Shabbat 110b — Remèdes contre l'écoulement et la jaunisse ; le kos ikarin et l'interdit de sirous

Shabbat 110b

Sougya : La Guemara achève la liste des remèdes, commencée en 110a, pour une femme atteinte d'un écoulement de sang (zivah) : chaque remède est accompagné de la formule "lève-toi de ton écoulement", et l'on passe au suivant s'il reste sans effet. Vient ensuite la série des remèdes contre la jaunisse (yerokana), avec l'anecdote de l'Arabe et du jardinier.

La Guemara revient alors sur le premier remède de la jaunisse, la boisson qui rend stérile (kos ikarin), et demande comment il peut être permis, puisque Rabbi Hanina tire du verset "et dans votre pays vous ne ferez pas" l'interdit de castrer (sirous) un homme. La réponse "cela se produit de soi-même" s'appuie sur le coq de Rabbi Yo'hanan, mais Rav Ashi la réfute ; la Guemara conclut que le remède vise un homme déjà castré (saris).

Tossefot et le Roch discutent la règle du davar she-eino mitkaven et du pessik reicha.

Deux listes de remèdes, même structure Écoulement de sang (zivah) d'une femme début en 110a, suite en 110b Jaunisse (yerokana) 110b, seg. 2-4 1. Oignons perses bouillis dans le vin 2. Frayeur au carrefour, coupe à la main 3. Cumin, safran, fenugrec dans le vin 4. 60 bouchons de tonneau, en onction 5. Herbe rampante (pechtina) en onction 6. Cendre de chardon, dans un chiffon 7. Sept fosses, sarments de orla 8. Farine fine, œuf d'autruche, vin 9. Grain d'orge du crottin d'une mule blanche 1. Kos ikarin : deux ingrédients dans la bière 2. Tête de poisson chibouta salée 3. Saumure de sauterelles / de petits oiseaux 4. Bain chaud ou entre four et mur 5. Dattes, cire, aloès rouge dans la bière 6. Sang d'un ânon versé sur la tête 7. Tête de bélier marinée, porc sur le cœur 8. Poireaux du milieu de la planche Formule répétée : "Lève-toi de ton écoulement" ; si le remède échoue (ve-i la), on passe au suivant
Les deux séries de remèdes du daf : écoulement de la femme (suite de 110a) et jaunisse.
Boire un remède qui stérilise : quelle règle ? Cheiltot (Rav Aha) Interdit selon Rabbi Yehouda : davar she-eino mitkaven assour ; R. Chimon ne vaut que pour Chabbat Ri (Tossefot) et le Roch Rabbi Chimon vaut pour toute la Torah (preuves : nazir en 81b, saignée du premier-né, Bekhorot 34a) Mais ici : pessik reicha la stérilité est certaine ; même Rabbi Chimon interdit Roch : le Aroukh (seulement si cela lui convient) vaut pour Chabbat Accord des deux lectures boire le kos ikarin est interdit à qui n'est pas déjà saris
Tossefot et le Rosh : davar she-eino mitkaven, pessik reicha, et le cas du remède qui stérilise.
1
קְפִיזֵי שַׁמְכֵי פָּרְסָאֵי, וְנִישְׁלוֹק בְּחַמְרָא, וְנַשָּׁקִייָּה, וְנֵימָא לָהּ: קוּם מִזּוֹבִיךְ. וְאִי לָא — לוֹתְבֵהּ אַפָּרָשַׁת דְּרָכִים, וְלַנְקְטַהּ כָּסָא דְחַמְרָא בִּידַהּ, וְלַיְתֵי אִינִישׁ מֵאֲחוֹרַהּ וְלִיבַעֲתַהּ, וְלֵימָא לָהּ: קוּם מִזּוֹבִיךְ. וְאִי לָא — לַיְתֵי בּוּנָא דְּכַמּוֹנָא וּבוּנָא דְמוֹרִיקָא וּבוּנָא דְשַׁבְּלִילְתָּא, וְנִישְׁלוֹק בְּחַמְרָא, וְנַשָּׁקִייָּה, וְנֵימָא לָהּ: קוּם מִזּוֹבִיךְ. וְאִי לָא — לַיְתֵי שִׁיתִּין שִׁיעֵי דְּדַנָּא, וְלִשְׁפֵּיהּ, וְלֵימָא לָהּ: קוּם מִזּוֹבִיךְ. וְאִי לָא — לַיְּתֵי פָּשֵׁיטְנָא, וְלִישְׁלוֹק בְּחַמְרָא, וּלְשַׁפְּיֵהּ, וְנֵימָא לָהּ: קוּם מִזּוֹבִיךְ. וְאִי לָא — לַיְתֵי חַרְנוּגָא דְּהִיגְתָּא רוֹמִיתָא, וְלִיקְלֵי, וְלִיסְּבַהּ בְּשַׁחֲקֵי דְכִיתָּנָא בְּקַייְטָא וּבְשַׁחֲקֵי דַּעֲמַר גֻּופְנָא בְּסִיתְוָא.

... des kefizei (mesures) d'oignons perses ; qu'on les fasse bouillir dans du vin, qu'on le lui fasse boire et qu'on lui dise : Lève-toi de ton écoulement. Sinon, qu'on la fasse asseoir à un carrefour, qu'elle tienne une coupe de vin à la main, que quelqu'un vienne derrière elle, l'effraie et lui dise : Lève-toi de ton écoulement.

Sinon, qu'on apporte une poignée de cumin, une poignée de safran et une poignée de fenugrec, qu'on les fasse bouillir dans du vin, qu'on le lui fasse boire et qu'on lui dise : Lève-toi de ton écoulement. Sinon, qu'on apporte soixante bouchons de tonneau, qu'on l'en enduise et qu'on lui dise : Lève-toi de ton écoulement.

Sinon, qu'on apporte de la pechtina, qu'on la fasse bouillir dans du vin, qu'on l'en enduise et qu'on lui dise : Lève-toi de ton écoulement. Sinon, qu'on apporte un chardon qui pousse parmi les épines romaines, qu'on le brûle et qu'elle en prenne (la cendre) dans des chiffons de lin en été et dans des chiffons de coton en hiver.

