Shabbat 118a — Trois ou quatre repas le Chabbat : les Michnayot de la tsedaka et la récompense de celui qui fait du Chabbat un délice

Shabbat 118a

Sougya : La Guemara cherche si les Michnayot qui comptent les repas suivent les Sages (trois repas le Chabbat) ou Rabbi Hidka (quatre). La Michna de l'incendie suit les Sages, puisque Rabbi Yossi y parle toujours de trois repas.

La Michna du tamhui et de la koupa (quatorze repas pour la semaine) est attribuée à Rabbi Akiva : fais de ton Chabbat un jour ordinaire plutôt que de dépendre des autres. La Michna du pauvre de passage peut suivre Rabbi Hidka s'il a apporté un repas avec lui.

Une baraita sur le rinçage des bols montre que le troisième repas a lieu à Minha. Le daf s'ouvre ensuite sur l'aggada : celui qui accomplit les trois repas est sauvé de trois calamités, et celui qui fait du Chabbat un délice reçoit un héritage sans limites.

Trois Michnayot : suivent-elles les Sages (3 repas) ou Rabbi Hidka (4) ? Incendie On sauve 3 / 2 / 1 repas Tentative : il a déjà mangé un repas (=> 4) Réfute : R. Yossi dit toujours 3, donc le Tana kama compte 3 Conclusion : pas selon R. Hidka Tamhui et koupa 14 repas pour la semaine Sages = 15, R. Hidka = 16 Sages : manger le repas du samedi soir le Chabbat R. Hidka : manger le repas du vendredi le soir ? Jeûner tout le vendredi ?! Conclusion : R. Akiva fais ton Chabbat un jour ordinaire Pauvre de passage Chabbat : 3 repas donnés Possible selon R. Hidka : il a 1 repas avec lui (3 + 1 = 4) Et il repart les mains vides ?! Réponse : on lui fait emporter un repas
Les trois Michnayot examinées et la conclusion pour chacune.
Pourquoi 14 repas ? Le compte d'une semaine 6 jours ordinaires 2 repas x 6 = 12 Sages 12 + 3 le Chabbat = 15 Rabbi Hidka 12 + 4 le Chabbat = 16 La Michna dit 14 : ni 15 ni 16 (celui qui a 14 repas ne prend pas de la koupa) Rabbi Akiva : fais de ton Chabbat un jour ordinaire et n'aie pas besoin des gens Le pauvre mange 2 repas le Chabbat comme en semaine : 12 + 2 = 14 La question des 3 ou 4 repas reste ouverte pour celui qui en a les moyens (Rachi)
Le compte des repas de la semaine : 14 correspond à Rabbi Akiva.
1
מַצִּילִין מְזוֹן שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת, מַאי לַָאו — דְּלָא אָכַל! לֹא, דְּאָכַל. שַׁחֲרִית מַצִּילִין מְזוֹן שְׁתֵּי סְעוּדוֹת, מַאי לַָאו — דְּלָא אָכַל? לֹא, דְּאָכַל. בְּמִנְחָה מַצִּילִין מְזוֹן סְעוּדָה אַחַת, מַאי לַָאו — דְּלָא אָכַל? לֹא, דְּאָכַל!

[La Michna enseigne :] on sauve la nourriture de trois repas. N'est-ce pas [le cas] où il n'a pas [encore] mangé ?

Non, [le cas] où il a [déjà] mangé. Le matin, on sauve la nourriture de deux repas : n'est-ce pas [le cas] où il n'a pas mangé ?

Non, où il a mangé. À Minha, on sauve la nourriture d'un repas : n'est-ce pas [le cas] où il n'a pas mangé ?

Non, où il a mangé !

