Sougya : L'amud achève le récit du bar Kacha de Poumbedita, mordu par un serpent : aucun remède ne put être obtenu, et Abaye y voit la punition de celui qui a franchi la 'clôture' des Sages. Suivent des conseils pratiques contre le serpent.
La Guemara revient ensuite à la michna : à Chabbat, un malade peut manger et boire tout ce que les gens en bonne santé consomment (rate, vesces, eau de câpres), mais pas ce qui ne se prend que comme remède : l'urine, les mei deqalim (ou zitom égyptien, selon Rav Yosef et Rav Papa) et la kos ikarin, dont Rabbi Yo'hanan donne la recette.
Un bar Kacha (fonctionnaire) de Poumbedita fut mordu par un serpent. Il y avait treize ânesses blanches à Poumbedita ; on les déchira toutes, et on les trouva treifot.
Il en restait une de l'autre côté de Poumbedita ; le temps d'aller la chercher, un lion la dévora. Abaye leur dit : peut-être est-ce un serpent des Rabbanan qui l'a mordu, qui n'a pas de guérison, comme il est écrit : 'Celui qui franchit une clôture, un serpent le mordra' (Kohelet 10,8).
Ils lui dirent : oui, Rabbi. Car lorsque Rav mourut, Rav Yitshak bar Bisna décréta que personne n'apporte myrte et branches de palmier à la salle de noces [au son du tambour] ; et lui alla et apporta myrte et branches de palmier à la salle de noces au son du tambour.
Un serpent le mordit et il mourut.
Le remède cité à l'amud précédent contre la morsure de serpent consiste à fendre une ânesse blanche et à y placer le blessé. Ici, toutes les ânesses se révèlent treifot, donc inutilisables, et la dernière est dévorée : le remède existe mais échappe au malade.
Abaye en déduit qu'il s'agit d'un serpent des Rabbanan : la punition de celui qui transgresse un décret des Sages, appelé gader (clôture) d'après le verset de Kohelet. Le décret en cause était une restriction de la joie des noces pendant l'année du deuil de Rav.
Celui qu'un serpent a enlacé : qu'il descende dans l'eau, qu'il renverse un panier au-dessus de sa tête (du serpent) et qu'il l'écarte de lui ; et quand il (le serpent) est monté dessus, qu'il le jette à l'eau, puis qu'il remonte et s'en aille. Celui contre qui un serpent s'acharne : si un compagnon est avec lui, qu'il se fasse porter par lui quatre coudées ; sinon, qu'il saute par-dessus un fossé ; sinon, qu'il traverse une rivière.
Et la nuit, qu'il pose son lit sur quatre tonneaux et qu'il dorme à la belle étoile ; qu'il amène quatre chats et les attache aux quatre pieds de son lit ; qu'il apporte des brindilles et les jette là, car lorsque (les chats) entendent son bruit, ils le mangent. Celui que (le serpent) poursuit en courant : qu'il coure dans le sable.
Selon Rachi, le serpent qui s'acharne sur quelqu'un le suit à l'odeur de ses pas. Les conseils visent donc à interrompre la piste : se faire porter, sauter un fossé, traverser l'eau. Pour la nuit, on empêche l'accès au lit et on utilise le bruit des brindilles pour alerter les chats.
Une femme qu'un serpent a vue, et qui ne sait pas s'il a posé son attention sur elle ou non : qu'elle ôte ses vêtements et les jette devant lui ; s'il s'enroule dedans, il a posé son attention sur elle ; sinon, il n'a pas posé son attention sur elle.
La Guemara rapporte une croyance de son époque : un serpent pourrait être attiré par une femme. Le test proposé permet de savoir si le danger est réel.
Quel est son remède ? Qu'elle ait des relations (avec son mari) devant lui.
Certains disent : à plus forte raison son désir se renforcera ! Plutôt, qu'elle prenne de ses cheveux et de ses ongles, les lui jette et dise : 'je suis dichtana (indisposée)'.
Une femme dans laquelle un serpent est entré : qu'on lui écarte les jambes et qu'on la place sur deux tonneaux ; qu'on apporte de la viande grasse et qu'on la jette sur des braises ; qu'on apporte un bassin de cresson et du vin parfumé, qu'on les pose là et qu'on les mélange ensemble ; qu'elle tienne des pinces à la main, car lorsqu'il sent l'odeur, il sort et vient ; qu'on le prenne et qu'on le brûle au feu, car sinon il revient sur elle.
