Shabbat 100a — Ce qui annule une paroi, le jet contre un mur, l'objet qui roule

Shabbat 100a

Sougya : Le daf achève la discussion sur l'objet posé sur l'eau : Rava demande si une noix dans un récipient flottant est considérée au repos (teikou), et le cas de l'huile sur le vin est rattaché à la mahloket de Rabbi Yo'hanan ben Nouri et des Rabbanan. Abaye enseigne ensuite quels contenus annulent les parois d'une fosse de 10 tefahim dans le reshout harabim : une natte qui la divise et des fruits l'annulent, l'eau ne l'annule pas.

La mishna traite du jet de 4 amot contre un mur (au-dessus ou au-dessous de 10 tefahim) ; la Guemara parle de la figue grasse qui colle, du petit trou (mahloket Rabbi Meir et Hakhamim sur hokekin lehachlim) et du tel mitlaket. Une seconde mishna traite de l'objet qui roule en deçà ou au-delà de 4 amot, et Rava exige, selon les Rabbanan, un repos sur quelque chose même à moins de 3 tefahim du sol.

Fosse de 10 tefahim dans le reshout harabim : son contenu annule-t-il les parois ?CasRaisonVerdictFosse 10 x 8, on y jette une natteAbayela natte ne divise pashayavFosse 10 x 8, la natte la diviseAbayechaque moitié < 4 tefahimpatourFosse 10 x 4 remplie d'eauAbaye + R. Shimonl'eau n'annule pas la paroihayavFosse 10 x 4 remplie de fruitsAbayeles fruits annulent la paroipatourHoulia (motte) jetée dans la fosseR. Yo'hanan : douteAbaye : annule à fortioripatour
Les enseignements d'Abaye : quel contenu annule les parois d'une fosse ?
Jeter 4 amot contre un mur : où l'objet s'arrête-t-il ?reshout harabim10 tefahimAu-dessus de 10 : comme jeter en l'airmekom petour -> patourAu-dessous de 10 : comme jeter à terrehayav, si l'objet colle(R. Yo'hanan : figue grasse)Dans un trou minuscule au-dessus de 10 :R. Meir (hokekin lehachlim) : hayavHakhamim (ein hokekin) : patour
Mishna du mur : au-dessus ou au-dessous de 10 tefahim, et le petit trou.
Jet de 4 amot et objet qui roule : où s'est-il pose ?Intention : moins de 4 amotroule au-delà de 4patourle point de repos vouluest à moins de 4Intention : au-delà de 4revient en deçà de 4S'est posé un instantau-delà de 4 (al gabeimashehu)Poussé par le ventencore en l'airhayavmême s'il revient ensuitepatourmême si le vent le ressortRava : même à moins de 3 tefahim du sol, les Rabbanan exigent un repos sur quelque chose
Mishna de l'objet qui roule et la baraita du vent.
1
לָאו הַייְנוּ הַנָּחָתָן. בָּעֵי רָבָא: אֱגוֹז בִּכְלִי וּכְלִי צָף עַל גַּבֵּי מַיִם — מַהוּ? מִי אָמְרִינַן בָּתַר אֱגוֹז אָזְלִינַן, וְהָא נְיָיח, אוֹ דִּילְמָא בָּתַר כְּלִי אָזְלִינַן, וְהָא לָא נְיָיח. תֵּיקוּ.

[Une noix sur l'eau :] ce n'est pas la leur hanaha (leur manière d'être posée). Rava a demandé : une noix dans un récipient, et le récipient flotte sur l'eau, qu'en est-il ?

Dirons-nous que l'on suit la noix, et elle est au repos ; ou peut-être suit-on le récipient, et il n'est pas au repos ? Teikou (la question reste en suspens).

📜 Rachi (1)
לָאו הַייְנוּ הַנָּחָתָן וְאִם נְטָלוֹ מִשָּׁם לָאו עֲקִירָה הִיא:
Ce n'est pas leur hanaha : et s'il la retire de là, ce n'est pas une akira.
💡 Explication

Suite du daf précédent : de l'eau posée sur de l'eau est considérée posée ; une noix qui flotte sur l'eau bouge sans cesse et n'est pas considérée posée, donc la retirer n'est pas une akira (arrachement du lieu). Rava pose le cas intermédiaire : la noix est immobile dans son récipient, mais le récipient flotte. La question reste sans réponse (teikou).

2
שֶׁמֶן עַל גַּבֵּי יַיִן, מַחֲלֹוקֶת רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי וְרַבָּנַן. דִּתְנַן: שֶׁמֶן שֶׁצָּף עַל גַּבֵּי יַיִן, וְנָגַע טְבוּל יוֹם בַּשֶּׁמֶן — לֹא פָּסַל אֶלָּא שֶׁמֶן. רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי אוֹמֵר: שְׁנֵיהֶם חִיבּוּר זֶה לָזֶה.

L'huile sur le vin : [c'est] la mahloket de Rabbi Yo'hanan ben Nouri et des Rabbanan. Car nous avons appris : de l'huile qui flotte sur du vin, et un tevoul yom a touché l'huile, il n'a rendu passoul que l'huile.

Rabbi Yo'hanan ben Nouri dit : les deux sont 'hibour (reliés) l'un à l'autre.

