Rosh Hashanah 34a — le nombre et l'ordre des sonneries du chofar : trois teroua encadrées, la source des teqia, et le doute de R. Abahou

Rosh Hashanah 34a

Sougya : Le daf établit par exégèse le nombre de sonneries de Roch Hachana : trois séries de teqia-teroua-teqia, soit neuf sons, déduites de trois versets où figure le mot teroua, reliés entre eux et au Yovel par guezera chava sur le mot 'septième'. On démontre ensuite, à partir des trompettes du désert (Nombres 10), que teqia et teroua sont deux sons distincts, et qu'une teqia (son plein) précède et suit chaque teroua.

Deux tanaim divergent sur le nombre de teroua d'ordre biblique (deux ou une), l'un tirant du verset 'Yom teroua' que le chofar se sonne de jour et non de nuit. Enfin, R.

Abahou institué à Césarée l'ordre teqia-chevarim-teroua-teqia (TaCHRaT) pour lever le doute sur la nature de la teroua biblique — gémissement (chevarim) ou sanglot (teroua) — d'où nos trois séries TaCHRaT, TaChaT, TaRaT.

Trois séries de trois sonneries à Roch Hachana (3 x 3 = 9) Chaque teroua est encadrée d'une téqia avant et d'une téqia après Malkhouyot Zikhronot Chofarot téqia (son plein) teroua (brisée) téqia (son plein) téqia teroua téqia téqia teroua téqia Durée : téqia = teroua ; teroua = trois chevarim (sons brisés) 3 teroua encadrées = 3 séries de 3 sonneries = 9 sons au total
Les trois séries de trois sonneries (9 sons) et leur répartition sur les trois bénédictions (segments 0-3).
Combien de teroua sont d'ordre biblique ? Deux avis 1er tana : 2 min ha-Tora R. Chmouel bar Nahmani : 1 min ha-Tora Chabbaton zikhron teroua - Tora Vé-héévarta chofar teroua - Tora Yom teroua yihye - vient pour son enseignement (le 3e sert à la guezera chava, donc rabbinique : 3 teroua, 6 téqia) Vé-héévarta chofar teroua - Tora Chabbaton zikhron teroua - enseignement Yom teroua yihye - enseignement (Yom teroua enseigne : de JOUR, pas de nuit ; l'autre le tire de Yom ha-Kippourim)
Combien de teroua sont d'ordre biblique : le premier tana (deux) contre R. Chmouel bar Nahmani (une) (segments 8-12).
Le doute de R. Abahou sur la teroua : quel son ? La teroua biblique est-elle un gémissement (génoukhei) ou un sanglot (yéloulei) ? Hypothèse A : gémissement = chevarim (3 sons brisés, longs) -> téqia . chevarim . téqia Hypothèse B : sanglot = teroua (sons courts saccadés) -> téqia . teroua . téqia Doute -> peut-être gémir PUIS sangloter R. Abahou institué : téqia . chevarim . teroua . téqia (chachra-t) Les trois séries pour couvrir tous les cas : TaCHRaTtéqia chevarim-teroua téqia TaChaTtéqia chevarim téqia TaRaTtéqia teroua téqia L'ordre gémir-puis-sangloter suit l'ordre naturel de la détresse (d'abord on gémit, ensuite on sanglote)
Le doute de R. Abahou sur la nature de la teroua et l'institution des trois séries (segments 19-22).
1
שֶׁאֵין תַּלְמוּד לוֹמַר ״בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי״, וּמַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי״ — שֶׁיְּהוּ כָּל תְּרוּעוֹת הַחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי זֶה כָּזֶה.

[La michna précédente enseigne] qu'il n'était pas nécessaire pour le verset de dire 'au septième mois' [puisqu'il dit déjà 'au Jour des Expiations' pour le Yovel] ; et que vient donc enseigner le verset en disant 'au septième mois' ? [Cela enseigne] que toutes les sonneries (teroua) du septième mois soient semblables l'une à l'autre.

💡 Explication

Fin de la baraita : le mot superflu 'au septième mois' (be-hodech ha-chevi'i) vient enseigner que toutes les sonneries du septième mois (Roch Hachana et Yom Kippour du Yovel) doivent être identiques — même structure de téqia-teroua-téqia.

2
וּמִנַּיִן לְשָׁלֹשׁ שֶׁל שָׁלֹשׁ שָׁלֹשׁ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפָר תְּרוּעָה״, ״שַׁבָּתוֹן זִכְרוֹן תְּרוּעָה״, ״יוֹם תְּרוּעָה יִהְיֶה לָכֶם״.

Et d'où [sait-on qu'il faut] trois [séries] de trois [sonneries] chacune ? Le verset dit : 'et tu feras passer le chofar de teroua' (Lv 25:9), 'repos, mémorial de teroua' (Lv 23:24), 'ce sera pour vous un jour de teroua' (Nb 29:1).

📜 Rachi (2)
וּמִנַּיִן שָׁלֹשׁ שֶׁל שָׁלֹשׁ שָׁלֹשׁ מִנַּיִן דְּהָנָךְ פְּשׁוּטָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ וּתְרוּעָה בְּאֶמְצַע עָבְדִינַן תְּלָתָא זִימְנֵי לְמַלְכֻיוֹת חֲדָא וּלְזִכְרוֹנוֹת חֲדָא וּלְשׁוֹפָרוֹת חֲדָא:
Et d'où [sait-on qu'il faut] trois de trois chacune — d'où [sait-on] que ces [sonneries], son plein avant et son plein après avec la teroua au milieu, nous les faisons trois fois : une pour Malkhouyot, une pour Zikhronot, une pour Chofarot ?
ת"ל תְּרוּעָה תְּלָתָא זִימְנֵי לְכָל אַחַת פְּשׁוּטָה לְפָנֶיהָ וּפְשׁוּטָה לְאַחֲרֶיהָ:
Le verset dit — [le mot] teroua [figure] trois fois ; à chacune un son plein avant et un son plein après.
💡 Explication

Source des trois séries : le mot teroua figure dans trois versets distincts. Chaque teroua étant encadrée d'une téqia avant et après, on obtient trois séries de téqia-teroua-téqia, une pour chacune des trois bénédictions (Malkhouyot, Zikhronot, Chofarot).

3
וּמִנַּיִן לִיתֵּן אֶת הָאָמוּר שֶׁל זֶה בָּזֶה וְשֶׁל זֶה בָּזֶה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שְׁבִיעִי״ ״שְׁבִיעִי״ לִגְזֵירָה שָׁוָה.

Et d'où [sait-on qu'il faut] appliquer ce qui est dit de celui-ci à celui-là, et ce qui est dit de celui-là à celui-ci ? Le verset dit 'septième', 'septième', par guezera chava (analogie verbale).

📜 Rachi (2)
וּמִנַּיִן לִיתֵּן אֶת הָאָמוּר שֶׁל זֶה בָּזֶה כּוּ' לְפִי שֶׁשָּׁלֹשׁ תְּרוּעוֹת הַלָּלוּ לֹא נֶאֶמְרוּ בְּמָקוֹם אֶחָד שֶׁהַשְּׁתַּיִם נֶאֶמְרוּ בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה וְהָאַחַת בַּיּוֹבֵל מִנַּיִן לִיתֵּן הָאֲמוּרוֹת בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה בַּיּוֹבֵל וְלִיתֵּן הָאֲמוּרָה בַּיּוֹבֵל בר"ה שֶׁיְּהוּ כָּאן וְכָאן שָׁלֹשׁ:
Et d'où [sait-on] appliquer ce qui est dit de celui-ci à celui-là, etc. — puisque ces trois teroua ne sont pas dites au même endroit, car deux sont dites à Roch Hachana et une au Yovel, d'où [sait-on] appliquer celles dites à Roch Hachana au Yovel, et appliquer celle dite au Yovel à Roch Hachana, de sorte qu'il y ait ici et là trois ?
שְׁבִיעִי שְׁבִיעִי לג"ש נֶאֱמַר בר"ה בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי וְנֶאֱמַר בַּיּוֹבֵל וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפַר תְּרוּעָה בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי:
'Septième', 'septième', par guezera chava — il est dit à Roch Hachana 'au septième mois', et il est dit au Yovel 'et tu feras passer le chofar de teroua... au septième mois'.
💡 Explication

Les trois versets ne sont pas au même endroit : deux concernent Roch Hachana, un le Yovel. La guezera chava (analogie verbale) sur le mot 'septième' — présent à Roch Hachana (Lv 23:24) et au Yovel (Lv 25:9) — permet de transférer ce qui est dit ici à là, si bien que chaque jour comporte les trois séries.

4
הָא כֵיצַד? שָׁלֹשׁ שֶׁהֵן תֵּשַׁע. שִׁיעוּר תְּקִיעָה כִּתְרוּעָה, שִׁיעוּר תְּרוּעָה כִּשְׁלֹשָׁה שְׁבָרִים.

Comment cela ? Trois [séries] qui font neuf [sons].

La durée d'une téqia est comme [celle d'] une teroua, la durée d'une teroua est comme trois chevarim (sons brisés).

💡 Explication

Bilan : trois séries de trois sons = neuf sonneries. Étalons de durée : une téqia (son plein) dure comme une teroua ; une teroua dure comme trois chevarim (sons brisés). Ces mesures fixent la longueur minimale de chaque son.

5
הַאי תַּנָּא, מֵעִיקָּרָא מַייְתֵי לַהּ בְּהֶיקֵּישָׁא, וְהַשְׁתָּא מַיְיתֵי לַהּ בִּגְזֵירָה שָׁוָה? הָכִי קָאָמַר: אִי לָאו גְּזֵירָה שָׁוָה, הֲוָה מַיְיתִינָא לַהּ בְּהֶיקֵּישָׁא. הַשְׁתָּא דְּאָתְיָא בִּגְזֵירָה שָׁוָה — הֶיקֵּישָׁא לֹא צָרִיךְ.

Ce tana, au départ il [le] déduit par heqech (juxtaposition), et maintenant il [le] déduit par guezera chava ?! Voici ce qu'il dit : n'était la guezera chava, je l'aurais déduit par heqech ; maintenant qu'il vient par guezera chava, le heqech n'est pas nécessaire.