📜 Rachi (15)
קפזיזי כְּלִי מַחֲזִיק ג' לֻוגִּין:
Kefizei : récipient contenant trois log.
שַׁמְכֵי בְּצָלִים:
Chamkhei : des oignons.
פָּרְסָאֵי גְּדוֹלִים הֵם:
Parsaei : ils sont gros.
קוּם מִזּוֹבִיךְ חִדְלִי מִזּוֹבִיךְ כְּמוֹ וְיַעֲמוֹד הַשֶּׁמֶן (מְלָכִים ב ד):
Lève-toi de ton écoulement : cesse ton écoulement, comme "et l'huile s'arrêta" (va-yaamod, II Rois 4).
וְלִיבַעֲתָהּ יְבַעֲתֶנָּה בְּלִי יְדִיעָתָהּ פִּתְאוֹם:
Et qu'il l'effraie : qu'il l'effraie à son insu, soudainement.
בּוּנָא מְלֹא אֶגְרוֹף:
Bouna : une pleine poignée.
מוֹרִיקָא כַּרְכֹּום:
Morika : du safran.
שֶׁבְּלִיתָא תִּלְתָּן פנגרי"ג:
Chevalilta : du fenugrec, fenegrec (en langue vernaculaire).
שִׁיעֵי דְּדָנָא מְגוּפַת חָבִית:
Chiei de-dana : le bouchon d'un tonneau.
וְלִשְׁיָיפֵיהּ לִכְשֶׁיָּשׂוּרוּ בְּמַיִם:
Et qu'on l'en enduise : après les avoir fait tremper dans l'eau.
פָּשְׁטִינָא עֵשֶׂב שֶׁאֵינוֹ גָּדֵל בְּקוֹמָה אֶלָּא הוֹלֵךְ וּפָשַׁט עַל גַּבֵּי קַרְקַע:
Pechtina : une herbe qui ne pousse pas en hauteur, mais s'étend et se déploie sur le sol.
חַרְנוּגָא מִין עֵשֶׂב הוּא שֶׁגָּדֵל אֵצֶל הַהִיגִים:
Harnouga : une sorte d'herbe qui pousse près des épineux (higim).
הִיגְתָא רוֹמִיתָא מִין הֵגֶא הוּא שֶׁנִּקְרֵאת רומי"ת:
Higta roumita : une sorte d'épineux, appelé romit.
וְלִיסְּבָה בְּשַׁחֲקֵי דְּכִיתָּנָא יִקְּחוּ אוֹתוֹ הָאֵפֶר בַּבְלָאֵי בִּגְדֵי פִּשְׁתָּן בַּקַּיִץ:
Qu'elle le prenne dans des chiffons de lin : qu'on prenne cette cendre dans des lambeaux de vêtements de lin en été.
דַּעֲמַר גֻּופְנָא קוטו"ן:
De amar goufna : du coton.
💡 Explication

Suite de la liste commencée à la fin de 110a : remèdes pour une femme atteinte d'un écoulement de sang (zivah) hors de sa période. Chaque remède est accompagné d'une formule : "kum mi-zovekh", lève-toi de ton écoulement. Rachi explique "lève-toi" au sens de "cesse", comme le verbe amad (s'arrêter) dans l'histoire d'Elicha et de l'huile.

La structure est répétitive : ve-i la, "et sinon", introduit le remède suivant si le précédent n'a pas agi. Le vocabulaire est araméen et botanique ; Rachi donne les équivalents (safran, fenugrec, coton).

2
וְאִי לָא — לִיכְרֵי שֶׁבַע בֵּירֵי, וְלִיקְלֵי בְּהוּ שְׁבִישְׁתָּא (יַלְדָּה) דְּעָרְלָה, וְלַינְקְטַהּ כָּסָא דְחַמְרָא בִּידַהּ, וְלוֹקְמַהּ מֵהָא וְלוֹתְבַהּ אַהָא, וְלוֹקְמַהּ מֵהָא וְלוֹתְבַהּ אַהָא, וְאַכֹּל חֲדָא וַחֲדָא לֵימָא לַהּ: קוּם מִזּוֹבִיךְ. וְאִי לָא — לַיְיתֵי סְמִידָא, וּלְיִסְכָּה מִפַּלְגָא לְתַתַּאי, וְלֵימָא לָהּ: קוּם מִזּוֹבִיךְ. וְאִי לָא — לַיְּתֵי בֵּיעֲתָא דְּנַעָמִיתָא, וְלִיקְלֵי, וְלִיסְּבַהּ בְּשַׁחֲקֵי דְכִיתָּנָא בְּקַייְטָא וּבְשַׁחֲקֵי דַּעֲמַר גֻּופְנָא בְּסִיתְוָא. וְאִי לָא — לִיפְתַּח לַהּ חָבִיתָא דְחַמְרָא לִשְׁמַהּ. וְאִי לָא — לִנְקִיט שְׂעָרְתָּא דְּמִשְׁתַּכְחָא בִּכְפוּתָא דְּכוּדַנְיָא חִיוָּרְתָּא, אִי נָקְטָה חַד יוֹמָא — פָּסְקָה תְּרֵי יוֹמֵי, וְאִי נָקְטָה תְּרֵי יוֹמֵי — פָּסְקָה תְּלָתָא יוֹמֵי, וְאִי נָקְטָה תְּלָתָא יוֹמֵי — פָּסְקָה לְעוֹלָם.

Sinon, qu'on creuse sept fosses, qu'on y brûle des sarments de orla (d'une jeune vigne), qu'elle tienne une coupe de vin à la main ; qu'on la fasse lever de celle-ci et asseoir sur celle-là, lever de celle-ci et asseoir sur celle-là, et à chaque fois qu'on lui dise : Lève-toi de ton écoulement. Sinon, qu'on apporte de la farine fine (semida), qu'on l'en enduise de la moitié du corps vers le bas et qu'on lui dise : Lève-toi de ton écoulement.

Sinon, qu'on apporte un œuf d'autruche, qu'on le brûle et qu'elle en prenne (la cendre) dans des chiffons de lin en été et dans des chiffons de coton en hiver. Sinon, qu'on ouvre pour elle un tonneau de vin à son intention.

Sinon, qu'elle tienne un grain d'orge trouvé dans le crottin d'une mule blanche : si elle le tient un jour, (l'écoulement) cesse deux jours ; si elle le tient deux jours, il cesse trois jours ; si elle le tient trois jours, il cesse pour toujours.

