Shabbat 118b — La récompense du délice du Chabbat ; les 'yehe helki' de Rabbi Yossi et les 'titei li' des Amoraim

Shabbat 118b

Sougya : Le daf poursuit la section aggadique ouverte en 118a sur la récompense de celui qui fait du Chabbat un délice (oneg) : un héritage sans limites comme celui de Yaakov, la délivrance de l'asservissement des exils, l'accomplissement des désirs du cœur ; puis le pardon accordé à celui qui garde le Chabbat selon sa halakha, et la délivrance qui aurait suivi un premier Chabbat, ou suivrait deux Chabbats, gardés selon les règles. Vient ensuite la série des souhaits de Rabbi Yossi, 'que mon lot soit parmi...' (trois repas, Pessouqei dezimra, prière au rougeoiement du soleil, entrer tôt et sortir tard du Chabbat...), et ses déclarations de pudeur et de droiture.

Le daf se termine par les 'titei li' des Amoraim, qui nomment chacun la mitsva qu'ils ont accomplie avec un soin particulier.

Le fil du daf : récompenses du Chabbat, souhaits de Rabbi Yossi, titei li 1. Récompense du Chabbat (seg. 0-3) Oneg Chabbat héritage sans limites (Yaakov) Oneg Chabbat sauvé de l'asservissement des exils Oneg Chabbat les désirs de son cœur Garder selon la halakha pardon, même pour l'idolâtrie 1er Chabbat : pas de domination 2 Chabbats : délivrance immédiate 2. Rabbi Yossi (seg. 4-11) 'Que mon lot soit parmi...' ceux qui mangent 3 repas Pessouqei dezimra chaque jour prière au rougeoiement du soleil entrer tôt, sortir tard du Chabbat faire asseoir au beit hamidrach collecteurs de tsedaqa soupçonnés sans fondement 'De ma vie...' 5 fils, 5 cèdres ma femme = ma maison pudeur (mila, tunique) j'écoute mes collègues je ne me rétracte pas 3. Titei li des Amoraim (seg. 12-13) 'Qu'il me soit compté...' Rav Nahman : 3 repas Rav Yehouda : iyoun tefila Rav Houna b. R. Yehochoua : tête couverte (4 coudées) Rav Chechet : tefilin Rav Nahman : tsitsit Rabba : tsitsit (l'escalier) Abaye : siyoum (suite 119a) Lien : le Chabbat (oneg, 3 repas) ouvre les deux listes ; chacun nomme la mitsva qu'il a accomplie avec soin
Structure du daf : les récompenses du Chabbat, les souhaits et déclarations de Rabbi Yossi, puis les 'titei li' des Amoraim.
Quel héritage pour celui qui fait du Chabbat un délice ? Avraham : non ce pays-ci 'Parcours le pays en long et en large' Rachi : ce pays et pas plus Yitshak : non ces terres-ci 'Je donnerai toutes ces terres' Rachi : ces terres, rien de plus Yaakov : oui nord sud ouest est 'Tu te répandras à l'ouest, l'est...' héritage sans limites
Les trois héritages comparés : celui de Yaakov, sans frontières dans les quatre directions, est promis à celui qui fait du Chabbat un délice.
1
נַחֲלַת יַעֲקֹב אָבִיךָ וְגוֹ׳״. לֹא כְּאַבְרָהָם, שֶׁכָּתוּב בּוֹ ״קוּם הִתְהַלֵּךְ בָּאָרֶץ לְאָרְכָּהּ וְגוֹ׳״. וְלֹא כְּיִצְחָק, שֶׁכָּתוּב בּוֹ ״כִּי לְךָ וּלְזַרְעֲךָ אֶתֵּן אֶת כָּל הָאֲרָצֹות הָאֵל״. אֶלָּא כְּיַעֲקֹב, שֶׁכָּתוּב בּוֹ ״וּפָרַצְתָּ יָמָּה וָקֵדְמָה וְצָפֹונָה וָנֶגְבָּה״.

'... l'héritage de Yaakov ton père', etc. Non comme Avraham, dont il est écrit : 'Lève-toi, parcours le pays en sa longueur', etc. ; ni comme Yitshak, dont il est écrit : 'Car à toi et à ta descendance Je donnerai toutes ces terres' ; mais comme Yaakov, dont il est écrit : 'Tu te répandras à l'ouest et à l'est, au nord et au sud'.

