Shabbat 111b — Rav et Rabbi Chimon (pessik reicha, huile de rose) ; début du chapitre Vé-elou kecharim : les nœuds interdits

Shabbat 111b

Sougya : La Guemara achève la discussion ouverte en 111a sur la position de Rav : s'il suit Rabbi Chimon (davar she-eino mitkaven, un acte sans intention est permis), pourquoi interdit-il d'enfoncer avec force le bouchon d'un tonneau un jour de fête ? Réponse : c'est un pessik reicha, où même Rabbi Chimon interdit.

Face aux traditions qui font dire à Rav que la halakha suit Rabbi Yehouda, Rava et Rabbi Hiya bar Avin expliquent : la halakha suit Rabbi Chimon pour l'huile de rose, mais pour une autre raison, l'usage courant du lieu. Le chapitre 14 (Chemona cheratsim) s'achève alors et commence le chapitre 15, Vé-elou kecharim : les nœuds des chameliers et des marins, qui rendent passible ; la règle de Rabbi Meir sur le nœud qu'on défait d'une main, et la question non résolue (teiku) de la boucle (aniva) ; enfin les nœuds pour lesquels on n'est pas passible, et la contradiction interne de la Michna.

Rav suit-il Rabbi Chimon ? (seg. 0-2) Donnée (111à) : Rav permet l'huile de rose, comme Rabbi Chimon Objection 1 : Rav interdit d'enfoncer le bouchon du tonneau à Yom Tov (sehita non voulue) Objection 2 : traditions explicites Rav : halakha comme Rabbi Yehouda Chmouel : comme Rabbi Chimon Réponse : pessik reicha l'essorage est inévitable ; même Rabbi Chimon interdit Réponse (Rava + Rabbi Hiya bar Avin) halakha comme Rabbi Chimon, mais pas pour sa raison Lecture rejetée Rabbi Chimon : l'huile guérit ; Rav : elle ne guérit pas (or "les princes s'en oignent" : elle guérit) Lecture retenue Rabbi Chimon : permis même si rare Rav : permis seulement si courant Chez Rav, l'huile de rose était courante Résultat Rav suit Rabbi Chimon pour davar she-eino mitkaven, sauf pessik reicha ; pour l'huile de rose, il pose un critère propre : l'usage du lieu
Les deux objections contre Rav et leurs réponses (seg. 0-2).
Les nœuds le Chabbat : trois niveaux (Michna, 111b) Hayav (passible) nœud permanent (kecher shel kayama) chamelier : anneau du nez marin : anneau de la proue nouer ou dénouer Patour aval assour pas de hatat, mais interdit (derabanan) détail donné en 112a Permis d'emblée col de la tunique, filet à cheveux, ceinture, chaussure, sandale, outres, marmite, corde devant la bête (R. Eliezer b. Y.) Rabbi Meir : un nœud que l'on peut défaire d'une seule main -> pas passible, même s'il a été fait pour durer (Rachi : il n'est pas serré) Question de Rav Ahadvoi : la boucle (aniva) serrée ? Critère "une main" -> se défait d'une main -> pas passible Critère "pas serré" -> elle est serrée -> passible Teiku
Classement des noeuds dans la Michna et le doute sur la boucle (seg. 4-8).
1
אֲסִיר לְהַדּוֹקֵיהּ בְּיוֹמָא טָבָא! בְּהָהִיא אֲפִילּוּ רַבִּי שִׁמְעוֹן מוֹדֶה. דְּאַבָּיֵי וְרָבָא דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ: מוֹדֶה רַבִּי שִׁמְעוֹן בְּ״פָּסֵיק רֵישֵׁיהּ וְלָא יָמוּת״.

(Rav a dit :) il est interdit de l'enfoncer avec force un jour de fête ! (Réponse :) Dans ce cas, même Rabbi Chimon reconnaît (l'interdit), car Abaye et Rava ont dit tous deux : Rabbi Chimon reconnaît dans le cas de "coupe-lui la tête et qu'il ne meure pas" (pessik reicha ve-lo yamout).

