Sougya : Le daf achève la discussion sur l'objet qui passe à moins de trois tefahim du sol sans s'y poser. La mishna traite ensuite du raqaq (marécage peu profond) traversé par le public, qui reste reshout harabim : Rava, Abaye et Rav Ashi expliquent pourquoi elle le répète.
Une seconde mishna déclare patour celui qui jette entre la mer (karmelit), la terre ferme et un bateau, et règle le transport entre bateaux. La Guemara rapporte la discussion de Rav Houna et de Rav Hisda avec Rabba bar Rav Houna sur la manière de puiser l'eau de mer depuis un bateau : tout dépend de l'endroit d'où l'on mesure la karmelit, le fond ou la surface de l'eau.
Elle examine enfin comment rejeter les eaux usées (koho, la force de l'homme, dans une karmelit).
N'est-ce pas [ce qu'enseigne] notre mishna, à propos de laquelle Rabbi Yo'hanan a dit : et cela, lorsqu'il s'est posé sur quelque chose ? [Mareimar] lui dit : tu parles d'un objet qui roule ?
Un objet qui roule n'est pas destiné à se poser ; mais celui-ci, puisqu'il est destiné à se poser, bien qu'il ne se soit pas posé, [on aurait pu dire qu']il est considéré comme posé : [Rava] nous enseigne [qu'il faut une pose].
Ravina objecte que l'enseignement de Rava (à moins de trois tefahim il faut une pose réelle) découle déjà de la mishna de l'objet qui roule. Mareimar distingue : l'objet emporté par le vent n'est pas destiné à se poser, tandis que l'objet qui descend à moins de trois tefahim va se poser. On aurait pu le considérer comme déjà posé ; Rava enseigne que non.
MISHNA. Celui qui jette dans la mer [sur] quatre amot est patour.
S'il y avait un raqaq (flaque, marécage) et que le reshout harabim y passe, celui qui jette dedans [sur] quatre amot est hayav. Et quelle est [la profondeur d']un raqaq ?
Moins de dix tefahim. Un raqaq que le reshout harabim traverse, celui qui jette dedans [sur] quatre amot est hayav.
La mer est une karmelit : y déplacer un objet sur quatre amot n'est pas un interdit de la Torah. Le raqaq, eau de moins de dix tefahim de profondeur que le public traverse, reste reshout harabim : y jeter sur quatre amot rend hayav. La répétition de la dernière phrase est le point de départ de la Guemara.
GUEMARA. Un des Sages dit à Rava : il est bien que [la mishna dise] « passe » « passe » deux fois ; elle nous enseigne ceci : un passage fait avec difficulté s'appelle passage, un usage fait avec difficulté ne s'appelle pas usage.
Mais « raqaq » « raqaq » deux fois, pourquoi en ai-je besoin ? [Rava répondit :] l'un pour l'été et l'autre pour la saison des pluies.
Et les deux sont nécessaires. Car si elle n'en avait enseigné qu'un, j'aurais dit : cela vaut en été, car les gens ont l'habitude d'y passer pour se rafraîchir, mais en saison des pluies, non.
Et si elle nous avait appris [seulement] la saison des pluies, [j'aurais dit :] puisqu'ils sont [déjà] salis, cela ne les dérange pas, mais en été, non.
Principe : un hilloukh (passage) fait avec difficulté compte comme passage public ; un tachmich (usage) fait avec difficulté ne compte pas. La double mention de raqaq enseigne que le raqaq reste reshout harabim en toute saison.
Abaye dit : c'était nécessaire ; il te serait venu à l'esprit de dire : cela vaut là où il n'y a pas quatre amot [de largeur], mais là où il y a quatre amot, on le contourne.
Selon Abaye, la répétition inclut le raqaq large de quatre amot : bien qu'on puisse le contourner, le public le traverse, et il reste reshout harabim.
Rav Ashi dit : c'était nécessaire ; il te serait venu à l'esprit de dire : cela vaut là où il y a quatre [tefahim de largeur], mais là où il n'y a pas quatre, on l'enjambe. Et Rav Ashi suit son propre raisonnement, car Rav Ashi a dit : celui qui jette [un objet] et qu'il se pose sur une planche de pont (gouda degamla) est hayav, car le public y passe.
Rav Ashi inverse l'hypothèse : la répétition inclut le raqaq étroit (moins de quatre tefahim), que certains enjambent. Il applique la même logique à la planche de pont : même si certains passants l'enjambent, beaucoup y posent le pied, et elle est reshout harabim.