🗂️ Tossefot (1)
בְּמִנְחָה מַצִּילִין מְזוֹן סְעוּדָה אַחַת מִכָּאן מַשְׁמַע דִּזְמַן אֲכִילָה שְׁלִישִׁית בְּשַׁבָּת הִיא מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה דְּלָא כְּאוֹתָם שֶׁמְּחַלְּקִין סְעוּדַת שַׁחֲרִית וּמְבָרְכִין בֵּינְתַיִם וּמִיהוּ מֵהָא דְּאָמְרִינַן בִּפְסָחִים בפ"ק (דַּף יג.) י"ד שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת מְשַׁיֵּיר מְזוֹן שְׁתֵּי סְעוּדוֹת אֵין רְאָיָה מִדְּאֵין מְשַׁייְּרִין מָזוֹן ג' סְעוּדוֹת שֶׁאֵין לַעֲשׂוֹת ב' סְעוּדוֹת שַׁחֲרִית דְּהָא כֵּיוָן שֶׁאוֹכֵל הַכֹּל שַׁחֲרִית חֲשִׁיב כִּסְעוּדָה אַחַת וְעוֹד אוֹמֵר רִ"י שֶׁיֵּשׁ כָּאן אִיסּוּר בְּרָכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה כְּדַאי' בְּפָ' בָּא לוֹ (יוֹמָא דַּף ע.) גַּבֵּי וּבֶעָשׂוֹר שֶׁבְּחֻומַּשׁ הַפְּקוּדִים דְּקָאָמַר וְנַיְתֵי ס"ת אַחַרְיַנָא וְנִקְרֵי א"ר שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ מִפְּנֵי בְּרָכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה:
À Minha, on sauve la nourriture d'un repas : d'ici il ressort que le temps du troisième repas le Chabbat est à partir de Minha, contrairement à ceux qui divisent le repas du matin et disent une bénédiction entre les deux. Toutefois, de ce que nous disons dans Pessahim au premier chapitre (13a) - [le] 14 [Nissan] qui tombe un Chabbat, on laisse la nourriture de deux repas - il n'y a pas de preuve : du fait qu'on ne laisse pas la nourriture de trois repas, [on ne peut déduire] qu'il ne faut pas faire deux repas le matin, car puisqu'il mange tout le matin, cela compte comme un seul repas. De plus, le Ri dit qu'il y a là un interdit de bénédiction inutile (berakha she-eina tserikha), comme on le voit au chapitre Ba lo (Yoma 70a) à propos de "et le dix" dans le Houmach des dénombrements, où l'on demande : qu'on apporte un autre Sefer Torah et qu'on lise ! Rabbi Chimon ben Lakich a dit : à cause de la bénédiction inutile.
💡 Explication

La Guemara cherche à prouver par la Michna de l'incendie que l'on ne mange que trois repas le Chabbat, contre Rabbi Hidka qui en exige quatre. Chaque étape est repoussée par la même réponse : la Michna parle d'un cas où il a déjà mangé un repas, de sorte qu'il en reste toujours un de plus que ce que l'on sauve.

Tossefot déduit de la mesure de Minha que le troisième repas a son temps à partir de Minha, et qu'on ne s'en acquitte pas en coupant le repas du matin en deux.

2
וְהָא מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא: רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר לְעוֹלָם מַצִּילִין מְזוֹן שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת — מִכְּלָל דְּתַנָּא קַמָּא שָׁלֹשׁ סְבִירָא לֵיהּ! אֶלָּא מְחַווַּרְתָּא, מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי חִידְקָא.

Mais du fait qu'il est enseigné dans la fin [de la Michna] : Rabbi Yossi dit : on sauve toujours la nourriture de trois repas - il s'ensuit que le Tanna kamma pense trois ! Il est donc clair que notre Michna n'est pas selon Rabbi Hidka.

