Shabbat 100b — Le raqaq, la mer et le bateau : d'où mesure-t-on la karmelit ?

Shabbat 100b

Sougya : Le daf achève la discussion sur l'objet qui passe à moins de trois tefahim du sol sans s'y poser. La mishna traite ensuite du raqaq (marécage peu profond) traversé par le public, qui reste reshout harabim : Rava, Abaye et Rav Ashi expliquent pourquoi elle le répète.

Une seconde mishna déclare patour celui qui jette entre la mer (karmelit), la terre ferme et un bateau, et règle le transport entre bateaux. La Guemara rapporte la discussion de Rav Houna et de Rav Hisda avec Rabba bar Rav Houna sur la manière de puiser l'eau de mer depuis un bateau : tout dépend de l'endroit d'où l'on mesure la karmelit, le fond ou la surface de l'eau.

Elle examine enfin comment rejeter les eaux usées (koho, la force de l'homme, dans une karmelit).

Puiser l'eau de mer depuis un bateau : d'où mesure-t-on la karmelit ?Rav Hounamesure depuis le fondfond de la merbateau = reshout hayahidkarmelit : 10 tefahim depuis le fondau-dessus : makom petour (eau = air)ziz minimePuiser = de makom petour vers reshout hayahidpermis ; le ziz sert seulement de signeRav Hisda et Rabba bar Rav Hounamesure depuis la surfacefond de la merbateau = reshout hayahidl'eau = terre compacte : toute karmelitespace 4 x 4Sans espace de 4 : de karmelit vers reshout hayahid-> il faut un espace de 4 (mehitsa teloua)Roch : halakha selon Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna (deux contre un)
La mahloket sur la mesure de la karmelit en mer et ses conséquences pour puiser.
Mishna : jeter entre mer, terre ferme et bateaumer -> terre fermekarmelit -> reshout harabimpatourterre ferme -> merreshout harabim -> karmelitpatourmer -> bateaukarmelit -> reshout hayahidpatourbateau -> merreshout hayahid -> karmelitpatourbateau -> autre bateaupar-dessus la karmelitpatourBateaux attachéson transporte de l'un à l'autreNon attachés, même contiguson ne transporte pas
La mishna : jets entre mer, terre ferme et bateaux ; transport entre bateaux.
Pourquoi la mishna répète-t-elle raqaq (marécage) ?Raqaq < 10 tefahim traverse par le publicreste reshout harabimRavaété : on y passepour se rafraîchirhiver : déjà sales,cela ne dérange pasAbayeétroit (< 4 amot) :on le traverselarge (4 amot) :on pourrait contournerRav Ashilarge (4 tefahim) :on y marcheétroit (< 4 tefahim) :on pourrait enjamberDans chaque cas, un passage fait avec difficulté reste un passage : hayav.Rav Ashi : même logique pour la planche de pont (gouda degamla)
Trois explications de la répétition de raqaq dans la mishna.
1
לָאו הַייְנוּ מַתְנִיתִין, וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וְהוּא שֶׁנָּח עַל גַּבֵּי מַשֶּׁהוּ. אֲמַר לֵיהּ: מִתְגַּלְגֵּל קָאָמְרַתְּ — מִתְגַּלְגֵּל אֵין סוֹפוֹ לָנוּחַ, אֲבָל הַאי כֵּיוָן דְּסוֹפוֹ לָנוּחַ, אַף עַל גַּב דְּלָא נָח — כְּמַאן דְּנָח דָּמֵי, קָא מַשְׁמָע לַן.

N'est-ce pas [ce qu'enseigne] notre mishna, à propos de laquelle Rabbi Yo'hanan a dit : et cela, lorsqu'il s'est posé sur quelque chose ? [Mareimar] lui dit : tu parles d'un objet qui roule ?

Un objet qui roule n'est pas destiné à se poser ; mais celui-ci, puisqu'il est destiné à se poser, bien qu'il ne se soit pas posé, [on aurait pu dire qu']il est considéré comme posé : [Rava] nous enseigne [qu'il faut une pose].

📜 Rachi (3)
לָאו הַייְנוּ מַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת וְנִתְגַּלְגֵּל כּוּ' חַייָּב וְאָמַר ר' יוֹחָנָן וְהָא שֶׁנָּח הָא לֹא נָח לָא מִדְּלָא אוֹקְמָא רַבִּי יוֹחָנָן כְּגוֹן שֶׁבָּא לְתוֹךְ שְׁלֹשָׁה:
N'est-ce pas notre mishna : qui enseigne : au-delà de quatre amot et il a roulé, etc., hayav ; et Rabbi Yo'hanan a dit : et cela, lorsqu'il s'est posé ; s'il ne s'est pas posé, non. [On le déduit] du fait que Rabbi Yo'hanan ne l'a pas établi dans le cas où il est arrivé à moins de trois [tefahim du sol].
מִתְגַּלְגֵּל קָאָמְרַתְּ דָּבָר שֶׁהָרוּחַ מְגַלְגְּלוֹ בָּאֲוִיר קָאָמְרַתְּ:
Tu parles d'un objet qui roule : tu parles d'une chose que le vent fait rouler dans l'air.
כֵּיוָן דְּסוֹפוֹ לָנוּחַ וְנִזְכַּר עַד שֶׁלֹּא נָח נֵימָא כְּמֻונָּח דָּמֵי דְּהָא סוֹפוֹ לָנוּחַ וּכְבָר בָּא לְתוֹךְ ג':
Puisqu'il est destiné à se poser : et [le lanceur] s'est rappelé [que c'est Chabbat] avant qu'il se pose ; disons qu'il est considéré comme posé, puisqu'il est destiné à se poser et qu'il est déjà arrivé à moins de trois.
💡 Explication

Ravina objecte que l'enseignement de Rava (à moins de trois tefahim il faut une pose réelle) découle déjà de la mishna de l'objet qui roule. Mareimar distingue : l'objet emporté par le vent n'est pas destiné à se poser, tandis que l'objet qui descend à moins de trois tefahim va se poser. On aurait pu le considérer comme déjà posé ; Rava enseigne que non.

2
מַתְנִי׳ הַזּוֹרֵק בַּיָּם אַרְבַּע אַמּוֹת — פָּטוּר. אִם הָיָה רְקָק מַיִם, וּרְשׁוּת הָרַבִּים מְהַלֶּכֶת בּוֹ, הַזּוֹרֵק לְתוֹכוֹ אַרְבַּע אַמּוֹת — חַייָּב. וְכַמָּה הוּא רְקָק מַיִם — פָּחוֹת מֵעֲשָׂרָה טְפָחִים. רְקָק מַיִם וּרְשׁוּת הָרַבִּים מְהַלֶּכֶת בּוֹ, הַזּוֹרֵק בְּתוֹכוֹ אַרְבַּע אַמּוֹת — חַיָּיב.

MISHNA. Celui qui jette dans la mer [sur] quatre amot est patour.

S'il y avait un raqaq (flaque, marécage) et que le reshout harabim y passe, celui qui jette dedans [sur] quatre amot est hayav. Et quelle est [la profondeur d']un raqaq ?

