Rosh Hachana 33b — l'ordre et les mesures des sonneries du chofar : teki'a, teroua, et la nature du son de teroua (gémissement ou plainte)

Rosh Hashanah 33b

Sougya : La fin de la sougya précédente distingue le mineur qui a atteint l'âge d'éducation (qu'on entraîne à sonner) de celui qui ne l'a pas atteint. La Guemara examine ensuite si celui qui sonne 'pour le chant' (li-chir) est acquitté, et si l'on s'acquitte en entendant celui qui sonne pour lui-même sans intention d'acquitter autrui (position de R.

Zeira). La michna énonce alors l'ordre des sonneries : trois séries de trois sons (teki'a-teroua-teki'a), la mesure d'une teki'a égale à trois terou'ot, la mesure d'une teroua égale à trois yevavot (sanglots) ; et la règle qu'on ne coupe pas une teki'a en deux.

La Guemara résout une contradiction sur la mesure de la teki'a (tanna de la michna vs baraita), puis pose la grande mahloket sur la nature de la teroua biblique : gémissement long (gnouhi ganah = chevarim) ou plainte brève (yelouli yelil = teroua), d'après le targoum de 'yom teroua' (yevava) et le cri de la mère de Sisra. Enfin, une baraita dérive des versets (Vayikra 25:9) que la sonnerie se fait au chofar, au Yovel comme à Roch Hachana, et qu'un son plein (pechouta) précède et suit la teroua.

L'ordre des sonneries : 3 séries de teki'a - teroua - teki'a une série pour Malkhouyot, une pour Zikhronot, une pour Chofarot Malkhouyot Zikhronot Chofarot teki'a (son plein) teroua (son brisé) teki'a (son plein) teki'a teroua teki'a teki'a teroua teki'a La teroua est toujours encadrée par deux teki'ot (sons pleins) : pechouta lefaneha et pechouta le'ahareha. 9 sons au total (3 + 3 + 3) Règle : on ne coupe pas une même teki'a en deux (une teki'a ne compte pas pour deux).
L'ordre des 9 sonneries : trois séries de teki'a-teroua-teki'a, une par bénédiction (segment 4).
Les mesures : teki'a = teroua ; teroua = 3 yevavot (sanglots) Une teki'a (son plein continu) durée = celle d'une teroua entière Une teroua = 3 yevavot yevava yevava yevava Michna : yevava = un son bref quelconque. Autre baraita : teroua = 3 chevarim (sons brisés plus longs). -> d'où la mahloket : la teroua bibllique est-elle un gémissement (chevarim) ou une plainte brève (teroua) ?
Les mesures relatives : teki'a = teroua ; teroua = 3 yevavot (segments 4, 7, 8).
Qu'est-ce que la teroua ? La mahloket sur le son des pleurs Le targoum rend 'yom teroua' par 'yom yevava' ; et la mère de Sisra 'va-teyabev' (elle sanglota, Juges 5:28) Un maître : gnouhi ganah = gémissement (comme un malade qui gémit longuement du cœur) -> ce sont les CHEVARIM 3 sons brisés, plus longs Un maître : yelouli yelil = plainte (comme celui qui pleure et gémit par sons brefs et serrés) -> c'est notre TEROUA sons brefs et rapprochés Le doute (que R. Abbahou tranchera plus loin par tachrat/tachât/tarât) naît ici.
La mahloket sur la nature de la teroua : gémissement (chevarim) ou plainte brève (teroua) (segment 9).
1
בְּקָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִינּוּךְ, כָּאן בְּקָטָן שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְחִינּוּךְ.

[La contradiction dans la baraita se résout ainsi :] ici (dans le premier cas), il s'agit d'un enfant (katan) qui a atteint l'âge d'éducation (hinoukh) ; là (dans le second cas), il s'agit d'un enfant qui n'a pas atteint l'âge d'éducation.

📜 Rachi (1)
קָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִינּוּךְ מִתְעַסְּקִין בָּהֶן שֶׁיִּלְמְדוּ וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁאֵין מְעַכְּבִין:
Un enfant qui a atteint l'âge d'éducation — on s'occupe d'eux pour qu'ils apprennent, et à plus forte raison on ne les [en] empêche pas.
💡 Explication

Résolution d'une contradiction interne à la baraita sur l'enfant qui sonne du chofar. Un enfant parvenu à l'âge d'éducation (hinoukh) : on s'en occupe pour qu'il apprenne. Un enfant qui n'y est pas parvenu : on ne l'en empêche pas, mais on ne l'y encourage pas non plus.

2
וְהַמִּתְעַסֵּק לֹא יָצָא. הָא תּוֹקֵעַ לָשִׁיר — יָצָא. לֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ לְרָבָא, דְּאָמַר רָבָא: הַתּוֹקֵעַ לְשִׁיר — יָצָא. דִּלְמָא תּוֹקֵעַ לָשִׁיר — נָמֵי מִתְעַסֵּק קָרֵי לֵיהּ.

[La michna a dit :] et celui qui agit sans intention (ha-mitassek) n'est pas acquitté. [On en déduit :] mais celui qui sonne pour le chant (le-chir) est acquitté.

Disons que cela vient à l'appui de Rava, car Rava a dit : celui qui sonne pour le chant est acquitté ! [Réponse :] peut-être celui qui sonne pour le chant est-il, lui aussi, appelé 'agissant sans intention' [et donc la michna ne le prouve pas].

📜 Rachi (1)
מִתְעַסֵּק הוּא דְּלָא שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין לִתְקִיעָה וַאֲפִילּוּ דְּלָאו מִצְוָה אֶלָּא מְנַבַּח נְבוּחֵי אוֹ שֶׁהָיָה נוֹפֵחַ בַּשּׁוֹפָר וְעָלְתָה בְּיָדוֹ תְּקִיעָה אֲבָל תּוֹקֵעַ לָשִׁיר שֶׁמִּתְכַּוֵּין לִתְקִיעָה בְּעָלְמָא יָצָא:
C'est [le cas du] mitassek qui n'[est] pas [acquitté] — car il ne vise pas [du tout] une sonnerie, et cela même sans [viser la] mitsva : par exemple il faisait 'aboyer' [le chofar] ou soufflait dedans et il en est sorti une sonnerie. Mais celui qui sonne pour le chant, qui vise une sonnerie en tant que telle — il est acquitté.
💡 Explication

La michna disait que le mitassek (celui qui produit un son sans intention de sonner) n'est pas acquitté. On en infère à contrario que celui qui sonne li-chir (pour la musique, avec l'intention de produire une sonnerie mais non de faire la mitsva) l'est. Cela appuierait Rava. Mais la Guemara rejette : peut-être le sonneur 'pour le chant' est-il lui aussi englobé dans la catégorie du mitassek, et la michna ne prouve donc rien.