📜 Rachi (2)
לְעוֹלָם מַצִּילִין מְזוֹן ג' סְעוּדוֹת מִדְּלָא אָמַר אַרְבַּע לֵית לֵיהּ דְּרַבִּי חִידְקָא:
On sauve toujours la nourriture de trois repas : puisqu'il n'a pas dit quatre, il n'admet pas [l'avis] de Rabbi Hidka.
מִכְּלָל דְּתַנָּא קַמָּא שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת סְבִירָא לֵיהּ דִּבְהַאי לָא אִיפְּלִיגוּ אֶלָּא דְּת"ק סָבַר מַה שֶׁעָבַר כְּבָר לֹא יַצִּיל וּלְרַבִּי יוֹסֵי יַצִּיל:
Il en ressort que le Tanna kamma pense trois repas : car ils ne sont pas en désaccord sur ce point ; seulement, le Tanna kamma pense que ce qui est déjà passé, on ne le sauve pas, et selon Rabbi Yossi on le sauve.
💡 Explication

Rabbi Yossi et le Tanna kamma (premier Tanna) discutent seulement de ce qu'on peut sauver une fois qu'un repas est passé. Sur le nombre total, ils sont d'accord ; puisque Rabbi Yossi dit trois, le Tanna kamma dit aussi trois. La Michna suit donc les Sages.

3
וְהָא דִּתְנַן: מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ מְזוֹן שְׁתֵּי סְעוּדוֹת — לֹא יִטּוֹל מִן הַתַּמְחוּי, מְזוֹן אַרְבַּע עֶשְׂרֵה — לֹא יִטּוֹל מִן הַקֻּופָּה. מַנִּי? לָא רַבָּנַן, וְלֹא רַבִּי חִידְקָא. אִי רַבָּנָן — חַמְסְרֵי הָוְיָין. אִי רַבִּי חִידְקָא — שִׁית סְרֵי הָוְייָן! לְעוֹלָם רַבָּנַן, דְּאָמְרִינַן לֵיהּ: מַאי דְּבָעֵית לְמֵיכַל בְּאַפּוֹקֵי שַׁבְּתָא, אַכְלֵיהּ בְּשַׁבְּתָא.

Et ce que nous avons appris : Celui qui a la nourriture de deux repas ne prendra pas du tamhui (plat communautaire) ; [celui qui a] la nourriture de quatorze [repas] ne prendra pas de la koupa (caisse). Selon qui [est cette Michna] ?

Ni selon les Rabbanan ni selon Rabbi Hidka. Si [c'est] les Rabbanan, cela fait quinze ; si [c'est] Rabbi Hidka, cela fait seize !

En réalité, [c'est] les Rabbanan, car nous lui disons : ce que tu voulais manger à la sortie du Chabbat, mange-le le Chabbat.

📜 Rachi (5)
תַּמְחוּי קְעָרָה גְּדוֹלָה הִיא וְגוֹבִין בָּהּ גַּבָּאִים מַאֲכָל מִבַּעֲלֵי בָּתִּים וּמְחַלְּקִין לַעֲנִיִּים ב' סְעוּדוֹת לְיוֹם מִיּוֹם לְיוֹם:
Tamhui : c'est une grande coupe dans laquelle les administrateurs (gabbaïm) collectent de la nourriture auprès des maîtres de maison et la distribuent aux pauvres, deux repas par jour, chaque jour.
לֹא יִטֹּול כֵּיוָן דְּיֵשׁ לוֹ נִמְצָא גּוֹזֵל לַעֲנִיִּים:
Il ne prendra pas : puisqu'il en a, il se trouve voler les pauvres.
קֻופָּה מָעוֹת הֵן לְפַרְנֵס עֲנִיִּים בְּנֵי טוֹבִים דְּזִיל לְהוּ מִילְּתָא דְּתַמְחוּי וּמִתְחַלְּקִין מע"ש לע"ש:
Koupa : c'est de l'argent pour entretenir les pauvres de bonne famille, pour qui le tamhui est humiliant ; on le distribue d'une veille de Chabbat à l'autre.
י"ד סְעוּדוֹת לֹא יִטּוֹל מִן הַקֻּופָּה שֶׁהֲרֵי יָכוֹל לְהַמְתִּין לע"ש הַבָּאָה אֲבָל כְּשֶׁיֵּשׁ לוֹ מְזוֹן י"ב יִטֹּול שֶׁהֲרֵי לֹא תֵּחָלֵק עוֹד עַד שֶׁיַּגִּיעַ ע"ש וַהֲרֵי לְשִׁבְעָה יְמֵי שַׁבָּת צְרִיכִין י"ד סְעוּדוֹת:
[Qui a] quatorze repas ne prendra pas de la koupa : car il peut attendre jusqu'à la prochaine veille de Chabbat ; mais s'il a la nourriture de douze [repas], il prendra, car on ne distribuera plus avant la veille de Chabbat, et pour les sept jours de la semaine il faut quatorze repas.
אַכְלֵיהּ בְּשַׁבְּתָא שֶׁהֲרֵי תֹּאכְלֶנָּה סָמוּךְ לָעֶרֶב וְלֹא תִּצְטָרֵךְ לֶאֱכֹול בַּלַּיְלָה וְאַף עַל גַּב דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן לְעוֹלָם יְסַדֵּר אָדָם שֻׁלְחָנוֹ בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת ה"מ לְמָאֵן דְּאֶפְשָׁר לֵיהּ:
Mange-le le Chabbat : car tu le mangeras près du soir et tu n'auras pas besoin de manger la nuit. Et bien que nous disions plus loin : que l'homme dresse toujours sa table à la sortie du Chabbat, cela vaut pour celui qui en a les moyens.
💡 Explication

