Sougya : Le daf établit par exégèse le nombre de sonneries de Roch Hachana : trois séries de teqia-teroua-teqia, soit neuf sons, déduites de trois versets où figure le mot teroua, reliés entre eux et au Yovel par guezera chava sur le mot 'septième'. On démontre ensuite, à partir des trompettes du désert (Nombres 10), que teqia et teroua sont deux sons distincts, et qu'une teqia (son plein) précède et suit chaque teroua.
Deux tanaim divergent sur le nombre de teroua d'ordre biblique (deux ou une), l'un tirant du verset 'Yom teroua' que le chofar se sonne de jour et non de nuit. Enfin, R.
Abahou institué à Césarée l'ordre teqia-chevarim-teroua-teqia (TaCHRaT) pour lever le doute sur la nature de la teroua biblique — gémissement (chevarim) ou sanglot (teroua) — d'où nos trois séries TaCHRaT, TaChaT, TaRaT.
[La michna précédente enseigne] qu'il n'était pas nécessaire pour le verset de dire 'au septième mois' [puisqu'il dit déjà 'au Jour des Expiations' pour le Yovel] ; et que vient donc enseigner le verset en disant 'au septième mois' ? [Cela enseigne] que toutes les sonneries (teroua) du septième mois soient semblables l'une à l'autre.
Fin de la baraita : le mot superflu 'au septième mois' (be-hodech ha-chevi'i) vient enseigner que toutes les sonneries du septième mois (Roch Hachana et Yom Kippour du Yovel) doivent être identiques — même structure de téqia-teroua-téqia.
Et d'où [sait-on qu'il faut] trois [séries] de trois [sonneries] chacune ? Le verset dit : 'et tu feras passer le chofar de teroua' (Lv 25:9), 'repos, mémorial de teroua' (Lv 23:24), 'ce sera pour vous un jour de teroua' (Nb 29:1).
Source des trois séries : le mot teroua figure dans trois versets distincts. Chaque teroua étant encadrée d'une téqia avant et après, on obtient trois séries de téqia-teroua-téqia, une pour chacune des trois bénédictions (Malkhouyot, Zikhronot, Chofarot).
Et d'où [sait-on qu'il faut] appliquer ce qui est dit de celui-ci à celui-là, et ce qui est dit de celui-là à celui-ci ? Le verset dit 'septième', 'septième', par guezera chava (analogie verbale).
Les trois versets ne sont pas au même endroit : deux concernent Roch Hachana, un le Yovel. La guezera chava (analogie verbale) sur le mot 'septième' — présent à Roch Hachana (Lv 23:24) et au Yovel (Lv 25:9) — permet de transférer ce qui est dit ici à là, si bien que chaque jour comporte les trois séries.
Comment cela ? Trois [séries] qui font neuf [sons].
La durée d'une téqia est comme [celle d'] une teroua, la durée d'une teroua est comme trois chevarim (sons brisés).
Bilan : trois séries de trois sons = neuf sonneries. Étalons de durée : une téqia (son plein) dure comme une teroua ; une teroua dure comme trois chevarim (sons brisés). Ces mesures fixent la longueur minimale de chaque son.
Ce tana, au départ il [le] déduit par heqech (juxtaposition), et maintenant il [le] déduit par guezera chava ?! Voici ce qu'il dit : n'était la guezera chava, je l'aurais déduit par heqech ; maintenant qu'il vient par guezera chava, le heqech n'est pas nécessaire.
Objection : le tana passe de la juxtaposition (heqech) à la guezera chava dans une même baraita — incohérent ? Réponse : le tana dit que sans la guezera chava (reçue de Sinaï), il aurait tout déduit par heqech ; mais puisqu'il dispose de la guezera chava, le heqech devient superflu.
Et ce [autre] tana le déduit par guezera chava à partir du désert, comme il est enseigné : 'et vous sonnerez [une] teroua' (Nb 10:5) — une téqia par elle-même et une teroua par elle-même. Tu dis une téqia par elle-même et une teroua par elle-même, ou n'est-ce pas plutôt que téqia et teroua sont une seule [et même chose] ?