Moins de dix tefahim. Un raqaq que le reshout harabim traverse, celui qui jette dedans [sur] quatre amot est hayav.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' וְכַמָּה הוּא רְקָק מַיִם כַּמָּה עָומְקוֹ דְּנֵימָא אַכַּתִּי רה"ר הוּא וְלֹא נַעֲשָׂה כַּרְמְלִית:
Et quelle est [la mesure d']un raqaq : quelle est sa profondeur pour que nous disions qu'il est encore reshout harabim et qu'il n'est pas devenu karmelit.
רָקַק גרביל"א:
Raqaq : en langue vernaculaire garbila (bourbier).
💡 Explication

La mer est une karmelit : y déplacer un objet sur quatre amot n'est pas un interdit de la Torah. Le raqaq, eau de moins de dix tefahim de profondeur que le public traverse, reste reshout harabim : y jeter sur quatre amot rend hayav. La répétition de la dernière phrase est le point de départ de la Guemara.

3
גְּמָ׳ אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מֵרַבָּנַן לְרָבָא: בִּשְׁלָמָא ״הִילּוּךְ״ ״הִילּוּךְ״ תְּרֵי זִימְנֵי, הָא קָא מַשְׁמַע לַן: הִילּוּךְ עַל יְדֵי הַדְּחָק — שְׁמֵיהּ הִילּוּךְ, תַּשְׁמִישׁ עַל יְדֵי הַדְּחָק — לָא שְׁמֵיהּ תַּשְׁמִישׁ. אֶלָּא ״רְקָק״ ״רְקָק״ תְּרֵי זִימְנֵי לָמָּה לִי? חַד בִּימוֹת הַחַמָּה וְחַד בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים. וּצְרִיכִי. דְּאִי תְּנָא חֲדָא, הֲוָה אָמֵינָא הָנֵי מִילֵּי בִּימוֹת הַחַמָּה, דַּעֲבִידִי אִינָשֵׁי דִּמְסַגִּי לְאֹקוֹרֵי נַפְשַׁייְהוּ, אֲבָל בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים — לֹא. וְאִי אַשְׁמְעִינַן בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים, דְּכֵיוָן דְּמִיטַּנְּפִי לָא אִיכְפַּת לְהוּ, אֲבָל בִּימוֹת הַחַמָּה — לֹא.

GUEMARA. Un des Sages dit à Rava : il est bien que [la mishna dise] « passe » « passe » deux fois ; elle nous enseigne ceci : un passage fait avec difficulté s'appelle passage, un usage fait avec difficulté ne s'appelle pas usage.

Mais « raqaq » « raqaq » deux fois, pourquoi en ai-je besoin ? [Rava répondit :] l'un pour l'été et l'autre pour la saison des pluies.

Et les deux sont nécessaires. Car si elle n'en avait enseigné qu'un, j'aurais dit : cela vaut en été, car les gens ont l'habitude d'y passer pour se rafraîchir, mais en saison des pluies, non.

Et si elle nous avait appris [seulement] la saison des pluies, [j'aurais dit :] puisqu'ils sont [déjà] salis, cela ne les dérange pas, mais en été, non.

📜 Rachi (2)
גמ' הִילּוּךְ הִילּוּךְ דִּנְקַט תְּרֵי זִימְנֵי רְשׁוּת הָרַבִּים מְהַלֶּכֶת בּוֹ חַד לְמֵימְרָא דְּאִי אֵין רְגִילִין לְהַלֵּךְ בּוֹ פָּטוּר וְכִי רְגִילִין לְהַלֵּךְ בּוֹ חַיָּיב וְאע"ג דְּהִילּוּךְ ע"י הַדְּחָק הוּא וְחַד לְאַשְׁמְעִינַן דְּדַוְקָא הִילּוּךְ ע"י הַדְּחָק שְׁמֵיהּ הִילּוּךְ אֲבָל תַּשְׁמִישׁ לָרַבִּים ע"י הַדְּחָק כְּגוֹן גֻּומָּא תִּשְׁעָה ברה"ר אע"ג דְּחַזְיָא לְאַצְנוֹעֵי בֵּיהּ כֻּומְתָא וְסוּדָרָא לָא הָוֵי תַּשְׁמִישׁ לְמֶיהֱוֵי הַהוּא גֻּומָּא רה"ר כְּעַמּוּד ט' שֶׁהָרַבִּים מְכַתְּפִין עָלָיו דְּאָמְרִינַן בפ"ק דְּהָוֵי רה"ר:
« Passe » « passe » : qu'elle mentionne deux fois « le reshout harabim y passe » : l'une pour dire que si on n'a pas l'habitude d'y passer, il est patour, et si on a l'habitude d'y passer, il est hayav, bien qu'il s'agisse d'un passage avec difficulté ; et l'autre pour nous enseigner que seul un passage avec difficulté s'appelle passage, mais un usage public avec difficulté, par exemple un trou de neuf [tefahim] dans le reshout harabim, bien qu'il soit apte à y ranger un bonnet ou un foulard, n'est pas un usage [suffisant] pour que ce trou devienne reshout harabim, comme une colonne de neuf [tefahim] sur laquelle le public ajuste ses fardeaux, dont nous avons dit au premier chapitre qu'elle est reshout harabim.
אֶלָּא רְקָק תְּרֵי זִימְנֵי לָמָּה לִי לְאַשְׁמְעִינַן הִילּוּךְ עַל יְדֵי הַדְּחָק אַחַרְיַנָא:
Mais raqaq deux fois, pourquoi en ai-je besoin : pour nous enseigner un autre [cas de] passage avec difficulté.
💡 Explication

Principe : un hilloukh (passage) fait avec difficulté compte comme passage public ; un tachmich (usage) fait avec difficulté ne compte pas. La double mention de raqaq enseigne que le raqaq reste reshout harabim en toute saison.

🖼️ Schéma
Ce qui est fait avec difficulté (al yedei had'hak)Passage (hilloukh) difficileon traverse le raqaq= passage : reshout harabimUsage (tachmich) difficiletrou de 9 pour un bonnet= pas un usageRachi : à la différence de la colonne de 9, où le public ajuste ses fardeaux
Passage difficile = passage ; usage difficile = pas un usage.
4
אַבַּיֵּי אָמַר: אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אָמֵינָא הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּלָא הָוֵי אַרְבַּע אַמּוֹת, אֲבָל הֵיכָא דְּהָוֵי אַרְבַּע אַמּוֹת — אַקּוּפֵי מַקְפֵּי לֵיהּ.

Abaye dit : c'était nécessaire ; il te serait venu à l'esprit de dire : cela vaut là où il n'y a pas quatre amot [de largeur], mais là où il y a quatre amot, on le contourne.

📜 Rachi (2)
דְּלָא הָוֵי ד' אַמּוֹת רָחָב דְּלָא טְרִיחָא לְהוּ מִילְּתָא לַעֲבֹור בְּתוֹכוֹ וְנוֹחַ לַעֲבֹור מִלְּהַקִּיף וְלֵילֵךְ לְרֹאשׁוֹ שֶׁהוּא כָּלֶה שָׁם:
Là où il n'y a pas quatre amot : de largeur, car il ne leur est pas pénible de passer dedans, et il est plus commode de le traverser que de faire le détour pour aller à son extrémité, où il se termine.
אֲבָל הֵיכָא כו' הֲדַר תַּנְיָא זִימְנָא אַחֲרִיתִי לְאֵיתוֹיֵי הָא:
Mais là où, etc. : c'est pourquoi elle l'enseigne une seconde fois, pour inclure ce cas.
💡 Explication

Selon Abaye, la répétition inclut le raqaq large de quatre amot : bien qu'on puisse le contourner, le public le traverse, et il reste reshout harabim.