Deux caisses de tsedaka : le tamhui, distribution quotidienne de nourriture, et la koupa, argent distribué chaque vendredi pour la semaine. Le seuil de la koupa est de quatorze repas.

Compte : six jours à deux repas font douze ; avec trois repas le Chabbat on arrive à quinze (Sages), avec quatre à seize (Rabbi Hidka). Pour les Sages, la Guemara répond qu'on demande au pauvre de manger le repas du samedi soir pendant le Chabbat, en fin d'après-midi : il lui faut alors quatorze repas.

4
לֵימָא רַבָּנָן הִיא, וְלֹא רַבִּי חִידְקָא. אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי חִידְקָא, דְּאָמְרִינַן לֵיהּ: מַאי דְּבָעֵית לְמֵיכַל בְּמַעֲלֵי שַׁבְּתָא, אַכְלֵיהּ לְאֻורְתָּא. וְכֻולֵּי יוֹמָא דְּמַעֲלֵי שַׁבְּתָא בְּתַעֲנִיתָא מוֹתְבִינַן לֵיהּ?! אֶלָּא הָא מַנִּי — רַבִּי עֲקִיבָא הִיא, דְּאָמַר: עֲשֵׂה שַׁבַּתְּךָ חֹול וְאַל תִּצְטָרֵךְ לַבְּרִיּוֹת.

Disons [alors que cette Michna] est [l'avis] des Rabbanan et non celui de Rabbi Hidka ? Tu peux même dire [qu'elle est de] Rabbi Hidka, car nous lui disons : ce que tu voulais manger la veille de Chabbat, mange-le le soir. - Et on le ferait rester à jeun toute la journée de la veille de Chabbat ?!

Mais selon qui est-ce ? C'est Rabbi Akiva, qui a dit : Fais de ton Chabbat un jour ordinaire et n'aie pas besoin des gens.

