Sougya : La Guemara établit qu'on peut entendre les neuf sonneries (tekiot) de façon fractionnée, même étalées sur toute la journée, et confronte cela à la règle de R. Yoh'anan sur le Hallel et la Meguila (une interruption trop longue oblige à recommencer).
Elle distingue l'avis propre de R. Yoh'anan de celui de son maître, illustre par l'épisode de R.
Abbahou récitant le Chema dans des ruelles souillées. Puis une baraita pose le principe des Roch Hachana / Kippour : sonneries et bénédictions se bloquent mutuellement (l'ensemble est un tout indivisible), car le Saint béni soit-Il a demandé Malkhouyot, Zikhronot et Chofarot.
On y précise l'ordre des sonneries relativement aux bénédictions selon qu'il y a ou non un chever ir (assemblée), et l'on donne la priorité au lieu où l'on sonne sur celui où l'on bénit. Le daf s'achève sur la controverse entre Rabban Gamliel et les Sages : le chalia'h tsibbour acquitte-t-il aussi l'expert (baki) ?
R. Yoh'anan rapporte que les Sages se sont ralliées, mais Rav et Rech Lakich soutiennent que la dispute demeure.
[S'il a entendu] neuf sonneries en neuf heures [différentes] du jour — il s'est acquitté.
Suite de la michna (34a) : les neuf sonneries requises n'ont pas besoin d'être entendues d'affilée. Même entendues à neuf moments distincts de la journée, on s'acquitte de son obligation.
Cela est enseigné aussi ainsi [dans une baraita] : si l'on a entendu neuf sonneries en neuf heures du jour — on s'est acquitté. [Entendues] de neuf personnes en même temps — on ne s'est pas acquitté.
Une tekia de celui-ci et une teroua de celui-là — on s'est acquitté. Et [ce] même de façon fractionnée (be-serougin), et même durant toute la journée entière.
Baraita confirmant la michna : on peut composer sa série à partir de sonneurs différents (une tekia de l'un, une teroua de l'autre), et de façon fractionnée (be-serougin, avec de longues interruptions), même étalée sur toute la journée. En revanche, entendues de neuf personnes simultanément, on ne s'acquitte pas.
Mais R. Yoh'anan a-t-il vraiment dit cela ?
Or R. Yoh'anan a dit au nom de R.
Chimon ben Yehotsadak : pour le Hallel et pour la Meguila, si l'on a interrompu le temps [nécessaire] pour achever la totalité [du texte] — on recommence au début ! Ce n'est pas une difficulté : ceci [relève] de son propre [avis], cela [relève] de l'avis de son maître.
Objection : R. Yoh'anan a permis (pour le chofar) une interruption illimitée ; or il enseigne au nom de son maître R. Chimon ben Yehotsadak que pour le Hallel et la Meguila, une pause assez longue pour tout achever oblige à recommencer. Réponse : la règle du chofar est l'avis propre de R. Yoh'anan ; celle du Hallel/Meguila est celle de son maître.
Et [selon] son propre [avis], non [il n'oblige pas à recommencer] ? Mais R.
Abbahou marchait derrière R. Yoh'anan et récitait le Chema ; quand il arriva à des ruelles souillées (mevoot metounafot), il se tut ; après être passé, il lui dit : que faut-il [faire] pour achever [le Chema] ?
Il lui répondit : si tu as interrompu le temps [nécessaire] pour l'achever en entier — recommence au début.
Contre-objection : R. Yoh'anan tiendrait donc lui aussi qu'une longue pause oblige à recommencer ? Preuve : quand R. Abbahou dut interrompre le Chema en traversant des ruelles souillées (où l'on ne peut prononcer des paroles de Torah), R. Yoh'anan lui répondit que s'il s'était arrêté le temps de tout achever, il devait recommencer au début.
Voici ce qu'il lui a dit : quant à moi — je ne tiens pas [ainsi] ; mais quant à toi, qui tiens [ainsi] : si tu as interrompu le temps [nécessaire] pour l'achever en entier — recommence au début.