5
רַב אַשִּׁי אָמַר: אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אָמֵינָא הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דַּהֲוַאי אַרְבָּעָה, אֲבָל הֵיכָא דְּלָא הֲוַאי אַרְבָּעָה — מִיפְסָע פָּסְעִי לֵיהּ. וְאַזְדָּא רַב אָשֵׁי לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר רַב אַשִּׁי: הַאי מַאן דְּזָרֵיק וְנָח אַגֻּודָּא דְגַמְלָא — מִיחַייַּב, שֶׁהֲרֵי רַבִּים בּוֹקְעִין בּוֹ.

Rav Ashi dit : c'était nécessaire ; il te serait venu à l'esprit de dire : cela vaut là où il y a quatre [tefahim de largeur], mais là où il n'y a pas quatre, on l'enjambe. Et Rav Ashi suit son propre raisonnement, car Rav Ashi a dit : celui qui jette [un objet] et qu'il se pose sur une planche de pont (gouda degamla) est hayav, car le public y passe.

📜 Rachi (4)
ה"מ דְּהָוֵי ר"ה:
Cela vaut : qu'il soit reshout harabim.
הֵיכָא דְּהָוֵי רָחְבּוֹ ד' אַמּוֹת דְּלָאו אוֹרְחֵיהּ לִמְפַסְּעִי אֶלָּא עָבְרִי בְּגַוֵּיהּ:
Là où sa largeur est de quatre amot : ce n'est pas l'habitude de l'enjamber ; on passe dedans.
אַגֻּודָּא דְּגַמְלָא עַל דַּף שֶׁבְּגֶשֶׁר הַמֻּוטָּל לְרֹוחַב הַגֶּשֶׁר כִּשְׁאָר הַדַּפִּים וּמֻובְדָּל מֵחֲבֵירוֹ:
Gouda degamla : sur une planche du pont, posée en travers du pont comme les autres planches et séparée de sa voisine.
חַיָּיב ואע"ג דְּאִיכָּא דְּמִיפְסְעוּ פָּסְעִי וְלָא מַנְּחִי כְּרָעַיְיהוּ עֲלָהּ אִיכָּא טוּבָא דְּעָבְרִי עָלֶיהָ:
Hayav : et bien que certains l'enjambent sans y poser le pied, il y en a beaucoup qui passent dessus.
💡 Explication

Rav Ashi inverse l'hypothèse : la répétition inclut le raqaq étroit (moins de quatre tefahim), que certains enjambent. Il applique la même logique à la planche de pont : même si certains passants l'enjambent, beaucoup y posent le pied, et elle est reshout harabim.

6
מַתְנִי׳ הַזּוֹרֵק מִן הַיָּם לַיַּבָּשָׁה, וּמִן הַיַּבָּשָׁה לַיָּם, וּמִן הַיָּם לַסְּפִינָה, וּמִן הַסְּפִינָה לַיָּם, וּמִן הַסְּפִינָה לַחֲבִירְתֵּהּ — פָּטוּר. סְפִינוֹת קְשׁוּרוֹת זוֹ בָּזוֹ — מְטַלְטְלִין מִזּוֹ לָזוֹ. אִם אֵינָן קְשׁוּרוֹת, אַף עַל פִּי שֶׁמֻּוקָּפוֹת — אֵין מְטַלְטְלִין מִזּוֹ לָזוֹ.

MISHNA. Celui qui jette de la mer vers la terre ferme, de la terre ferme vers la mer, de la mer vers un bateau, d'un bateau vers la mer, ou d'un bateau vers un autre, est patour.

Des bateaux attachés l'un à l'autre : on transporte de l'un à l'autre. S'ils ne sont pas attachés, bien qu'ils soient contigus, on ne transporte pas de l'un à l'autre.

📜 Rachi (5)
מַתְנֵי' מִן הַיָּם לַיַּבָּשָׁה מִכַּרְמְלִית לר"ה:
De la mer vers la terre ferme : d'une karmelit vers le reshout harabim.
מִן הַיָּם לַסְּפִינָה מִכַּרְמְלִית לרה"י:
De la mer vers un bateau : d'une karmelit vers un reshout hayahid.
מְטַלְטְלִין מִזּוֹ לָזוֹ וּבַגְּמָרָא פָּרִיךְ פְּשִׁיטָא:
On transporte de l'un à l'autre : et dans la Guemara on objecte : c'est évident !
שֶׁמֻּוקָּפוֹת סְמוּכוֹת זוֹ לְזוֹ כְּמוֹ אֵין מַקִּיפִין שְׁתֵּי חָבִיּוֹת (בֵּיצָה דַּף לב:):
Contigus (mouqafot) : proches l'un de l'autre, comme [dans] : on ne place pas deux tonneaux l'un contre l'autre (Beitsa 32b).
אֵין מְטַלְטְלִין מִזּוֹ לָזוֹ דְּמֵהֶפְסֵק כַּרְמְלִית מִיפָּרְשִׁי מְהֻדְּדֵי וַאֲנַן מוֹקְמִינַן לָהּ בַּגְּמָרָא שֶׁהַסְּפִינוֹת שֶׁל שְׁנֵי בְּנֵי אָדָם וע"י עֵירוּב מְטַלְטֵל מִזּוֹ לְזוֹ הִלְכָּךְ כִּי מִיפָּרְשִׁי וּמַפְסְקָה כַּרְמְלִית בָּטֵל עֵירוּב:
On ne transporte pas de l'un à l'autre : car par l'interruption de la karmelit ils sont séparés l'un de l'autre ; et nous établissons [la mishna] dans la Guemara [dans le cas où] les bateaux appartiennent à deux personnes, et c'est par un erouv que l'on transporte de l'un à l'autre ; c'est pourquoi, lorsqu'ils se séparent et que la karmelit les interrompt, l'erouv est annulé.
💡 Explication

La mer est une karmelit, domaine d'institution rabbinique : tout transfert entre elle et un autre domaine est patour selon la Torah. Des bateaux attachés forment un seul ensemble (avec un erouv s'ils appartiennent à deux personnes, selon la Guemara) ; détachés, la karmelit les sépare.

7
גְּמ׳ אִיתְּמַר: סְפִינָה, רַב הוּנָא אָמַר: מוֹצִיאִין הֵימֶנָּה זִיז כָּל שֶׁהוּא וּמְמַלֵּא. רַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמְרִי: עוֹשֶׂה מְקוֹם אַרְבָּעָה וּמְמַלֵּא.

GUEMARA. Il a été dit : un bateau — Rav Houna dit : on en fait sortir une saillie (ziz) de n'importe quelle taille, et on puise.

Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna disent : on fait un espace de quatre [tefahim], et on puise.