📜 Rachi (2)
בְּתַעֲנִיתָא מוֹתְבִינַן לֵיהּ בִּתְמִיהַּ:
Le fait-on rester à jeun ? : question étonnée.
אֶלָּא הָא מַנִּי ר' עֲקִיבָא הִיא וּלְעִנְיַן סְעוּדַת שַׁבָּת בְּמֵאֵן דְּאֶפְשָׁר לֵיהּ אִיכָּא לְמֵימַר כְּרַבָּנָן וְאִיכָּא לְמֵימַר כְּרַבִּי חִידְקָא וּמִיהוּ הַאי דְּצָרִיךְ לַבְּרִיּוֹת יַעֲשֶׂה שַׁבַּתּוֹ חֹול וְלֹא יַטִּיל עַל אֲחֵרִים כְּבוֹד שַׁבְּתוֹתָיו:
Mais selon qui est-ce ? C'est Rabbi Akiva : quant au repas du Chabbat, pour celui qui en a les moyens, on peut dire comme les Rabbanan ou comme Rabbi Hidka ; mais celui qui a besoin des gens fera de son Chabbat un jour ordinaire et ne fera pas peser sur les autres l'honneur de ses Chabbatot.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא דִּתְנַן אֵין פּוֹחֲתִין כו' נֵימָא רַבָּנַן הִיא וְלָא רַבִּי חִידְקָא אוֹמֵר רִ"י דְּאֵין לְפָרֵשׁ שָׁבַת נוֹתְנִין לוֹ מְזוֹן ג' סְעוּדוֹת דְּהַיְינוּ כְּשֶׁבָּא שָׁם בע"ש לְעֵת הָאֹוכֶל דְּמִסְּתָמָא יִשְׁבּוֹת שָׁם שֶׁאֵין רְגִילוּת כָּל כָּךְ לָלֶכֶת עֶרֶב שַׁבָּת וּבִשְׁבִיל שַׁבָּת נוֹתְנִים לוֹ סְעוּדָה אַחַת יוֹתֵר מִמַּה שֶׁנּוֹתְנִין לוֹ בִּשְׁאָר יָמִים דְּא"כ הֵיכִי נִיחָא לְרַבָּנָן וַהֲלֹא מִן הַכֹּל אֵין לוֹ כִּי אִם ד' סְעוּדוֹת אַחַת שֶׁהֵבִיא עִמּוֹ דְּמַלְוִינַן בַּהֲדֵיהּ וּשְׁלֹשָׁה שֶׁנָּתְנוּ לוֹ וּכְשֶׁיֹּאכַל אַחַת בְּעֶרֶב שַׁבָּת לֹא יִשָּׁאֲרוּ בְּיָדוֹ רַק ג' סְעוּדוֹת וְאוֹתָן יֹאכַל בְּשַׁבָּת וא"כ תִּיקְשֵׁי נָמֵי לְרַבָּנָן וְכִי אָזֵיל רֵיקָן אָזֵיל כִּדְפָרִיךְ בְּסָמוּךְ וּמִיהוּ אִיכָּא לְמֵימַר דִּבְסָמוּךְ לְרַבָּנָן נָמֵי פָּרֵיךְ אֲבָל קָשֶׁה דְּכִי מְשַׁנֵּי דִּמְלַוִּינַן לֵיהּ סְעוּדָה בַּהֲדֵיהּ לֹא תֵּירֵץ כְּלוּם לֵר' חִידְקָא דְּאֵין לוֹ לְשַׁבָּת כ"א שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת וְלֵר' חִידְקָא צָרִיךְ ד' וְנִרְאֶה לר"י דִּכְשֶׁבָּא בע"ש לְעֵת הָאֹוכֶל נוֹתְנִין לוֹ מְזוֹן ב' סְעוּדוֹת כְּמוֹ בִּשְׁאָר יָמִים וְאִם בָּא לִשְׁבּוֹת שָׁם מוֹסִיפִין לוֹ עוֹד ג' סְעוּדוֹת וְקָאָמַר לֵימָא רַבָּנַן הִיא וְלָא רַבִּי חִידְקָא דִּלְרַבָּנָן נִיחָא שֶׁיֵּשׁ בְּיָדוֹ ה' סְעוּדוֹת בִּתְחִילַּת שַׁבָּת וְאוֹתָהּ שֶׁהֵבִיא עִמּוֹ יֹאכַל בע"ש וּמֵאוֹתָן ה' סְעוּדוֹת יֹאכַל ג' בְּשַׁבָּת וְאַחַת בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת וְאַחַת יוֹלִיךְ עִמּוֹ אֶלָּא לְרַבִּי חִידְקָא כְּשֶׁיֹּאכַל ד' בְּשַׁבָּת וְאַחַת לְהוֹלִיךְ עִמּוֹ לְמָחָר א"כ מַה יֹאכַל בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת וְלֵיכָּא לְמֵימַר דְּאָמְרִינַן לֵיהּ מַה דַּהֲוָה לָךְ לְמֵיכַל בְּאִפּוּקֵי שַׁבְּתָא אֱכֹול בְּשַׁבְּתָא כִּדְאָמְרִי' לְעֵיל דְּהָתָם אָמְרִינַן לֵיהּ כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהֵא נִיזּוֹן מִן הַצְּדָקָה אֲבָל הָכָא כְּבָר הוּא נִיזּוֹן וּלְהָכִי נוֹטֵל כָּל צָורְכּוֹ וּמְשַׁנֵּי דְּאִיכָּא סְעוּדָה בַּהֲדֵיהּ הַמְתָרֵץ הָיָה סָבוּר שֶׁהָיָה פָּשׁוּט לַמַּקְשֶׁה שֶׁהַסְּעוּדָה שֶׁיּוֹלִיךְ עִמּוֹ נוֹתְנִין לוֹ בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת אע"פ שֶׁבִּשְׁאָר יָמִים נוֹתְנִין לוֹ סְעוּדָה שֶׁיּוֹלִיךְ עִמּוֹ עִם אֲחֵרוֹת בע"ש אֵין נוֹתְנִין לוֹ אוֹתָהּ עַד שֶׁיֵּלֵךְ לְפִי שֶׁאֵינוֹ הוֹלֵךְ מִיָּד עַד אַחַר הַשַּׁבָּת וּלְכָךְ הָיָה סָבוּר שֶׁהַמַּקְשֶׁה לֹא הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁהֵבִיא סְעוּדָה עִמּוֹ וְאֵין לוֹ בִּתְחִלַּת הַשַּׁבָּת אֶלָּא ד' לְהָכִי מְשַׁנֵּי לֵיהּ דְּאִיכָּא סְעוּדָה בַּהֲדֵיהּ וְהַמַּקְשֶׁה מֵשִׁיב דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ דְּאִיכָּא סְעוּדָה בַּהֲדֵיהּ אַךְ קָשֶׁה לֵיהּ כֵּיוָן דְּמַתְרֶצֶת דְּאָכִיל לְכוּלְּהוּ וְכִי אָזֵיל בְּרֵיקָן אָזֵיל שֶׁכְּמוֹ שֶׁהֵבִיא עִמּוֹ לְכָאן כֵּן יִשָּׂאֶנָּה עִמּוֹ בְּצֵאתוֹ מִכָּאן וּמְשַׁנֵּי דְּמַלְוִינַן לֵיהּ כו':
