Shabbat 113a — Le seau et la corde du tisserand ; les outils du métier à tisser ; plier les vêtements et honorer le Chabbat

Shabbat 113a

Sougya : Le daf clôt la sougya des nœuds : la halakha suit Rabbi Eliezer ben Yaakov, et la Michna permet d'attacher un seau avec une ceinture (pésikya) mais pas avec une corde, Rabbi Yehouda permettant. La Guemara établit qu'il s'agit d'une corde de tisserand (hevel de-gardi) et résout la contradiction avec une baraita sur la corde de seau rompue : les Rabbanan craignent la confusion corde/corde, pas nœud coulant/nœud ; pour Rabbi Yehouda, le nœud coulant est lui-même un nœud.

Suit la question des outils du tisserand (ensouples et montants) et du trou creusé en les retirant du sol. La Michna suivante traite du pliage des vêtements, de la préparation des lits et des graisses des sacrifices entre Chabbat et Yom Kippour (Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva) ; la Guemara pose quatre conditions au pliage, puis ouvre le commentaire du verset d'Isaie sur l'honneur du Chabbat (vêtements, démarche, affaires).

Le seau : Michna, baraita et résolution (seg. 1-5) Rabbanan Rabbi Yehouda Michna : corde de tisserand INTERDIT gezera : corde de tisserand à cause d'une corde ordinaire PERMIS pas de gezera (nœud non permanent) Baraita : corde de seau rompue nœud coulant PERMIS (aniva), nœud interdit nœud coulant INTERDIT seulement enrouler une ceinture (ponda / pésikya) Contradiction dans chaque camp (seg. 4) Résolution (seg. 5) corde / corde : on confond -> gezera nœud coulant / nœud : on ne confond pas Résolution (seg. 5) il n'y a pas de gezera : pour lui le nœud coulant EST un nœud (interdit en soi)
Michna et baraita sur le seau : la contradiction et sa résolution pour chaque camp.
Plier un vêtement le Chabbat : les quatre conditions (seg. 11-12) Une seule personne ? non -> deux personnes : interdit oui Vêtement neuf ? non -> vieux : interdit oui Vêtement blanc ? non -> teint : interdit oui Pas de rechange ? non -> à de quoi changer : interdit oui -> PERMIS de plier Rav Houna : sans rechange, laisser pendre ses habits
Les quatre restrictions de l'école de Rabbi Yannai sur le pliage des vêtements.
Graisses des sacrifices entre Chabbat et Yom Kippour (seg. 10) Cas Rabbi Yichmael Rabbi Akiva Graisses du Chabbat brûlées à Yom Kippour (dimanche) OUI NON Graisses de Yom Kippour brûlées le Chabbat (Yom Kippour vendredi) NON NON Plier / faire les lits de Yom Kippour pour le Chabbat PERMIS (non traité par Rabbi Akiva)
Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva : sacrifices et préparations entre Chabbat et Yom Kippour.
1
חֲדָא מִינַּייְהוּ בַּטּוֹלֵי מְבַטֵּיל, קָא מַשְׁמָע לַן. אָמַר רַב יוֹסֵף אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: הֲלָכָה, מִכְּלָל דִּפְלִיגִי. אֲמַר לֵיהּ: מַאי נָפְקָא לָךְ מִינַּהּ? אֲמַר לֵיהּ: גְּמָרָא גָּמוּר זְמוֹרְתָּא תְּהֵא?!

(On aurait pu penser que) l'un d'eux (des nœuds), on l'annule (en le laissant en place) : (la Michna) nous apprend (que non). Rav Yossef a dit au nom de Rav Yehouda, au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Eliezer ben Yaakov.

Abaye lui dit : "la halakha" ? On en déduit qu'ils sont en désaccord !

Il lui répondit : quelle différence cela fait-il pour toi ? Abaye lui dit : "Apprends la guemara, que ce soit une chanson" ?!

📜 Rachi (2)
חֲדָא מִינַּייְהוּ אֶחָד מִן הָרָאשִׁים [ולל"א] חַד מִינַּיְהוּ מְבַטֵּל לֵיהּ כְּשֶׁיּוֹצִיא הַבְּהֵמָה לֹא יַתִּיר אֶלָּא תַּחְתּוֹן וְיוֹצִיאֶנָּה בְּדֹוחַק:
L'un d'eux : l'une des extrémités. [Autre version :] l'un d'eux, il l'annule : quand il fait sortir la bête, il ne défait que le nœud du bas et la fait sortir avec difficulté.
מִכְּלָל דִּפְלִיגִי בִּתְמִיהַּ וְאַמַּאי אִיפְּלַגוּ הָא דָּמֵי לְהָנָךְ דִּלְעֵיל:
On en déduit qu'ils sont en désaccord : sur un ton d'étonnement ; pourquoi seraient-ils en désaccord ? Ce cas ressemble à ceux cités plus haut.
💡 Explication

Fin de la sougya de 112b-113a sur la corde tendue devant l'animal. Rabbi Eliezer ben Yaakov permet ce nœud, et la Guemara précise qu'on ne craint pas que l'un des deux nœuds reste en place de façon permanente.

Abaye s'étonne de la formule "la halakha est comme..." : elle suppose un désaccord (mahloket). À Rav Yossef qui juge la question sans conséquence pratique, il répond par un proverbe : on n'apprend pas la guemara comme on récite une chanson, sans en comprendre les raisons.

2
מַתְנִי׳ קוֹשְׁרִין דְּלִי בְּפָסִקְיָא, אֲבָל לֹא בְּחֶבֶל. רַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר. כְּלָל אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: כָּל קֶשֶׁר שֶׁאֵינוֹ שֶׁל קַיָּימָא — אֵין חַיָּיבִין עָלָיו.

MICHNA. On attache un seau avec une ceinture (pésikya), mais pas avec une corde.

Rabbi Yehouda permet. Rabbi Yehouda a énoncé une règle : pour tout nœud qui n'est pas permanent, on n'est pas passible.

📜 Rachi (3)
מַתְנִי' קוֹשְׁרִין דְּלִי בְּפָסִקְיָא ע"פ הַבּוֹר דְּפִסְקַיָּא לָא מְבַטֵּל [לֵיהּ] הָתָם:
Michna. On attache un seau avec une ceinture : au bord du puits, car on ne laisse pas la ceinture là-bas.
אֲבָל לֹא בְּחֶבֶל דִּמְבַטֵּל לֵיהּ הָתָם וְהָוֵי קֶשֶׁר שֶׁל קְיָימָא שֶׁהֲרֵי קָשׁוּר וְתָלוּי שָׁם תָּמִיד:
Mais pas avec une corde : car on la laisse la-bas, et c'est un nœud permanent, puisqu'elle reste toujours attachée et suspendue là.
וְרַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ:
Et Rabbi Yehouda permet : la Guemara l'explique.
🗂️ Tossefot (1)
כְּלָל אָמַר ר"י תֵּימַהּ הֵיכָא קָאֵי אִי אַמִּילְּתֵיהּ קַמַּיְיתָא הָתָם מַתִּיר לְגַמְרֵי וְהָכָא קָתָנֵי אֵין חַיָּיבִין עָלָיו מַשְׁמַע הָא אִיסּוּרָא אִיכָּא כִּדְדָייֵק הַשַּׁ"ס לְעֵיל וְי"ל דְּה"ק כָּל קֶשֶׁר שֶׁאֵינוֹ שֶׁל קַיָּימָא אֵין חַייָּבִין עָלָיו הָא שֶׁל קַיְימָא חַייָּבִין עָלָיו וְאַפֵּי' עֲנִיבָה לְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבָּנָן דְּאָמְרוּ עֲנִיבָה לָאו הַיְינוּ קְשִׁירָה א"נ אַמַּאי דְּקָתָנֵי בְּרֵישָׁא אֵין חַיָּיבִין עֲלֵיהֶם קָאֵי רַבִּי יְהוּדָה:
Rabbi Yehouda a énoncé une règle : c'est étonnant ; à quoi cela se rattache-t-il ? Si c'est à sa parole précédente, là il permet complètement, et ici il enseigne "on n'est pas passible", ce qui laisse entendre qu'il y a un interdit, comme la Guemara l'a déduit plus haut. On peut répondre que voici le sens : tout nœud non permanent, on n'est pas passible ; mais un nœud permanent, on est passible, même pour un nœud coulant (aniva), pour exclure les Rabbanan qui ont dit que le nœud coulant n'est pas un nœud. Autre réponse : Rabbi Yehouda se rapporte à ce qui est enseigné au début (du chapitre) : "on n'est pas passible pour eux".
💡 Explication

La pésikya est une large ceinture de tissu : on ne la laisse pas attachée au seau, le nœud est donc temporaire. Une corde reste attachée au seau pour de bon : c'est un kecher chel kayama (nœud permanent).

