Sougya : L'amud achève la discussion sur la kos ikarin : comment un remède qui rend stérile peut-il être permis, alors que le sirous (castration) est interdit même après un premier castrateur ? La Guemara conclut qu'il s'agit d'une femme, et selon Rabbi Yo'hanan ben Béroqa d'une femme âgée ou stérile.
Vient ensuite la michna sur celui qui souffre des dents ou des reins à Chabbat : un remède qui ressemble à un usage ordinaire est permis, un remède manifeste est interdit. La Guemara concilie la michna avec un verset de Michle sur le vinaigre, distingue entre gargariser et avaler, puis examine le principe 'hoil' (puisque) de Rava et sa rétractation.
Elle ouvre enfin la question : Rav tranche-t-il comme Rabbi Chimon ?
Tous reconnaissent que celui qui fait lever [une offrande] après un autre qui l'a déjà fait lever est coupable, car il est dit : 'Elle ne sera pas cuite levée' (Vayiqra 6,10), 'Elle ne sera pas faite levée' (Vayiqra 2,11). [Et que] celui qui castre après un autre qui a castré est coupable, car il est dit : 'Froissé, écrasé, arraché ou coupé' (Vayiqra 22,24) : si l'on est coupable pour 'coupé', pour 'arraché' à plus forte raison !
C'est donc pour inclure celui qui arrache après celui qui a coupé : il est coupable. Mais alors, [la kos ikarin est permise] chez un vieillard.
À la fin de l'amud précédent, la Guemara cherchait comment la kos ikarin, qui rend stérile, peut être permise alors que le sirous (castration) est interdit. On avait proposé qu'il s'agisse d'un homme déjà stérile. Rabbi Yo'hanan rejette cette idée : on est coupable même pour mesarès ahar mesarès (castrer après un autre), comme pour méhamets ahar méhamets (faire lever une minha déjà levée).
La preuve vient de l'ordre des termes du verset : karout (coupé) est moins grave que natouq (arraché). Le verset mentionne les deux pour enseigner qu'arracher après une coupe rend encore coupable. La Guemara propose alors un zaqen, un vieillard qui n'engendre plus.
Mais Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : 'Ce sont eux, ce sont eux [ces remèdes] qui m'ont rendu ma jeunesse' ? Il s'agit donc d'une femme.
Et selon Rabbi Yo'hanan ben Béroqa, qui a dit : au sujet des deux il est dit : 'Et D.ieu les bénit et D.ieu leur dit : croissez et multipliez' (Berechit 1,28), que peut-on dire ? Une femme âgée, ou bien une femme stérile.
La proposition du vieillard est rejetée : Rabbi Yo'hanan témoigne que certains remèdes lui ont rendu la capacité d'engendrer dans sa vieillesse. Un vieillard peut donc encore avoir des enfants, et le stériliser reste un sirous.
La Guemara conclut que la kos ikarin concerne une femme, qui n'est pas soumise à la mitsva de peria ourvia (procréation). Selon Rabbi Yo'hanan ben Béroqa, qui l'y soumet aussi, il faut parler d'une femme âgée ou stérile, chez qui la stérilisation ne retire rien.
MICHNA. Celui qui souffre des dents ne gargarisera pas du vinaigre avec elles, mais il trempe [son pain] comme d'habitude, et s'il est guéri, il est guéri.
Celui qui souffre des reins ne les oindra pas de vin ni de vinaigre, mais il les oint d'huile, et non d'huile de rose. Les fils de rois oignent leurs plaies d'huile de rose, car ils ont l'habitude de s'en oindre en semaine.
Rabbi Chimon dit : tous les Israël sont des fils de rois.
La michna applique le décret des Sages sur les remèdes à Chabbat (crainte que l'on en vienne à broyer des ingrédients). Le critère : un acte que l'on fait aussi sans être malade reste permis, même s'il guérit ; un acte qui ne se fait que pour guérir est interdit.
Gargariser du vinaigre (legaméa) montre un remède ; tremper son pain dans le vinaigre est un geste de repas. Le vin et le vinaigre sur les reins sont un traitement ; l'huile ordinaire sert aussi aux gens en bonne santé. L'huile de rose, coûteuse, n'est utilisée par le commun que comme remède ; les princes, eux, s'en oignent chaque jour. Rabbi Chimon étend ce statut à tout Israël.
GUEMARA. Rav Aha Arikha (le grand), qui est Rav Aha bar Papa, opposa à Rabbi Abahou : nous avons appris 'celui qui souffre des dents ne gargarisera pas du vinaigre avec elles'.
