun doit s'acquitter de sa propre prière).

11
וּמִצְוָה בְּתוֹקְעִין יוֹתֵר מִן הַמְבָרְכִין. כֵּיצַד? שְׁתֵּי עֲייָרוֹת, בְּאַחַת תּוֹקְעִין, וּבְאַחַת מְבָרְכִין — הוֹלְכִין לְמָקוֹם שֶׁתּוֹקְעִין, וְאֵין הוֹלְכִין לִמְקוֹם שֶׁמְּבָרְכִין.

Et la mitsva [d'être] parmi ceux qui sonnent [prime] sur [celle d'être parmi] ceux qui bénissent. Comment [cela] ?

Deux villes : dans l'une on sonne, dans l'autre on bénit — on va au lieu où l'on sonne, et l'on ne va pas au lieu où l'on bénit.

💡 Explication

Priorité pratique : la mitsva du chofar l'emporte sur celle des bénédictions. Si deux villes sont accessibles, l'une où l'on sonnera et l'autre où l'on bénira (la moussaf), on se rend au lieu où l'on sonne.

12
פְּשִׁיטָא — הָא דְּאוֹרָייְתָא, הָא דְּרַבָּנָן! לָא צְרִיכָא, דְּאַף עַל גַּב דְּהָא וַדַּאי וְהָא סָפֵק.

C'est évident : ceci [le chofar] est [de rang] toranique (de-oraita), cela [la bénédiction] est [de rang] rabbinique (de-rabbanan) ! [La Guemara répond :] cela n'était nécessaire [à énoncer] que parce que ceci est certain et cela est incertain.

📜 Rachi (1)
דְּהָא וַדַּאי וְהָא סָפֵק וַדַּאי הוּא לוֹ שֶׁאִם יֵלֵךְ אֵצֶל הַמְבָרְכִין יִמְצָא שָׁם עֲשָׂרָה וְיִתְפַּלֵּל ש"צ וְיוֹצִיאֶנּוּ יְדֵי חוֹבָתוֹ וְאִם יֵלֵךְ אֵצֶל הַתּוֹקְעִין שֶׁמָּא כְּבָר עָמְדוּ וְהָלְכוּ לְבֵיתָם: כְּשֵׁם שש"צ וְכוּ':
Ceci est certain et cela est incertain — il est certain pour lui que, s'il va chez ceux qui bénissent, il y trouvera dix [hommes] et le chalia'h tsibbour priera et l'acquittera de son obligation ; tandis que s'il va chez ceux qui sonnent, peut-être se sont-ils déjà levés et sont rentrés chez eux. 'De même que le chalia'h tsibbour, etc.' [renvoie à la michna].
💡 Explication

Objection : la priorité du chofar est évidente, car il est de-oraita (obligation toranique) alors que la moussaf n'est que de-rabbanan. Réponse : la règle est utile même lorsque la bénédiction est certaine (dans la ville des bénédictions on trouvera sûrement dix hommes) et le chofar incertain (dans l'autre ville, les sonneurs se sont peut-être déjà dispersés). Malgré cela, on privilégie le lieu du chofar.

13
כְּשֵׁם שֶׁשְּׁלִיחַ צִבּוּר חַייָּב, כָּךְ כָּל יָחִיד וְיָחִיד וְכוּ׳. תַּנְיָא, אָמְרוּ לוֹ לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל: לִדְבָרֶיךָ, לָמָּה צִבּוּר מִתְפַּלְּלִין! אָמַר לָהֶם: כְּדֵי לְהַסְדִּיר שְׁלִיחַ צִבּוּר תְּפִלָּתוֹ,

[La michna dit :] de même que le chalia'h tsibbour est obligé, ainsi chaque individu, etc. Il est enseigné [dans une baraita] : on dit à Rabban Gamliel : selon tes paroles, pourquoi l'assemblée prie-t-elle [en silence] ?

Il leur dit : afin de laisser au chalia'h tsibbour le temps d'ordonner sa prière (lehasdir).

📜 Rachi (1)
לָמָּה צִבּוּר מִתְפַּלְּלִים בְּלַחַשׁ:
Pourquoi l'assemblée prie-t-elle — à voix basse (en silence).
💡 Explication

Début de la controverse. Rabban Gamliel tient que le chalia'h tsibbour acquitte l'ensemble de l'assemblée. Les Sages objectent : si c'est le cas, pourquoi chacun prie-t-il la Amida en silence d'abord ? Réponse de R. Gamliel : pour laisser au 'hazan le temps de préparer et ordonner sa prière.

14
אָמַר לָהֶם רַבָּן גַּמְלִיאֵל: לְדִבְרֵיכֶם, לָמָּה שְׁלִיחַ צִבּוּר יוֹרֵד לִפְנֵי הַתֵּיבָה? אָמְרוּ לוֹ: כְּדֵי לְהוֹצִיא אֶת שֶׁאֵינוֹ בָּקִי. אָמַר לָהֶם: כְּשֵׁם שֶׁמּוֹצִיא אֶת שֶׁאֵינוֹ בָּקִי, כָּךְ מוֹצִיא אֶת הַבָּקִי.