Tossefot relève une difficulté : la règle générale de Rabbi Yehouda parle d'exemption ("pas passible"), alors qu'ici il permet. Il propose de lire la règle comme visant le nœud coulant permanent, que Rabbi Yehouda considère comme un vrai nœud.

3
גְּמ׳ חֶבֶל דְּמַאי? אִי לֵימָא חֶבֶל דְּעָלְמָא, רַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר? קֶשֶׁר שֶׁל קַייָּמָא הוּא! אֶלָּא חֶבֶל דְּגַרְדִּי. לְמֵימְרָא דְּרַבָּנַן סָבְרִי גָּזְרִינַן חֶבֶל דְּגַרְדִּי אַטּוּ חֶבֶל דְּעָלְמָא, וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר לָא גָּזְרִינַן?

GUEMARA. Une corde de quoi ?

Si l'on dit une corde ordinaire, Rabbi Yehouda permettrait ? C'est un nœud permanent !

Il s'agit donc d'une corde de tisserand (hevel de-gardi). Faut-il dire que les Rabbanan pensent qu'on décrète (gezera) sur la corde de tisserand à cause de la corde ordinaire, et que Rabbi Yehouda pense qu'on ne décrète pas ?

📜 Rachi (1)
גְּמ' בְּחֶבֶל דְּגַרְדִּי פְּלִיגִי דְּצָרִיךְ לָהּ וְלָא מְבַטֵּל לָהּ:
Guemara. Avec une corde de tisserand : ils sont en désaccord, car il en a besoin et ne la laisse pas (sur le seau).
💡 Explication

Le tisserand a besoin de sa corde pour son travail : il la détachera après le Chabbat, le nœud n'est donc pas permanent. Les Rabbanan interdisent quand même par gezera (décret préventif), de peur qu'on en vienne à attacher une corde ordinaire.

4
וּרְמִינְהוּ: חֶבֶל דְּלִי שֶׁנִּפְסַק לֹא יְהֵא קוֹשְׁרוֹ אֶלָּא עוֹנְבוֹ. וְרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: כּוֹרֵךְ עָלָיו פֻּונְדָּא אוֹ פָּסִקְיָא, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעַנְבֶנּוּ.

On oppose (une baraita) : la corde d'un seau qui s'est rompue, on ne la noue pas, mais on fait un nœud coulant (aniva). Rabbi Yehouda dit : on enroule dessus une ceinture creuse (ponda) ou une pésikya, à condition de ne pas faire de nœud coulant.

📜 Rachi (4)
חֶבֶל דְּלִי שֶׁנִּפְסַק בְּאֶמְצָעִיתוֹ:
La corde d'un seau qui s'est rompue : en son milieu.
לֹא יְהֵא קוֹשֵׁר דְּקֶשֶׁר שֶׁל קַייְמָא הוּא לְעוֹלָם:
On ne la noue pas : car c'est un nœud permanent pour toujours.
כּוֹרֵךְ עָלָיו מְחַבֵּר שְׁנֵי רָאשֵׁי הַפִּיסּוּק זֶה עַל זֶה וְכוֹרֵךְ עֲלֵיהֶם פּוּנְדָא אֵזוֹר חָלוּל אוֹ פְּסִיקְיָא פיישול"א:
On enroule dessus : on joint les deux bouts de la rupture l'un sur l'autre et on enroule autour une ponda, ceinture creuse, ou une pésikya, "fayshola" (en langue vernaculaire).
וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעַנְבֶנּוּ לְחֶבֶל דר"י סָבַר גָּזְרִינַן עֲנִיבָה אַטּוּ קְשִׁירָה וְרַבָּנָן לֹא גָּזְרוּ:
À condition de ne pas faire de nœud coulant : à la corde ; car Rabbi Yehouda pense qu'on décrète sur le nœud coulant à cause du nœud, et les Rabbanan n'ont pas décrété.
💡 Explication

Le nœud coulant (aniva) est une boucle qui se défait en tirant un bout. Selon la baraita, les Rabbanan le permettent pour réparer la corde, et Rabbi Yehouda l'interdit : les positions semblent inversées par rapport à la Michna.

5
קַשְׁיָא דְּרַבִּי יְהוּדָה אַדְּרַבִּי יְהוּדָה, קַשְׁיָא דְּרַבָּנָן אַדְּרַבָּנָן.

Il y a une contradiction entre Rabbi Yehouda et Rabbi Yehouda, et une contradiction entre les Rabbanan et les Rabbanan.

💡 Explication

Dans la Michna, les Rabbanan décrètent et Rabbi Yehouda ne décrète pas ; dans la baraita, Rabbi Yehouda semble décréter (nœud coulant à cause du nœud) et les Rabbanan non.

6
דְּרַבָּנַן אַדְּרַבָּנַן לָא קַשְׁיָא: חֶבֶל בְּחֶבֶל — מִיחַלַּף. עֲנִיבָה בִּקְשִׁירָה — לָא מִיחַלְּפָא. דְּרַבִּי יְהוּדָה אַדְּרַבִּי יְהוּדָה לָא קַשְׁיָא: הָתָם — לָא מִשּׁוּם דְּמִיחַלְּפָא עֲנִיבָה בִּקְשִׁירָה, אֶלָּא עֲנִיבָה גּוּפָהּ קְשִׁירָה הִיא.

(La contradiction) des Rabbanan avec les Rabbanan n'est pas une difficulté : une corde avec une corde, on les confond ; un nœud coulant avec un nœud, on ne les confond pas. (Celle) de Rabbi Yehouda avec Rabbi Yehouda n'est pas une difficulté : là-bas, ce n'est pas parce qu'on confond le nœud coulant avec le nœud ; le nœud coulant est lui-même un nœud.

📜 Rachi (1)
מִיחַלַּף אֵינוֹ נִיכָּר בֵּין זֶה לָזֶה וְאִי שָׁרֵינַן בִּדְגַרְדִּי אָתֵי לְמִישְׁרֵי בִּדְעָלְמָא:
On les confond : on ne distingue pas l'une de l'autre ; si nous permettons la corde de tisserand, on en viendra à permettre la corde ordinaire.
💡 Explication

Les Rabbanan décrètent seulement là où la confusion est plausible : deux cordes se ressemblent (mihlaf), un nœud coulant et un vrai nœud se distinguent.

Rabbi Yehouda ne décrète nulle part : il interdit le nœud coulant sur le seau parce qu'à ses yeux un nœud coulant laisse en place est un vrai nœud (aniva gufa kechira).

7
אָמַר רַבִּי אַבָּא אָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: מֵבִיא אָדָם חֶבֶל מִתּוֹךְ בֵּיתוֹ, וְקוֹשְׁרוֹ בַּפָּרָה וּבָאֵיבוּס אֵיתִיבֵיהּ רַבִּי אַחָא אֲרִיכָא דְּהוּא רַבִּי אַחָא בַּר פָּפָּא לְרַבִּי אַבָּא: חֶבֶל שֶׁבָּאִיבּוּס — קוֹשְׁרוֹ בְּפָרָה, וְשֶׁבַּפָּרָה — קוֹשְׁרוֹ בְּאֵיבוּס, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יָבִיא חֶבֶל מִתּוֹךְ בֵּיתוֹ וְיִקְשֹׁור בַּפָּרָה וּבָאֵיבוּס! הָתָם — חֶבֶל דְּעָלְמָא הָכָא חֶבֶל דְּגַרְדִּי.

Rabbi Abba a dit au nom de Rav Hiya bar Achi, au nom de Rav : un homme apporte une corde de sa maison et l'attache à la vache et à la mangeoire. Rabbi Aha Arikha, qui est Rabbi Aha bar Papa, objecta à Rabbi Abba : une corde (attachée) à la mangeoire, on l'attache à la vache ; (une corde attachée) à la vache, on l'attache à la mangeoire ; à condition de ne pas apporter une corde de sa maison pour l'attacher à la vache et à la mangeoire !

Là-bas, c'est une corde ordinaire ; ici, une corde de tisserand.