📜 Rachi (1)
אָסוּר לְהִדּוּקֶיהָ בְּנֶקֶב מִשּׁוּם סְחִיטָה ואע"ג דְּלָא קָא מְכַוֵּין לִסְחֹוט אַלְמָא לָא ס"ל כר"ש בְּדָבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין:
Il est interdit de l'enfoncer avec force : dans l'orifice, à cause de l'essorage (sehita), bien qu'il n'ait pas l'intention d'essorer ; il apparaît donc qu'il (Rav) ne pense pas comme Rabbi Chimon au sujet de l'acte sans intention (davar she-eino mitkaven).
🗂️ Tossefot (2)
מוֹדֶה ר"ש בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ וְהָא דְּאָמַר גַּבֵּי לָא לְיַהֲדֹוק אִינָשׁ אוּדְרָא אַפֻּומָּא דְּשִׁישָׁא דִּילְמָא אָתֵי לִידֵי סְחִיטָה וְלָא הָוֵי פְּסִיק רֵישֵׁיהּ יֵשׁ לְחַלֵּק דְּהָתָם מַיְירֵי בְּכִיסּוּי שֶׁאֵינוֹ בּוֹלֵעַ כ"כ וְגַם אֵינוֹ סוֹתְמוֹ כָּל כָּךְ בְּחֹוזֶק שֶׁאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ רַק שֶׁיְּהֵא מְכֻוסֶּה אֲבָל הָכָא שֶׁהוּא בְּצַד הַגִּיגִית בּוֹלֵעַ הַרְבֵּה וְגַם מְהַדְּקוֹ בְּחֹוזֶק כְּדֵי שֶׁלֹּא יֵצֵא הַיַּיִן וְהָוֵי פְּסִיק רֵישֵׁיהּ:
Rabbi Chimon reconnaît dans le cas de pessik reicha : et ce que l'on dit à propos de "qu'on n'enfonce pas un chiffon (oudra) sur l'ouverture d'une cruche, de peur qu'on en vienne à essorer", et ce n'est pas un pessik reicha, on peut distinguer : là-bas il s'agit d'une couverture qui n'absorbe pas tant, et on ne la bouche pas si fortement, car on veut seulement qu'elle soit couverte ; mais ici, sur le côté de la cuve, (le chiffon) absorbe beaucoup, et on l'enfonce fortement pour que le vin ne sorte pas : c'est donc un pessik reicha.
וְשָׁלֹשׁ מַחֲלוֹקוֹת בַּדָּבָר אִית סְפָרִים דל"ג לֵיהּ:
Et il y a trois controverses à ce sujet : certains livres n'ont pas cette version.
💡 Explication

Suite de 111a. On a vu que Rav permet l'huile de rose comme Rabbi Chimon, qui tient qu'un acte dont l'interdit n'est pas voulu (davar she-eino mitkaven) est permis. Objection : Rav interdit à Yom Tov d'enfoncer avec force un bouchon de tissu dans l'orifice d'un tonneau, à cause de l'essorage (sehita), qui n'est pourtant pas voulu.

Réponse : l'essorage est ici inévitable. C'est un pessik reicha ("coupe-lui la tête et qu'il ne meure pas" : on ne peut pas faire l'acte sans la conséquence). Dans ce cas, même Rabbi Chimon interdit. Tossefot explique pourquoi un chiffon posé sur une cruche n'est pas un pessik reicha : il absorbe peu et n'est pas serré.

2
וְהָאָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה, וְרַב חָנָן בַּר אַמֵּי אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן. וְרַב חִייָּא בַּר אָבִין מַתְנֵי לַהּ בְּלָא גַּבְרֵי, רַב אָמַר: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן! אֶלָּא אָמַר רָבָא: אֲנִי וַאֲרִי שֶׁבַּחֲבוּרָה תַּרְגֵּימְנָא, וּמַנּוּ — רַבִּי חִייָּא בַּר אָבִין: הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, וְלָאו מִטַּעְמֵיהּ.

Mais Rav Hiya bar Achi n'a-t-il pas dit au nom de Rav : la halakha est comme Rabbi Yehouda ; et Rav Hanan bar Ami au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Chimon. Et Rav Hiya bar Avin l'enseigne sans les rapporteurs : Rav a dit : la halakha est comme Rabbi Yehouda ; et Chmouel a dit : la halakha est comme Rabbi Chimon !

