Sougya : La Guemara précise la Michna de Vé-elou kecharim. Le nœud du chamelier à la longe et celui du marin à la proue sont exempts mais interdits ; l'ouverture de la tunique et le filet à cheveux sont permis d'emblée, même dans les cas où l'on pourrait craindre qu'un nœud reste en place.
Trois baraitot se contredisent sur les courroies de la chaussure et de la sandale (passible, exempt mais interdit, permis) : la Guemara les répartit selon le type de nœud (artisan, Rabbanan, gens de Mehoza, sandale partagée entre deux personnes, épisode de Rav Yehouda et Abaye). Viennent ensuite deux récits de courroie rompue le Chabbat (Rabbi Yirmeya et Rabbi Abahou ; Abaye et Rav Yosef), qui mènent à la controverse de Rabbi Yehouda et des Rabbanan sur la sandale dont la courroie extérieure s'est rompue, et à la parole de Rabbi Yo'hanan qui relie tuma, Chabbat et halitsa.
Le nœud qu'on noue à l'anneau du nez (zemama) et le nœud qu'on noue à l'anneau (du navire, isterida) : il n'y a pas d'obligation (de hatat), mais il y a un interdit. Et il y a (des nœuds) permis d'emblée ; et lesquels sont-ils ?
Une femme noue l'ouverture de sa tunique.
Suite de la reformulation de la Michna commencée en 111b. La Guemara établit trois niveaux. Le nœud de la longe attachée à l'anneau (du chameau ou du navire) reste parfois une ou deux semaines : il ne rend pas passible d'une hatat, car il n'est pas permanent, mais il est interdit par les Sages (patour aval assour). Les nœuds de la liste de la Michna (tunique, filet, etc.) sont permis d'emblée (moutar lekhathila).
(La femme noue) l'ouverture de sa tunique. C'est évident !
Ce n'est nécessaire que lorsqu'elle a deux ouvertures (deux paires de cordons). On aurait pu dire : l'une d'elles, elle l'annule (elle la laisse nouée) ; (la Michna) nous apprend (que non).
Si la tunique a deux paires de cordons, la femme pourrait, avec un peu d'effort, l'enfiler et l'enlever en n'en défaisant qu'une ; l'autre resterait nouée et deviendrait un nœud durable. On aurait donc pu interdire les deux, faute de savoir laquelle restera nouée. La Michna enseigne que les deux sont permises : aucun des deux n'est considéré comme permanent.
Le Roch résume toute la sougya et tranche avec Rachi contre le Rif : pour un kecher shel kayama, la durée compte, la qualité d'artisan ne compte pas. Il cite aussi le Baal HaTerumot : une ceinture attachée qu'on ne défait qu'en changeant de vêtement ne se noue pas le Chabbat.
Et les cordons du filet à cheveux. C'est évident !
Ce n'est nécessaire que lorsqu'il est lâche sur elle. On aurait pu dire : elle le retire (sans le défaire) ; (la Michna) nous apprend qu'une femme ménage ses cheveux et le défait.
Même structure qu'au segment précédent. Un filet noué largement pourrait être retiré sans être défait, et le nœud deviendrait durable. La Michna s'appuie sur un fait : une femme prend soin de ses cheveux et défait le nœud plutôt que de tirer le filet. Rachi applique le même raisonnement à la peskiya (ceinture) : on ne la fait pas glisser par les pieds, par tseniout (pudeur).
Et les courroies de la chaussure et de la sandale. Il a été dit : (celui qui) défait les courroies de la chaussure et de la sandale, une (baraita) enseigne : passible d'une hatat ; une autre enseigne : exempt mais interdit ; une autre enseigne : permis d'emblée.
Contradiction entre chaussure et chaussure, contradiction entre sandale et sandale.
Trois baraitot donnent les trois niveaux possibles pour le même objet : hayav hatat (interdit de la Torah), patour aval assour (interdit des Sages) et moutar lekhathila (permis d'emblée). Les deux segments suivants résolvent la contradiction en attribuant chaque baraita à un type de nœud différent.