MISHNA. Celui qui jette de la mer vers la terre ferme, de la terre ferme vers la mer, de la mer vers un bateau, d'un bateau vers la mer, ou d'un bateau vers un autre, est patour.
Des bateaux attachés l'un à l'autre : on transporte de l'un à l'autre. S'ils ne sont pas attachés, bien qu'ils soient contigus, on ne transporte pas de l'un à l'autre.
La mer est une karmelit, domaine d'institution rabbinique : tout transfert entre elle et un autre domaine est patour selon la Torah. Des bateaux attachés forment un seul ensemble (avec un erouv s'ils appartiennent à deux personnes, selon la Guemara) ; détachés, la karmelit les sépare.
GUEMARA. Il a été dit : un bateau — Rav Houna dit : on en fait sortir une saillie (ziz) de n'importe quelle taille, et on puise.
Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna disent : on fait un espace de quatre [tefahim], et on puise.
Question : comment puiser l'eau de mer (karmelit) pour la faire entrer dans le bateau (reshout hayahid) à Chabbat ? Rav Houna se contente d'un ziz minime ; Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna exigent un espace de quatre. Rachi y voit un espace entouré de petites cloisons ; Rabbenou Tam et le Ri y voient une saillie large de quatre tefahim.
Rav Houna, qui dit : on en fait sortir une saillie de n'importe quelle taille et on puise, pense : la karmelit, nous la mesurons à partir du sol, et l'air [au-dessus] est un makom petour (lieu exempt) ; et en toute rigueur, même une saillie ne serait pas nécessaire, mais [on l'exige] afin qu'il ait un signe distinctif.
La karmelit ne s'étend que sur dix tefahim de hauteur. Pour Rav Houna, on les mesure depuis le fond de la mer ; l'eau au-dessus, où le bateau puise, est un makom petour. Puiser est donc permis ; le ziz rappelle seulement qu'on ne puise pas ainsi d'une vraie karmelit. Le Roch tranche contre lui, selon la règle : un seul face à deux.
Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna, qui disent : on fait un espace de quatre et on puise, pensent : la karmelit, nous la mesurons à partir de la surface de l'eau ; l'eau est [comme] une terre compacte ; s'il ne fait pas un espace de quatre, il transporte d'une karmelit vers un reshout hayahid.
Pour Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna, l'eau est ara semikhta, un sol compact : toute l'eau est karmelit, et les dix tefahim se mesurent depuis sa surface. Puiser directement serait un transfert de karmelit vers reshout hayahid ; l'espace de quatre, avec la mehitsa teloua (cloison suspendue), rattache l'eau puisée au reshout hayahid.
Rav Nahman dit à Rabba bar Avouh : et selon Rav Houna, qui dit : on en fait sortir une saillie de n'importe quelle taille et on puise, il arrive parfois qu'il n'y ait pas dix [tefahim de profondeur], et il transporte d'une karmelit vers un reshout hayahid ! Il lui répondit : nous avons une tradition qu'un bateau ne navigue pas dans moins de dix. — Mais il a une proue (morcha) !
Rav Safra dit : des sondeurs (gachouchei) vont devant lui.
Objection à Rav Houna : si la mer fait moins de dix tefahim, tout est karmelit. Réponse : un (grand) bateau ne navigue pas dans moins de dix. Relance : la morcha — selon Rachi, la proue relevée du bateau, qui peut passer la où l'eau est basse ; selon Rabbenou Hananel, une élévation du sol près du bateau. Rav Safra : des sondeurs précèdent le bateau et garantissent la profondeur.
Rav Nahman bar Yitshak dit à Rav Hiya bar Avin : selon Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna, qui disent : on fait un espace de quatre et on puise, ses eaux usées, comment les jette-t-il ? Et si tu dis qu'il les jette à ce même endroit, [l'eau puisée ensuite] le dégoûte. — Il les jette sur la paroi du bateau. — Mais il y a sa force (koho) ! — [Pour] sa force dans une karmelit, on n'a pas décrété.
Et d'où le dis-tu ? De ce qui est enseigné : [d'un] bateau, on ne transporte ni de son intérieur vers la mer, ni de la mer vers son intérieur,
Si toute l'eau est karmelit, verser les eaux usées dans la mer est un transfert de reshout hayahid vers karmelit. Solution : les verser sur la paroi du bateau, d'où elles coulent seules. L'eau arrive à la mer par koho (sa force, action indirecte) ; les Sages n'ont pas décrété sur koho dans une karmelit. La preuve par une baraita commence ici et se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).