3
וְהַשּׁוֹמֵעַ מִן הַמִּתְעַסֵּק — לֹא יָצָא. אֲבָל הַשּׁוֹמֵעַ מִן הַמַּשְׁמִיעַ לְעַצְמוֹ, מַאי? יָצָא. לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתֵּיהּ דְּרַבִּי זֵירָא, דְּאָמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא לְשַׁמָּעֵיהּ: אִיכַּווַּן וְתָקַע לִי!

[La michna a dit :] et celui qui entend [le chofar] de la part d'un mitassek n'est pas acquitté. Mais celui qui entend de la part de celui qui sonne pour lui-même (mashmia le-atsmo), qu'en est-il ?

[La michna implique qu']il est acquitté. Disons que cela constitue une réfutation de R.

Zeira, car R. Zeira a dit à son serviteur : aie l'intention [de m'acquitter] et sonne pour moi !

💡 Explication

La michna dit que celui qui entend d'un mitassek n'est pas acquitté. On en infère à contrario que celui qui entend de celui qui sonne pour lui-même (sans intention d'acquitter les auditeurs) l'est. Cela réfuterait R. Zeira, qui exigeait de son serviteur une intention explicite de l'acquitter (kavana mutuelle : du sonneur envers l'auditeur).

4
דִּלְמָא אַייְּדֵי דִּתְנָא רֵישָׁא מִתְעַסֵּק, תְּנָא סֵיפָא נָמֵי מִתְעַסֵּק.

[Réponse :] peut-être, puisque le début [de la michna] a enseigné [le cas du] mitassek, la fin a-t-elle enseigne, elle aussi, [le cas du] mitassek [et non celui du sonneur pour lui-même].

📜 Rachi (1)
תְּנָא סֵיפָא נָמֵי מִתְעַסֵּק וּלְעוֹלָם הַשּׁוֹמֵעַ מִן הַמַּשְׁמִיעַ לְעַצְמוֹ שֶׁלֹּא נִתְכַּוֵּון לְהוֹצִיא אֶת הַשּׁוֹמְעִין לֹא יָצָא:
La fin a enseigné, elle aussi, [le cas du] mitassek — et en réalité [dans le cas de] celui qui entend de la part de celui qui sonne pour lui-même sans avoir eu l'intention d'acquitter les auditeurs, il n'est pas acquitté.
💡 Explication

Rejet de la preuve contre R. Zeira. La michna n'oppose pas 'mitassek' à 'sonneur pour lui-même', mais parle du mitassek dans les deux membres, par symétrie de style. Il reste donc possible que celui qui entend de celui qui sonne pour lui-même sans intention d'acquitter ne soit pas acquitté — conforme à R. Zeira.

5
מַתְנֵי׳ סֵדֶר תְּקִיעוֹת: שָׁלֹשׁ שֶׁל שָׁלֹשׁ שָׁלֹשׁ. שִׁיעוּר תְּקִיעָה כְּשָׁלֹשׁ תְּרוּעוֹת, שִׁיעוּר תְּרוּעָה כְּשָׁלשׁ יְבָבוֹת. תָּקַע בָּרִאשׁוֹנָה וּמָשַׁךְ בַּשְּׁנִיָּה כִּשְׁתַּיִם — אֵין בְּיָדוֹ אֶלָּא אַחַת.

MICHNA. L'ordre des sonneries : trois [séries] de trois sons chacune.

La mesure d'une teki'a [est] comme trois terou'ot ; la mesure d'une teroua [est] comme trois yevavot (sanglots). S'il a sonné la première [teki'a] et qu'il a prolongé la deuxième [teki'a] autant que deux, il n'a en main qu'une seule [teki'a].