Rava dit plutôt : moi et le lion de la compagnie l'avons expliqué ; et qui est-ce ? Rabbi Hiya bar Avin : la halakha est comme Rabbi Chimon, mais pas pour sa raison.

📜 Rachi (4)
הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה בְּדָבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין דְּאָסוּר:
La halakha est comme Rabbi Yehouda : pour l'acte sans intention, qui est interdit.
בְּלִי גַּבְרֵי מַתְנֵי לָהּ לִפְלוּגְתָּא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל בְּלֹא אָמוֹרָאִים הָאוֹמְרִים מִשְּׁמָם אֶלָּא הֵם עַצְמָם נֶחְלְקוּ בָּהּ:
Sans les hommes : il enseigne la controverse de Rav et Chmouel sans les Amoraim qui parlent en leur nom ; ce sont eux-mêmes qui en ont discuté.
תַּרְגֵּימְנָא דְּלָא תִּיקְשֵׁי דְּרַב אַדְּרַב:
Nous l'avons expliqué : pour qu'il n'y ait pas de contradiction entre Rav et Rav.
הֲלָכָה כְּר"ש דְּשָׁרֵי בְּשֶׁמֶן וֶורֶד:
La halakha est comme Rabbi Chimon : qui permet l'huile de rose.
💡 Explication

Deuxième objection : deux traditions (avec ou sans rapporteurs) font dire à Rav que la halakha suit Rabbi Yehouda, qui interdit le davar she-eino mitkaven. Comment Rav peut-il alors permettre l'huile de rose ?

Rava, avec Rabbi Hiya bar Avin ("le lion de la compagnie"), répond : pour l'huile de rose, la halakha suit Rabbi Chimon dans sa conclusion (permis), sans adopter sa raison. Selon Rachi, cette formule sert à ne pas faire contredire Rav par lui-même.

3
מַאי ״הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן וְלָאו מִטַּעְמֵיהּ״? אִילֵּימָא הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן — דְּשָׁרֵי, וְלָאו מִטַּעְמֵיהּ — דְּאִילּוּ רַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר מַסֵּי, וְרַב סָבַר לָא מַסֵּי. וְסָבַר רַב לָא מַסֵּי? וְהָא מִדְּקָתָנֵי ״בְּנֵי מְלָכִים סָכִין עַל גַּבֵּי מַכּוֹתֵיהֶן שֶׁמֶן וֶורֶד״, מִכְּלָל דְּמַסֵּי. אֶלָּא: הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן — דְּשָׁרֵי, וְלָאו מִטַּעְמֵיהּ — דְּאִילּוּ רַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר: אַף עַל גַּב דְּלָא שְׁכִיחַ, שָׁרִי. וְרַב סָבַר: אִי שְׁכִיחַ — אִין, וְאִי לָא שְׁכִיחַ — לָא. וּבְאַתְרָא דְּרַב שְׁכִיחַ מִשְׁחָא דְוַורְדָּא.

Que signifie "la halakha est comme Rabbi Chimon, mais pas pour sa raison" ? Si l'on dit : la halakha est comme Rabbi Chimon, qui permet ; mais pas pour sa raison, car Rabbi Chimon pense que (l'huile) guérit, et Rav pense qu'elle ne guérit pas.

Mais Rav pense-t-il qu'elle ne guérit pas ? Du fait qu'on enseigne : "les fils de rois s'oignent les plaies d'huile de rose", il s'ensuit qu'elle guérit !

Plutôt : la halakha est comme Rabbi Chimon, qui permet ; mais pas pour sa raison, car Rabbi Chimon pense : bien qu'elle ne soit pas courante, c'est permis ; et Rav pense : si elle est courante, oui ; si elle n'est pas courante, non. Et dans le lieu de Rav, l'huile de rose était courante.