📜 Rachi (3)
וְתַנָּא מֵעִיקָּרָא אַייְּתִי בְּהֶיקֵּישָׁא לִלְמֹוד זֶה מִזֶּה מִנַּייִן שֶׁבַּשּׁוֹפָר וּפְשׁוּטָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ גָּמַר ר"ה מִיּוֹבֵל בְּהֶיקֵּישָׁא דְּאֵין ת"ל בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי אֶלָּא לְהַקִּישׁ כָּל תְּרוּעוֹת שֶׁל חֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי שֶׁיְּהוּ שָׁווֹת:
Or le tana au départ a déduit par heqech — [pour] apprendre l'un de l'autre : d'où [sait-on] que c'est au chofar et [qu'il faut] un son plein avant et après ? R. Hachana s'apprend du Yovel par heqech, car il n'était pas nécessaire de dire 'au septième mois' sinon pour juxtaposer [et enseigner] que toutes les teroua du septième mois soient égales.
וּלְסוֹף גָּמַר בג"ש לִיתֵּן הָאָמוּר שֶׁל זֶה בָּזֶה הָא נָמֵי תַּיְתֵי בְּהֶיקֵּישָׁא דְּאִי כְּדִכְתִיבָן שֶׁיְּהוּ שְׁתַּיִם בר"ה וְאַחַת בַּיּוֹבֵל אֵין תְּרוּעוֹת שֶׁל חֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי שָׁווֹת:
Et à la fin il a déduit par guezera chava — [pour] appliquer ce qui est dit de celui-ci à celui-là ; or cela aussi viendrait par heqech, car si [on lisait] comme il est écrit — deux à Roch Hachana et une au Yovel — les teroua du septième mois ne seraient pas égales.
ה"ק אִי לָאו ג"ש אִי לֹא נֶאֶמְרָה ג"ש זוֹ לְמֹשֶׁה מִסִּינַי לְדוּנָהּ הָיִיתִי מֵבִיא הַכֹּל בְּהֶיקֵּישָׁא כְּלוֹמַר מֵעַצְמוֹ:
Voici ce qu'il dit : n'était la guezera chava — si cette guezera chava n'avait pas été dite à Moché du Sinaï pour en juger, j'aurais tout amené par heqech, c'est-à-dire de moi-même.
💡 Explication

Objection : le tana passe de la juxtaposition (heqech) à la guezera chava dans une même baraita — incohérent ? Réponse : le tana dit que sans la guezera chava (reçue de Sinaï), il aurait tout déduit par heqech ; mais puisqu'il dispose de la guezera chava, le heqech devient superflu.

6
וְהַאי תַּנָּא מַיְיתֵי לַהּ בִּגְזֵירָה שָׁוָה מִמִּדְבָּר, דְּתַנְיָא: ״וּתְקַעְתֶּם תְּרוּעָה״ — תְּקִיעָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ וּתְרוּעָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ. אַתָּה אוֹמֵר תְּקִיעָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ וּתְרוּעָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא תְּקִיעָה וּתְרוּעָה אַחַת הִיא — כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר: ״וּבְהַקְהִיל אֶת הַקָּהָל תִּתְקְעוּ וְלֹא תָרִיעוּ״, הֱוֵי אוֹמֵר: תְּקִיעָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ וּתְרוּעָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ.

Et ce [autre] tana le déduit par guezera chava à partir du désert, comme il est enseigné : 'et vous sonnerez [une] teroua' (Nb 10:5) — une téqia par elle-même et une teroua par elle-même. Tu dis une téqia par elle-même et une teroua par elle-même, ou n'est-ce pas plutôt que téqia et teroua sont une seule [et même chose] ?

Lorsqu'il dit : 'et quand vous rassemblerez l'assemblée, vous sonnerez [téqia] mais vous ne ferez pas teroua' (Nb 10:7) — tu dois dire : une téqia par elle-même et une teroua par elle-même.

📜 Rachi (4)
וְהַאי תַּנָּא מַייְתֵי לַהּ מִמִּדְבָּר שֶׁתְּהֵא פְּשׁוּטָה לְפָנֶיהָ וּפְשׁוּטָה לְאַחֲרֶיהָ:
Et ce tana le déduit du désert — [pour enseigner] qu'il y ait un son plein avant et un son plein après.
תְּקִיעָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ כוּ' דְּלָא תֵּימָא חֲדָא הִיא וְהָכִי קָאָמַר הָיוּ תּוֹקְעִין תְּרוּעָה אֶלָּא ה"ק וּתְקַעְתֶּם תְּקִיעָה וְאַחֲרֶיהָ הָרִיעוּ תְּרוּעָה:
Une téqia par elle-même, etc. — pour que tu ne dises pas que c'est une seule [chose] et que le sens serait 'ils sonnaient une teroua' ; mais voici le sens : 'et vous sonnerez' [téqia] et après elle 'faites teroua', une teroua.
אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא אַחַת הִיא וְהָכִי קָאָמַר הָיוּ תּוֹקְעִין תְּרוּעָה:
Ou n'est-ce pas — plutôt une seule [chose], le sens étant 'ils sonnaient une teroua'.
כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר תִּתְקְעוּ וְלֹא תָּרִיעוּ מִכְּלָל דִּבְמַסָּעוֹת תִּתְקְעוּ וְתָרִיעוּ קָאָמַר וּתְרוּעָה לָא קָרֵי לָהּ תְּקִיעָה הֲרֵי עַל כָּרְחָךְ תְּקִיעָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ כוּ':
Lorsqu'il dit 'vous sonnerez [téqia] mais ne ferez pas teroua' — il ressort que pour les déplacements il dit 'vous sonnerez [téqia] et ferez teroua', et il n'appelle pas la teroua une téqia ; donc forcément la téqia est par elle-même, etc.
💡 Explication

Un autre tana déduit la structure des trompettes du désert (Nb 10). Le verset 'et vous sonnerez teroua' pourrait faire croire que téqia et teroua sont un seul son ; mais le verset 'vous sonnerez [téqia] mais ne ferez pas teroua' (au rassemblement) prouve que ce sont deux sons distincts — l'un plein, l'autre brisé.

7
וּמִנַּיִן שֶׁפְּשׁוּטָה לְפָנֶיהָ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּתְקַעְתֶּם תְּרוּעָה״. וּמִנַּיִן שֶׁפְּשׁוּטָה לְאַחֲרֶיהָ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״תְּרוּעָה יִתְקְעוּ״.

Et d'où [sait-on] qu'un son plein [précède] avant elle ? Le verset dit : 'et vous sonnerez [téqia] une teroua' (Nb 10:5).

Et d'où [sait-on] qu'un son plein [suit] après elle ? Le verset dit : 'une teroua ils sonneront [téqia]' (Nb 10:6).

💡 Explication

Preuve que la teroua est encadrée : 'et vous sonnerez teroua' (Nb 10:5) — la téqia vient d'abord, donc avant ; 'une teroua ils sonneront' (Nb 10:6) — la téqia vient après la teroua nommée, donc après. Une téqia (son plein) encadre donc la teroua des deux côtés.

8
רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרֹוקָא אוֹמֵר: אֵינוֹ צָרִיךְ, הֲרֵי הוּא אוֹמֵר: ״וּתְקַעְתֶּם תְּרוּעָה שֵׁנִית״, שֶׁאֵין תַּלְמוּד לוֹמַר ״שֵׁנִית״, וּמַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״שֵׁנִית״ — זֶה בָּנָה אָב, שֶׁכָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר ״תְּרוּעָה״ — תְּהֵא תְּקִיעָה שְׁנִיָּה לָהּ. אֵין לִי אֶלָּא בַּמִּדְבָּר, בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״תְּרוּעָה״ ״תְּרוּעָה״ לִגְזֵירָה שָׁוָה.

Rabbi Yichmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Béroqa, dit : ce n'est pas nécessaire, car il [le verset] dit : 'et vous sonnerez teroua une seconde fois' (Nb 10:6). Puisqu'il n'était pas nécessaire de dire 'une seconde fois', que vient enseigner 'une seconde fois' ?

Ceci constitue un modèle (binyan av) : partout où il est dit 'teroua', il y aura une téqia seconde à elle [après elle]. Je n'ai [ceci] que dans le désert ; à Roch Hachana, d'où [le sais-je] ?

Le verset dit 'teroua', 'teroua', par guezera chava.

📜 Rachi (3)
תַּלְמוּד לוֹמַר וּתְקַעְתֶּם וַהֲדַר תְּרוּעָה:
Le verset dit 'et vous sonnerez' — et ensuite [le mot] teroua.
שֶׁאֵין ת"ל שֵׁנִית שֶׁכְּבָר אָמַר וּתְקַעְתֶּם תְּרוּעָה וְנָסַע מַחֲנֵה פְּלוֹנִי כִּי הֲדַר אָמַר וּתְקַעְתֶּם תְּרוּעָה וְנָסַע מַחֲנֶה פְּלוֹנִי פְּשִׁיטָא דְּשֵׁנִית הִיא:
Puisqu'il n'était pas nécessaire de dire 'une seconde fois' — car il a déjà dit 'et vous sonnerez teroua et tel camp partira' ; lorsqu'il redit 'et vous sonnerez teroua et tel camp partira', il est évident que c'est une seconde [fois].
תְּהֵא תְּקִיעָה שְׁנִיָּה לָהּ וְהָכִי קָאָמַר וּתְקַעְתֶּם תְּקִיעָה שֵׁנִית לַתְּרוּעָה:
Il y aura une téqia seconde à elle — et voici le sens : 'et vous sonnerez' [téqia] une seconde à la teroua [c'est-à-dire une téqia après la teroua].
💡 Explication

R. Yichmael propose une autre preuve : le mot superflu 'une seconde fois' (chenit) dans 'et vous sonnerez teroua une seconde fois' fonde un binyan av (paradigme) : toute teroua est suivie d'une téqia. Et par guezera chava sur le mot 'teroua', ce qui vaut au désert vaut aussi à Roch Hachana.