📜 Rachi (10)
לִיכְרֵי שָׁב בֵּירֵי שִׁבְעָה גֻּומּוֹת:
Qu'on creuse sept birei : sept fosses.
שְׁבִישְׁתָּא דְּעָרְלָה זְמוֹרוֹת שֶׁל כֶּרֶם יָלְדָה:
Chevichta de orla : des sarments d'une vigne jeune (soumise à orla).
וְלִינַקְּטַהּ כָּסָא דְּחַמְרָא יֶאֱחֹוז כּוֹס שֶׁל יַיִן בְּיָדָהּ וְתֵשֵׁב עַל הַגֻּומָּא:
Qu'elle tienne une coupe de vin : qu'elle tienne une coupe de vin à la main et s'asseye sur la fosse.
וְלוֹקְמַהּ מֵהָא מֵעַל גֻּומָּא זוֹ יוֹשִׁיבוּהָ עַל זוֹ וְעַל כָּל עֲמִידָה נֵימָא לָהּ קוּם מִזּוֹבִיךְ:
Qu'on la fasse lever de celle-ci : de dessus cette fosse, qu'on la fasse asseoir sur celle-là ; et à chaque fois qu'elle se lève, qu'on lui dise : Lève-toi de ton écoulement.
קִמְחָא דִּסְמִידָא קֶמַח סֹולֶת:
Kimha de-semida : farine de fleur (solet).
וּלְיִסְכָּה יָסוּכוּ אוֹתָהּ מִמֶּנּוּ:
Et qu'on l'en enduise : qu'on l'en oigne.
דְּנַעָמִיתָא בַּת הַיַּעֲנָה:
De-naamita : de l'autruche (bat ha-yaana).
לִיפְתַּח לַהּ חָבִיתָא דְחַמְרָא לִשְׁמַהּ כְּלוֹמַר יַיִן הַרְבֵּה תִּשְׁתֶּה תָּמִיד:
Qu'on ouvre pour elle un tonneau de vin à son intention : c'est-à-dire qu'elle boive beaucoup de vin, constamment.
שְׂעָרְתָּא דְּמִשְׁתְּכַח בִּכְפוּתָא דְּכֻודְנָא חִיוַּרְתִּי שְׂעוֹרָה הַנִּמְצֵאת בְּגֶלְלֵי פִּרְדָּה לְבָנָה:
Un grain d'orge trouvé dans le crottin d'une mule blanche : un grain d'orge trouvé dans les excréments d'une mule blanche.
אִי נָקְטָא לָהּ בְּיָדָהּ חַד יוֹמָא פָּסְקָה מִזּוֹבָהּ תְּרֵי יוֹמָא אִית דְּגָרֵס נָקְטָה חֲדָא נֵימָא גַּרְעִין אֶחָד:
Si elle le tient : dans sa main un jour, son écoulement cesse deux jours. Certains lisent "nakta hada" : un seul noyau.
💡 Explication

Fin de la liste pour la femme. Les sarments brûlés proviennent d'une vigne de moins de trois ans (orla). Rachi précise la mise en scène : elle passe d'une fosse à l'autre et, à chaque passage, on répète la formule.

"Ouvrir un tonneau à son intention" : Rachi comprend qu'elle doit boire beaucoup de vin, de façon régulière. Le dernier remède a un effet gradué selon la durée où l'on tient le grain d'orge.

3
לְיַרְקוֹנָא תְּרֵין בְּשִׁיכְרָא, וּמִיעְקָר. וְאִי לָא — לַיְיתֵי רֵישָׁא דְּשִׁיבּוּטָא דְּמִילְחָא וְלִישְׁלוֹק בְּשִׁיכְרָא, וְלִישְׁתֵּי. וְאִי לָא — לַייְתִי מוֹנִינֵי דְּקָמְצִי. וְאִי לֵיכָּא מוֹנִינֵי דְקַמְצֵי — לַיְיתִי מוֹנִינֵי דִּנְקִירֵי, וְלִיעַיְילֵיהּ לְבֵי בָנֵי וְלִישְׁפְּייֵהּ. וְאִי לֵיכָּא בֵּי בָנֵי — לוֹקְמֵיהּ בֵּין תַּנּוּרָא לְגֻודָּא. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הָרוֹצֶה שֶׁיְּחַמְּמֶנּוּ — יְקַנְּחֶנּוּ בִּסְדִינוֹ. רַב אַחָא בַּר יוֹסֵף חַשׁ בֵּיהּ, עֲבַד לֵיהּ רַב כָּהֲנָא, וְאִיתַּסִּי.

Pour la jaunisse (yerokana) : deux (des ingrédients) dans de la bière, et il devient stérile. Sinon, qu'on apporte la tête d'un chibouta salé, qu'on la fasse bouillir dans de la bière et qu'il la boive.

Sinon, qu'on apporte de la saumure de sauterelles. S'il n'y a pas de saumure de sauterelles, qu'on apporte de la saumure de petits oiseaux (nekiri), qu'on le fasse entrer au bain et qu'on l'en frotte.

S'il n'y a pas de bain, qu'on le place entre le four et le mur. Rabbi Yo'hanan dit : celui qui veut le réchauffer, qu'il l'enveloppe dans son drap.

Rav Aha bar Yossef en souffrait ; Rav Kahana le lui fit, et il guérit.

📜 Rachi (11)
לְיַרְקוֹנָא דַּאֲמַרַן לְעֵיל קוֹמָא וְגָבְיָא גִּילָא וְכֻורְכְּמָא תְּרֵי בְּשִׁיכְרָא וּמִיעְקָר:
Pour la jaunisse : ce que nous avons dit plus haut (110a) : gomme (koma), alun (gavia gila) et safran (kourkema), deux dans de la bière, et il devient stérile.
וְאִי לָא דְּלֵית לֵיהּ אִי נָמֵי עֲבִיד וְלָא אַהֲנֵי:
Sinon : s'il ne les a pas, ou bien s'il l'a fait et que cela n'a pas agi.
רֵישָׁא דְּשִׁיבּוּטָא רֹאשׁ דָּג שֶׁשְּׁמוֹ שִׁיבּוּטָא:
Richa de-chibouta : la tête d'un poisson nommé chibouta.
דְּמִילְחָא שֶׁהוּא מָלוּחַ:
De-milha : qui est salé.
מוֹנִינֵי דְּקָמְצִי צִיר חֲגָבִים:
Monini de-kamtsei : saumure de sauterelles.
דִּנְקִירֵי מִין עוֹפוֹת קְטַנִּים:
De-nekiri : une espèce de petits oiseaux.
וְלִישַׁיְּיפֵיהּ יְשַׁפְשְׁפוּהוּ בּוֹ:
Et qu'on l'en frotte : qu'on le frictionne avec.
בֵּין תַּנּוּר לְגֻודָּא בֵּין תַּנּוּר לְכֹותֶל בְּמָקוֹם חַם שֶׁיַּזִּיעַ וְיֵצֵא הַחֹולִי:
Entre le four et le mur : entre le four et la paroi, à un endroit chaud, pour qu'il transpire et que la maladie sorte.
הָרוֹצֶה שֶׁיְּחַמְּמֶנּוּ לָזֶה:
Celui qui veut le réchauffer : ce malade-là.
יְקַנְּחֶנּוּ בִּסְדִינוֹ יַעַטְפֶנּוּ בִּסְדִינוֹ יָפֶה אוֹ בְּסָדִין שֶׁל חוֹלֶה אַחֵר שֶׁל חֹולִי זֶה:
Qu'il l'enveloppe dans son drap : qu'il l'enveloppe bien dans son drap, ou dans le drap d'un autre malade atteint de cette maladie.
עֲבַד לֵיהּ רַב כָּהֲנָא רְפוּאָה זוֹ שֶׁל סָדִין:
Rav Kahana le lui fit : ce remède du drap.
💡 Explication

Nouvelle série : la jaunisse (yerokana). Le premier remède renvoie à 110a : le kos ikarin (coupe de racines), fait de trois ingrédients dont on en prend deux, dans de la bière. Il guérit mais rend stérile (mitaker). Ce détail sera la base de la question du segment 5.