📜 Rachi (1)
וְקוֹשְׁרוֹ בְּפָרָה רֹאשׁוֹ אֶחָד וְהַשֵּׁנִי בְּאֵבוּס וְלָא חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא כְּשֶׁיַּתִּיר הַפָּרָה לֹא יַתִּיר אֶלָּא הַקֶּשֶׁר שֶׁבְּרֹאשָׁהּ וִיבַטֵּל הַחֶבֶל בָּאֵבוּס שֶׁיְּהֵא מוּכָן לְכָךְ אוֹ יַתִּיר שֶׁבָּאֵבוּס וִיבַטֵּל אוֹתוֹ שֶׁבַּפָּרָה וְנִמְצָא הָאֶחָד שֶׁל קַיְימָא:
Et l'attache à la vache : un bout (à la vache) et l'autre à la mangeoire ; et nous ne craignons pas que, en détachant la vache, il ne défasse que le nœud qui est à sa tête et laisse la corde à la mangeoire pour qu'elle y soit prête, ou défasse celui de la mangeoire et laisse celui de la vache, de sorte que l'un soit permanent.
🗂️ Tossefot (1)
הָתָם חֶבֶל דְּעָלְמָא הָכָא חֶבֶל דְּגַרְדִּי וקמ"ל רַב דְּלָא גָּזְרִינַן חֶבֶל דְּגַרְדִּי אַטּוּ חֶבֶל דְּעָלְמָא וְכַר' יְהוּדָה א"נ אֲפִי' רַבָּנָן מוֹדוּ דְּאַפֵּי' בְּחֶבֶל דְּעָלְמָא לָא שְׁכִיחַ שֶׁיִּהְיֶה קֶשֶׁר שֶׁל קְיָימָא כְּשֶׁקּוֹשְׁרוֹ בְּפָרָה וּבָאֵבוּס וּלְהָכִי לָא גְּזוּר בְּחֶבֶל דְּגַרְדִּי:
Là-bas, une corde ordinaire ; ici, une corde de tisserand : Rav nous apprend qu'on ne décrète pas sur la corde de tisserand à cause de la corde ordinaire, comme Rabbi Yehouda. Autre réponse : même les Rabbanan reconnaissent que, même avec une corde ordinaire, il est rare que le nœud devienne permanent quand on l'attache à la vache et à la mangeoire ; c'est pourquoi ils n'ont pas décrété sur la corde de tisserand.
💡 Explication

Rav permet d'apporter une corde de la maison : la baraita l'interdit. Réponse : Rav parle d'une corde de tisserand, que son propriétaire reprendra forcément ; la baraita parle d'une corde ordinaire.

Tossefot : soit Rav suit Rabbi Yehouda (pas de gezera), soit même les Rabbanan acceptent ici, car le risque de nœud permanent sur une vache et une mangeoire est faible.

8
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: כְּלֵי קִיוָּאֵי מֻותָּר לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת. בְּעוֹ מִינֵּיהּ מֵרַב יְהוּדָה: כֹּובֶד הָעֶלְיוֹן וְכֹובֶד הַתַּחְתּוֹן מַהוּ? אִין וְלָאו וְרַפְיָא בִּידֵיהּ. אִיתְּמַר אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר שְׁמוּאֵל: כְּלֵי קִיוָּאֵי מֻותָּר לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת, אֲפִילּוּ כֹּובֶד הָעֶלְיוֹן וְכֹובֶד הַתַּחְתּוֹן, אֲבָל לֹא אֶת הָעַמּוּדִים.

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : les outils du tisserand (kelei kiyoei), il est permis de les déplacer le Chabbat. On demanda à Rav Yehouda : l'ensouple supérieure et l'ensouple inférieure, qu'en est-il ?

(Il répondit) oui et non, et (la réponse) était flottante dans sa bouche. Il a été dit : Rav Nahman a dit au nom de Chmouel : les outils du tisserand, il est permis de les déplacer le Chabbat, même l'ensouple supérieure et l'ensouple inférieure, mais pas les montants.