📜 Rachi (4)
שֶׁמֶן עַל גַּבֵּי יַיִן לְעִנְיַן שַׁבָּת מַחֲלֹוקֶת ר' יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי וְרַבָּנַן:
L'huile sur le vin : pour ce qui est de Chabbat, [c'est] la mahloket de Rabbi Yo'hanan ben Nouri et des Rabbanan.
דִּתְנַן שֶׁמֶן שֶׁל תְּרוּמָה:
Car nous avons appris : de l'huile : de terouma.
שֶׁצָּף עַל גַּבֵּי יַיִן שֶׁל תְּרוּמָה מִשּׁוּם הָכִי נְקַט טְבוּל יוֹם מִשּׁוּם דְּפוֹסֵל וְאֵינוֹ מְטַמֵּא הִלְכָּךְ לֹא פָּסַל אֶלָּא שֶׁמֶן בִּלְבַד דְּלָאו חִיבּוּר הוּא לְמֶיהֱוֵי כְּחַד וְאִילּוּ הֲוָה טָמֵא הֲוָה מְטַמֵּא לֵיהּ לְשֶׁמֶן וְשֶׁמֶן פָּסַל לֵיהּ לַיַּיִן:
Qui flotte sur du vin : de terouma. C'est pourquoi il a pris l'exemple du tevoul yom, parce qu'il rend passoul sans rendre tame ; c'est pourquoi il n'a rendu passoul que l'huile seule, car elle n'est pas reliée [au vin] au point de former un seul [ensemble]. Alors que s'il était tame, il rendrait l'huile tame, et l'huile rendrait le vin passoul.
שְׁנֵיהֶם חִיבּוּר דְּהָוֵי כְּחַד וְנִפְסַל אַף הַיַּיִן וּלְעִנְיַן שַׁבָּת נָמֵי לְרַבָּנָן הֲוָה לֵיהּ כֶּאֱגוֹז עַל גַּבֵּי מַיִם וּלְרַבִּי יוֹחָנָן הֲוָה לֵיהּ כְּמַיִם עַל גַּבֵּי מַיִם:
Les deux sont reliés : ils sont comme un seul, et le vin aussi devient passoul. Et pour ce qui est de Chabbat aussi : selon les Rabbanan, c'est comme une noix sur l'eau, et selon Rabbi Yo'hanan ben Nouri, c'est comme de l'eau sur de l'eau.
💡 Explication

Le tevoul yom est celui qui s'est immergé et attend le coucher du soleil ; il rend passoul la terouma qu'il touche sans la rendre source d'impureté. Pour les Rabbanan, l'huile n'est pas reliée au vin : seule l'huile est atteinte. Pour Rabbi Yo'hanan ben Nouri, les deux forment un seul ensemble ('hibour).

Rachi transpose à Chabbat : pour les Rabbanan, l'huile sur le vin est comme la noix sur l'eau (pas posée) ; pour Rabbi Yo'hanan ben Nouri, elle est comme l'eau sur l'eau (posée).

3
אָמַר אַבַּיֵּי: בּוֹר בִּרְשׁוּת הָרַבִּים עֲמֻוקָּה עֲשָׂרָה וּרְחָבָה שְׁמֹנָה, וְזָרַק לְתוֹכָהּ מַחְצֶלֶת — חַיָּיב. חִילְּקָה בְּמַחְצֶלֶת — פָּטוּר. לְאַבָּיֵי דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ דְּמַחְצֶלֶת מְבַטְּלָא מְחִיצְתָּא — כָּל שֶׁכֵּן חֻולְיָא דִּמְבַטְּלָא מְחִיצְתָּא. לְרַבִּי יוֹחָנָן דְּמִיבַּעְיָא לֵיהּ חֻולְיָא, מַחְצֶלֶת פְּשִׁיטָא דְּלָא מְבַטְּלָא מְחִיצְתָּא.

Abaye a dit : une fosse (bor) dans le reshout harabim, profonde de dix et large de huit, et il y a jeté une natte : il est hayav. Il l'a divisée avec la natte : il est patour.

Selon Abaye, pour qui il est évident qu'une natte annule la paroi, à plus forte raison une houlia (motte de terre), qui annule la paroi. Selon Rabbi Yo'hanan, qui s'est interrogé sur la houlia, il est évident qu'une natte n'annule pas la paroi.

📜 Rachi (3)
וְזָרַק לְתוֹכָהּ מַחְצֶלֶת מִשּׁוּם סֵיפָא נְקַט לֵיהּ דְּבָעֵי לְמֵימַר חֲלָקָה בְּמַחְצֶלֶת פָּטוּר לְאַשְׁמְעִי' דְּהַנָּחַת חֵפֶץ וְסִילּוּק מְחִיצָּה בַּהֲדָדִי פָּטוּר וְהָכָא סִילּוּק מְחִיצָּה דְּזִיל הָכָא לֵיכָּא אַרְבָּעָה וְזִיל הָכָא לֵיכָּא ד' דִּבְצַר לֵיהּ עֹובִי מְקוֹם מַחְצֶלֶת:
Et il y a jeté une natte : il l'a mentionné à cause de la fin, où il veut dire : il l'a divisée avec la natte, patour ; pour nous apprendre que la pose de l'objet et l'enlèvement de la paroi en même temps rendent patour. Et ici c'est un enlèvement de paroi, car d'un côté il n'y a pas quatre et de l'autre il n'y a pas quatre, puisque l'épaisseur de la place de la natte en est retranchée.
כָּל שֶׁכֵּן חֻולְיָא דְּסִילּוּק מְחִיצָּה וַדַּאי הוּא דִּמְבַטֵּיל לָהּ:
À plus forte raison une houlia : qui est certainement un enlèvement de paroi qui l'annule.
לְרַבִּי יוֹחָנָן מַחְצֶלֶת פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּלָא מְבַטְּלָהּ דְּאִי נָמֵי אָמְרִינַן סִילּוּק מְחִיצָּה וְהַנָּחַת חֵפֶץ כִּי הֲדָדֵי פָּטוּר הָכָא חַיָּיב דְּלָא מְבַטֵּל לֵיהּ הִלְכָּךְ לָאו סִילּוּק מְחִיצָּה הִיא:
Selon Rabbi Yo'hanan, il est évident qu'une natte ne l'annule pas : car même si nous disons que l'enlèvement de la paroi et la pose de l'objet ensemble rendent patour, ici il est hayav, car [la natte] ne l'annule pas ; c'est pourquoi ce n'est pas un enlèvement de paroi.
💡 Explication

Une fosse de 10 tefahim de profondeur et d'au moins 4 x 4 est un reshout hayahid. Si la natte tombe à plat, on est hayav : l'objet a été posé dans un reshout hayahid. Si elle se dresse et partage la fosse de 8, chaque moitié fait moins de 4 (l'épaisseur de la natte est retranchée) : la pose de l'objet et la disparition du reshout hayahid sont simultanées, et on est patour.

La Guemara compare avec la question de Rabbi Yo'hanan (99b) sur la houlia : pour Abaye, si une natte annule la paroi, une motte de terre l'annule à fortiori ; pour Rabbi Yo'hanan, qui doute pour la motte, la natte ne l'annule certainement pas.