Rachi lit "ve-i la" de deux façons : si l'on n'a pas les ingrédients, ou si le remède n'a pas agi. Le principe des remèdes suivants est de faire transpirer le malade pour que la maladie sorte.

4
וְאִי לָא — לַיְּתֵי תְּלָתָא קְפִיזֵי תַּמְרֵי פָּרְסְיָיתָא, וּתְלָתָא קְפִיזֵי דְקִירָא דְּנִישְׁתְּרוּפֵי, וּתְלָתָא קְפִיזֵי אַהֲלָא תּוֹלְעָנָא, וְלִישְׁלוֹקִינְהוּ בְּשִׁיכְרָא, וְלִישְׁתֵּי. וְאִי לָא — לַיְתֵי עִילָא בַּר חֲמָרָא, וְלִיגַלַּח מְצִיעֲתָא דְּרֵישָׁא, וְלִישְׁבֹּוק לֵיהּ דְּמָא מֵאַפּוּתֵיהּ, וְלוֹתְבֵיהּ אַרֵישֵׁיהּ, וְלִיזְדְּהַר מֵעֵינֵיהּ דְּלָא לִיסַּמֵּי לְהוּ. וְאִי לָא — לַיְתֵי רֵישָׁא דְּבַרְחָא דְּמַנַּח בְּכִיבְשָׁא, וְלִישְׁלוֹק בְּשִׁיכְרָא, וְלִישְׁתֵּי. וְאִי לָא — לַיְתֵי דָּבָר אַחֵר חֻוטְרָנָא, וְלִיקְרְעֵיהּ, וְלוֹתְבֵיהּ אַלִּיבֵּיהּ. וְאִי לָא — לַיְתֵי כַּרָּתֵי מִכַּבְתְּוָתָא דְּמֵישָׁרֵי.

Sinon, qu'on apporte trois kefizei de dattes perses, trois kefizei de cire qui déborde (kira de-nichtroufei) et trois kefizei d'aloès rouge, qu'on les fasse bouillir dans de la bière et qu'il le boive. Sinon, qu'on apporte un ânon, qu'il se rase le milieu de la tête, qu'on laisse couler le sang du front (de l'ânon) et qu'on le pose sur sa tête ; qu'il prenne garde à ses yeux pour ne pas les aveugler.

Sinon, qu'on apporte une tête de bélier conservée en saumure, qu'on la fasse bouillir dans de la bière et qu'il la boive. Sinon, qu'on apporte un "davar aher" (porc) tacheté, qu'on le fende et qu'on le pose sur son cœur.

Sinon, qu'on apporte des poireaux du milieu de la planche.

📜 Rachi (13)
קִירָא דְּנִישְׁתְּרוּפֵי שַׁעֲוָה הַצָּפָה וְנוֹטֶפֶת מִכַּוֶּורֶת שֶׁנִּתְמַלְּאָה וְעוֹדֶפֶת:
Kira de-nichtroufei : cire qui flotte et dégoutte d'une ruche remplie qui déborde.
אֻהְלָא אַלֵּוָיִין:
Ahala : aloès.
תּוֹלְעָנָא אָדֹום:
Toulana : rouge.
עִילָא בַּר חַמְרָא עַייִר בֶּן אֲתוֹנוֹת:
Ila bar hamra : un ânon, petit d'ânesse.
וְלִיגַלַּח הַחוֹלֶה:
Et qu'il se rase : le malade.
מְצִיעֲתָא דְּרֵישֵׁיהּ אֶמְצָעִית רֹאשׁוֹ:
Metsiata de-reicheh : le milieu de sa tête.
וְלִישְׁבֹּוק לֵיהּ דְּמָא מֵאַפּוּתֵיהּ יַקִּיז לָעַייִר מִמִּצְחוֹ:
Qu'on laisse couler le sang de son front : qu'on saigne l'ânon à son front.
וְלוֹתְבֵיהּ אַרֵישֵׁיהּ יִשָּׁפֵךְ הַדָּם עַל הַתִּגְלַחַת:
Et qu'on le pose sur sa tête : qu'on verse le sang sur la partie rasée.
וְלִזְדְּהַר מֵעֵינֶיהָ שֶׁלֹּא יִכָּנֵס מִדָּם זֶה בְּעֵינָיו:
Qu'il prenne garde à ses yeux : que ce sang n'entre pas dans ses yeux.
רֵישָׁא דְּבַרָחָא שֶׁל אַיִל:
Richa de-birha : (la tête) d'un bélier.
דְּמַנַּח בְּכִבְשָׁא כָּבוּשׁ בְּחֹומֶץ אוֹ בְּצִיר:
Qui est posé en marinade : mariné dans du vinaigre ou de la saumure.
דָּבָר אַחֵר חֻוטְרַנָא חֲזִיר טָלוּא בַּחֲבַרְבּוּרוֹת מְנֻומָּר:
Davar aher houtrana : un porc tacheté, bariolé de marques.
מִכַּבְתוּתָא דְּמִישְׁרֵי מֵאֶמְצַע הָעֲרוּגָה שֶׁהֵם חֲרִיפִים:
Du milieu de la planche : du milieu du carré de culture, car ils sont forts.
💡 Explication

Suite des remèdes contre la jaunisse. Le Talmud évite de nommer le porc : il dit davar aher, "une autre chose" ; Rachi précise "houtrana" : tacheté. Les poireaux du milieu de la planche sont, selon Rachi, les plus forts ; l'anecdote qui suit illustre ce dernier remède.

5
הַהוּא טַיָּיעָא דְּחַשׁ בֵּיהּ, אֲמַר לֵיהּ לְגִינָּאֵי: שְׁקֹול גְּלִימַאי וְהַב לִי מֵישָׁרָא דְכַרָּתֵי. יְהַב לֵיהּ וַאֲכָלָהּ. אֲמַר לֵיהּ: אוֹשְׁלַן גְּלִימָיךְ וְאֶיגְנֵי בֵּיהּ קַלִּי. אִיכָּרָךְ גְּנָא בֵּיהּ. כַּד אִיחַמַּם וְקָם, נְפַל פֻּורְתָּא פֻּורְתָּא מִינֵּיהּ.