📜 Rachi (4)
אֲבָל לָא מִטַּעְמֵיהּ דְּאֵין הַטַּעַם כִּדְבָרָיו:
Mais pas pour sa raison : la raison n'est pas selon ses paroles.
דְּאִילּוּ ר"ש סָבַר מַסֵּי וְאַפֵּ"ה שָׁרִי דְּאֵין לְךָ דְּמֻותָּר לָזֶה וְאָסוּר לָזֶה:
Car Rabbi Chimon pense qu'elle guérit : et pourtant il permet, car il n'y a rien qui soit permis à l'un et interdit à l'autre.
מִכְּלָל דְּמַסֵּי אַפֵּי' לת"ק דְּאִי לָאו דְּמַסֵּי לְמַאי אִיצְטְרִיךְ לֵיהּ:
Il s'ensuit qu'elle guérit : même pour le Tanna kamma ; car si elle ne guérissait pas, pourquoi aurait-il eu besoin de (l'enseigner) ?
אע"ג דְּלָא שְׁכִיחַ שֶׁמֶן ווֶרֶד בִּמְקוֹמוֹ שֶׁל זֶה הַסַּךְ מִמֶּנּוּ וְדָמָיו יְקָרִים וְהַכֹּל יוֹדְעִין שֶׁאֵינוֹ סָכוֹ אֶלָּא לִרְפוּאָה שָׁרִי דְּכָל יִשְׂרָאֵל בְּנֵי מְלָכִים הֵם וְר' יְהוּדָה אוֹסֵר דְּמוֹכְחָא מִילְּתָא וְרַב נָמֵי כר"י ס"ל אֶלָּא בִּמְקוֹמוֹ הוּא דְּשָׁרֵי דִּשְׁכִיחַ דְּסַכִּין שֶׁמֶן וֶורֶד וְלָא מוֹכְחָא מִילְּתָא:
Bien qu'elle ne soit pas courante : l'huile de rose, dans le lieu de celui qui s'en oint, et son prix est élevé, et tous savent qu'il ne s'en oint que pour se soigner ; c'est permis, car tout Israël sont des fils de rois. Rabbi Yehouda interdit, car la chose est manifeste. Rav pense aussi comme Rabbi Yehouda, mais dans son lieu c'est permis, car il est courant de s'oindre d'huile de rose, et la chose n'est pas manifeste.
💡 Explication

Contexte (Michna 111a) : on n'a pas le droit de prendre un remède le Chabbat (décret rabbinique). Les fils de rois peuvent s'oindre d'huile de rose, car chez eux c'est un usage ordinaire. Rabbi Chimon étend : kol Israël bnei melakhim, tout Juif est un fils de roi.

Première lecture rejetée : Rav penserait que l'huile ne guérit pas. Impossible, puisque la Michna elle-même la présente comme un soin des plaies. Lecture retenue : Rav suit Rabbi Yehouda sur le principe (un usage visiblement médical est interdit), mais là où l'huile de rose est courante (chekhiha), son usage ne se voit pas comme un soin. Dans le lieu de Rav, c'était le cas ; d'où la conclusion pratique conforme à Rabbi Chimon.

4
הַדְרָן עֲלָךְ שְׁמֹנָה שְׁרָצִים

Nous reviendrons à toi, (chapitre) Chemona cheratsim.

💡 Explication

Formule de clôture du chapitre 14 du traité, Chemona cheratsim ("les huit reptiles"). Le chapitre suivant, Vé-elou kecharim, traite de la melakha du nœud (kocher) et du dénouement (matir).

5
מַתְנִי׳ וְאֵלּוּ קְשָׁרִים שֶׁחַייָּבִין עֲלֵיהֶן: קֶשֶׁר הַגַּמָּלִין וְקֶשֶׁר הַסַּפָּנִין, וּכְשֵׁם שֶׁהוּא חַיָּיב עַל קִישּׁוּרָן, כָּךְ הוּא חַיָּיב עַל הֶיתֵּרָן. רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: כָּל קֶשֶׁר שֶׁהוּא יָכוֹל לְהַתִּירוֹ בְּאַחַת מִיָּדָיו — אֵין חַיָּיבִין עָלָיו.

MICHNA. Et voici les nœuds pour lesquels on est passible : le nœud des chameliers et le nœud des marins ; et de même qu'il est passible pour les nouer, il est passible pour les défaire.

Rabbi Meir dit : tout nœud qu'il peut défaire d'une seule de ses mains, on n'est pas passible pour lui.