🖼️ Schéma
Fosse de 8 tefahim divisée par une nattemoins de 4moins de 4natte108 tefahim moins l'épaisseur de la natte : aucune moitié n'a 4 x 4 -> patour
Abaye : la natte divise la fosse de 8 en deux parties de moins de 4 tefahim.
4
וְאָמַר אַבַּיֵּי: בּוֹר בִּרְשׁוּת הָרַבִּים עֲמֻוקָּה עֲשָׂרָה וּרְחָבָה אַרְבָּעָה מְלֵאָה מַיִם, וְזָרַק לְתוֹכָהּ — חַיָּיב. מְלֵאָה פֵּירוֹת, וְזָרַק לְתוֹכָהּ — פָּטוּר, מַאי טַעְמָא? — מַיִם לָא מְבַטְּלִי מְחִיצְתָּא, פֵּירוֹת מְבַטְּלִי מְחִיצְתָּא. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: הַזּוֹרֵק מִן הַיָּם לְאִיסְרַטְיָא וּמִן הָאִיסְרַטְיָא לַיָּם — פָּטוּר. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אִם יֵשׁ בִּמְקוֹם שֶׁזָּרַק עָמֹוק עֲשָׂרָה וְרָחָב אַרְבָּעָה — חַיָּיב.

Et Abaye a dit : une fosse dans le reshout harabim, profonde de dix et large de quatre, pleine d'eau, et il y a jeté [un objet] : il est hayav. Pleine de fruits, et il y a jeté : il est patour.

Quelle en est la raison ? L'eau n'annule pas la paroi ; les fruits annulent la paroi.

On a aussi enseigné ainsi [dans une baraita] : celui qui jette de la mer vers l'istratya (la rue) ou de l'istratya vers la mer est patour. Rabbi Shimon dit : s'il y a, à l'endroit où il a jeté, [un creux] profond de dix et large de quatre, il est hayav.

📜 Rachi (7)
וְזָרַק לְתוֹכָהּ מרה"ר מִידֵּי דְּנָייְחָא כְּגוֹן אֶבֶן אוֹ מַיִם:
Et il y a jeté : depuis le reshout harabim, une chose qui reste en place, comme une pierre, ou de l'eau.
חַיָּיב וְלָא אָמְרִינַן כֵּיוָן דְּמָלֵא הוּא לֹא הָוֵי רה"י דִּמְבַטֵּל לְהוּ מְחִיצּוֹת:
Hayav : et nous ne disons pas : puisqu'elle est pleine, ce n'est pas un reshout hayahid, parce que [l'eau] annulerait les parois.
מְלֵאָה פֵּירוֹת פָּטוּר דִּבְטִיל מְחִיצּוֹת כְּאִילּוּ מִלְּאוּהָ עָפָר:
Pleine de fruits : patour, car ils annulent les parois, comme si on l'avait remplie de terre.
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי דָּמִים לָא מְבַטְּלִי מְחִיצָּה:
On a aussi enseigné ainsi : que l'eau n'annule pas la paroi.
מִן הַיָּם לָאִיסְרַטְיָא מִכַּרְמְלִית לרה"ר פָּטוּר:
De la mer vers l'istratya : d'une karmelit vers le reshout harabim, il est patour.
אִיסְרַטְיָא הוּא סְרַטְיָא:
Istratya : c'est la seratya (la rue).
ר"ש אוֹמֵר אִם יֵשׁ בַּיָּם בְּמָקוֹם שֶׁזָּרַק גֻּומָּא מְיֻוחֶדֶת לְבַדָּהּ עֲמֻוקָּה עֲשָׂרָה וּרְחָבָה ד' רה"י לְעַצְמָהּ הִיא וְלָא הָוֵי כִּשְׁאָר יָם אַף עַל גַּב דְּיָם נָמֵי עָמֹוק הוּא וּמִמֵּילָא שָׁמְעִינַן מדר"ש דָּמִים לָא מְבַטְּלִי מְחִיצָּה:
Rabbi Shimon dit : s'il y a : dans la mer, à l'endroit où il a jeté, un creux particulier, à part, profond de dix et large de quatre, c'est un reshout hayahid en soi, et il n'est pas comme le reste de la mer, bien que la mer aussi soit profonde. Et on en déduit de Rabbi Shimon que l'eau n'annule pas la paroi.
🗂️ Tossefot (1)
פֵּירוֹת מְבַטְּלִי מְחִיצְתָּא וא"ת ומ"ש מִדְּבֵילָה שְׁמֵינָה דְּאָמְרִינַן לְעֵיל דְּלָא מְבַטְּלִי וְאַבַּיֵּי דְּהָכָא אִית לֵיהּ שִׁינּוּיָא דְּבִדְבֵילָה שְׁמֵינָה שָׁנוּ כִּדְאָמַר בפ"ק (דַּף ז:) זִימְנִין מְשַׁנֵּי לֵיהּ בְּכֹותֶל דְּלֵית בֵּיהּ חֹור וּבִדְבֵילָה שְׁמֵינָה כּוּ' וְי"ל דִּדְבֵילָה אֵינָהּ עוֹמֶדֶת כָּל כָּךְ לְהִתְבַּטֵּל שָׁם בַּכֹּותֶל כְּמוֹ שֶׁרְגִילִין לְבַטֵּל פֵּירוֹת בַּבּוֹר כְּעֵין תְּבוּאָה אִי נָמֵי דְּבֵילָה דָּבָר מוּעָט הוּא וְלָא מְבַטְּלָא אֲבָל בּוֹר מָלֵא פֵּירוֹת אוֹ חֶצְיוֹ מְבַטֵּל רה"י וה"ה דְּגַרְעִין אֶחָד אוֹ דָּבָר מוּעָט לֹא מְבַטֵּל רה"י וא"ת הֵיכִי מְמַעֲטִי הָנֵי פֵּירוֹת וְהָא אָמַר בְּפֶרֶק חַלּוֹן (עֵירוּבִין עח:) כָּל דָּבָר הַנִּיטָּל בְּשַׁבָּת אֵינוֹ מְמַעֵט וְאַפֵּי' אִי אַיְירֵי הָכָא בְּטֶבֶל שֶׁאֵין נִיטָּל בְּשַׁבָּת מ"מ כֵּיוָן דְּנִיטַּל מִן הַתּוֹרָה הַזּוֹרֵק לְתוֹכוֹ אַמַּאי פָּטוּר וְאוֹמֵר ר"י דְּמִן הַתּוֹרָה מְמַעֵט כָּל דָּבָר וַאֲפִילּוּ הַנִּיטָּל וּמִדְּרַבָּנָן הוּא דְּגָזְרוּ דְּדָבָר הַנִּיטָּל אֵינוֹ מְמַעֵט וּלְהָכֵי לָא קָאָמַר מֻותָּר לִזְרֹוק בְּתוֹכוֹ אֶלָּא קָאָמַר הַזּוֹרֵק לְתוֹכוֹ פָּטוּר מַשְׁמַע דְּאִיסּוּרָא דְּרַבָּנָן אִיכָּא וַאֲפִילּוּ בְּחָרִיץ שֶׁבֵּין שְׁתֵּי חֲצֵרוֹת אָמְרוּ דְּדָבָר הַנִּיטָּל אֵינוֹ מְמַעֵט אע"ג דְּהָוֵי לְקֻולָּא דְּלָא אָסְרִי אַהֲדָדֵי אֲבָל ק"ק דִּבְפֶרֶק חַלּוֹן (שָׁם) מַיְיתֵי עַל בַּיִת שֶׁמִּילְּאוּהוּ תֶּבֶן דְּהָוֵי לְעִנְיַן אֹהֶל דְּאוֹרָיְיתָא:
Les fruits annulent la paroi : et si tu demandes : en quoi est-ce différent de la figue grasse, dont nous avons dit plus haut qu'elle n'annule pas ? Or Abaye ici admet la réponse : on l'a enseigné à propos d'une figue grasse, comme il dit au premier chapitre (7b) : parfois il lui répond [par] un mur qui n'a pas de trou, et [par] une figue grasse, etc. On peut répondre que la figue n'est pas destinée à être laissée là, dans le mur, autant que l'on a coutume de laisser des fruits dans une fosse, comme du grain. Ou bien : la figue est une petite chose et n'annule pas ; mais une fosse pleine de fruits, ou à moitié pleine, annule le reshout hayahid ; et de même un seul noyau ou une petite chose n'annule pas le reshout hayahid. Et si tu demandes : comment ces fruits réduisent-ils [la hauteur], alors qu'il dit au chapitre Halon (Erouvin 78b) : toute chose que l'on peut déplacer à Chabbat ne réduit pas ? Et même s'il s'agit ici de tevel, que l'on ne déplace pas à Chabbat, de toute façon, puisqu'on peut le déplacer selon la Torah, pourquoi celui qui y jette est-il patour ? Et le Ri dit que selon la Torah toute chose réduit, même ce que l'on peut déplacer, et c'est d'ordre rabbinique qu'on a décrété qu'une chose que l'on peut déplacer ne réduit pas ; c'est pourquoi il ne dit pas : il est permis d'y jeter, mais il dit : celui qui y jette est patour, ce qui implique qu'il y a un interdit rabbinique. Et même pour le fossé entre deux cours, on a dit qu'une chose que l'on peut déplacer ne réduit pas, bien que ce soit dans le sens de la souplesse, puisqu'elles ne s'interdisent pas l'une l'autre. Mais il reste une petite difficulté, car au chapitre Halon (ibid.) il cite [le cas d']une maison qu'on a remplie de paille, qui concerne l'ohel [pour l'impureté], qui est de la Torah.
💡 Explication