Un certain Arabe (tayaa) en souffrait. Il dit au jardinier : Prends mon manteau et donne-moi une planche de poireaux.

Il la lui donna et il la mangea. Il lui dit : Prête-moi ton manteau, que je dorme un peu dedans.

Il s'enveloppa et dormit dedans. Quand il se réchauffa et se leva, (le manteau) tomba de lui morceau par morceau.

📜 Rachi (5)
אוֹשְׁלַן גְּלִימָיךְ הַשְׁאִילֵנִי הַטַּלִּית:
Prête-moi ton manteau : prête-moi le manteau (talit).
וְאֶיגְנֵי בָּהּ וְאִישַׁן בָּהּ:
Et que je dorme dedans : et que je dorme dedans.
קָלִי מְעַט:
Kali : un peu.
אִיכְּרִיךְ גְּנָא נִכְרַךְ בָּהּ וְיָשֵׁן בָּהּ:
Ikhrikh gana : il s'enveloppa dedans et y dormit.
נָפַל פֻּורְתָּא פֻּורְתָּא קָדְחָה הַטַּלִּית מֵחֹום שְׂרֵיפַת הַחֹולִי שֶׁיָּצָא עִם הַזֵּיעָה וְנָפְלָה חֲתִיכוֹת דַּקּוֹת:
Tomba morceau par morceau : le manteau brûla sous la chaleur de la fièvre de la maladie, sortie avec la sueur, et tomba en petits morceaux.
💡 Explication

L'anecdote confirme l'efficacité des poireaux : ils font sortir la maladie par la sueur. Selon Rachi, la chaleur dégagée est si forte que le manteau emprunté se désagrège. Ainsi le jardinier perd aussi son manteau.

6
לְיַרְקוֹנָא תְּרֵין בְּשִׁיכְרָא, וּמִיעְקָר. וּמִי שָׁרִי? וְהָתַנְיָא, מִנַּיִין לַסֵּירוּס בָּאָדָם שֶׁהוּא אָסוּר — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּבְאַרְצְכֶם לֹא תַּעֲשׂוּ״ — בָּכֶם לֹא תַּעֲשׂוּ, דִּבְרֵי רַבִּי חֲנִינָא. הָנֵי מִילֵּי — הֵיכָא דְּקָא מִיכַּוֵּין, הָכָא — מֵעַצְמוֹ הוּא. דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הָרוֹצֶה שֶׁיְּסָרֵס תַּרְנְגוֹל — יִטֹּול כַּרְבָּלְתּוֹ, וּמִסְתָּרֵס מֵאֵלָיו. וְהָאָמַר רַב אַשִּׁי: רָמוּת רוּחָא הוּא דִּנְקִיטָא לֵיהּ. אֶלָּא בְּסָרִיס.

"Pour la jaunisse : deux dans de la bière, et il devient stérile." Est-ce donc permis ? N'a-t-on pas enseigné (dans une baraita) : d'où sait-on que la castration (sirous) chez l'homme est interdite ?

Le verset dit : "Et dans votre pays vous ne ferez pas" (Vayikra 22, 24) : en vous-mêmes, vous ne ferez pas ; parole de Rabbi Hanina. Cela s'applique lorsqu'il en a l'intention ; ici, cela se produit de soi-même.

Comme l'a dit Rabbi Yo'hanan : celui qui veut castrer un coq, qu'il lui ôte sa crête, et il se castre de lui-même. Mais Rav Ashi n'a-t-il pas dit : c'est l'orgueil qui s'empare de lui ?

Il s'agit donc d'un saris (homme déjà castré).