📜 Rachi (6)
מַתְנִי' סֵדֶר תְּקִיעוֹת שָׁלֹשׁ כו' אַחַת לְמַלְכֻיוֹת וְאַחַת לְזִכְרוֹנוֹת וְאַחַת לַשּׁוֹפָרוֹת:
MICHNA. L'ordre des sonneries : trois, etc. — une [série] pour Malkhouyot, une pour Zikhronot et une pour Chofarot.
שָׁלֹשׁ שֶׁל שָׁלֹשׁ שָׁלֹשׁ תְּקִיעָה וּתְרוּעָה וּתְקִיעָה לְכָל אַחַת וְאַחַת:
Trois [séries] de trois chacune — teki'a, teroua et teki'a pour chacune [des trois bénédictions].
שָׁלֹשׁ יְבָבוֹת שָׁלֹשׁ קוֹלוֹת בְּעָלְמָא כָּל שֶׁהוּא:
Trois yevavot — trois sons quelconques, aussi brefs soient-ils.
תָּקַע בָּרִאשׁוֹנָה פְּשׁוּטָה שֶׁלִּפְנֵי הַתְּרוּעָה תָּקַע כְּדַרְכָּהּ:
S'il a sonné la première — [c'est-à-dire] le son plein (pechouta) qui précède la teroua, il l'a sonné à sa manière [normale].
וּמָשַׁךְ בַּשְּׁנִיָּה תְּקִיעָה שֶׁל אַחַר הַתְּרוּעָה מָשַׁךְ כִּשְׁתַּיִם לָצֵאת בָּהּ יְדֵי שְׁתַּיִם שֶׁהָיָה צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת זוֹ פְּשׁוּטָה שֶׁלְּאַחֲרֶיהָ דְּמַלְכֻיוֹת וּפְשׁוּטָה שֶׁלְּפָנֶיהָ דְּזִכְרוֹנוֹת:
Et qu'il a prolongé la deuxième — le son plein qui suit la teroua, il l'a prolongé autant que deux, pour s'acquitter par lui des deux [sons] qu'il devait faire : ce son plein final de Malkhouyot et le son plein initial de Zikhronot.
אֵין בְּיָדוֹ אֶלָּא אַחַת דִּפְסוּקֵי תְּקִיעָה אַחַת לִשְׁתַּיִם לָא מְפַסְּקִינַן:
Il n'a en main qu'une seule — car pour un découpage [de sonnerie], on ne scinde pas une teki'a en deux.
🗂️ Tossefot (1)
שִׁיעוּר תְּרוּעָה כְּשָׁלשׁ יְבָבוֹת. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס שְׁלֹשָׁה קוֹלוֹת בְּעָלְמָא כָּל שֶׁהוּא וּלְקַמָּן (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף לד.) אָמְרִינַן דְּאַתְקִין רַבִּי אָבָהוּ בְּקַסְּרִי קשר"ק קש"ק קר"ק מִשּׁוּם דִּמְסֻופָּק בִּתְרוּעָה דִּקְרָא אִי תְּרוּעָה מַמָּשׁ מַה שֶׁאָנוּ קוֹרִין תְּרוּעָה דְּהוּא יַלּוֹלֵי יַלֵּיל אוֹ שְׁבָרִים דִּגְנוּחֵי גָּנַח אוֹ שְׁבָרִים וּתְרוּעָה שְׁנֵיהֶם צָרִיךְ לַתְּרוּעָה דְּדִלְמָא גְּנוּחֵי גָּנַח וְיַלּוֹלֵי יַלֵּיל וְצָרִיךְ לִיזָּהֵר בִּשְׁבָרִים שֶׁלֹּא יְהֵא מַאֲרִיךְ עַל כָּל אֶחָד בִּפְנֵי עַצְמוֹ כג' יְבָבוֹת שֶׁל שְׁלֹשָׁה קוֹלוֹת כָּל שֶׁהוּא דְּאִם כֵּן נַעֲשֶׂה תְּקִיעָה וְלֹא שְׁבָרִים דְּהָא שִׁיעוּר תְּקִיעָה כִּתְרוּעָה וְשִׁיעוּר תְּרוּעָה כג' יְבָבוֹת וְנִרְאֶה שֶׁחַייָּב אָדָם לְהַאֲרִיךְ בִּתְקִיעָה שֶׁל קשר"ק יוֹתֵר מִשֶּׁל קש"ק וּבְשֶׁל קש"ק יוֹתֵר מִשֶּׁל קר"ק דְּהָא שִׁיעוּר תְּקִיעָה כִּתְרוּעָה וקשר"ק אָנוּ עוֹשִׂים מִשּׁוּם סְפֵיקָא דְּגַנּוּח וְיַלֵּיל נִמְצָא שֶׁצָּרִיךְ לְהַאֲרִיךְ בִּתְקִיעוֹת שֶׁל קשר"ק כְּשִׁיעוּר שְׁלֹשָׁה שְׁבָרִים וג' יְבָבוֹת וּבִתְקִיעוֹת שֶׁל קש"ק כְּשִׁיעוּר ג' שְׁבָרִים דְּהָא עָבְדִינַן קש"ק מִשּׁוּם סְפֵיקָא דִּגְנוּחֵי גָּנַח וּבִתְקִיעוֹת שֶׁל קר"ק כְּשִׁיעוּר תְּרוּעָה שֶׁהוּא יַלּוֹלֵי יַלֵּיל וּמִיהוּ אִם מַאֲרִיךְ בְּכָל הַתְּקִיעַתְּ כִּתְקִיעוֹת קשר"ק אֵין לָחוּשׁ דְּיָכוֹל לְהַאֲרִיךְ כְּמוֹ שֶׁיִּרְצֶה כְּדִתְנַן וּמָשַׁךְ בַּשְּׁנִיָּה כִּשְׁתַּיִם אֵין בְּיָדוֹ אֶלָּא אַחַת וּמִטַּעַם זֶה נָמֵי אֵין לָחוּשׁ אִם עָשָׂה אַרְבָּעָה וַחֲמִשָּׁה שְׁבָרִים שֶׁהַשְּׁבָרִים בִּמְקוֹם תְּרוּעָה וְהָוֵי לָהּ תְּרוּעָה אֲרִיכְתָּא כְּמוֹ שֶׁאָנוּ מַאֲרִיכִין בַּיְּבָבוֹת וְרִיבָ"א והר"י בֶּן הר"ר מֵאִיר מְפָרְשִׁים דְּיַבְּבָא הִיא שָׁלֹשׁ כֹּחוֹת שֶׁל כָּל שֶׁהוּא נִמְצֵאת תְּרוּעָה תֵּשַׁע כֹּחוֹת וְשִׁיעוּר תְּקִיעָה כָּךְ הִיא וּלְפֵירוּשָׁם אֵין לָחוּשׁ אִם מַאֲרִיךְ קְצָת בִּשְׁבָרִים וְצָרִיךְ לִמְשֹׁוךְ לִתְקִיעָה שֶׁל קשר"ק לְפֵירוּשָׁם כְּשִׁיעוּר ג' שְׁבָרִים וְתֵשַׁע כֹּחוֹת וּמִי שֶׁלֹּא מָשַׁךְ הַתְּקִיעוֹת כַּשִּׁיעוּר הַזֶּה וּמָשַׁךְ קְצָת בִּשְׁבָרִים לֹא קִייֵּם מִצְוָה לָא כְּמַר וְלָא כְּמַר וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל פִּי' כְּפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס וְעַכְשָׁיו נוֹהֲגִין לִתְקֹועַ בִּישִׁיבָה לְאַחַר קְרִיאַת הַתּוֹרָה שְׁלֹשִׁים קוֹלוֹת ג' קשר"ק וג' קש"ק וג' קר"ק וּבִתְפִלָּה תּוֹקְעִין אַמַּלְכֻיוֹת קשר"ק וְאַזִּכְרוֹנוֹת קש"ק וְאַשּׁוֹפָרוֹת קר"ק וּלְפוּם סֻוגְיָא דְּכֻולָּהּ פִּירְקִין הָיָה רָאוּי לִתְקֹועַ בִּשְׁעַת תְּפִלָּה אַמַּלְכֻיוֹת קשר"ק קש"ק קר"ק וְכֵן אַזִּכְרוֹנוֹת וְכֵן אַשּׁוֹפָרוֹת אוֹ לְאַחַר תְּפִלָּה כּוּלְּהוּ אֲבָל קֹודֶם תְּפִלָּה לָא אַשְׁכְּחַן כְּדִתְנַן מִי שֶׁבֵּירַךְ וְאַחַ"כּ נִתְמַנָּה לוֹ שׁוֹפָר אֶלָּא אַשְׁכְּחַן בְּפֶרֶק קַמָּא לְעֵיל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף טז.) לָמָּה תּוֹקְעִין וּמְרִיעִין כְּשֶׁהֵן יוֹשְׁבִין וְתוֹקְעִין וּמְרִיעִין כְּשֶׁהֵן עוֹמְדִין כְּדֵי לְעַרְבֵּב אֶת הַשָּׂטָן וְהַיְינוּ כִּדְעָבְדִינַן וּמִיהוּ לִכְאוֹרָה נִרְאֶה לִתְקֹועַ בִּתְפִלָּה כְּמוֹ כֵן אַמַּלְכֻיוֹת זִכְרוֹנוֹת וְשׁוֹפָרוֹת קשר"ק קש"ק קר"ק אָכַל חַד וְחַד כְּדֵי לָצֵאת מִסָּפֵק דְּרַבִּי אָבָהוּ וּבֶעָרוּךְ פִּי' שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין כֵּן שָׁפֵי' בְּעֵרֶךְ עֶרֶב דְּהָלֵין דְּמַחְמְרִי [וְעָבְדִי] שְׁלֹשִׁים כִּדְיָתְבִין וּשְׁלֹשִׁים בְּלַחַשׁ וּשְׁלֹשִׁים עַל הַסֵּדֶר כְּנֶגֶד מֵאָה פְּעִיּוֹת דְּפָעֲיָא אִימֵּיהּ דְּסִיסְרָא וְאִלֵּין [עֲשָׂרָה] אִינּוּן כְּשֶׁגּוֹמְרִין כָּל הַתְּפִלָּה קוֹל תָּקֹיעַיָּא דִּיחִידָאֵי מִיתַּבְעִי לְמֶיהֱוֵי [עֲשָׂרָה] תַּשְׁרַ"ת תַּשַׁ"ת תַּרַ"ת וְהֵם מֵאָה וְעַל מִנְהָג שֶׁלָּנוּ הָיָה תָּמֵיהַּ ר"ת דקשר"ק שֶׁל מַלְכֻיוֹת וקש"ק דְּזִכְרוֹנוֹת וקר"ק דְּשׁוֹפָרוֹת סוֹתְרִין זֶה אֶת זֶה דְּאִי גָּנַח וְיַלֵּיל כּוּלְּהוּ בָּעֵי לְמֶיעְבַּד קשר"ק וְאִי גָּנַח לְחוּד כּוּלְּהוּ בָּעֵי לְמֶיעְבַּד קש"ק וְאִי יַלֵּיל כּוּלְּהוּ קר"ק וְהִנְהִיג רַבֵּינוּ תָּם בִּמְקוֹמֵינוּ לִתְקֹועַ גַּם אַזִּכְרוֹנוֹת וְאַשּׁוֹפָרוֹת קשר"ק כְּמוֹ בְּמַלְכֻיוֹת דְּהַשְׁתָּא נָפֵיק מִכָּל סְפֵיקֵי וְלֵיכָּא אֶלָּא הֶפְסֵק וּבְהָכִי סַגִּי שֶׁלֹּא לְשַׁנּוֹת הַמִּנְהָג בְּיוֹתֵר דְּהָא אָמְרִינַן שָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּט' שָׁעוֹת בַּיּוֹם יָצָא וְנִרְאֶה שֶׁיֵּשׁ קְצָת לִיתֵּן טַעַם עַל הַמִּנְהָג שֶׁלָּנוּ דְּסָבַר לָהּ כְּמַאן דְּאָמַר בְּסָמוּךְ אַחַת מִדִּבְרֵי תוֹרָה וּשְׁתַּיִם מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים וְכֵיוָן שֶׁעָשׂוּ בִּישִׁיבָה כָּל הַסְּפֵיקוֹת שֶׁל תּוֹרָה וְשֶׁל סוֹפְרִים לָא חָשׁוּ לַחֲזֹור וְלַעֲשׂוֹת בִּשְׁעַת תְּפִלָּה אֶלָּא סְפֵיקָא דְּאוֹרָיְיתָא וּבִקְדֻושַּׁת דַּאֲגַן הַסֹּהַר שֶׁעָשָׂה ר' שִׁמְשׁוֹן ב"ר יוֹנָה כְּתִיב נוֹי אַרְבָּעִים קוֹלוֹת בַּהֲרִיעֵנוּ וְהַייְנוּ כְּמִנְהָגֵינוּ וְכֵן בְּסֵדֶר רַב עַמְרָם אֶלָּא שֶׁכָּתַב דִּבְסוֹף מֵרִיעַ תְּרוּעָה אַחַת בְּלֹא תְּקִיעָה וא"ת אַהָנָךְ דִּישִׁיבָה הֵיכִי נָפֵיק הָא תַּנְיָא בס"פ (דַּף לד:) תְּקִיעוֹת וּבְרָכוֹת שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְעַכְּבוֹת זוֹ אֶת זוֹ אַלְמָא בְּעִידַּן צְלוֹתָא בָּעֵי לְמֶיעְבַּד לָאו פִּירְכָא הִיא דאע"ג דְּמַשְׁמַע מִתּוֹךְ פֵּי' הַקּוּנְטְרֵס דְּאִם בֵּירֵךְ וְלֹא תָּקַע אוֹ תָּקַע וְלֹא בֵּירֵךְ פֵּירוּשׁ בֵּירַךְ מַלְכֻיוֹת זִכְרוֹנוֹת וְשׁוֹפָרוֹת אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּן דְּהַתַּנְיָא לְקַמָּן (שָׁם) שְׁתֵּי עֲייָרוֹת בְּאַחַת תּוֹקְעִין וּבְאַחַת מְבָרְכִין כְּשֶׁהוּא הוֹלֵךְ הוֹלֵךְ לְמָקוֹם שֶׁתּוֹקְעִין וְאֵין הוֹלֵךְ לְמָקוֹם שֶׁמְּבָרְכִין וּתְנַן מִי שֶׁבֵּירֵךְ וְאַחַ"כּ נִזְדַּמְּנָה לוֹ שׁוֹפָר מַשְׁמַע שֶׁבְּלֹא שׁוֹפָר יָכוֹל לְבָרֵךְ אֶלָּא תְּקִיעוֹת וּבְרָכוֹת מְעַכְּבוֹת זוֹ אֶת זוֹ הַייְנוּ שֶׁהַתְּקִיעוֹת מְעַכְּבוֹת זוֹ אֶת זוֹ וְהַבְּרָכוֹת מְעַכְּבוֹת זוֹ אֶת זוֹ כְּשֶׁמְּבָרֵךְ מַלְכֻיוֹת זִכְרוֹנוֹת וְשׁוֹפָרוֹת יְבָרֵךְ שְׁלָשְׁתָּן אוֹ לֹא יְבָרֵךְ כְּלָל וְכֵן תְּקִיעוֹת שְׁבָרִים תְּרוּעוֹת אִם בָּקִי בִּשְׁלָשְׁתָּן יִתְקַע וְאִם לָאו לֹא יִתְקַע וְצָרִיךְ לְדַקְדֵּק בְּאוֹתָן שְׁלֹשִׁים קוֹלוֹת שֶׁאָנוּ תּוֹקְעִין בִּישִׁיבָה שֶׁכְּשֶׁמְּסַיֵּים הַשְּׁלֹשָׁה קשרקי"ם וּמַתְחִיל הקשקי"ם אוֹ כְּשֶׁמְּסַייֵּם הקשקי"ם וּמַתְחִיל הקרקי"ם לָמָּה לִי שְׁתֵּי תְּקִיעוֹת זוֹ אַחַר זוֹ מִמַּה נַפְשָׁךְ יִפָּטֵר בִּתְקִיעָה אַחַת דְּאִי גָּנַח וְיַלֵּיל הֲרֵי יָצָא בִּשְׁלֹשָׁה קשר"ק וְאִי גָּנַח לְחוּד אוֹתָהּ תְּקִיעָה אַחֲרוֹנָה שֶׁל קשר"ק אַחֲרוֹן תַּעֲלֶה לוֹ לְמִנְיַן קש"ק וְכֵן אִם יַלֵּיל אוֹתָהּ תְּקִיעָה אַחֲרוֹנָה שֶׁל קש"ק אַחֲרוֹן תַּעֲלֶה לוֹ לְמִנְיַן קר"ק וְשֶׁמָּא כֵּיוָן שֶׁעָשׂוּ הַתְּקִיעָה לְשֵׁם פְּשׁוּטָה שֶׁאַחַר הַתְּרוּעָה לֹא רָצוּ שֶׁתַּעֲלֶה לְשֵׁם פְּשׁוּטָה שֶׁלְּפָנֶיהָ וּמִיהוּ אַשְׁכְּחַן וּמָשַׁךְ בַּשְּׁנִיָּה כִּשְׁתַּיִם שֶׁהָיְתָה עוֹלָה לִשְׁתַּיִם אִי לָאו מִשּׁוּם דִּפְסוּקֵי תְּקִיעָה בָּתַרְתִּי לָא מְפַסְּקִינַן:
La mesure d'une teroua [est] comme trois yevavot. — Rachi a expliqué [dans son commentaire] : trois sons quelconques, aussi brefs soient-ils. Or plus loin (Roch Hachana 34a) on dit que R. Abbahou a institué à Césarée [la séquence] tachrat, tachât, tarat, parce qu'il y a un doute sur la teroua du verset : est-ce la teroua proprement dite — ce que nous appelons teroua, qui est une plainte (yelouli yelil) — ou bien des chevarim (gémissement, gnouhi ganah), ou encore chevarim et teroua, les deux [enchaînés] ? Il faut prendre garde, dans les chevarim, à ne pas prolonger chacun [des chevarim] à part au point d'atteindre trois yevavot de trois sons quelconques, car alors [chaque chevar] deviendrait une teki'a et non un chever — puisque la mesure d'une teki'a [est] comme une teroua et la mesure d'une teroua comme trois yevavot. Et il apparaît que l'on doit prolonger la teki'a d'un tachrat plus que celle d'un tachât, et celle d'un tachât plus que celle d'un tarat : car la mesure d'une teki'a [est] comme la teroua [qui l'accompagne], et le tachrat, nous le faisons à cause du doute [où la teroua serait à la fois] gémissement et plainte ; il se trouve donc qu'il faut prolonger les teki'ot du tachrat de la mesure de trois chevarim et de trois yevavot, celles du tachât de la mesure de trois chevarim (car nous faisons le tachât à cause du doute du gémissement), et celles du tarat de la mesure d'une teroua qui est une plainte. Toutefois, si l'on prolonge toutes les teki'ot comme celles du tachrat, il n'y a pas à s'en inquiéter, car on peut prolonger autant qu'on veut, comme il est enseigné 'et il a prolongé la deuxième autant que deux, il n'a en main qu'une seule'. Et pour cette raison aussi, il n'y a pas à s'inquiéter si l'on a fait quatre ou cinq chevarim, car les chevarim tiennent lieu de teroua et forment [alors] une teroua allongée, de même que nous allongeons les yevavot. Et le Riva ainsi que R. Yits'hak fils de R. Meir expliquent que la yevava est [faite de] trois émissions minimales, si bien que la teroua [comporte] neuf émissions, et telle est la mesure d'une teki'a ; selon leur explication, il n'y a pas à s'inquiéter si l'on prolonge un peu les chevarim, et il faut prolonger la teki'a d'un tachrat, selon eux, de la mesure de trois chevarim et de neuf émissions. Celui qui n'a pas prolongé les teki'ot de cette mesure et a prolongé un peu les chevarim n'a accompli la mitsva ni selon l'un ni selon l'autre [maître]. Et Rabbenou 'Hananel a expliqué comme Rachi. De nos jours, on a coutume de sonner en position assise, après la lecture de la Torah, trente sons : trois tachrat, trois tachât et trois tarat ; et [dans la] prière on sonne pour Malkhouyot un tachrat, pour Zikhronot un tachât et pour Chofarot un tarat. Or selon la logique de tout le chapitre, il aurait convenu de sonner au moment de la prière, pour Malkhouyot, tachrat tachât tarat, de même pour Zikhronot et de même pour Chofarot ; ou bien après la prière tous [les sons] ; mais avant la prière, nous ne trouvons pas [de fondement], comme il est enseigné 'celui qui a béni, et ensuite un chofar s'est trouvé à sa disposition'. Nous trouvons plutôt, au premier chapitre plus haut (Roch Hachana 16a) : 'pourquoi sonne-t-on et fait-on la teroua en position assise, puis sonne-t-on et fait-on la teroua en position debout ? Pour brouiller le Satan' — et c'est bien ainsi que nous agissons. Toutefois, il semble à première vue qu'il faille sonner dans la prière de même, pour Malkhouyot, Zikhronot et Chofarot, un tachrat tachât tarat pour chacun d'eux, afin de sortir du doute de R. Abbahou. Et le 'Aroukh a expliqué qu'on faisait ainsi (à l'article 'erev') : ceux qui sont rigoureux font trente [sons] assis, trente à voix basse et trente dans l'ordre, en correspondance des cent gémissements que gémit la mère de Sisra ; et ces [dix autres] sont, lorsqu'on achève toute la prière, les sons du sonneur individuel qu'il faut faire — dix : tachrat tachât tarat — ce qui fait cent. Sur notre coutume, Rabbenou Tam s'étonnait : car le tachrat de Malkhouyot, le tachât de Zikhronot et le tarat de Chofarot se contredisent l'un l'autre — car si [la teroua est] gémissement et plainte, tous devraient être des tachrat ; si c'est gémissement seul, tous des tachât ; si c'est plainte, tous des tarat. Rabbenou Tam a institué dans notre localité de sonner aussi pour Zikhronot et pour Chofarot un tachrat comme pour Malkhouyot, car [ainsi] on sort de tous les doutes, et il n'y a plus [de problème] qu'une interruption, ce qui suffit pour ne pas trop modifier la coutume — car nous disons 'celui qui a entendu neuf sonneries en neuf heures de la journée est acquitté'. Il semble qu'il y ait un peu [de raison] à donner un motif à notre coutume : car [le tenant de la coutume] tient comme celui qui dit plus loin 'une [sonnerie] relève de la Torah et deux des paroles des Sofrim' ; et puisqu'on a fait, en position assise, tous les doutes de la Torah et des Sofrim, on ne s'est pas soucié de refaire, au moment de la prière, que le doute de la Torah. Et dans la kedoucha 'de-agan ha-sahar' qu'a composée R. Chimchon fils de R. Yona, il est écrit 'la beauté de quarante sons dans notre teroua', ce qui correspond à notre coutume ; de même dans le Seder de Rav Amram, sauf qu'il écrit qu'à la fin on fait une teroua seule sans teki'a. Et si tu dis : ces [sons] de la position assise, comment s'en acquitte-t-on, puisqu'il est enseigné à la fin du chapitre (34b) 'les sonneries et les bénédictions de Roch Hachana et de Yom Kippour se conditionnent mutuellement' — ce qui indiquerait qu'il faut [les] faire au moment de la prière ? — ce n'est pas une objection. Car bien qu'il ressorte du commentaire de Rachi que 's'il a béni et n'a pas sonné, ou sonné et n'a pas béni', c'est-à-dire béni Malkhouyot, Zikhronot et Chofarot, [les deux se conditionnent], il est impossible de dire ainsi, car il est enseigné plus loin 'deux villes, dans l'une on sonne et dans l'autre on bénit, quand on va, on va vers celle où l'on sonne et non vers celle où l'on bénit', et nous avons appris 'celui qui a béni, et ensuite un chofar s'est trouvé à sa disposition' — ce qui indique que sans chofar on peut bénir. Plutôt, 'les sonneries et les bénédictions se conditionnent mutuellement' signifie que les sonneries se conditionnent entre elles et les bénédictions entre elles : lorsqu'on bénit Malkhouyot, Zikhronot et Chofarot, on bénit les trois ou l'on ne bénit pas du tout ; de même pour les sonneries teki'ot, chevarim, terou'ot : si l'on maîtrise les trois, on sonne, sinon on ne sonne pas. Et il faut s'interroger sur ces trente sons que nous sonnons en position assise : lorsqu'on achève les trois tachrat et qu'on commence les tachât, ou lorsqu'on achève les tachât et qu'on commence les tarat, pourquoi ai-je [besoin de] deux teki'ot l'une après l'autre ? De toute façon on serait quitte avec une seule teki'a : car si [la teroua est] gémissement et plainte, on est déjà acquitté par les trois tachrat ; si c'est gémissement seul, cette dernière teki'a du dernier tachrat compterait dans le décompte des tachât ; de même si c'est plainte, cette dernière teki'a du dernier tachât compterait dans le décompte des tarat. Peut-être, puisqu'on a fait la teki'a en tant que son plein qui suit la teroua, n'a-t-on pas voulu qu'elle compte en tant que son plein qui la précède. Toutefois nous trouvons 'et il a prolongé la deuxième autant que deux', qu'elle comptait pour deux — si ce n'était qu'au moment de couper [une sonnerie], on ne scinde pas une teki'a en deux.
💡 Explication