📜 Rachi (4)
גמ' סְפִינָה הַמְפָרֵשׁ בִּסְפִינָה בַּיָּם:
Un bateau : celui qui navigue en bateau sur la mer.
מוֹצִיא זִיז כָּל שֶׁהוּא מְדֻופְּנֵי הַסְּפִינָה עַל הַמַּיִם לְהֶיכֵּר בְּעָלְמָא כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
On fait sortir une saillie de n'importe quelle taille : des parois du bateau au-dessus de l'eau, simplement comme signe distinctif, comme il l'explique ensuite.
וּמְמַלֵּא מִן הַיָּם וּמַכְנִיס לַסְּפִינָה:
Et on puise : de la mer, et on fait entrer [l'eau] dans le bateau.
מְקוֹם אַרְבָּעָה חֲלַל ד' מֻוקָּף מְחִיצּוֹת קְטַנּוֹת וּמְחִיצָּה תְּלוּיָה מַתֶּרֶת בַּמַּיִם:
Un espace de quatre : un vide de quatre [tefahim] entouré de petites cloisons ; et une cloison suspendue permet dans l'eau.
🗂️ Tossefot (1)
עוֹשֶׂה מְקוֹם אַרְבָּעָה וּמְמַלֵּא פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס עוֹשֶׂה מְחִיצּוֹת קְטַנּוֹת וְאֵין נִרְאֶה לר"ת ולר"י דְּהָא תְּנַן בְּפֶרֶק כֵּיצַד מִשְׁתַּתְּפִים (עֵירוּבִין דַּף פז:) גְּזֻוזְטְרָא שֶׁהִיא לְמַעְלָה מִן הַמַּיִם אֵין מְמַלְּאִין מִמֶּנָּה מַיִם בְּשַׁבָּת אא"כ עָשׂוּ לָהּ מְחִיצָה גְּבוֹהָ י' כו' אֶלָּא עוֹשֶׂה מָקוֹם הַיְינוּ שֶׁיִּהְיֶה הַזִּיז רָחָב אַרְבַּע טְפָחִים כְּדֵי שֶׁלֹּא יִהְיוּ הַמְּחִיצּוֹת עֲשׂוּיוֹת לְפָחוֹת מֵאַרְבַּע וּלְמַאן דְּשָׁרֵי הָכָא בְּזִיז כָּל שֶׁהוּא לָא תִּקְשֵׁי דְּמוֹקֵי הָתָם כְּשֶׁאֵין הַמַּיִם עֲמֻוקִּים י' אִי נָמֵי הָתָם גָּזְרִינַן שֶׁמָּא יַעֲלֶה הַיָּם שִׂירְטוֹן כִּדְגָזְרִינַן בְּפֶרֶק קַמָּא דְּעֵירוּבִין (דַּף ח.) אֲבָל סְפִינָה לְעוֹלָם אֵין מְהַלֶּכֶת בְּפָחוֹת מִי' וְלֹא שַׁיָּיךְ לְמִגְזַר:
On fait un espace de quatre et on puise : le Kountras (Rachi) explique : on fait de petites cloisons. Et cela ne semble pas juste à Rabbenou Tam et au Ri, car nous avons appris au chapitre Keitsad mishtatfin (Erouvin 87b) : un balcon (gouzoutra) qui est au-dessus de l'eau, on n'y puise pas d'eau à Chabbat à moins qu'on ne lui ait fait une cloison haute de dix, etc. Mais « on fait un espace » signifie que la saillie doit être large de quatre tefahim, afin que les cloisons ne soient pas faites pour moins de quatre. Et selon celui qui permet ici avec une saillie de n'importe quelle taille, il n'y a pas de difficulté, car il établit [la mishna de] là-bas lorsque l'eau n'est pas profonde de dix ; ou bien, là-bas nous décrétons de peur que la mer ne dépose un banc de sable (chirton), comme nous décrétons au premier chapitre d'Erouvin (8a) ; mais un bateau ne navigue jamais dans moins de dix, et il n'y a pas lieu de décréter.
💡 Explication

Question : comment puiser l'eau de mer (karmelit) pour la faire entrer dans le bateau (reshout hayahid) à Chabbat ? Rav Houna se contente d'un ziz minime ; Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna exigent un espace de quatre. Rachi y voit un espace entouré de petites cloisons ; Rabbenou Tam et le Ri y voient une saillie large de quatre tefahim.

8
רַב הוּנָא אָמַר מוֹצִיא הֵימֶנָּה זִיז כָּל שֶׁהוּא וּמְמַלֵּא, קָסָבַר כַּרְמְלִית מֵאַרְעָא מָשְׁחִינַן וְאַוֵּירָא מְקוֹם פְּטוּר הוּא, וּבְדִין הוּא דְּזִיז נָמֵי לָא לִיבְעֵי, אֶלָּא — כִּי הֵיכִי דְּלֶיהְוֵי לֵיהּ הֶיכֵּרָא.

Rav Houna, qui dit : on en fait sortir une saillie de n'importe quelle taille et on puise, pense : la karmelit, nous la mesurons à partir du sol, et l'air [au-dessus] est un makom petour (lieu exempt) ; et en toute rigueur, même une saillie ne serait pas nécessaire, mais [on l'exige] afin qu'il ait un signe distinctif.