Lorsqu'il dit : 'et quand vous rassemblerez l'assemblée, vous sonnerez [téqia] mais vous ne ferez pas teroua' (Nb 10:7) — tu dois dire : une téqia par elle-même et une teroua par elle-même.
Un autre tana déduit la structure des trompettes du désert (Nb 10). Le verset 'et vous sonnerez teroua' pourrait faire croire que téqia et teroua sont un seul son ; mais le verset 'vous sonnerez [téqia] mais ne ferez pas teroua' (au rassemblement) prouve que ce sont deux sons distincts — l'un plein, l'autre brisé.
Et d'où [sait-on] qu'un son plein [précède] avant elle ? Le verset dit : 'et vous sonnerez [téqia] une teroua' (Nb 10:5).
Et d'où [sait-on] qu'un son plein [suit] après elle ? Le verset dit : 'une teroua ils sonneront [téqia]' (Nb 10:6).
Preuve que la teroua est encadrée : 'et vous sonnerez teroua' (Nb 10:5) — la téqia vient d'abord, donc avant ; 'une teroua ils sonneront' (Nb 10:6) — la téqia vient après la teroua nommée, donc après. Une téqia (son plein) encadre donc la teroua des deux côtés.
Rabbi Yichmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Béroqa, dit : ce n'est pas nécessaire, car il [le verset] dit : 'et vous sonnerez teroua une seconde fois' (Nb 10:6). Puisqu'il n'était pas nécessaire de dire 'une seconde fois', que vient enseigner 'une seconde fois' ?
Ceci constitue un modèle (binyan av) : partout où il est dit 'teroua', il y aura une téqia seconde à elle [après elle]. Je n'ai [ceci] que dans le désert ; à Roch Hachana, d'où [le sais-je] ?
Le verset dit 'teroua', 'teroua', par guezera chava.
R. Yichmael propose une autre preuve : le mot superflu 'une seconde fois' (chenit) dans 'et vous sonnerez teroua une seconde fois' fonde un binyan av (paradigme) : toute teroua est suivie d'une téqia. Et par guezera chava sur le mot 'teroua', ce qui vaut au désert vaut aussi à Roch Hachana.
Et trois teroua sont dites à Roch Hachana : 'repos, mémorial de teroua' (Lv 23:24), 'jour de teroua' (Nb 29:1), 'et tu feras passer le chofar de teroua' (Lv 25:9) ; et deux téqia pour chacune d'elles.
Récapitulatif : trois teroua se rapportent à Roch Hachana (via la guezera chava), et deux téqia encadrent chacune — soit trois teroua et six téqia au total. La question qui suit portera sur le statut biblique ou rabbinique de chacune de ces teroua.
Nous trouvons donc à apprendre : trois teroua et six téqia sont dites à Roch Hachana, deux des paroles de la Tora et une des paroles des scribes. 'Repos, mémorial de teroua' et 'et tu feras passer le chofar de teroua' — des paroles de la Tora ; 'ce sera pour vous un jour de teroua' — vient pour son enseignement.
Position du premier tana : sur les trois teroua, deux sont bibliques (Lv 23:24 et Lv 25:9) et une rabbinique (Nb 29:1, 'Yom teroua'), car ce dernier verset 'vient pour son enseignement' — il sert à la guezera chava et n'est donc pas compté pour le nombre biblique.
Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : une des paroles de la Tora et deux des paroles des scribes. 'Et tu feras passer le chofar de teroua' — des paroles de la Tora ; 'repos, mémorial de teroua' et 'ce sera pour vous un jour de teroua' — viennent pour leur enseignement.
Position de R. Chmouel bar Nahmani (au nom de R. Yonatan) : une seule teroua est biblique ('et tu feras passer le chofar de teroua', Lv 25:9) ; les deux autres sont rabbiniques, car elles 'viennent pour leur enseignement' (autres derachot).