9
וְשָׁלֹשׁ תְּרוּעוֹת נֶאֶמְרוּ בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה: ״שַׁבָּתוֹן זִכְרוֹן תְּרוּעָה״, ״יוֹם תְּרוּעָה״, ״וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפָר תְּרוּעָה״, וּשְׁתֵּי תְּקִיעוֹת לְכָל אַחַת וְאַחַת.

Et trois teroua sont dites à Roch Hachana : 'repos, mémorial de teroua' (Lv 23:24), 'jour de teroua' (Nb 29:1), 'et tu feras passer le chofar de teroua' (Lv 25:9) ; et deux téqia pour chacune d'elles.

📜 Rachi (1)
ה"ג וְשָׁלֹשׁ תְּרוּעוֹת נֶאֶמְרוּ בר"ה שַׁבָּתוֹן זִכְרוֹן תְּרוּעָה וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפַר תְּרוּעָה יוֹם תְּרוּעָה יִהְיֶה לָכֶם וּשְׁתֵּי תְּקִיעוֹת לְכָל אַחַת וְאַחַת מָצִינוּ לְמֵדִין לר"ה שָׁלֹשׁ תְּרוּעוֹת וְשֵׁשׁ תְּקִיעוֹת שְׁתַּיִם מִדִּבְרֵי תוֹרָה וְאַחַת מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפַר תְּרוּעָה שַׁבָּתוֹן זִכְרוֹן תְּרוּעָה מד"ת יוֹם תְּרוּעָה יִהְיֶה לָכֶם לְתַלְמוּדוֹ הוּא בָּא רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אוֹמֵר אַחַת מד"ת וּשְׁתַּיִם מד"ס וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפָר תְּרוּעָה מד"ת שַׁבָּתוֹן זִכְרוֹן תְּרוּעָה וְיוֹם תְּרוּעָה יִהְיֶה לָכֶם לְתַלְמוּדוֹ הוּא בָּא מַאי לְתַלְמוּדוֹ הוּא בָּא וְכוּ':
Version [du texte] : Et trois teroua sont dites à Roch Hachana — 'repos, mémorial de teroua', 'et tu feras passer le chofar de teroua', 'ce sera pour vous un jour de teroua' — et deux téqia pour chacune d'elles ; nous trouvons à apprendre pour Roch Hachana trois teroua et six téqia. [Selon le premier avis :] deux [teroua] des paroles de la Tora et une des paroles des scribes : 'et tu feras passer le chofar de teroua' et 'repos, mémorial de teroua' des paroles de la Tora ; 'ce sera pour vous un jour de teroua' vient pour son enseignement. Rabbi Chmouel bar Nahmani dit : une des paroles de la Tora et deux des paroles des scribes : 'et tu feras passer le chofar de teroua' des paroles de la Tora ; 'repos, mémorial de teroua' et 'ce sera pour vous un jour de teroua' viennent pour leur enseignement. Que signifie 'vient pour son enseignement' ? etc.
💡 Explication

Récapitulatif : trois teroua se rapportent à Roch Hachana (via la guezera chava), et deux téqia encadrent chacune — soit trois teroua et six téqia au total. La question qui suit portera sur le statut biblique ou rabbinique de chacune de ces teroua.

10
מָצִינוּ לְמֵדִין: שָׁלֹשׁ תְּרוּעוֹת וְשֵׁשׁ תְּקִיעוֹת נֶאֶמְרוּ בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה, שְׁתַּיִם מִדִּבְרֵי תּוֹרָה, וְאַחַת מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים. ״שַׁבָּתוֹן זִכְרוֹן תְּרוּעָה״, ״וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפָר תְּרוּעָה״ — מִדִּבְרֵי תּוֹרָה. ״יוֹם תְּרוּעָה יִהְיֶה לָכֶם״ — לְתַלְמוּדוֹ הוּא בָּא.

Nous trouvons donc à apprendre : trois teroua et six téqia sont dites à Roch Hachana, deux des paroles de la Tora et une des paroles des scribes. 'Repos, mémorial de teroua' et 'et tu feras passer le chofar de teroua' — des paroles de la Tora ; 'ce sera pour vous un jour de teroua' — vient pour son enseignement.

📜 Rachi (1)
שְׁתַּיִם מד"ת תְּרֵי קְרָאֵי דְּרוֹשׁ לְמִנְיָינָא כִּדְקָתָנֵי וְאָזֵיל וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפַר תְּרוּעָה שַׁבָּתוֹן זִכְרוֹן תְּרוּעָה מד"ת כְּלוֹמַר מִכָּאן נִלְמוֹד שְׁתַּיִם יוֹם תְּרוּעָה יִהְיֶה לָכֶם לָא תִּדְרְשֵׁיהּ לְמִנְייָנָא שֶׁהֲרֵי לְתַלְמוּדוֹ הוּא בָּא מֻופְנֶה לג"ש שֶׁדָּרַשׁ תְּרוּעָה תְּרוּעָה לג"ש אֶלָּא סוֹפְרִים אֲמָרוּהָ כְּדֵי לְהַשְׁווֹת מַלְכֻיוֹת וְזִכְרוֹנוֹת וְשׁוֹפָרוֹת לִתְקִיעוֹתֵיהֶן:
Deux des paroles de la Tora — deux versets sont exposés pour le compte, comme il l'enseigne : 'et tu feras passer le chofar de teroua', 'repos, mémorial de teroua' des paroles de la Tora, c'est-à-dire d'ici nous apprenons deux ; 'ce sera pour vous un jour de teroua' ne l'expose pas pour le compte, car il vient pour son enseignement, étant libéré [dédié] à la guezera chava qu'il expose 'teroua', 'teroua' par guezera chava ; ce sont plutôt les scribes qui l'ont dit, afin d'égaler Malkhouyot, Zikhronot et Chofarot à leurs téqia.
💡 Explication

Position du premier tana : sur les trois teroua, deux sont bibliques (Lv 23:24 et Lv 25:9) et une rabbinique (Nb 29:1, 'Yom teroua'), car ce dernier verset 'vient pour son enseignement' — il sert à la guezera chava et n'est donc pas compté pour le nombre biblique.

11
רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: אַחַת מִדִּבְרֵי תּוֹרָה, וּשְׁתַּיִם מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים. ״וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפָר תְּרוּעָה״ — מִדִּבְרֵי תּוֹרָה. ״שַׁבָּתוֹן זִכְרוֹן תְּרוּעָה״, וְ״יוֹם תְּרוּעָה יִהְיֶה לָכֶם״ — לְתַלְמוּדוֹ הוּא בָּא.

Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : une des paroles de la Tora et deux des paroles des scribes. 'Et tu feras passer le chofar de teroua' — des paroles de la Tora ; 'repos, mémorial de teroua' et 'ce sera pour vous un jour de teroua' — viennent pour leur enseignement.

💡 Explication

Position de R. Chmouel bar Nahmani (au nom de R. Yonatan) : une seule teroua est biblique ('et tu feras passer le chofar de teroua', Lv 25:9) ; les deux autres sont rabbiniques, car elles 'viennent pour leur enseignement' (autres derachot).

12
מַאי לְתַלְמוּדוֹ הוּא בָּא? מִיבְּעֵי: בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה.

Que signifie 'vient pour son enseignement' ? Il est nécessaire [pour enseigner] : de jour et non de nuit.

📜 Rachi (1)
רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אוֹמֵר כוּ' מַאי לְתַלְמוּדוֹ הוּא בָּא בִּשְׁלָמָא חַד לג"ש אִידָךְ לְמַאי:
Rabbi Chmouel bar Nahmani dit... que signifie 'vient pour son enseignement' — soit, l'un [des versets sert] à la guezera chava ; mais l'autre, pour quoi ?
💡 Explication

Selon R. Chmouel bar Nahmani, le verset 'Yom teroua' (jour de teroua) n'est pas compté pour le nombre : il vient enseigner que le chofar se sonne de jour et non de nuit. Le mot 'jour' (yom) est donc porteur d'une halakha propre.

13
וְאִידָךְ, בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ מִ״בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים״.

Et l'autre [le premier tana], de jour et non de nuit, d'où le tire-t-il ? Il le tire de 'au Jour des Expiations' (be-yom ha-kippourim, Lv 25:9).

💡 Explication

Pour le premier tana, la règle 'de jour et non de nuit' vient d'ailleurs : du verset du Yovel 'au Jour des Expiations' (Lv 25:9), qui indique lui aussi le jour. Il n'a donc pas besoin du verset 'Yom teroua' pour cela.

14
אִי ״בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים״ יָלֵיף, נִגְמוֹר נָמֵי מִינֵּיהּ לִפְשׁוּטָה לְפָנֶיהָ וּפְשׁוּטָה לְאַחֲרֶיהָ! ״וְהַעֲבַרְתָּ״ ״תַּעֲבִירוּ״ לָא מַשְׁמַע לְהוּ.

S'il apprend de 'au Jour des Expiations', apprenons aussi de lui [le fait] qu'un son plein [précède] avant elle et un son plein après elle ! [Réponse :] 've-héévarta' (et tu feras passer), 'taavirou' (vous ferez passer) ne lui évoquent pas [la téqia].

📜 Rachi (1)
לָא מַשְׁמַע לֵיהּ לְמִדְרַשׁ מִינֵּיהּ פְּשׁוּטָה לְפָנֶיהָ:
Ne lui évoquent pas — [ne servent pas] à en exposer [le fait] qu'un son plein [précède] avant elle.
💡 Explication

Objection : si le premier tana tire une halakha du verset du Yovel, qu'il en tire aussi l'encadrement par les téqia (au lieu de recourir au désert) ! Réponse : pour lui, les termes 've-héévarta' et 'taavirou' (racine 'faire passer') n'évoquent pas la sonnerie du chofar — ils servent à autre chose.

15
אֶלָּא מַאי דָּרְשִׁי בְּהוּ? ״וְהַעֲבַרְתָּ״ כִּדְרַב מַתְנָא. דְּאָמַר רַב מַתְנָא: ״וְהַעֲבַרְתָּ״ — דֶּרֶךְ הַעֲבָרָתוֹ, ״תַּעֲבִירוּ״ — דְּקָאָמַר רַחֲמָנָא נְעַבְּרֵיהּ בְּיָד.