📜 Rachi (3)
נַחֲלַת יַעֲקֹב וְלֹא נַחֲלַת אַבְרָהָם וְיִצְחָק:
L'héritage de Yaakov : et non l'héritage d'Avraham et de Yitshak.
לְאָרְכָּהּ וּלְרָחְבָּהּ אֶרֶץ זוֹ וְלֹא יוֹתֵר:
En sa longueur et en sa largeur : ce pays-ci et pas davantage.
הָאֲרָצֹות הָאֵל וְתוּ לָא:
Ces terres : et rien de plus.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֶלָּא כְּיַעֲקֹב שֶׁכָּתוּב בּוֹ: "וּפָרַצְתָּ יָמָּה וָקֵדְמָה וְצָפֹנָה וָנֶגְבָּה". נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם שֶׁיִּהְיֶה כְּיַעֲקֹב, דְּאִיתָא בְּיַלְקוּט רְאוּבֵנִי בְּשֵׁם רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, דְּזִוּוּג הָרִאשׁוֹן שֶׁל יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה כְּשֶׁבָּא עַל לֵאָה הָיָה בְּלֵיל שַׁבָּת עַיֵּין שָׁם. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד טַעַם נָכוֹן עַל אֲשֶׁר הֶחֱלִיף לָבָן אֶת רָחֵל בְּלֵאָה וְלֹא רָאָה אוֹתָהּ יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה בְּחוּשׁ הָרֵיאוֹת, דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּמִּדְרָשׁ (בְּרֵאשִׁית רַבָּה ע, יט) קֹודֶם שֶׁנִּכְנַס יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה לְחֶדֶר, שָׁלַח לָבָן אֶת הַתִּינֹוקֶת לְכַבּוֹת הַנֵּרוֹת, וְקַשָּׁא הָיָה לוֹ לְהַדְלִיק הַנֵּר וְיַרְאֶנָּה בְּחוּשׁ הָרֵיאוֹת וְלָמָּה סָמַךְ עַל הַסִּימָנִים? אַךְ כֵּיוָן דְּשַׁבָּת הָיָה וְהָאָבוֹת שָׁמְרוּ שַׁבָּת לְכָךְ לֹא הִדְלִיק הַנֵּר. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד הַטַּעַם שֶׁקְּרָאַתּוּ לְבָנָה הָרִאשׁוֹן רְאוּבֵן, כִּי הִיא נִתְעַבְּרָה בּוֹ בְּאוֹתָהּ לַיְלָה, וּמִי גָּרַם לָהּ שֶׁיִּהְיֶה לָהּ זֶה הַבֵּן הָאוֹר אֲשֶׁר נִסְתַּלֵּק אוֹתָהּ לַיְלָה מִן הַחֶדֶר, וְלָזֶה קְרָאַתּוּ רְאוּבֵן שֶׁהוּא 'אוֹר בֵּן' וְנִרְאֶה שֶׁכָּךְ הָיָה בְּדַעְתּוֹ שֶׁל יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה לַעֲשׂוֹת זִוּוּגוֹ בְּשַׁבָּת מֵעֵת בּוֹאוֹ לְפַדַּן אֲרָם, וְנָתַן הַסִּימָנִים לְרָחֵל כְּדֵי שֶׁלֹּא יַחֲלִיף לָבָן, וְעַל כֵּן לֹא סָמַךְ עַל אוֹר הַנֵּר שֶׁיִּרְאֶנָּה בְּחוּשׁ הָרֵיאוֹת, אַךְ כֵּיוָן דְּרָצָה לְהִזְדַּווֵּג בְּשַׁבָּת אָמַר אוּלַי יִהְיֶה מִקְרֶה שֶׁיִּכְבֶּה הַנֵּר. עַל כֵּן נִמְצָא יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה חִיבֵּב אֶת הַשַּׁבָּת בְּיוֹתֵר שֶׁלֹּא רָצָה לְהִזְדַּווֵּג אֶלָּא בְּשַׁבָּת, כִּי גַּם לַיְלָה רִאשׁוֹנָה הִקְפִּיד לַעֲשׂוֹתָהּ בְּשַׁבָּת וְכָל שֶׁכֵּן שְׁאָר זִוּוּגִים שֶׁלּוֹ, לָכֵן זֶה הַמְעַנֵּג אֶת הַשַּׁבָּת נוֹתְנִין לוֹ כְּיַעֲקֹב שֶׁחִיבֵּב אֶת הַשַּׁבָּת בְּיוֹתֵר. אוֹ יוּבָן בס"ד, כִּי יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה הוּא קַו הָאֶמְצָעִי שֶׁהוּא בְּתִפְאֶרֶת, וְהַשַּׁבָּת הוּא אֶמְצָעִי דה"ו מִכָּאן ואב"ג מִכָּאן, לְכָךְ הַמְעַנֵּג אֶת הַשַּׁבָּת שֶׁהוּא אֶמְצָעִי זוֹכֶה לְנַחֲלָה כְּיַעֲקֹב שֶׁהוּא אֶמְצָעִי. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לָזֶה, דְּנַחֲלַת יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה ק דְּמַה ו צ פָּנָה ו י מַה ו נ גַּבָּהּ שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'קָצִין' וְהוּא תֹּואַר מַלְכוּת וּמֶמְשָׁלָה, וְהַמְעַנֵּג אֶת הַשַּׁבָּת שֶׁנִּקְרָא מֶלֶךְ כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (שַׁבָּת דַּף קיט.) בּוֹאוּ וְנֵצֵא לִקְרַאת שַׁבָּת מַלְכְּתָא יִזְכֶּה לְנַחֲלַת יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה שֶׁהִיא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'קָצִין'. וְנִרְאֶה דְּנַחֲלַת יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה ד' צְדָדִין כְּנֶגֶד ד' שְׁמוֹתָיו דְּשֵׁם יַעֲקֹב נִכְפַּל. וּמַה שֶׁאָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק נִצּוֹל מִשִּׁעְבּוּד מַלְכֻיוֹת , נִרְאֶה לִי בס"ד, דְּאִיתָא בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ (זֹהַר חֵלֶק ב, רז:) יוֹמָא דָּא מִתְעַטְּרָא בְּשֶׁבְּעַיִן עִטְרִין לְכָךְ נִיצּוֹל מִשִּׁעְבּוּד מַלְכֻיוֹת שֶׁהֵם שִׁבְעִים אֻומּוֹת. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּשַׁבָּת הוּא אֶחָד שֶׁאֵין לוֹ זוּג בַּיָּמִים, וְלָכֵן בִּזְכוּתוֹ יָבֹא אוֹת אָלֶף שֶׁמִּסְּפָרוֹ אֶחָד בְּתוֹךְ אוֹתִיּוֹת גּוֹלָה וְתִהְיֶה גְּאֻולָּה.
Mais comme Yaakov, dont il est écrit : 'Tu te répandras à l'ouest, à l'est, au nord et au sud'. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a une raison pour que ce soit comme Yaakov. On trouve dans le Yalqout Reouveni, au nom de notre maître le Ari z'l, que la première union de Yaakov notre père, lorsqu'il vint auprès de Léa, eut lieu la nuit du Chabbat ; voir là-bas. J'ai expliqué par là, avec l'aide du Ciel, une raison juste au fait que Lavan put substituer Léa à Rachel sans que Yaakov notre père la voie de ses yeux. Nos Sages ont dit dans le Midrach (Berechit Rabba 70, 19) qu'avant que Yaakov n'entre dans la chambre, Lavan envoya l'enfant éteindre les lampes. Or la difficulté est : il aurait dû allumer la lampe et la voir de ses yeux ; pourquoi s'est-il fié aux signes ? Mais puisque c'était Chabbat, et que les Patriarches gardaient le Chabbat, il n'alluma pas la lampe. J'ai expliqué par là aussi, avec l'aide du Ciel, pourquoi elle appela son premier fils Reouven : elle le conçut cette nuit-là, et ce qui lui valut ce fils fut la lumière qui avait été retirée de la chambre cette nuit-là ; c'est pourquoi elle l'appela Reouven, c'est-à-dire 'or ben' (lumière-fils). Il semble que telle était l'intention de Yaakov notre père dès son arrivée à Padan Aram : faire son union le Chabbat. Il donna des signes à Rachel pour que Lavan ne la substitue pas, et il ne compta pas sur la lumière de la lampe pour la voir de ses yeux ; puisqu'il voulait s'unir le Chabbat, il se dit que la lampe pourrait par hasard s'éteindre. Il en ressort que Yaakov notre père chérissait le Chabbat au plus haut point, puisqu'il ne voulait s'unir que le Chabbat : même la première nuit, il tint à la faire un Chabbat, et à plus forte raison ses autres unions. C'est pourquoi à celui qui fait du Chabbat un délice, on donne [un héritage] comme celui de Yaakov, qui chérissait le Chabbat au plus haut point. Ou bien on comprendra, avec l'aide du Ciel : Yaakov notre père est la ligne médiane, qui est dans Tiferet ; et le Chabbat est au milieu, avec [les jours] dalet-hé-vav d'un côté et alef-bet-guimel de l'autre. C'est pourquoi celui qui fait du Chabbat, qui est au milieu, un délice, mérite un héritage comme Yaakov, qui est au milieu. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, une autre raison : l'héritage de Yaakov notre père est Qédma (est), Tsafona (nord), Yama (ouest) et Néguba (sud), dont les initiales forment 'qatsin' (chef), terme de royauté et de domination ; et celui qui fait du Chabbat un délice — le Chabbat étant appelé roi, comme on l'a dit (Chabbat 119a) : 'Venez, sortons au-devant du Chabbat la reine' — mérite l'héritage de Yaakov notre père, dont les initiales forment 'qatsin'. Il semble aussi que l'héritage de Yaakov notre père, en quatre directions, correspond à ses quatre noms, car le nom Yaakov est redoublé. Quant à ce qu'a dit Rav Nahman bar Yitshak : 'il est sauvé de l'asservissement des royaumes', il me semble, avec l'aide du Ciel, [l'expliquer par ce qu']on trouve dans le saint Zohar (II, 207b) : 'Ce jour se couronne de soixante-dix couronnes' ; c'est pourquoi il est sauvé de l'asservissement des royaumes, qui sont les soixante-dix nations. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que le Chabbat est unique et n'a pas de partenaire parmi les jours ; c'est pourquoi, par son mérite, viendra la lettre alef, dont la valeur est un, à l'intérieur des lettres de 'gola' (exil), et ce sera 'geoula' (délivrance).
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב חִסְדָּא לְעוֹלָם יַשְׁכִּים אָדָם לְהוֹצָאַת שַׁבָּת שֶׁנֶּאֱמַר וְהָיָה בַּיּוֹם הַשִּׁשִּׁי וְהֵכִינוּ לְאַלְתַּר. אָמַר ר' אַבָּא חַיָּיב אָדָם לִבְצֹועַ עַל שְׁתֵּי כִכָּרוֹת בְּשַׁבָּת שֶׁנֶּאֱמַר לָקְטוּ לֶחֶם מִשְׁנֶה. אָמַר רַב אָשֵׁי חֲזֵינָא לֵיהּ לְרַב כָּהֲנָא דְּנָקֵיט תַּרְתֵּי וּבָצַע חֲדָא. רַבִּי זֵירָא בָּצַע אַכּוּלֵּיהּ שֵׁירוּתָא א"ל רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי וְהָא מִיחְזֵי כְּרַעַבְתָנוּתָא א"ל כֵּיוָן דְּכָל יוֹמָא לָא עָבֵיד הָכִי וְהָאִידָּנָא עֲבִיד לָא מִיחְזֵי כְּרַעַבְתָנוּתָא רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי כִּי מִיקְּלַע לְהוּ רִיפְתָּא דְעֵירוּבָא שָׁרוּ עָלֶיהָ הַמּוֹצִיא אָמְרִי הוֹאִיל וְאִיתְעֲבִיד בַּהּ חֲדָא מִצְוָה נִיעַבֵּיד בָּהּ מִצְוָה אַחֲרִיתִי: כֵּיצַד נָפְלָה דְּלֵיקָה וְכוּ'. ת"ר כַּמָּה סְעוּדוֹת חַייָּב אָדָם לֶאֱכוֹל בַּשַּׁבָּת שָׁלֹשׁ. ר' חַדְּקָא אוֹמֵר אַרְבַּע. א"ר יוֹחָנָן וּשְׁנֵיהֶם מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אִכְלֻוהוּ הַיּוֹם כִּי שַׁבָּת הַיּוֹם לַה' הַיּוֹם לֹא תִמְצָאֻוהוּ וְגוֹ' רַבִּי חַדְּקָא סָבַר הָנָךְ תְּלָתָא דִּכְתִיבִי לְבַר מִדְּאֻורְתָּא וְרַבָּנַן סָבְרִי בַּהֲדֵי דְּאוּרְתָּא: ת"ר מְדִיחִין כֵּלִים בְּשַׁבָּת לְצֹורֶךְ שַׁבָּת כֵּיצַד קְעָרוֹת שֶׁאָכַל בָּהֶן עַרְבִית מַדִּיחָן לֶאֱכוֹל בָּהֶן שַׁחֲרִית שַׁחֲרִית מַדִּיחָן לֶאֱכוֹל בָּהֶן בַּמִּנְחָה מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה לֹא יְדִיחֵם. אֲבָל כּוֹסוֹת וְקִתּוֹנִיּוֹת וּצְלוֹחִית מַדִּיחַ וְהוֹלֵךְ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ לְפִי שֶׁאֵין קֶבַע לִשְׁתִייָּה מִכָּאן מוּכָח דִּקְבִיעַת זְמַן סְעוּדָה שְׁלִישִׁית הִיא מִשֶּׁתַּגִּיעַ זְמַן הַמִּנְחָה וְלֹא קֹודֶם. וְאוֹתָן שֶׁמַּפְסִיקִין סְעוּדַת שַׁחֲרִית לִשְׁתַּיִם קֹודֶם זְמַן הַמִּנְחָה לֹא יָפֶה הֵם עוֹשִׂין. וְכֵן מַשְׁמַע בְּפ"ק דִּפְסָחִים דַּף יג. דְּתַנְיָא י"ד שֶׁחָל בְּשַׁבָּת מְבַעֲרִין אֶת הַכֹּל מִלִּפְנֵי הַשַּׁבָּת וּמְשַׁיְּירִין מְזוֹן שְׁתֵּי סְעוּדוֹת וּסְעוּדָה שְׁלִישִׁית א"צ לְשַׁייֵּר דְּחָמֵץ אָסוּר מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה אַלְמָא שֶׁאֵין זְמַנָּהּ אֶלָּא בְּמִנְחָה וְהַךְ רְאָיָה אֵין נ"ל דְּאַף אִם יַחֲלֹוק סְעוּדָה אַחַת לִשְׁתַּיִם מְזוֹן סְעוּדָה אַחַת הִיא: א"ר שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי אָמַר רִיבָּ"ל מִשּׁוּם בַּר קַפָּרָא כָּל הַמְקַיֵּים שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת בְּשַׁבָּת נִצּוֹל מִשָּׁלֹשׁ פֻּורְעָנִיּוֹת מֵחֶבְלוֹ שֶׁל מָשִׁיחַ וּמִדִּינָהּ שֶׁל גֵּיהִנָּם וּמִמִּלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג. מֵחֶבְלוֹ שֶׁל מָשִׁיחַ כְּתִיב הָתָם לִפְנֵי בָּא יוֹם וּכְתִיב הָכָא יוֹם. וּמְדִינָה שֶׁל גֵּיהִנָּם כְּתִיב הָכָא יוֹם וּכְתִיב הָתָם יוֹם עֶבְרָה. וּמִמִּלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג כְּתִיב הָכָא יוֹם וּכְתִיב הָתָם בְּיוֹם בֹּא גּוֹג וְגוֹ'. א"ר יוֹחָנָן מִשּׁוּם ר' יוֹסֵי כָּל הַמְעַנֵּג אֶת הַשַּׁבָּת נוֹתְנִין לוֹ נַחֲלָה בְּלֹא מְצָרִים שֶׁנֶּאֱמַר אָז תִּתְעַנַּג עַל ה' וְגוֹ' וְהַאֲכַלְתִּיךָ נַחֲלַת יַעֲקֹב. לֹא כְּאַבְרָהָם שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ קוּם הִתְהַלֵּךְ בָּאָרֶץ וְגוֹ' וְלֹא כְּיִצְחָק שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ לְךָ וּלְזַרְעֲךָ אֶתֵּן אֶת כָּל הָאֲרָצֹות הָאֵל אֶלָּא כְּיַעֲקֹב שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ וּפָרַצְתָּ יָמָּה וָקֵדְמָה וְצָפֹונָה וָנֶגְבָּה רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר אַף נִצּוֹל מִשִּׁעְבּוּד גָּלִיּוֹת כְּתִיב הָכָא וְהִרְכַּבְתִּיךָ עַל בָּמֳותֵי אָרֶץ וּכְתִיב הָתָם עַל בָּמוֹתֵימוֹ תִּדְרוֹךְ: אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב כָּל הַמְעַנֵּג אֶת הַשַּׁבָּת נוֹתְנִין לוֹ מִשְׁאֲלוֹת לִבּוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וְהִתְעַנַּג עַל ה' וְיִתֶּן לְךָ מִשְׁאֲלֹות לִבֶּךָ עֹונֶג זֶה אֵינִי יוֹדֵעַ מַהוּ כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר וְקָרָאתָ לַשַּׁבָּת עֹונֶג הֱוֵי אוֹמֵר זֶה עֹונֶג שַׁבָּת: בַּמֶּה מֵעָנְגּוֹ אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב בְּתַבְשִׁיל שֶׁל תְּרָדִין וְדָגִים גְּדוֹלִים וְרָאשֵׁי שׁוּמִין. רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי אָמַר אֲפִילּוּ דָּבָר מוּעָט וַעֲשָׂאוֹ לִכְבוֹד שַׁבָּת הָוֵי עֹונֶג. מַאי הִיא אָמַר רַב פָּפָּא כָּסָא דְהַרְסָנָא: א"ר חַייָּא בַּר אַבָּא א"ר יוֹחָנָן כָּל הַמְשַׁמֵּר שַׁבָּת כְּהִלְכָתָהּ אַפֵּי' עוֹבֵד ע"ז כַּדּוּר שֶׁל אֱנוֹשׁ מוֹחֲלִין לוֹ שֶׁנֶּאֱמַר אַשְׁרֵי אֱנוֹשׁ יַעֲשֶׂה זֹּאת שׁוֹמֵר שַׁבָּת מֵחַלְּלוֹ אַל תִּקְרֵי מֵחַלְּלוֹ אֶלָּא מָחוּל לוֹ. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב אִלְמָלֵי שָׁמְרוּ יִשְׂרָאֵל שַׁבָּת רִאשׁוֹנָה לֹא שָׁלְטָה בָּהֶן אֻומָּה וְלָשׁוֹן שֶׁנֶּאֱמַר וַיְהִי בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי יָצְאוּ מִן הָעָם לִלְקֹוט וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ וַיָּבֹא עֲמָלֵק. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי אִלְמָלֵי מְשַׁמְּרִין. יִשְׂרָאֵל שְׁתֵּי שַׁבָּתוֹת מִיָּד נִגְאָלִין שֶׁנֶּאֱמַר כֹה אָמַר ה' לַסָּרִיסִים אֲשֶׁר יִשְׁמְרוּ אֶת שַׁבְּתוֹתַי וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ וַהֲבִיאוֹתִים אֶל הַר קָדְשִׁי. א"ר יוֹסֵי יְהֵא חֶלְקִי מֵאוֹכְלֵי שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת בַּשַּׁבָּת. וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי יְהֵא חֶלְקִי מִגּוֹמְרֵי הַלֵּל בְּכָל יוֹם וְהָאָמַר מָר הָאוֹמֵר הַלֵּל בְּכָל יוֹם הֲרֵי זֶה מְחָרֵף וּמְגַדֵּף כִּי קָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בִּפְסוּקֵי דְּזִמְרָא. וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי יְהֵא חֶלְקִי עִם מַכְנִיסֵי שַׁבָּת בִּטְבֶרְיָא וְעִם מוֹצִיאֵי שַׁבָּת בְּצִיפּוֹרִי. ר' חֲנִינָא מְעַטֵּף וְקָאֵי אָפְנִיָּה דְּשַׁבְּתָא וְאוֹמֵר בּוֹאוּ וְנֵצֵא לִקְרַאת שַׁבָּת מַלְכְּתָא. ר' יַנַּאי אָמַר בּוֹאִי כַלָּה בּוֹאִי כַלָּה: רַבָּה בַּר רַב הוּנָא אִיקְּלַע לְבֵי רַבָּה בַּר רַב נַחְמָן קָרִיבוּ לֵיהּ תְּלֵיסַר סְאֵי טָחֵי אָמַר לָהֶן מִי הֲוָה יָדְעִיתוּן דְּקָאָתֵינָא דְּטָרְחִיתוּן כֻּולֵּי הַאי אָמְרוּ לֵיהּ וּמִי עֲדִיפַת לָן מִינָּהּ. ר' אַבָּא הֲוָה זָבִין בִּשְׂרָא בִּתְלֵיסַר אִיסְתְּרִי פְּשִׁיטֵי מִתְּלֵיסַר טַבָּחֵי וּמְשַׁלֵּם לְהוּ אַצִּנּוֹרָא דְּדַשָּׁא וַאֲמַר לְהוּ אַשּׁוּר הַאי אַשּׁוּר הַאי. ר' אֲבָהוּ הֲוָה יָתֵיב אַתַּכְתָּקָא דְשִׁינָּא וּמְשַׁיֵּף נוּרָא. רַב עָנָן לָבֵישׁ גֻּונְדָּא דְּתָנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּגָדִים שֶׁבִּשֵּׁל בָּהֶן קְדֵרָה לְרַבּוֹ לֹא יִמְזֹוג בָּהֶן כּוֹס לְרַבּוֹ. רַב סָפְרָא מְחָרֵיךְ רֵישָׁא. רָבָא מִלַּת שִׁיבּוּטָא. רַב הוּנָא מַדְלִיק שְׁרָגָא. רַב פָּפָּא גָּדֵיל פְּתִילָתָא. רַב חִסְדָּא פָּרֵים סִילְקָא. רַבָּה וְרַב יוֹסֵף מְצַלְּחִי צִיבֵי. רַבִּי זֵירָא מְצַתֵּת צַתּוֹתֵי. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק מְכַתֵּף וְעָיֵיל מְכַתֵּף וְנָפֵיק אָמַר אִלּוּ מִיקַּלְעָן לִי ר' אַמִּי וְר' אַסִּי מִי לָא מְכַתֵּיפְנָא קַמַּייְהוּ. אִיכָּא דְאָמְרִי ר' אַמִּי וְר' אַסִּי הָווּ מְכַתְּפִי וְעָיְילִי מְכַתְּפִי וְנָפְקִי אָמְרִי אִילּוּ מִיקְלַע ר' יוֹחָנָן מִי לָא מְכַתְּפִינַן קַמֵּיהּ. בָּעֵי מִינֵּיהּ רַבִּי מַר' יִשְׁמָעֵאל בַּר' יוֹסֵי עֲשִׁירִים שֶׁבְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל בַּמָּה הֵן זוֹכִין. בִּשְׁבִיל שֶׁמְּעַשְּׂרִין דִּכְתִיב עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר עַשֵּׂר בִּשְׁבִיל שֶׁתִּתְעַשֵּׁר. עֲשִׁירִים שֶׁבְּבָבֶל בַּמָּה הֵן זוֹכִין בִּזְכוּת שֶׁמְּכַבְּדִין אֶת הַתּוֹרָה. בִּשְׁאָר אֲרָצוֹת בַּמָּה הֵן זוֹכִין בִּזְכוּת שֶׁמְּכַבְּדִין אֶת הַשַּׁבָּת: א"ר חַיָּיא בַּר אַבָּא א"ר יוֹחָנָן פַּעַם אַחַת נִתְאָרַחְתִּי אֵצֶל בַּעַל הַבַּיִת בְּלוּדְקִיָּא וְהֵבִיאוּ לְפָנָיו שֻׁולְחָן שֶׁל זָהָב מַשּׂוֹי שִׁשָּׁה עָשָׂר בְּנֵי אָדָם וְשִׁשָּׁה עָשָׂר שַׁלְשְׁלָאוֹת שֶׁל כֶּסֶף קְבוּעוֹת בּוֹ וּקְעָרוֹת וְכוֹסוֹת וּצְלוֹחִיּוֹת קְבוּעוֹת בּוֹ וְעָלָיו כָּל מִינֵי מַאֲכָל וּמִשְׁתֶּה וּכְשֶׁהָיוּ מַנִּיחִין אוֹתוֹ אוֹמְרִים לַה' הָאָרֶץ וּמְלוֹאָהּ וּכְשֶׁהָיוּ מְסַלְּקִין אוֹתוֹ אוֹמְרִים הַשָּׁמַיִם שָׁמַיִם לַה' וְהָאָרֶץ נָתַן לִבְנֵי אָדָם. אָמַרְתִּי לוֹ בְּנִי בַּמֶּה זָכִיתָ לְכָךְ אָמַר לִי קַצָּב הָיִיתִי וְכָל בְּהֵמָה נָאָה שֶׁמָּצָאתִי אָמַרְתִּי זוֹ לִכְבוֹד שַׁבָּת. אָמַרְתִּי לוֹ אַשְׁרֶיךָ שֶׁזָּכִיתָ וּבָרוּךְ הַמָּקוֹם שֶׁזִּיכְּךָ לְכָךְ. גָּרְסִי' בְּפֶרֶק י"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת בע"ש דַּף טו: תָּנֵי רַב תַּחְלִיפָא אֲחוּהּ דְּרַבְנַאי חוֹזָאָה כָּל מְזוֹנוֹתָיו שֶׁל אָדָם קְצוּבִין לוֹ מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה וְעַד רֹאשׁ הַשָּׁנָה חוּץ מֵהוֹצָאַת שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב וְהוֹצָאַת בָּנָיו לְתַלְמוּד תּוֹרָה שֶׁאִם פִּיחֵת פּוֹחֲתִין לוֹ וְאִם מוֹסִיף מוֹסִיפִין לוֹ. תַּנְיָא אָמְרוּ עָלָיו עַל שַׁמַּאי הַזָּקֵן שֶׁכָּל יָמָיו הָיָה אוֹכֵל לִכְבוֹד שַׁבָּת. מָצָא בְּהֵמָה נָאָה אוֹמֵר זוֹ לִכְבוֹד שַׁבָּת מָצָא אַחֶרֶת נָאָה הֵימֶנָּה מַנִּיחַ אֶת הַשְּׁנִיָּה וְאוֹכֵל הָרִאשׁוֹנָה. אֲבָל הִלֵּל הַזָּקֵן מִדָּה אַחֶרֶת הָיְתָה לוֹ כָּל מַעֲשָׂיו הָיוּ לְשֵׁם שָׁמַיִם שֶׁנֶּאֱמַר בָּרוּךְ ה' יוֹם יוֹם: אֲמַר לֵיהּ רֵישׁ גָּלוּתָא לְרַב הַמְנוּנָא מַאי דִּכְתִיב וְלִקְדוֹשׁ ה' מְכֻובָּד אֲמַר לֵיהּ זֶהוּ יוֹם כִּפּוּרִים שֶׁאֵין בּוֹ אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה אָמְרָה תּוֹרָה כַּבְּדֵהוּ בִּכְסוּת נְקִיָּה וּכְתִיב בְּאוּרִים כִּבְּדוּ ה' וּמְתַרְגְּמִינַן בְּפַנָּסַיָּא יְקָרוּךָ. עַל כֵּן נָהֲגוּ לְכַבְּדוֹ בְּנֵרוֹת יָפִים. וְכִבַּדְתּוֹ רַב אָמַר לְהַקְדִּים וּשְׁמוּאֵל אוֹמֵר לְאַחֵר: א"ל רַב פָּפָּא בַּר אַבָּא לְרַב סָפְרָא כְּגוֹן אֲנַן דִּשְׁכִיחַ לַן בִּשְׂרָא וְחַמְרָא כָּל יוֹמָא בְּמַאי נִשַׁנְּיֵיהּ. אָמַר לְהוּ אִי. רְגִילִיתוּ לְאַקְדּוֹמֵי אַחֲרוּהָ וְאִי רְגִילִיתוּ לַאֲחוֹרֵי אַקְדִּימוּהָ. רַב שֵׁשֶׁת בְּקַיְיטָא מוֹתֵיב לְהוּ לְרַבָּנַן לְהֵיכָא דְּמָטֵי שִׁמְשָׁא. וּבְסִתְוָא הֵיכָא דְּמָטֵי טֻולָּא. ר' זֵירָא הֲוָה מַהְדַּר אַזּוּגֵי דְּרַבָּנַן אֲמַר לְהוּ בְּמָטוּתָא מִינַּייְכוּ לָא תְּחַלְּלוּנֵיהּ. אָמַר רַב וְאִיתֵּימָא רִיבָּ"ל אֲפִילּוּ יָחִיד הַמִּתְפַּלֵּל בְּעֶרֶב שַׁבָּת צָרִיךְ לוֹמַר וַיְכֻולּוּ. וְאָמַר רַב הַמְנוּנָא כָּל הַמִּתְפַּלֵּל וְאוֹמֵר וַיְכֻולּוּ מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִלּוּ נַעֲשָׂה שֻׁותָּף לְהַקָּבָּ"ה בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית שֶׁנֶּאֱמַר וַיְכֻולּוּ אַל תִּקְרֵי וַיְכֻולּוּ אֶלָּא וַיְכַלּוּ כְּלוֹמַר הקב"ה וְהוּא. אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר מָר עֻוקְבָא כָּל הַמִּתְפַּלֵּל בע"ש וְאוֹמֵר וַיְכֻולּוּ שְׁנֵי מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת מְלַוִּין לוֹ וּמַנִּיחִין יְדֵיהֶם עַל רֹאשׁוֹ וְאוֹמְרִים וְסָר עֲוֹנֶךָ וְחַטָּאתְךָ תְּכֻופָּר. וְתִקְּנוּ לוֹמַר וַיְכֻולּוּ בִּתְפִלַּת אַתָּה קִדַּשְׁתָּ. וּמַה שֶׁאוֹמֵר אוֹתוֹ אַחַר הַתְּפִלָּה מִשּׁוּם יו"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת נָהֲגוּ כֵּן לְפִי שֶׁלֹּא אֲמָרוּהוּ בִּתְפִלָּה. וְרָאִיתִי בְּסֵדֶר תְּפִלּוֹת הַקַּדְמוֹנִים שֶׁאֵין אוֹמְרִים וַיְכֻולּוּ בְּאַתָּה קִדַּשְׁתָּ אֶלָּא כָּךְ סִיגְנוֹן הַבְּרָכָה וּבֵרַכְתּוֹ מִכָּל הַיָּמִים וְקִדַּשְׁתּוֹ מִכָּל הַזְּמַנִּים כַּכָּתוּב בְּתוֹרָתְךָ וַיְבָרֶךְ אֱ-לֹהִים אֶת יוֹם הַשְּׁבִיעִי וַיְקַדֵּשׁ אֹותוֹ וְגוֹ'. וּמַה שֶׁאוֹמֵר אוֹתוֹ גַּם עַל הַכּוֹס כְּדֵי לְהוֹצִיא אֶת בְּנֵי הַבַּיִת. תַּנְיָא ר' יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר שְׁנֵי מַלְאָכִים מְלַוִּין לוֹ לְאָדָם בְּעֶרֶב שַׁבָּת מִבֵּית הַכְּנֶסֶת לְבֵיתוֹ אֶחָד טוֹב וְאֶחָד רָע. כְּשֶׁבָּא לְבֵיתוֹ וּמֹצֵא נֵר דָּלוּק וְשֻׁלְחָן עָרוּךְ וּמִטָּה מֻוצַּעַת מַלְאָךְ טוֹב אוֹמֵר יְהִי רָצוֹן שֶׁיְּהֵא כֵּן לְשַׁבָּת אַחֶרֶת וּמַלְאָךְ רַע בְּעַל כָּרְחוֹ עוֹנֶה אָמֵן. וְאִם לָאו מַלְאָךְ רַע אוֹמֵר יְהִי רָצוֹן שֶׁיְּהֵא לַשַּׁבָּת הַבָּאָה כָּךְ וּמַלְאָךְ טוֹב בְּעַל כָּרְחוֹ עוֹנֶה אָמֵן. א"ר אֶלְעָזָר לְעוֹלָם יְסַדֵּר אָדָם שֻׁולְחָנוֹ בְּעֶרֶב שַׁבָּת אע"פ שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא לִכְזַיִת. א"ר חֲנִינָא לְעוֹלָם יְסַדֵּר אָדָם שֻׁולְחָנוֹ בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת אע"פ שֶׁאֵין צָרִיךְ אֶלָּא לְכַזַּיִת. ר' אָבָהוּ הָווּ עָבְדִין לֵיהּ כָּל אִפּוּקֵי שַׁבְּתָא עִגְלָא תִּילְתָּא וַהֲוָה אָכֵיל מִינֵּיהּ כֻּולְייְתָא כִּי גְדַל אַבְדִּימִי בְּרֵיהּ א"ל לָמָּה לֵיהּ לְמַר לְאַפְסוֹדֵי כֻּולֵּי הַאי לְיַשְׁבֵּיק כּוֹלְייָתָא מִמַּעֲלֵי שַׁבְּתָא. שַׁבְקֵיהּ. אֲתָא אֲרִי אַכְלֵיהּ לְעִגְלָא אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אֵין הַדְּלֵיקָה מְצוּיָה אֶלָּא בְּבַיִת שֶׁמְּחַלְּלִין בּוֹ אֶת הַשַּׁבָּת שֶׁנֶּאֱמַר וְאִם לֹא תִשְׁמְעוּ אֵלַי לְקַדֵּשׁ אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת וְהִצַּתִּי אֵשׁ בִּשְׁעָרֶיהָ וְאָכְלָה אַרְמְנוֹת יְרוּשָׁלִַים וְלֹא תִכְבֶּה. מַאי לֹא תִּכְבֶּה אָמַר רַב נַחְמָן בְּשָׁעָה שֶׁאֵין בְּנֵי אָדָם מְצֻוִּין לְכַבּוֹתָהּ:
Rav Hisda a dit : que l'homme se lève toujours tôt pour les dépenses du Chabbat, car il est dit : 'Et ce sera le sixième jour, ils prépareront' — aussitôt. Rabbi Abba a dit : l'homme est tenu de rompre le pain sur deux pains le Chabbat, car il est dit : 'ils recueillirent un pain double'. Rav Achi a dit : j'ai vu Rav Kahana qui en prenait deux et en rompait un. Rabbi Zeira rompait [un morceau] pour tout le repas. Ravina dit à Rav Achi : mais cela a l'air de gloutonnerie ! Il lui répondit : puisque les autres jours il ne fait pas ainsi et qu'aujourd'hui il le fait, cela n'a pas l'air de gloutonnerie. Rabbi Ami et Rabbi Assi, lorsque le pain de l'erouv se trouvait à leur disposition, commençaient par lui la bénédiction 'hamotsi' ; ils disaient : puisqu'on a accompli avec lui une mitsva, accomplissons-en une autre. Comment ? Un incendie s'est déclaré, etc. Nos maîtres ont enseigné : combien de repas l'homme est-il tenu de manger le Chabbat ? Trois. Rabbi Hidqa dit : quatre. Rabbi Yo'hanan a dit : tous deux ont interprété le même verset : 'Moche dit : mangez-le aujourd'hui, car c'est aujourd'hui Chabbat pour Hachem ; aujourd'hui vous ne le trouverez pas', etc. Rabbi Hidqa estime que ces trois [mentions de 'aujourd'hui'] s'ajoutent à celui du soir ; les Rabbanan estiment qu'elles incluent celui du soir. Nos maîtres ont enseigné : on rince la vaisselle le Chabbat pour les besoins du Chabbat. Comment ? Les assiettes dans lesquelles on a mangé le soir, on les rince pour y manger le matin ; le matin, on les rince pour y manger à Minha ; à partir de Minha, on ne les rince plus. Mais les coupes, les cruches et les flacons, on les rince tout au long du jour, car la boisson n'a pas de moment fixe. On en déduit que le moment fixe du troisième repas commence quand arrive l'heure de Minha, et pas avant ; ceux qui coupent le repas du matin en deux avant l'heure de Minha n'agissent pas bien. C'est aussi ce qu'on déduit du premier chapitre de Pessahim (13a), où il est enseigné : le 14 [Nissan] qui tombe un Chabbat, on élimine tout avant le Chabbat et on laisse de quoi faire deux repas ; pour le troisième repas il n'est pas nécessaire de laisser, car le hamets est interdit à partir de la sixième heure ; il en ressort que son moment n'est qu'à Minha. Mais cette preuve ne me paraît pas valable, car même si l'on divise un repas en deux, cela reste la nourriture d'un seul repas. Rabbi Chimon ben Pazi a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi au nom de Bar Qappara : quiconque accomplit les trois repas du Chabbat est sauvé de trois calamités : des douleurs [de l'avènement] du Machiah, du jugement de la Géhenne et de la guerre de Gog et Magog. Des douleurs du Machiah : il est écrit là-bas 'avant que ne vienne le jour', et il est écrit ici 'jour'. Du jugement de la Géhenne : il est écrit ici 'jour' et il est écrit là-bas 'jour de fureur'. De la guerre de Gog et Magog : il est écrit ici 'jour' et il est écrit là-bas 'au jour où viendra Gog', etc. Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : quiconque fait du Chabbat un délice, on lui donne un héritage sans limites, car il est dit : 'Alors tu te délecteras en Hachem, etc., et Je te ferai jouir de l'héritage de Yaakov'. Non comme Avraham, dont il est dit : 'Lève-toi, parcours le pays', etc. ; ni comme Yitshak, dont il est dit : 'À toi et à ta descendance Je donnerai toutes ces terres' ; mais comme Yaakov, dont il est dit : 'Tu te répandras à l'ouest et à l'est, au nord et au sud'. Rav Nahman bar Yitshak dit : il est aussi sauvé de l'asservissement des exils ; il est écrit ici : 'Je te ferai chevaucher sur les hauteurs de la terre', et il est écrit là-bas : 'et toi, tu fouleras leurs hauteurs'. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : quiconque fait du Chabbat un délice, on lui donne les désirs de son cœur, car il est dit : 'Délecte-toi en Hachem, et Il te donnera les désirs de ton cœur'. Ce délice, je ne sais pas ce qu'il est ; lorsqu'il est dit : 'Tu appelleras le Chabbat délice', il faut dire : c'est le délice du Chabbat. Avec quoi le rend-on délicieux ? Rav Yehouda fils de Rav Chmouel bar Chilat a dit au nom de Rav : avec un plat de bettes, de gros poissons et des têtes d'ail. Rav Hiya bar Achi a dit : même une petite chose, si on l'a préparée en l'honneur du Chabbat, c'est un délice. Qu'est-ce ? Rav Papa a dit : un plat de petits poissons frits. Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quiconque garde le Chabbat selon sa halakha, même s'il pratique l'idolâtrie comme la génération d'Enoch, on lui pardonne, car il est dit : 'Heureux l'homme (enoch) qui fait cela... gardant le Chabbat de le profaner (mehallelo)' ; ne lis pas 'mehallelo' mais 'mahoul lo' (il lui est pardonné). Rav Yehouda a dit au nom de Rav : si Israël avait gardé le premier Chabbat, aucune nation ni langue n'aurait dominé sur eux, car il est dit : 'Et ce fut le septième jour, [certains] du peuple sortirent pour ramasser', et il est écrit ensuite : 'Amaleq vint'. Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : si Israël gardait deux Chabbats, ils seraient aussitôt délivrés, car il est dit : 'Ainsi parle Hachem aux eunuques qui garderont Mes Chabbats', et il est écrit ensuite : 'Je les amènerai à Ma montagne sainte'. Rabbi Yossi a dit : que mon lot soit parmi ceux qui mangent trois repas le Chabbat. Rabbi Yossi a dit aussi : que mon lot soit parmi ceux qui achèvent le Hallel chaque jour. Mais le maître n'a-t-il pas dit : celui qui dit le Hallel chaque jour, c'est comme s'il outrageait et blasphémait ? Rabbi Yossi parlait des Pessouqei dezimra. Rabbi Yossi a dit encore : que mon lot soit parmi ceux qui font entrer le Chabbat à Tibeiriade et parmi ceux qui le font sortir à Tsippori. Rabbi Hanina s'enveloppait [de son vêtement] et se tenait debout à l'approche du Chabbat, et disait : 'Venez, sortons au-devant du Chabbat la reine'. Rabbi Yannai disait : 'Viens, fiancée ! Viens, fiancée !' Rabba bar Rav Houna se rendit chez Rabba bar Rav Nahman ; on lui servit treize se'a de galettes. Il leur dit : saviez-vous donc que je venais, pour que vous vous soyez donné tant de peine ? Ils lui répondirent : es-tu donc plus important pour nous que lui [le Chabbat] ? Rabbi Abba achetait de la viande pour treize istira de petite monnaie auprès de treize bouchers, les payait sur le seuil de la porte et leur disait : vite, vite ! Rabbi Abahou s'asseyait sur un siège d'ivoire et attisait le feu. Rav Anan revêtait un tablier, [conformément à ce] qu'on a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : les vêtements dans lesquels on a fait cuire une marmite pour son maître, qu'on ne les porte pas pour lui verser une coupe. Rav Safra flambait une tête [de bête]. Rava salait un poisson chibouta. Rav Houna allumait la lampe. Rav Papa tressait la mèche. Rav Hisda hachait des bettes. Rabba et Rav Yossef fendaient du bois. Rabbi Zeira allumait de petits feux. Rav Nahman bar Yitshak portait [les affaires] sur l'épaule pour les faire entrer et sortir ; il disait : si Rabbi Ami et Rabbi Assi venaient chez moi, ne porterais-je pas devant eux ? Certains disent : Rabbi Ami et Rabbi Assi portaient sur l'épaule pour faire entrer et sortir ; ils disaient : si Rabbi Yo'hanan venait chez nous, ne porterions-nous pas devant lui ? Rabbi demanda à Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi : les riches de la terre d'Israël, par quoi le méritent-ils ? Parce qu'ils prélèvent la dîme, comme il est écrit : 'asser teasser' : prélève la dîme (asser) afin de t'enrichir (titacher). Les riches de Babylonie, par quoi le méritent-ils ? Par le mérite d'honorer la Torah. Dans les autres pays, par quoi le méritent-ils ? Par le mérite d'honorer le Chabbat. Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : une fois, je fus reçu chez un maître de maison à Laodicée. On apporta devant lui une table d'or que portaient seize hommes ; seize chaînes d'argent y étaient fixées, des assiettes, des coupes, des cruches et des flacons y étaient fixés, et dessus il y avait toutes sortes de mets et de boissons. Quand on la posait, on disait : 'À Hachem la terre et ce qu'elle contient' ; et quand on l'enlevait, on disait : 'Les cieux sont les cieux de Hachem, et la terre, Il l'a donnée aux fils de l'homme'. Je lui dis : mon fils, par quoi as-tu mérité cela ? Il me dit : j'étais boucher, et de toute belle bête que je trouvais, je disais : celle-ci pour l'honneur du Chabbat. Je lui dis : heureux es-tu d'avoir mérité, et béni soit le Maqom qui t'a fait mériter cela. Nous lisons au chapitre 'Yom tov qui tombe la veille du Chabbat' (Beitsa 15b) : Rav Tahalifa, frère de Ravnai de Houzai, enseigna : toute la subsistance de l'homme lui est fixée de Roch Hachana a Roch Hachana, sauf les dépenses du Chabbat, du Yom tov et de l'étude de la Torah de ses enfants : s'il réduit, on lui réduit, et s'il ajoute, on lui ajoute. Il est enseigné : on disait de Chammai l'Ancien que toute sa vie il mangeait en l'honneur du Chabbat. Trouvait-il une belle bête, il disait : celle-ci pour l'honneur du Chabbat ; en trouvait-il une autre plus belle, il réservait la seconde et mangeait la première. Mais Hillel l'Ancien avait une autre mesure : tous ses actes étaient pour le Ciel, comme il est dit : 'Béni soit Hachem jour après jour'. L'Exilarque dit à Rav Hamnouna : que signifie ce qui est écrit : 'et le saint de Hachem, honoré' ? Il lui dit : c'est Yom Kippour, où il n'y a ni manger ni boire ; la Torah a dit : honore-le par un vêtement propre. Et il est écrit : 'par les lumières, honorez Hachem', que nous traduisons [en araméen] : 'par des flambeaux, honorez-Le'. C'est pourquoi on a coutume de l'honorer par de belles lumières. 'Et tu l'honoreras' : Rav dit : en avançant [le repas] ; Chmouel dit : en le retardant. Rav Papa bar Abba dit à Rav Safra : des gens comme nous, qui avons de la viande et du vin chaque jour, comment changerons-nous ? Il leur dit : si vous avez l'habitude d'avancer [le repas], retardez-le ; si vous avez l'habitude de le retarder, avancez-le. Rav Chechet, en été, installait les Sages là où arrivait le soleil, et en hiver là où arrivait l'ombre. Rabbi Zeira allait d'un groupe de Sages à l'autre et leur disait : je vous en prie, ne le profanez pas. Rav a dit, et certains disent Rabbi Yehochoua ben Levi : même celui qui prie seul la veille du Chabbat doit dire 'Vaykhoulou'. Rav Hamnouna a dit : quiconque prie et dit 'Vaykhoulou', le verset le considère comme s'il était associé au Saint béni soit-Il dans l'œuvre de la création, car il est dit 'vaykhoulou' ; ne lis pas 'vaykhoulou' (furent achevés) mais 'vaykhalou' (achevèrent), c'est-à-dire le Saint béni soit-Il et lui. Rav Hisda a dit au nom de Mar Ouqva : quiconque prie la veille du Chabbat et dit 'Vaykhoulou', deux anges de service l'accompagnent, posent leurs mains sur sa tête et disent : 'Ta faute est écartée et ton péché expié'. On a institué de dire 'Vaykhoulou' dans la prière 'Ata qidachta'. Et si on le dit après la prière, c'est à cause du Yom tov qui tombe un Chabbat : on a pris cette coutume parce qu'on ne l'a pas dit dans la prière. J'ai vu dans l'ordre des prières des anciens qu'on ne dit pas 'Vaykhoulou' dans 'Ata qidachta', mais que la bénédiction est formulée ainsi : 'Tu l'as béni plus que tous les jours et Tu l'as sanctifié plus que tous les temps, comme il est écrit dans Ta Torah : D.ieu bénit le septième jour et le sanctifia', etc. Et si on le dit aussi sur la coupe, c'est pour en acquitter les gens de la maison. Il est enseigné : Rabbi Yossi bar Yehouda dit : deux anges accompagnent l'homme la veille du Chabbat de la synagogue à sa maison, l'un bon et l'autre mauvais. Quand il arrive chez lui et trouve la lampe allumée, la table dressée et le lit préparé, l'ange bon dit : qu'il en soit ainsi un autre Chabbat ! Et l'ange mauvais répond malgré lui : amen. Sinon, l'ange mauvais dit : qu'il en soit ainsi le Chabbat prochain ! Et l'ange bon répond malgré lui : amen. Rabbi Elazar a dit : que l'homme dresse toujours sa table la veille du Chabbat, même s'il n'a besoin que d'un kazayit. Rabbi Hanina a dit : que l'homme dresse toujours sa table à la sortie du Chabbat, même s'il n'a besoin que d'un kazayit. Pour Rabbi Abahou, à chaque sortie de Chabbat, on préparait un veau de premier choix, et il en mangeait un rognon. Quand Avdimi son fils grandit, il lui dit : pourquoi le maître gaspille-t-il autant ? Laissons un rognon de la veille du Chabbat. Il le laissa ; un lion vint et dévora le veau. Rav Yehouda fils de Rav Chmouel bar Chilat a dit au nom de Rav : l'incendie ne se trouve que dans une maison où l'on profane le Chabbat, car il est dit : 'Si vous ne M'écoutez pas pour sanctifier le jour du Chabbat... J'allumerai un feu dans ses portes, il dévorera les palais de Jérusalem et ne s'éteindra pas'. Que signifie 'ne s'éteindra pas' ? Rav Nahman a dit : à un moment où il ne se trouve pas de gens pour l'éteindre.
💡 Explication

