Sougya : La Guemara achève la liste des remèdes, commencée en 110a, pour une femme atteinte d'un écoulement de sang (zivah) : chaque remède est accompagné de la formule "lève-toi de ton écoulement", et l'on passe au suivant s'il reste sans effet. Vient ensuite la série des remèdes contre la jaunisse (yerokana), avec l'anecdote de l'Arabe et du jardinier.
La Guemara revient alors sur le premier remède de la jaunisse, la boisson qui rend stérile (kos ikarin), et demande comment il peut être permis, puisque Rabbi Hanina tire du verset "et dans votre pays vous ne ferez pas" l'interdit de castrer (sirous) un homme. La réponse "cela se produit de soi-même" s'appuie sur le coq de Rabbi Yo'hanan, mais Rav Ashi la réfute ; la Guemara conclut que le remède vise un homme déjà castré (saris).
Tossefot et le Roch discutent la règle du davar she-eino mitkaven et du pessik reicha.
... des kefizei (mesures) d'oignons perses ; qu'on les fasse bouillir dans du vin, qu'on le lui fasse boire et qu'on lui dise : Lève-toi de ton écoulement. Sinon, qu'on la fasse asseoir à un carrefour, qu'elle tienne une coupe de vin à la main, que quelqu'un vienne derrière elle, l'effraie et lui dise : Lève-toi de ton écoulement.
Sinon, qu'on apporte une poignée de cumin, une poignée de safran et une poignée de fenugrec, qu'on les fasse bouillir dans du vin, qu'on le lui fasse boire et qu'on lui dise : Lève-toi de ton écoulement. Sinon, qu'on apporte soixante bouchons de tonneau, qu'on l'en enduise et qu'on lui dise : Lève-toi de ton écoulement.
Sinon, qu'on apporte de la pechtina, qu'on la fasse bouillir dans du vin, qu'on l'en enduise et qu'on lui dise : Lève-toi de ton écoulement. Sinon, qu'on apporte un chardon qui pousse parmi les épines romaines, qu'on le brûle et qu'elle en prenne (la cendre) dans des chiffons de lin en été et dans des chiffons de coton en hiver.
Suite de la liste commencée à la fin de 110a : remèdes pour une femme atteinte d'un écoulement de sang (zivah) hors de sa période. Chaque remède est accompagné d'une formule : "kum mi-zovekh", lève-toi de ton écoulement. Rachi explique "lève-toi" au sens de "cesse", comme le verbe amad (s'arrêter) dans l'histoire d'Elicha et de l'huile.
La structure est répétitive : ve-i la, "et sinon", introduit le remède suivant si le précédent n'a pas agi. Le vocabulaire est araméen et botanique ; Rachi donne les équivalents (safran, fenugrec, coton).
Sinon, qu'on creuse sept fosses, qu'on y brûle des sarments de orla (d'une jeune vigne), qu'elle tienne une coupe de vin à la main ; qu'on la fasse lever de celle-ci et asseoir sur celle-là, lever de celle-ci et asseoir sur celle-là, et à chaque fois qu'on lui dise : Lève-toi de ton écoulement. Sinon, qu'on apporte de la farine fine (semida), qu'on l'en enduise de la moitié du corps vers le bas et qu'on lui dise : Lève-toi de ton écoulement.
Sinon, qu'on apporte un œuf d'autruche, qu'on le brûle et qu'elle en prenne (la cendre) dans des chiffons de lin en été et dans des chiffons de coton en hiver. Sinon, qu'on ouvre pour elle un tonneau de vin à son intention.
Sinon, qu'elle tienne un grain d'orge trouvé dans le crottin d'une mule blanche : si elle le tient un jour, (l'écoulement) cesse deux jours ; si elle le tient deux jours, il cesse trois jours ; si elle le tient trois jours, il cesse pour toujours.
Fin de la liste pour la femme. Les sarments brûlés proviennent d'une vigne de moins de trois ans (orla). Rachi précise la mise en scène : elle passe d'une fosse à l'autre et, à chaque passage, on répète la formule.
"Ouvrir un tonneau à son intention" : Rachi comprend qu'elle doit boire beaucoup de vin, de façon régulière. Le dernier remède a un effet gradué selon la durée où l'on tient le grain d'orge.
Pour la jaunisse (yerokana) : deux (des ingrédients) dans de la bière, et il devient stérile. Sinon, qu'on apporte la tête d'un chibouta salé, qu'on la fasse bouillir dans de la bière et qu'il la boive.
Sinon, qu'on apporte de la saumure de sauterelles. S'il n'y a pas de saumure de sauterelles, qu'on apporte de la saumure de petits oiseaux (nekiri), qu'on le fasse entrer au bain et qu'on l'en frotte.