Alors, qu'expose-t-il de ces [mots] ? 've-héévarta' — selon Rav Matna. Car Rav Matna a dit : 've-héévarta' — dans le sens de son passage [naturel] ; 'taavirou' — car le Miséricordieux dit [pour qu'on ne comprenne pas] : faisons-le passer à la main.

📜 Rachi (2)
דֶּרֶךְ הַעֲבָרָתוֹ לִמְעוּטֵי הֲפָכוֹ וְתָקַע בּוֹ כְּדַאֲמָרָן (לְעֵיל רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף כז:):
Dans le sens de son passage [naturel] — pour exclure [le cas où] on l'inverse et on sonne dedans, comme nous l'avons dit (plus haut, Roch Hachana 27b).
נִיעַבְּרֵיהּ בְּיָד וְאִי לָאו דְּהָדַר כַּתְבֵיהּ לָא הֲוָה מִשְׁתְּמַע תַּעֲבִירוּ לְשׁוֹן תְּקִיעָה:
Faisons-le passer à la main — et n'eût été que [le verset] le redît, on n'aurait pas compris 'taavirou' au sens de sonnerie.
🗂️ Tossefot (1)
נֶעֱבָרֶיהָ בְּיַד. פֵּירוּשׁ שֶׁיֹּאחֲזֶנּוּ בְּיָדוֹ וְיִתְקַע וְלֹא שֶׁיַּנִּיחֶנּוּ עַל גַּבֵּי שׁוּם דָּבָר וְיִתְקַע וּפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס עִיקָּר:
Faisons-le passer à la main — explication : qu'on le tienne à la main et qu'on sonne, et non qu'on le pose sur quelque chose et qu'on sonne ; et l'explication du Qountres (Rachi) est la principale.
💡 Explication

Le premier tana expose ces mots autrement, selon Rav Matna : 've-héévarta' enseigne que le chofar doit garder son sens de passage naturel (l'orientation qu'il avait sur l'animal vivant, sans l'inverser) ; 'taavirou' prévient une lecture erronée — il ne s'agit pas de simplement promener le chofar à la main sans le sonner.

16
וְאִידָךְ? דְּרַב מַתְנָא — מִדְּשַׁנִּי בְּדִיבּוּרֵיהּ.

Et l'autre [tana] ? [La halakha] de Rav Matna, il la [tire] du fait que [le verset] a changé sa formulation.

💡 Explication

Et le second tana, qui a déjà utilisé le verset pour la téqia ? Il tire quand même la halakha de Rav Matna d'un autre indice : le verset a changé sa formulation habituelle (il emploie 'taavirou' au lieu du verbe usuel 'titqé'ou', sonner) — ce changement de langue porte l'enseignement.

17
״תַּעֲבִירוּ״ בַּיָּד — לָא מָצֵית אָמְרַת, דְּגָמַר ״עֲבֵרָה״ ״עֲבֵרָה״ מִמֹּשֶׁה. כְּתִיב הָכָא: ״וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפָר תְּרוּעָה״, וּכְתִיב הָתָם: ״וַיְצַו מֹשֶׁה וַיַּעֲבִירוּ קוֹל בַּמַּחֲנֶה״, מַה לְהַלָּן בְּקוֹל — אַף כָּאן בְּקוֹל.

'Taavirou' [au sens de faire passer] à la main — tu ne peux le dire, car il apprend par guezera chava 'avara', 'avara' à partir de Moché. Il est écrit ici : 'et tu feras passer (ve-héévarta) le chofar de teroua' (Lv 25:9), et il est écrit là-bas : 'et Moché ordonna, et on fit passer (va-yaavirou) une voix dans le camp' (Ex 36:6) : de même que là-bas [c'est] avec une voix, de même ici avec une voix.

💡 Explication

On écarte l'idée que 'taavirou' signifie seulement porter le chofar : une guezera chava sur la racine 'avara' (faire passer), reliant notre verset à celui de Moché ('on fit passer une voix dans le camp', Ex 36:6), montre qu'il s'agit de faire passer une voix — donc de sonner, pas de porter.

18
וּלְהַאי תַּנָּא דְּמַייְתֵי לַהּ מִמִּדְבָּר, אִי מַה לְהַלָּן חֲצוֹצְרוֹת, אַף כָּאן חֲצוֹצְרוֹת?

Et selon ce tana qui le déduit du désert : si [c'est comme au désert], de même que là-bas [il y avait] des trompettes (hatsotserot), de même ici des trompettes ?!

💡 Explication

Objection au tana qui déduit du désert : si Roch Hachana s'apprend des trompettes du désert, faudrait-il alors sonner à Roch Hachana avec des trompettes (hatsotserot) comme la-bas, et non avec le chofar ?

19
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״תִּקְעוּ בַחֹדֶשׁ שׁוֹפָר בַּכֵּסֶה לְיוֹם חַגֵּנוּ״, אֵי זֶהוּ חַג שֶׁהַחֹדֶשׁ מִתְכַּסֶּה בּוֹ? הֱוֵי אוֹמֵר זֶה רֹאשׁ הַשָּׁנָה, וְקָאָמַר רַחֲמָנָא: ״שׁוֹפָר״.

Le verset dit : 'sonnez du chofar à la néoménie, à la [lune] couverte pour le jour de notre fête' (Ps 81:4). Quelle est la fête où la lune est couverte (mitkasse) ?

Tu dois dire : c'est Roch Hachana. Et le Miséricordieux dit : 'chofar'.

💡 Explication

Réponse : le verset 'sonnez du chofar à la lune couverte' (Ps 81:4) désigne la fête où la lune est cachée (mitkasse) — c'est Roch Hachana (seule fête au début du mois, lune invisible). Et il précise 'chofar' : c'est donc bien du chofar, et non des trompettes, qu'on sonne.

20
אַתְקֵין רַבִּי אֲבָהוּ בְּקֵסָרִי: תְּקִיעָה, שְׁלֹשָׁה שְׁבָרִים, תְּרוּעָה, תְּקִיעָה. מַה נַפְשָׁךְ? אִי יַלּוֹלֵי יַלֵּיל — לֶעְבֵּיד תְּקִיעָה תְּרוּעָה וּתְקִיעָה, וְאִי גְּנוּחֵי גָּנַח — לֶעְבֵּיד תְּקִיעָה שְׁלֹשָׁה שְׁבָרִים וּתְקִיעָה!

Rabbi Abahou institua à Césarée : téqia, trois chevarim, teroua, téqia. Comme tu voudras [c'est difficile] : si [la teroua biblique est] un sanglot (yalouli yalel), qu'on fasse téqia-teroua-téqia !

Et si [c'est] un gémissement (génouhi ganah), qu'on fasse téqia-trois chevarim-téqia !

💡 Explication

R. Abahou institué à Césarée l'ordre téqia-chevarim-teroua-téqia (TaCHRaT). Difficulté : si la teroua biblique est un sanglot (sons courts saccadés = notre teroua), il suffit de téqia-teroua-téqia ; si c'est un gémissement (sons longs brisés = chevarim), il suffit de téqia-chevarim-téqia. Pourquoi les deux à la fois ?

🖼️ Schéma
Le doute de R. Abahou sur la teroua : quel son ? La teroua biblique est-elle un gémissement (génoukhei) ou un sanglot (yéloulei) ? Hypothèse A : gémissement = chevarim (3 sons brisés, longs) -> téqia . chevarim . téqia Hypothèse B : sanglot = teroua (sons courts saccadés) -> téqia . teroua . téqia Doute -> peut-être gémir PUIS sangloter R. Abahou institué : téqia . chevarim . teroua . téqia (chachra-t) Les trois séries pour couvrir tous les cas : TaCHRaTtéqia chevarim-teroua téqia TaChaTtéqia chevarim téqia TaRaTtéqia teroua téqia L'ordre gémir-puis-sangloter suit l'ordre naturel de la détresse (d'abord on gémit, ensuite on sanglote)
Le doute de R. Abahou et les trois séries.
21
מְסַפְּקָא לֵיהּ אִי גַּנּוֹחֵי גַּנַּח אִי יַלּוֹלֵי יַלֵּיל. מַתְקֵיף לַהּ רַב עַוִּירָא: וְדִלְמָא יַלּוֹלֵי הֲוָה, וְקָא מַפְסֵיק שְׁלֹשָׁה שְׁבָרִים בֵּין תְּרוּעָה לִתְקִיעָה! דַּהֲדַר עָבֵיד תְּקִיעָה תְּרוּעָה וּתְקִיעָה. מַתְקִיף לַהּ רָבִינָא: וְדִלְמָא גְּנוּחֵי הֲוָה, וְקָא מַפְסְקָא תְּרוּעָה בֵּין שְׁבָרִים לִתְקִיעָה! דַּהֲדַר עָבֵיד תְּקִיעָה שְׁבָרִים תְּקִיעָה.

Il [R. Abahou] est dans le doute [pour savoir] si [c'est] un gémissement ou un sanglot.

Rav Avira lui objecte : mais peut-être est-ce un sanglot, et les trois chevarim interrompent entre la teroua et la téqia ! [Réponse :] c'est pourquoi on refait ensuite téqia-teroua-téqia.

Ravina lui objecte : mais peut-être est-ce un gémissement, et la teroua interrompt entre les chevarim et la téqia ! [Réponse :] c'est pourquoi on refait ensuite téqia-chevarim-téqia.