Suite de l'enseignement de Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Yossi (118a) : celui qui fait du Chabbat un oneg (délice) reçoit une nahala bli metsarim, un héritage sans frontières. Le verset d'Isaie parle de 'l'héritage de Yaakov' ; la Guemara précise pourquoi ce n'est pas celui d'Avraham ni celui de Yitshak.

La promesse faite à Avraham porte sur un pays qu'il parcourt, et celle faite à Yitshak sur 'ces terres' : deux territoires délimités. Celle faite à Yaakov s'étend dans les quatre directions sans limite indiquée.

Le Roch place ici tout son résumé halakhique des pages 117b-119b : deux pains, trois repas et leur horaire, honneur et délice du Chabbat, Vaykhoulou.

🖼️ Schéma
Quel héritage pour celui qui fait du Chabbat un délice ? Avraham : non ce pays-ci 'Parcours le pays en long et en large' Rachi : ce pays et pas plus Yitshak : non ces terres-ci 'Je donnerai toutes ces terres' Rachi : ces terres, rien de plus Yaakov : oui nord sud ouest est 'Tu te répandras à l'ouest, l'est...' héritage sans limites
Avraham et Yitshak reçoivent des territoires définis ; Yaakov, un héritage ouvert dans les quatre directions.
2
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: נִיצּוֹל מִשִּׁעְבּוּד גָּלִיּוֹת. כְּתִיב הָכָא: ״וְהִרְכַּבְתִּיךָ עַל בָּמֳתֵי אָרֶץ״, וּכְתִיב הָתָם: ״וְאַתָּה עַל בָּמוֹתֵימוֹ תִדְרֹוךְ״. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: כָּל הַמְעַנֵּג אֶת הַשַּׁבָּת נוֹתְנִין לוֹ מִשְׁאֲלוֹת לִבּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהִתְעַנַּג עַל ה׳ וְיִתֶּן לְךָ מִשְׁאֲלֹות לִבֶּךָ״. עֹונֶג זֶה אֵינִי יוֹדֵעַ מַהוּ. כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר ״וְקָרָאתָ לְשַׁבָּת עֹונֶג״ — הֱוֵי אוֹמֵר זֶה עֹונֶג שַׁבָּת. בַּמֶּה מֵעָנְגּוֹ? רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אָמַר: בְּתַבְשִׁיל שֶׁל תְּרָדִין וְדָגִים גְּדוֹלִים וְרָאשֵׁי שׁוּמִין. רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: אֲפִילּוּ דָּבָר מוּעָט, וְלִכְבוֹד שַׁבָּת עֲשָׂאוֹ — הֲרֵי זֶה עֹונֶג. מַאי הִיא? אָמַר רַב פָּפָּא: כָּסָא דְּהַרְסָנָא.

Rav Nahman bar Yitshak a dit : il est sauvé de l'asservissement des exils. Il est écrit ici : 'Je te ferai chevaucher sur les hauteurs (bamotei) de la terre', et il est écrit là-bas : 'et toi, tu fouleras leurs hauteurs (bamotemo)'.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : quiconque fait du Chabbat un délice, on lui donne les désirs de son cœur, car il est dit : 'Délecte-toi en Hachem, et Il te donnera les désirs de ton cœur'. Ce délice, je ne sais pas ce qu'il est ; lorsqu'il est dit : 'Tu appelleras le Chabbat délice', il faut dire : c'est le délice du Chabbat.

Avec quoi le rend-on délicieux ? Rav Yehouda fils de Rav Chmouel bar Chilat a dit au nom de Rav : avec un plat de bettes, de gros poissons et des têtes d'ail.

Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : même une petite chose, si on l'a préparée en l'honneur du Chabbat, c'est un délice. Qu'est-ce ?

Rav Papa a dit : un plat de petits poissons frits (kassa de-harsana).

📜 Rachi (3)
תַּבְשִׁיל שֶׁל תְּרָדִין חָשׁוּב הוּא:
Un plat de bettes : c'est un mets de valeur.
רָאשֵׁי שׁוּמִין חֲשׁוּבִים הָיוּ לָהֶן:
Des têtes d'ail : elles avaient de la valeur pour eux.
כָּסָא דְּהַרְסָנָא דָּגִים קְטַנִּים מְטֻוגָּנִים בְּשֶׁמֶן קִרְבֵיהֶן וּבְקֶמַח:
Kassa de-harsana : de petits poissons frits dans la graisse de leurs entrailles et dans de la farine.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמְעַנֵּג אֶת הַשַּׁבָּת, נוֹתְנִין לוֹ מִשְׁאֲלוֹת לִבּוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה דְּשׁוֹמֵר שַׁבָּת בְּמַעֲשֶׂה וְדִבּוּר אֵין נֶחְשָׁב בָּזֶה מְעֻנָּג אֶת הַשַּׁבָּת, כִּי בָּזֶה הָאָדָם חַיָּיב מִן הַדִּין וְאֵין עֹונֶג אֶלָּא בְּמוֹתָרוֹת, לָכֵן הַשּׁוֹמֵר שַׁבָּת גַּם בְּהִרְהוּר זֶה נִקְרָא מְעֻנָּג שַׁבָּת , דְּהִרְהוּר אֵינוֹ אָסוּר מִן הַדִּין וְאֵין עֹונֶג אֶלָּא בְּמוֹתָרוֹת, וְלָכֵן מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה נוֹתְנִין לוֹ מִשְׁאֲלוֹת לִבּוֹ, דִּשְׁמִירָתוֹ בְּהִרְהוּר הוּא בַּלֵּב. אוֹ יוּבָן בס"ד הַשַּׁבָּת הוּא כ"ד שָׁעוֹת, וְעִם ז' דְּיוֹם שִׁשִּׁי דְּמַתְחִיל הֶאָרַת שַׁבָּת מִשָּׁעָה חֲמִשִׁית בְּסוֹד הֵ"א יְתֵירָה דְּיוֹם הַשִּׁישִּׁי הֲרֵי ל"א, וְעִם שָׁעָה רִאשׁוֹנָה דְּלֵיל מוֹצָאֵי שַׁבָּת שֶׁצָּרִיךְ לְהוֹסִיף מִמֶּנָּה עַל קְדֻושַּׁת שַׁבָּת וּמִקְצָתָהּ כְּכֻולָּהּ הֲרֵי הֵם ל"ב, לְכָךְ נוֹתְנִין לוֹ מִשְׁאֲלוֹת לֵב ו בִּזְכוּת ל"ב שָׁעוֹת הַנִּזְכָּר.
Quiconque fait du Chabbat un délice, on lui donne les désirs de son cœur. Il me semble, avec l'aide du Ciel, [que c'est] mesure pour mesure. Celui qui garde le Chabbat en actes et en paroles n'est pas compté par là comme 'faisant du Chabbat un délice', car en cela l'homme est obligé par la loi, et le délice ne se trouve que dans ce qui dépasse [l'obligation]. C'est pourquoi celui qui garde le Chabbat aussi dans la pensée est appelé 'celui qui fait du Chabbat un délice', car la pensée n'est pas interdite par la loi, et le délice ne se trouve que dans ce qui dépasse [l'obligation]. Aussi, mesure pour mesure, on lui donne les désirs de son cœur, puisque sa garde par la pensée se fait dans le cœur. Ou bien on comprendra, avec l'aide du Ciel : le Chabbat dure 24 heures ; avec les 7 [heures] du vendredi — car l'éclairage du Chabbat commence dès la cinquième heure, selon le secret du hé supplémentaire de 'yom hachichi' — cela fait 31 ; avec la première heure de la nuit de la sortie du Chabbat, dont il faut ajouter à la sainteté du Chabbat, et une partie [de l'heure] compte comme le tout, cela fait 32. C'est pourquoi on lui donne 'mich'alot libo' (les désirs de son cœur, lev = 32), par le mérite des 32 heures mentionnées.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yitshak établit une gezera chava sur le mot 'bamot' (hauteurs) : la promesse d'Isaie ('Je te ferai chevaucher sur les hauteurs') rejoint la bénédiction de Moche ('tu fouleras leurs hauteurs'), qui parle de la victoire sur les ennemis. D'où : délivrance de l'asservissement des exils.

Rav lit le Psaume 37 ('délecte-toi en Hachem') à la lumière d'Isaie 58 ('tu appelleras le Chabbat délice') : le délice dont parle le Psaume est l'oneg Chabbat. La Guemara définit ensuite ce délice : des mets de valeur, ou même une chose modeste, pourvu qu'elle soit préparée en l'honneur du Chabbat.

3
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הַמְשַׁמֵּר שַׁבָּת כְּהִלְכָתוֹ, אֲפִילּוּ עוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה [כְּדוֹר] אֱנוֹשׁ — מוֹחֲלִין לוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַשְׁרֵי אֱנוֹשׁ יַעֲשֶׂה זֹּאת וְגוֹ׳ מֵחַלְּלוֹ״. אַל תִּקְרֵי ״מְחַלְּלוֹ״ אֶלָּא: ״מָחוּל לוֹ״.

Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quiconque garde le Chabbat selon sa halakha, même s'il pratique l'idolâtrie comme la génération d'Enoch, on lui pardonne, car il est dit : 'Heureux l'homme (enoch) qui fait cela, etc. [gardant le Chabbat] de le profaner (mehallelo)'.

Ne lis pas 'mehallelo' (de le profaner) mais 'mahoul lo' (il lui est pardonné).

📜 Rachi (1)
דּוֹר אֱנוֹשׁ הִתְחִילוּ לַעֲבֹוד ע"ז דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית ד׳:כ״ו) אָז הוּחַל לִקְרֹוא וְגוֹ':
La génération d'Enoch : ils commencèrent à pratiquer l'idolâtrie, comme il est écrit (Berechit 4, 26) : 'Alors on commença (houhal) à invoquer', etc.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמְשַׁמֵּר שַׁבָּת כְּהִלְכָתוֹ, אֲפִלּוּ עוֹבֵד עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים כֶּאֱנוֹשׁ, מוֹחֲלִין לוֹ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת תֵּיבַת כְּהִלְכָתוֹ לָשׁוֹן יָתֵר הוּא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהִלְכוֹת שַׁבָּת הֵם 'טַל' [39] מְלָאכוֹת, וְאָמַרְתִּי טַעַם לְמִסְפָּר זֶה מֵאֵת הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ הָיָה כָּךְ לַעֲשׂוֹת אַזְהָרַת שַׁבָּת כְּמִסְפַּר ט"ל, לִרְמֹוז אַף עַל פִּי שֶׁחֹומֶר הָאָדָם מִצַּד טִבְעוֹ יִרְאֶה אֶת הַשַּׁבָּת כְּמַשָּׂא כָּבֵד מִכֹּחַ אַזְהָרוֹתָיו, הִנֵּה הָאָדָם צָרִיךְ לְהִתְגַּבֵּר עַל חָומְרוֹ וְיִשְׁמֹור שַׁבָּת בִּמְנוּחָה, שֶׁיִּהְיֶה נָח לוֹ בִּשְׁמִירָתוֹ כְּמוֹ הַטַּל שֶׁיּוֹרֵד בְּנַחַת, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (דְּבָרִים לב, ב) תִּזַּל כְּטַל אָמַרְתִּי. וְזֶה שֶׁאָמַר כָּל הַמְשַׁמֵּר שַׁבָּת כְּהִלְכָתוֹ דַּיְיקָא, רְצוֹנוֹ לוֹמַר תִּהְיֶה נוֹחָה עָלָיו שְׁמִירָתוֹ כְּמוֹ הַ'טֹּל' הָרָמוּז בְּהִלְכוֹת הַשַּׁבָּת. אוֹ יוּבָן הַכַּוָּנָה כְּמוֹ הַטַּל שֶׁיּוֹרֵד בְּהֶסְתֵּר כֵּן הָאָדָם יִשְׁמֹור הַשַּׁבָּת בְּהֶסְתֵּר שֶׁהוּא הִרְהוּר הַלֵּב, וְכֵיוָן דְּשׁוֹמְרוֹ גַּם בְּהִרְהוּר שֶׁהוּא בְּהֶסְתֵּר אָז כְּדַאי הוּא לְכַפֵּר אֲפִילּוּ עַל עֲוֹן עֲבוֹדָה זָרָה.
Quiconque garde le Chabbat selon sa halakha, même s'il pratique le culte des astres comme [la génération d']Enoch, on lui pardonne. On peut objecter : le mot 'ke-hilkhato' (selon sa halakha) est superflu. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les lois du Chabbat sont 'tal' (39) travaux. J'ai donné une raison à ce nombre : Hachem, béni soit-Il, a voulu que l'avertissement du Chabbat corresponde au nombre de 'tal' (rosée), pour faire allusion à ceci : bien que la matière de l'homme, par sa nature, voie le Chabbat comme un lourd fardeau à cause de ses interdits, l'homme doit dominer sa matière et garder le Chabbat dans le repos, de sorte que sa garde lui soit facile, comme la rosée qui descend doucement, ainsi qu'il est dit (Devarim 32, 2) : 'Ma parole coulera comme la rosée'. C'est ce qu'il dit précisément : 'quiconque garde le Chabbat selon sa halakha', c'est-à-dire que sa garde lui soit douce, comme la rosée évoquée dans les lois du Chabbat. Ou bien le sens est : comme la rosée descend de façon cachée, ainsi l'homme gardera le Chabbat de façon cachée, c'est-à-dire dans la pensée du cœur ; et puisqu'il le garde aussi dans la pensée, qui est cachée, il est digne que cela expie même la faute d'idolâtrie.
💡 Explication

Un al tiqri ('ne lis pas... mais...') : en changeant la vocalisation de 'mehallelo' (de le profaner) en 'mahoul lo' (il lui est pardonné), Rabbi Yo'hanan lit dans le verset une promesse de pardon. Le mot 'enoch' du verset évoque la génération d'Enoch, qui selon Rachi inaugura l'idolâtrie ('houhal', de la même racine que 'hol', profane).