📜 Rachi (6)
כְּלִי קִיוָּאֵי כְּלִי אוֹרְגִים וְאַיְּידֵי דְּאַייְרֵי בְּחֶבֶל דְּגַרְדִּי נְקַט לָהּ הָכָא:
Outils de tisserand : outils de tisseurs ; comme on parlait de la corde de tisserand, on la cite ici.
מֻותָּר לְטַלְטְלָן לִשְׁנֵי הַקָּנִים לְתַשְׁמִישׁ אַחֵר וְאַשְׁמְעִינַן דְּאֵין גַּרְדִּי מַקְפִּיד עֲלֵיהֶם וְלָא הָוֵי מְלַאכְתָּן לְאִיסּוּר:
Il est permis de les déplacer : les deux baguettes, pour un autre usage ; il nous apprend que le tisserand n'y tient pas (au point de les réserver), et leur usage n'est pas interdit.
כֹּובֶד הָעֶלְיוֹן וְהַתַּחְתּוֹן אנשובל"ש:
L'ensouple supérieure et inférieure : "ensouples" (en langue vernaculaire).
מַהוּ מִי אָמְרִינַן אַיְּידֵי דְּיַקִּירֵי לָא חֲזוּ סְתָמַייְהוּ לְתַשְׁמִישׁ אַחַרְיַנָא וַהֲוָה לֵיהּ דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר:
Qu'en est-il : dit-on que, puisqu'elles sont lourdes, elles ne servent généralement pas à un autre usage, et c'est donc un objet dont l'usage est interdit (le Chabbat) ?
וְרַפְיָא בִּידֵיהּ רְפוּיָה הָיְתָה הַתְּשׁוּבָה בְּפִיו אִם לֶאֱסֹור אִם לְהַתִּיר:
Flottante dans sa bouche : la réponse était incertaine dans sa bouche, interdire ou permettre.
הָעַמּוּדִים טריור"ש בְּלַעַ"ז אוֹתָם הַמְנֻוקָּבוֹת שֶׁאוֹרְגִין בָּהֶן הַנָּשִׁים:
Les montants : "treillis" en langue vernaculaire, ceux percés avec lesquels tissent les femmes.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' יֵשׁ לְךָ קֶשֶׁר שֶׁאֵין חַייָּבִין עָלָיו חִיּוּבָא הוּא דְּלֵיכָּא הָא אִיסּוּרָא אִיכָּא וּמַאי נִיהוּ קִיטְרָא דְּקָטְרִי בִּזְמָמָא וְקִיטְרָא דְּקָטְרִי בְּאִיסְתְּרִיָּא. וּמִפְתְּחֵי חָלוּק וְחוּטֵי סְבָכָה וְשֶׁל פִּיסְקַיָּא וּרְצוּעוֹת מִנְעָל וְסַנְדָּל וְנוֹדוֹת שֶׁל יַיִן וָשֶׁמֶן וּקְדֵרָה שֶׁל בָּשָׂר מֻותָּרִין לְכַתְּחִלָּה. וּרְצוּעוֹת מִנְעָל וְסַנְדָּל אִיתְּמַר רְצוּעוֹת מִנְעָל וְסַנְדָּל תָּנֵי חֲדָא חַייָּב חַטָּאת וְתָנֵי חֲדָא פָּטוּר אֲבָל אָסוּר וְתָנֵי חֲדָא מֻותָּרִין לְכַתְּחִלָּה קַשְׁיָא מִנְעָל אַמִּנְעָל קַשְׁיָא סַנְדָּל אַסַּנְדָּל. מִנְעָל אַמִּנְעָל לָא קַשְׁיָא הָא דְּתָנֵי חַיָּיב חַטָּאת דְּאֻושְׁכָּפֵי פרש"י שֶׁהָרַצְעָן מַכְנִיס הָרְצוּעָה בְּנֶקֶב שֶׁבַּמִּנְעָל וְקוֹשֵׁר קֶשֶׁר אֶחָד בְּסוֹף הָרְצוּעָה שֶׁלֹּא תֵּצֵא הָרְצוּעָה מִן הַנֶּקֶב וְהוּא קַיָּים לְעוֹלָם וְרַב אִלְפָּס זַ"ל פֵּירֵשׁ דְּמַעֲשֶׂה שֶׁל אֻומָּן הוּא. וְלָא נְהִירָא דִּבְקֶשֶׁר שֶׁל קַיְימָא אֵין חִילּוּק בֵּין מַעֲשֵׂה אֻומָּן לְמַעֲשֶׂה הֶדְיוֹט. וְהָא דְּתָנֵי פָּטוּר אֲבָל אָסוּר בְּדַרְבָּנַן פרש"י שֶׁאֵין מַקְפִּידִין לְהַדְּקָן עַל שׁוֹקֵיהֶן וִיכוֹלִין לְחָלְצָן וּלְנָעֲלָן בְּלֹא הַתָּרַת הַקֶּשֶׁר וּמִכָּל מָקוֹם קֶשֶׁר שֶׁל קְיָימָא לָא הָוֵי דְּבִשְׁעַת הַטִּיט צְרִיכִין לְהַתִּירָן וּלְהַדְקָן עַל הַשּׁוּק שֶׁלֹּא יִשָּׁאֵר בְּטִיט. וְהָא דְּתָנֵי מֻותָּר לְכַתְּחִלָּה בִּבְנֵי מָחוֹזָא שֶׁמַּקְפִּידִין לְהַדְּקָן עַל הַשּׁוּק וּצְרִיכִין לְהַתִּירָן כְּשֶׁחוֹלְצָן. וְסַנְדָּל אַסַּנְדָּל לָא קַשְׁיָא הָא דְּתָנֵי חַיָּיב חַטָּאת בִּדְטַיָּיעֵי דְּקָשָׁרֵי אֻושְׁכָּפֵי וְהֵן קַייָּמִין לְעוֹלָם. וְהָא דְּתָנֵי פָּטוּר אֲבָל אָסוּר בִּדְחֻומְרָא דְּקָטְרִי אִינְהוּ וְהוּא קַיָּים שָׁבוּעַ אוֹ יוֹתֵר. וּמֻותָּר לְכַתְּחִלָּה דְּנָפְקִי בֵּיהּ תְּרֵי זִימְנִין דִּנְפַק בֵּיהּ הַאי וּמְרֻוָּוח לֵיהּ. וְזִימְנִין דְּנָפֵיק בֵּיהּ הַאי וּמְעַייֵּק לֵיהּ. וְכָתַב בַּעַל הַתְּרוּמוֹת זַ"ל דְּאַבְנֵטִין שֶׁקּוֹשְׁרִים אוֹתָם בִּרְצוּעוֹת וְאֵינוֹ מַתִּירָן אֶלָּא כְּשֶׁמְּשַׁנֶּה הַמִּכְנָסַיִים אָסוּר לְקָושְׁרָן בְּשַׁבָּת. ר' יִרְמְיָה הֲוָה קָאָזֵיל בָּתְרֵיהּ דְּרַבִּי אֲבָהוּ בְּכַרְמְלִית אִיפְּסִיקָא לֵיהּ רְצוּעָה דְּסַנְדָּלֵיהּ אֲמַר לֵיהּ שְׁקֹול גֶּמִי לַח דַּחֲזֵי לְמַאֲכַל בְּהֵמָה וּכְרֹוךְ עָלֶיהָ. אַבַּיֵּי הֲוָה יָתֵיב קַמֵּיהּ דְּרַב יוֹסֵף בְּחָצֵר אִיפְּסִיקָא לֵיהּ רְצוּעָה דְּסַנְדָּלֵיהּ אֲמַר לֵיהּ מַאי אֶיעֱבֵיד לֵיהּ אֲמַר לֵיהּ שִׁבְקֵיהּ. וּמַאי שְׁנָא מִדְּרַבִּי יִרְמְיָה. הָתָם לָא מִנְּטַר הָכָא מִנְּטַר. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר וְכוּ' פְּשִׁיטָא לָא צְרִיכָא דְּאִית לֵיהּ תְּרֵי אִיסָּרֵי מַהוּ דְתֵימָא חַד מִינַּייְהוּ בַּטֻּולֵּי בַּטְּלֵיהּ קמ"ל. אָמַר רַב יוֹסֵף אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב. קוֹשְׁרִין דְּלִי בְּפִיסְקַיָּא אֲבָל לֹא בְּחֶבֶל אָמַר רַבִּי אַבָּא אָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב מֵבִיא אָדָם חֶבֶל שֶׁל גַּרְדִּי מִתּוֹךְ בֵּיתוֹ וְקוֹשְׁרוֹ בַּפָּרָה וּבָאֵבוּס אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר שְׁמוּאֵל כְּלֵי קִיוָּאֵי מֻותָּר לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת וְאוֹקֵימְנָא בְּחֶבֶל דְּגַרְדִּי דְּהַיְינוּ כְּלֵי קִיוָּאֵי:
Guemara. Il y a des nœuds pour lesquels on n'est pas passible : pas passible, mais il y a un interdit. Lesquels ? Le nœud qu'on fait à la longe (du chameau) et le nœud qu'on fait à la proue. Les ouvertures de la tunique, les cordons du filet à cheveux, (les nœuds) de la pésikya, les courroies de la chaussure et de la sandale, les outres de vin et d'huile et la marmite de viande sont permis d'emblée. Les courroies de la chaussure et de la sandale : il a été dit : une baraita enseigne "passible d'un sacrifice expiatoire (hatat)", une autre "exempt mais interdit", une autre "permis d'emblée". Difficulté chaussure contre chaussure, sandale contre sandale. Chaussure contre chaussure, pas de difficulté : celle qui enseigne "passible" parle des cordonniers ; Rachi explique que le cordonnier fait passer la courroie par le trou de la chaussure et fait un nœud au bout de la courroie pour qu'elle ne sorte pas du trou, et ce nœud existe pour toujours. Le Rif explique que c'est un travail d'artisan. Cela n'est pas convaincant, car pour le nœud permanent il n'y a pas de différence entre travail d'artisan et travail de profane. Celle qui enseigne "exempt mais interdit" parle des Rabbanan ; Rachi explique qu'ils ne tiennent pas à les serrer sur leurs jambes et peuvent les ôter et les mettre sans défaire le nœud ; mais ce n'est pas un nœud permanent, car par temps de boue ils doivent les défaire et les serrer sur la jambe pour qu'elles ne restent pas dans la boue. Celle qui enseigne "permis d'emblée" parle des gens de Mehoza, qui tiennent à les serrer sur la jambe et doivent les défaire quand ils les ôtent. Sandale contre sandale, pas de difficulté : celle qui enseigne "passible" parle des (marchands) arabes, qui font un nœud de cordonnier, et ceux-ci existent pour toujours ; celle qui enseigne "exempt mais interdit" parle du nœud qu'ils font serré, et qui existe une semaine ou plus ; et "permis d'emblée" (parle d'une sandale) que deux personnes portent : parfois l'un la porte et elle lui est large, parfois l'autre la porte et elle le serre. Le Baal Haterumot a écrit que les ceintures qu'on attache avec des courroies et qu'on ne défait que lorsqu'on change de pantalon, il est interdit de les nouer le Chabbat. Rabbi Yirmeya marchait derrière Rabbi Abahou dans un karmelit ; la courroie de sa sandale se rompit. Il lui dit : prends un jonc humide, propre à nourrir les bêtes, et enroule-le dessus. Abaye était assis devant Rav Yossef dans une cour ; la courroie de sa sandale se rompit. Il lui dit : que dois-je en faire ? Il lui répondit : laisse-la. Et en quoi est-ce différent de Rabbi Yirmeya ? Là-bas (dans un karmelit) elle n'est pas gardée ; ici (dans la cour) elle est gardée. Rabbi Eliezer ben Yaakov dit, etc. : c'est évident ! Il ne le faut que dans le cas où il a deux liens ; on aurait pu penser que l'un d'eux, il l'annule : (la Michna) nous apprend (que non). Rav Yossef a dit au nom de Rav Yehouda, au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Eliezer ben Yaakov. On attache un seau avec une pésikya, mais pas avec une corde. Rabbi Abba a dit au nom de Rav Hiya bar Achi, au nom de Rav : un homme apporte une corde de tisserand de sa maison et l'attache à la vache et à la mangeoire. Rav Nahman a dit au nom de Chmouel : les outils du tisserand, il est permis de les déplacer le Chabbat ; et nous l'avons établi pour la corde de tisserand, qui fait partie des outils du tisserand.
💡 Explication

Les kelei kiyoei sont les outils du tisserand. Le tisserand ne les réserve pas exclusivement à son métier : ils ne sont donc pas des keli she-melakhto le-issour (objet dont l'usage est interdit le Chabbat), et on peut les déplacer.

Les ensouples (koved elyon / tahton) sont les rouleaux lourds du métier : Rav Yehouda hésitait. Selon Rav Nahman, Chmouel les permet aussi, mais pas les montants (amoudim).

Le Roch résume ici toute la sougya des nœuds (112a-113a) et en tire la halakha : il suit Rachi contre le Rif sur le nœud du cordonnier, car la permanence du nœud décide seule, pas le savoir-faire.

🖼️ Schéma
Outils du tisserand : que peut-on déplacer ? (seg. 7-9) Petits outils (kelei kiyoei) permis : pas de souci de les préserver Ensouples (koved elyon / tahton) Chmouel (R. Nahman) : permis R. Yehouda bar Livai : interdit Montants (amoudim) interdits : plantés dans le sol Pourquoi ? en les retirant on fait un trou à la maison on viendra l'aplanir (rav Nahman) Objection de Rava : le navet enfoui au champ se retire le Chabbat, le trou se fait de lui-même. Réponse : au champ, on n'aplanit pas les trous ; à la maison, si.
Outils du tisserand : ce qui est permis, discuté et interdit, et la raison des montants.
9
אֲמַר לֵיהּ רָבָא לְרַב נַחְמָן: מַאי שְׁנָא עַמּוּדִים דְּלָא? אִילֵּימָא דְּקָעֲבִיד גֻּומּוֹת, גֻּומּוֹת מִמֵּילָא קָא הָוְייָן, דִּתְנַן: הַטּוֹמֵן לֶפֶת וּצְנוֹנוֹת תַּחַת הַגֶּפֶן, אִם מִקְצָת עָלָיו מְגֻולִּין — אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ לֹא מִשּׁוּם כִּלְאַיִם, וְלֹא מִשּׁוּם שְׁבִיעִית, וְלֹא מִשּׁוּם מַעֲשֵׂר, וְנִיטָּלִין בְּשַׁבָּת.