📜 Rachi (3)
מְסַפְּקָא לֵיהּ וַעֲבַד תַּרְוַוייְהוּ:
Il est dans le doute — et il fait les deux.
וְדִלְמָא גְּנוּחֵי הוּא וְאֵין לְךָ לַעֲשׂוֹת תְּרוּעוֹת יְבָבוֹת וְקָא מַפְסְקָא תְּרוּעָה בֵּין שְׁבָרִים לִפְשׁוּטָה שֶׁלְּאַחֲרֶיהָ:
Mais peut-être est-ce un gémissement — et tu ne dois pas faire de la teroua des sons courts saccadés (yébavot), et la teroua interrompt entre les chevarim et le son plein qui la suit.
וְדִלְמָא יַלּוֹלֵי הִיא וְאֵין לָנוּ שְׁבָרִים וְקָא מַפְסְקִי שְׁבָרִים דקשר"ק דְּר' אַבָּהוּ בֵּין תְּקִיעָה רִאשׁוֹנָה לַתְּרוּעָה וְאֵין כָּאן פְּשׁוּטָה לְפָנֶיהָ:
Mais peut-être est-ce un sanglot — et nous n'avons pas [besoin des] chevarim, et les chevarim du [groupe] teqia-chevarim-teroua-teqia de R. Abahou interrompent entre la première teqia et la teroua, et il n'y a pas là de son plein avant elle.
⚖️ Rosh (1)
דַּף לד שֶׁאֵין ת"ל בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי מַה ת"ל בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי שֶׁיְּהוּ כָּל תְּרוּעוֹת שֶׁל חֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי זֶה כָּזֶה. וּמִנַּיִן שֶׁפְּשׁוּטָה לְפָנֶיהָ ת"ל וְהַעֲבַרְתָּ וּמִנַּיִן שֶׁפְּשׁוּטָה לְאַחֲרֶיהָ ת"ל תַּעֲבִירוּ. אֵין לִי אֶלָּא בַּיּוֹבֵל בר"ה מִנַּיִן ת"ל בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי שֶׁיְּהוּ כָּל הַתְּרוּעוֹת שֶׁל חֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי שָׁווֹת. וּמִנַּיִן לְשָׁלֹשׁ שֶׁל שָׁלֹשׁ שָׁלֹשׁ דִּכְתִיב וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפַר תְּרוּעָה שַׁבָּתוֹן זִכְרוֹן תְּרוּעָה יוֹם תְּרוּעָה יִהְיֶה לָכֶם. וּמִנַּיִן לִיתֵּן אֶת הָאָמוּר שֶׁל זֶה בָּזֶה וְשֶׁל זֶה בָּזֶה ת"ל שְׁבִיעִי שְׁבִיעִי לג"ש הָא כֵּיצַד שָׁלֹשׁ שֶׁהֵן תֵּשַׁע. שִׁיעוּר תְּקִיעָה כִּתְרוּעָה שִׁיעוּר תְּרוּעָה כִּשְׁלֹשָׁה שְׁבָרִים. הִתְקִין ר' אָבָהוּ בְּקֵיסָרִי תְּקִיעָה וּשְׁלֹשָׁה שְׁבָרִים וּתְרוּעָה וּתְקִיעָה. מִמַּה נַפְשָׁךְ אִי יַלּוֹלֵי יַלֵּיל לֶיעֱבֵד תְּקִיעָה וּתְרוּעָה וּתְקִיעָה. וְאִי גְּנוּחֵי גָּנַח לֶיעֱבֵד תְּקִיעָה וְשָׁלֹשׁ שְׁבָרִים וּתְקִיעָה. מְסַפְּקָא לֵיהּ אִי גַּנּוֹחֵי גַּנַּח אִי יַלּוֹלֵי יַלֵּיל. מַתְקֵיף לַהּ רַב עַוִּירָא וְדִלְמָא יַלְּלָא הוּא וְקִפְסְקוּ שְׁבָרִים בֵּין תְּקִיעָה לַתְּרוּעָה. דַּהֲדַר עֲבִיד תְּקִיעָה וּתְרוּעָה וּתְקִיעָה. מַתְקֵיף לַהּ רָבִינָא וְדִלְמָא גַּנּוֹחֵי הוּא וְקָפְסִיק תְּרוּעָה בֵּין שְׁבָרִים לִתְקִיעָה. דַּהֲדַר עֲבִיד תְּקִיעָה וְשָׁלֹשׁ שְׁבָרִים וּתְקִיעָה. אֶלָּא ר' אֲבָהוּ מַאי אַתְקֵין אִי יַלּוֹלֵי יַלֵּיל הָא עָבְדִינַן וְאִי גְּנוּחֵי הוּא הָא עָבְדִינַן. מְסַפְּקָא לֵיהּ דִּלְמָא גְּנוּחֵי וְיַלֵּיל. אִי הָכִי אִיפְּכָא נָמֵי נִיעַבֵּיד. סְתָם אִינִישׁ כִּי מִיתְּרַע בֵּיהּ מִילְּתָא מְגַנַּח וַהֲדַר יַלֵּיל. כָּתַב רַב הַאיי בִּתְשׁוּבָה. אַל תַּחְשְׁבוּ כִּי נָפְלָה בִּימֵי ר' אָבָהוּ סָפֵק בְּדָבָר זֶה שֶׁהֲרֵי מִשְׁנָיוֹת קְדוּמוֹת אַחַת אוֹמֶרֶת שָׁלֹשׁ יְבָבוֹת וְאַחַת אוֹמֶרֶת שָׁלֹשׁ שְׁבָרִים וְקָאָמַר אַבַּיֵּי בְּהָא פְּלִיגִי. וְכָךְ הָיָה הַדָּבָר מִיָּמִים קַדְמוֹנִים מִנְהָג לְכָל יִשְׂרָאֵל מֵהֶם עוֹשִׂים תְּרוּעָה יְבָבוֹת קַלּוֹת. וּמֵהֶם עוֹשִׂים יְבָבוֹת כְּבֵדִים שֶׁהֵן שְׁבָרִים. אֵלּוּ וְאֵלּוּ יוֹצְאִין יְדֵי חוֹבָתָן כִּי שְׁבָרִים כְּבֵדִים תְּרוּעָה הֵן וִיבָבוֹת קַלּוּת תְּרוּעָה הֵן. וְהָיָה הַדָּבָר נִרְאֶה כַּחֲלוּקָה אע"פ שֶׁאֵינָהּ חֲלֻוקָּה. וְהֵן הַתַּנָּאִים כְּמוֹ שֶׁאָמַרְנוּ לְמַעְלָה הַלָּלוּ שׁוֹנִין שִׁיעוּר תְּרוּעָה כְּשָׁלשׁ יְבָבוֹת וְהַלָּלוּ שׁוֹנִין שִׁיעוּר תְּרוּעָה כִּשְׁלֹשָׁה שְׁבָרִים. אֵלּוּ מִשֶּׁנָּתַן כְּמִנְהָגָם וְאֵלּוּ מִשֶּׁנָּתַן כְּמִנְהָגָם. וְקָאָמַר אַבַּיֵּי בְּהָא פְּלִיגִי וְלָאו פְּלֻוגְתָּא הִיא שֶׁיְּהוּ מַטְעִים אֵלּוּ אֶת אֵלּוּ. אֶלָּא מָר כִּי אַתְרֵיהּ וּמָר כִּי אַתְרֵיהּ. וַחֲכָמִים שֶׁל הַלָּלוּ מוֹדִים הֵם כִּי שְׁבָרִים תְּרוּעָה הֵם וַחֲכָמִים שֶׁל הַלָּלוּ מוֹדִים כִּי יְבָבוֹת תְּרוּעָה הֵן. וּכְשֶׁבָּא ר' אָבָהוּ רָאָה לְתַקֵּן תַּקָּנָה שֶׁיְּהוּ כָּל יִשְׂרָאֵל עוֹשִׂין מַעֲשֶׂה אֶחָד וְלֹא יְהֵא בֵּינֵיהֶם דָּבָר שֶׁל הֶדְיוֹטוֹת נִרְאֶה כַּחֲלוּקָה: שִׁיעוּר תְּרוּעָה כְּשִׁיעוּר שְׁלֹשָׁה יְבָבוֹת פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י שְׁלֹשָׁה קוֹלוֹת בְּעָלְמָא כָּל דְּהוּ. לְפִי זֶה צָרִיךְ לִיזָּהֵר בִּשְׁבָרִים שֶׁלֹּא יַאֲרִיךְ עַל כָּל אֶחָד בִּפְנֵי עַצְמוֹ כְּשָׁלֹשׁ יְבָבוֹת שֶׁל שָׁלֹשׁ כֹּחוֹת כָּל שֶׁהוּא דְּאִם כֵּן יָצְאוּ מִכְּלַל שְׁבָרִים וְנַעֲשׂוּ תְּקִיעָה דְּהָא שִׁיעוּר תְּקִיעָה כִּתְרוּעָה וְשִׁיעוּר תְּרוּעָה כְּשָׁלֹשׁ יְבָבוֹת. וְצָרִיךְ לְהַאֲרִיךְ בִּתְקִיעָה שֶׁל קשר"ק יוֹתֵר מִבְּשֶׁל קש"ק וּבְשֶׁל קש"ק יוֹתֵר מִבְּשֶׁל קר"ק דְּהָא שִׁיעוּר תְּקִיעָה כִּתְרוּעָה וקשר"ק אָנוּ עוֹשִׂין מִשּׁוּם דְּגָנַח וְיַלֵּיל נִמְצָא שֶׁצָּרִיךְ לְהַאֲרִיךְ בִּתְקִיעָה שֶׁל קשר"ק כְּשִׁיעוּר שְׁלֹשָׁה שְׁבָרִים וּשְׁלֹשָׁה יְבָבוֹת וּבִתְקִיעָה שֶׁל קש"ק כְּשִׁיעוּר שְׁלֹשָׁה שְׁבָרִים דקש"ק מִשּׁוּם סָפֵק גָּנַח עָבְדִינַן וקר"ק מִשּׁוּם יַלּוֹלֵי יְלֵיל. מִיהוּ אִם הוּא מַאֲרִיךְ בְּכָל הַתְּקִיעוֹת אֵין לָחוּשׁ דְּאֵין עֲלֵיהֶם שִׁיעוּר לְמַעְלָה וְיָכוֹל לְהַאֲרִיךְ בָּהּ כְּמוֹ שֶׁיִּרְצֶה כְּדִתְנַן וּמָשַׁךְ בַּשְּׁנִיָּה כִּשְׁתַּיִם. וְכֵן תְּרוּעָה אע"ג דְּשִׁיעוּרָא כִּשְׁלֹשָׁה יְבָבוֹת יָכוֹל לְהַאֲרִיךְ בָּהּ כְּמוֹ שֶׁיִּרְצֶה וּמִטַּעַם זֶה נָמֵי אֵין לָחוּשׁ אִם נַעֲשָׂה אַרְבָּעָה אוֹ חֲמִשָּׁה שְׁבָרִים שֶׁהַשְּׁבָרִים תְּרוּעָה הֵן יָכוֹל לְהַאֲרִיךְ בָּהֶן כְּמוֹ שֶׁיִּרְצֶה. וה"ר מֵאִיר וְרִיבָ"א זַ"ל הָיוּ אוֹמְרִים דְּיַבְּבָא הִיא שְׁלֹשָׁה כֹּחוֹת שֶׁל כָּל דְּהוּ וְנִמְצֵאת שִׁיעוּר תְּרוּעָה כְּתִשְׁעָה כֹּחוֹת וְכֵן תְּקִיעָה וּלְדִבְרֵיהֶם אֵין לָחוּשׁ אִם הֶאֱרִיךְ קְצָת בִּשְׁבָרִים וְצָרִיךְ לִמְשֹׁוךְ בִּתְקִיעָה שֶׁל קשר"ק כְּשִׁיעוּר שְׁלֹשָׁה שְׁבָרִים וְתֵשַׁע כֹּחוֹת וּמִי שֶׁלֹּא מָשַׁךְ בִּתְקִיעָה כַּשִּׁיעוּר הַזֶּה וּמָשַׁךְ קְצָת בִּשְׁבָרִים לֹא קִייֵּם מִצְוָה לָא כְּמַר וְלָא כְּמַר. ור"ח פִּי' כפרש"י וְכֵן הוּא אוֹמֵר בִּירוּשַׁלְמִי פֶּרֶק זֶה הֲלָכָה י אֵיזוֹהוֹ הָרָעָה בִּתְלָת דְּקִיקִין וּשְׁבָרִים וּתְרוּעָה יֵשׁ לַעֲשׂוֹת בִּנְשִׁימָה אַחַת מִשּׁוּם דִּלְמָא גְּנוּחֵי גָּנַח וְיַלּוֹלֵי יַלֵּיל וְהַכֹּל תְּרוּעָה אַחַת הֵן. ואע"פ שֶׁאֵין דֶּרֶךְ הָאָדָם לִגְנֹוחַ וְיַלֵּיל בִּנְשִׁימָה אַחַת מ"מ תְּרוּעָה הִיא גְּנוּחֵי וְיַלֵּיל בָּעֵינַן שֶׁתְּהֵא הַתְּרוּעָה כְּאַחַת בְּלֹא הֶפְסֵק. וְאִם עָשָׂה תְּקִיעָה תְּרוּעָה וּתְקִיעָה בִּנְשִׁימָה אַחַת לֹא יָצָא מִפְּנֵי שֶׁאֵין כָּאן לֹא סוֹף וְלֹא רֹאשׁ. וּמִיהוּ בִּירוּשַׁלְמִי לָא מַשְׁמַע הָכִי דְּגָרְסִי' הָתָם הֵל' י תָּנֵי עֲשָׂאוֹ בִּנְפִיחָה אַחַת יָצָא. וְהַתַּנְיָא ג' שֶׁל ג'. הָתָם שֶׁלֹּא יִפְחֹות פִּי' וְהִתְנָן ג' שֶׁל ג' וְאִם עֲשָׂאָן בִּנְפִיחָה אַחַת אֵין כָּאן ג' שֶׁל ג' וּמְשַׁנֵּי הָא דְּאָמַר ג' שֶׁל ג' הַיְינוּ שֶׁלֹּא יִפְחֹות מִן הַשִּׁיעוּר אֲבָל לְעִנְיָן שֶׁיַּפְסִיק בֵּינֵיהֶם לֹא נֶאֱמַר. וְנָהֲגוּ הָעָם לִתְקֹועַ מְיֻושָּׁב אַחַר קְרִיאַת הַתּוֹרָה קשר"ק ג' פְּעָמִים וקש"ק ג"פ וקר"ק ג"פ וּמְבָרְכִין עֲלֵיהֶן בִּרְכַּת הַתְּקִיעָה. וּמִפְּנֵי שֶׁהַצִּבּוּר צְרִיכִין לִשְׁמֹועַ תְּקִיעוֹת שֶׁל סֵדֶר בְּרָכוֹת לְפִיכָךְ חוֹזְרִין וְתוֹקְעִין עַל סֵדֶר בְּרָכוֹת קשר"ק פַּעַם אַחַת וקש"ק פַּעַם אַחַת וקר"ק פַּעַם אַחַת. וּבְדִין הוּא שֶׁיְּהוּ תּוֹקְעִין עַל סֵדֶר בְּרָכוֹת כַּסֵּדֶר שֶׁתָּקְעוּ כְּשֶׁהֵן יוֹשְׁבִין אֶלָּא כֵּיוָן שֶׁהַבְּרָכוֹת אֵינָן מְעַכְּבוֹת אֶת הַתְּקִיעוֹת הֲרֵי כְּבָר יָצְאוּ יְדֵי חוֹבָתָן בְּאוֹתָן שֶׁתָּקְעוּ יוֹשְׁבִין וְדַי לָהֶם לִתְקֹועַ קשר"ק קש"ק קר"ק עַל סֵדֶר הַבְּרָכוֹת פַּעַם אַחַת שֶׁלֹּא לְהַטְרִיחַ עַל הַצִּבּוּר וְכֵן מִנְהָג בְּכָל הָעוֹלָם וּבִשְׁתֵּי יְשִׁיבוֹת. וְרַבֵּינוּ תָּם זַ"ל הָיָה תָּמֵהַּ עַל מִנְהָג זֶה דקשר"ק שֶׁל מַלְכֻיוֹת וקש"ק שֶׁל זִכְרוֹנוֹת וקר"ק שֶׁל שׁוֹפָרוֹת סוֹתְרִין זֶה אֶת זֶה דְּאִי גָּנַח וְיַלֵּיל אִיבְּעִי לְמֶיעְבַּד כּוּלְּהוּ קשר"ק. וְאִי גָּנַח לְחוּד אִיבַּעְיָא לֵיהּ לְמֶיעְבַּד כֻּולְּהוּ. קש"ק. וְאִי יַלֵּיל לְחוּד בָּעֵי לְמֶיעְבַּד כּוּלְּהוּ קר"ק וְהִנְהִיג רַבֵּינוּ תָּם לִתְקֹועַ בְּזִכְרוֹנוֹת וּבְשׁוֹפָרוֹת קשר"ק כְּמוֹ בְּמַלְכֻיוֹת דְּהַשְׁתָּא נָפֵיק מִכָּל סְפֵיקֵי וְלֵיכָּא אֶלָּא הֶפְסֵק וּכְדֵי שֶׁלֹּא לְשַׁנּוֹת אֶת הַמִּנְהָג בְּיוֹתֵר לָא חָייְשִׁינַן