📜 Rachi (2)
כַּרְמְלִית מֵאַרְעָא מָשְׁחִינַן י' שֶׁל אֲוִיר שֶׁנָּתְנוּ חֲכָמִים לְאִיסּוּר כַּרְמְלִית כִּדְאָמְרִינַן בפ"ק (דַּף ז.) וְתוֹפֶסֶת עַד י' מִקַּרְקָעִית הַיָּם מָשְׁחִינַן לְהוּ וַאֲוִירָא שֶׁהוּא לְמַעְלָה מִי' וַאֲפִילּוּ הֵן מַיִם הָוֵי מְקוֹם פָּטוּר הִלְכָּךְ בְּהֶיתֵּירָא קָא שָׁקֵיל לְכַתְּחִלָּה:
La karmelit, nous la mesurons à partir du sol : les dix [tefahim] d'air que les Sages ont attribués à l'interdit de karmelit, comme nous l'avons dit au premier chapitre (7a) : [la karmelit] s'étend jusqu'à dix — nous les mesurons à partir du fond de la mer ; et l'air, qui est au-dessus de dix, même s'il s'agit d'eau, est un makom petour ; c'est pourquoi il puise de façon permise, dès le départ (lekhatehila).
דְּלֶיהֱוֵי לֵיהּ הֶיכֵּירָא לְכַרְמְלִית גְּמוּרָה:
Afin qu'il ait un signe distinctif : [qui le distingue] d'une karmelit véritable.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אִיתְּמַר סְפִינָה רַב הוּנָא אוֹמֵר מוֹצִיא מִמֶּנָּה זִיז כָּל שֶׁהוּא וּמְמַלֵּא רַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא אֲמַרוּ עוֹשֶׂה מָקוֹם אַרְבַּע וּמְמַלֵּא פִּי' עוֹשֶׂה מָקוֹם רֹוחַב אַרְבַּע מֻוקָּף מְחִיצּוֹת גְּבוֹהוֹת עֲשָׂרָה וּמְמַלֵּא דֶּרֶךְ אוֹתוֹ מָקוֹם וְרוֹאִין אָנוּ אֶת הַמְּחִיצּוֹת כְּאִלּוּ הֵן מַגִּיעוֹת לַמַּיִם דִּמְחִיצָּה תְּלוּיָה מַתֶּרֶת בַּמַּיִם. וְהִלְכְתָא כְּוָותַייְהוּ דַּהֲוָה לֵיהּ רַב הוּנָא חַד וְהָנֵי תְּרֵי וְאֵין דְּבָרָיו שֶׁל אֶחָד בִּמְקוֹם שְׁנַיִם. אֲבָל שׁוֹפְכִין דִּידֵיהּ שׁוֹפֵךְ אַדֻּופְנֵי דִּסְפִינָה ואע"ג דְּנָחֲתִי מִכֹּחוֹ לַיָּם כֹּחוֹ בְּכַרְמְלִית לֹא גְּזוּר. סְפִינוֹת קְשׁוּרוֹת זוֹ לְזוֹ מְטַלְטְלִין מִזּוֹ לָזוֹ וְעַל יְדֵי עֵירוּב כִּדְרַב סִפְרָא וְכִדְתַנְיָא סְפִינוֹת קְשׁוּרוֹת זוֹ לְזוֹ מְעָרְבִין וּמְטַלְטְלִין מִזּוֹ לָזוֹ נִפְסְקוּ נֶאֶסְרוּ. חָזְרוּ וְנִתְקַשְּׁרוּ בֵּין שׁוֹגְגִין בֵּין מְזִידִין בֵּין אֲנוּסִין בֵּין מֻוטְעִין חָזְרוּ לְהֶיתֵּירָן הָרִאשׁוֹן. וְכֵן מַחְצְלָאוֹת הַפְּרוּסוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים מְעָרְבִין וּמְטַלְטְלִין מִזּוֹ לָזוֹ. נִגְלְלוּ נֶאֶסְרוּ חָזְרוּ וְנִפְרְסוּ בֵּין שׁוֹגְגִין בֵּין מְזִידִין בֵּין אֲנוּסִין בֵּין מֻוטְעִין חָזְרוּ לְהֶיתֵּירָן הָרִאשׁוֹן. שֶׁכָּל מְחִיצָּה הַנַּעֲשֵׂית בַּשַּׁבָּת בֵּין בְּשׁוֹגֵג בֵּין בְּמֵזִיד שְׁמָהּ מְחִיצָה. אִינִי וְהָאָמַר רַב נַחְמָן לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לִזְרוֹק אֲבָל לְטַלְטֵל אָסוּר. כִּי אִיתְּמַר דְּרַב נַחְמָן אַמֵּזִיד אִיתְּמַר. פרש"י וְהַאי דְּקָתָנֵי חָזְרוּ לְהֶיתֵּירָן הָרִאשׁוֹן לָא קָאֵי אַמֵּזִיד וְלָא נְהִירָא דְּא"כ אַמַּאי קָתָנֵי מְזִידִין וְהוּא עִיקַּר הַחִידּוּשׁ וְאִי לָא קָאֵי עָלֶיהָ אַמַּאי תַּנְייֵהּ. וְגַם מַה שפירש"י דְּרַב נַחְמָן קָאֵי אַסֵּיפָא דְּהַךְ בָּרַיְיתָא לָא נְהִירָא דְּא"כ בְּמַסֶּכֶת עֵירוּבִין דְּהַךְ בָּרַיְיתָא עִיקָּרָהּ שְׁנוּיָה שָׁם ה"ל לְאֵיתוֹיֵי עֲלָהּ מִילְּתֵיהּ דְּרַב נַחְמָן. וּפִי' ר"ת דְּמִילְּתָא דְּרַב נַחְמָן בְּעָלְמָא אִיתְּמַר אַמְּחִיצָּה הַנַּעֲשֵׂית בְּמֵזִיד וְלֹא אַהַךְ בָּרַיְיתָא וְאַגַּב דְּהֵבִיא הַךְ בָּרַיְיתָא הָכָא אַמִּילְּתָא דְּרַב סָפְרָא דְּמַתִּיר לְעָרֵב וּלְטַלְטֵל אֲפִילּוּ נִפְסְקוּ וְחָזְרוּ וְנִקְשְׁרוּ פָּרִיךְ מִינָּהּ לְרַב נַחְמָן. וְהָכִי פֵּירוּשָׁא דְּבָרַייְתָא מַחְצְלָאוֹת הַפְּרוּסוֹת לִרְשׁוּת הָרַבִּים כְּעֵין בָּתִּים זוֹ אֵצֶל זוֹ מְעָרְבִין וּמְטַלְטְלִין מִזּוֹ לָזוֹ כְּמוֹ כֹּותֶל שֶׁבֵּין שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת וְיֵשׁ בֵּינֵיהֶן חַלּוֹן אוֹ כֹּותֶל שֶׁאִם רָצוּ מְעָרְבִין שְׁנַיִם וְאִם רָצוּ מְעָרְבִין אֶחָד נִגְלְלוּ נֶאֶסְרוּ פֵּירוּשׁ אִם עֵירְבוּ שְׁנַיִם וְסָמְכוּ עַל פְּרִיסַת מַחְצְלָאוֹת שֶׁבֵּינֵיהֶם כְּשֶׁנִּגְלְלוּ נֶאֶסְרוּ כְּמוֹ שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת שֶׁנִּפְרְצוּ בִּמְלוֹאָן זוֹ לְתוֹךְ זוֹ. חָזְרוּ וְנִפְרְסוּ וְכוּ' חָזְרוּ לְהֶיתֵּירָן הָרִאשׁוֹן דְּהָיוּ כִּשְׁתֵּי חֲצֵירוֹת וּמִטַּלְטְלִין אֵלּוּ בְּכָאן וְאֵלּוּ בְּכָאן. שֶׁכָּל מְחִיצָּה הַנַּעֲשֵׂית בְּשַׁבָּת כו' טַעְמָא קָיָהֵיב לְמִילְּתֵיהּ דקי"ל בְּעָלְמָא מְחִיצָּה הַנַּעֲשֵׂית בְּשַׁבָּת וַאֲפִילּוּ לִרְשׁוּת הָרַבִּים שְׁמָהּ מְחִיצָּה וְכָל שֶׁכֵּן הָכָא דְּהַאי מְחִיצָּה אֵינָהּ בָּאָה אֶלָּא לְהַתִּיר אִיסּוּר דִּיּוּרִין שֶׁל שְׁתֵּי הַחֲצֵירוֹת הִלְכָּךְ חָזְרוּ לְהֶיתֵּירָן הָרִאשׁוֹן אֲפִילּוּ מְזִידִין דְּלָא שַׁיָּיךְ לְמִילְּתֵיהּ דְּרַב נֶאֱמָן כְּלָל דְּרַב נַחְמָן אַיְירֵי בְּעוֹשֶׂה מְחִיצָּה בִּרְשׁוּת הָרַבִּים שֶׁעַל יָדָהּ נַעֲשֵׂית רְשׁוּת הַיָּחִיד אֲבָל הָכָא בְּלֹא הַךְ מְחִיצָּה נַעֲשֵׂית רְשׁוּת הַיָּחִיד וְהַמְּחִיצָּה אֵינָהּ בָּאָה אֶלָּא לְחַלֵּק הַדָּיּוֹרִין. וּמִסֵּיפָא דְּקָתָנֵי שֶׁכָּל מְחִיצָּה הַנַּעֲשֵׂית בְּשַׁבָּת שְׁמָהּ מְחִיצָּה דְּמַשְׁמַע אֲפִילּוּ לְטַלְטֵל דֻּומְיָא דְּרֵישָׁא פָּרִיךְ אַהַהִיא דְּרַב נַחְמָן דְּאִיתְּמַר בְּעָלְמָא וּמְשַׁנֵּי דְּרַב נַחְמָן אַמֵּזִיד אִיתְּמַר הֵיכָא דְּעוֹשֶׂה מְחִיצָּה בִּרְשׁוּת הָרַבִּים וְהַךְ דְּמַחְצְלָאוֹת חָזְרוּ לְהֶיתֵּירָן הָרִאשׁוֹן וַאֲפִילּוּ בְּמֵזִיד:
Guemara. Il a été dit : un bateau — Rav Houna dit : on en fait sortir une saillie de n'importe quelle taille et on puise ; Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna ont dit : on fait un espace de quatre et on puise. Explication : on fait un espace large de quatre, entouré de cloisons hautes de dix, et on puise par cet espace ; et nous considérons les cloisons comme si elles atteignaient l'eau, car une cloison suspendue permet dans l'eau. Et la halakha est comme eux, car Rav Houna est seul et ceux-ci sont deux, et les paroles d'un seul ne tiennent pas face à deux. Mais ses eaux usées, il les verse sur la paroi du bateau ; et bien qu'elles descendent dans la mer par sa force, [pour] sa force dans une karmelit on n'a pas décrété. Des bateaux attachés l'un à l'autre : on transporte de l'un à l'autre, et [cela] par un erouv, comme [l'enseigne] Rav Safra, et comme il est enseigné : des bateaux attachés l'un à l'autre, on fait un erouv et on transporte de l'un à l'autre ; s'ils se sont détachés, ils sont interdits ; s'ils se sont rattachés, que ce soit par inadvertance (chogguegin), volontairement (mezidin), sous la contrainte (anoussin) ou par erreur (mouta'in), ils reviennent à leur permission première. De même, des nattes étendues dans le reshout harabim : on fait un erouv et on transporte de l'une à l'autre ; si elles ont été enroulées, elles sont interdites ; si elles ont été de nouveau étendues, que ce soit par inadvertance, volontairement, sous la contrainte ou par erreur, elles reviennent à leur permission première. Car toute cloison faite à Chabbat, que ce soit par inadvertance ou volontairement, porte le nom de cloison. Est-ce bien ainsi ? Rav Nahman n'a-t-il pas dit : on ne l'a enseigné que pour jeter, mais pour transporter c'est interdit ? Quand [la parole] de Rav Nahman a été dite, elle a été dite à propos de [celui qui agit] volontairement. Rachi explique : ce qui est enseigné, « ils reviennent à leur permission première », ne se rapporte pas à [celui qui agit] volontairement. Et cela n'est pas clair, car s'il en était ainsi, pourquoi enseigne-t-on « volontairement », alors que c'est l'essentiel de la nouveauté ? Et si cela ne s'y rapporte pas, pourquoi l'a-t-on enseigné ? De même, ce que Rachi a expliqué, que [la parole de] Rav Nahman se rapporte à la fin de cette baraita, n'est pas clair, car s'il en était ainsi, dans le traité Erouvin, où cette baraita est enseignée à titre principal, il aurait fallu y rapporter la parole de Rav Nahman. Et Rabbenou Tam explique que la parole de Rav Nahman a été dite de façon générale, à propos d'une cloison faite volontairement, et non à propos de cette baraita ; et comme [la Guemara] a cité cette baraita ici, à propos de la parole de Rav Safra qui permet de faire un erouv et de transporter même s'ils se sont détachés puis rattachés, elle en tire une objection contre Rav Nahman. Et voici l'explication de la baraita : des nattes étendues dans le reshout harabim à la manière de maisons l'une à côté de l'autre, on fait un erouv et on transporte de l'une à l'autre, comme [pour] un mur entre deux cours dans lequel il y a une fenêtre, ou un mur [tel] que, s'ils veulent, ils font deux erouvin, et s'ils veulent, ils font un seul erouv. « Si elles ont été enroulées, elles sont interdites » : c'est-à-dire, s'ils ont fait deux erouvin en s'appuyant sur l'extension des nattes entre eux, quand elles ont été enroulées ils sont interdits, comme deux cours qui se sont ouvertes sur toute leur largeur l'une dans l'autre. « Si elles ont été de nouveau étendues, etc., elles reviennent à leur permission première » : car elles étaient comme deux cours, et ceux-ci transportent ici et ceux-là là-bas. « Car toute cloison faite à Chabbat, etc. » : il donne la raison de sa parole, car nous tenons en général qu'une cloison faite à Chabbat, même pour le reshout harabim, porte le nom de cloison ; et à plus forte raison ici, où cette cloison ne vient que pour lever l'interdit [lié aux] résidents des deux cours ; c'est pourquoi elles reviennent à leur permission première même [si on a agi] volontairement, car la parole de Rav Nahman ne s'y applique pas du tout ; en effet, Rav Nahman traite de celui qui fait une cloison dans le reshout harabim, par laquelle [l'espace] devient reshout hayahid ; mais ici, sans cette cloison, [l'espace] est [déjà] reshout hayahid, et la cloison ne vient que pour séparer les résidents. Et de la fin, qui enseigne « car toute cloison faite à Chabbat porte le nom de cloison », ce qui implique même pour transporter, à l'image du début, [la Guemara] objecte contre la parole de Rav Nahman, qui a été dite de façon générale ; et elle répond que [la parole de] Rav Nahman a été dite à propos de [celui qui agit] volontairement, là où il fait une cloison dans le reshout harabim ; alors que dans [le cas] des nattes, elles reviennent à leur permission première même volontairement.
💡 Explication