📜 Rachi (5)
וּמִי שָׁרִי לִשְׁתּוֹת כּוֹס עִיקָּרִין:
Est-ce donc permis : de boire le kos ikarin.
לֹא תַּעֲשׂוּ קְרִי בֵיהּ לָא תֵּיעָשׂוּ:
Vous ne ferez pas : lis-le "lo teassou", vous ne serez pas faits.
וּמִסְתָּרֵס מֵאֵלָיו ואע"ג דְּסֵירוּס אָסוּר בְּיָדַיִם:
Et il se castre de lui-même : bien que la castration soit interdite de ses mains.
וְהָא אָמַר רַב אָשֵׁי דְּהַהוּא לָאו סֵירוּס הוּא אֶלָּא רָמוּת רוּחָא נְקִיטָא לֵיהּ לַתַּרְנְגוֹל וּמִשֶּׁנִּיטַּל הוֹדוֹ הוּא מִתְאַבֵּל וְאֵינוֹ מְשַׁמֵּשׁ אֲבָל בְּסֵירוּס אֲפִילּוּ מִמֵּילָא אָסוּר:
Mais Rav Ashi n'a-t-il pas dit : que cela ne constitue pas une castration ; un orgueil s'empare du coq, et lorsque sa majesté lui est retirée il est en deuil et ne s'accouple plus. Mais pour une castration, même de soi-même, c'est interdit.
אֶלָּא בְּסָרִיס הַךְ דְּשָׁרֵי לְמִישְׁתֵּי כּוֹס שֶׁל עִיקָּרִין בְּמִי שֶׁהוּא סָרִיס כְּבָר עָסְקִינַן:
Il s'agit donc d'un saris : ce cas où il est permis de boire la coupe de racines, nous parlons de celui qui est déjà castré.
🗂️ Tossefot (2)
וְהָתַנְיָא מִנַּיִין לְסֵירוּס שֶׁהוּא אָסוּר וְא"ת אֲפִילּוּ לֹא אָסוּר סֵירוּס תִּיקְשֵׁי לֵיהּ דְּלִיתְּסַר מִשּׁוּם פְּרִיָּה וּרְבִיָּה וכ"ת מִשּׁוּם דְּהָוֵי מָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי בְּיֵשׁ לוֹ בָּנִים הָא מַשְׁמַע בְּסוֹף הַבָּא עַל יְבִמְתּוֹ (יְבָמוֹת דַּף סה:) גַּבֵּי דִּבְיַתְהוּ דר' חַיָּיא דְּאִי הֲוָה מִיפַּקְּדָה אַפְּרִיָּה וּרְבִיָּה לָא הֲוָה שָׁתְיָא סַמָּא דַּעֲקַרְתָּא אע"ג דְּהָוֵי לָהּ שְׁתֵּי נְקֵבוֹת וּשְׁנֵי זְכָרִים מִשּׁוּם בְּבֹקֶר זֶרַע [אֶת] זַרְעֶךָ וְלָעֶרֶב אַל תַּנַּח יָדֶךָ (קֹהֶלֶת יא) וּבְאִשָּׁה לֹא שַׁיָּיךְ סֵירוּס אוֹקֵי בַּמַּסְּקָנָא לְרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה דִּמְחַייֵּב בִּפְרִיָּה וּרְבִיָּה בַּעֲקָרָה וּזְקֵנָה וְלָא מוּקֵי בְּיֵשׁ לָהּ בָּנִים וְיֵשׁ לוֹמַר דְּמִסֵּירוּס נִיחָא לֵיהּ לְמִפְרַךְ מִשּׁוּם דְּאִיכָּא לָמֶ"ד בְּפֶרֶק הַבָּא עַל יְבִמְתּוֹ (יְבָמוֹת דַּף סא:) כֵּיוָן דְּקַיְימָא פְּרִיָּה וּרְבִיָּה תּוּ לָא צָרִיךְ:
Or n'a-t-on pas enseigné : d'où sait-on que la castration est interdite. Et si tu demandes : même si la castration n'était pas interdite, il aurait dû objecter que ce soit interdit à cause de peria u-revia (croître et multiplier) ; et si tu dis que c'est parce qu'il aurait pu répondre qu'il s'agit de quelqu'un qui a des enfants, il ressort pourtant de la fin du chapitre Ha-ba al yevimto (Yevamot 65b), à propos de la femme de Rabbi Hiya, que si elle avait été soumise à peria u-revia elle n'aurait pas bu la potion stérilisante, bien qu'elle eût deux filles et deux fils, en raison de "le matin sème ta semence et le soir ne laisse pas reposer ta main" (Kohelet 11) ; et chez la femme la castration n'est pas en cause. La conclusion l'y établit selon Rabbi Yo'hanan ben Beroka, qui oblige à peria u-revia même avec une femme stérile ou âgée, et on ne l'établit pas dans le cas où elle a des enfants. On peut répondre : il lui convient mieux d'objecter à partir de la castration, parce qu'il y a une opinion au chapitre Ha-ba al yevimto (Yevamot 61b) selon laquelle, une fois accomplie peria u-revia, on n'en a plus besoin.
תַּלְמוּד לוֹמַר וּבְאַרְצְכֶם לֹא תַעֲשׂוּ מִכֶּם קָא דְּרֵישׁ וְהָא דְּאָמַר בַּחֲגִיגָה (דַּף יד:) שָׁאֲלוּ אֶת בֶּן זוֹמָא מַהוּ לְסָרוֹסֵי כַּלְבָּא אָמַר לְהוּ בְּאַרְצְכֶם לֹא תַעֲשׂוּ כֹּל שֶׁבְּאַרְצְכֶם לֹא תַעֲשׂוּ הָתָם נָפְקָא לָן מֵאֶרֶץ כְּדִמְפָרֵשׁ בִּשְׁאִלְתּוֹת דְּרַב אַחַאי דְּהָא חוֹבַת הַגּוּף הוּא מַה לִי בָּאָרֶץ מַה לִי בְּחוּ"ל אֶלָּא הַאי בָּאָרֶץ לְכָל אֲשֶׁר בָּאָרֶץ אֲתָא וְהָכָא מִכֶּם דְּרֵישׁ כִּדְפֵי' וּמַה שֶׁמְּפָרֵשׁ בִּשְׁאִלְתּוֹת דְּהָא דְּאָסַר לִשְׁתּוֹת סַמָּא דַּעֲקַרְתָּא הַיְינוּ כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין אָסוּר ואע"ג דקי"ל כר"ש דְּשָׁרֵי הַייְנוּ דַּוְקָא בְּשַׁבָּת מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת אֲבָל בְּכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ סְבִירָא לָן כְּרַבִּי יְהוּדָה וְאֵין נִרְאֶה לר"י דִּבְכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ קי"ל כר"ש דְּשָׁרֵי כִּדְמַשְׁמַע לְעֵיל בְּפֶ' הַמּוֹצִיא (שַׁבָּת פא:) דְּאָמְרִי' דְּרַבִּי יוֹחָנָן סָבַר כִּסְתַם מִשְׁנָה דְּנָזִיר חוֹפֵף וּמְפַסְפֵס וְכוּ' וְהַיְינוּ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּשָׁרֵי דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין וְכֵן מַשְׁמַע בְּפֶרֶק כָּל פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין (בְּכוֹרוֹת דַּף לד.) דִּשְׁמוּאֵל סָבַר כְּר"ש בְּכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ דְּדָבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין שָׁרִי גַּבֵּי הַמַּקִּיז דָּם בִּבְכוֹר דְּפָסַק שְׁמוּאֵל הָתָם כר"ש דְּשָׁרֵי לְהַקִּיז וּפָרִיךְ עַד הַשְׁתָּא לָא אַשְׁמוֹעִינַן שְׁמוּאֵל דְּדָבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין מֻותָּר דְּאָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי כּוּ' וְאִי יֵשׁ חִילּוּק בֵּין שַׁבָּת לִדְעָלְמָא אִיצְטְרִיךְ הָתָם שַׁפִּיר לִפְסֹוק כר"ש אע"ג דִּכְבָר אַשְׁמְעִינַן דִּבְשַׁבָּת הֲלָכָה כְּר"ש וְהָכָא אָתְיָא אֲפִילּוּ לְר' שִׁמְעוֹן דִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ הוּא דְּוַדַּאי יִסְתָּרֵס בִּשְׁתִיֵּי' כּוֹס עִיקָּרִין:
Le verset dit : "Et dans votre pays vous ne ferez pas" : il l'expose à partir de "en vous". Et ce qui est dit en Haguiga (14b) : on demanda à Ben Zoma : peut-on castrer un chien ? Il leur dit : "Et dans votre pays vous ne ferez pas", tout ce qui est dans votre pays, vous ne le ferez pas. La-bas, nous le tirons de "pays", comme l'explique les Cheiltot de Rav Aha : puisque c'est une obligation personnelle, qu'importe en Terre d'Israël ou hors d'elle ; ce "dans le pays" vient donc inclure tout ce qui est dans le pays ; ici il l'expose à partir de "en vous", comme je l'ai expliqué. Quant à ce qu'expliquent les Cheiltot, que l'interdit de boire une potion stérilisante suit Rabbi Yehouda, qui dit qu'un acte non intentionnel (davar she-eino mitkaven) est interdit, et que bien que nous tranchions comme Rabbi Chimon qui le permet, c'est seulement à Chabbat, parce qu'il faut une melekhet mahchevet (travail réfléchi), alors que pour toute la Torah nous tranchons comme Rabbi Yehouda : cela ne semble pas juste au Ri. Pour toute la Torah, nous tranchons comme Rabbi Chimon qui le permet, comme il ressort plus haut au chapitre Ha-motsi (Chabbat 81b), où l'on dit que Rabbi Yo'hanan suit la Michna anonyme du nazir qui "frotte et démêle", etc., ce qui est l'avis de Rabbi Chimon qui permet l'acte non intentionnel. De même il ressort du chapitre Kol pessoulei ha-moukdachin (Bekhorot 34a) que Chmouel suit Rabbi Chimon dans toute la Torah, à savoir que l'acte non intentionnel est permis : à propos de celui qui saigne un premier-né, Chmouel y tranche comme Rabbi Chimon qu'il est permis de saigner, et l'on objecte : jusqu'à présent Chmouel ne nous a-t-il pas enseigné que l'acte non intentionnel est permis, puisque Rav Hiya bar Achi a dit, etc. Or s'il y avait une différence entre Chabbat et le reste, il aurait bien été nécessaire de trancher la-bas comme Rabbi Chimon, bien qu'on nous ait déjà enseigné qu'à Chabbat la halakha suit Rabbi Chimon. Et ici, cela vaut même selon Rabbi Chimon, car c'est un pessik reicha : il sera certainement castré en buvant la coupe de racines.