לְהֶפְסֵק דְּהָא קי"ל שָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּתֵשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם יָצָא. וְרַבֵּינוּ אבי"ה כָּתַב בְּשֵׁם רִיבָ"א דְּהָא דְּתִיקֵּן רַבִּי אָבָהוּ קשר"ק קש"ק קר"ק לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁהִפְסִיק בִּשְׁהִייָּה. אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁהִפְסִיק סֵדֶר הַתְּקִיעוֹת בְּקוֹל אַחֵר דְּבָעֵינַן פְּשׁוּטָה לְפָנֶיהָ וּפְשׁוּטָה לְאַחֲרֶיהָ בְּלֹא הֶפְסֵק קוֹל אַחֵר וְאִם שִׁינָּה בְּסֵדֶר הַתְּקִיעוֹת אַפֵּי' לֹא שָׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור כֻּולָּהּ חוֹזֵר. וְהֵבִיא רָאַבְיָ"ה רְאָיָה מִיְּרוּשַׁלְמִי דְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּבְרָכוֹת דְּמַיְיתֵי הָתָם הַךְ דְּר' יוֹחָנָן דְּתֵשַׁע שָׁעוֹת וּמְסַייֵּם אָמַר רַבִּי וְהוּא שֶׁשָּׁמַע עַל הַסֵּדֶר פִּי' שֶׁשָּׁהָה וְשָׁתַק וְלֹא שִׁינָּה הַסֵּדֶר וּלְדִבְרֵיהֶם הַהֶפְסֵק פּוֹסֵל. וּקְצָת לִיתֵּן טַעַם לַמִּנְהָג שֶׁלָּנוּ דְּשֶׁמָּא סְבִירָא לָן כמ"ד אַחַת מִדִּבְרֵי תוֹרָה וּשְׁתַּיִם מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים וְכֵיוָן שֶׁנַּעֲשׂוּ בִּישִׁיבָה כָּל הַסְּפֵיקוֹת שֶׁל תּוֹרָה וְשֶׁל סוֹפְרִים לֹא חָשׁוּ לַחֲזֹור לַעֲשׂוֹת בִּשְׁעַת תְּפִלָּה אֶלָּא סְפֵיקָא דְּאוֹרָיְיתָא מִפְּנֵי טֹורַח צִיבּוּר. וְצָרִיךְ לְדַקְדֵּק בִּתְקִיעָה שֶׁאָנוּ עוֹשִׂין מְיֻושָּׁב לְאַחַר שֶׁסִּייֵּם כָּל הקשרקי"ם וּמַתְחִיל בקש"ק וְכֵן לְאַחַר שֶׁסִּייֵּם כָּל הקשקי"ם וּמַתְחִיל בקר"ק לָמָּה תּוֹקְעִין שְׁתֵּי תְּקִיעוֹת זוֹ אַחַר זוֹ מִמַּה נַפְשָׁךְ פָּטוּר מִתְּקִיעָה אַחַת דְּאִי גָּנַח וְיַלֵּיל הֲרֵי יָצָא בקשר"ק וְאִי גָּנַח לְחוּד לֹא הֻוצְרַךְ לקשר"ק שֶׁתָּקַע וּתְקִיעָה אַחֲרוֹנָה שֶׁל קשר"ק תַּעֲלֶה לקש"ק וְכֵן תְּקִיעָה אַחֲרוֹנָה שֶׁל קש"ק תַּעֲלֶה לקר"ק. וְאֶפְשָׁר כֵּיוָן שֶׁעָשָׂה הַתְּקִיעָה לְשֵׁם פְּשׁוּטָה אַחֲרֵי תְּרוּעָה לֹא רָצוּ שֶׁתַּעֲלֶה לִפְשׁוּטָה שֶׁלִּפְנֵי תְּרוּעָה. ור"ת כָּתַב שֶׁיֵּשׁ לְבָרֵךְ עַל תְּקִיעַת שׁוֹפָר מִשּׁוּם דַּעֲשִׂיָּיתָהּ הִיא גְּמַר מִצְוָתָהּ. וְרָאַבְיָ"ה הֵבִיא הַיְּרוּשַׁלְמִי תּוֹקֵעַ שׁוֹפָר צָרִיךְ לְבָרֵךְ אקב"ו לִשְׁמֹועַ בְּקוֹל שׁוֹפָר וְשֶׁהֶחֱייָנוּ וְאַחַ"כּ תּוֹקְעִין. וְכֵן כָּתַב בה"ג הָא דִּמְבָרְכִים לִשְׁמֹועַ בְּקוֹל שׁוֹפָר וְלֹא מְבָרְכִים לִתְקֹועַ בְּשׁוֹפָר אוֹ עַל תְּקִיעַת שׁוֹפָר כְּמוֹ עַל מִקְרָא מְגִילָּה מִשּׁוּם דְּבִשְׁמִיעַת קוֹל שׁוֹפָר הוּא יוֹצֵא וְלֹא בִּתְקִיעַת שׁוֹפָר. כְּדִתְנַן לְעֵיל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף כז:) הַתּוֹקֵעַ לְתוֹךְ הַבּוֹר וְכוּ' וּפְעָמִים שֶׁהַתּוֹקֵעַ וּבְעַצְמוֹ לֹא יָצָא כְּגוֹן שֶׁהָיָה עוֹמֵד עַל שְׂפַת הַבּוֹר וְהִכְנִיס פִּיו לְתוֹךְ הַבּוֹר וְתָקַע:
Daf 34. Puisqu'il n'était pas nécessaire pour le verset de dire 'au septième mois', que vient enseigner [le fait de dire] 'au septième mois' ? [Cela enseigne] que toutes les teroua (sonneries brisées) du septième mois soient semblables l'une à l'autre. Et d'où [sait-on] qu'une pechouta (son plein, teqia) [précède] avant elle ? Le verset dit 've-heevarta' (et tu feras passer). Et d'où [sait-on] qu'une pechouta [suit] après elle ? Le verset dit 'taavirou' (vous ferez passer). Je n'ai [ceci] qu'au Yovel (jubilé) ; à Roch Hachana, d'où [le sais-je] ? Le verset dit 'au septième mois', [pour enseigner] que toutes les teroua du septième mois soient égales. Et d'où [sait-on qu'il faut] trois [séries] de trois [sonneries] chacune ? Car il est écrit 've-heevarta chofar teroua' (et tu feras passer le chofar de teroua), 'chabbaton zikhron teroua' (repos, mémorial de teroua), 'yom teroua yihye lakhem' (ce sera pour vous un jour de teroua). Et d'où [sait-on qu'il faut] appliquer ce qui est dit de celui-ci à celui-là et ce qui est dit de celui-là à celui-ci ? Le verset dit 'septième', 'septième', par gezera chava (analogie verbale). Comment cela ? Trois [séries] qui font neuf [sons]. La durée d'une teqia (son plein) est comme [celle d'] une teroua ; la durée d'une teroua est comme trois chevarim (sons brisés). R. Abahou institua à Césarée [de sonner] teqia, et trois chevarim, et teroua, et teqia. Car de toute façon (mi-ma nafshakh) : si [la teroua biblique est] un sanglot (yeloulei yaleil), il aura fait teqia, teroua et teqia ; et si [c'est] un gémissement (genoukhei ganaḥ), il aura fait teqia, et trois chevarim, et teqia. [En effet,] il lui est douteux [à R. Abahou] si [la teroua] est un gémissement (ganaḥ) ou un sanglot (yaleil). Rav Avira objecte : mais peut-être était-ce un sanglot, et [en faisant les trois chevarim d'abord] les chevarim interrompent entre la teqia et la teroua ! [Réponse :] car il refait ensuite teqia, teroua et teqia. Ravina objecte : mais peut-être était-ce un gémissement, et [dans la série suivante] la teroua interrompt entre les chevarim et la teqia ! [Réponse :] car il refait ensuite teqia, et trois chevarim, et teqia. Mais alors, qu'a donc institué R. Abahou [de nouveau] ? Si c'est un sanglot, nous l'avons déjà fait [par TaRaT] ; et si c'est un gémissement, nous l'avons déjà fait [par TaChaT] ! [Réponse :] il lui est douteux, peut-être [faut-il] gémir puis sangloter [gonaḥ ve-yaleil, d'où la série TaCHRaT]. Si tu dis ainsi, faisons aussi l'inverse [sangloter puis gémir] ! [Réponse :] d'ordinaire, un homme, lorsque lui survient un malheur, gémit d'abord puis sanglote. Rav Haï a écrit dans une responsa (techouva) : Ne pensez pas qu'un doute soit tombé [réellement], du temps de R. Abahou, sur cette affaire, car voici que des michnayot anciennes — l'une dit 'trois yevavot' (sons plaintifs, courts) et l'autre dit 'trois chevarim' — et Abaye a dit 'c'est en ceci qu'ils divergent'. Et ainsi en était-il des jours anciens : c'était une coutume (minhag) chez tout Israël ; parmi eux, certains faisaient la teroua [avec] des yevavot légères, et parmi eux certains faisaient des yevavot lourdes, qui sont les chevarim. Les uns et les autres s'acquittent de leur obligation, car les chevarim lourds sont [une] teroua et les yevavot légères sont [une] teroua. Et l'affaire apparaissait comme une divergence (maḥloket) bien qu'elle ne fut pas une divergence. Et ce sont les tannaim [dont nous avons parlé], comme nous l'avons dit plus haut : ceux-ci enseignent que la durée d'une teroua est comme trois yevavot, et ceux-là enseignent que la durée d'une teroua est comme trois chevarim. Ceux-ci [ont enseigné] chacun selon leur coutume, et ceux-là [ont enseigné] chacun selon leur coutume. Et Abaye a dit 'c'est en ceci qu'ils divergent', et [pourtant] ce n'est pas [vraiment] une divergence, car les uns admettent les autres. Mais [c'est] maître selon son lieu et maître selon son lieu [chacun selon l'usage de son endroit]. Et les sages de ceux-ci reconnaissent que les chevarim sont [une] teroua, et les sages de ceux-là reconnaissent que les yevavot sont [une] teroua. Et lorsque R. Abahou vint, il jugea bon d'instituer une institution (taqana) afin que tout Israël accomplisse un seul et même acte, et qu'il n'y ait pas entre eux une chose qui, aux yeux des gens du commun (hedyotot), apparaisse comme une divergence. 