La michna fixe l'ordre : trois séries de trois sons — teki'a, teroua, teki'a — une par bénédiction (Malkhouyot, Zikhronot, Chofarot). Les mesures : une teki'a dure comme une teroua entière (soit, ici, trois teki'ot comme trois terou'ot) ; une teroua comme trois yevavot (sanglots brefs). Règle : si l'on prolonge la teki'a finale d'une série pour qu'elle serve aussi de teki'a initiale de la série suivante, cela ne compte que pour une : on ne coupe pas une seule teki'a en deux.

🖼️ Schéma
L'ordre des sonneries : 3 séries de teki'a - teroua - teki'a une série pour Malkhouyot, une pour Zikhronot, une pour Chofarot Malkhouyot Zikhronot Chofarot teki'a (son plein) teroua (son brisé) teki'a (son plein) teki'a teroua teki'a teki'a teroua teki'a La teroua est toujours encadrée par deux teki'ot (sons pleins) : pechouta lefaneha et pechouta le'ahareha. 9 sons au total (3 + 3 + 3) Règle : on ne coupe pas une même teki'a en deux (une teki'a ne compte pas pour deux).
L'ordre des sonneries et la règle du non-découpage.
6
מִי שֶׁבֵּירַךְ וְאַחַר כָּךְ נִתְמַנָּה לוֹ שׁוֹפָר — תּוֹקֵעַ וּמֵרִיעַ וְתוֹקֵעַ שָׁלֹשׁ פְּעָמִים.