La condition est de garder le Chabbat ke-hilkhato, selon toutes ses règles.

4
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: אִלְמָלֵי שָׁמְרוּ יִשְׂרָאֵל שַׁבָּת רִאשׁוֹנָה לֹא שָׁלְטָה בָּהֶן אֻומָּה וְלָשׁוֹן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי יָצְאוּ מִן הָעָם לִלְקֹוט״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״וַיָּבֹא עֲמָלֵק״. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: אִלְמָלֵי מְשַׁמְּרִין יִשְׂרָאֵל שְׁתֵּי שַׁבָּתוֹת כְּהִלְכָתָן — מִיָּד נִגְאָלִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כֹה אָמַר ה׳ לַסָּרִיסִים אֲשֶׁר יִשְׁמְרוּ אֶת שַׁבְּתוֹתַי״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״וַהֲבִיאוֹתִים אֶל הַר קָדְשִׁי וְגוֹ׳״.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : si Israël avait gardé le premier Chabbat, aucune nation ni langue n'aurait dominé sur eux, car il est dit : 'Et ce fut le septième jour, [certains] du peuple sortirent pour ramasser', et il est écrit ensuite : 'Amaleq vint'. Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : si Israël gardait deux Chabbats selon leurs halakhot, ils seraient aussitôt délivrés, car il est dit : 'Ainsi parle Hachem aux eunuques qui garderont Mes Chabbats', et il est écrit ensuite : 'Je les amènerai à Ma montagne sainte', etc.

📜 Rachi (1)
בָּתְרֵיהּ בָּתַר הַהִיא פָּרַשְׁתָּא:
Ensuite : après cette section-là.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אִלְמָלֵי שָׁמְרוּ יִשְׂרָאֵל שַׁבָּת רִאשׁוֹנָה, לֹא שָׁלְטָה בָּהֶם אָמָה וְלָשׁוֹן. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כִּי בְּשַׁבָּת רִאשׁוֹנָה שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] מַלְכוּת הָיוּ מְתַקְּנִים מַדְרֵגָה הַשְּׁבִיעִית שֶׁל עִילּוּי הַמַּלְכוּת שֶׁהִיא סוֹד שְׁנֵי מְלָכִים בְּכֶתֶר אֶחָד, וְאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל כַּאֲשֶׁר תִּהְיֶה מַדְרֵיגָה זוֹ הַשְּׁבִיעִית לֹא יִשְׁלְטוּ בְּיִשְׂרָאֵל אֻומָּה וְלָשׁוֹן. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד (מִשְׁלֵי ט, א) חָכְמוֹת בָּנְתָה בֵיתָהּ חָצְבָה עַמּוּדֶיהָ שִׁבְעָה. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד (אִיּוֹב ה, יט) בְּשֵׁשׁ צָרוֹת יַצִּילֶךָּ וּבְשֶׁבַע לֹא יִגַּע בְּךָ רָע, רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּשֵׁשׁ הַמַּדְרֵגוֹת אָז יִהְיוּ צָרוֹת וְיַצִּילֵךְ מֵהֶם, אֲבָל בְּשֶׁבַע כְּשֶׁתַּגִּיעַ לְמַדְרֵגָה הַשְּׁבִיעִית שֶׁל שְׁנֵי מְלָכִים בְּכֶתֶר אֶחָד לֹא יִגַּע בְּךָ רָע שֶׁלֹּא תִּהְיֶה צָרָה מֵעִיקָּרָא כְּדֵי שֶׁתִּצְטָרֵךְ לְהַצָּלָה. וְעַל פִּי מַאֲמָר הַנִּזְכָּר מוּבָן בס"ד הַטַּעַם דְּהַנָּשִׁים נִכְנָסִין לְשַׁבָּת בְּהַדְלָקַת הַנֵּר קֹודֶם הָאֲנָשִׁים , מִפְּנֵי כִּי הָאֲנָשִׁים בִּלְבַד חֲלָלוֹ וְיָצְאוּ לִלְקֹוט וְלֹא הַנָּשִׁים. וּבָזֶה מוּבָן הַטַּעַם שֶׁהָאִשָּׁה צָרִיךְ שֶׁתִּקַּח בְּשַׁבָּת פְּרוּסַת הַמּוֹצִיא מִן לֶחֶם מִשְׁנֶה כִּפְלַיִם עַל בַּעְלָהּ , כִּי בַּעְלָהּ יִבְצַע כַּזַּיִת לְעַצְמוֹ וְכַבֵּיצָה לְאִשְׁתּוֹ, מִפְּנֵי שֶׁהַזְּכָרִים יָצְאוּ לִלְקֹוט וְלֹא הַנָּשִׁים, וְעַל זֶה נֶאֱמַר (מִשְׁלֵי כז, יח) נֹצֵר תְּאֵנָה יֹאכַל פִּרְיָהּ, וְאֵין הקב"ה מְקַפֵּחַ שְׂכַר בְּרִיָּה!
Si Israël avait gardé le premier Chabbat, aucune nation ni langue n'aurait dominé sur eux. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison est la suivante : lors du premier Chabbat, qui est le secret de Malkhout, ils auraient réparé le septième degré de l'élévation de Malkhout, qui est le secret de 'deux rois [servant] une même couronne' ; et notre maître le Ari z'l a dit que lorsque ce septième degré sera [atteint], aucune nation ni langue ne dominera sur Israël. J'ai expliqué par là, avec l'aide du Ciel (Michle 9, 1) : 'La sagesse a bâti sa maison, elle a taillé ses sept colonnes'. Par là on comprendra aussi (Iyov 5, 19) : 'Dans six détresses Il te sauvera, et dans la septième le mal ne t'atteindra pas' : aux six degrés, il y aura des détresses et Il t'en sauvera ; mais dans la septième, quand tu parviendras au septième degré des 'deux rois pour une même couronne', le mal ne t'atteindra pas, car il n'y aura pas du tout de détresse dont tu aurais besoin d'être sauvé. D'après cet enseignement, on comprend, avec l'aide du Ciel, pourquoi les femmes entrent dans le Chabbat par l'allumage de la lampe avant les hommes : seuls les hommes ont profane [le Chabbat] en sortant ramasser, et non les femmes. Par là on comprend aussi pourquoi la femme doit recevoir le Chabbat, du morceau de 'hamotsi' pris sur le pain double, le double de son mari : son mari rompt un kazayit pour lui-même et une kabeitsa (volume d'un œuf) pour sa femme, parce que les hommes sont sortis ramasser, et non les femmes. À ce sujet il est dit (Michle 27, 18) : 'Qui garde le figuier en mangera le fruit', et le Saint béni soit-Il ne prive aucune créature de sa récompense !
אִלְמָלֵי מְשַׁמְּרִים יִשְׂרָאֵל שְׁתֵּי שַׁבָּתוֹת כְּהִלְכָתָן, מִיָּד נִגְאָלִים. נִרְאֶה לִי בס"ד 'יָד' רֶמֶז עַל חֶסְרוֹן אוֹתִיּוֹת הַשֵּׁם וְהַכִּסֵּא, דִּכְתִיב בְּהוּ (שְׁמוֹת יז, טז) יָד עַל כֵּס יָהּ, שְׁאֵלָה יֻושְׁלְמוּ בַּגְּאֻולָּה הָעֲתִידָה בב"א [בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ אָמֵן] , וְעַל זֶה הֵבִיא פָּסוּק (יְשַׁעְיָהוּ נו, ה) יד וְשֵׁם טוֹב, וְהַיְינוּ יָד קָאֵי עַל אוֹתִיּוֹת ו"ה שֶׁיֵּשׁ בְּמִילּוּי מִילּוֹאָם י"ד אוֹתִיּוֹת כמ"ש רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, וְשֵׁם טוֹב קָאֵי עַל אָלֶף דְּכַס א שֶׁצּוּרָתוֹ יוֹ"ד, כַּנִּזְכָּר בְּסוֹד הַכַּוָּנָה שֶׁל אֲכִילָה שֶׁבַּלֶּחִי הַתַּחְתּוֹן יֵשׁ א' תַּתָּאָה שֶׁצּוּרָתָהּ יוּ"ד וְהִיא רוֹמֶזֶת בַּבִּינָה עַייֵּן שָׁם, וְיָדוּעַ דְּכָסָא הוּא בַּבִּינָה וְצוּרַת יוֹ"ד מִסִּפְרוֹ עֶשְׂרִים כְּמִנְיַן טוֹב [17] עִם הָאוֹתִיּוֹת [20] . וְאָמַר שְׁתֵּי שַׁבָּתוֹת רְצוֹנוֹ לוֹמַר לַיְלָה וָיוֹם, כִּי לַיְלָה הוּא בְּחֵי' שַׁבָּת בִּפְנֵי עַצְמוֹ, וְהַיּוֹם בְּחֵי' שַׁבָּת בִּפְנֵי עַצְמוֹ, וּבִזְכוּת קְדֻושַּׁת לַיְלָה יֻושְׁלַם א' דְּכָסָא, שֶׁבַּלַּיְלָה יֵשׁ סְעוּדָה אַחַת, וּבִזְכוּת קְדֻושַּׁת הַיּוֹם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ ב' סְעוּדוֹת יֻושְׁלְמוּ אוֹתִיּוֹת ו"ה שֶׁבַּשֵּׁם. וְלָזֶה אָמַר אִם מְשַׁמְּרִין שְׁנֵי שַׁבָּתוֹת שֶׁהֵם לַיְלָה וָיוֹם כְּהִלְכָתָן מִיָּד רֶמֶז להו"א שֶׁל הַשֵּׁם וְהַכִּסֵּא, דִּכְתִיב בְּהוּ (שָׁם) יָד עַל כֵּס יָהּ נִגְאָלִין. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד שְׁתֵּי שַׁבָּתוֹת הֵם אֶחָד שַׁבָּת הָעִיקָּרִי, וְהַב' הַתּוֹסָפוֹת, וְלָכֵן אַחַר אוֹתִיּוֹת יִשְׂרָאֵל יֵשׁ אוֹתִיּוֹת שַׁבַּתְּכֶם , שֶׁיֵּשׁ לָכֶם שַׁבָּת הַנִּקְרָא שַׁבַּתְּכֶם שֶׁיִּתְייַחֵס לָכֶם דְּאַתָּם הָעוֹשִׂים אוֹתוֹ וְהוּא שַׁבָּת הַתּוֹסָפוֹת. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד (דְּבָרִים לב, כט) לוּ חָכְמוּ יַשְׂכִּילוּ זֹאת יָבִינוּ לְאַחֲרִיתָם, דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּמִּדְרָשׁ 'זֹאת' כִּינּוּ לְשַׁבָּת שֶׁנִּקְרָא זֹאת. וְעוֹד יוּבָן בס"ד שְׁתֵּי שַׁבָּתוֹת רֶמֶז לְתִיקּוּן לֵאָה וְרָחֵל שֶׁכָּל אַחַת נִקְרֵאת שַׁבָּת. וּלְפִי פְּשַׁט הַמַּאֲמָר דְּקָאָמַר שְׁתֵּי שַׁבָּתוֹת מַמָּשׁ בָּזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד (יְשַׁעְיָהוּ נד, יב) וְשַׂמְתִּי 'כַּדְכֹד' שֶׁמִּשְׁתְּיָךְ, כ"ד שָׁעוֹת וכ"ד שָׁעוֹת שֶׁהֵם שְׁנֵי שַׁבָּתוֹת שֶׁיָּאִירוּ לְךָ.
Si Israël gardait deux Chabbats selon leurs halakhot, ils seraient aussitôt (miyad) délivrés. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que 'yad' fait allusion au manque dans les lettres du Nom et du Trône, dont il est écrit (Chemot 17, 16) : 'yad al kes Y-ah' (la main sur le trône de Y-ah) ; elles seront complétées lors de la délivrance future, rapidement de nos jours, amen. C'est à ce sujet qu'il cite le verset (Yechaya 56, 5) : 'yad vachem tov' (une place et un nom bon). 'Yad' se rapporte aux lettres vav-hé, dont le remplissage du remplissage compte quatorze (yad) lettres, comme l'a écrit notre maître le Ari z'l ; 'chem tov' se rapporte à l'alef de 'kisse' (trône), dont la forme est un yod, comme il est mentionné dans le secret de l'intention du repas : dans la mâchoire inférieure il y a un alef inférieur dont la forme est un yod, et il fait allusion à Bina ; voir là-bas. On sait que le trône est dans Bina ; et [le mot] yod a pour valeur vingt, comme la valeur de 'tov' (17) avec ses lettres (20). Il dit 'deux Chabbats', c'est-à-dire la nuit et le jour : la nuit est un aspect de Chabbat à part entière, et le jour un aspect de Chabbat à part entière. Par le mérite de la sainteté de la nuit, l'alef de 'kisse' sera complété, car la nuit il y a un repas ; et par le mérite de la sainteté du jour, où il y a deux repas, les lettres vav-hé du Nom seront complétées. C'est pourquoi il dit : s'ils gardent deux Chabbats, la nuit et le jour, selon leurs halakhot, 'miyad' — allusion au vav-hé du Nom et à l'alef du trône, dont il est écrit (ibid.) 'yad al kes Y-ah' — ils sont délivrés. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que les deux Chabbats sont : l'un le Chabbat principal, l'autre l'ajout (tossefet). C'est pourquoi, après les lettres de 'Israël', il y a les lettres de 'chabtekhem' (votre Chabbat) : vous avez un Chabbat appelé 'votre Chabbat', qui vous est attribué parce que c'est vous qui le faites, et c'est le Chabbat de l'ajout. J'ai expliqué par là, avec l'aide du Ciel (Devarim 32, 29) : 'S'ils étaient sages, ils comprendraient cela (zot), ils discerneraient leur fin', car nos Sages ont dit dans le Midrach que 'zot' désigne le Chabbat, qui est appelé 'zot'. On comprendra aussi, avec l'aide du Ciel, que les deux Chabbats font allusion à la réparation (tiqoun) de Léa et de Rachel, dont chacune est appelée Chabbat. Et selon le sens simple de l'enseignement, qui parle de deux Chabbats au sens propre, j'ai expliqué par là, avec l'aide du Ciel (Yechaya 54, 12) : 'Je ferai de rubis (kadkod) tes créneaux (chimchotayikh)' : kaf-dalet (24) heures et kaf-dalet (24) heures, qui sont deux Chabbats, qui brilleront pour toi.
💡 Explication

Deux enseignements construits sur la juxtaposition des versets. Au premier Chabbat du désert, certains sortirent ramasser la manne ; le récit suivant est l'attaque d'Amaleq. Rav en déduit que la garde de ce Chabbat aurait empêché toute domination étrangère.

Rabbi Chimon ben Yohai lit de même Isaie 56 : la garde des Chabbats ('Mes Chabbats', au pluriel, donc deux au minimum) est suivie de la promesse 'Je les amènerai à Ma montagne sainte', c'est-à-dire la geoula (délivrance).

🖼️ Schéma
Deux enseignements construits sur la juxtaposition des versets (semikhout) Premier Chabbat (Chemot 16) certains sortent ramasser Verset suivant (Chemot 17) 'Amaleq vint' Rav : gardé, il n'y aurait eu aucune domination étrangère 'Aux eunuques qui garderont Mes Chabbats' (Yechaya 56, 4) Verset suivant (56, 7) 'Je les amènerai à Ma montagne' R. Chimon b. Yohai : deux Chabbats gardés = délivrance
Les deux derachot reposent sur le verset qui suit : Amaleq après le premier Chabbat, la montagne sainte après la garde des Chabbats.
5
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: יְהֵא חֶלְקִי מֵאוֹכְלֵי שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת בַּשַּׁבָּת. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: יְהֵא חֶלְקִי מִגּוֹמְרֵי הַלֵּל בְּכָל יוֹם. אֵינִי?! וְהָאָמַר מַר: הַקּוֹרֵא הַלֵּל בְּכָל יוֹם הֲרֵי זֶה מְחָרֵף וּמְגַדֵּף! כִּי קָאָמְרִינַן — בִּפְסוּקֵי דְּזִמְרָא.

Rabbi Yossi a dit : que mon lot soit parmi ceux qui mangent trois repas le Chabbat. Rabbi Yossi a dit : que mon lot soit parmi ceux qui achèvent le Hallel chaque jour.

Est-ce vrai ? Le maître n'a-t-il pas dit : celui qui lit le Hallel chaque jour, c'est comme s'il outrageait et blasphémait !

Quand nous le disons, [il s'agit] des Pessouqei dezimra.