📜 Rachi (5)
מַתְנֵי' וְאֵלּוּ קְשָׁרִים הַמְנֻוִּין בַּאֲבוֹת מְלָאכוֹת דְּקָתָנֵי הַקּוֹשֵׁר וְהַמַּתִּיר קֶשֶׁר שֶׁל קְייָמָא שֶׁאֵינוֹ מַתִּירוֹ לְעוֹלָם דֻּומְיָא דְּקוֹשְׁרֵי חוּטֵי יְרִיעוֹת הַנִּפְסָקוֹת:
Michna. Et voici les nœuds : ceux comptés parmi les avot melakhot, où l'on enseigne "celui qui noue et celui qui dénoue" : un nœud permanent (kecher shel kayama), qu'on ne défait jamais, à l'image de ceux qui nouent les fils des tentures (du Michkan) qui se rompent.
קֶשֶׁר הַגַּמָּלִין וְקֶשֶׁר הַסַּפָּנִין בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ לְהוּ:
Le nœud des chameliers et le nœud des marins : la Guemara les explique.
כָּךְ הוּא חַיָּיב עַל הֶיתֵּרָן כִּדְיָלְפִי' בִּכְלָל גָּדוֹל (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף עַד:) מִצַּייָּדֵי הַחִלָּזוֹן שֶׁנִּצְרָכִין לִפְרָקִים לְהַתִּיר קִשְׁרֵי רְשָׁתוֹת הַקַּיָּימוֹת כְּדֵי לְקַצְּרָן אוֹ לְהַרְחִיבָן:
Ainsi il est passible pour les défaire : comme nous l'avons appris au chapitre Kelal gadol (plus haut, Chabbat 74b) de ceux qui pêchent le hilazon, qui ont besoin parfois de défaire des nœuds de filets permanents pour les rétrécir ou les élargir.
שֶׁיָּכוֹל לְהַתִּירוֹ דְּלָא הַדְּקֵיהּ:
Qu'il peut défaire : car il ne l'a pas serré.
אֵין חַייָּבִין עָלָיו וְאַפֵּי' עֲשָׂאוֹ לְקַיָּימָא:
On n'est pas passible pour lui : même s'il l'a fait pour durer.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנֵי' וְאֵלּוּ קְשָׁרִים. עֲנִיבָה לר"מ מַהוּ וא"ת אַמַּאי לָא פְּשִׁיטָא מִדִּתְנַן לְקַמָּן חֶבֶל דְּלִי שֶׁנִּפְסַק לֹא יְהֵא קוֹשְׁרוֹ אֶלָּא עוֹנְבוֹ וּמוֹכַח' בפ"ק דִּפְסָחִים (ד' יא.) דְּהָנְהוּ רַבָּנָן הַיְינוּ ר"מ דְּפָרִיךְ הָתָם מִינָּהּ לְרַבָּנָן שֶׁהֵם ר"מ וְי"ל דְּהָתָם נַמֵּי פָּרִיךְ מִסָּפֵק אִם הָנְהוּ רַבָּנָן הֵם ר"מ כְּמוֹ שֶׁמִּסְתַּפֵּק כָּאן:
Michna. Et voici les nœuds. La boucle, selon Rabbi Meir, qu'en est-il ? Et si tu demandes : pourquoi n'a-t-on pas résolu (la question) d'après ce que nous avons appris plus loin : "la corde d'un seau qui s'est rompue, qu'on ne la noue pas, mais qu'on en fasse une boucle" ; et il est démontré au premier chapitre de Pessahim (11a) que "ces Rabbanan" sont Rabbi Meir, puisque la-bas on objecte de cette (Michna) contre les Rabbanan qui sont Rabbi Meir ? On peut répondre : là-bas aussi on objecte sur la base d'un doute, (à savoir) si ces Rabbanan sont Rabbi Meir, de même qu'on en doute ici.
💡 Explication

Début du chapitre 15. Le nœud (kocher) et le dénouement (matir) figurent parmi les 39 avot melakhot. On n'est passible d'une hatat que pour un nœud permanent (kecher shel kayama), qu'on n'a pas l'intention de défaire. Le modèle au Michkan : les pêcheurs du hilazon qui nouent et dénouent leurs filets.