Chaussure et chaussure, ce n'est pas difficile : celle qui enseigne "passible d'une hatat" (parle du nœud) des cordonniers ; "exempt mais interdit", (des chaussures) des Rabbanan ; "permis d'emblée", (de celles) des gens de Mehoza.
Le critère est la durée du nœud. Le nœud du cordonnier (ouchkafa) reste pour toujours : hatat. Les Rabbanan nouent lâche et laissent le nœud plusieurs jours, mais le défont à la saison de la boue : pas permanent, donc exempt, mais interdit. Les gens de Mehoza, soucieux de leur tenue, serrent et défont chaque soir : permis.
Sandale et sandale, ce n'est pas difficile : celle qui enseigne "passible d'une hatat" (parle des sandales) des marchands arabes, que nouent les cordonniers ; "exempt mais interdit", (de celles) qu'ils nouent eux-mêmes, sans soin (homrata) ; "permis d'emblée", d'une sandale avec laquelle sortent deux personnes, comme (celle de) Rav Yehouda. Car Rav Yehouda, frère de Rav Sala le pieux, avait une paire de sandales : tantôt il sortait avec, tantôt son enfant sortait avec.
Il vint devant Abaye et lui dit : dans un cas comme celui-ci, qu'en est-il ? Il lui dit : passible d'une hatat.
Même répartition pour la sandale : nœud fixe du cordonnier (sandales des tayya'ei, marchands arabes) : hatat ; nœud fait par le propriétaire, sommaire (homrata), qui peut rester une semaine ou un mois : interdit ; sandale partagée par deux personnes, renouée chaque fois : permis.
Rav Yehouda présente son cas à Abaye sans préciser l'usage de la semaine. Abaye, pensant à un nœud fixe de cordonnier, répond : hayav hatat.
Il lui dit : déjà "exempt mais interdit" me posait difficulté, et tu me dis "passible d'une hatat" ?! Quelle est la raison ?
Il lui dit : parce qu'en semaine aussi, tantôt je sors avec, tantôt l'enfant sort avec. Il lui dit : s'il en est ainsi, c'est permis d'emblée.
Rav Yehouda précise : la sandale est défaite et renouée chaque jour, en semaine aussi. Abaye change alors sa réponse : permis d'emblée. La décision dépend de l'usage réel du nœud : un nœud défait quotidiennement n'a aucune permanence.
Rabbi Yirmeya marchait derrière Rabbi Abahou dans une karmelit. La courroie de sa sandale se rompit.
Il lui dit : que dois-je en faire ? Il lui dit : prends un jonc humide, apte à la nourriture des bêtes, et enroule-le dessus.
Abaye se tenait devant Rav Yosef. Sa courroie se rompit.
Il lui dit : que dois-je en faire ? Il lui dit : laisse-la.
(Abaye demanda :) en quoi est-ce différent de Rabbi Yirmeya ? (Rav Yosef répondit :) là-bas elle n'est pas gardée, ici elle est gardée.
(Abaye objecta :) mais c'est un ustensile (keli), puisque si je veux, je la retourne de droite à gauche ! Il lui dit : du fait que Rabbi Yo'hanan s'explique selon Rabbi Yehouda, déduis-en que la halakha est comme Rabbi Yehouda.
Deux récits. Dans une karmelit (domaine ni public ni privé, ici une plaine), la sandale abandonnée serait perdue : Rabbi Abahou permet de la fixer avec un jonc humide, qui peut se déplacer puisqu'il sert de fourrage, sans faire de nœud. Dans une cour, la sandale est en sécurité : Rav Yosef dit à Abaye de la laisser et de ne pas la déplacer, car elle est mouktse.
Abaye objecte qu'elle reste un keli : on peut la mettre à l'autre pied, et la courroie rompue passe du côté intérieur, où une réparation ne se voit pas. Rav Yosef répond que la halakha suit Rabbi Yehouda, pour qui une sandale dont la courroie extérieure est rompue n'est plus un ustensile. La preuve vient de la manière dont Rabbi Yo'hanan explique Rabbi Yehouda (segments suivants).