Réponse : pas de preuve. R. Yoh'anan a répondu selon l'avis de R. Abbahou lui-même. Pour moi, dit-il, une longue pause n'oblige pas à recommencer ; mais pour toi, qui le penses (et qui d'ailleurs t'interromps aux ruelles souillées alors que je tiens qu'il suffit de mettre la main sur la bouche), alors recommence au début.
Nos maîtres ont enseigné : les sonneries — ne se bloquent pas l'une l'autre. Les bénédictions — ne se bloquent pas l'une l'autre.
[Mais] les sonneries et les bénédictions de Roch Hachana et de Yom Kippour — se bloquent [l'une l'autre].
Baraita centrale. Sur un jour de jeûne ordinaire, les sonneries sont indépendantes (l'omission de l'une n'invalide pas les autres), de même les bénédictions ajoutées. Mais à Roch Hachana et Yom Kippour, sonneries et bénédictions se bloquent mutuellement (me'akvot) : elles forment un tout ; l'omission de l'une invalide l'ensemble.
Quelle en est la raison ? Rabba a dit : le Saint béni soit-Il a dit : récitez devant Moi, à Roch Hachana, [les] Malkhouyot (Royautés), [les] Zikhronot (Souvenirs) et [les] Chofarot (versets du chofar).
[Les] Malkhouyot — afin que vous Me couronniez sur vous ; [les] Zikhronot — afin que votre souvenir monte devant Moi en bien ; et par quoi ? — par le chofar.
Raison du blocage mutuel : le Saint béni soit-Il demande trois choses formant un seul ensemble. Malkhouyot (Royautés) pour Le couronner Roi ; Zikhronot (Souvenirs) pour que notre souvenir monte en bien ; et le moyen (Chofarot) : le chofar. Ces trois bénédictions constituant une unité, celui qui ne les récite pas toutes ne s'acquitte pas.
[La michna dit :] celui qui a béni, puis à qui l'on a ensuite procuré un chofar — il sonne une tekia, une teroua et une tekia. La raison [en est] qu'il n'avait pas de chofar au départ ; mais s'il avait eu un chofar au départ, lorsqu'il [les] entend — c'est selon l'ordre des bénédictions qu'il doit [les] entendre.
Analyse de la michna : si l'on n'avait pas de chofar au début et qu'on en obtient un après avoir béni, on sonne alors la série complète. On en déduit à contrario : si l'on avait le chofar dès le départ, il faut entendre les sonneries selon l'ordre des bénédictions — une série après chaque bénédiction spéciale.
Rav Papa bar Chemouel se leva pour prier ; il dit à son serviteur : quand je te ferai signe, sonne pour moi. Rava lui dit : on n'a dit [cela] qu'avec un chever ir (une assemblée constituée).
Récit : Rav Papa bar Chemouel demande qu'on sonne le chofar après chacune de ses bénédictions (à lui, individu). Rava corrige : la règle de sonner après chaque bénédiction ne vaut qu'avec un chever ir (un quorum communautaire, une assemblée), non pour un individu qui prie seul.
Cela est enseigné aussi ainsi [dans une baraita] : lorsqu'on les entend — on les entend selon l'ordre [tekia-teroua-tekia], et selon l'ordre des bénédictions. En quel cas cela est-il dit ? — avec un chever ir ; mais sans chever ir — on les entend selon l'ordre [des sonneries] mais non selon l'ordre des bénédictions.
Et un individu qui n'a pas sonné — son compagnon sonne pour lui ; mais un individu qui n'a pas béni — son compagnon ne bénit pas pour lui.
Baraita confirmant Rava. Avec chever ir : entendre dans l'ordre des sonneries et selon l'ordre des bénédictions. Sans chever ir : dans l'ordre des sonneries seulement. De plus, on peut sonner pour autrui (car le chofar est un acte qu'on accomplit une fois pour soi et vaut pour tous), mais on ne peut bénir à la place d'un individu (chacun doit s'acquitter de sa propre prière).
Et la mitsva [d'être] parmi ceux qui sonnent [prime] sur [celle d'être parmi] ceux qui bénissent. Comment [cela] ?