L'eau n'est pas considérée comme un remplissage qui supprime la profondeur de la fosse ; les fruits, eux, sont souvent laissés dans une fosse comme dans un silo, ils annulent donc les parois, comme si on l'avait comblée de terre.

Preuve par la baraita : la mer est une karmelit, d'où l'exemption. Selon Rabbi Shimon, un creux distinct de 10 x 4 au fond de la mer est un reshout hayahid bien qu'il soit rempli d'eau : l'eau n'annule donc pas la paroi.

Tossefot se demande pourquoi une figue grasse n'annule pas [la paroi] alors que les fruits l'annulent, et précise que, selon le Ri, tout remplissage réduit la hauteur selon la Torah ; c'est d'ordre rabbinique qu'un objet déplaçable à Chabbat ne réduit pas.

5
מַתְנֵי׳ הַזּוֹרֵק אַרְבַּע אַמּוֹת בַּכֹּותֶל, לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה טְפָחִים — כְּזוֹרֵק בָּאֲוִיר. לְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה טְפָחִים — כְּזוֹרֵק בָּאָרֶץ. הַזּוֹרֵק בָּאָרֶץ אַרְבַּע אַמּוֹת — חַיָּיב.

Mishna. Celui qui jette [à une distance de] quatre amot contre un mur : au-dessus de dix tefahim, c'est comme s'il jetait en l'air ; au-dessous de dix tefahim, c'est comme s'il jetait sur le sol.

Celui qui jette sur le sol à quatre amot est hayav.

💡 Explication

Le jet de 4 amot dans le reshout harabim est une tolada de l'hotsaa. Si l'objet frappe le mur au-dessus de 10 tefahim, il atteint un mekom petour (lieu exempté) et on est patour. Au-dessous de 10, le mur fait partie du reshout harabim : c'est comme si l'objet était tombé par terre à 4 amot, et on est hayav.

6
גְּמָ׳ וְהָא לָא נָח? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בִּדְבֵילָה שְׁמֵינָה שָׁנִינוּ.

Guemara. Mais [l'objet] ne s'est pas posé ?

Rabbi Yo'hanan a dit : nous l'avons appris à propos d'une devela chemena (figue sèche grasse).