'La durée d'une teroua est comme la durée de trois yevavot' — Rachi a expliqué : trois sons quelconques, tout petits. Selon cela, il faut prendre garde, dans les chevarim, de ne pas prolonger chacun d'eux séparément autant que trois yevavot de trois émissions [de souffle], si petit soit-il ; car si [on le fait] ainsi, ils sortent de la catégorie des chevarim et deviennent une teqia, puisque la durée d'une teqia est comme [celle d'] une teroua et la durée d'une teroua est comme trois yevavot. Et il faut prolonger la teqia de [la série] KaSHRaK (qara-chevarim-teroua-qara) plus que celle de KaSHaK (qara-chevarim-qara), et [la teqia] de KaSHaK plus que celle de KaRaK (qara-teroua-qara) ; car la durée d'une teqia est comme [celle d'] une teroua, et [la série] KaSHRaK nous la faisons à cause de [l'hypothèse] qu'il a gémi puis sangloté. Il se trouve donc qu'il faut prolonger la teqia de KaSHRaK de la durée de trois chevarim et de trois yevavot ; et la teqia de KaSHaK de la durée de trois chevarim, car KaSHaK nous le faisons à cause du doute [qu'il a] gémi ; et KaRaK à cause de [l'hypothèse] qu'il a sangloté. Toutefois, s'il prolonge toutes les teqia, il n'y a pas à s'en inquiéter, car il n'y a pas pour elles de durée [maximale] par le haut, et il peut la prolonger autant qu'il le veut, comme nous l'avons enseigné [dans la michna] : 'et il a prolongé la seconde comme deux'. De même la teroua, bien que sa durée soit comme trois yevavot, il peut la prolonger autant qu'il veut ; et pour cette raison aussi il n'y a pas à s'inquiéter s'il a fait quatre ou cinq chevarim, car les chevarim sont [une] teroua [et] il peut les prolonger autant qu'il veut. Et le Rav Meir et le Riva, de mémoire bénie, disaient qu'une yevava est trois émissions (koḥot) de rien du tout, et il se trouve que la durée d'une teroua est comme neuf émissions, et de même la teqia. Selon leurs paroles, il n'y a pas à s'inquiéter s'il a un peu prolongé les chevarim ; et il faut prolonger la teqia de KaSHRaK de la durée de trois chevarim et de neuf émissions. Et celui qui n'a pas prolongé la teqia selon cette durée et a un peu prolongé les chevarim n'a pas accompli le commandement (mitsva), ni selon l'un [maître] ni selon l'autre. Et Rabbeinou Ḥananel a expliqué comme Rachi. Et de même il est dit dans le Yerouchalmi (Talmud de Jérusalem), à ce chapitre, halakha 10 : 'Qu'est-ce que la 'raa' [teroua/gémissement] ? [C'est] en trois [sons] fins.' Et [les] chevarim et [la] teroua [ensemble], on peut les faire en une seule respiration, à cause de [l'hypothèse que] peut-être il a gémi puis sangloté, et le tout est une seule teroua. Et bien qu'il ne soit pas dans la manière de l'homme de gémir et sangloter en une seule respiration, néanmoins [la teroua reste valide], car [la] teroua est gémissement et sanglot [ensemble] ; nous exigeons que la teroua soit comme une seule [entité] sans interruption (hefsek). Mais s'il a fait teqia, teroua et teqia en une seule respiration, il ne s'est pas acquitté, parce qu'il n'y a là ni fin ni commencement. Toutefois, dans le Yerouchalmi cela ne ressort pas ainsi, car nous y lisons, là, [au même chapitre] halakha 10 : 'Il est enseigné : s'il l'a fait en un seul souffle, il s'est acquitté. Mais [n'est-il pas] enseigné : trois [séries] de trois [sons] ? Là, [c'est] pour qu'il ne diminue pas [du nombre].' Explication : nous avons enseigné 'trois de trois', et s'il les a faits en un seul souffle il n'y a pas là 'trois de trois' [distincts] ; et [le Yerouchalmi] répond que ce qui a été dit 'trois de trois' signifie qu'il ne diminue pas de la durée [prescrite], mais quant à interrompre entre eux [par une respiration], cela n'a pas été dit [comme exigence]. Et le peuple a pris coutume de sonner assis (meyouchav), après la lecture de la Tora : KaSHRaK trois fois, et KaSHaK trois fois, et KaRaK trois fois, et l'on récite sur elles la bénédiction de la teqia. Et parce que le public doit entendre les teqia selon l'ordre des bénédictions (seder berakhot), c'est pourquoi ils recommencent et sonnent selon l'ordre des bénédictions : KaSHRaK une fois, KaSHaK une fois, KaRaK une fois. Et en toute rigueur, ils devraient sonner selon l'ordre des bénédictions dans le même ordre qu'ils ont sonné lorsqu'ils étaient assis ; mais puisque les bénédictions n'empêchent pas [la validité des] teqia, voici qu'ils se sont déjà acquittés de leur obligation par celles qu'ils ont sonnées assis, et il leur suffit de sonner KaSHRaK, KaSHaK, KaRaK selon l'ordre des bénédictions une seule fois, pour ne pas surcharger le public. Et telle est la coutume dans le monde entier et dans les deux yechivot [académies]. Et Rabbeinou Tam, de mémoire bénie, s'étonnait de cette coutume : [faire] KaSHRaK pour Malkhouyot, KaSHaK pour Zikhronot et KaRaK pour Chofarot — elles se contredisent l'une l'autre ! Car s'il [a] gémi et sangloté, il faudrait faire toutes [les séries] KaSHRaK ; et s'il [a] gémi seulement, il faudrait faire toutes [les séries] KaSHaK ; et s'il [a] sangloté seulement, il faudrait faire toutes [les séries] KaRaK. Et Rabbeinou Tam institua de sonner, à Zikhronot et à Chofarot, KaSHRaK comme à Malkhouyot ; car ainsi l'on sort de tous les doutes, et il n'y a plus qu'une interruption [du son plein par un autre son] ; et afin de ne pas trop changer la coutume, nous ne nous soucions pas de l'interruption, puisque nous tenons pour établi [la halakha] : celui qui a entendu neuf teqia en neuf heures dans la journée s'est acquitté. Et Rabbeinou Aviah [Raavya] a écrit au nom du Riva que cette [institution] par laquelle R. Abahou a institué KaSHRaK, KaSHaK, KaRaK [en séries distinctes] n'est pas parce qu'il a interrompu par un délai [d'attente], mais parce qu'il a interrompu l'ordre des teqia par un autre son ; car nous exigeons une pechouta (son plein) avant elle et une pechouta après elle, sans interruption par un autre son. Et s'il a changé dans l'ordre des teqia, même s'il n'a pas attendu de quoi terminer toute [la série], il recommence. Et Raavya a apporté une preuve du Yerouchalmi, chapitre deux de Berakhot, où l'on cite, là, cet enseignement de R. Yo'hanan sur les neuf heures, et il conclut : R. [Yo'hanan] a dit : 'et cela [à condition] qu'il ait entendu selon l'ordre'. Explication : qu'il ait attendu et fait silence, mais n'ait pas changé l'ordre ; et selon leurs paroles, l'interruption [par un autre son] rend passoul (invalide). Et [voici] un peu [de quoi] donner une raison à notre coutume : peut-être tenons-nous comme celui qui dit 'une [teroua] des paroles de la Tora et deux des paroles des scribes' ; et puisque tous les doutes, ceux de la Tora et ceux des scribes, ont été accomplis lors [des sonneries] assis, ils n'ont pas jugé nécessaire de recommencer à faire [toutes les séries] au moment de la prière, sinon [pour lever] le doute d'ordre biblique (de-orayta), [et ce] à cause de la peine du public. Et il faut examiner de près, concernant la teqia que nous faisons assis : après qu'il a terminé tous les KaSHRaK et commencé les KaSHaK, et de même après qu'il a terminé tous les KaSHaK et commencé les KaRaK — pourquoi sonne-t-on deux teqia l'une après l'autre ? Car de toute façon (mi-ma nafshakh) on est dispensé d'une teqia : si [c'est] gémir et sangloter, voici qu'il s'est acquitté par KaSHRaK ; et si [c'est] gémir seulement, il n'avait pas besoin du KaSHRaK qu'il a sonné, et la dernière teqia du KaSHRaK devrait valoir pour KaSHaK ; et de même la dernière teqia du KaSHaK devrait valoir pour KaRaK. Et il est possible que, puisqu'il a fait la teqia dans l'intention d'une pechouta après la teroua, on n'ait pas voulu qu'elle vaille pour la pechouta d'avant la teroua. Et Rabbeinou Tam a écrit qu'il faut réciter la bénédiction sur la teqia du chofar (al teqiat chofar), parce que son accomplissement [l'acte de sonner] est le parachèvement de son commandement. Et Raavya a apporté le Yerouchalmi : 'Celui qui sonne du chofar doit réciter la bénédiction : Béni... qui nous a sanctifiés par ses commandements et nous a ordonné d'entendre le son du chofar (li-chmoa be-qol chofar)', et [la bénédiction de] Chehecheyanou, et ensuite on sonne. Et ainsi a écrit le Halakhot Guedolot (BeHaG) : ce pour quoi l'on bénit 'd'entendre le son du chofar' et non 'de sonner du chofar' ni 'sur la teqia du chofar', comme [on dit] 'sur la lecture de la Meguila', [c'est] parce que c'est par l'audition du son du chofar qu'il s'acquitte, et non par la teqia du chofar. Comme nous l'avons enseigné plus haut (Roch Hachana daf 27b) : 'celui qui sonne dans une fosse, etc.' ; et parfois celui qui sonne, lui-même, ne s'est pas acquitté — par exemple s'il se tenait au bord de la fosse et a introduit sa bouche à l'intérieur de la fosse et a sonné.
💡 Explication