📜 Rachi (2)
הֲרֵי זֶה מְחָרֵף וּמְגַדֵּף שֶׁנְּבִיאִים הָרִאשׁוֹנִים תִּיקְּנוּ לוֹמַר בַּפְּרָקִים לְשֶׁבַח וְהוֹדָיָה כִּדְאָמְרִינַן בְּעַרְבֵי פְּסָחִים (דַּף קיז.) וְזֶה הַקּוֹרְאָהּ תָּמִיד בְּלֹא עַתָּה אֵינוֹ אֶלָּא כִּמְזַמֵּר שִׁיר וּמִתְלוֹצֵץ:
C'est comme s'il outrageait et blasphémait : car les premiers prophètes ont institué de le dire à des moments [précis], pour louer et remercier, comme nous le disons dans 'Arvei Pessahim' (117a) ; celui qui le lit constamment, hors de son moment, n'est que comme quelqu'un qui chante une chanson et plaisante.
פְּסוּקֵי דְּזִמְרָא שְׁנֵי מִזְמוֹרִים שֶׁל הִילּוּלִים הַלְלוּ אֶת ה' מִן הַשָּׁמַיִם הַלְלוּ אֵל בְּקָדְשׁוֹ:
Pessouqei dezimra : les deux psaumes de louanges 'Louez Hachem depuis les cieux' et 'Louez D.ieu dans Son sanctuaire'.
🪔 Ben Yehoyada (2)
יְהֵא חֶלְקִי מֵאוֹכְלֵי שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת בַּשַּׁבָּת. פֵּירוּשׁ שֶׁאֵינוֹ אוֹכֵל שְׁלֹשָׁה בְּחוֹל אֶלָּא רַק בְּשַׁבָּת, וְיִתָּכֵן שֶׁהוּא הָיָה חוֹלָנִי וּמֻוכְרָח לֶאֱכֹול שָׁלֹשׁ גַּם בְּחוֹל. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה שֶׁהֵם מִתְגַּבְּרִים עַל עַצְמָם וְאֵין מְכַווְּנִים לַהֲנָאַת גּוּפָם אֶלָּא רַק בִּשְׁבִיל כְּבוֹד שַׁבָּת. אוֹ יוּבָן עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּמִסְפַּר הַשַּׁבָּת שֶׁעוֹלֶה עסמ"ב, וְג' מְלוֹאוֹ אהי"ה וְשֵׁם י"ה, וַחֲסִידִים וְאַנְשֵׁי מַעֲשֶׂה הַמְקֻובָּלִים אוֹכְלִים ג' סְעוּדוֹת וּמְמַשְּׁכִים הֶאָרָה מִשֵּׁמוֹת הֲנֵז' הָרְמוּזִים בְּשַׁבָּת. אוֹ יוּבָן הַכַּוָּנָה עַל עוֹלָם הַבָּא הַנִּקְרָא שַׁבָּת כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בָּאִדְּרָא בְּהַהוּא עָלְמָא יִזְכֶּה בְּאִלֵּין. אוֹ יוּבָן ג' מִינֵי סְעוּדוֹת יֵשׁ בְּשַׁבָּת, הָאַחַת אֲכִילָה פְּשׁוּטָה בְּלֶחֶם גַּשְׁמִי, וְהַב' אֲכִילָה רוּחָנִית בְּלֶחֶם רוּחָנִי הוּא עֵסֶק הַתּוֹרָה דִּכְתִיב בָּהּ (מִשְׁלֵי ט, ה) לְכוּ לַחְמוֹ בְּלַחְמִי, וְהַג' אֲכִילָה שֶׁל תַּשְׁמִישׁ בְּאִשְׁתּוֹ, שֶׁגַּם הָאִשָּׁה נִקְרֵאת לֶחֶם דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית לט, ו) כִּי אִם הַלֶּחֶם אֲשֶׁר הוּא אוֹכֵל, וַחֲסִידִים מְקַיְּימִים ג' סְעוּדוֹת אֵלּוּ בְּשַׁבָּת בְּיַחַד, שֶׁאֵין מִזְדַּוְּוגִים עִם נְשֵׁיהֶם אֶלָּא בְּשַׁבָּת כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ בַּפָּסוּק (יְשַׁעְיָהוּ נו, ד) כִּי כֹה אָמַר ה' לַסָּרִיסִים אֲשֶׁר יִשְׁמְרוּ אֶת שַׁבְּתוֹתַי.
Que mon lot soit parmi ceux qui mangent trois repas le Chabbat. Explication : il ne mange pas trois [repas] en semaine, mais seulement le Chabbat ; il est possible qu'il ait été maladif et obligé de manger trois [repas] aussi en semaine. Ou bien il me semble que le sens est : ils se font violence et n'ont pas en vue le plaisir de leur corps, mais seulement l'honneur du Chabbat. Ou bien on comprendra d'après ce qu'a dit notre maître le Ari z'l : le nombre de 'Chabbat' équivaut à 'AS-MB' [les remplissages du Nom : AB, SAG, MA, BAN] et trois [de plus] : le remplissage de Ehye et le Nom Y-ah ; les hassidim et hommes d'action, les kabbalistes, mangent trois repas et attirent un éclairage des Noms mentionnés, auxquels le Chabbat fait allusion. Ou bien on comprendra que cela se rapporte au monde futur, appelé Chabbat, comme on l'a dit dans l'Idra : dans ce monde-là, il méritera ces [choses]. Ou bien on comprendra : il y a trois sortes de repas le Chabbat. Le premier est la nourriture simple, avec un pain matériel ; le deuxième, la nourriture spirituelle avec un pain spirituel, qui est l'étude de la Torah, dont il est écrit (Michle 9, 5) : 'Venez, mangez de mon pain' ; et le troisième, la 'nourriture' de l'union conjugale avec sa femme, car la femme aussi est appelée pain, comme il est écrit (Berechit 39, 6) : 'sauf le pain qu'il mangeait'. Les hassidim accomplissent ces trois repas ensemble le Chabbat, car ils ne s'unissent à leurs femmes que le Chabbat, comme on l'a dit dans le saint Zohar sur le verset (Yechaya 56, 4) : 'Car ainsi parle Hachem aux eunuques qui garderont Mes Chabbats'.
יְהֵא חֶלְקִי מִגּוֹמְרֵי הַלֵּל בְּכָל יוֹם. פֵּרְשׁוּ בַּגְּמָרָא עַל פְּסוּקֵי דְּזִמְרָה, וְקַשָּׁא וַדַּאי כָּל אָדָם זָהִיר לוֹמַר זֶה בְּכָל יוֹם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ גּוֹמְרֵי הַלֵּל עַל פָּסוּק (תְּהִלִּים קג, ו) כֹּל הַנְּשָׁמָה תְּהַלֵּל יָהּ , שֶׁהוּא גְּמַר שֶׁל הַהַלֵּל בְּכָל יוֹם שֶׁזֶּה אוֹמְרִים אַחַר כָּל פְּסוּקֵי דְּזִמְרָה, וּפָסוּק זֶה מַגִּיד לָאָדָם שֶׁעַל כֹּל נְשִׁימָה וּנְשִׁימָה תְּהַלֵּל יָהּ בְּמַחְשָׁבָה וְלֹא יָסוּר זֶה מִלְּבָבְךָ (בְּרֵאשִׁית רַבָּה יד, ט), וְאַשְׁרֵי הַמְקַיֵּים מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב הַזֶּה שֶׁהוּא גְּמַר הַהַלֵּל, שֶׁיִּהְיֶה מֵהַלֵּל לְהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ בְּמַחְשַׁבְתּוֹ עַל כָּל נְשִׁימָה וּנְשִׁימָה בֶּאֱמֶת.
Que mon lot soit parmi ceux qui achèvent le Hallel chaque jour. On l'a expliqué dans la Guemara comme [se rapportant aux] Pessouqei dezimra ; or c'est difficile : tout homme veille assurément à les dire chaque jour ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que 'ceux qui achèvent le Hallel' se rapporte au verset (Tehilim 150, 6) : 'Que toute âme (nechama) loue Y-ah', qui est l'achèvement du Hallel de chaque jour, puisqu'on le dit après tous les Pessouqei dezimra. Ce verset enseigne à l'homme qu'à chaque souffle (nechima) il doit louer Y-ah en pensée, et que cela ne quitte pas son cœur (Berechit Rabba 14, 9). Heureux celui qui accomplit ce que dit ce verset, qui est l'achèvement du Hallel : qu'il loue Hachem, béni soit-Il, dans sa pensée, à chaque souffle, en vérité.
💡 Explication

Début de la série des 'yehe helki' ('que mon lot soit parmi...') de Rabbi Yossi. Le premier souhait se rattache au sujet du daf : les trois repas du Chabbat.

Le deuxième soulève une objection : le Hallel (Psaumes 113-118) a été institué pour des jours de fête et de miracle ; le dire chaque jour le réduit à une chanson, d'où l'expression 'outrager et blasphémer'. Réponse : Rabbi Yossi parle des Pessouqei dezimra, les psaumes de louange du matin (selon Rachi, les Psaumes 148 et 150).

6
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: יְהֵא חֶלְקִי מִמִּתְפַּלְּלִים עִם דִּמְדּוּמֵי חַמָּה. אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִצְוָה לְהִתְפַּלֵּל עִם דִּמְדּוּמֵי חַמָּה. אָמַר רַבִּי זֵירָא, מַאי קְרָא: ״יִירָאוּךָ עִם שָׁמֶשׁ וְלִפְנֵי יָרֵחַ דּוֹר דּוֹרִים״.

Rabbi Yossi a dit : que mon lot soit parmi ceux qui prient avec le rougeoiement du soleil (demdoumei hama). Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est une mitsva de prier avec le rougeoiement du soleil.

Rabbi Zeira a dit : quel est le verset ? 'Ils Te craindront avec le soleil et devant la lune, de génération en génération'.

📜 Rachi (3)
דִּמְדּוּמֵי חַמָּה כְּשֶׁהִיא אֲדֻומָּה שַׁחֲרִית אַחֲרֵי הֲנִצָּהּ מִיָּד הִיא אֲדֻומָּה וְעַרְבִית סָמוּךְ לִשְׁקִיעָתָהּ:
Le rougeoiement du soleil : quand il est rouge ; le matin, aussitôt après le lever, il est rouge, et le soir, près de son coucher.
עִם שֶׁמֶשׁ עִם זְרִיחָתָהּ:
Avec le soleil : avec son lever.
וְלִפְנֵי יָרֵחַ קֹודֶם אוֹר הַיָּרֵחַ בְּעוֹד הַשֶּׁמֶשׁ לֹא שָׁקְעָה:
Et devant la lune : avant la lumière de la lune, tant que le soleil ne s'est pas couché.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִצְוָה לְהִתְפַּלֵּל עִם דִּמְדּוּמֵי חַמָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם, מִפְּנֵי כִּי אוֹתָהּ שָׁעָה רוֹאֶה בְּעֵינָיו חַסְדּוֹ יִתְבָּרֵךְ עִם הַבְּרִיּוֹת שֶׁאֵינוֹ מוֹצִיא חַמָּה בְּתוֹקְפָהּ אַחַר הַחֹשֶׁךְ הָרַב, וְגַם אֵינוֹ מֵבִיא הַחֹשֶׁךְ הָרַב בִּשְׁקִיעַת הַחַמָּה בְּעוֹדָהּ בְּתוֹקְפָהּ, אֶלָּא עוֹשֶׂה בֵּין הַבֵּינַיִים זְמַן מְמֻוצָּע שֶׁהוּא דִּמְדּוּמֵי חַמָּה כְּדֵי שֶׁלֹּא יָזֹוק הָאָדָם בְּאוֹר עֵינָיו, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ הַמְפָרְשִׁים עַל מַאֲמָר, הַמֵּאִיר לָאָרֶץ וְלַדָּרִים עָלֶיהָ בְּרַחֲמִים. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁמִּצְוָה לְהִתְפַּלֵּל עִם דִּמְדּוּמֵי חַמָּה, דְּאִיתָא בַּגְּמָרָא דְּבָתְרָא (דַּף פד) דְּמִתְאַדֶּמֶת הַשֶּׁמֶשׁ בְּצַפְרָא מִשּׁוּם דְּחָלְפִי אַבֵּי וַורְדֵי דְּגַן עֵדֶן, יַעַן כִּי בַּבֹּוקֶר הִיא בַּמִּזְרָח וְגַן עֵדֶן הוּא בַּמִּזְרָח דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית ב, ח) גַּן בְּעֵדֶן מִקֹּדֶם, וְלָכֵן הַמִּתְפַּלֵּל עִם דִּמְדּוּמֵי חַמָּה בְּשַׁחֲרִית זָכוּר יִזְכֹּור אוֹתָהּ שָׁעָה אֶת גַּן עֵדֶן, כִּי הֲדִמְדּוּמֵי חַמָּה בָּאָה מָגֵן עֵדֶן, וְכֵיוָן דְּזוֹכֵר גַּן עֵדֶן תִּתְעוֹרֵר בְּלִבּוֹ יִרְאַת שָׁמַיִם, וְאִם עַל הַלֵּב שׁוֹרָה יִרְאַת שָׁמַיִם בְּעֵת הַתְּפִילָּה אֲזַי תִּתְעַלֶּה תְּפִילָּתוֹ עִילּוּי רַב וּתְקֻובַּל בְּרָצוֹן ! וְכֵן בְּדִמְדּוּמֵי חַמָּה דְּמִנְחָה זָכוּר יִזְכֹּור אוֹתָהּ שָׁעָה אֶת גֵּיהִנָּם, דְּאָמְרוּ בַּגְּמָרָא שָׁם הָא דְּמִתְאַדֶּמֶת לְעֵת עֶרֶב מִשּׁוּם דְּחָלְפָא אַפִּתְחָא דְּגֵיהִנָּם, מִשּׁוּם דִּלְעֵת עֶרֶב שׁוֹקַעַת בַּמַּעֲרָב וּמִתְאַדֶּמֶת מִכֹּחַ אֵשׁ גֵּיהִנָּם, וְכֵיוָן דְּזוֹכֵר גֵּיהִנָּם יִהְיֶה לוֹ שִׁבְרוֹן לֵב וְהִרְהוּר תְּשׁוּבָה וְאָז יִהְיֶה עִילּוּי רַב לִתְפִילָּתוֹ וּתְקֻובַּל בְּרָצוֹן.
C'est une mitsva de prier avec le rougeoiement du soleil. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison est qu'à ce moment on voit de ses yeux la bonté de Hachem, béni soit-Il, envers les créatures : Il ne fait pas sortir le soleil dans toute sa force après la grande obscurité, et Il n'amène pas non plus la grande obscurité au coucher du soleil tant qu'il est dans sa force ; Il fait entre les deux un temps intermédiaire, le rougeoiement du soleil, afin que l'homme ne soit pas atteint dans la lumière de ses yeux, comme l'ont dit les commentateurs sur la formule : 'Qui éclaire la terre et ceux qui y demeurent avec miséricorde'. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle c'est une mitsva de prier avec le rougeoiement du soleil est qu'on trouve dans la Guemara de Bava Batra (84a) que le soleil rougit le matin parce qu'il passe par les roses du Gan Éden : le matin il est à l'est, et le Gan Éden est à l'est, comme il est écrit (Berechit 2, 8) : 'un jardin en Éden, à l'orient'. Aussi, celui qui prie avec le rougeoiement du soleil le matin se souviendra à ce moment du Gan Éden, car le rougeoiement vient du Gan Éden ; et puisqu'il se souvient du Gan Éden, la crainte du Ciel s'éveillera dans son cœur ; et si la crainte du Ciel repose sur le cœur au moment de la prière, sa prière s'élèvera d'une grande élévation et sera reçue favorablement ! De même, avec le rougeoiement du soleil de Minha, il se souviendra à ce moment de la Géhenne, car on a dit dans la Guemara là-bas que [le soleil] rougit le soir parce qu'il passe devant l'entrée de la Géhenne : le soir il se couche à l'ouest et rougit sous l'effet du feu de la Géhenne. Et puisqu'il se souvient de la Géhenne, il aura le cœur brisé et une pensée de techouva, et alors sa prière aura une grande élévation et sera reçue favorablement.
💡 Explication

Demdoumei hama : le moment où le soleil est rouge, juste après son lever et peu avant son coucher. Rabbi Yo'hanan en fait une mitsva : prier Chaharit au lever du soleil (les vatiqin) et Minha près du coucher.

Le verset 'ils Te craindront avec le soleil' vise le lever ; 'devant la lune' vise la fin du jour, avant que la lune n'éclaire, tant que le soleil n'est pas couché (Rachi).

🖼️ Schéma
Prier 'avec le rougeoiement du soleil' (Rachi) Chaharit : juste après le lever 'ils Te craindront avec le soleil' Minha : près du coucher 'et devant la lune' soleil dans sa force Le soleil est rouge à ses deux extrémités : c'est là que Rabbi Yo'hanan place la mitsva
Les deux moments de 'demdoumei hama' selon Rachi : juste après le lever (Chaharit) et près du coucher (Minha).
7
וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי: יְהֵא חֶלְקִי מִמֵּתֵי בְּחֹולִי מֵעַייִם, דְּאָמַר מַר: רֻובָּן שֶׁל צַדִּיקִים מֵתִים בְּחֹולִי מֵעַייִם. וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי: יְהֵא חֶלְקִי מִמֵּתֵי בְּדֶרֶךְ מִצְוָה. וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי: יְהֵא חֶלְקִי מִמַּכְנִיסֵי שַׁבָּת בִּטְבֶרְיָא, וּמִמּוֹצִיאֵי שַׁבָּת בְּצִפּוֹרִי. וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי: יְהֵא חֶלְקִי מִמּוֹשִׁיבֵי בֵּית הַמִּדְרָשׁ, וְלֹא מִמַּעֲמִידֵי בֵּית הַמִּדְרָשׁ.

Rabbi Yossi a dit : que mon lot soit parmi ceux qui meurent d'une maladie des intestins, car le maître a dit : la plupart des justes meurent d'une maladie des intestins. Rabbi Yossi a dit : que mon lot soit parmi ceux qui meurent en chemin vers une mitsva.

Rabbi Yossi a dit : que mon lot soit parmi ceux qui font entrer le Chabbat à Tibeiriade et parmi ceux qui font sortir le Chabbat à Tsippori. Rabbi Yossi a dit : que mon lot soit parmi ceux qui font asseoir [les gens] au beit hamidrach, et non parmi ceux qui les font lever du beit hamidrach.

📜 Rachi (4)
מִמֵּתֵי מֵחוֹלִי בְּנֵי מֵעַיִים שֶׁמִּתְייַסְּרִין בְּיִסּוּרִין וּמִתְמָרְקִין עוֹנוֹתֵיהֶן:
Ceux qui meurent d'une maladie des intestins : car ils sont éprouvés par des souffrances et leurs fautes sont effacées.
מִמַּכְנִיסֵי שַׁבָּת בִּטְבֶרְיָא מִפְּנֵי שֶׁהִיא עֲמֻוקָּה וּמַחְשֶׁכֶת מִבְּעוֹד יוֹם וְסִבּוּרִין שֶׁחָשְׁכָה וּמִמּוֹצִיאֵי שַׁבָּת בְּצִפּוֹרִי שֶׁיּוֹשֶׁבֶת בְּרֹאשׁ הָהָר וּבְעוֹד כְּשֶׁהַחַמָּה שׁוֹקַעַת נִרְאֵית שָׁם אוֹר גָּדוֹל וּמְאַחֲרִין לָצֵאת:
Ceux qui font entrer le Chabbat à Tibeiriade : parce qu'elle est encaissée et s'assombrit alors qu'il fait encore jour, et l'on croit que la nuit est tombée ; et ceux qui font sortir le Chabbat à Tsippori, qui est située au sommet de la montagne : alors que le soleil se couche, on y voit encore une grande lumière, et l'on tarde à sortir [du Chabbat].
מִמּוֹשִׁיבֵי בֵּית הַמִּדְרָשׁ חַזָּנִים מְאַסְּפֵי תַּלְמִידִים בְּכָל יוֹם לָבֹא:
Ceux qui font asseoir au beit hamidrach : les responsables (hazanim) qui rassemblent les élèves pour qu'ils viennent chaque jour.
מִמַּעֲמִידֵי מְמֻונִּים לְעֵת הָאֹוכֶל לוֹמַר הִגִּיעַ עֵת לַעֲמֹוד וְלֶאֱכֹול:
Ceux qui font lever : les préposés qui, a l'heure du repas, disent : le moment est venu de se lever et de manger.
🗂️ Tossefot (1)
רֻובָּם שֶׁל צַדִּיקִים מֵתִים בְּחֹולִי מֵעַיִים פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס לְמָרֵק עֲוֹנוֹתֵיהֶם ור"י אוֹמֵר כִּי יֵשׁ בַּמִּדְרָשׁ לְמָרֵק אֲכִילָה מִן הַמֵּעַיִים לִהְיוֹת נְקִיִּים וּטְהוֹרִים כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת:
La plupart des justes meurent d'une maladie des intestins : le Qountres (Rachi) explique : pour effacer leurs fautes. Le Ri dit qu'on trouve dans le Midrach : pour purger la nourriture des intestins, afin qu'ils soient propres et purs comme les anges de service.
🪔 Ben Yehoyada (1)
יְהֵא חֶלְקִי מִיּוֹשְׁבֵי בֵּית הַמִּדְרָשׁ, וְלֹא מִמַּעֲמִידֵי בֵּית הַמִּדְרָשׁ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְמַאי אִצְטְרִיךְ לְפָרֵשׁ וְלֹא מִמַּעֲמִידֵי, כֵּיוָן דְּזָכַר רַק אֶת מִיּוֹשְׁבֵי וַדַּאי לֹא לֹא בָּחַר בְּמַעֲמִידֵי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּלִפְעָמִים אוֹתָם הַמְמֻונִּים בָּזֶה הֵם גַּם כֵּן מְמֻונִּים בָּזֶה, וְהוּא גַּם בְּאֵלֶּה לֹא בָּחַר אֶלָּא רוֹצֶה לִהְיוֹתָם בְּאוֹתָם שֶׁהֵם מִיּוֹשְׁבֵי בִּלְבַד. וַעֲדַייִן יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְמַאי אִצְטְרִיךְ לוֹמַר פְּשִׁיטָה לָמָּה יִבְחַר בְּמַעֲמִידֵי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד גַּם בְּמַעֲמִידִין יֵשׁ תּוֹעֶלֶת וְחִזּוּק תּוֹרָה כְּדֵי שֶׁיָּקוּמוּ לֶאֱכֹל וְלֹא יֵחָלֵשׁ לִבָּם, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ (תַּעֲנִית יא:) הַאי בַּר בֵּי רַב דְּיָתֵיב בְּתַעֲנִיתָא לֵיכוֹל כַּלְבָּא לְשֵׁירוּתֵיהּ, וְלָכֵן פֵּירֵשׁ דְּאֵינוֹ בּוֹחֵר בְּאוֹתָם שֶׁהֵם מַעֲמִידֵי כְּלָל.
Que mon lot soit parmi ceux qui font asseoir au beit hamidrach, et non parmi ceux qui font lever du beit hamidrach. On peut objecter : pourquoi fallait-il préciser 'et non parmi ceux qui font lever' ? Puisqu'il n'a mentionné que ceux qui font asseoir, il est évident qu'il n'a pas choisi ceux qui font lever ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que parfois ceux qui sont préposés à l'un sont aussi préposés à l'autre, et il ne choisit pas non plus ceux-là ; il veut être parmi ceux qui font seulement asseoir. Il reste à objecter : pourquoi fallait-il le dire ? C'est évident : pourquoi choisirait-il ceux qui font lever ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ceux qui font lever apportent aussi un profit et un renforcement de la Torah, pour qu'on se lève manger et que le cœur ne s'affaiblisse pas, comme on l'a dit (Taanit 11b) : 'L'élève de yechiva qui jeûne, qu'un chien mange son repas'. C'est pourquoi il a précisé qu'il ne choisit pas du tout ceux qui font lever.
💡 Explication

Quatre souhaits. La maladie des intestins est une souffrance qui, selon Rachi, efface les fautes ; selon le Ri (Tossefot), elle purifie le corps de toute nourriture. Mourir en chemin vers une mitsva : mourir occupé à une mitsva.

Tibeiriade et Tsippori : le souhait est d'ajouter au Chabbat à ses deux bouts (tossefet Chabbat). Tibeiriade, au fond d'une cuvette, s'assombrit tôt : on y reçoit le Chabbat plus tôt. Tsippori, au sommet d'une montagne, garde la lumière après le coucher : on y sort du Chabbat plus tard.