Deux villes : dans l'une on sonne, dans l'autre on bénit — on va au lieu où l'on sonne, et l'on ne va pas au lieu où l'on bénit.
Priorité pratique : la mitsva du chofar l'emporte sur celle des bénédictions. Si deux villes sont accessibles, l'une où l'on sonnera et l'autre où l'on bénira (la moussaf), on se rend au lieu où l'on sonne.
C'est évident : ceci [le chofar] est [de rang] toranique (de-oraita), cela [la bénédiction] est [de rang] rabbinique (de-rabbanan) ! [La Guemara répond :] cela n'était nécessaire [à énoncer] que parce que ceci est certain et cela est incertain.
Objection : la priorité du chofar est évidente, car il est de-oraita (obligation toranique) alors que la moussaf n'est que de-rabbanan. Réponse : la règle est utile même lorsque la bénédiction est certaine (dans la ville des bénédictions on trouvera sûrement dix hommes) et le chofar incertain (dans l'autre ville, les sonneurs se sont peut-être déjà dispersés). Malgré cela, on privilégie le lieu du chofar.
[La michna dit :] de même que le chalia'h tsibbour est obligé, ainsi chaque individu, etc. Il est enseigné [dans une baraita] : on dit à Rabban Gamliel : selon tes paroles, pourquoi l'assemblée prie-t-elle [en silence] ?
Il leur dit : afin de laisser au chalia'h tsibbour le temps d'ordonner sa prière (lehasdir).
Début de la controverse. Rabban Gamliel tient que le chalia'h tsibbour acquitte l'ensemble de l'assemblée. Les Sages objectent : si c'est le cas, pourquoi chacun prie-t-il la Amida en silence d'abord ? Réponse de R. Gamliel : pour laisser au 'hazan le temps de préparer et ordonner sa prière.
Rabban Gamliel leur dit : selon vos paroles, pourquoi le chalia'h tsibbour descend-il devant l'arche (la teva) ? Ils lui dirent : afin d'acquitter celui qui n'est pas expert (baki).
Il leur dit : de même qu'il acquitte celui qui n'est pas expert, ainsi il acquitte l'expert.
Riposte de R. Gamliel. Si le 'hazan n'acquitte pas l'assemblée, pourquoi descend-il devant l'arche pour répéter la Amida ? Les Sages : pour acquitter celui qui n'est pas expert (qui ne sait pas prier seul). R. Gamliel conclut : s'il acquitte le non-expert, il acquitte tout autant l'expert (baki).
Rabba bar bar H'ana dit au nom de R. Yoh'anan : les Sages concèdent [finalement] à Rabban Gamliel.
Et Rav dit : c'est encore une controverse (adayin hi mah'loket). Rabbi H'iyya, fils de Rabba bar Nah'mani, l'entendit, alla énoncer cet enseignement devant Rav Dimi bar H'innana.
Il lui dit : ainsi a dit Rav — c'est encore une controverse. Il lui répondit : Rabba bar bar H'ana a dit lui aussi ainsi : lorsque R.
Yoh'anan énonça cet enseignement, Rech Lakich diverga de lui et dit : c'est encore une controverse.
État de la controverse selon les générations. Selon R. Yoh'anan (via Rabba bar bar H'ana), les Sages ont fini par se rallier à Rabban Gamliel. Mais Rav soutient que la dispute demeure (adayin hi mah'loket). On confirme même que Rech Lakich avait divergé de R. Yoh'anan et disait que la dispute persiste.
Mais R. Yoh'anan a-t-il vraiment dit cela ?
Or R. H'ana de Tsippori a dit au nom de R.
Yoh'anan : la halakha est comme Rabban Gamliel ! [Or dire] 'la halakha [est comme...]' implique qu'il y a [encore] divergence !
Objection finale. Comment R. Yoh'anan peut-il dire que les Sages se sont ralliées, alors qu'il enseigne aussi (via R. H'ana de Tsippori) que la halakha est comme Rabban Gamliel ? Or trancher la halakha en faveur de quelqu'un suppose précisément qu'il y a encore divergence — sinon il n'y aurait rien à trancher.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).