Celui qui a béni (récite les bénédictions du moussaf) et ensuite un chofar s'est trouvé à sa disposition — il sonne (teki'a), fait la teroua et sonne (teki'a), trois fois.

📜 Rachi (2)
מִי שֶׁבֵּירֵךְ הִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת מוּסָפִין וּבֵירַךְ תִּשְׁעָה בְּרָכוֹת:
Celui qui a béni — a récité la prière de moussaf et a béni les neuf bénédictions.
תּוֹקֵעַ וּמֵרִיעַ וְתוֹקֵעַ שָׁלֹשׁ פְּעָמִים תּוֹקֵעַ וּמֵרִיעַ וְתוֹקֵעַ בִּשְׁבִיל מַלְכֻיוֹת וְכֵן בִּשְׁבִיל זִכְרוֹנוֹת וְכֵן בִּשְׁבִיל שׁוֹפָרוֹת:
Il sonne, fait la teroua et sonne, trois fois — teki'a, teroua et teki'a pour Malkhouyot, de même pour Zikhronot et de même pour Chofarot.
💡 Explication

Celui qui a déjà récité les neuf bénédictions du moussaf avant qu'un chofar ne soit disponible sonne ensuite les trois séries (teki'a-teroua-teki'a) : une pour Malkhouyot, une pour Zikhronot, une pour Chofarot. Les sonneries ne dépendent donc pas d'être faites pendant la bénédiction.

7
כְּשֵׁם שֶׁשְּׁלִיחַ צִבּוּר חַייָּב, כָּךְ כָּל יָחִיד וְיָחִיד חַייָּב. רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: שְׁלִיחַ צִבּוּר מוֹצִיא אֶת הָרַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן.

De même que l'officiant (cheli'ah tsibbour) est tenu [de prier], ainsi chaque individu est tenu [de prier]. Rabban Gamliel dit : l'officiant acquitte le public de son obligation.

💡 Explication

Mahloket sur la prière de Roch Hachana. Pour le premier tanna, l'officiant ne dispense pas : chaque individu reste tenu de prier lui-même. Pour Rabban Gamliel, l'officiant, par sa récitation, acquitte le public — les individus n'ont pas à répéter.

8
גְּמ׳ וְהַתַּנְיָא: שִׁיעוּר תְּקִיעָה כִּתְרוּעָה! אָמַר אַבַּיֵּי: תַּנָּא דִּידַן קָא חָשֵׁיב תְּקִיעָה דְּכֻולְּהוּ בָּבֵי וּתְרוּעוֹת דְּכֻולְּהוּ בָּבֵי. תַּנָּא בָּרָא קָא חָשֵׁיב חַד בָּבָא וְתוּ לָא.