🖼️ Schéma
Entrer tôt et sortir tard : Tibeiriade et Tsippori (Rachi) Tibeiriade (encaissée) l'ombre tombe tôt : on croit qu'il fait nuit on fait entrer le Chabbat plus tôt Tsippori (au sommet) la lumière reste après le coucher on fait sortir le Chabbat plus tard soleil couchant
Rachi : à Tibeiriade, encaissée, l'ombre fait entrer le Chabbat tôt ; à Tsippori, sur la montagne, la lumière le fait sortir tard.
8
וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי: יְהֵא חֶלְקִי מִגַּבַּאי צְדָקָה וְלָא מִמְּחַלְּקֵי צְדָקָה. וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי: יְהֵא חֶלְקִי מִמִּי שֶׁחוֹשְׁדִין אוֹתוֹ וְאֵין בּוֹ. אָמַר רַב פָּפָּא: לְדִידִי חַשְׁדֻן וְלָא הֲוָה בִּי.

Rabbi Yossi a dit : que mon lot soit parmi les collecteurs de tsedaqa et non parmi les distributeurs de tsedaqa. Rabbi Yossi a dit : que mon lot soit avec celui qu'on soupçonne alors qu'il n'y a rien en lui.

Rav Papa a dit : moi, on m'a soupçonné, et il n'y avait rien en moi.

📜 Rachi (1)
מִמְּחַלְּקֵי לַעֲנִיִּים צְדָקָה דְּאָמְרִינַן בְּבָבָא בָּתְרָא פ"ק (דַּף ח:) צְדָקָה נִגְבֵּית בִּשְׁנַיִם וּמִתְחַלֶּקֶת בִּשְׁלֹשָׁה וְהַמְחַלְּקִים אוֹתָהּ עֲלֵיהֶם לִבְדֹּוק לְפִי הַצָּרִיךְ לְכָל אֶחָד וְאֶחָד וּפְעָמִים שֶׁקְּרוֹבִין דַּעְתָּם לְרַחֵם עַל זֶה וְלַחֲלֹוק יוֹתֵר מִן הַצֹּורֶךְ שֶׁאוֹמְדִין אוֹתוֹ בְּהַרְווָחָה וְאוֹמְדִין אֶת חֲבֵרוֹ בְּצִמְצוּם:
Les distributeurs : de la tsedaqa aux pauvres ; car nous disons au premier chapitre de Bava Batra (8b) : la tsedaqa est collectée par deux [personnes] et distribuée par trois. Ceux qui la distribuent doivent examiner selon le besoin de chacun, et il arrive que leur esprit soit enclin à avoir pitié de l'un et à lui distribuer plus que le nécessaire, qu'ils évaluent l'un largement et l'autre de façon restreinte.
🪔 Ben Yehoyada (1)
יְהֵא חֶלְקִי מִמִּי שֶׁחוֹשְׁדִין אוֹתוֹ וְאֵין בּוֹ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר שֶׁחוֹשְׁדִין אוֹתוֹ בְּשֶׁקֶר? וְנִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה שֶׁיֵּשׁ חוֹשְׁדִין אוֹתוֹ בְּשֶׁקֶר בְּדָבָר אַחֵר, וּלְעוֹלָם עָשָׂה אוֹתוֹ דָּבָר בִּזְמַן אַחֵר וְרַק עַל אוֹתוֹ הַזְּמַן שֶׁחוֹשְׁדִים אוֹתוֹ בּוֹ הוּא חֲשָׁד שֶׁל שֶׁקֶר, וּבָזֶה אֵינוֹ בּוֹחֵר דְּעַל כָּל פָּנִים הוּא עָשָׂה אוֹתוֹ חֵטְא, וְרַק בּוֹחֵר בְּמִי שֶׁחוֹשְׁדִין אוֹתוֹ וְאֵין בּוֹ אוֹתוֹ דָּבָר כְּלָל, לֹא בִּזְמַן הַחֲשָׁד וְלֹא בִּזְמַן אַחֵר.
Que mon lot soit avec celui qu'on soupçonne alors qu'il n'y a rien en lui. On peut objecter : il aurait dû dire 'qu'on soupçonne à tort'. Il me semble que le sens est le suivant : il y a des gens qu'on soupçonne à tort sur une chose, alors qu'ils ont fait cette chose à un autre moment ; seul le soupçon portant sur ce moment-là est mensonger. Il ne choisit pas cela, car de toute façon cet homme a commis cette faute. Il choisit seulement celui qu'on soupçonne alors que cette chose n'est pas du tout en lui, ni au moment du soupçon ni à un autre moment.
💡 Explication

Le gabbai tsedaqa (collecteur) perçoit des montants fixés. Le distributeur doit évaluer les besoins de chaque pauvre, et risque, selon Rachi, de favoriser l'un au détriment d'un autre. Rabbi Yossi préfère la tâche où le risque d'injustice est moindre.

9
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: חָמֵשׁ בְּעִילוֹת בָּעַלְתִּי, וְנָטַעְתִּי חֲמִשָּׁה אֲרָזִים בְּיִשְׂרָאֵל. וּמַאן אִינּוּן — רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי, וְרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי יוֹסֵי, וְרַבִּי חֲלַפְתָּא בְּרַבִּי יוֹסֵי, וְרַבִּי אַבְטִילָס בְּרַבִּי יוֹסֵי, וְרַבִּי מְנַחֵם בְּרַבִּי יוֹסֵי. וְהָאִיכָּא וּרֶדִּימֶס! הַיְינוּ וַרְדִּימָס הַייְנוּ מְנַחֵם, וְאַמַּאי קָרֵי לֵיהּ ״וּרְדִּימַס״? — שֶׁפָּנָיו דּוֹמִין לְוֶרֶד. לְמֵימְרָא דְּרַבִּי יוֹסֵי מִצְוַת עוֹנָה לֹא קִיֵּים?! אֶלָּא אֵימָא: חָמֵשׁ בְּעִילוֹת בָּעַלְתִּי וְשָׁנִיתִי.

Rabbi Yossi a dit : j'ai eu cinq relations, et j'ai planté cinq cèdres en Israël. Qui sont-ils ?

Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi, Rabbi Elazar fils de Rabbi Yossi, Rabbi Halafta fils de Rabbi Yossi, Rabbi Avtilas fils de Rabbi Yossi et Rabbi Menahem fils de Rabbi Yossi. Mais il y a aussi Vardimas !

Vardimas, c'est Menahem. Et pourquoi l'appelle-t-on Vardimas ?

Parce que son visage ressemblait à une rose (vered). Faut-il en déduire que Rabbi Yossi n'a pas accompli la mitsva de la ona (devoir conjugal) ?

Dis plutôt : j'ai eu cinq relations et j'ai répété.

📜 Rachi (1)
בָּעַלְתִּי וְשָׁנִיתִי כְּדֵי שֶׁיִּהְיוּ זְכָרִים דְּאָמַר מַר הָרוֹצֶה שֶׁיִּהְיוּ בָּנָיו זְכָרִים יִבְעֹול וְיִשְׁנֶה (עֵירוּבִין דַּף ק:):
J'ai eu des relations et j'ai répété : pour avoir des garçons, car le maître a dit : celui qui veut que ses enfants soient des garçons, qu'il ait une relation et qu'il répète (Erouvin 100b).
🗂️ Tossefot (1)
אֵימָא ה' בְּעִילוֹת בָּעַלְתִּי וְשִׁנִּיתִי וּבִירוּשַׁלְמִי מְשַׁנֵּי דִּיבָמוֹת הָיוּ וְלֹא רָצָה לְקַיֵּים בָּהֶן מִצְוַת עוֹנָה אֶלָּא רַק כְּדֵי לְקַיֵּים מִצְוַת יִבּוּם דְּהַייְנוּ בִּיאָה רִאשׁוֹנָה:
Dis : j'ai eu cinq relations et j'ai répété : dans le Yerouchalmi, on répond que c'étaient des yevamot (veuves soumises au lévirat), et qu'il ne voulait pas accomplir avec elles la mitsva de la ona, mais seulement la mitsva du yibboum, c'est-à-dire la première relation.
💡 Explication

Rabbi Yossi parle avec pudeur : il n'a eu de relations que pour fonder une descendance, et ses cinq fils sont devenus cinq Sages ('cinq cèdres'). La Guemara objecte : la ona est une obligation régulière du mari. Elle corrige donc : 'cinq fois... et j'ai répété', selon la règle citée par Rachi.

Le Yerouchalmi, cité par Tossefot, propose une autre lecture : il s'agissait d'unions de yibboum, pour lesquelles seule la première relation est une mitsva.

🖼️ Schéma
Les cinq 'cèdres' de Rabbi Yossi Rabbi Yossi R. Yichmael R. Elazar R. Halafta R. Avtilas R. Menahem = Vardimas (visage de rose)
Les cinq fils de Rabbi Yossi ; Vardimas est un autre nom de Rabbi Menahem.
10
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: מִיָּמַי לֹא קָרִיתִי לְאִשְׁתִּי ״אִשְׁתִּי״ וּלְשׁוֹרִי ״שׁוֹרִי״, אֶלָּא לְאִשְׁתִּי — ״בֵּיתִי״, וּלְשׁוֹרִי — ״שַׁדַּי״.

Rabbi Yossi a dit : de ma vie, je n'ai appelé ma femme 'ma femme' ni mon bœuf 'mon bœuf', mais ma femme 'ma maison' et mon bœuf 'mon champ'.

📜 Rachi (3)
לֹא קָרִיתִי לְאִשְׁתִּי אִשְׁתִּי שֶׁאַף שִׂיחַת חֻולִּין שֶׁלִּי יֵשׁ לִלְמֹוד הֵימֶנָּה חָכְמָה:
Je n'ai pas appelé ma femme 'ma femme' : pour que même de ma conversation profane on puisse apprendre une sagesse.
אִשְׁתִּי בֵּיתִי שֶׁהִיא עִיקָּר שֶׁל בַּיִת:
Ma femme, ma maison : car elle est l'essentiel de la maison.
וּלְשׁוֹרִי שַׁדַּי שֶׁהוּא עִיקָּר שֶׁל שָׂדֶה דִּכְתִיב וְרָב תְּבוּאוֹת בְּכֹחַ שׁוֹר (מִשְׁלֵי י״ד:ד׳):
Et mon bœuf, mon champ : car il est l'essentiel du champ, comme il est écrit : 'L'abondance des récoltes vient de la force du bœuf' (Michle 14, 4).
💡 Explication

Rabbi Yossi désigne chaque chose par son rôle : la femme est le centre de la maison, le bœuf celui du travail des champs. Selon Rachi, même son langage courant devait pouvoir enseigner quelque chose.

11
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: מִיָּמַי לֹא נִסְתַּכַּלְתִּי בַּמִּילָּה שֶׁלִּי. אֵינִי? וְהֵאָמְרוּ לֵיהּ לְרַבִּי: מַאי טַעְמָא קָרוּ לָךְ רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ? אֲמַר לְהוּ: מִיָּמַי לֹא נִסְתַּכַּלְתִּי בַּמִּילָּה שֶׁלִּי. בְּרַבִּי מִילְּתָא אַחֲרִיתִי הֲוָה בֵּיהּ, שֶׁלֹּא הִכְנִיס יָדוֹ תַּחַת אַבְנֵטוֹ. וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי: מִיָּמַי לֹא רָאוּ קוֹרוֹת בֵּיתִי אִימְרֵי חֲלוּקִי.

Rabbi Yossi a dit : de ma vie, je n'ai regardé ma circoncision. Est-ce vrai ?

N'a-t-on pas dit à Rabbi : pourquoi t'appelle-t-on 'notre saint maître' ? Il leur répondit : de ma vie, je n'ai regardé ma circoncision.

Chez Rabbi, il y avait une autre chose : il ne mettait pas la main sous sa ceinture. Rabbi Yossi a dit : de ma vie, les poutres de ma maison n'ont pas vu les coutures de ma tunique.