Et ce que nous avons appris : on ne donne pas moins, etc. - disons que c'est [l'avis] des Rabbanan et non de Rabbi Hidka : le Ri dit qu'on ne peut pas expliquer que "s'il passe le Chabbat, on lui donne la nourriture de trois repas" vise le cas où il arrive la veille de Chabbat à l'heure du repas - car vraisemblablement il passera le Chabbat sur place, puisqu'on n'a pas tellement l'habitude de voyager la veille de Chabbat - et qu'à cause du Chabbat on lui donne un repas de plus que les autres jours. Car s'il en était ainsi, comment cela s'accorderait-il avec les Rabbanan ? Il n'aurait en tout que quatre repas : celui qu'il a apporté avec lui, qu'on lui fait emporter, et les trois qu'on lui a donnés ; et quand il en mangera un la veille de Chabbat, il ne lui restera que trois repas, qu'il mangera le Chabbat. La difficulté se poserait alors aussi selon les Rabbanan : "et quand il part, part-il les mains vides ?", comme on le demande plus loin. On pourrait certes dire que plus loin la question est posée aussi selon les Rabbanan ; mais il reste difficile que, lorsqu'on répond qu'on lui fait emporter un repas avec lui, cela ne résout rien pour Rabbi Hidka, car il n'a pour le Chabbat que trois repas, alors que selon Rabbi Hidka il en faut quatre. Il semble donc au Ri que, lorsqu'il arrive la veille de Chabbat à l'heure du repas, on lui donne la nourriture de deux repas comme les autres jours ; et s'il vient pour y passer le Chabbat, on lui ajoute encore trois repas. La Guemara dit donc : disons que c'est l'avis des Rabbanan et non de Rabbi Hidka, car selon les Rabbanan cela s'accorde : il a en main cinq repas au début du Chabbat ; celui qu'il a apporté avec lui, il le mange la veille de Chabbat ; de ces cinq repas, il en mange trois le Chabbat, un à la sortie du Chabbat, et il en emporte un avec lui. Mais selon Rabbi Hidka, s'il en mange quatre le Chabbat et en garde un à emporter le lendemain, que mangera-t-il à la sortie du Chabbat ? Et on ne peut pas dire que nous lui disons : ce que tu devais manger à la sortie du Chabbat, mange-le le Chabbat, comme on l'a dit plus haut ; car là-bas on le lui dit afin qu'il ne soit pas nourri par la tsedaka, alors qu'ici il en est déjà nourri, c'est pourquoi il prend tout ce dont il a besoin. La Guemara répond qu'il a un repas avec lui : celui qui répondait pensait qu'il était évident pour celui qui questionnait que le repas à emporter, on le lui donne le dimanche. En effet, bien que les autres jours on lui donne le repas à emporter avec les autres, la veille de Chabbat on ne le lui donne pas avant son départ, puisqu'il ne part qu'après le Chabbat. Il pensait donc que le questionneur ignorait qu'il avait apporté un repas avec lui et croyait qu'il n'avait que quatre [repas] au début du Chabbat ; c'est pourquoi il lui répond qu'il a un repas avec lui. Et le questionneur réplique : il est évident pour moi qu'il a un repas avec lui ; mais ma difficulté est que, puisque tu expliques qu'il les mange tous, "quand il part, part-il les mains vides ?" - de même qu'il en a apporté un ici, il doit en emporter un en partant d'ici. Et la Guemara répond : on lui fait emporter, etc.
💡 Explication