La karmelit ne s'étend que sur dix tefahim de hauteur. Pour Rav Houna, on les mesure depuis le fond de la mer ; l'eau au-dessus, où le bateau puise, est un makom petour. Puiser est donc permis ; le ziz rappelle seulement qu'on ne puise pas ainsi d'une vraie karmelit. Le Roch tranche contre lui, selon la règle : un seul face à deux.

9
רַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמְרִי עוֹשֶׂה מְקוֹם אַרְבָּעָה וּמְמַלֵּא, קָסָבְרִי כַּרְמְלִית מִשְּׂפַת מַיָּא מָשְׁחִינַן — מַיָּא אַרְעָא סַמֵּיכְתָּא, אִי לָא עָבֵיד מְקוֹם אַרְבָּעָה — קָא מְטַלְטֵל מִכַּרְמְלִית לִרְשׁוּת הַיָּחִיד.

Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna, qui disent : on fait un espace de quatre et on puise, pensent : la karmelit, nous la mesurons à partir de la surface de l'eau ; l'eau est [comme] une terre compacte ; s'il ne fait pas un espace de quatre, il transporte d'une karmelit vers un reshout hayahid.

📜 Rachi (2)
אַרְעָא סַמֵּיכְתָּא הִיא וְכָל הַמַּיִם כַּרְמְלִית הֵן:
C'est une terre compacte : et toute l'eau est karmelit.
סַמֵּיכְתָּא עָבָה:
Semikhta : épaisse.
💡 Explication

Pour Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna, l'eau est ara semikhta, un sol compact : toute l'eau est karmelit, et les dix tefahim se mesurent depuis sa surface. Puiser directement serait un transfert de karmelit vers reshout hayahid ; l'espace de quatre, avec la mehitsa teloua (cloison suspendue), rattache l'eau puisée au reshout hayahid.

10
אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן לְרַבָּה בַּר אֲבוּהּ: וּלְרַב הוּנָא דְּאָמַר מוֹצִיא הֵימֶנָּה זִיז כָּל שֶׁהוּא וּמְמַלֵּא, זִימְנִין דְּלֵיכָּא עֲשָׂרָה, וְקָא מְטַלְטֵל מִכַּרְמְלִית לִרְשׁוּת הַיָּחִיד! אֲמַר לֵיהּ: גָּמְרִינַן דְּאֵין סְפִינָה מְהַלֶּכֶת בְּפָחוֹת מֵעֲשָׂרָה. וְהָא מֻורְשָׁא אִית לַהּ! אָמַר רַב סָפְרָא: גִּשּׁוּשֵׁי אָזְלִי קָמָה.

Rav Nahman dit à Rabba bar Avouh : et selon Rav Houna, qui dit : on en fait sortir une saillie de n'importe quelle taille et on puise, il arrive parfois qu'il n'y ait pas dix [tefahim de profondeur], et il transporte d'une karmelit vers un reshout hayahid ! Il lui répondit : nous avons une tradition qu'un bateau ne navigue pas dans moins de dix. — Mais il a une proue (morcha) !

Rav Safra dit : des sondeurs (gachouchei) vont devant lui.

📜 Rachi (4)
זִימְנִין דְּלֵיכָּא בְּמַיִם עֲמֻוקָּה עֲשָׂרָה וְאִי נָמֵי מֵאַרְעָא מָשְׁחִינַן כֻּולָּהּ כַּרְמְלִית הִיא:
Il arrive parfois qu'il n'y ait pas : dans des eaux profondes de dix ; et même si nous mesurons à partir du sol, tout est karmelit.
גְּמִירִי אֵין סְפִינָה מְהַלֶּכֶת כּוּ' דְּכָל הֵיכָא דְּתַנְיָא סְפִינָה וְלָא תָּנֵי עֲרֵיבָה גְּדוֹלָה הִיא:
Nous avons une tradition qu'un bateau ne navigue pas, etc. : car partout où il est enseigné « bateau » et non « baquet » (ariva), il s'agit d'un grand [bateau].
וְהָא מֻורְשָׁא אִית לַהּ גָּרְסִי' רֹאשׁ הַסְּפִינָה הוֹלֵךְ וּמַגְבִּיהַּ מִן הַמַּיִם וַאֲפִילּוּ הָיוּ הַמַּיִם פְּחוּתִין מִי' אֵין גּוֹשֶׁשֶׁת שָׁם וְאִם מְמַלֵּא כְּנֶגֶד אוֹתוֹ מָקוֹם מְטַלְטֵל מִכַּרְמְלִית לרה"י:
Mais il a une proue, telle est notre version : l'avant du bateau avance en s'élevant au-dessus de l'eau, et même si l'eau fait moins de dix, il ne touche pas le fond là ; et s'il puise en face de cet endroit, il transporte d'une karmelit vers un reshout hayahid.
גִּשּׁוּשֵׁי אָזְלִי קמה בְּנֵי אָדָם מְמַשְׁמְשִׁים בִּכְלוֹנָסוֹת אֶת עֹומֶק הַמַּיִם וְאֵין מַנִּיחִין לֵילֵךְ הַסְּפִינָה אֶלָּא בְּמָקוֹם עָמֹוק שֶׁמָּא תְּמַהֵר לֵילֵךְ וְתִשְׁכּוֹן לָאָרֶץ בִּמְקוֹם מוֹשָׁבָהּ:
Des sondeurs vont devant lui : des gens tâtent avec des perches la profondeur de l'eau et ne laissent le bateau aller que dans un endroit profond, de peur qu'il ne se hâte et ne se pose sur le fond à l'endroit où il stationne.
🗂️ Tossefot (2)
גְּמִירִי דְּאֵין סְפִינָה מְהַלֶּכֶת לְמַטָּה מִי' וְהָא דְּקָאָמַר בְּפֶרֶק מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין דַּף מג.) בִּמְהַלֶּכֶת בִּרְקָק הָתָם מַייְרֵי בִּסְפִינָה קְטַנָּה אֲבָל הָכָא בִּסְפִינוֹת גְּדוֹלוֹת שֶׁטּוֹעֲנִין אוֹתָן בְּיוֹתֵר וְנִשְׁקָעוֹת הַרְבֵּה בַּמַּיִם וְאֵין מְהַלְּכוֹת בְּפָחוֹת מִי' וּמִיהוּ צ"ל דְּאַף הַכְּלִי שֶׁדּוֹלֶה בּוֹ וְנִשְׁקָע בְּמַיִם הָוֵי לְמַעְלָה מִי' דְּאִי לָאו הָכִי הֵיאַךְ מְמַלֵּא:
Nous avons une tradition qu'un bateau ne navigue pas au-dessous de dix : et ce qui est dit au chapitre Mi chehotsi'ouhou (Erouvin 43a) : [un bateau] qui navigue dans un raqaq, là-bas il s'agit d'un petit bateau ; mais ici [il s'agit] de grands bateaux, que l'on charge beaucoup, qui s'enfoncent profondément dans l'eau et ne naviguent pas dans moins de dix. Toutefois, il faut dire que même le récipient avec lequel il puise, et qui s'enfonce dans l'eau, est au-dessus de dix, car sinon, comment puiserait-il ?
וְדִילְמָא מֻורְשָׁא אִית לָהּ פֵּירֵשׁ רַ"ח דִּילְמָא יֵשׁ מֻורְשָׁא לַקַּרְקַע שֶׁסָּמוּךְ לַסְּפִינָה שֶׁהַקַּרְקַע גָּבוֹהַּ שָׁם וְאִם יוֹצִיא דֶּרֶךְ שָׁם יִהְיֶה לְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה בִּמְקוֹם מִילּוֹאוֹ כֵּיוָן שֶׁהַקַּרְקַע גָּבוֹהַּ שָׁם אֲבָל רַשִׁ"י דִּמְפָרֵשׁ מֻורְשָׁא דִּסְפִינָה לֹא יִתָּכֵן לְשׁוֹן וְדִילְמָא דְּגָרְסִינַן בְּכָל הַסְּפָרִים וְגָרְסִינַן וְהָא מֻורְשָׁא אִית לַהּ:
Et peut-être y a-t-il une morcha : Rabbenou Hananel explique : peut-être y a-t-il une élévation (morcha) du sol proche du bateau, où le sol est haut, et s'il fait sortir [la saillie] par là, l'endroit où il puise sera au-dessous de dix, puisque le sol est haut là. Mais Rachi, qui explique « la proue du bateau », [son explication] ne s'accorde pas avec l'expression « et peut-être », que nous lisons dans tous les livres ; et il lit : « mais il a une proue ».
💡 Explication

Objection à Rav Houna : si la mer fait moins de dix tefahim, tout est karmelit. Réponse : un (grand) bateau ne navigue pas dans moins de dix. Relance : la morcha — selon Rachi, la proue relevée du bateau, qui peut passer la où l'eau est basse ; selon Rabbenou Hananel, une élévation du sol près du bateau. Rav Safra : des sondeurs précèdent le bateau et garantissent la profondeur.