🗂️ Tossefot (1)
וְהָא לֹא נָח וא"ת מַאי פָּרֵיךְ וְהָתַנְיָא לְעֵיל (שַׁבָּת ד' צז.) תּוֹךְ ג' ד"ה חַייָּב אע"ג דְּלָא נָח וְאֵין נִרְאֶה לוֹמַר דְּאַתּוֹךְ ד' אַמּוֹת קָאֵי אַמַּאי פָּטוּר הָא לֹא נָח וא"כ כְּשֶׁנָּח אַחַר כָּךְ חוּץ לְאַרְבַּע יִתְחַיֵּיב דְּהָא (מַתְנִיתִין) נַמֵּי הָכִי מַשְׁמַע דְּאַחוּץ לְד' אַמּוֹת פָּרֵיךְ אַמַּאי חַייָּב וְי"ל דְּפָרִיךְ לְרָבָא דְּאָמַר תּוֹךְ שְׁלֹשָׁה לְרַבָּנָן בָּעֵי הַנָּחָה ע"ג מַשֶּׁהוּ:
Mais il ne s'est pas posé : et si tu demandes : que demande-t-il ? N'a-t-on pas enseigné plus haut (Chabbat 97a) : à moins de trois [tefahim], tous admettent qu'il est hayav, bien qu'il ne se soit pas posé ? Et il ne semble pas juste de dire [que la question] porte sur [le cas] en deçà de quatre amot : pourquoi est-il patour, puisqu'il ne s'est pas posé, et s'il en est ainsi, quand il se pose ensuite au-delà de quatre, il devrait être hayav ; car la mishna aussi implique que c'est sur [le cas] au-delà de quatre amot qu'il demande : pourquoi est-il hayav ? On peut répondre qu'il pose la question selon Rava, qui a dit : à moins de trois, selon les Rabbanan, il faut une pose sur quelque chose.
💡 Explication

Pour être hayav il faut une hanaha (pose). Un objet qui rebondit contre le mur ne se pose pas. Rabbi Yo'hanan explique que la mishna parle d'une figue grasse qui colle au mur : elle y reste, ce qui vaut pose.

7
אָמַר רַב יְהוּדָה, אָמַר רַב, אָמַר רַבִּי חַייָּא: זָרַק לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה, וְהָלְכָה וְנָחָה בְּחֹור כָּל שֶׁהוּא, בָּאנוּ לְמַחְלֹוקֶת רַבִּי מֵאִיר וְרַבָּנַן. לְרַבִּי מֵאִיר דְּאָמַר חוֹקְקִין לְהַשְׁלִים — מִיחַייַּב. לְרַבָּנַן דְּאָמְרִי אֵין חוֹקְקִין לְהַשְׁלִים — לָא מִיחַייַּב. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: זָרַק לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה, וְהָלְכָה וְנָחָה בְּחֹור כָּל שֶׁהוּא — רַבִּי מֵאִיר מְחַיֵּיב וַחֲכָמִים פּוֹטְרִין.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav, au nom de Rabbi Hiya : s'il a jeté au-dessus de dix, et que [l'objet] est allé se poser dans un trou de la moindre taille, nous en arrivons à la mahloket de Rabbi Meir et des Rabbanan. Selon Rabbi Meir, qui dit : hokekin lehachlim (on creuse [en pensée] pour compléter), il est hayav.

Selon les Rabbanan, qui disent : on ne creuse pas pour compléter, il n'est pas hayav. On a aussi enseigné ainsi : s'il a jeté au-dessus de dix, et que [l'objet] est allé se poser dans un trou de la moindre taille, Rabbi Meir le rend hayav et les Hakhamim le rendent patour.

📜 Rachi (1)
גְּמ' רַבִּי מֵאִיר וְרַבָּנָן דְּאִיפְּלִיגוּ בְּחוֹקְקִים לְהַשְׁלִים בפ"ק דְּיוֹמָא (דַּף יא:) וּבְעֵירוּבִין (ד' יא:) לר"מ דְּאָמַר חוֹקְקִין לְהַשְׁלִים בָּמָקוֹ' שֶׁיֵּשׁ כְּדֵי לְחֹוק הָכָא חַייָּב דְּרוֹאִין הַחוֹר כְּאִלּוּ הוּא אַרְבַּע:
Rabbi Meir et les Rabbanan : qui divergent sur hokekin lehachlim au premier chapitre de Yoma (11b) et dans Erouvin (11b). Selon Rabbi Meir, qui dit : on creuse pour compléter, la où il y a de quoi creuser, ici il est hayav, car on considère le trou comme s'il avait quatre.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָלְכָה וְנָחָה בְּחֹור כָּל שֶׁהוּא כו' בְּחוֹר מְפֻולָּשׁ אַייְרֵי וְהַאי חוֹקְקִין לְהַשְׁלִים הַיְינוּ לְשַׁווְיָה מָקוֹם ד' כִּדְפֵי' בפ"ק (דַּף ז:):
Et est allé se poser dans un trou de la moindre taille, etc. : il s'agit d'un trou traversant ; et ce hokekin lehachlim signifie en faire un espace de quatre, comme on l'a expliqué au premier chapitre (7b).
💡 Explication

Un trou dans le mur au-dessus de 10 tefahim n'est un reshout hayahid que s'il mesure 4 x 4. Pour Rabbi Meir, hokekin lehachlim : si le mur est assez épais pour qu'on puisse creuser le trou jusqu'à 4 x 4, on le considère déjà comme tel. Pour les Rabbanan, on juge le trou tel qu'il est. Tossefot précise qu'il s'agit d'un trou mefoulach (traversant).

8
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: תֵּל הַמִּתְלַקֵּט עֲשָׂרָה מִתּוֹךְ אַרְבַּע, וְזָרַק וְנָח עַל גַּבָּיו — חַייָּב. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: מָבוֹי שֶׁשָּׁוֶה לְתוֹכוֹ, וְנַעֲשָׂה מִדְרוֹן לִרְשׁוּת הָרַבִּים, אוֹ שָׁוָה לִרְשׁוּת הָרַבִּים וְנַעֲשָׂה מִדְרוֹן לְתוֹכוֹ — אוֹתוֹ מָבוֹי אֵינוֹ צָרִיךְ לֹא לֶחִי וְלֹא קוֹרָה. רַבִּי חֲנִינָא בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: תֵּל הַמִּתְלַקֵּט עֲשָׂרָה מִתּוֹךְ אַרְבַּע, וְזָרַק וְנָח עַל גַּבָּיו — חַיָּיב.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : un tel mitlaket (monticule qui s'élève) de dix [tefahim] sur quatre [amot], et il a jeté et [l'objet] s'est posé sur son sommet : il est hayav. On a aussi enseigné ainsi : un mavoy (impasse) qui est plat à l'intérieur et devient une pente vers le reshout harabim, ou qui est plat [au niveau du] reshout harabim et devient une pente vers l'intérieur : cette impasse n'a besoin ni de lehi ni de kora.