Rabbi Meir ajoute un critère : un nœud qu'on défait d'une seule main n'engage pas, même s'il est fait pour durer ; Rachi l'explique par le fait qu'il n'est pas serré. Tossefot note que la question de la boucle (seg. 6) ne peut être tranchée par la Michna du seau (113a), car on n'est pas sur que son auteur soit Rabbi Meir.

6
גְּמָ׳ מַאי קֶשֶׁר הַגַּמָּלִין וְקֶשֶׁר הַסַּפָּנִין? אִילֵּימָא קִטְרָא דְּקָטְרִי בִּזְמָמָא, וְקִטְרָא דְּקָטְרִי בְּאִיסְטְרֵידָא — הַאי קֶשֶׁר שֶׁאֵינוֹ שֶׁל קַיָּימָא הוּא! אֶלָּא קִיטְרָא דִזְמָמָא גּוּפֵיהּ, וּדְאִיסְטָרִידָא גּוּפָהּ.

GUEMARA. Qu'est-ce que le nœud des chameliers et le nœud des marins ?

Si l'on dit : le nœud qu'on noue à l'anneau du nez (zemama) et le nœud qu'on noue à l'anneau (du navire, isterida), celui-là est un nœud qui n'est pas permanent ! Plutôt : le nœud de l'anneau du nez lui-même, et celui de l'anneau (du navire) lui-même.

📜 Rachi (4)
גמ' זְמָמָא מְנַקְּבִין לַנָּאקָה בחוטמ' וְנוֹתְנִין בָּהּ טַבַּעַת שֶׁל רְצוּעָה וְקוֹשְׁרִין אוֹתָהּ וְעוֹמֶדֶת שָׁם לְעוֹלָם וּכְשֶׁרוֹצֶה לְקָושְׁרָהּ לִבְהֵמָה קוֹשֵׁר רְצוּעָה אֲרֻוכָּה בְּאוֹתָהּ טַבַּעַת וְקוֹשְׁרִין בָּהּ וּפְעָמִים שֶׁמַּתִּירָהּ:
Guemara. Zemama : on perce le nez de la chamelle et l'on y met un anneau fait d'une courroie, on le noue et il y reste pour toujours ; et quand on veut l'attacher, on noue une longue courroie à cet anneau et on l'attache par elle, et parfois on la défait.
קִטְרָא דְּקָטְרִי בִּזְמָמָא זֶהוּ קֶשֶׁר הָרְצוּעוֹת שֶׁקּוֹשְׁרִין בְּטַבַּעַת:
Le nœud qu'on noue à l'anneau du nez : c'est le nœud des courroies qu'on noue à l'anneau.
אֶיסְטָרִידָא גַּם הוּא כְּמִין טַבַּעַת שֶׁעוֹשִׂין מִן עֵקֶל אוֹ מִן רְצוּעָה בַּנֶּקֶב שֶׁבְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה וְאוֹתוֹ קֶשֶׁר מִתְקַייֵּם וּכְשֶׁרוֹצֶה לְהַעֲמִידוֹ קוֹשֵׁר רְצוּעָה בְּאוֹתָהּ טַבַּעַת וּמַעֲמִידָהּ בָּהּ וּכְשֶׁרוֹצֶה לְהַתִּיר מַתִּיר הָרְצוּעָה וְנוֹטְלָהּ:
Isterida : c'est aussi une sorte d'anneau que l'on fait d'une corde ou d'une courroie, dans le trou à l'avant du navire, et ce nœud reste en place ; et quand on veut (arrêter le navire), on noue une courroie à cet anneau et on l'y arrête, et quand on veut défaire, on défait la courroie et on la retire.
קִטְרָא דְּקָטְרִי בְּאֶסְטָרִידָא קָשַׁר רְצוּעָה הָאֲרֻוכָּה:
Le nœud qu'on noue à l'isterida : le nœud de la longue courroie.
💡 Explication

Il y a deux nœuds dans chaque cas : celui qui fixe l'anneau (au nez du chameau, à la proue du navire) et celui qui attache la longe à cet anneau. La longe est défaite régulièrement : ce nœud n'est pas permanent. Le nœud visé par la Michna est donc celui de l'anneau lui-même, qui reste en place.