Quelle est-elle ? Car il a été enseigné : une sandale dont les deux oreilles, ou les deux tarsiyot, se sont rompues, ou dont toute la semelle (kaf) a été retirée, est pure (tahor).
Une de ses oreilles, ou une de ses tarsiyot, ou dont la plus grande partie de la semelle a été retirée, est impure (tamei). Rabbi Yehouda dit : si l'intérieure s'est rompue, elle est impure ; l'extérieure, elle est pure.
Et Oula a dit, et certains disent Rabba bar bar Hana au nom de Rabbi Yo'hanan : comme la controverse au sujet de la tuma, ainsi la controverse au sujet du Chabbat, mais pas au sujet de la halitsa.
Un ustensile impur redevient pur (tahor) lorsqu'il cesse d'être un ustensile. Si les deux courroies ou toute la semelle sont perdues, la sandale n'est plus un objet : elle est pure. Si une seule courroie est rompue, les Rabbanan la considèrent encore comme ustensile, car on peut la retourner. Rabbi Yehouda distingue : si la courroie extérieure est rompue, on n'a pas l'habitude de la réparer, et elle n'est plus un ustensile.
Rabbi Yo'hanan étend la controverse au Chabbat (peut-on la déplacer ?) et précise que la halitsa (cérémonie du déchaussement de la veuve sans enfant, Devarim 25) est à part. Les segments suivants cherchent selon qui il parle.
Et nous avons discuté : Rabbi Yo'hanan (parle) selon qui ? Si l'on dit selon les Rabbanan : puisqu'au sujet de la tuma c'est un ustensile, au sujet du Chabbat aussi c'est un ustensile, mais pas pour la halitsa, car ce n'est pas un ustensile.
Or nous avons appris : si elle a retiré (la chaussure) du (pied) gauche au (pied) droit, sa halitsa est valable ! Plutôt selon Rabbi Yehouda : puisqu'au sujet de la tuma ce n'est pas un ustensile, au sujet du Chabbat non plus ce n'est pas un ustensile ; mais pas pour la halitsa, car c'est un ustensile.
La Guemara teste les deux lectures de "mais pas au sujet de la halitsa". Selon les Rabbanan, la sandale resterait un ustensile pour la tuma et le Chabbat, mais pas pour la halitsa. Objection : la Michna de Yevamot valide la halitsa faite avec une chaussure gauche au pied droit ; la sandale retournée devrait donc convenir.
Deuxième lecture, selon Rabbi Yehouda : elle n'est pas un ustensile pour la tuma ni pour le Chabbat, mais elle en est un pour la halitsa, justement parce qu'on peut la porter à l'autre pied.
Dis que nous disons "si elle a retiré (la chaussure) du (pied) gauche au (pied) droit, sa halitsa est valable" là où, pour son usage propre, c'est un ustensile ; ici, pour son usage propre, ce n'est pas un ustensile, puisque Rabbi Yehouda a dit : si l'extérieure s'est rompue, elle est pure ; il en ressort que ce n'est pas un ustensile ! En réalité, (Rabbi Yo'hanan parle) selon Rabbi Yehouda ; dis : et de même pour la halitsa.
Et il nous apprend ceci : lorsque nous disons "si elle a retiré (la chaussure) gauche au (pied) droit, sa halitsa est valable", c'est là où
La deuxième lecture est réfutée : la chaussure gauche au pied droit ne vaut pour la halitsa que si elle est un ustensile pour son usage propre (le-miltei mana), au pied gauche. Or selon Rabbi Yehouda, la sandale à courroie extérieure rompue n'est plus un ustensile.
Conclusion : Rabbi Yo'hanan parle bien selon Rabbi Yehouda, et il faut corriger sa phrase en "et de même pour la halitsa" : elle est aussi invalide pour la halitsa. Rachi explique que cette lecture ne marche pas selon les Rabbanan, car la règle serait déjà explicite dans la Michna. Tossefot ajoute : pour les Rabbanan, un objet qui reste un ustensile pour le Chabbat et la tuma convient pour la halitsa même retourné. La phrase se poursuit en 112b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).