Rabbi Hanina ben Gamliel dit : un tel mitlaket de dix sur quatre, et il a jeté et [l'objet] s'est posé sur son sommet : il est hayav.

📜 Rachi (3)
תֵּל הַמִּתְלַקֵּט שֶׁהוּא מִדְרוֹן וְהוֹלֵךְ וּמִתְלַקֵּט מְעַט מְעַט עַד שֶׁמַּגְבִּיהַּ י' מִתּוֹךְ ד"א הֲרֵי הוּא כְּאִלּוּ זָקוּף כֻּולּוֹ וְהָוֵי רה"י בִּמְקוֹם גָּובְהוֹ וְאִם זָרַק מרה"ר וְנָח עַל גַּבָּיו חַייָּב וְדַוְקָא נְקַט מִתּוֹךְ ד' אַמּוֹת דְּאִי מִתּוֹךְ ה' הֲרֵי הוּא כִּשְׁאָר רְשׁוּת הָרַבִּים דְּנִיחָא תַּשְׁמִישְׁתֵּיהּ לְהִילּוּךְ:
Un tel mitlaket : qui est une pente et s'élève peu à peu jusqu'à atteindre dix [tefahim] sur quatre amot : il est comme s'il était entièrement vertical, et c'est un reshout hayahid à l'endroit de sa hauteur ; et s'il a jeté depuis le reshout harabim et [l'objet] s'est posé sur son sommet, il est hayav. Et il a dit précisément : sur quatre amot, car si c'est sur cinq, il est comme le reste du reshout harabim, car son usage pour la marche est commode.
וְנַעֲשָׂה מִדְרוֹן לרה"ר שֶׁהָיָה קַרְקַע הַמָּבוֹי גָּבוֹהַּ מִקַּרְקַע רה"ר וְהֻוצְרַךְ לְשַׁפֵּעַ אֵצֶל פִּתְחוֹ לְצַד רה"ר אוֹ שֶׁהָיָה שָׁוֶה לרה"ר וְנַעֲשָׂה מִדְרוֹן לְתוֹכָהּ שֶׁהָיָה רה"ר גָּבוֹהַּ מִקַּרְקַע הַמָּבוֹי וּכְנִיסַת הַמָּבוֹי נָמֵי מִן הַפֶּתַח וְלִפְנִים גָּבוֹהַּ כְּקַרְקַע רה"ר בְּרָחָב אַמָּה אוֹ חֲצִי אַמָּה וְאַחַ"כּ הוּא נַעֲשָׂה מִדְרוֹן לְצַד דֹּופֶן הָאֶמְצָעִי:
Et devient une pente vers le reshout harabim : le sol de l'impasse était plus haut que le sol du reshout harabim, et il a fallu le mettre en pente près de son entrée, du côté du reshout harabim. Ou bien il était au niveau du reshout harabim et devient une pente vers l'intérieur : le reshout harabim était plus haut que le sol de l'impasse, et l'entrée de l'impasse aussi, de l'ouverture vers l'intérieur, était haute comme le sol du reshout harabim sur une largeur d'une amah ou d'une demi-amah, et ensuite elle devient une pente vers la paroi du fond.
אוֹתוֹ מָבוֹי אֵינוֹ צָרִיךְ לֶחִי דְּאוֹתוֹ גֹּובַהּ שֶׁבְּצַד הַפֶּתַח הֲוָה לֵיהּ מְחִיצָּה אַף עַל פִּי שֶׁהוּא מְשַׁפֵּעַ וְהוֹלֵךְ:
Cette impasse n'a pas besoin de lehi : car cette hauteur, du côté de l'entrée, lui tient lieu de paroi, bien qu'elle soit en pente progressive.
💡 Explication

Une pente qui gagne 10 tefahim sur une distance horizontale de 4 amot au plus compte comme une mehitsa (paroi) verticale ; son sommet est un reshout hayahid. Au-delà de 4 amot, la pente est commode pour marcher et reste du reshout harabim (Rachi).

La baraita du mavoy le confirme : la pente à l'entrée de l'impasse sert de paroi, donc on n'a pas besoin de lehi (montant) ni de kora (poutre) pour l'eruv.

🖼️ Schéma
Tel mitlaket : 10 tefahim de hauteur gagnés sur 4 amot4 amot (au plus)10 tefahimsommet : reshout hayahidreshout harabim
Tel mitlaket : la pente de 10 tefahim sur 4 amot vaut une paroi verticale.
9
מַתְנִי׳ זָרַק לְתוֹךְ אַרְבַּע אַמּוֹת וְנִתְגַּלְגֵּל חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת — פָּטוּר. חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת וְנִתְגַּלְגֵּל לְתוֹךְ אַרְבַּע אַמּוֹת — חַיָּיב.

Mishna. S'il a jeté [pour atteindre moins de] quatre amot et que [l'objet] a roulé au-delà de quatre amot, il est patour.

[S'il a jeté] au-delà de quatre amot et qu'il a roulé en deçà de quatre amot, il est hayav.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' זָרַק חוּץ לד"א וְנִתְגַּלְגֵּל כּוּ' חַיָּיב לֹא שֶׁנָּפַל לָאָרֶץ דא"כ לָא צְרִיכָא לְמֵימַר אֶלָּא שֶׁהָרוּחַ גִּלְגְּלַתְהוּ מִן הָאֲוִיר לְתוֹךְ ד' אַמּוֹת:
Mishna. Il a jeté au-delà de quatre amot et il a roulé, etc., hayav : [cela ne veut] pas [dire] qu'il est tombé au sol, car alors il n'y aurait pas besoin de le dire ; mais le vent l'a fait rouler depuis l'air jusqu'en deçà de quatre amot.
💡 Explication

On suit l'endroit où l'objet devait se poser selon le jet. Dans le premier cas, l'objet a dépassé 4 amot sans que le lanceur l'ait voulu : patour. Dans le second, Rachi précise que le vent l'a ramené alors qu'il était encore en l'air (s'il était tombé au sol avant de revenir, le cas serait évident).