Que signifie 'vient pour son enseignement' ? Il est nécessaire [pour enseigner] : de jour et non de nuit.
Selon R. Chmouel bar Nahmani, le verset 'Yom teroua' (jour de teroua) n'est pas compté pour le nombre : il vient enseigner que le chofar se sonne de jour et non de nuit. Le mot 'jour' (yom) est donc porteur d'une halakha propre.
Et l'autre [le premier tana], de jour et non de nuit, d'où le tire-t-il ? Il le tire de 'au Jour des Expiations' (be-yom ha-kippourim, Lv 25:9).
Pour le premier tana, la règle 'de jour et non de nuit' vient d'ailleurs : du verset du Yovel 'au Jour des Expiations' (Lv 25:9), qui indique lui aussi le jour. Il n'a donc pas besoin du verset 'Yom teroua' pour cela.
S'il apprend de 'au Jour des Expiations', apprenons aussi de lui [le fait] qu'un son plein [précède] avant elle et un son plein après elle ! [Réponse :] 've-héévarta' (et tu feras passer), 'taavirou' (vous ferez passer) ne lui évoquent pas [la téqia].
Objection : si le premier tana tire une halakha du verset du Yovel, qu'il en tire aussi l'encadrement par les téqia (au lieu de recourir au désert) ! Réponse : pour lui, les termes 've-héévarta' et 'taavirou' (racine 'faire passer') n'évoquent pas la sonnerie du chofar — ils servent à autre chose.
Alors, qu'expose-t-il de ces [mots] ? 've-héévarta' — selon Rav Matna. Car Rav Matna a dit : 've-héévarta' — dans le sens de son passage [naturel] ; 'taavirou' — car le Miséricordieux dit [pour qu'on ne comprenne pas] : faisons-le passer à la main.
Le premier tana expose ces mots autrement, selon Rav Matna : 've-héévarta' enseigne que le chofar doit garder son sens de passage naturel (l'orientation qu'il avait sur l'animal vivant, sans l'inverser) ; 'taavirou' prévient une lecture erronée — il ne s'agit pas de simplement promener le chofar à la main sans le sonner.
Et l'autre [tana] ? [La halakha] de Rav Matna, il la [tire] du fait que [le verset] a changé sa formulation.
Et le second tana, qui a déjà utilisé le verset pour la téqia ? Il tire quand même la halakha de Rav Matna d'un autre indice : le verset a changé sa formulation habituelle (il emploie 'taavirou' au lieu du verbe usuel 'titqé'ou', sonner) — ce changement de langue porte l'enseignement.
'Taavirou' [au sens de faire passer] à la main — tu ne peux le dire, car il apprend par guezera chava 'avara', 'avara' à partir de Moché. Il est écrit ici : 'et tu feras passer (ve-héévarta) le chofar de teroua' (Lv 25:9), et il est écrit là-bas : 'et Moché ordonna, et on fit passer (va-yaavirou) une voix dans le camp' (Ex 36:6) : de même que là-bas [c'est] avec une voix, de même ici avec une voix.
On écarte l'idée que 'taavirou' signifie seulement porter le chofar : une guezera chava sur la racine 'avara' (faire passer), reliant notre verset à celui de Moché ('on fit passer une voix dans le camp', Ex 36:6), montre qu'il s'agit de faire passer une voix — donc de sonner, pas de porter.
Et selon ce tana qui le déduit du désert : si [c'est comme au désert], de même que là-bas [il y avait] des trompettes (hatsotserot), de même ici des trompettes ?!
Objection au tana qui déduit du désert : si Roch Hachana s'apprend des trompettes du désert, faudrait-il alors sonner à Roch Hachana avec des trompettes (hatsotserot) comme la-bas, et non avec le chofar ?
Le verset dit : 'sonnez du chofar à la néoménie, à la [lune] couverte pour le jour de notre fête' (Ps 81:4). Quelle est la fête où la lune est couverte (mitkasse) ?