🖼️ Schéma
Quel nœud est permanent ? (seg. 5) Chameau : zemama anneau dans le nez nœud de l'anneau reste toujours : permanent nœud de la longe défait souvent Navire : isterida anneau à la proue nœud de l'anneau reste toujours : permanent nœud de la longe défait souvent Hava amina : le nœud de la longe (rouge) -> rejeté ; conclusion : le nœud de l'anneau lui-même (vert)
Nœud de l'anneau (permanent) et nœud de la longe (défait régulièrement).
7
רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר כָּל קֶשֶׁר כּוּ׳. בָּעֵי רַב אַחָדְבוּי אַחוּי דְּמָר אַחָא: עֲנִיבָה לְרַבִּי מֵאִיר מַהוּ? טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי מֵאִיר מִשּׁוּם דְּיָכוֹל לְהַתִּירוֹ בְּאַחַת מִיָּדָיו הוּא — וְהָא נָמֵי יָכוֹל לְהַתִּירוֹ, אוֹ דִּילְמָא טַעְמָא דְּרַבִּי מֵאִיר מִשּׁוּם דְּלָא מִיהַדַּק — וְהַאי [הָא] מִיהַדַּק. תֵּיקוּ.

"Rabbi Meir dit : tout nœud, etc." Rav Ahadvoi, frère de Mar Aha, demanda : la boucle (aniva), selon Rabbi Meir, qu'en est-il ? La raison de Rabbi Meir est-elle qu'on peut le défaire d'une seule main, et celle-ci aussi on peut la défaire ; ou peut-être la raison de Rabbi Meir est-elle que (ce nœud) n'est pas serré, et celle-ci est serrée ?

Teiku (la question reste en suspens).

📜 Rachi (1)
עֲנִיבָה וּמְהַדְּקָהּ שַׁפִּיר לר"מ מַהוּ:
La boucle : qu'on serre bien, selon Rabbi Meir, qu'en est-il ?
💡 Explication

L'aniva est une boucle (un nœud coulant ou une rosette) : on la défait en tirant un bout, donc d'une seule main, mais elle peut être bien serrée. Les deux critères possibles de Rabbi Meir divergent ici : "se défait d'une main" (pas passible) ou "n'est pas serré" (passible, puisqu'elle l'est). La question reste teiku.

8
מַתְנִי׳ יֵשׁ לְךָ קְשָׁרִין שֶׁאֵין חַייָּבִין עֲלֵיהֶן כְּקֶשֶׁר הַגַּמָּלִין וּכְקֶשֶׁר הַסַּפָּנִין: קוֹשֶׁרֶת אִשָּׁה מִפְתַּח חֲלוּקָהּ, וְחוּטֵי סְבָכָה, וְשֶׁל פִּסְקַיָּא, וּרְצוּעוֹת מִנְעָל וְסַנְדָּל, וְנוֹדוֹת יַיִן וְשֶׁמֶן, וּקְדֵירָה שֶׁל בָּשָׂר. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: קוֹשְׁרִין לִפְנֵי הַבְּהֵמָה בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא תֵּצֵא.

MICHNA. Il y a des nœuds pour lesquels on n'est pas passible comme pour le nœud des chameliers et le nœud des marins : une femme noue l'ouverture de sa tunique, les cordons de son filet à cheveux et ceux de sa ceinture (peskiya), les courroies de la chaussure et de la sandale, les outres de vin et d'huile, et la marmite de viande.

Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : on noue (une corde) devant la bête pour qu'elle ne sorte pas.