Pour Rabbi Hidka, on proposerait de déplacer le repas du vendredi après-midi au vendredi soir. La Guemara rejette : on ne peut pas imposer au pauvre de jeûner tout le vendredi.

La Michna est finalement attribuée à Rabbi Akiva : fais de ton Chabbat un jour ordinaire et n'aie pas besoin des gens. Le pauvre mange deux repas le Chabbat comme en semaine, d'où quatorze repas. Rachi précise que pour celui qui en a les moyens la question des trois ou quatre repas reste entière.

Le long Tossefot reconstitue le calcul des repas du pauvre de passage (segment suivant) pour comprendre pourquoi la Guemara pense d'abord que cette Michna suit les Sages.

🖼️ Schéma
Pourquoi 14 repas ? Le compte d'une semaine 6 jours ordinaires 2 repas x 6 = 12 Sages 12 + 3 le Chabbat = 15 Rabbi Hidka 12 + 4 le Chabbat = 16 La Michna dit 14 : ni 15 ni 16 (celui qui a 14 repas ne prend pas de la koupa) Rabbi Akiva : fais de ton Chabbat un jour ordinaire et n'aie pas besoin des gens Le pauvre mange 2 repas le Chabbat comme en semaine : 12 + 2 = 14 La question des 3 ou 4 repas reste ouverte pour celui qui en a les moyens (Rachi)
Quatorze repas : ni les Sages (15) ni Rabbi Hidka (16), mais Rabbi Akiva.
5
וְהָא דִּתְנַן: אֵין פּוֹחֲתִין לְעָנִי הָעוֹבֵר מִמָּקוֹם לְמָקוֹם מִכִּכָּר בְּפֻונְדְּיוֹן מֵאַרְבַּע סְאִין בְּסֶלַע. לָן — נוֹתְנִין לוֹ פַּרְנָסַת לִינָה, וְאִם שַׁבָּת — נוֹתְנִין לוֹ מְזוֹן שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת. לֵימָא רַבָּנָן הִיא, וְלֹא רַבִּי חִידְקָא? לְעוֹלָם רַבִּי חִידְקָא — כְּגוֹן דְּאִיכָּא סְעוּדָה בַּהֲדֵיהּ, דְּאָמְרִינַן לֵיהּ: הָא דְּאִיכָּא בַּהֲדָךְ — אַכְלֵיהּ. וְכִי אָזֵיל בְּרֵיקָן אָזֵיל?! דִּמְלַוִּוינַן לֵיהּ סְעוּדָה בַּהֲדֵיהּ. מַאי פַּרְנָסַת לִינָה? אָמַר רַב פָּפָּא: פּוּרְיָא וּבֵי סָדְיָא.