Rabban Gamliel leur dit : selon vos paroles, pourquoi le chalia'h tsibbour descend-il devant l'arche (la teva) ? Ils lui dirent : afin d'acquitter celui qui n'est pas expert (baki).

Il leur dit : de même qu'il acquitte celui qui n'est pas expert, ainsi il acquitte l'expert.

🗂️ Tossefot (1)
כָּךְ מוֹצִיא אֶת הַבָּקִי. מִכָּאן פָּסַק בה"ג דְּיָחִיד שֶׁטָּעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ יְכַוֵּין לִבּוֹ לִתְפִלָּתוֹ שֶׁל שְׁלִיחַ צִבּוּר מִתְּחִלָּה עַד סוֹף וְיוֹצֵא אע"פ שֶׁהוּא בָּקִי וְאֵין רְאָיָה מִכָּאן דְּהָא מַסְּקִינַן רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר אֵינוֹ מוֹצִיא אֶלָּא עַם שֶׁבַּשָּׂדוֹת דְּאִנִּיסִי בִּמְלָאכָה וְאֵינָן יְכוֹלִין לְהַסְדִּיר תְּפִלָּתָם אֲבָל דְּעִיר לֹא וּמִיהוּ בַּקּוּנְטְרֵס מַשְׁמַע לְקַמָּן שֶׁרוֹצֶה לְפָרֵשׁ בְּשֶׁלֹּא כִּוֵּון לִבּוֹ לבהכ"נ וְלֹא שָׁמַע תְּפִלָּה וְכֵן מַשְׁמַע דֻּומְיָא דְּהַהִיא דְּבִרְכַּת כֹּהֲנִים וּלְפֵירוּשׁ זֶה מָצִינוּ לְמֵימַר דִּבְצִבּוּר הֵיכָא דְּשָׁמְעוּ יוֹצְאִין וְכֵן מַשְׁמַע בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כט.) דְּאָמַר רַב אַסִּי טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים בִּתְחִייַּת הַמֵּתִים מַחֲזִירִין אוֹתוֹ שְׁאֵלָה בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וְכוּ' מֵיתִיבִי טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר כו' שְׁאֵלָה בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים מַחֲזִירִין אוֹתוֹ כּוּ' וּמְשַׁנֵּי הָא בְּיָחִיד הָא בְּצִבּוּר אִי הָכִי מִפְּנֵי שֶׁשּׁוֹמְעָהּ מִשְּׁלִיחַ צִבּוּר מִיבְּעֵי לֵיהּ וּמַסִּיק אִידִי וְאִידִי בְּיָחִיד הָא דְּאִידְּכַר קֹודֶם שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה הָא דְּלָא אַדְּכַר קֹודֶם שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה מַשְׁמַע דִּבְצִבּוּר יוֹצֵא עַל יְדֵי ש"צ וְאַפֵּי' לְפִי מַה שֶׁפֵּירֵשׁ עַם שֶׁבַּשָּׂדוֹת שֶׁשּׁוֹמְעִין מִשְּׁלִיחַ צִבּוּר יוֹצְאִין אֲבָל דְּעִיר לֹא יֵשׁ לְחַלֵּק בֵּין הֵיכָא דְּהִתְפַּלֵּל וְטָעָה לְהֵיכָא דְּלָא הִתְפַּלֵּל כְּלָל [וְע"ע תּוֹסְ' בְּרָכוֹת כט: ד"ה טָעָה]:
De même il acquitte l'expert. De là, le Behag (Halakhot Guedolot) a tranché : un individu qui s'est trompé et n'a pas mentionné [le passage] de Roch H'odech peut diriger son cœur vers la prière du chalia'h tsibbour du début à la fin et s'acquitte, même s'il est expert. Mais il n'y a pas de preuve d'ici, car nous concluons que Rabban Chimon ben Gamliel dit qu'[il] n'acquitte que les 'gens des champs', qui sont empêchés par le travail et ne peuvent ordonner leur prière ; mais ceux de la ville, non. Et pourtant, dans le Kountras (Rachi), il apparaît plus loin qu'il veut expliquer [le cas] de celui qui n'a pas dirigé son cœur vers la synagogue et n'a pas entendu la prière ; et de même cela ressort par analogie avec [le cas] de la bénédiction des kohanim. Et selon cette explication, on peut dire qu'en assemblée, la où ils ont entendu, ils s'acquittent ; et de même il ressort au chapitre 'Tefilat ha-chah'ar' (Berakhot 29a) que Rav Assi a dit : [celui qui] s'est trompé et n'a pas mentionné 'les puissances des pluies' (guevourot gechamim) dans [la bénédiction de] la résurrection des morts, on le fait recommencer ; [mais s'il a omis] la demande [de pluie] dans la bénédiction des années, on ne le fait pas recommencer, etc. On objecte : [une baraita dit qu'il] s'est trompé et n'a pas mentionné... la demande dans la bénédiction des années, on le fait recommencer... et l'on répond : ceci [concerne] un individu, cela [concerne] l'assemblée. [Si c'était le cas,] il aurait fallu dire 'parce qu'il l'entend du chalia'h tsibbour' ! Et l'on conclut : l'un et l'autre [concernent] un individu — ceci [le cas] où il s'en est souvenu avant 'Chomea tefila', cela [le cas] où il ne s'en est pas souvenu avant 'Chomea tefila'. Cela montre qu'en assemblée on s'acquitte par le chalia'h tsibbour ; et même selon l'explication des 'gens des champs' qui s'acquittent en l'entendant du chalia'h tsibbour, tandis que ceux de la ville non, il y a lieu de distinguer entre le cas où l'on a prié et l'on s'est trompé, et celui où l'on n'a pas prié du tout. [Voir aussi Tossefot Berakhot 29b s.v. 'taa'.]
💡 Explication