📜 Rachi (7)
מַתְנִי' יֵשׁ לְךָ קְשָׁרִין שֶׁאֵין חַיָּיבִין עֲלֵיהֶן חַטָּאת כְּמוֹ שֶׁחַייָּבִין עַל קֶשֶׁר הַגַּמָּלִין אֶלָּא פָּטוּר אֲבָל אָסוּר וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ הֵי נִינְהוּ:
Michna. Il y a des nœuds pour lesquels on n'est pas passible : d'une hatat, comme on est passible pour le nœud des chameliers ; on est exempt mais c'est interdit ; et la Guemara explique lesquels.
מִפֶּתַח חֲלֻוקָּה כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ לַגַּלָּחִים כְּעֵין לְשׁוֹנוֹת לְכָאן וּלְכָאן וְקוֹשְׁרִים שֶׁל יָמִין בַּכָּתֵף שְׂמֹאל וְשֶׁל שְׂמֹאל בַּכָּתֵף יָמִין דְּכֵיוָן דְּכָל יוֹמָא שָׁרוּ לֵיהּ לָא דָּמֵי מִידֵּי לְקֶשֶׁר שֶׁל קַיְימָא וּמֻותָּר לְכַתְּחִילָּה:
L'ouverture de sa tunique : comme en ont les prêtres (non juifs), une sorte de languettes de part et d'autre ; on noue celle de droite sur l'épaule gauche et celle de gauche sur l'épaule droite ; comme on les défait chaque jour, cela ne ressemble en rien à un nœud permanent, et c'est permis d'emblée.
סְבָכָה קוייפ"א:
Filet à cheveux (sevakha) : coiffe (en langue vernaculaire : coife).
וְשֶׁל פִּסְקַיָּא אֵזוֹר רָחָב וְחוּטִין תְּלוּיִין בְּרֹאשׁוֹ לְקָושְׁרוֹ בָּהֶן וְקוֹרִין פינדור"ס:
Et celui de la peskiya : une ceinture large, avec des cordons pendant à son extrémité pour la nouer ; on l'appelle (en langue vernaculaire) pendors.
וְנוֹדוֹת יַיִן שֶׁל עוֹר שֶׁכּוֹפְפִין פִּיהֶם וְקוֹשְׁרִין:
Et les outres de vin : en cuir, dont on replie l'ouverture et qu'on noue.
וּקְדֵרָה שֶׁל בָּשָׂר פְּעָמִים שֶׁקּוֹשְׁרִין בֶּגֶד לְפִיהָ:
Et la marmite de viande : parfois on noue un tissu sur son ouverture.
קוֹשְׁרִין בִּפְנֵי הַבְּהֵמָה חֶבֶל בְּרֹוחַב הַפֶּתַח:
On noue devant la bête : une corde sur la largeur de l'entrée.
💡 Explication

La Michna énumère des nœuds qui ne rendent pas passible d'une hatat, parce qu'ils sont défaits régulièrement. Rachi distingue déjà deux niveaux : certains sont patour aval assour (exempt mais interdit), d'autres, comme l'ouverture de la tunique, sont permis d'emblée (moutar lekhathila), puisqu'on les défait chaque jour. Peskiya : ceinture large munie de cordons.

9
גְּמָ׳ הָא גּוּפַהּ קַשְׁיָא: אָמְרַתְּ יֵשׁ קְשָׁרִין שֶׁאֵין חַייָּבִין עֲלֵיהֶן כְּקֶשֶׁר הַגַּמָּלִין וּכְקֶשֶׁר הַסַּפָּנִין: חִיּוּבָא הוּא דְּלֵיכָּא, הָא אִיסּוּרָא — אִיכָּא, וַהֲדַר תָּנֵי: קוֹשֶׁרֶת אִשָּׁה מִפְתַּח חֲלוּקָהּ: אֲפִילּוּ לְכַתְּחִילָּה! הָכִי קָאָמַר: יֵשׁ קְשָׁרִין שֶׁאֵין חַייָּבִין עֲלֵיהֶן כְּקֶשֶׁר הַגַּמָּלִין וּכְקֶשֶׁר הַסַּפָּנִין. וּמַאי נִיהוּ —

GUEMARA. Cela même est difficile : tu as dit "il y a des nœuds pour lesquels on n'est pas passible comme pour le nœud des chameliers et le nœud des marins" ; il n'y a pas d'obligation (de hatat), mais il y a un interdit ; et ensuite on enseigne "une femme noue l'ouverture de sa tunique" : même d'emblée !

Voici ce qu'il dit : il y a des nœuds pour lesquels on n'est pas passible comme pour le nœud des chameliers et le nœud des marins ; et lesquels sont-ils ?

💡 Explication

Contradiction interne : l'ouverture "on n'est pas passible" suggère un interdit rabbinique, mais la liste qui suit décrit des actes permis d'emblée. La Guemara commence à reformuler la Michna : il existe une catégorie intermédiaire (exempt mais interdit), puis la liste des nœuds permis. La suite, en 112a, identifie cette catégorie intermédiaire (le nœud des artisans).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).