Rava dit à Rav Nahman : en quoi les montants sont-ils différents, pour que non ? Si l'on dit qu'on fait des trous (en les retirant), les trous se font d'eux-mêmes !

Car nous avons appris : celui qui enfouit des navets et des radis sous la vigne, si une partie de leurs feuilles est découverte, il ne craint ni (l'interdit) des mélanges (kilayim), ni celui de la septième année (chevi'it), ni celui de la dîme (maasser), et on les retire le Chabbat.

📜 Rachi (3)
דְּקָא עֲבִיד גֻּומָּא כְּשֶׁחוֹלְצָן מִן הָאָרֶץ שֶׁהֵן תְּחוּבוֹת בַּגֻּומָּא מֵזִיז הֶעָפָר וַעֲבִיד גֻּומָּא מְקוֹם הָעַמּוּד:
Qu'on fait un trou : quand on les retire de la terre, où ils sont enfoncés dans un trou, on déplace la terre et on fait un trou à l'emplacement du montant.
אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ לְפִי שֶׁאֵינָהּ מֻושְׁרֶשֶׁת:
Il ne craint pas : parce qu'il n'a pas pris racine.
וְלֹא מִשּׁוּם מַעֲשֵׂר לִהְיוֹת בְּטֵילָה בִּנְטִיעָה זוֹ וּכְשֶׁנּוֹטְלָהּ יִצְטָרֵךְ לַחֲזֹור וּלְעַשֵּׂר:
Ni à cause de la dîme : qu'il (le produit) soit devenu partie de cette plantation, et qu'en le retirant il doive de nouveau prélever la dîme.
💡 Explication

Rava suppose que l'interdit des montants vient du trou qui se forme en les arrachant du sol (travail de la terre). Or la Michna des navets enfouis permet de les retirer le Chabbat, bien qu'un trou se forme : le trou vient de lui-même (mi-meila), sans intention.

10
בְּשָׂדֶה — לָא אָתֵי לְאַשְׁווֹיֵי גֻּומּוֹת, הָכָא בְּבַיִת — אָתֵי לְאַשְׁווּיֵי גֻּומּוֹת. בְּעָא מִינֵּיהּ רַבִּי יוֹחָנָן מֵרַבִּי יְהוּדָה בַּר לֵיוַאי: כְּלֵי קִיוָּאֵי, כְּגוֹן כֹּובֶד הָעֶלְיוֹן וְכֹובֶד הַתַּחְתּוֹן, מַהוּ לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת? אֲמַר לֵיהּ: אֵין מְטַלְטְלִין. מַה טַעַם? לְפִי שֶׁאֵין נִיטָּלִין.

Au champ, on ne vient pas à aplanir les trous ; ici, à la maison, on vient à aplanir les trous. Rabbi Yo'hanan demanda à Rabbi Yehouda bar Livai : les outils du tisserand, comme l'ensouple supérieure et l'ensouple inférieure, peut-on les déplacer le Chabbat ?

Il lui répondit : on ne les déplace pas. Quelle est la raison ?

Parce qu'on ne les déplace pas (en semaine non plus).

📜 Rachi (1)
לְפִי שֶׁאֵין נִיטָּלִין אַף בְּחוֹל מִפְּנֵי כָּובְדָן הִלְכָּךְ כָּל מְלַאכְתָּן לְכָךְ:
Parce qu'on ne les déplace pas : même en semaine, à cause de leur poids ; c'est pourquoi tout leur usage est destiné à cela (à rester en place).
💡 Explication

Réponse de Rav Nahman : à la maison, on tient à un sol lisse, et on risque d'aplanir le trou (achvaye goumot), ce qui est un travail interdit ; au champ, personne ne s'en soucie.

Rabbi Yehouda bar Livai interdit les ensouples pour une autre raison : on ne les déplace jamais, même en semaine, à cause de leur poids.

11
מַתְנִי׳ מְקַפְּלִין אֶת הַכֵּלִים אֲפִילּוּ אַרְבָּעָה וַחֲמִשָּׁה פְּעָמִים, וּמַצִּיעִין אֶת הַמִּטּוֹת מִלֵּילֵי שַׁבָּת לְשַׁבָּת, אֲבָל לֹא מִשַּׁבָּת לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת. רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: מְקַפְּלִין אֶת הַכֵּלִים, וּמַצִּיעִין אֶת הַמִּטּוֹת מִיּוֹם הַכִּיפּוּרִים לְשַׁבָּת. וְחֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים, אֲבָל לֹא שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים בְּשַׁבָּת. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: לֹא שֶׁל שַׁבָּת קְרֵיבִין בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים, וְלֹא שֶׁל יוֹם הַכִּיפּוּרִים קְרֵיבִין בְּשַׁבָּת.

MICHNA. On plie les vêtements, même quatre ou cinq fois, et on fait les lits la nuit du Chabbat pour le Chabbat, mais pas du Chabbat pour la sortie du Chabbat.

Rabbi Yichmael dit : on plie les vêtements et on fait les lits de Yom Kippour pour le Chabbat. Les graisses (des sacrifices) du Chabbat sont offertes à Yom Kippour, mais pas celles de Yom Kippour le Chabbat.

Rabbi Akiva dit : ni celles du Chabbat ne sont offertes à Yom Kippour, ni celles de Yom Kippour ne sont offertes le Chabbat.

📜 Rachi (4)
מַתְנִי' מְקַפְּלִין אֶת הַכֵּלִים בְּגָדִים כְּשֶׁפּוֹשְׁטָן מְקַפְּלִין מִפְּנֵי שֶׁמִּתְרַכְּכִין מִכִּיבּוּסָם וּמִתְקַמְּטֵי' כְּשֶׁאֵינָן מְקֻופָּלִים:
Michna. On plie les vêtements : quand on les ôte, on les plie, car ils s'assouplissent après le lavage et se froissent quand ils ne sont pas pliés.
אַפֵּי' ד' אוֹ ה' פְּעָמִים כְּדֵי לַחֲזֹור וּלְלָובְשָׁן בּוֹ בַּיּוֹם:
Même quatre ou cinq fois : pour les remettre le jour même.
מיוה"כ לְשַׁבָּת כְּגוֹן אִם חָל יוה"כ לִהְיוֹת בְּע"ש:
De Yom Kippour pour le Chabbat : par exemple si Yom Kippour tombe un vendredi.
קְרֵיבִין ביוה"כ שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת:
Sont offertes à Yom Kippour : qui tombe à la sortie du Chabbat.
🗂️ Tossefot (1)
מְקַפְּלִים כֵּלִים כוּ' מִכָּאן לָמַדְנוּ דְּאָסוּר לְקַפֵּל טַלִּיתוֹת שֶׁל ב"ה לְפִי שֶׁהֵם צֹורֶךְ מָחָר:
On plie les vêtements, etc. : nous en apprenons qu'il est interdit de plier les talitot de la synagogue, car c'est pour le besoin du lendemain.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' מְקַפְּלִין אֶת הַכֵּלִים אֲפִילּוּ אַרְבַּע וְחָמֵשׁ פְּעָמִים. וּמַצִּיעִין אֶת הַמִּטּוֹת מִלֵּילֵי שַׁבָּת לְשַׁבָּת אֲבָל לֹא מַצִּיעִין מִשַּׁבָּת לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר מַצִּיעִין אֶת הַמִּטּוֹת מִיּוֹם הַכִּפּוּרִים לְשַׁבָּת וְחֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים וְשֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים אֵינָן קְרֵיבִין בְּשַׁבָּת. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר לֹא שֶׁל שַׁבָּת קְרֵיבִין בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים וְלֹא שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים קְרֵיבִין בְּשַׁבָּת:
Michna. On plie les vêtements, même quatre ou cinq fois, et on fait les lits la nuit du Chabbat pour le Chabbat ; mais on ne fait pas (les lits) du Chabbat pour la sortie du Chabbat. Rabbi Yichmael dit : on fait les lits de Yom Kippour pour le Chabbat ; les graisses du Chabbat sont offertes à Yom Kippour, et celles de Yom Kippour ne sont pas offertes le Chabbat. Rabbi Akiva dit : ni celles du Chabbat ne sont offertes à Yom Kippour, ni celles de Yom Kippour ne sont offertes le Chabbat.
💡 Explication

Principe : on ne prépare pas (hakhana) le Chabbat pour un jour profane. Plier un vêtement pour le remettre le jour même est permis ; faire les lits le Chabbat pour la nuit suivante est interdit.