Riposte de R. Gamliel. Si le 'hazan n'acquitte pas l'assemblée, pourquoi descend-il devant l'arche pour répéter la Amida ? Les Sages : pour acquitter celui qui n'est pas expert (qui ne sait pas prier seul). R. Gamliel conclut : s'il acquitte le non-expert, il acquitte tout autant l'expert (baki).

15
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מוֹדִים חֲכָמִים לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל. וְרַב אָמַר: עֲדַיִין הִיא מַחֲלֹוקֶת. שַׁמְעַהּ רַבִּי חִיָּיא בְּרֵיהּ דְּרַבָּה בַּר נַחְמָנִי, אֲזַל, אַמְרַהּ לִשְׁמַעְתָּא קַמֵּיהּ דְּרַב דִּימִי בַּר חִינָּנָא. אֲמַר לֵיהּ, הָכִי אָמַר רַב: עֲדַיִין הִיא מַחֲלֹוקֶת. אֲמַר לֵיהּ: רַבָּה בַּר בַּר חָנָה נָמֵי הָכִי קָאָמַר. כִּי אֲמַר רַבִּי יוֹחָנָן לְהָא שְׁמַעְתָּא, אִפְּלִיג עֲלֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ וַאֲמַר: עֲדַיִין הִיא מַחֲלֹוקֶת.

Rabba bar bar H'ana dit au nom de R. Yoh'anan : les Sages concèdent [finalement] à Rabban Gamliel.

Et Rav dit : c'est encore une controverse (adayin hi mah'loket). Rabbi H'iyya, fils de Rabba bar Nah'mani, l'entendit, alla énoncer cet enseignement devant Rav Dimi bar H'innana.

Il lui dit : ainsi a dit Rav — c'est encore une controverse. Il lui répondit : Rabba bar bar H'ana a dit lui aussi ainsi : lorsque R.

Yoh'anan énonça cet enseignement, Rech Lakich diverga de lui et dit : c'est encore une controverse.

📜 Rachi (4)
מוֹדִים חֲכָמִים אַחַר שֶׁנֶּחְלְקוּ חָזְרוּ וְהוֹדוּ:
Les Sages concèdent — après avoir divergé, ils se sont rétractés et ont concédé.
אֲמַר לֵיהּ ר' חַייָּא לְרַב דִּימֵי:
Il lui dit — R. H'iyya à Rav Dimi.
רַבָּה בַּר בַּר חָנָה נָמֵי דְּמָרֵיהּ דִּשְׁמַעְתָּא הוּא:
Rabba bar bar H'ana aussi — qui est le maître de cet enseignement [le rapporteur de R. Yoh'anan].
הָכִי קָאָמַר שֶׁנֶּחְלְקוּ עַל רַבָּן יוֹחָנָן כְּשֶׁאָמַר כֵּן:
Ainsi a-t-il dit — [à savoir] que [Rech Lakich] diverge de Rabban [Rabbi] Yoh'anan lorsque [celui-ci] parla ainsi [en disant que les Sages se sont ralliées].
💡 Explication

État de la controverse selon les générations. Selon R. Yoh'anan (via Rabba bar bar H'ana), les Sages ont fini par se rallier à Rabban Gamliel. Mais Rav soutient que la dispute demeure (adayin hi mah'loket). On confirme même que Rech Lakich avait divergé de R. Yoh'anan et disait que la dispute persiste.

16
וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי חָנָה צִיפּוֹרָאָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הִלְכְתָא כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל, הִלְכְתָא מִכְּלָל דִּפְלִיגִי!

Mais R. Yoh'anan a-t-il vraiment dit cela ?

Or R. H'ana de Tsippori a dit au nom de R.

Yoh'anan : la halakha est comme Rabban Gamliel ! [Or dire] 'la halakha [est comme...]' implique qu'il y a [encore] divergence !

💡 Explication

Objection finale. Comment R. Yoh'anan peut-il dire que les Sages se sont ralliées, alors qu'il enseigne aussi (via R. H'ana de Tsippori) que la halakha est comme Rabban Gamliel ? Or trancher la halakha en faveur de quelqu'un suppose précisément qu'il y a encore divergence — sinon il n'y aurait rien à trancher.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).