GUEMARA. Mais n'a-t-on pas enseigné [dans une baraita] : la mesure d'une teki'a [est] comme [celle d']une teroua !

[Contradiction avec la michna qui dit : comme trois terou'ot.] Abaye a dit : le tanna de notre [michna] compte la teki'a de toutes les séries et les terou'ot de toutes les séries [donc 3 teki'ot = 3 terou'ot] ; le tanna de la [baraita] extérieure compte une seule série, et rien de plus [donc 1 teki'a = 1 teroua].

📜 Rachi (2)
גמ' תַּנָּא דִּידַן קָא חָשֵׁיב דְּכוּלְּהוּ בָּבֵי וְהָכִי קָאָמַר שִׁיעוּר שָׁלֹשׁ תְּקִיעוֹת כְּשָׁלֹשׁ הַתְּרוּעוֹת:
GUEMARA. Le tanna de notre [michna] compte [celles] de toutes les séries — et voici ce qu'il dit : la mesure de trois teki'ot [est] comme [celle de] trois terou'ot.
וְתַנָּא בְּרָא קָא חֲשִׁיב דַּחֲדָא בָּבָא שִׁיעוּר הַתְּקִיעָה כְּשִׁיעוּר הַתְּרוּעָה וְתַרְוַיְיהוּ חֲדָא מִילְּתָא אָמְרִי:
Et le tanna de la [baraita] extérieure compte [celle] d'une seule série — la mesure de la teki'a [est] comme la mesure de la teroua ; et tous deux disent une seule et même chose.
💡 Explication

Contradiction : la michna dit teki'a = 3 terou'ot, la baraita dit teki'a = une teroua. Abaye résout : la michna additionne les trois teki'ot des trois séries et les compare aux trois terou'ot (3 = 3) ; la baraita ne considère qu'une seule série (1 teki'a = 1 teroua). Les deux disent en réalité la même chose : une teki'a vaut une teroua.

🖼️ Schéma
Les mesures : teki'a = teroua ; teroua = 3 yevavot (sanglots) Une teki'a (son plein continu) durée = celle d'une teroua entière Une teroua = 3 yevavot yevava yevava yevava Michna : yevava = un son bref quelconque. Autre baraita : teroua = 3 chevarim (sons brisés plus longs). -> d'où la mahloket : la teroua bibllique est-elle un gémissement (chevarim) ou une plainte brève (teroua) ?
Pourquoi 'teki'a = 3 terou'ot' (michna) et 'teki'a = 1 teroua' (baraita) ne se contredisent pas.
9
שִׁיעוּר תְּרוּעָה כְּשָׁלשׁ יְבָבוֹת. וְהַתַּנְיָא: שִׁיעוּר תְּרוּעָה כִּשְׁלֹשָׁה שְׁבָרִים!

[La michna a dit :] la mesure d'une teroua [est] comme trois yevavot. Mais n'a-t-on pas enseigné [dans une baraita] : la mesure d'une teroua [est] comme trois chevarim (sons brisés) !

📜 Rachi (1)
שְׁבָרִים אֲרֻוכִּים מִיְּבָבוֹת:
Chevarim — plus longs que des yevavot.
💡 Explication

Nouvelle contradiction : la michna définit la teroua comme trois yevavot (sanglots brefs), mais une baraita la définit comme trois chevarim (sons brisés, plus longs). Cette fois, contrairement au segment 7, la contradiction ne se résoudra pas par une lecture harmonisante : c'est une véritable mahloket (segment 9).

🖼️ Schéma
Les mesures : teki'a = teroua ; teroua = 3 yevavot (sanglots) Une teki'a (son plein continu) durée = celle d'une teroua entière Une teroua = 3 yevavot yevava yevava yevava Michna : yevava = un son bref quelconque. Autre baraita : teroua = 3 chevarim (sons brisés plus longs). -> d'où la mahloket : la teroua bibllique est-elle un gémissement (chevarim) ou une plainte brève (teroua) ?
yevavot (michna) contre chevarim (baraita) : la teroua est-elle brève ou longue ?
10
אָמַר אַבַּיֵּי: בְּהָא וַדַּאי פְּלִיגִי, דִּכְתִיב: ״יוֹם תְּרוּעָה יִהְיֶה לָכֶם״, וּמְתַרְגְּמִינַן: ״יוֹם יַבָּבָא יְהֵא לְכוֹן״. וּכְתִיב בְּאִימֵּיהּ דְּסִיסְרָא: ״בְּעַד הַחַלּוֹן נִשְׁקְפָה וַתְּיַבֵּב אֵם סִיסְרָא״. מָר סָבַר גַּנּוֹחֵי גַּנַּח. וּמָר סָבַר יַלּוֹלֵי יַלֵּיל.

Abaye a dit : en cela, ils sont assurément en désaccord (mahloket). Car il est écrit : 'Ce sera pour vous un jour de teroua' (Bamidbar 29:1), et nous traduisons [en araméen] : 'Ce sera pour vous un jour de yevava' ; et il est écrit au sujet de la mère de Sisra : 'À travers la fenêtre elle se pencha et sanglota (va-teyabev), la mère de Sisra' (Juges 5:28).

Un maître tient : [c'est] un gémissement (gnouhi ganah) ; et un maître tient : [c'est] une plainte (yelouli yelil).

📜 Rachi (4)
אָמַר אַבָּיֵי בְּהָא וַדַּאי פְּלִיגִי אע"ג דְּאוֹקֵימְנָא דִּבְרֵישָׁא לָא פְלִיגִי עַל כָּרְחָךְ בְּהָא סֵיפָא פְּלִיגִי דְּלֵית לְשַׁנּוֹיֵי בָּהּ מִידֵּי וְהַיְינוּ פְּלֻוגְתָּא:
Abaye a dit : en cela ils sont assurément en désaccord — bien que nous ayons établi qu'au début ils ne sont pas en désaccord, force est [de dire] qu'en cette fin [de michna] ils divergent, car il n'y a rien à y harmoniser ; et c'est [donc] une [véritable] mahloket.
דִּמְתַרְגְּמִינַן תְּרוּעָה יְבָבָה וּבְאִימֵּיהּ דְּסִיסְרָא כְּתִיב נָמֵי הַאי לִישָּׁנָא וּתְיַבֵּב:
Car nous traduisons — [le targoum rend] 'teroua' par 'yevava' ; et au sujet de la mère de Sisra aussi cette [même] expression est écrite : 'va-teyabev'.
מַאן דְּאָמַר שְׁבָרִים סָבַר גְּנוּחֵי גָּנַח כְּאָדָם הַגּוֹנֵחַ מִלִּבּוֹ כְּדֶרֶךְ הַחוֹלִים שֶׁמַּאֲרִיכִין בִּגְנִיחוֹתֵיהֶן:
Celui qui dit 'chevarim' tient : [c'est] un gémissement — comme un homme qui gémit du fond du cœur, à la manière des malades qui prolongent leurs gémissements.
יַלּוֹלֵי יְלֵיל כְּאָדָם הַבּוֹכֶה וּמְקוֹנֵן קוֹלוֹת קְצָרִים סְמוּכִין זֶה לָזֶה:
[Celui qui dit] 'yelouli yelil' — comme un homme qui pleure et se lamente [par] sons brefs, rapprochés l'un de l'autre.
💡 Explication