Rabbi Yichmael : la sainteté du Chabbat est supérieure à celle de Yom Kippour. On peut donc préparer à Yom Kippour pour le Chabbat, et brûler à Yom Kippour les graisses (helavim) du Chabbat, mais pas l'inverse. Rabbi Akiva refuse dans les deux sens : chaque jour ne porte que ses propres offrandes.

🖼️ Schéma
Graisses des sacrifices entre Chabbat et Yom Kippour (seg. 10) Cas Rabbi Yichmael Rabbi Akiva Graisses du Chabbat brûlées à Yom Kippour (dimanche) OUI NON Graisses de Yom Kippour brûlées le Chabbat (Yom Kippour vendredi) NON NON Plier / faire les lits de Yom Kippour pour le Chabbat PERMIS (non traité par Rabbi Akiva)
Positions de Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva.
12
גְּמָ׳ אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּאָדָם אֶחָד, אֲבָל בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם — לֹא. וּבְאָדָם אֶחָד נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא בַּחֲדָשִׁים, אֲבָל בִּישָׁנִים — לֹא. וָחֳדָשִׁים נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא בִּלְבָנִים, אֲבָל בִּצְבוּעִים — לֹא. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁאֵין לוֹ לְהַחֲלִיף, אֲבָל יֵשׁ לוֹ לְהַחֲלִיף — לֹא.

GUEMARA. Ceux de l'école de Rabbi Yannai ont dit : on ne l'a enseigné que pour une seule personne, mais pour deux personnes, non.

Et pour une personne aussi, nous ne l'avons dit que pour des (vêtements) neufs, mais pour des vieux, non. Et pour des neufs aussi, nous ne l'avons dit que pour des blancs, mais pour des teints, non.

Et nous ne l'avons dit que s'il n'a pas de quoi changer, mais s'il a de quoi changer, non.

📜 Rachi (4)
גְּמ' בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם כְּשֶׁמְּקַפְּלִין אוֹתָן מְפַשְּׁטִין קִמְטֵיהֶן וְנִרְאִין כִּמְתַקְּנִין:
Guemara. Pour deux personnes : quand ils les plient (à deux), ils en tendent les plis et semblent les réparer.
יְשָׁנִים קִיפּוּלָן מְתַקְּנָן יוֹתֵר מִן הַחֲדָשִׁים שֶׁהַחֲדָשִׁים קָשִׁין מֵאֲלֵיהֶן וְאֵין מְמַהֲרִין לִקְמֹוט:
Vieux : les plier les répare plus que les neufs, car les neufs sont raides d'eux-mêmes et ne se froissent pas vite.
צְבוּעִין קִיפּוּלָן מְתַקְּנָן:
Teints : les plier les répare.
יֵשׁ לוֹ אֲחֵרִים לְהַחֲלִיף הַיּוֹם לֹא:
S'il a : d'autres (vêtements) pour changer aujourd'hui : non.
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל יֵשׁ לוֹ לְהַחֲלִיף לָא וְלָנוּ שֶׁיֵּשׁ לָנוּ לְהַחֲלִיף אָסוּר וּמִסְתַּפֵּק ר"י אִי קָרֵי יֵשׁ לוֹ לְהַחֲלִיף כְּשֶׁאֵין לוֹ יָפֶה כָּזֶה:
Mais s'il a de quoi changer, non : et pour nous, qui avons de quoi changer, c'est interdit. Le Ri se demande si l'on considère qu'il "a de quoi changer" lorsqu'il n'a pas un vêtement aussi beau que celui-ci.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מְקַפְּלִין אֶת הַכֵּלִים וְכוּ' אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּאָדָם אֶחָד. אֲבָל בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם לֹא. וּבְאָדָם אֶחָד נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא בַּחֲדָשִׁים אֲבָל בִּישָׁנִים לָא. וּבַחֲדָשִׁים נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא בִּלְבָנִים אֲבָל בִּצְבוּעִין לֹא. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁאֵין לוֹ לְהַחֲלִיף אֲבָל יֵשׁ לוֹ לְהַחֲלִיף לָא. תַּנָּא שֶׁל בֵּית ר"ג לֹא הָיוּ מְקַפְּלִין כְּלֵי לָבָן שֶׁלָּהֶן מִפְּנֵי שֶׁהָיָה לָהֶם לְהַחֲלִיף: אָמַר רַב יֵשׁ לוֹ לְהַחֲלִיף יַחֲלִיף אֵין לוֹ לְהַחֲלִיף יְשַׁלְשֵׁל בְּגָדָיו. וְכִבַּדְתּוֹ מֵעֲשׂוֹת דְּרָכֶיךָ מִמְּצוֹא חֶפְצְךָ וְדַבֵּר דָּבָר וְכִבַּדְתּוֹ שֶׁלֹּא יְהֵא מַלְבּוּשְׁךָ שֶׁל שַׁבָּת כְּמַלְבּוּשְׁךָ שֶׁל חוֹל וּכְרַבִּי יוֹחָנָן דְּקָרֵי לְמָאנֵי מִכִּבְדוּתָא. מֵעֲשֹׂות דְּרָכֶיךָ שֶׁלֹּא יְהֵא הִלּוּכְךָ שֶׁל שַׁבָּת כְּהִלּוּכְךָ שֶׁל חוֹל. מִמְּצוֹא חֶפְצְךָ חֲפָצֶיךָ אֲסוּרִין חֶפְצֵי שָׁמַיִם מֻותָּרִין. וְדַבֵּר דָּבָר שֶׁלֹּא יְהֵא דִּבּוּרְךָ שֶׁל שַׁבָּת כְּדִבּוּרְךָ שֶׁל חוֹל שֶׁלֹּא יוֹסִיף לְדַבֵּר דְּבָרִים יְתֵרִים כִּדְאָמְרִינַן בְּוַיִּקְרָא רַבָּה פ' לד אִמֵּיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי כַּד הֲוָות מִשְׁתַּעֲיָא מֻותָּר הֲוָה אָמַר לָהּ שַׁבְּתָא הוּא וְשָׁתְקָה. וּבִירוּשַׁלְמִי הֵל' ג נָמֵי קָאָמַר בְּטֹורַח הִתִּירוּ שְׁאִילַת שָׁלוֹם בְּשַׁבָּת. וְדַבֵּר דָּבָר דִּבּוּר אָסוּר הִרְהוּר מֻותָּר. אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר ר' יוֹחָנָן מִנַּיִן לְשִׁינּוּי בְּגָדִים מִן הַתּוֹרָה שֶׁנֶּאֱמַר וּפָשַׁט אֶת בְּגָדָיו וְלָבַשׁ בְּגָדִים אֲחֵרִים וְתָנָא דְּבֵי ר' יִשְׁמָעֵאל בְּגָדִים שֶׁבִּשֵּׁל בָּהֶן לְרַבּוֹ אַל יִמְזֹוג בָּהֶן כּוֹס לְרַבּוֹ. שֶׁלֹּא יְהֵא הִלּוּכְךָ שֶׁל שַׁבָּת כְּהִלּוּכְךָ שֶׁל חוֹל מַאי הִיא כִּי הָא דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רַב הוּנָא הָיָה מְהַלֵּךְ בְּשַׁבָּת וּפָגַע בְּאַמַּת הַמַּיִם אִם יָכוֹל לְהַנִּיחַ רַגְלוֹ רִאשׁוֹנָה קֹודֶם שֶׁיַּעֲקֹור שְׁנִיָּה מֻותָּר וְאִם לָאו אָסוּר. מַתְקִיף לַהּ מַר זוּטְרָא רָבָא הֵיכִי לֶיעְבֵּיד לַיקֵּיף קָמַפֵּישׁ בְּהִלּוּכָא. לִיעְבַּר בְּמַיָּא זִימְנִין דְּמִתַּוְּוסָן מָאנֵיהּ וְאָתֵי לִידֵי סְחִיטָה. אֶלָּא בְּהָא כֵּיוָן דְּלָא אֶפְשָׁר שַׁפִּיר דָּמֵי אֶלָּא כְּדִבְעָא מִינֵּיהּ רַבִּי מֵרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי מַהוּ לִפְסֹועַ פְּסִיעָה גַּסָּה בְּשַׁבָּת אֲמַר לֵיהּ וְכִי בְּחוֹל מִי הִתִּירוּ שֶׁאֲנִי אוֹמֵר פְּסִיעָה גַּסָּה נוֹטֶלֶת אֶחָד מֵחֲמֵשׁ מֵאוֹת מִמְּאוֹר עֵינָיו שֶׁל אָדָם וּמַהְדְּרָא לֵיהּ בְּקִידּוּשָׁא דְּבֵי שִׁמְשָׁא כְּשֶׁשּׁוֹתֶה כּוֹס שֶׁל קִידּוּשׁ. וּמִירְהָט בְּשַׁבְּתָא לְבֵי מִדְרְשָׁא שַׁפִּיר דָּמֵי דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק קַמָּא דִבְרָכוֹת דַּף ז: אָמַר רַבִּי זֵירָא מֵרֵישׁ כִּי הֲוָה חֲזֵינָא לְרַבָּנָן דְּהָווּ רָהֲטִי בְּשַׁבְּתָא לְפִירְקָא אָמֵינָא קָא מְחַלְּלֵי רַבָּנַן שַׁבְּתָא כֵּיוָן דְּשַׁמְעִיתָא לְהָא דְּאָמַר רַבִּי תִּנְתֹּום אָמַר ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי לְעוֹלָם יָרוּץ אָדָם לִדְבַר הֲלָכָה אַפֵּי' בְּשַׁבָּת שֶׁנֶּאֱמַר אַחֲרֵי ה' יֵלְכוּ אֲנָא נַמֵּי רְהִיטְנָא:
Guemara. On plie les vêtements, etc. Ceux de l'école de Rabbi Yannai ont dit : on ne l'a enseigné que pour une seule personne, mais pour deux personnes, non. Et pour une personne aussi, nous ne l'avons dit que pour des neufs, mais pour des vieux, non. Et pour des neufs aussi, nous ne l'avons dit que pour des blancs, mais pour des teints, non. Et nous ne l'avons dit que s'il n'a pas de quoi changer, mais s'il a de quoi changer, non. On a enseigné : ceux de la maison de Rabban Gamliel ne pliaient pas leurs vêtements blancs, parce qu'ils avaient de quoi changer. Rav a dit : s'il a de quoi changer, qu'il change ; s'il n'a pas de quoi changer, qu'il laisse pendre ses vêtements. "Et tu l'honoreras en ne faisant pas tes chemins, en ne trouvant pas ton affaire, et en ne disant pas de parole" (Isaie 58, 13). "Et tu l'honoreras" : que ton vêtement du Chabbat ne soit pas comme ton vêtement de semaine, comme Rabbi Yo'hanan qui appelait ses vêtements "ceux qui m'honorent". "En ne faisant pas tes chemins" : que ta démarche du Chabbat ne soit pas comme ta démarche de semaine. "En ne trouvant pas ton affaire" : tes affaires sont interdites, les affaires du Ciel sont permises. "Et en ne disant pas de parole" : que ta parole du Chabbat ne soit pas comme ta parole de semaine, qu'on n'ajoute pas de paroles superflues, comme nous disons dans le Vayikra Rabba, paracha 34 : la mère de Rabbi Chimon bar Yohai, quand elle parlait trop, il lui disait : c'est Chabbat, et elle se taisait. Dans le Yerouchalmi, halakha 3, il est dit aussi : c'est avec peine qu'on a permis de saluer le Chabbat. "Et en ne disant pas de parole" : la parole est interdite, la pensée est permise. Rabbi Hiya bar Achi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : d'où tire-t-on de la Torah le changement de vêtements ? Du verset "il ôtera ses vêtements et revêtira d'autres vêtements" ; et l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : les vêtements dans lesquels il a cuisiné pour son maître, qu'il ne verse pas en eux la coupe à son maître. "Que ta démarche du Chabbat ne soit pas comme ta démarche de semaine" : qu'est-ce que c'est ? Comme ce qu'a dit Rabbi Zeira au nom de Rav Houna : s'il marchait le Chabbat et rencontrait un canal d'eau, s'il peut poser le premier pied avant de lever le second, c'est permis ; sinon, c'est interdit. Mar Zoutra objecta : comment ferait-il ? S'il le contourne, il allonge la marche ; s'il traverse dans l'eau, parfois ses vêtements se mouillent et il en vient à les essorer. Mais dans ce cas, puisqu'il n'y a pas d'autre moyen, c'est bien. Plutôt (il s'agit) de ce que Rabbi demanda à Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi : peut-on faire de grands pas le Chabbat ? Il lui répondit : même en semaine, l'a-t-on permis ? Car je dis : un grand pas enlève un cinq-centième de la lumière des yeux de l'homme, et on la lui rend par le kiddouch du soir, quand il boit la coupe du kiddouch. Courir le Chabbat vers la maison d'étude est bien, car nous disons au premier chapitre de Berakhot (6b) : Rabbi Zeira a dit : au début, quand je voyais les Rabbanan courir le Chabbat vers le cours, je disais : les Rabbanan profanent le Chabbat. Quand j'ai entendu ce qu'a dit Rabbi Tanhoum au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : "un homme doit toujours courir vers une parole de halakha, même le Chabbat, comme il est dit : ils marcheront derrière Hachem (Osée 11, 10)", moi aussi je cours.
💡 Explication