📜 Rachi (4)
לֹא נִסְתַּכַּלְתִּי כו' מֵרֹוב צְנִיעוּת:
Je n'ai pas regardé, etc. : par grande pudeur.
וְהָא אָמְרוּ לוֹ כוּ' וא"כ לְרַבִּי יוֹסֵי נָמֵי הֲוָה לֵיהּ לְמִיקַּרְייָה רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ:
Mais n'a-t-on pas dit, etc. : s'il en est ainsi, on aurait dû appeler aussi Rabbi Yossi 'notre saint maître'.
תַּחַת אַבְנֵטוֹ מִן הָאַבְנֵט וּלְמַטָּה:
Sous sa ceinture : de la ceinture vers le bas.
לֹא רָאוּ קוֹרוֹת כו' כְּשֶׁפּוֹשֵׁט חֲלוּקוֹ [פּוֹשְׁטוֹ] כְּמוֹ שֶׁהוּא לוֹבְשׁוֹ דֶּרֶךְ רֹאשׁוֹ וּמְכַסֶּה אֶת עַצְמוֹ תְּחִלָּה מִשּׁוּם צְנִיעוּת בִּסְדִינוֹ מִתַּחַת וְיוֹשֵׁב בְּמִטָּתוֹ:
Les poutres n'ont pas vu, etc. : quand il retirait sa tunique, il la retirait comme il l'enfilait, par la tête, après s'être d'abord couvert, par pudeur, de son drap, en dessous, assis sur son lit.
🪔 Ben Yehoyada (2)
בְּרַבִּי, מִלְּתָא אַחֲרִיתִי הֲוָה בֵּיהּ, שֶׁלֹּא הִכְנִיס יָדוֹ תַּחַת אַבְנֵטוֹ. מַקְשִׁים אִם כֵּן רַבִּי אַמַּאי אָמַר לוֹ חֲדָא דַּוְקָא, כֵּיוָן דִּבְקוּשְׁטָא מִשּׁוּם הָא וְהָא קָרוּ לֵיהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד וְאַקְדִּים לְדַקְדֵּק דִּקְדּוּק אַחֵר תְּחִלָּה, דָּמֵי יְמַלְּאֶנּוּ לִבּוֹ לִשְׁאוֹל שְׁאֵלָה כָּזֹאת מֵרַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ עַצְמוֹ שֶׁהָיָה גְּדוֹל הַדּוֹר נְשִׂיא יִשְׂרָאֵל וְרַב לְכִלְהוּ רַבָּנָן שֶׁבְּדוֹרוֹ?! וְעוֹד הַשּׁוֹאֵל לָמָּה שָׁאַל לְרַבִּי, יִשְׁאַל לַחֲכָמִים אֲשֶׁר קוֹרִין אוֹתוֹ כָּךְ? וְעוֹד רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ הָיָה עָנָיו וְאֵיךְ יִרְצֶה לְסַפֵּר בְּשֶׁבַח עַצְמוֹ, וּבִפְרָט שֶׁבַח שֶׁאֵין מַכִּירִים אוֹתוֹ אֲחֵרִים אֶלָּא רַק הוּא בְּעַצְמוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַשּׁוֹאֵל הָיָה אַנְטִיגּוֹנוֹס הַמֶּלֶךְ שֶׁנִּתְגַּיֵּיר וְהָיָה לוֹמֵד תּוֹרָה מֵרַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ, וְאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דְּאַחַר שֶׁנִּימּוֹל אָמַר לְרַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ שֶׁיִּרְאֶה אֶת הַמִּילָה שֶׁלּוֹ אִם נִימּוֹל כָּרָאוּי, וְהֵשִׁיב לוֹ בְּדִידִי לָא אִסְתַּכַּלִית מִיָּמַי וְאֵיךְ אִסְתַּכַּל וְאֶרְאֶה בְּשֶׁל אֲחֵרִים?! וְכַנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא, וּלְפִי זֶה דָּבָר זֶה שֶׁלֹּא נִסְתַּכֵּל בַּמִּילָה שֶׁלּוֹ הֻוכְרַח לְגַלּוֹת לַמֶּלֶךְ מִפְּנֵי שֶׁלָּחַץ אוֹתוֹ שֶׁיִּרְאֶה אֶת שֶׁלּוֹ, וְאֶת הַמֶּלֶךְ לֹא אֶפְשָׁר לִדְחוֹת אוֹתוֹ בְּלֹא טַעַם מַסְפִּיק, וְאַחַר שֶׁהֻוכְרַח לְגַלּוֹת הַדָּבָר הַזֶּה לַמֶּלֶךְ נִתְווַדַּע הַדָּבָר גַּם כֵּן לַחֲכָמִים וְהִסְכִּימוּ לִקְרוֹתוֹ רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ בַּעֲבוּר חֲסִידוּת זוֹ, וְגַם בַּעֲבוּר חֲסִידוּת הָאַחֶרֶת שֶׁמָּצְאוּ בּוֹ הֵם שֶׁלֹּא הִכְנִיס יָדוֹ תַּחַת אַבְנֵטוֹ, אַךְ אַחַר כָּךְ בְּשֶׁשָּׁמַע הַמֶּלֶךְ שֶׁהָיוּ קוֹרִין אוֹתוֹ רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ שָׁאַל אוֹתוֹ לָמָּה קוֹרִין אוֹתְךָ רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ, וּמִכֹּחַ הָעֲנָוָה הֵשִׁיב לוֹ רַק דָּבָר אֶחָד שֶׁל הַמִּילָה, מִפְּנֵי שֶׁדָּבָר זֶה אֵינוֹ חִידּוּשׁ אֵצֶל הַמֶּלֶךְ שֶׁכְּבָר הֻוכְרַח לְגַלּוֹת זֶה מִקַּדְמַת דְּנָא, וְעַל דָּבָר הַשֵּׁנִי שֶׁל הָאַבְנֵט לֹא הִגִּיד לוֹ מִכֹּחַ עֲנָוָה, אֲבָל בְּקוּשְׁטָא רַבָּנָן קָרוּ לֵיהּ רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ בִּשְׁבִיל שְׁתַּיִם הַנִּזְכָּרִים.
Chez Rabbi, il y avait une autre chose : il ne mettait pas la main sous sa ceinture. On objecte : s'il en est ainsi, pourquoi Rabbi n'a-t-il donné qu'une seule [raison], puisqu'en réalité on l'appelait ainsi pour l'une et pour l'autre ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut d'abord relever une autre difficulté : qui aurait eu l'audace de poser une telle question à notre saint maître lui-même, lui qui était le grand de la génération, le Nassi d'Israël et le maître de tous les Sages de son temps ? De plus, pourquoi le questionneur a-t-il interrogé Rabbi ? Qu'il interroge les Sages qui l'appellent ainsi ! De plus, notre saint maître était humble : comment aurait-il voulu raconter sa propre louange, surtout une louange que les autres ne connaissent pas et que lui seul connaît ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le questionneur était le roi Antoninus, qui s'était converti et étudiait la Torah auprès de notre saint maître. On a dit dans la Guemara qu'après avoir été circoncis, il demanda à notre saint maître de regarder sa circoncision pour voir s'il avait été circoncis comme il faut ; il lui répondit : la mienne, je ne l'ai jamais regardée de ma vie, comment regarderais-je celle des autres ? Comme il est mentionné dans la Guemara. D'après cela, le fait qu'il n'avait pas regardé sa circoncision, il fut obligé de le révéler au roi, parce que celui-ci le pressait de regarder la sienne, et l'on ne peut pas éconduire un roi sans raison suffisante. Après qu'il fut obligé de révéler cela au roi, la chose fut connue aussi des Sages, et ils convinrent de l'appeler 'notre saint maître' en raison de cette piété, et aussi en raison de l'autre piété qu'ils avaient trouvée en lui : il ne mettait pas la main sous sa ceinture. Mais ensuite, quand le roi entendit qu'on l'appelait 'notre saint maître', il lui demanda : pourquoi t'appelle-t-on 'notre saint maître' ? Par humilité, il ne lui répondit qu'une seule chose, celle de la circoncision, parce qu'elle n'était pas une nouveauté pour le roi, puisqu'il avait déjà été obligé de la révéler auparavant ; la seconde chose, celle de la ceinture, il ne la lui dit pas, par humilité. Mais en réalité, les Sages l'appelaient 'notre saint maître' pour les deux [raisons] mentionnées.
שֶׁלֹּא הִכְנִיס יָדוֹ תַּחַת אַבְנֵטוֹ. צָרִיךְ לְהָבִין מָה הוּא עֹוצֶם הַמַּעֲלָה שֶׁיֵּשׁ בַּחֲסִידוּת זוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ שֶׁהָאָדָם כָּל גּוּפוֹ מְכֻווָּן כְּנֶגֶד פַּרְצוּף הַסְּפִירוֹת לְמַעְלָה נִזְכַּר בִּפְתִיחַת אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב, חֶסֶד דְּרוּעָא יַמִּינָא, גְּבוּרָה דְּרוּעָא שְׂמָאלָא, תִּפְאֶרֶת גּוּפָא, נֶצַח וְהוֹד תְּרֵין שׁוּקִין, וִיסוֹד אוֹת בְּרִית קֹודֶשׁ. נִמְצָא יָדָיו שֶׁל אָדָם הֵם כְּנֶגֶד חֶסֶד וּגְבוּרָה שֶׁהֵם אֶמְצָעִיּוֹת, וְאִם יַשְׁפִּילֵם וְיַכְנִיסֵם תַּחַת אַבְנֵטוֹ נִמְצָא מוֹרִיד אוֹתָם כְּנֶגֶד נֶצַח וְהוֹד שֶׁהֵם אַחֲרוֹנוֹת, וְרַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ הָיָה תָּמִיד חוֹשֵׁב כָּל אֶבְרֵי גּוּפוֹ מֶרְכָּבָה לַסְּפִירוֹת הַקֹּודֶשׁ וְשֵׁמוֹת הַקּוֹדֶשׁ אֲשֶׁר בָּהֶם, וְלָכֵן הָיָה נִזְהָר לְהַעֲמִיד אוֹתָם בְּגוּפוֹ כְּפִי מַדְרֵיגָתָם, וּלְכָךְ הָיָה נִזְהָר שֶׁלֹּא יַכְנִיס יָדוֹ תַּחַת אַבְנֵטוֹ, דְּיָדָיו שֶׁהֵם חו"ג [חֶסֶד וּגְבוּרָה] לֹא יוֹרִידֵם כְּנֶגֶד נה"י [נֶצַח, הוֹד, יְסוֹד] שֶׁהֵם מַתְחִילִים מִתַּחַת הָאַבְנֵט וּלְמַטָּה כִּי אֵין זֶה מְקוֹמָם, וְהָיָה נִזְהָר בְּכָךְ הֵן בְּעֵת שֶׁהוּא מְהַלֵּךְ אוֹ יוֹשֵׁב, וַאֲפִילּוּ בְּעֵת שֵׁינָה שֶׁלֹּא יַכְנִיס יָדוֹ בַּחֵלֶק הַתַּחְתּוֹן שֶׁל הַגּוּף שֶׁהוּא תַּחַת הָאַבְנֵט, אֶלָּא יַנִּיחֵם זֶה עַל גַּב זֶה בַּחֵלֶק הָאֶמְצָעִי כְּמוֹ שֶׁעוֹשִׂין בְּעֵת תְּפִילָּה, כְּדֵי שֶׁיִּהְיוּ מְכֻווָּנִים כְּנֶגֶד חֵלֶק הָאֶמְצָעִי שֶׁהוּא חג"ת [חֶסֶד, גְּבוּרָה, תִּפְאֶרֶת] . וְהָא דְּלָא אָמַר שֶׁלֹּא הָיָה מוֹרִיד אוֹ מְשַׁלְשֵׁל יָדָיו תַּחַת אַבְנֵטוֹ? מִשּׁוּם דְּבֶאֱמֶת הָיָה מוֹרִיד וּמְשַׁלְשֵׁל אוֹתָם לִפְעָמִים בִּשְׁבִיל אֵיזֶה צֹורֶךְ, לְחַכֵּךְ בְּרַגְלוֹ אוֹ לִלְבֹּושׁ מִנְעָלָיו וְכַיּוֹצֵא, וְעַל רֶגַע זֶה שֶׁהוּא בִּשְׁבִיל צֹורֶךְ אֵיזֶה עֵסֶק לֹא הָיָה מַקְפִּיד, וְרַק לְהַכְנִיסָם שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ שֶׁיִּהְיוּ מֻונָּחִים וְעוֹמְדִים תַּחַת הָאַבְנֵט עַל זֶה קָפֵיד שֶׁלֹּא לַעֲשׂוֹת, וּלְכָךְ נָקֵיט לָשׁוֹן זֶה שֶׁלֹּא הִכְנִיס , וְכָל זֶה הַמִּנְהָג שֶׁהָיָה נוֹהֵג בּוֹ הוּא מֵחֲמַת שֶׁהָיָה תָּמִיד מְצַיֵּיר וּמְחַשֵּׁב לַעֲשׂוֹת אֲבָרָיו מֶרְכָּבָה לַסְּפִירוֹת הַקֹּודֶשׁ וְשֵׁמוֹת הַקּוֹדֶשׁ שֶׁבָּהֶם. וּכְמוֹ עִנְיַן כַּוָּנַת הַמֶּרְכָּבָה שֶׁבֵּיאֵר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁכָּתַב שָׁם שֶׁרָאוּי לָאָדָם תָּמִיד לְכַוֵּין וּלְהַעֲרִיךְ אֶת עַצְמוֹ כְּאִלּוּ הוּא מָדוֹר וְכִסֵּא אֶל הָאֲצִילוּת הַקָּדוֹשׁ, שֶׁיַּעֲשֶׂה עַצְמוֹ כִּסֵּא לִקְדֻושָּׁה, לַחְשֹׁוב גֻּלְגֹּולֶת שֶׁלּוֹ כִּסֵּא לְכֶתֶר והוי"ה בְּנִקּוּד קמ"ץ, וְ 'שְׁנֵי מוֹחִין' שֶׁבּוֹ אֶל חו"ב [חָכְמָה וּבִינָה] והוי"ה נָקוּד פַתַ"ח והוי"ה נָקוּד צר"י, וְהַ 'יַד יָמִין' שֶׁלּוֹ לְחֶסֶד והוי"ה נָקוּד סגו"ל, ו 'יַד שְׂמֹאל' לִגְבוּרָה והוי"ה נָקוּד שב"א, וְ 'גּוּפוֹ' לְתִפְאֶרֶת והוי"ה נָקוּד חול"ם, וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ בִּשְׁאָר אֲבָרָיו כַּמְפֹורָשׁ שָׁם. [עַייֵּן בֶּן אִישׁ חַי, מִקֵּץ, הִלְכוֹת שָׁנָה א, י״ד] וְרַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ לֹא הָיָה זָז מִן מַחֲשֶׁבֶת כַּוָּנַת הַמֶּרְכָּבָה הֲנֵז' כָּל רֶגַע, וּמֵחֲמַת כֵּן נִקְרָא רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ, כְּמוֹ שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֹׁם שֶׁהַנִּזְהָר בְּכָךְ לְכַוֵּין וּלְהַעֲרִיךְ עַצְמוֹ כְּאִלּוּ הוּא מָדוֹר וְכִסֵּא אֶל הָאֲצִילוּת הַקָּדוֹשׁ, בָּזֶה תָּחוּל וְתִשְׁרֶה עָלָיו קְדֻושָּׁה עֶלְיוֹנָה עַייֵּן שָׁם. וְכָל זֶה לְהַמְּכַוֵּין לִפְרָקִים, כָּל שֶׁכֵּן הוּא שֶׁהָיָה מְכַוֵּין בְּכָךְ תָּמִיד בְּכָל רֶגַע, וְזֶהוּ עִנְיַן עֹוצֶם הַמַּעֲלָה שֶׁהָיָה לְרַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ בְּדָבָר זֶה. אַךְ מַה שֶׁיֵּשׁ לְפָרֵשׁ טַעַם בָּזֶה שֶׁלֹּא הִכְנִיס יָדוֹ תַּחַת אַבְנֵטוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יָבֹא לִידֵי חִימּוּם וְהִרְהוּר לָא נִיחָא לִי, כְּלוֹמַר לָא סְבִירָה לִי וְהַבּוֹחֵר יִבְחַר!
Il ne mettait pas la main sous sa ceinture. Il faut comprendre quelle est la grandeur de cette piété. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on sait que tout le corps de l'homme correspond à la configuration (partsouf) des sefirot en haut, comme il est mentionné dans 'Patah Eliyahou' : 'Hessed, le bras droit ; Guevoura, le bras gauche ; Tiferet, le corps ; Netsa'h et Hod, les deux jambes ; Yessod, le signe de l'alliance sainte. Il en ressort que les mains de l'homme correspondent à 'Hessed et Guevoura, qui sont [des sefirot] du milieu ; s'il les abaisse et les met sous sa ceinture, il les fait descendre au niveau de Netsa'h et Hod, qui sont les dernières. Notre saint maître considérait toujours tous les membres de son corps comme un char (merkava) pour les saintes sefirot et les Noms saints qui s'y trouvent ; c'est pourquoi il veillait à les maintenir dans son corps selon leur degré, et il veillait à ne pas mettre la main sous sa ceinture, pour ne pas faire descendre ses mains, qui sont 'Hessed et Guevoura, au niveau de Netsa'h, Hod et Yessod, qui commencent sous la ceinture, car ce n'est pas leur place. Il y veillait en marchant comme assis, et même en dormant, pour ne pas mettre la main dans la partie inférieure du corps, sous la ceinture ; il les posait l'une sur l'autre dans la partie médiane, comme on le fait pendant la prière, afin qu'elles correspondent à la partie médiane, qui est 'Hessed, Guevoura, Tiferet. Et pourquoi n'a-t-on pas dit qu'il n'abaissait ni ne laissait pendre ses mains sous sa ceinture ? Parce qu'en réalité il les abaissait et les laissait pendre parfois pour un besoin : se gratter la jambe, mettre ses chaussures, et autres choses semblables ; pour cet instant, qui est pour le besoin d'une occupation, il n'était pas strict. Il n'était strict que de ne pas les mettre sans besoin, [de façon à ce] qu'elles restent posées sous la ceinture ; c'est pourquoi on emploie l'expression 'il ne mettait pas'. Toute cette conduite venait de ce qu'il se représentait toujours et pensait à faire de ses membres un char pour les saintes sefirot et les Noms saints qui s'y trouvent. C'est comme l'intention du char qu'explique notre maître le Ari z'l dans le Chaar Roua'h Haqodech, où il écrit qu'il convient que l'homme ait toujours l'intention de se considérer comme une demeure et un trône pour la sainte Atsilout, qu'il fasse de lui-même un trône pour la sainteté : penser que son crâne est le trône de Keter, avec le Nom Havaya vocalisé en qamats ; les 'deux cerveaux' qui s'y trouvent, pour 'Hokhma et Bina, avec Havaya vocalisé en patah et Havaya vocalisé en tsere ; la 'main droite' pour 'Hessed, avec Havaya vocalisé en segol ; la 'main gauche' pour Guevoura, avec Havaya vocalisé en chva ; le 'corps' pour Tiferet, avec Havaya vocalisé en holam ; et ainsi de suite pour ses autres membres, comme il est expliqué là-bas [voir Ben Ich Haï, Miqets, halakhot de la première année, 14]. Notre saint maître ne quittait pas un instant cette pensée de l'intention du char ; c'est pour cela qu'il fut appelé 'notre saint maître', comme l'a dit notre maître le Ari z'l là-bas : celui qui veille à avoir l'intention de se considérer comme une demeure et un trône pour la sainte Atsilout, une sainteté supérieure vient reposer sur lui ; voir là-bas. Et tout cela [vaut] pour celui qui a cette intention par moments ; à plus forte raison celui qui l'avait à chaque instant. Telle est la grandeur de ce que notre saint maître avait en cela. Quant à expliquer qu'il ne mettait pas la main sous sa ceinture pour ne pas en venir à un échauffement et à des pensées, cela ne me convient pas, c'est-à-dire que je ne le retiens pas ; que celui qui choisit choisisse !
💡 Explication

La Guemara objecte : si ne pas regarder sa circoncision est la raison du titre 'Rabbenou haqadoch' donné à Rabbi (Rabbi Yehouda Hanassi), Rabbi Yossi, qui avait la même conduite, aurait dû recevoir le même titre. Réponse : Rabbi avait une pudeur supplémentaire, il ne mettait pas la main sous sa ceinture.

Rabbi Yossi ajoute : il se déshabillait sous son drap, de sorte que même les murs et les poutres de sa maison ne voyaient pas son corps.

12
וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי: מִיָּמַי לֹא עָבַרְתִּי עַל דִּבְרֵי חֲבֵרַי. יוֹדֵעַ אֲנִי בְּעַצְמִי שֶׁאֵינִי כֹּהֵן, אִם אוֹמְרִים לִי חֲבֵירַי: עֲלֵה לַדּוּכָן — אֲנִי עוֹלֶה. וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי: מִיָּמַי לֹא אָמַרְתִּי דָּבָר וְחָזַרְתִּי לַאֲחוֹרַי.

Rabbi Yossi a dit : de ma vie, je n'ai transgressé les paroles de mes collègues. Je sais de moi-même que je ne suis pas cohen ; si mes collègues me disent : monte sur l'estrade (doukhan), je monte.

Rabbi Yossi a dit : de ma vie, je n'ai dit une chose pour ensuite revenir en arrière.

📜 Rachi (1)
לֹא אָמַרְתִּי דָּבָר וְחָזַרְתִּי לַאֲחוֹרַי שֶׁאִם בָּא מִי שֶׁאָמַרְתִּי עָלָיו דָּבָר וְשָׁאַל אִם אָמַרְתִּי כֵּן עָלָיו לֹא חָזַרְתִּי בֵּי לֵאמֹר אֵינוֹ כִּדְבָרָיו לְפִי שֶׁמִּתְּחִלָּה אֱמֶת אָמַרְתִּי וְקָסָבַר כֹּל מִילְּתָא דְּמִתְאַמְרָא בְּאַפֵּי מָרַהּ לֵית בַּהּ מִשּׁוּם לִישָּׁנָא בִישָׁא וְכֵן מְפָרֵשׁ בְּמַסֶּכֶת עֲרָכִין (דַּף טו:):
Je n'ai pas dit une chose pour revenir en arrière : si celui dont j'avais parlé venait demander si j'avais dit cela de lui, je ne me rétractais pas en disant que ce n'était pas comme il le disait, car j'avais dit la vérité dès le départ ; il estime que toute parole qui peut se dire devant l'intéressé n'est pas de la médisance (lachon hara), comme on l'explique dans le traité Arakhin (15b).
🗂️ Tossefot (1)
אִילּוּ הָיוּ אוֹמְרִים לִי חֲבֵרַי עֲלֵה לַדּוּכָן לֹא יָדַע ר"י מָה אִיסּוּר יֵשׁ בְּזָר הָעוֹלֶה לַדּוּכָן אִם לֹא מִשּׁוּם בְּרָכָה לְבַטָּלָה שֶׁל כֹּהֲנִים אָמְרָה תּוֹרָה לְבָרֵךְ אֶת יִשְׂרָאֵל:
Si mes collègues me disaient : monte sur l'estrade : le Ri ne savait pas quel interdit il y a pour un non-cohen à monter sur l'estrade, si ce n'est une bénédiction vaine, puisque c'est aux cohanim que la Torah a dit de bénir Israël.
💡 Explication

Rabbi Yossi se soumet à l'avis de ses collègues, même dans un cas extrême : monter au doukhan pour la birkat cohanim alors qu'il sait ne pas être cohen. Tossefot cherche l'interdit en jeu : une bénédiction prononcée sans obligation.

'Je ne suis pas revenu en arrière' : selon Rachi, il ne disait d'autrui que ce qu'il pouvait maintenir devant l'intéressé.

13
אָמַר רַב נַחְמָן: תֵּיתֵי לִי, דְּקַייֵּמִית שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת בְּשַׁבָּת. אָמַר רַב יְהוּדָה: תֵּיתֵי לִי, דְּקַיֵּימִית עִיּוּן תְּפִלָּה. אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: תֵּיתֵי לִי, דְּלָא סָגֵינָא אַרְבַּע אַמּוֹת בְּגִילּוּי הָרֹאשׁ. אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: תֵּיתֵי לִי, דְּקַיֵּימִית מִצְוַת תְּפִילִּין. וְאָמַר רַב נַחְמָן: תֵּיתֵי לִי, דְּקַיֵּימִית מִצְוַת צִיצִית.

Rav Nahman a dit : qu'il me soit compté (titei li) que j'ai accompli les trois repas du Chabbat. Rav Yehouda a dit : qu'il me soit compté que j'ai accompli l'attention dans la prière (iyoun tefila).

Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : qu'il me soit compté que je n'ai pas marché quatre coudées tête nue. Rav Chechet a dit : qu'il me soit compté que j'ai accompli la mitsva des tefilin.

Et Rav Nahman a dit : qu'il me soit compté que j'ai accompli la mitsva des tsitsit.