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא מִנַּיִן לַסֵּירוּס בָּאָדָם שֶׁהוּא אָסוּר שֶׁנֶּאֱמַר וּבְאַרְצְכֶם. לֹא תַעֲשׂוּ בָּכֶם לֹא תַעֲשׂוּ. וַאֲפִילּוּ מְסָרָם אַחַר מְסָרֵס חַיָּיב דְּאָמַר ר' חַייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הַכֹּל מוֹדִים בִּמְחַמֵּץ אַחַר מְחַמֵּץ שֶׁהוּא חַיָּיב שֶׁנֶּאֱמַר לֹא תֵאָפֶה חָמֵץ וְלֹא תֵעָשֶׂה חָמֵץ. בִּמְסָרֵס אַחֵר מְסָרֵס שֶׁהוּא חַייָּב שֶׁנֶּאֱמַר וּבְאַרְצְכֶם לֹא תַּעֲשׂוּ וּמָעוּךְ וְכָתוּת וְנִתְוַת וְכָרוּת אִם עַל כָּרוּת חַיָּיב עַל נָתוּק לֹא כָּל שֶׁכֵּן אֶלָּא לְהָבִיא נוֹתֵק אַחַר כּוֹרֵת שֶׁהוּא חַייָּב. בִּשְׁאִלְתּוֹת דְּרַב אַחַאי כָּתוּב אָסוּר לִשְׁתּוֹת סַמָּא דִּמְעַלֵּי לְגוּפָא וּמִיעְקָר מִשּׁוּם דִּכְתִיב וּבְאַרְצְכֶם לֹא תַּעֲשׂוּ קְרִי בֵיהּ לָא תֵּיעָשׂוּ. וְדַוְקָא לְרַבִּי יְהוּדָה הוּא דְּאָסוּר דְּאִית לֵיהּ דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין אָסוּר. אֲבָל לְרַבִּי שִׁמְעוֹן מֻותָּר כֵּיוָן שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין לְסֵירוּס אֶלָּא לִרְפוּאָה. וְהָא דקי"ל כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין מֻותָּר הָנֵי מִילֵּי בְּמִילֵּי דְּשַׁבָּת אֲבָל בְּכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ קי"ל כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּדָבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין אָסוּר. וְאֵין דְּבָרָיו נִרְאִין בָּזֶה דִּבְכָל הַתּוֹרָה קי"ל כְּר' שִׁמְעוֹן כִּדְמַשְׁמַע לְעֵיל פֶּרֶק הַמּוֹצִיא (שַׁבָּת דַּף פא:) גַּבֵּי נָזִיר חוֹפֵף וּמְפַסְפֵס דְּמִינָהּ פָּסֵיק רַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּר' שִׁמְעוֹן כִּסְתָם מִשְׁנָה וְכֵן בְּפֶ' כָּל פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין בְּכוֹרוֹת דַּף לד. עֲלָהּ דְּאֵין מַקִּיזִין דָּם לִבְכוֹר דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן וּפָרִיךְ אַהֵיָיא אִילֵּימָא רַבִּי שִׁמְעוֹן דְּמַתְנִי' עַד הַשְׁתָּא לָא אַשְׁמְעִינַן שְׁמוּאֵל דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן וְהָאָמַר רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי כּוּ' וּמַאי פָּרֵיךְ אע"ג דְּאַשְׁמְעִינַן שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּשַׁבָּת אַכַּתִּי אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמְעִינַן בְּעָלְמָא. אֶלָּא וַדַּאי אֵין חִילּוּק בֵּין שַׁבָּת לִשְׁאָר אִיסּוּרִין. וְהֵיכָא דְּשָׁתֵי סַמָּא לִרְפוּאָה וּמִיעְקָר אָסוּר אֲפִילּוּ לְר' שִׁמְעוֹן דְּמוֹדֶה ר"ש בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ וְלָא יְמוּת. וְלָא שָׁייְכִי כָּאן דִּבְרֵי בַּעַל הֶעָרוּךְ דְּאָמַר לֹא אָסַר רַבִּי שִׁמְעוֹן פְּסִיק רֵישֵׁיהּ אֶלָּא הֵיכָא דְּנִיחָא לֵיהּ. דְּהַייְנוּ דַּוְקָא לְעִנְיַן שַׁבָּת דְּבָעֵינַן מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת אֲבָל בִּשְׁאָר אִיסּוּרִים לָא בָּעֵינַן דְּנִיחָא לֵיהּ מִדְּפָרִיךְ הַשַּׁ"ס בְּפֶרֶק כָּל הַתָּדִיר זְבָחִים דַּף צֵא: גַּבֵּי הַמִּתְנַדֵּב יַיִן מְזַלְּפוֹ עַל גַּבֵּי הָאִישִּׁים וְהָא קָמְכְּבָה אע"ג דְּלָא נִיחָא לֵיהּ כִּבּוּי. וְעוֹד מַסִּיק בִּשְׁאִלְתּוֹת מַהוּ לְסֵרוּסֵי כַּלְבָּא וְכָל דָּבָר טָמֵא מִי אָמְרִינַן בִּבְהֵמָה טְהוֹרָה דַּוְקָא אַיְירֵי קְרָא דַּחֲזֵי לְקָרְבָּן אוֹ דִּלְמָא לְעִנְיַן עֲשִׂיַּית סֵירוּס לָא שְׁנָא. ת"ש שָׁאֲלוּ אֶת בֶּן זוֹמָא מַהוּ לְסָרוֹסֵי כַּלְבָּא אָמַר לְהוּ כְּתִיב וּבְאַרְצְכֶם לֹא תַּעֲשׂוּ מִכְּדֵי חוֹבַת הַגּוּף הִיא מַה לִי בָּאָרֶץ מַה לִי בְּחוּצָה לָאָרֶץ אֶלָּא הַאי בָּאָרֶץ לְכָל אֲשֶׁר בָּאָרֶץ:
Il est enseigné : d'où sait-on que la castration chez l'homme est interdite ? Car il est dit "Et dans votre pays vous ne ferez pas" : en vous, vous ne ferez pas. Et même celui qui castre après un autre castrateur est passible, car Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : tous reconnaissent que celui qui fait lever (une pâte) après un autre est passible, car il est dit "elle ne sera pas cuite levée" et "vous ne ferez pas de hamets" ; et que celui qui castre après un autre castrateur est passible, car il est dit "et dans votre pays vous ne ferez pas", et "méoukh, katout, natouk, karout" (froissé, écrasé, arraché, coupé) : si l'on est passible pour "coupé", à plus forte raison pour "arraché" ; (le verset vient) donc inclure celui qui arrache après celui qui a coupé, qu'il est passible. Dans les Cheiltot de Rav Aha, il est écrit : il est interdit de boire une potion bonne pour le corps qui rend stérile, car il est écrit "et dans votre pays vous ne ferez pas", lis-le "lo téassou", vous ne serez pas faits. Et c'est seulement selon Rabbi Yehouda que c'est interdit, car il tient qu'un acte non intentionnel (davar she-eino mitkaven) est interdit ; mais selon Rabbi Chimon c'est permis, puisqu'il n'a pas l'intention de castrer mais de guérir. Et la règle que nous suivons, comme Rabbi Chimon qui dit que l'acte non intentionnel est permis, vaut pour les lois de Chabbat ; mais pour toute la Torah nous suivons Rabbi Yehouda, que l'acte non intentionnel est interdit. Ses paroles ne semblent pas justes sur ce point : dans toute la Torah nous suivons Rabbi Chimon, comme il ressort plus haut au chapitre Ha-motsi (Chabbat 81b) à propos du nazir qui frotte et démêle, d'où Rabbi Yo'hanan tranche la halakha comme Rabbi Chimon, selon la Michna anonyme ; et de même au chapitre Kol pessoulei ha-moukdachin (Bekhorot 34a), sur "on ne saigne pas un premier-né", où Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : la halakha suit Rabbi Chimon ; et l'on objecte : sur quoi ? Si c'est le Rabbi Chimon de notre Michna, Chmouel ne nous a-t-il pas déjà enseigné que la halakha suit Rabbi Chimon, puisque Rav Hiya bar Achi a dit, etc. Or quelle est l'objection ? Même si Chmouel nous a enseigné que la halakha suit Rabbi Chimon à Chabbat, il faudrait encore nous l'enseigner pour le reste. Il n'y a donc certainement pas de différence entre Chabbat et les autres interdits. Et lorsqu'on boit une potion pour guérir et que l'on devient stérile, c'est interdit même selon Rabbi Chimon, car Rabbi Chimon reconnaît le cas de pessik reicha ve-lo yamout ("lui couper la tête sans qu'il meure ?"). Et les paroles de l'auteur du Aroukh, qui dit que Rabbi Chimon n'interdit le pessik reicha que là où cela lui convient, ne s'appliquent pas ici : cela ne vaut que pour Chabbat, où il faut une melekhet mahchevet (travail réfléchi), mais pour les autres interdits il n'est pas requis que cela lui convienne, comme le montre l'objection du Talmud au chapitre Kol ha-tadir (Zevahim 91b) à propos de celui qui offre du vin en don volontaire : il le répand sur les feux (de l'autel), et pourtant il éteint ! bien que l'extinction ne lui convienne pas. Et les Cheiltot concluent encore : peut-on castrer un chien et tout (animal) impur ? Dira-t-on que le verset ne parle que de l'animal pur, apte au sacrifice, ou bien, quant à l'acte de castrer, il n'y a pas de différence ? Viens et entends : on demanda à Ben Zoma : peut-on castrer un chien ? Il leur dit : il est écrit "et dans votre pays vous ne ferez pas" ; puisque c'est une obligation personnelle, qu'importe en Terre d'Israël ou hors d'elle ; ce "dans le pays" vient donc inclure tout ce qui est dans le pays.
💡 Explication