Plier un vêtement lui redonne sa forme : c'est proche de la réparation (tikoun). L'école de Rabbi Yannai limite donc la permission à quatre conditions cumulatives : une seule personne, vêtement neuf, blanc, et pas de rechange pour le jour même. Chaque condition écarte un cas où le pliage répare davantage le vêtement.

Tossefot en tire que, dans les conditions de son époque où l'on a de quoi changer, le pliage est interdit. Le Roch cite toute la suite de la sougya jusqu'en 113b (démarche, paroles, grands pas).

🖼️ Schéma
Plier un vêtement le Chabbat : les quatre conditions (seg. 11-12) Une seule personne ? non -> deux personnes : interdit oui Vêtement neuf ? non -> vieux : interdit oui Vêtement blanc ? non -> teint : interdit oui Pas de rechange ? non -> à de quoi changer : interdit oui -> PERMIS de plier Rav Houna : sans rechange, laisser pendre ses habits
Les quatre conditions cumulatives pour plier un vêtement le Chabbat.
13
תַּנָּא: שֶׁל בֵּית רַבָּן גַּמְלִיאֵל לֹא הָיוּ מְקַפְּלִים כְּלֵי לָבָן שֶׁלָּהֶן, מִפְּנֵי שֶׁהָיָה לָהֶן לְהַחֲלִיף. אָמַר רַב הוּנָא: אִם יֵשׁ לוֹ לְהַחֲלִיף — יַחֲלִיף, וְאִם אֵין לוֹ לְהַחֲלִיף — יְשַׁלְשֵׁל בִּבְגָדָיו. מַתְקִיף לַהּ רַב סָפְרָא: וְהָא מִיתְחֲזֵי כְּרָמוּת רוּחָא. כֵּיוָן דְּכָל יוֹמָא לָא קָעָבֵיד, וְהָאִידָּנָא הוּא דְּקָא עָבֵיד — לָא מִיתְחֲזֵי כְּרָמוּת רוּחָא.

On a enseigné : ceux de la maison de Rabban Gamliel ne pliaient pas leurs vêtements blancs, parce qu'ils avaient de quoi changer. Rav Houna a dit : s'il a de quoi changer, qu'il change ; et s'il n'a pas de quoi changer, qu'il laisse pendre ses vêtements.

Rav Safra objecta : mais cela ressemble à de l'orgueil ! Puisqu'il ne le fait pas chaque jour, et qu'il le fait maintenant, cela ne ressemble pas à de l'orgueil.

📜 Rachi (3)
כְּלֵי לָבָן שֶׁלָּהֶן רְבוּתָא נְקַט וְכָל שֶׁכֵּן צְבוּעִים:
Leurs vêtements blancs : il cite le cas le plus fort, et à plus forte raison les teints.
יֵשׁ לוֹ לְהַחֲלִיף יַחֲלִיף מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ בְּגָדִים לְבַד מֵאוֹתָן שֶׁלָּבַשׁ בְּחוֹל יַחֲלִיפֵם בְּשַׁבָּת:
S'il a de quoi changer, qu'il change : celui qui a des vêtements en plus de ceux qu'il porte en semaine, qu'il les change le Chabbat.
יְשַׁלְשֵׁל בִּבְגָדָיו כְּלַפֵּי מַטָּה שֶׁיִּרְאוּ אֲרֻוכִּים וְהוּא מִדַּת עֲשִׁירִים הַיּוֹשְׁבִים בְּבֵיתָם וְאֵינָם צְרִיכִים לְסַלֵּק בִּגְדֵיהֶם מִן הָאָרֶץ בִּשְׁבִיל מְלָאכָה וּכְבוֹד שַׁבָּת הוּא:
Qu'il laisse pendre ses vêtements : vers le bas, pour qu'ils paraissent longs ; c'est la manière des riches assis chez eux, qui n'ont pas besoin de relever leurs vêtements du sol pour travailler ; et c'est un honneur pour le Chabbat.
💡 Explication

Honneur du Chabbat par le vêtement : qui a d'autres habits les met ; qui n'en a pas laisse pendre ses habits (yechalchel), à la manière des gens aisés qui ne les relèvent pas pour travailler.