S'il n'y a pas de bain, qu'on le place entre le four et le mur. Rabbi Yo'hanan dit : celui qui veut le réchauffer, qu'il l'enveloppe dans son drap.
Rav Aha bar Yossef en souffrait ; Rav Kahana le lui fit, et il guérit.
Nouvelle série : la jaunisse (yerokana). Le premier remède renvoie à 110a : le kos ikarin (coupe de racines), fait de trois ingrédients dont on en prend deux, dans de la bière. Il guérit mais rend stérile (mitaker). Ce détail sera la base de la question du segment 5.
Rachi lit "ve-i la" de deux façons : si l'on n'a pas les ingrédients, ou si le remède n'a pas agi. Le principe des remèdes suivants est de faire transpirer le malade pour que la maladie sorte.
Sinon, qu'on apporte trois kefizei de dattes perses, trois kefizei de cire qui déborde (kira de-nichtroufei) et trois kefizei d'aloès rouge, qu'on les fasse bouillir dans de la bière et qu'il le boive. Sinon, qu'on apporte un ânon, qu'il se rase le milieu de la tête, qu'on laisse couler le sang du front (de l'ânon) et qu'on le pose sur sa tête ; qu'il prenne garde à ses yeux pour ne pas les aveugler.
Sinon, qu'on apporte une tête de bélier conservée en saumure, qu'on la fasse bouillir dans de la bière et qu'il la boive. Sinon, qu'on apporte un "davar aher" (porc) tacheté, qu'on le fende et qu'on le pose sur son cœur.
Sinon, qu'on apporte des poireaux du milieu de la planche.
Suite des remèdes contre la jaunisse. Le Talmud évite de nommer le porc : il dit davar aher, "une autre chose" ; Rachi précise "houtrana" : tacheté. Les poireaux du milieu de la planche sont, selon Rachi, les plus forts ; l'anecdote qui suit illustre ce dernier remède.
Un certain Arabe (tayaa) en souffrait. Il dit au jardinier : Prends mon manteau et donne-moi une planche de poireaux.
Il la lui donna et il la mangea. Il lui dit : Prête-moi ton manteau, que je dorme un peu dedans.
Il s'enveloppa et dormit dedans. Quand il se réchauffa et se leva, (le manteau) tomba de lui morceau par morceau.
L'anecdote confirme l'efficacité des poireaux : ils font sortir la maladie par la sueur. Selon Rachi, la chaleur dégagée est si forte que le manteau emprunté se désagrège. Ainsi le jardinier perd aussi son manteau.
"Pour la jaunisse : deux dans de la bière, et il devient stérile." Est-ce donc permis ? N'a-t-on pas enseigné (dans une baraita) : d'où sait-on que la castration (sirous) chez l'homme est interdite ?
Le verset dit : "Et dans votre pays vous ne ferez pas" (Vayikra 22, 24) : en vous-mêmes, vous ne ferez pas ; parole de Rabbi Hanina. Cela s'applique lorsqu'il en a l'intention ; ici, cela se produit de soi-même.
Comme l'a dit Rabbi Yo'hanan : celui qui veut castrer un coq, qu'il lui ôte sa crête, et il se castre de lui-même. Mais Rav Ashi n'a-t-il pas dit : c'est l'orgueil qui s'empare de lui ?
Il s'agit donc d'un saris (homme déjà castré).
La Guemara revient au kos ikarin du segment 2 : puisqu'il rend stérile, comment peut-il être permis ? Rabbi Hanina tire l'interdit de sirous (castration) chez l'homme du verset sur les animaux mutilés (Vayikra 22, 24), lu "en vous-mêmes vous ne ferez pas" ; Rachi lit "lo teassou", vous ne serez pas faits (castrés).
Première réponse : l'interdit porte sur l'acte visé ; ici la stérilité vient d'elle-même (mi-atsmo). Preuve : le coq dont on ôte la crête. Rav Ashi réfute : le coq perd son orgueil et cesse de s'accoupler, sans être castré ; la castration, même indirecte, reste interdite. Conclusion : le remède est enseigné pour un saris, homme déjà castré.
Tossefot et le Roch discutent la position des Cheiltot, qui lie l'interdit à Rabbi Yehouda (davar she-eino mitkaven assour). Pour le Ri et le Roch, la halakha suit Rabbi Chimon dans toute la Torah ; mais ici la stérilité est certaine (pessik reicha), et même Rabbi Chimon interdit.
Mais Rabbi Hiya bar Abba n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan :
Nouvelle objection, dont la suite est au daf 111a. D'après le Roch (segment 5), cette citation porte sur celui qui castre après un autre (mesarès ahar mesarès) : il est passible. Un saris ne serait donc pas exclu de l'interdit.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).