La Guemara revient au kos ikarin du segment 2 : puisqu'il rend stérile, comment peut-il être permis ? Rabbi Hanina tire l'interdit de sirous (castration) chez l'homme du verset sur les animaux mutilés (Vayikra 22, 24), lu "en vous-mêmes vous ne ferez pas" ; Rachi lit "lo teassou", vous ne serez pas faits (castrés).

Première réponse : l'interdit porte sur l'acte visé ; ici la stérilité vient d'elle-même (mi-atsmo). Preuve : le coq dont on ôte la crête. Rav Ashi réfute : le coq perd son orgueil et cesse de s'accoupler, sans être castré ; la castration, même indirecte, reste interdite. Conclusion : le remède est enseigné pour un saris, homme déjà castré.

Tossefot et le Roch discutent la position des Cheiltot, qui lie l'interdit à Rabbi Yehouda (davar she-eino mitkaven assour). Pour le Ri et le Roch, la halakha suit Rabbi Chimon dans toute la Torah ; mais ici la stérilité est certaine (pessik reicha), et même Rabbi Chimon interdit.

🖼️ Schéma
Le kos ikarin est-il permis ? (seg. 5-6) Donnée : remède de la jaunisse qui rend stérile (kos ikarin) Question : sirous interdit chez l'homme "Ve-be-artsekhem lo taassou" (Rabbi Hanina) Réponse 1 : interdit si on le vise ; ici la stérilité vient d'elle-même Appui : Rabbi Yo'hanan, le coq on ôte sa crête, il se castre de lui-même Réfutation : Rav Ashi le coq perd son orgueil, il n'est pas castré Conclusion : le remède vise un saris (homme déjà castré) seg. 6 : nouvelle objection (111a)
Déroulement de la discussion sur le kos ikarin et l'interdit de sirous.
7
וְהָאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן:

Mais Rabbi Hiya bar Abba n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan :

💡 Explication

Nouvelle objection, dont la suite est au daf 111a. D'après le Roch (segment 5), cette citation porte sur celui qui castre après un autre (mesarès ahar mesarès) : il est passible. Un saris ne serait donc pas exclu de l'interdit.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).