Rav Safra y voit un risque d'orgueil (ramout rouha). Réponse : on ne le fait que le Chabbat, chacun comprend que c'est pour honorer le jour.

14
״וְכִבַּדְתּוֹ מֵעֲשׂוֹת דְּרָכֶיךָ״. ״וְכִבַּדְתּוֹ״ — שֶׁלֹּא יְהֵא מַלְבּוּשְׁךָ שֶׁל שַׁבָּת כְּמַלְבּוּשְׁךָ שֶׁל חוֹל, וְכִי הָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן קָרֵי לְמָאנֵיהּ ״מְכַבְּדוֹתַי״. ״מֵעֲשׂוֹת דְּרָכֶיךָ״ — שֶׁלֹּא יְהֵא הִילּוּכְךָ שֶׁל שַׁבָּת כְּהִילּוּכְךָ שֶׁל חוֹל. ״מִמְּצוֹא חֶפְצְךָ״ — חֲפָצֶיךָ אֲסוּרִין, חֶפְצֵי שָׁמַיִם מֻותָּרִין. ״וְדָבָר דָּבָר״ —

"Et tu l'honoreras en ne faisant pas tes chemins" (Isaie 58, 13). "Et tu l'honoreras" : que ton vêtement du Chabbat ne soit pas comme ton vêtement de semaine, comme Rabbi Yo'hanan qui appelait ses vêtements "ceux qui m'honorent".

"En ne faisant pas tes chemins" : que ta démarche du Chabbat ne soit pas comme ta démarche de semaine. "En ne trouvant pas ton affaire" : tes affaires sont interdites, les affaires du Ciel sont permises.

"Et en ne disant pas de parole" :

📜 Rachi (4)
מְכַבְּדוֹתַי שֶׁמְּכַבְּדִין בַּעֲלֵיהֶן:
Ceux qui m'honorent : car ils honorent leurs propriétaires.
שֶׁלֹּא יְהֵא הִילּוּכְךָ כו' לְקַמָּן מְפָרֵשׁ לְהוּ:
Que ta démarche ne soit pas, etc. : il l'explique plus loin.
מִמְּצוֹא חֶפְצְךָ כִּי הַהוּא דְּאָמְרִינַן בְּעֵירוּבִין (דַּף לח:) לֹא יְטַייֵּל אָדָם לְסוֹף שָׂדֵהוּ בְּשַׁבָּת לֵידַע מַה הִיא צְרִיכָה [אַחַר הַשַּׁבָּת]:
En ne trouvant pas ton affaire : comme ce que nous disons dans Erouvin (38b) : un homme ne se promènera pas au bout de son champ le Chabbat pour savoir ce dont il a besoin (après le Chabbat).
חֶפְצֵי שָׁמַיִם מֻותָּרִים כְּגוֹן פּוֹסְקִים צְדָקָה וּמְשַׁדְּכִין עַל הַתִּינוֹקוֹת לֵיאָרֵס (לְקַמָּן שַׁבָּת קנ.):
Les affaires du Ciel sont permises : par exemple fixer (des dons de) tsedaka et arranger les fiançailles des enfants (plus loin, Chabbat 150a).
🪔 Ben Yehoyada (1)
'וְכִבַּדְתּוֹ' שֶׁלֹּא יְהֵא מַלְבּוּשְׁךָ שֶׁל שַׁבָּת כְּמַלְבּוּשְׁךָ שֶׁל חָל. קַשָּׁא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'וְכִבַּדְתּוֹ' שֶׁתַּחֲלִיף בְּגָדֶיךָ בְּשַׁבָּת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז לְפִי דַּרְכּוֹ בָּזֶה, דְּאַף עַל פִּי שֶׁמַּחֲלִיף יִזָּהֵר שֶׁלֹּא יִהְיוּ מַלְבּוּשָׁיו דּוֹמִין בְּמַרְאֵיהֶם וְצוּרָתָם וְגוּפָם לְמַלְבּוּשׁ שֶׁל חוֹל דְּהָרוֹאֶהוּ חוֹשֵׁב שֶׁלּוֹבֵשׁ מַלְבּוּשׁ שֶׁל חוֹל וְלָזֶה דִּיֵּיק לוֹמַר שֶׁלֹּא יְהֵא מַלְבּוּשְׁךָ שֶׁל שַׁבָּת כְּמַלְבּוּשְׁךָ שֶׁל חָל, רְצוֹנוֹ לוֹמַר דּוֹמֶה לוֹ וְאַף עַל פִּי שֶׁהוּא בֶּגֶד אַחֵר מִשּׁוּם דְּאֵין נִיכָּר בָּזֶה כְּבוֹד שַׁבָּת. אַךְ עֲדַייִן קְשָׁא לָמָּה מְפָרֵשׁ הַכָּבוֹד עַל מַלְבּוּשִׁים דַּוְקָא וְלָאו מְפָרֵשׁ לֵיהּ עַל אֲכִילָה גַּם כֵּן? דְּהָא בְּכִיבּוּד אָב וָאֵם אָמְרִינַן (קִדּוּשִׁין לא:) אֵיזֶהוּ כָּבוֹד? מַאֲכִילוֹ וּמַשְׁקֵהוּ וּמַלְבִּישׁוֹ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּעַל אֲכִילָה לֹא אֶפְשָׁר לוֹמַר שֶׁלֹּא יְהֵא מַאֲכָלְךָ שֶׁל שַׁבָּת כְּמַאֲכָלְךָ שֶׁל חוֹל, יַעַן כִּי עִיקַּר הָאֲכִילָה הוּא הַלֶּחֶם וְהַבָּשָׂר וְזֶה גַּם בְּחוֹל מֻוכְרָח לֶאֱכֹל. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד דְּמִסְתַּבְּרָא לְפָרֵשׁ 'וְכִבַּדְתּוֹ' עַל מַלְבּוּשִׁים טְפֵי מֵאֲכִילָה, כִּי בַּאֲכִילָה אֵינוֹ נִיכָּר הַכָּבוֹד אֶלָּא בְּשָׁעָה אַחַת שֶׁאוֹכֵל בָּהּ, וְגַם הוּא דַּוְקָא בְּבֵיתוֹ עַל שֻׁלְחָנוֹ, מַה שֶׁאֵין כֵּן כְּבוֹד הַמַּלְבּוּשִׁים הוּא כָּל הַיּוֹם, וְגַם הוּא כָּל הַיּוֹם שֶׁלּוֹבֵשׁ הוּא נִרְאֶה בַּחוּץ לְעֵינֵי בְּנֵי אָדָם.
"Et tu l'honoreras" : que ton vêtement du Chabbat ne soit pas comme ton vêtement de semaine. Difficulté : il aurait dû dire "et tu l'honoreras" : que tu changes tes vêtements le Chabbat ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là une allusion selon sa méthode : même s'il change, qu'il prenne garde que ses vêtements ne ressemblent pas, par leur aspect, leur forme et leur matière, au vêtement de semaine, car celui qui le voit pense qu'il porte un vêtement de semaine. C'est pourquoi il a pris soin de dire "que ton vêtement du Chabbat ne soit pas comme ton vêtement de semaine", c'est-à-dire semblable à lui, même si c'est un autre vêtement, car l'honneur du Chabbat n'y est pas visible. Mais il reste difficile : pourquoi explique-t-il l'honneur précisément par les vêtements, et ne l'explique-t-il pas aussi par la nourriture ? Car pour l'honneur du père et de la mère nous disons (Kiddouchin 31b) : qu'est-ce que l'honneur ? Il le nourrit, le fait boire et l'habille. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que pour la nourriture on ne peut pas dire "que ta nourriture du Chabbat ne soit pas comme ta nourriture de semaine", car l'essentiel de la nourriture est le pain et la viande, et cela, même en semaine, on est obligé de le manger. Autre réponse, il me semble, avec l'aide du Ciel : il est plus logique d'expliquer "et tu l'honoreras" par les vêtements que par la nourriture, car dans la nourriture l'honneur n'est visible qu'au moment où l'on mange, et seulement chez soi à sa table ; tandis que l'honneur des vêtements dure toute la journée, et toute la journée où on les porte, on est vu dehors par les gens.
💡 Explication

La Guemara commente Isaie 58, 13 mot par mot. Vekhibadto (et tu l'honoreras) vise le vêtement ; me-assot derakhekha (en ne faisant pas tes chemins) vise la démarche, expliquée en 113b ; mi-metso heftsekha (en ne trouvant pas ton affaire) interdit les affaires profanes et permet les heftsei chamayim (affaires du Ciel : tsedaka, fiançailles). La phrase sur la parole continue en 113b.

Le Ben Yehoyada explique pourquoi l'honneur est lié au vêtement plutôt qu'à la nourriture : le vêtement se voit toute la journée, et le repas de base (pain, viande) est le même en semaine.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).