Faut-il en déduire que le vinaigre est bon pour les dents ? Or il est écrit : 'Comme le vinaigre aux dents et la fumée aux yeux' (Michle 10,26) !
Ce n'est pas difficile : ici, il s'agit du qiyouha (jus aigre) de fruit ; là, du vinaigre de vin. Et si tu veux, dis : ici et là il s'agit de vinaigre de vin ; ici, quand il y a une plaie ; là, quand il n'y en a pas.
Quand il y a une plaie, il guérit ; quand il n'y a pas de plaie, il relâche [les dents].
La michna suppose que le vinaigre soigne les dents, alors que le verset de Michle le présente comme nuisible. Deux conciliations : soit il s'agit de deux liquides différents (qiyouha, jus aigre de fruit, nuisible ; hala, vinaigre de vin, bénéfique), soit du même vinaigre dans deux situations (avec plaie il guérit, sans plaie il relâche les dents).
'Il ne gargarisera pas du vinaigre avec elles.' Or il est enseigné [dans une baraita] : il ne gargarisera pas en recrachant, mais il peut gargariser et avaler ! Abaye dit : quand nous avons appris la michna aussi, nous l'avons apprise [au sujet de] celui qui gargarise et recrache.
Rava dit : tu peux même dire [qu'elle parle de] celui qui gargarise et avalé : ici, avant le trempage ; là, après le trempage.
La baraita distingue : gargariser puis recracher montre un remède ; gargariser puis avaler ressemble à boire. Abaye lit la michna dans le sens de la baraita : elle ne vise que le cas où l'on recrache.
Rava admet que la michna interdise même d'avaler, mais distingue selon le moment : avant le trempage (avant le repas), l'observateur pense qu'il boit son vinaigre comme chacun ; après, tout le monde sait qu'il a déjà mangé, et le geste montre un remède.
Mais disons : puisque avant le trempage c'est permis, après le trempage aussi c'est permis ! Car nous avons entendu que Rava admet le [principe] 'hoil' (puisque).
La Guemara objecte à Rava sa propre méthode. Ailleurs (Beitsa 18a), il applique le principe hoil : ce qui est permis dans une situation n'est pas interdit dans une situation voisine par décret. Il devrait donc dire : puisque gargariser est permis avant le trempage, ce l'est aussi après.
Car Rava a dit : il n'y a rien qui soit permis à Chabbat et interdit à Yom Kippour : puisque c'est permis à Chabbat, à Yom Kippour aussi c'est permis !
Formulation du principe de Rava. À Chabbat, l'immersion est permise car elle ressemble à un bain rafraîchissant. À Yom Kippour, où le bain est interdit, cette raison tombe ; Rava la permet pourtant, hoil (puisque) elle est permise à Chabbat. Les décrets des Sages s'appliquent de façon uniforme.
Rava s'est rétracté de ceci. D'où [sait-on] qu'il s'est rétracté de ceci ?
Peut-être s'est-il rétracté de cela ? Tu ne peux le penser, car il est enseigné : tous ceux qui sont astreints à l'immersion s'immergent comme d'habitude, que ce soit le 9 Av ou Yom Kippour.
Les deux enseignements de Rava sont incompatibles : l'un applique hoil (l'immersion à Yom Kippour), l'autre ne l'applique pas (le vinaigre après le trempage). Rava s'est donc rétracté de l'un d'eux. Lequel ? Une baraita permet explicitement l'immersion à Yom Kippour ; Rava ne l'a donc pas abandonnée. C'est de sa distinction sur le vinaigre qu'il s'est rétracté, et la michna s'explique comme chez Abaye : gargariser et recracher.
'Celui qui souffre des reins, etc.' Rabbi Abba bar Zavda a dit au nom de Rav : la halakha suit Rabbi Chimon. Faut-il en déduire que Rav tient comme Rabbi Chimon ?
Rav Chimi bar Hiya n'a-t-il pas dit au nom de Rav : ce bouchon de tissu (mesoukhraya) du tonneau
Rav tranche comme Rabbi Chimon : tout Israël peut s'oindre d'huile de rose. La Guemara s'étonne, car ailleurs Rav se montre strict. Elle cite son interdit sur la mesoukhraya, un chiffon enroulé autour du robinet d'un tonneau ; la suite (111b) dira qu'il est interdit de le serrer à Yom tov, de crainte d'essorer le liquide. Rav semble donc suivre Rabbi Yehouda, qui interdit le davar chein mitkaven (effet non voulu).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).