Tu dois dire : c'est Roch Hachana. Et le Miséricordieux dit : 'chofar'.
Réponse : le verset 'sonnez du chofar à la lune couverte' (Ps 81:4) désigne la fête où la lune est cachée (mitkasse) — c'est Roch Hachana (seule fête au début du mois, lune invisible). Et il précise 'chofar' : c'est donc bien du chofar, et non des trompettes, qu'on sonne.
Rabbi Abahou institua à Césarée : téqia, trois chevarim, teroua, téqia. Comme tu voudras [c'est difficile] : si [la teroua biblique est] un sanglot (yalouli yalel), qu'on fasse téqia-teroua-téqia !
Et si [c'est] un gémissement (génouhi ganah), qu'on fasse téqia-trois chevarim-téqia !
R. Abahou institué à Césarée l'ordre téqia-chevarim-teroua-téqia (TaCHRaT). Difficulté : si la teroua biblique est un sanglot (sons courts saccadés = notre teroua), il suffit de téqia-teroua-téqia ; si c'est un gémissement (sons longs brisés = chevarim), il suffit de téqia-chevarim-téqia. Pourquoi les deux à la fois ?
Il [R. Abahou] est dans le doute [pour savoir] si [c'est] un gémissement ou un sanglot.
Rav Avira lui objecte : mais peut-être est-ce un sanglot, et les trois chevarim interrompent entre la teroua et la téqia ! [Réponse :] c'est pourquoi on refait ensuite téqia-teroua-téqia.
Ravina lui objecte : mais peut-être est-ce un gémissement, et la teroua interrompt entre les chevarim et la téqia ! [Réponse :] c'est pourquoi on refait ensuite téqia-chevarim-téqia.
R. Abahou doute : gémissement ou sanglot ? D'où la double série. Rav Avira : si c'est un sanglot, les chevarim insérés coupent l'ordre — d'où l'on ajoute TaRaT (teqia-teroua-teqia) pur. Ravina : si c'est un gémissement, la teroua coupe l'ordre — d'où l'on ajoute TaChaT (teqia-chevarim-teqia) pur.
Mais alors, qu'a donc institué Rabbi Abahou [de plus] ? Si [c'est] un gémissement — voilà qu'on l'a fait ; si [c'est] un sanglot — voilà qu'on l'a fait !
[Réponse :] il est dans le doute [craignant] peut-être [un] gémissement puis [un] sanglot (ganah ve-yalel).
Si TaChaT couvre le gémissement et TaRaT le sanglot, qu'ajoute la série TaCHRaT de R. Abahou ? Réponse : R. Abahou craint que la teroua biblique soit gémissement PUIS sanglot (chevarim suivis de teroua d'un seul souffle) — cas que seule la série TaCHRaT couvre.
S'il en est ainsi, qu'on fasse aussi l'inverse : teqia, teroua, trois chevarim, teqia — car peut-être [est-ce] un sanglot puis un gémissement (yalel ve-ganah) ! [Réponse :] c'est la nature de la chose : quand un malheur atteint un homme, d'abord il gémit et ensuite il sanglote.
Objection : pourquoi ne pas ajouter aussi l'ordre inverse (teroua puis chevarim), au cas où ce serait sanglot puis gémissement ? Réponse : c'est la nature humaine — face au malheur, on gémit d'abord (chevarim, plaintes longues), puis on sanglote (teroua, sursauts brefs), jamais l'inverse.
[Michna :] il a sonné la première [teqia] et prolongé la seconde comme deux [teqia] — [elle ne compte que pour une]. Rabbi Yo'hanan a dit : celui qui entend...
Début du commentaire d'une michna : si l'on prolonge la teqia médiane pour qu'elle serve à la fois de teqia finale d'une série et de teqia initiale de la suivante, elle ne compte que pour une. Puis R. Yo'hanan ouvre un enseignement ('celui qui entend...') dont la suite est sur 34b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).