Abaye : ici, c'est une vraie mahloket. Le targoum rend 'yom teroua' par 'yom yevava', et le verbe 'va-teyabev' décrit le cri de la mère de Sisra à sa fenêtre. Toute la question : ce cri est-il un gémissement long (gnouhi ganah = les chevarim) ou une plainte brève et hachée (yelouli yelil = notre teroua) ? C'est la racine du doute que R. Abbahou tranchera (34a) par tachrat / tachât / tarat.

🖼️ Schéma
Qu'est-ce que la teroua ? La mahloket sur le son des pleurs Le targoum rend 'yom teroua' par 'yom yevava' ; et la mère de Sisra 'va-teyabev' (elle sanglota, Juges 5:28) Un maître : gnouhi ganah = gémissement (comme un malade qui gémit longuement du cœur) -> ce sont les CHEVARIM 3 sons brisés, plus longs Un maître : yelouli yelil = plainte (comme celui qui pleure et gémit par sons brefs et serrés) -> c'est notre TEROUA sons brefs et rapprochés Le doute (que R. Abbahou tranchera plus loin par tachrat/tachât/tarat) naît ici.
La mahloket : gnouhi ganah (chevarim) ou yelouli yelil (teroua).
11
תָּנוּ רַבָּנַן: מִנַּיִן שֶׁבַּשּׁוֹפָר? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפָר תְּרוּעָה״.

Nos maîtres ont enseigné : d'où [sait-on] que [la sonnerie se fait] au chofar ? Le texte enseigne (talmoud lomar) : 'Tu feras passer un chofar de teroua' (Vayikra 25:9).

💡 Explication

Début d'une baraita midrachique. D'où vient l'exigence du chofar (et non d'un autre instrument) ? Du verset sur le Yovel (Vayikra 25:9) : 'Tu feras passer un chofar de teroua' — le mot chofar y est explicite.

12
אֵין לִי אֶלָּא בַּיּוֹבֵל, בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי״, שֶׁאֵין תַּלְמוּד לוֹמַר ״בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי״, וּמַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי״ — שֶׁיִּהְיוּ כָּל תְּרוּעוֹת שֶׁל חֹדֶשׁ שְׁבִיעִי זֶה כָּזֶה.

Je n'ai [ainsi appris cela] que pour le Yovel ; pour Roch Hachana, d'où [le sait-on] ? Le texte enseigne : 'au septième mois'.

Puisqu'il n'[était] pas [nécessaire que] le texte dise 'au septième mois' [car on sait déjà que Yom Kippour est au septième mois], que vient donc enseigner 'au septième mois' ? [Cela vient enseigner] que toutes les sonneries de ce septième mois soient [semblables] l'une à l'autre.

📜 Rachi (1)
שֶׁאֵין תַּלְמוּד לוֹמַר בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי דְּהָא כְּתַב לָן בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת דְּיוֹם הַכִּפּוּרִים בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי הוּא וְהָכָא יוה"כ כְּתִיב:
Puisqu'il n'[était] pas [nécessaire que] le texte dise 'au septième mois' — car il nous a écrit en plusieurs endroits que Yom Kippour est au septième mois ; et ici c'est [précisément] de Yom Kippour qu'il est écrit.
💡 Explication

Le verset ne parle explicitement que du Yovel (Yom Kippour de l'année jubilaire). D'où étendre l'exigence du chofar à Roch Hachana ? Des mots superflus 'au septième mois' : puisqu'on sait déjà que Yom Kippour est au septième mois, cette précision est un ribbouy (extension) enseignant que toutes les sonneries du septième mois (Roch Hachana comme Yom Kippour du Yovel) sont identiques et se font au chofar.

13
וּמִנַּיִן שֶׁפְּשׁוּטָה לְפָנֶיהָ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפָר תְּרוּעָה״. וּמִנַּיִן שֶׁפְּשׁוּטָה לְאַחֲרֶיהָ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״תַּעֲבִירוּ שׁוֹפָר״.

Et d'où [sait-on] qu'un son plein [précède] avant elle (pechouta lefaneha) ? Le texte enseigne : 'Tu feras passer un chofar de teroua'.

Et d'où [sait-on] qu'un son plein [suit] après elle (pechouta le'ahareha) ? Le texte enseigne : 'vous ferez passer un chofar' (Vayikra 25:9).

📜 Rachi (2)
וְהַעֲבַרְתָּ פְּשׁוּטָה מַשְׁמַע הַעֲבָרַת קוֹל אֶחָד:
'Ve-ha'avarta' (tu feras passer) — [le mot] indique un son plein, [car] 'faire passer' [signifie] émettre un seul son [continu].
ביוה"כ תַּעֲבִירוּ הֲרֵי הַעֲבָרָה תְּחִילָּה וְסוֹף וּתְרוּעָה כְּתִיבָא בֵּינְתַיִם:
'Ta'avirou' (vous ferez passer), à Yom Kippour — voici donc un 'passage' au début et à la fin, et la teroua est écrite entre les deux.
💡 Explication

La teroua doit être encadrée de deux sons pleins (pechouta = teki'a). Le son avant (pechouta lefaneha) : de 'Tu feras passer (ve-ha'avarta) un chofar de teroua' — 'faire passer' évoque un son continu placé avant la teroua. Le son après (pechouta le'ahareha) : d'un second terme de 'passage' dans le verset ('ta'avirou chofar') — la teroua est écrite entre les deux termes de passage.

14
וְאֵין לִי אֶלָּא בַּיּוֹבֵל, בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי״.

Et je n'ai [ainsi appris cela] que pour le Yovel ; pour Roch Hachana, d'où [le sait-on] ? Le texte enseigne : 'au septième mois'.

💡 Explication

Comme au segment 11 : l'exigence des sons pleins encadrant la teroua (pechouta lefaneha et le'ahareha), tirée du verset du Yovel, est étendue à Roch Hachana par les mots superflus 'au septième mois', qui rendent toutes les sonneries du mois identiques.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).