11
אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק לְרַב חִייָּא בַּר אָבִין: לְרַב חִסְדָּא וּלְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא דְּאָמְרִי עוֹשֶׂה מְקוֹם אַרְבָּעָה וּמְמַלֵּא, שׁוֹפְכִין דִּידֵיהּ הֵיכִי שָׁדֵי לְהוּ? וְכִי תֵּימָא דְּשָׁדֵי לְהוּ בְּאוֹתוֹ מָקוֹם — מְאִיסֵי לֵיהּ. דְּשָׁדֵי לְהוּ אַדֻּפְנָא דִסְפִינָה. וְהָא אִיכָּא כֹּחוֹ! כֹּחוֹ בְּכַרְמְלִית לֹא גָּזְרוּ. וּמְנָא תִּימְרָא? דְּתַנְיָא: סְפִינָה אֵין מְטַלְטְלִין לֹא מִתּוֹכָהּ לַיָּם וְלֹא מִן הַיָּם לְתוֹכָהּ,

Rav Nahman bar Yitshak dit à Rav Hiya bar Avin : selon Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna, qui disent : on fait un espace de quatre et on puise, ses eaux usées, comment les jette-t-il ? Et si tu dis qu'il les jette à ce même endroit, [l'eau puisée ensuite] le dégoûte. — Il les jette sur la paroi du bateau. — Mais il y a sa force (koho) ! — [Pour] sa force dans une karmelit, on n'a pas décrété.

Et d'où le dis-tu ? De ce qui est enseigné : [d'un] bateau, on ne transporte ni de son intérieur vers la mer, ni de la mer vers son intérieur,

📜 Rachi (5)
עוֹשֶׂה לָהּ מָקוֹם ד' אַלְמָא כָּל הַמַּיִם כַּרְמְלִית הֵן:
On lui fait un espace de quatre : donc toute l'eau est karmelit.
שׁוֹפְכִין דִּידֵיהּ מַיִם רָעִים כְּגוֹן רְחִיצַת כּוֹסוֹת וּקְעָרוֹת:
Ses eaux usées : eaux sales, comme [celles du] rinçage des coupes et des plats.
מְאִיסֵי לֵיהּ הַמַּיִם שֶׁיְּמַלֵּא שׁוּב דֶּרֶךְ אוֹתוֹ מָקוֹם:
Le dégoûte : l'eau qu'il puisera de nouveau par ce même endroit.
דְּשָׁדֵי לְהוּ בכ"מ שֶׁיִּרְצֶה עַל דָּופְנֵי הַסְּפִינָה וְהֵן יוֹרְדִין לַיָּם:
Il les jette : à l'endroit qu'il veut, sur les parois du bateau, et elles descendent dans la mer.
וְהָא אִיכָּא כֹּחוֹ נְהִי דְּלָא זָרֵיק לְהֶדְיָא לַיָּם מִיהוּ מִכֹּחוֹ הֵן בָּאִין לַיָּם:
Mais il y a sa force : certes il ne les jette pas directement dans la mer ; toutefois, c'est par sa force qu'elles arrivent dans la mer.
🗂️ Tossefot (1)
כֹּחוֹ בְּכַרְמְלִית לֹא גָּזְרוּ רַבָּנָן וְהָכִי נָמֵי מְשַׁנֵּי בְּפֶרֶק תּוֹלִין (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קַמָּא.) גַּבֵּי הָאִי מָאן דְּסָחֵי בְּמַיָּא כו'. וְק' לר"י דִּבְפֶרֶק כֵּיצַד מִשְׁתַּתְּפִין (עֵירוּבִין דַּף פח.) אָמְרִי' גַּבֵּי גְּזֻוזְטְרָא שֶׁהִיא לְמַעְלָה מִן הַמַּיִם לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לְמַלּאוֹת אֲבָל לִשְׁפֹּוךְ אָסוּר מִשּׁוּם שֶׁהַמַּיִם נִדְחִין מִכֹּחוֹ חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת אַלְמָא כֹּחוֹ בְּכַרְמְלִית אָסוּר וְיֵשׁ לוֹמַר דִּגְזֻוזְטְרָא פְּעָמִים שֶׁהִיא סְמוּכָה לְמָקוֹם שרה"ר מְהַלֶּכֶת וְגָזְרוּ כֹּחוֹ בְּכַרְמְלִית מִשּׁוּם כֹּחוֹ בִּרְשׁוּת הָרַבִּים אֲבָל בִּסְפִינָה דִּלְעוֹלָם הָוֵי כֹּחוֹ בְּכַרְמְלִית לֹא גָּזְרוּ:
[Pour] sa force dans une karmelit, les Rabbanan n'ont pas décrété : et c'est aussi ce qu'on répond au chapitre Tolin (plus loin, Chabbat 141a) à propos de celui qui se baigne dans l'eau, etc. Et le Ri trouve difficile : au chapitre Keitsad mishtatfin (Erouvin 88a), nous disons à propos du balcon qui est au-dessus de l'eau : on ne l'a enseigné que pour puiser, mais pour verser c'est interdit, parce que l'eau est poussée par sa force au-delà de quatre amot ; donc sa force dans une karmelit est interdite. Et on peut répondre : un balcon est parfois proche d'un endroit où passe le reshout harabim, et on a décrété [pour] sa force dans une karmelit à cause de sa force dans le reshout harabim ; mais [pour] un bateau, où c'est toujours sa force dans une karmelit, on n'a pas décrété.
💡 Explication

Si toute l'eau est karmelit, verser les eaux usées dans la mer est un transfert de reshout hayahid vers karmelit. Solution : les verser sur la paroi du bateau, d'où elles coulent seules. L'eau arrive à la mer par koho (sa force, action indirecte) ; les Sages n'ont pas décrété sur koho dans une karmelit. La preuve par une baraita commence ici et se poursuit au daf suivant.

🖼️ Schéma
Les eaux usées selon Rav Hisda : verser sur la paroi du bateauVerser dans l'espace de 4l'eau puisée dégoûteVerser sur la paroil'eau descend à la merkoho (sa force)dans une karmelitnon décrété : permisTossefot : balcon au-dessus de l'eau (Erouvin 88a) -> interdit de verser,car il est parfois près du reshout harabim : décret de koho en karmelità cause de koho en reshout harabim. Le bateau est toujours en karmelit.
Koho dans une karmelit : permis pour le bateau ; interdit pour le balcon (Tossefot).
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).