Deux avis sur le premier remède. Le premier pense que la femme se rendra repoussante aux yeux du serpent ; les ika de-amrei (certains disent) objectent que cela renforcerait son désir, et proposent à la place un lahach (incantation) accompagné des cheveux et des ongles.
Tossefot déduit de ce passage que le serpent est attiré par le cresson (chahalayim), et en discute la conséquence pour l'interdit de guilouy (boisson ou aliment laissé à découvert).
'Tous les aliments etc.' 'Tous les aliments' : pour inclure quoi ? Pour inclure la rate pour les dents et les vesces pour les intestins. 'Toutes les boissons' : pour inclure quoi ?
Pour inclure l'eau de câpres dans du vinaigre. Ravina dit à Rava : est-il permis de boire de l'urine à Chabbat ?
Il lui répondit : nous l'avons appris : 'il boit toutes les boissons' ; or l'urine, les gens n'en boivent pas.
La michna (109b) permet au malade de manger et boire à Chabbat tout ce que consomment les gens en bonne santé, même dans une intention de refoua (guérison). Le mot 'tous' inclut des aliments nuisibles par ailleurs : la rate est mauvaise pour les intestins, les vesces (karchinin) pour les dents (Rachi). On aurait pu penser qu'on ne les mange que pour se soigner, ce qui rendrait le remède visible ; la michna les permet.
L'urine est exclue : personne n'en boit comme boisson, elle n'est donc qu'un remède, soumis au décret des Sages sur les remèdes à Chabbat.
'Sauf l'eau de palmiers (mei deqalim).' On a enseigné : 'sauf l'eau qui pique (mei deqarim)'. Celui qui enseigne 'mei deqarim' : parce qu'elle pique la vésicule biliaire ; et celui qui dit 'mei deqalim' : parce qu'elle sort d'entre deux palmiers.
Qu'est-ce que l'eau de palmiers ? Rabba bar Berouna dit : il y a deux palmiers en Occident (en terre d'Israël), et une source d'eau sort entre eux.
Le premier verre relâche, le suivant purge, et le suivant sort comme il est entré. Oulla dit : moi, j'ai bu de la bière babylonienne, et elle est plus efficace qu'elles.
Et cela, à condition qu'on n'y soit pas habitué depuis quarante jours.
Deux lectures du nom de la boisson interdite : mei deqalim (d'après son lieu d'origine) et mei deqarim (d'après son effet). Il s'agit d'un purgatif, bu uniquement comme remède, donc interdit à Chabbat.
Oulla ajoute que la bière babylonienne a le même effet, à condition que le buveur n'en ait pas pris depuis quarante jours.
Rav Yosef dit : (c'est) le zitom égyptien : un tiers d'orge, un tiers de safran et un tiers de sel. Rav Papa dit : un tiers de blé, un tiers de safran, un tiers de sel et de cumin.
Et ton moyen mnémotechnique : sisanei. On le boit entre Pessa'h et Chavouot ; celui qui est constipé, cela le relâche, et celui qui a les intestins relâchés, cela le resserre.
Selon Rachi, Rav Yosef et Rav Papa identifient les mei deqarim de la michna au zitom égyptien, et divergent sur sa composition. Le siman sisanei, mot à deux samekh, rattache l'orge (se'orim) à Rav Yosef.
Tossefot rapporte que Rabbenou Tam effaçait ce passage, car le zitom égyptien est permis à Chabbat selon une michna plus loin (156a). Le Riva le maintient : Rav Yosef compare le zitom à la bière d'Oulla, sans expliquer la michna.
'Et la kos ikarin (coupe de stérilité).' Qu'est-ce que la kos ikarin ? Rabbi Yo'hanan dit : qu'on apporte le poids d'un zouz de gomme d'Alexandrie, le poids d'un zouz d'alun et le poids d'un zouz de safran des jardins, et qu'on les broie ensemble.
Pour une zava : trois dans du vin, et elle ne devient pas stérile. Pour la jaunisse : deux dans de la bière, et il devient stérile.
Pour une zava, trois dans du vin, et elle ne devient pas stérile. Et sinon, qu'on apporte trois
La michna interdit à Chabbat la kos ikarin, car on ne la boit que comme remède. Rabbi Yo'hanan en donne la recette et deux usages : pour la zava (femme atteinte d'un écoulement), les trois ingrédients dans du vin la guérissent sans la rendre stérile ; pour la jaunisse, deux ingrédients dans de la bière guérissent mais rendent stérile.
La Guemara répète le cas de la zava pour introduire une liste d'autres remèdes, qui se poursuit à l'amud suivant (Rachi).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).