10
גְּמָ׳ וְהָא לָא נָח? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וְהוּא שֶׁנָּח עַל גַּבֵּי מַשֶּׁהוּ. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: זָרַק חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת וּדְחָפַתּוּ הָרוּחַ וְהִכְנִיסַתּוּ, וְאַף עַל פִּי שֶׁחָזְרָה וְהוֹצִיאַתּוּ — פָּטוּר. אֲחָזַתּוּ הָרוּחַ מַשֶּׁהוּ, אַף עַל פִּי שֶׁחָזְרָה וְהִכְנִיסַתּוּ — חַיָּיב.

Guemara. Mais il ne s'est pas posé ?

Rabbi Yo'hanan a dit : [il s'agit du cas] où il s'est posé sur quelque chose (al gabei mashehu). On a aussi enseigné ainsi : s'il a jeté au-delà de quatre amot et que le vent l'a poussé et l'a fait rentrer, même s'il l'a de nouveau fait sortir, il est patour.

Si le vent l'a retenu un instant, même s'il l'a ensuite fait rentrer, il est hayav.

📜 Rachi (4)
גְּמָ' וְהָא לָא נָח חוּץ לְד' וְאַמַּאי אָזְלִינַן בָּתְרָהּ:
Guemara. Mais il ne s'est pas posé : au-delà de quatre ; et pourquoi suivons-nous [le jet] ?
שֶׁנָּח ע"ג מַשֶּׁהוּ שֶׁעָמַד קְצָת וְאַחַ"כּ נִתְגַּלְגֵּל וְהוּא הַדִּין אִם אֲחַזְתֶּן הָרוּחַ בָּאֲוִיר וְעִכְּבַתּוּ מְעַט וְאַחַר כָּךְ הִכְנִיסַתּוּ דַּחֲשִׁיב נָמֵי הַנָּחָה אִם בְּתוֹךְ ג' הוּא:
Il s'est posé sur quelque chose : il s'est arrêté un peu, puis il a roulé. Et il en est de même si le vent l'a retenu en l'air et l'a arrêté un peu, puis l'a fait rentrer : cela compte aussi comme posé, si c'est à moins de trois [tefahim du sol].
וּדְחָפַתּוּ הָרוּחַ בְּעוֹדוֹ בָּאֲוִיר:
Et le vent l'a poussé : alors qu'il était encore en l'air.
אֲחָזַתּוּ מַשֶּׁהוּ הָרוּחַ עִכְּבַתּוּ בִּמְקוֹמוֹ מְעַט:
L'a retenu un instant : le vent l'a arrêté un peu à sa place.
🗂️ Tossefot (1)
אֲחָזַתּוּ הָרוּחַ מַשֶּׁהוּ כּוּ' פֵּי' שֶׁעִיכְּבַתּוּ ע"ג קַרְקַע אוֹ אַפֵּי' בַּאֲוִיר כִּדְפֵי' בַּקְּוַנְט' דַּחֲשִׁיבָה אֲחִיזַת הָרוּחַ כְּמֻונָּח עַל גַּבֵּי מַשֶּׁהוּ וְנִרְאֶה דע"ג קַרְקַע אֲפִי' לְר' יְהוּדָה דְּהַייְנוּ רַבָּנַן דְּקָאָמַר רָבָא דְּצָרִיךְ הַנָּח' מוֹדֶה דְּלָא בָּעֵינַן כִּדְפֵי' לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף פ.) וּמִיהוּ ק"ק דִּבְסָמוּךְ מַסְּקִינַן אִיפְּכָא דְּמִתְגַּלְגֵּל כֵּיוָן דְּאֵין סוֹפוֹ לָנוּחַ לָאו כְּמֻונָּח דָּמֵי אֲבָל הַאי כֵּיוָן דְּסוֹפוֹ לָנוּחַ כְּמֻונָּח דָּמֵי וְחָזַר ר"י לְפָרֵשׁ דְּוַדַּאי רַבִּי יְהוּדָה סָבַר כר"ע דִּקְלוּטָה כְּמוֹ שֶׁהֻונְּחָה הֵיכָא דְּבָעֵי שֶׁתָּנוּחַ שָׁם כִּי הַהוּא דְּפִירְקִין אֲבָל בְּהַהוּא דְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּעֵירוּבִין (ד' צז:) הָיָה קוֹרֵא בַּסֵּפֶר דְּלָא בָּעֵי שֶׁתִּפּוֹל שָׁם בָּעֵי ר' יְהוּדָה הַנָּחָה עַל גַּבֵּי מַשֶּׁהוּ וְרָבָא קָאָמַר דְּרַבָּנָן דר"ע לֵית לְהוּ קְלוּטָה כְּמוֹ שֶׁהֻונְּחָה דָּמְיָא בְּשׁוּם מָקוֹם אַפֵּי' רְצוֹנוֹ שֶׁתָּנוּחַ שָׁם אֲפִילּוּ תּוֹךְ ג' וְלָא ס"ל כְּבָרַייְתָא דִּלְעֵיל דְּקָתָנֵי תּוֹךְ ג' ד"ה חַיָּיב אֶלָּא סָבַר כְּבָרַייְתָא דְּהָכָא דְּקָתָנֵי אֲחָזַתּוּ הָרוּחַ מַשֶּׁהוּ וּמַתְנִיתִין נָמֵי מַשְׁמַע דְּאַייְּרִי בְּנָח מַשֶּׁהוּ כִּדְאוֹקֵי ר' יוֹחָנָן דֻּומְיָא דְּרֵישָׁא דְּקָתָנֵי תּוֹךְ ד' אַמּוֹת פָּטוּר דְּאַיְירֵי בְּשֶׁנָּח דְּאִי לָאו הָכִי אַמַּאי מִיפְטָר וְרַב חִלְקִיָּה בַּר טוֹבִיָּה דְּאָמַר לְעֵיל תּוֹךְ שְׁלֹשָׁה ד"ה חַיָּיב מוֹקֵי מַתְנִיתִין בִּדְלָא נָח וְרֵישָׁא דְּקָתָנֵי פָּטוּר מַייְרֵי כְּגוֹן שֶׁפָּסַק כֹּחוֹ וּמֵחֲמַת הָרוּחַ נִתְגַּלְגֵּל חוּץ לְאַרְבַּע:
Le vent l'a retenu un instant, etc. : explication : il l'a arrêté sur le sol, ou même en l'air, comme l'explique le Kountres (Rachi), car la retenue par le vent est considérée comme posé sur quelque chose. Et il semble que sur le sol, même Rabbi Yehouda, qui correspond aux Rabbanan dont Rava dit qu'il faut une pose, admet que nous ne l'exigeons pas, comme on l'a expliqué plus haut (Chabbat 80a). Toutefois il reste une petite difficulté, car juste après nous concluons l'inverse : ce qui roule, puisque sa fin n'est pas de se poser, n'est pas considéré comme posé ; mais ceci, puisque sa fin est de se poser, est considéré comme posé. Et le Ri s'est rétracté et a expliqué que Rabbi Yehouda pense certainement comme Rabbi Akiva que [l'objet] saisi [dans l'air] est comme posé, là où l'on veut qu'il se pose là, comme dans le cas de notre chapitre ; mais dans le cas du dernier chapitre d'Erouvin (97b), celui qui lisait dans un livre, où il ne veut pas qu'il tombe là, Rabbi Yehouda exige une pose sur quelque chose. Et Rava dit que les Rabbanan [qui divergent de] Rabbi Akiva ne pensent en aucun cas que ce qui est saisi [dans l'air] est comme posé, même si l'on veut qu'il s'y pose, même à moins de trois ; et il ne pense pas comme la baraita de plus haut qui enseigne : à moins de trois, tous admettent qu'il est hayav, mais comme la baraita d'ici qui enseigne : le vent l'a retenu un instant. Et notre mishna aussi implique qu'il s'agit [d'un objet] qui s'est posé un instant, comme l'établit Rabbi Yo'hanan, à l'image du début, qui enseigne : en deçà de quatre amot, patour, et qui traite [d'un objet] qui s'est posé, car sinon pourquoi serait-il patour ? Et Rav Hilkiya bar Toviya, qui a dit plus haut : à moins de trois, tous admettent qu'il est hayav, établit notre mishna [dans le cas] où il ne s'est pas posé, et le début qui enseigne patour traite par exemple [du cas] où sa force s'est épuisée et où il a roulé au-delà de quatre à cause du vent.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan exige que l'objet se soit arrêté un instant au-delà de 4 amot, al gabei mashehu. La baraita le confirme : un objet poussé en plein vol ne s'est jamais posé ; un objet que le vent a retenu un instant est considéré comme posé.