📜 Rachi (1)
דְּקִייַּמְתִּי מִצְוַת תְּפִילִּין שֶׁלֹּא הָלַךְ אַרְבַּע אַמּוֹת בְּלָא תְּפִילִּין וְכֵן לְעִנְיַן צִיצִית:
J'ai accompli la mitsva des tefilin : il ne marchait pas quatre coudées sans tefilin ; et de même pour les tsitsit.
🗂️ Tossefot (1)
עִיּוּן תְּפִלָּה פִּי' בְּכַווָּנַת הַלֵּב וְכֵן הַהִיא דְּאֵלּוּ דְּבָרִים שֶׁאוֹכֵל מִפֵּירוֹתֵיהֶן בָּעוֹלָם הַזֶּה (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קכז.) דַּחֲשִׁיב עִיּוּן תְּפִלָּה אֲבָל הָא דְאָמַר בִּבְרָכוֹת (דַּף לב: וַנֶּהָ.) הַמְעַיֵּין בִּתְפִלָּתוֹ סוֹף בָּא לִידֵי כְּאֵב לֵב הַהוּא עִיּוּן דִּמְצַפֶּה מָתַי יַעֲשֶׂה הקב"ה בַּקָּשָׁתוֹ שֶׁסָּבוּר שֶׁתְּפִלָּתוֹ מְקֻובֶּלֶת כִּדְמַייְתֵי עֲלָהּ תּוֹחֶלֶת מְמֻושָּׁכָה מַחֲלָה לֵב וְכֵן הַהִיא דְּאָמַר ר"י שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מַזְכִּירִין עֲוֹונֹותָיו שֶׁל אָדָם קִיר נָטוּי וְעִיּוּן תְּפִלָּה [וּמוֹסֵר דִּין לַשָּׁמַיִם עַל חֲבֵירוֹ] וְהָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק גֵּט פָּשׁוּט (ב"ב קסד:) שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים אֵין אָדָם נִיצּוֹל מֵהֶם בְּכָל יוֹם לָשׁוֹן הָרַע וְהִרְהוּר עֲבֵירָה וְעִיּוּן תְּפִלָּה אֵין לְפָרֵשׁ שֶׁמְּצַפֶּה מָתַי תֵּיעָשֶׂה בַּקָּשָׁתוֹ שֶׁהַרְבֵּה בְּנֵי אָדָם נִיצּוֹלִים מִזֶּה אֶלָּא הֲוָה כִּי הַהוּא דִּשְׁמַעְתִּין כְּלוֹמַר שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין בִּתְפִלָּה שֶׁאִי אֶפְשָׁר לִיזָּהֵר כִּדְאָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי מַחְזֵיקְנָא טִיבוֹ לְרֵישָׁא דְּכִי מְטָא לְמוֹדִים מִנַּפְשֵׁיהּ כָּרַע:
Iyoun tefila : il faut expliquer : l'intention du cœur. De même dans [la michna] 'Voici les choses dont on mange les fruits dans ce monde' (plus loin, Chabbat 127a), qui compte l'iyoun tefila. Mais ce qu'on dit dans Berakhot (32b et 55a) : 'Celui qui s'attarde (meayen) dans sa prière finit par avoir un mal de cœur', cet 'iyoun'-là est celui où l'on attend le moment où le Saint béni soit-Il réalisera sa demande, parce qu'on pense que sa prière est agréée, comme on y cite : 'Un espoir prolongé rend le cœur malade'. De même ce qu'a dit Rabbi Yitshak : trois choses rappellent les fautes de l'homme : un mur penché, l'iyoun tefila [et le fait de livrer son prochain au jugement du Ciel]. Mais ce qu'on dit au chapitre 'Guet pachout' (Bava Batra 164b) : 'Trois choses dont l'homme n'est pas préservé chaque jour : la médisance, la pensée de faute et l'iyoun tefila', on ne peut l'expliquer comme le fait d'attendre que sa demande soit réalisée, car beaucoup de gens en sont préservés ; c'est comme dans notre passage, c'est-à-dire qu'il ne se concentre pas dans la prière, car il est impossible de s'en garder, comme nous le disons dans le Yerouchalmi : 'Je sais gré à ma tête : quand elle arrive à Modim, elle s'incline d'elle-même'.
🪔 Ben Yehoyada (3)
אָמַר רַב נַחְמָן: תֵּיתֵי לִי דְּקַיֵּימִית שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת בְּשַׁבָּת. פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י יֻושְׁלַם שְׂכָרִי, וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה נָקֵיט כְּהַאי לִישָּׁנָא 'תַּיְתֵי לִי'? וְעוֹד אֵין דֶּרֶךְ הַחֲכָמִים לְבַקֵּשׁ שְׂכָרָם בְּפִיהֶם דְּוַדַּאי אֵין עוֹבְדִים בִּשְׁבִיל לְקַבֵּל פְּרָס! וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַמִּצְוָה מְכֻונֵּית בְּשֵׁם 'טוֹב' וְהֶעֱבִירָהּ מְכֻונֵּית בְּשֵׁם 'רָע' דִּכְתִיב (תְּהִלִּים לד, טו) סוּר מֵרָע וַעֲשֵׂה טוֹב, וְתַרְגּוּם טוֹב הוּא 'טָב' וְגַם בִּלְשׁוֹן הַמִּקְרָא אֵינוֹ יוֹצֵא אֶלָּא רַק אוֹתִיּוֹת טָב וְהַיְינוּ כִּי 'טָב' בְּמִילּוּי הֵם ט י"ת ב י"ת אֲשֶׁר הַמִּלּוּי הוּא ת"י ת"י שֶׁהוּא מִסֵּפֶר קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ [קָדוֹשׁ בְּגֵימַטְרְיָא 410] , כִּי הַמִּצְוָה יֵשׁ בָּהּ ב' קְדֻושּׁוֹת שֶׁהוּא קְדֻושַּׁת הַמַּעֲשֶׂה, וּקְדֻושַּׁת הַכַּוָּנָה וְהַמַּחֲשָׁבָה, וּמִשְּׁתֵּיהֶם יִמָּשֵׁךְ לְאָדָם הַמְקַייֵּם אוֹתָהּ שֶׁיִּהְיֶה נִקְרָא קָדוֹשׁ מִצַּד הַמַּעֲשֶׂה שֶׁל הַמִּצְוָה, וְקָדוֹשׁ מִצַּד הַמַּחֲשָׁבָה וְהַכַּוָּנָה שֶׁלָּהּ, וּכְמוֹ שֶׁאוֹמְרִים בִּבְרָכָה שֶׁל כָּל מִצְוָה אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו וְצִוָּנוּ, וְלָכֵן גַּם הַצַּדִּיק הָעוֹשֶׂה אוֹתָהּ נִקְרָא בְּשֵׁם 'טוֹב' , דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָהוּ יג, י) אִמְרוּ צַדִּיק כִּי טוֹב, שֶׁהוּא 'טָב' בִּלְשׁוֹן תַּרְגּוּם, שֶׁהַמִּילּוּי שֶׁל טָב הוּא ת"י ת"י שֶׁהוּא קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ. וְלָזֶה אָמַר תֵּיתֵי לִי, רְצוֹנוֹ לוֹמַר 'תי תי' הַנִּרְמָזִים בְּמִלּוּי 'טָב' שֶׁהֵם קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ נִמְשְׁכוּ לִי יַעַן דְּקַיֵּימִית ג' סְעוּדוֹת בְּשַׁבָּת קִייַּמְתִּיהָ לְמִצְוָה זוֹ כְּהִלְכָתָהּ לְשֵׁם שָׁמַיִם וְלֹא לַהֲנָאַת הַגּוּף, וְעִיּוּן תְּפִלָּה נָמֵי יֵשׁ בּוֹ בְּחִינַת גּוּף וּנְשָׁמָה, לָכֵן יִמָּשֵׁךְ ב' בְּחִינַת קְדֻושָּׁה מִמֶּנּוּ. וְהָא דְּאָמַר 'דְּקַייֵּמִית' וְלֹא אָמַר 'דַּאֲכַלִית'? נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת (דַּף ס') שֶׁיֵּשׁ שְׁנֵי מִינֵי תּוֹסֶפֶת קְדֻושָּׁה בְּשַׁבָּת, וְאַחַת עַל יְדֵי הַתְּפִילּוֹת, וְהָאַחַת עַל יְדֵי הַסְּעוּדוֹת, וְהָאָדָם צָרִיךְ לְכַוֵּין לְהַמְשִׁיךְ אוֹר תּוֹסָפוֹת קְדֻושּׁוֹת הֲנֵז' גַּם לִימֵי הַחֹול, וְאוֹתָהּ קְדֻושָּׁה אֲשֶׁר עַל יְדֵי הַתְּפִילּוֹת נִמְשֶׁכֶת בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת לִימוֹת הַחֹול עַל יְדֵי פָּסוּק וַיְהִי נֹעַם, וּקְדֻושַּׁת תּוֹסָפוֹת שֶׁעַל יְדֵי הַסְּעוּדוֹת אֲנַחְנוּ מְמַשְּׁכִים אוֹתָהּ לִימוֹת הַחֹול עַל יְדֵי סְעוּדָה רְבִיעִית דְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת עַיֵּין שָׁם. וְלָזֶה אָמַר 'דְּקַייֵּמִית' ג' סְעוּדוֹת בְּשַׁבָּת, פֵּירוּשׁ עָשִׂיתִי לָהּ קִיּוּם וְהֻשְׁאֲרָה גַּם לִימוֹת הַחֹול שֶׁלֹּא נִסְתַּלְּקָה, כְּמוֹ שֶׁאָמַר עַל יְדֵי הַכַּוָּנוֹת שֶׁלִּי שֶׁכִּוַּנְתִּי בָּזֶה בִּסְעוּדָה רְבִיעִית, וְעַל דָּבָר זֶה יִתְבָּאֵר אוֹמְרוֹ דְּקַיֵּימִית מִצְוַת תְּפִלִּין, דְּקַייֵּמִית מִצְוַת צִיצִית, שֶׁהוּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר עָשִׂיתִי לַהֶאָרוֹת שֶׁלָּהֶם קִיּוּם וְהַעֲמָדָה שֶׁלֹּא נִסְתַּלְּקוּ אַחַר גְּמַר הַתְּפִלָּה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ 'תַּיְתֵי לִי' דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אוֹתִיּוֹת לִי מוֹרִים עַל הַקִּיּוּם, וְלָכֵן כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ 'לִי' הוּא קַיָּים לְעוֹלָם, וְזֶה שֶׁאָמַר 'תַּיְתֵי לִי' הַמּוֹרִים עַל הַקִּיּוּם, יַעַן דְּקַיֵּימִית ג' סְעוּדוֹת עַל דֶּרֶךְ הַנִּזְכָּר לְעֵיל שֶׁעָשִׂיתִי לָהֶם קִיּוּם.
Rav Nahman a dit : qu'il me soit compté (titei li) que j'ai accompli les trois repas du Chabbat. Rachi explique : que ma récompense soit complète. On peut objecter : pourquoi employer cette expression 'titei li' ? De plus, ce n'est pas l'usage des Sages de demander leur récompense de leur bouche, car ils ne servent assurément pas pour recevoir un salaire ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la mitsva est désignée par le nom 'tov' (bien) et la faute par le nom 'ra' (mal), comme il est écrit (Tehilim 34, 15) : 'Écarte-toi du mal et fais le bien'. La traduction [araméenne] de 'tov' est 'tav', et même dans la langue biblique ne ressortent [à la prononciation] que les lettres têt-bet. Or 'tav' écrit en remplissage donne têt-yod-tav, bet-yod-tav, dont le remplissage est 'ti ti', qui équivaut à 'qadoch qadoch' (saint, saint) [qadoch = 410]. Car la mitsva comporte deux saintetés : la sainteté de l'acte et la sainteté de l'intention et de la pensée ; et des deux il découle pour l'homme qui l'accomplit qu'il soit appelé saint du côté de l'acte de la mitsva et saint du côté de sa pensée et de son intention, comme on le dit dans la bénédiction de chaque mitsva : 'qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné'. C'est pourquoi le juste qui l'accomplit est aussi appelé 'tov', comme il est écrit (Yechaya 3, 10) : 'Dites du juste qu'il est bon (tov)' ; c'est 'tav' en langue du Targoum, dont le remplissage est 'ti ti', c'est-à-dire saint, saint. C'est pourquoi il a dit 'titei li' : que les 'ti ti' évoqués dans le remplissage de 'tav', qui sont saint, saint, soient attirés vers moi, parce que j'ai accompli les trois repas du Chabbat, j'ai accompli cette mitsva selon sa halakha, pour le Ciel et non pour le plaisir du corps. L'iyoun tefila aussi comporte un aspect de corps et d'âme ; c'est pourquoi deux aspects de sainteté en découlent. Et pourquoi a-t-il dit 'deqayemit' (j'ai fait subsister) et non 'deakhlit' (j'ai mangé) ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, [l'expliquer] d'après ce qu'ont dit nos maîtres dans le Sefer Hakavanot (page 60) : il y a deux sortes d'ajout de sainteté le Chabbat, l'une par les prières et l'autre par les repas, et l'homme doit avoir l'intention d'attirer la lumière de ces ajouts de sainteté aussi vers les jours de semaine. La sainteté venue des prières est attirée à la sortie du Chabbat vers les jours de semaine par le verset 'Vihi noam', et l'ajout de sainteté venu des repas, nous l'attirons vers les jours de semaine par le quatrième repas de la sortie du Chabbat ; voir là-bas. C'est pourquoi il a dit 'deqayemit' les trois repas du Chabbat, c'est-à-dire : je leur ai donné une subsistance et une permanence aussi pour les jours de semaine, de sorte qu'elle ne s'est pas retirée, par mes intentions au quatrième repas. De la même manière s'explique ce qu'il dit : 'deqayemit la mitsva des tefilin', 'deqayemit la mitsva des tsitsit' : j'ai donné à leurs lumières subsistance et maintien, de sorte qu'elles ne se sont pas retirées après la fin de la prière. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, [expliquer] 'titei li' ainsi : nos Sages ont dit que les lettres 'li' indiquent la permanence, et c'est pourquoi tout endroit où il est dit 'li' subsiste pour toujours. C'est ce qu'il dit : 'titei li', [mots] qui indiquent la permanence, parce que 'qayemit' les trois repas, selon ce qui a été dit plus haut : je leur ai donné une permanence.
תֵּיתֵי לִי, דְּלָא סָגֵינָא אַרְבַּע אַמּוֹת בְּגִלּוּי הָרֹאשׁ. נִרְאֶה לִי הַטַּעַם לְאַזְהָרָה זוֹ מִלְּבַד טַעַם הַיָּדוּעַ, הִנֵּה יֵשׁ רוּחוֹת רָעוֹת מְשׁוֹטְטִין בַּאֲוִיר הָעוֹלָם, וְיֵשׁ מֵהֶם נִמְשָׁכִים מֵחֵלֶק רַע עֵינֵי נָחָשׁ הַקַּדְמוֹנִי, וְיֵשׁ לָהֶם אֶרֶס שֶׁל עַיִן הָרַע שֶׁמַּזִּיק אֶת הָאָדָם שֶׁיִּסְתַּכְּלוּ בּוֹ, אַךְ כֵּיוָן שֶׁהֵם מִסִּטְרָא דְּנָחָשׁ הַקַּדְמוֹנִי דִּכְתִיב בֵּיהּ (בְּרֵאשִׁית ג, א) וְהַנָּחָשׁ הָיָה עָרֹום, לָכֵן כַּאֲשֶׁר רוֹאִין גּוּף עָרֹום בְּלִי כִּיסּוּי וּמַלְבּוּשִׁים נִמְשָׁכִים אַחֲרָיו וּמִתְאַחֲזִין בּוֹ יוֹתֵר, וְאָז מִמֵּילָא מְטִילִין אֶרֶס שֶׁל עַיִן הָרַע בּוֹ וּמַזִּיקִין אוֹתוֹ, כִּי כֵן טֶבַע כָּל בְּרִיָּה לְהִמָּשֵׁךְ אַחַר הַדּוֹמֶה לוֹ, וּמֵאַחַר שֶׁהֵם מְשׁוֹטְטִין בָּאֲוִיר לְמַעְלָה אֵין נִרְאֶה לְעֵינֵיהֶם אֶלָּא הָרֹאשׁ, וְאִם יִהְיֶה עָרוֹם בְּלֹא כִּסּוּי אָז נִמְשָׁכִים אַחֲרָיו לְהִתְאַחֵז בּוֹ, וּמִמֵּילָא יִהְיֶה נִזּוֹק הָאָדָם מֵעֵין הָרַע שֶׁלָּהֶם, וְלָכֵן אָסוּר לָאָדָם לֵילֵךְ ד' אַמּוֹת בְּגִילּוּי הָרֹאשׁ , כִּי ד' אַמּוֹת הוּא שִׁיעוּר חָשׁוּב וּמְסֻויָּם. וְאִם תֹּאמַר אֵיךְ הַבְּתוּלוֹת רַשָּׁאִין לֵילֵךְ לְכַתְּחִילָּה בְּגִילּוּי הָרֹאשׁ, הִנֵּה נְקֵבוֹת שָׁאנֵי, כִּי אֵלּוּ הָרוּחוֹת שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם אֶרֶס שֶׁל עַיִן הָרַע הֵם מִסִּטְרָא דִּדְכוּרָא דְּנָחָשׁ הַקַּדְמוֹנִי שֶׁהָיָה זָכָר, וְאֵלּוּ יְדַבְּקוּן בִּזְכָרִים וְלֹא בִּנְקֵבוֹת, וְלָכֵן כְּתִיב (בְּרֵאשִׁית לב, ו) וְהִנֵּה עֵשָׂו בָּא וְאַרְבַּע מֵאוֹת אִישׁ עִמּוֹ, כִּי אַרְבַּע מֵאוֹת אִישׁ הֵם כּוֹחוֹת 'רַע עַיִן' [400] שֶׁהוּא מִסְפַּר ת' וּקְרָאָם אִישׁ שֶׁהוּא זָכָר.
Qu'il me soit compté que je n'ai pas marché quatre coudées tête nue. Il me semble que la raison de cette mise en garde, outre la raison connue, est la suivante : il y a des esprits mauvais qui errent dans l'air du monde ; certains sont issus de la part mauvaise des yeux du serpent originel, et ils ont le venin du mauvais œil, qui nuit à l'homme qu'ils regardent. Mais comme ils sont du côté du serpent originel, dont il est écrit (Berechit 3, 1) : 'Et le serpent était rusé (aroum)' [aroum évoquant aussi 'nu'], lorsqu'ils voient un corps nu, sans couverture ni vêtements, ils sont attirés par lui et s'y accrochent davantage, et alors ils jettent sur lui le venin du mauvais œil et lui nuisent, car telle est la nature de toute créature : être attirée par ce qui lui ressemble. Et puisqu'ils errent dans l'air en haut, ils ne voient que la tête ; si elle est nue, sans couverture, ils sont attirés par elle pour s'y accrocher, et l'homme subit le dommage de leur mauvais œil. C'est pourquoi il est interdit à l'homme de marcher quatre coudées tête nue, car quatre coudées est une mesure importante et définie. Et si tu demandes comment les jeunes filles peuvent d'emblée marcher tête nue : les femmes sont différentes, car ces esprits qui ont le venin du mauvais œil sont du côté masculin du serpent originel, qui était mâle ; ils s'attachent donc aux hommes et non aux femmes. C'est pourquoi il est écrit (Berechit 32, 7) : 'Voici qu'Essav vient, et quatre cents hommes avec lui' : les quatre cents hommes sont les forces du 'mauvais œil' ('ra ayin' = 400), qui est la valeur de la lettre tav, et il les appelle 'ich' (homme), qui est masculin.
תֵּיתֵי לִי, דְּקַייֵּמִית מִצְוַת תְּפִלִּין. נִרְאֶה לִי בס"ד אֵין כַּוָּנָתוֹ עַל הַנָּחַת תְּפִילִּין כִּי זֶה חִיּוּב כָּל אָדָם, אֶלָּא כַּוָּנָתוֹ עַל עֲשִׂיַּית הַמִּצְוָה הַזֹּאת כְּתִיקּוּנָהּ, שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ הֶסַּח הַדַּעַת שֶׁזֶּה דָּבָר קָשֶׁה לְאָדָם. וְהִנֵּה יָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ בִּתְפִילִּין שֶׁל רֹאשׁ שְׁנֵי שיני"ן א' בַּת ד' רָאשִׁים, וְא' בַּת ג' רָאשִׁים, וְאִם הָאָדָם יִסְתַּכֵּל בָּהֶם קֹודֶם הַנָּחַת הַתְּפִילִּין יַגִּיעַ לוֹ הֶאָרָה גְּדוֹלָה בָּזֶה, וְזוֹ הַהֶאָרָה שֶׁתַּגִּיעַ לוֹ מִן הִסְתַּכְּלוּת הַנִּזְכָּר תִּהְיֶה לוֹ לְעֵזֶר בְּעִנְיַן הֶסַּח הַדַּעַת, וְלָכֵן חֲסִידִים וְאַנְשֵׁי מַעֲשֶׂה נִזְהָרִין לְהִסְתַּכֵּל בְּשִׁינִין שֶׁל תְּפִילִּין כָּל יוֹם קֹודֶם שֶׁיַּנִּיחוּ אוֹתָם. וְיָדוּעַ (תְּשׁוּבוֹת הַגְּאוֹנִים תְּשׁוּבָה קעח) דְּרַב שֵׁשֶׁת הָיָה סַגִּי נְהוֹר, וְקָרָה לוֹ דָּבָר זֶה בְּגוֹדְלוֹ עַל אֲשֶׁר הָיָה רוֹצֶה לְקַייֵּם חֲסִידוּת שֶׁל רַב שֶׁלֹּא הָיָה מִסְתַּכֵּל חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת, וְלֹא הָיָה יָכוֹל עַל זֶה וְנַעֲשָׂה סַגִּי נְהוֹר וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַמְבַּ"ם זַ"ל, וְכָל כָּךְ הָיָה נִזְהָר בְּמִצְוַת תְּפִילִּין, שֶׁאֲפִילּוּ מִצְוָה זוֹ שֶׁל הִסְתַּכְּלוּת הַשִּׁינִּין הָיָה נִזְהָר לְקַייְּמָהּ בִּהְיוֹתוֹ סַגִּי נְהוֹר, שֶׁהָיָה מְצַיֵּיר בְּשִׂכְלוֹ צוּרַת הַשִּׁינִּין וּמִסְתַּכֵּל בָּהֶם, עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּעִנְיַן הִסְתַּכְּלוּת הַתְּכֵלֶת שֶׁל הַצִּיצִית, שֶׁיִּסְתַּכֵּל הָאָדָם כְּאִלּוּ יֵשׁ חוּט תְּכֵלֶת עִם הַלָּבָן. וְאָמַרְתִּי בס"ד שֶׁיֵּשׁ לִרְמֹוז חֲסִידוּת זוֹ בִּשְׁמוֹ הַטּוֹב שֶׁהוּא שֵׁשֶׁת 'שֵׁשׁ' הֵם ב' שיני"ן, אוֹת תָּי"ו הִיא תְּפִילִּין. וּמַה שֶׁאָמַר תֵּיתֵי לִי, דְּקַייֵּמִית מִצְוַת צִיצִית רְצוֹנוֹ לוֹמַר קִיַּימְתִּיהָ בְּכַוָּנָה שֶׁלָּהּ.
Qu'il me soit compté que j'ai accompli la mitsva des tefilin. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il ne vise pas le fait de mettre les tefilin, car c'est une obligation de tout homme ; il vise l'accomplissement de cette mitsva comme il se doit, sans détourner son attention, ce qui est difficile pour l'homme. On sait que sur les tefilin de la tête il y a deux chin, l'un à quatre branches et l'autre à trois branches ; si l'homme les regarde avant de mettre les tefilin, il lui vient une grande illumination, et cette illumination qui lui vient de ce regard l'aidera à ne pas détourner son attention. C'est pourquoi les hassidim et hommes d'action veillent à regarder chaque jour les chin des tefilin avant de les mettre. On sait (Techouvot Haguéonim 178) que Rav Chechet était aveugle ; cela lui arriva à l'âge adulte parce qu'il voulait accomplir la piété de Rav, qui ne regardait pas au-delà de quatre coudées ; il n'y parvint pas et devint aveugle, comme l'a écrit le Rambam z'l. Il était si vigilant dans la mitsva des tefilin que même cette mitsva de regarder les chin, il veillait à l'accomplir alors qu'il était aveugle : il se représentait dans son esprit la forme des chin et les regardait, à la manière de ce qu'a écrit notre maître le Ari z'l a propos du regard sur le tekhelet des tsitsit : que l'homme regarde comme s'il y avait un fil de tekhelet avec le blanc. J'ai dit, avec l'aide du Ciel, qu'on peut voir une allusion à cette piété dans son beau nom, Chechet : 'chech' [chin-chin] sont les deux chin, et la lettre tav, ce sont les tefilin. Et ce qu'il dit : 'qu'il me soit compté que j'ai accompli la mitsva des tsitsit' signifie : je l'ai accomplie avec l'intention qui lui est propre.
💡 Explication

Titei li : 'que [la récompense] me vienne'. Chaque Amora nomme la mitsva qu'il a accomplie avec un soin particulier.

Iyoun tefila : Tossefot distingue deux sens. Ici, et dans la michna de 127a, c'est l'attention du cœur dans la prière, une qualité. Dans Berakhot, c'est l'attente que la prière soit exaucée, qui est un défaut. Dans Bava Batra 164b, 'l'iyoun tefila' dont nul n'est préservé est le manque de concentration.

14
אֲמַר לֵיהּ רַב יוֹסֵף לְרַב יוֹסֵף בְּרֵיהּ דְּרַבָּה: אֲבוּךְ, בְּמַאי זָהִיר טְפֵי? אֲמַר לֵיהּ: בְּצִיצִית. יוֹמָא חַד הֲוָה קָא סָלֵיק בְּדַרְגָּא. אִיפְּסִיק לֵיהּ חוֹטֵא, וְלָא נְחִית וַאֲתָא, כַּמָּה דְּלָא רְמִיָּה. וְאָמַר אַבַּיֵּי: תֵּיתֵי לִי, דְּכִי חָזֵינָא צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן דִּשְׁלִים מַסֶּכְתֵּיהּ

Rav Yossef dit à Rav Yossef fils de Rabba : ton père, en quoi était-il le plus vigilant ? Il lui répondit : dans les tsitsit.

Un jour, il montait un escalier ; un fil se rompit, et il ne descendit ni ne continua avant de l'avoir remplacé. Abaye a dit : qu'il me soit compté que lorsque je vois un jeune érudit qui a achevé son traité...

📜 Rachi (2)
עַד דְּרַמְיָה שֶׁתִּקְנֶה וְזֶה לְשׁוֹן תְּלִייַּת צִיצִית כִּדְאָמְרִינַן בְּעָלְמָא (תַּעֲנִית ד' כב.) לָא רָמֵי חוּטֵי:
Jusqu'à ce qu'il l'ait mis : qu'il l'ait réparé ; c'est l'expression employée pour l'attache des tsitsit, comme on dit ailleurs (Taanit 22a) : 'il n'avait pas mis de fils'.
דִּשְׁלִים מַסֶּכְתֵּיהּ שֶׁגְּרָסָהּ:
Qui a achevé son traité : qui l'a étudié.
💡 Explication

Rabba s'est arrêté au milieu de l'escalier : un vêtement à quatre coins porté sans tsitsit valable, même quelques pas, lui était inacceptable. La phrase d'Abaye sur le siyoum (achèvement d'un traité) se poursuit en 119a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).