R. Abahou doute : gémissement ou sanglot ? D'où la double série. Rav Avira : si c'est un sanglot, les chevarim insérés coupent l'ordre — d'où l'on ajoute TaRaT (teqia-teroua-teqia) pur. Ravina : si c'est un gémissement, la teroua coupe l'ordre — d'où l'on ajoute TaChaT (teqia-chevarim-teqia) pur.

22
אֶלָּא רַבִּי אֲבָהוּ מַאי אַתְקֵין? אִי גְּנוּחֵי גָּנַח — הָא עַבְדֵיהּ, אִי יַלּוֹלֵי יַלֵּיל — הָא עַבְדֵיהּ! מְסַפְּקָא לֵיהּ דִּלְמָא גַּנַּח וְיַלֵּיל.

Mais alors, qu'a donc institué Rabbi Abahou [de plus] ? Si [c'est] un gémissement — voilà qu'on l'a fait ; si [c'est] un sanglot — voilà qu'on l'a fait !

[Réponse :] il est dans le doute [craignant] peut-être [un] gémissement puis [un] sanglot (ganah ve-yalel).

💡 Explication

Si TaChaT couvre le gémissement et TaRaT le sanglot, qu'ajoute la série TaCHRaT de R. Abahou ? Réponse : R. Abahou craint que la teroua biblique soit gémissement PUIS sanglot (chevarim suivis de teroua d'un seul souffle) — cas que seule la série TaCHRaT couvre.

23
אִי הָכִי, לֶיעֱבֵד נָמֵי אִיפְּכָא: תְּקִיעָה, תְּרוּעָה, שְׁלֹשָׁה שְׁבָרִים, וּתְקִיעָה — דִּלְמָא יַלֵּיל וְגָנַח! סְתָמָא דְמִילְּתָא, כִּי מִתְּרַע בְּאִינִישׁ מִילְּתָא — בְּרֵישָׁא גָּנַח וַהֲדַר יָלֵיל.

S'il en est ainsi, qu'on fasse aussi l'inverse : teqia, teroua, trois chevarim, teqia — car peut-être [est-ce] un sanglot puis un gémissement (yalel ve-ganah) ! [Réponse :] c'est la nature de la chose : quand un malheur atteint un homme, d'abord il gémit et ensuite il sanglote.

📜 Rachi (2)
בְּרֵישָׁא גְּנוּחֵי גָּנַח גְּנִיחוֹת אֲרֻוכּוֹת קומפלייני"א בְּלַעַ"ז:
D'abord il gémit — des gémissements longs, 'complaintes' en langue vulgaire [ancien français].
וַהֲדַר מְיַלֵּיל רצידי"ר בְּלַעַ"ז:
Et ensuite il sanglote — 'sanglots' en langue vulgaire [ancien français].
💡 Explication

Objection : pourquoi ne pas ajouter aussi l'ordre inverse (teroua puis chevarim), au cas où ce serait sanglot puis gémissement ? Réponse : c'est la nature humaine — face au malheur, on gémit d'abord (chevarim, plaintes longues), puis on sanglote (teroua, sursauts brefs), jamais l'inverse.

24
תָּקַע בָּרִאשׁוֹנָה וּמָשַׁךְ בַּשְּׁנִיָּה כִּשְׁתַּיִם. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שְׁמַע

[Michna :] il a sonné la première [teqia] et prolongé la seconde comme deux [teqia] — [elle ne compte que pour une]. Rabbi Yo'hanan a dit : celui qui entend...

💡 Explication

Début du commentaire d'une michna : si l'on prolonge la teqia médiane pour qu'elle serve à la fois de teqia finale d'une série et de teqia initiale de la suivante, elle ne compte que pour une. Puis R. Yo'hanan ouvre un enseignement ('celui qui entend...') dont la suite est sur 34b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).