Rachi et Tossefot discutent si l'arrêt dans l'air compte aussi (Rachi : oui, à moins de 3 tefahim du sol).

11
אָמַר רָבָא: תּוֹךְ שְׁלֹשָׁה לְרַבָּנַן צָרִיךְ הַנָּחָה עַל גַּבֵּי מַשֶּׁהוּ. יָתֵיב מָרִימָר וְקָאָמַר לַהּ לְהָא שְׁמַעְתָּא. אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְמָרִימָר:

Rava a dit : à moins de trois [tefahim du sol], selon les Rabbanan, il faut une pose sur quelque chose. Mareimar était assis et enseignait cet enseignement.

Ravina a dit à Mareimar :

📜 Rachi (1)
לְרַבָּנָן דִּפְלִיגִי עָלֶיהָ דר"ע בְּזוֹרֵק מרה"י לרה"י ורה"ר בְּאֶמְצַע דְּלֵית לְהוּ קְלוּטָה כְּמִי שֶׁהֻונְּחָה לָא תֵּימָא בְּתוֹךְ ג' מוֹדוֹ אֶלָּא אֲפִילּוּ תּוֹךְ ג' נָמֵי צָרִיךְ שֶׁיָּנוּחַ וְאִם עָבַר רה"ר כֻּולָּהּ פָּטוּר וְנָפְקָא מִינָּהּ נָמֵי לְזוֹרֵק ד' אַמּוֹת וּכְשֶׁבָּא לָנוּחַ וְהִגִּיעַ לְתוֹךְ ג' נִזְכַּר שִׁגְגָתוֹ עַד שֶׁלֹּא נָח פָּטוּר כִּדְאָמְרִינַן בְּמָתְנֵי' (דַּף קב.) עַד שֶׁתְּהֵא תְּחִלָּתוֹ וְסוֹפוֹ שְׁגָגָה וְלָא אָמְרִינַן עַד שֶׁלֹּא נִזְכַּר הֲוָה לֵיהּ מֻונָּח:
Selon les Rabbanan : qui divergent de Rabbi Akiva à propos de celui qui jette d'un reshout hayahid à un reshout hayahid avec le reshout harabim au milieu, et qui ne pensent pas que ce qui est saisi [dans l'air] est comme posé : ne dis pas qu'à moins de trois ils l'admettent ; au contraire, même à moins de trois il faut qu'il se pose, et s'il a traversé tout le reshout harabim, il est patour. Et il en découle aussi une conséquence pour celui qui jette à quatre amot : quand [l'objet] allait se poser et est arrivé à moins de trois, [et que] le lanceur s'est rappelé sa chegaga avant qu'il se pose, il est patour, comme nous le disons dans la mishna (102a) : il faut que le début et la fin soient en chegaga ; et nous ne disons pas qu'avant qu'il se rappelle, [l'objet] était déjà comme posé.
💡 Explication

Le principe de lavoud considère un objet à moins de 3 tefahim du sol comme touchant le sol. Rava enseigne que, selon les Rabbanan qui refusent kelouta kemi chehouna'ha (ce qui est saisi dans l'air est comme posé, opinion de Rabbi Akiva), lavoud ne suffit pas : l'objet doit se poser réellement. Rachi en tire une conséquence : si, pendant que l'objet descend à moins de 3 tefahim, le lanceur se rappelle que c'est Chabbat avant la pose, il est patour, car le début et la fin doivent être en chegaga.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).