Et ce que nous avons appris : On ne donne pas moins au pauvre qui passe d'un endroit à un autre qu'un pain [acheté] pour un pondion, [quand le blé est à] quatre se'a pour un sela. S'il passe la nuit, on lui donne de quoi passer la nuit ; et s'il passe le Chabbat, on lui donne la nourriture de trois repas.

Disons que c'est [l'avis] des Rabbanan et non de Rabbi Hidka ? En réalité, [c'est] Rabbi Hidka, dans le cas où il a un repas avec lui, car nous lui disons : celui que tu as avec toi, mange-le. - Et quand il part, part-il les mains vides ?! - On lui fait emporter un repas avec lui.

Qu'est-ce que "de quoi passer la nuit" ? Rav Papa a dit : un lit et des coussins (bei sadia).

📜 Rachi (6)
אֵין פּוֹחֲתִין לְעָנִי הָעוֹבֵר מִמָּקוֹם לְמָקוֹם שֶׁאֵינוֹ לָן בַּלַּיְלָה אֶצְלָם:
On ne donne pas moins au pauvre qui passe d'un endroit à un autre : qui ne passe pas la nuit chez eux.
מִכִּכָּר הַלָּקוּחַ בְּפוּנְדְיוֹן כְּשֶׁהַשַּׁעַר ד' סְאִין בְּסֶלַע וְהַפּוּנְדְיוֹן אֶחָד מי"ב בְּדִינָר דְּהוּא אֶחָד ממ"ח בְּסֶלַע וְשִׁיעֲרוּ לוֹ חֲכָמִים כִּכָּר זוֹ לִשְׁתֵּי סְעוּדוֹת הַיּוֹם וְהַלַּיְלָה:
Qu'un pain : acheté pour un pondion quand le cours est de quatre se'a pour un sela ; le pondion est un douzième de dinar, soit un quarante-huitième de sela. Les Sages ont estimé ce pain pour lui à deux repas, le jour et la nuit.
לָן נוֹתְנִין לוֹ פַּרְנָסַת לִינָה לְקַמָּן מְפָרֵשׁ מַאי הִיא שֶׁהֲרֵי סְעוּדָה שֶׁל לַיְלָה בִּכְלַל כִּכָּר הִיא וְכִכָּר זוֹ מְשַׁעֲרִינַן בְּעֵירוּבִין (דַּף פב:) לְמָזוֹן שְׁתֵּי סְעוּדוֹת לְעֵירוּבֵי תְּחוּמִין:
S'il passe la nuit, on lui donne de quoi passer la nuit : plus loin on explique ce que c'est, car le repas de la nuit est [déjà] compris dans le pain ; et ce pain, on l'estime dans Erouvin (82b) comme la nourriture de deux repas pour les erouvei tehoumin.
וְאִם שָׁבַת אֶצְלָם בְּשַׁבָּת:
Et s'il passe le Chabbat : chez eux, le Chabbat.
מַאי פַּרְנָסַת לִינָה הָא קִבֵּל לֵיהּ סְעוּדַת הַלַּיְלָה:
Qu'est-ce que de quoi passer la nuit ? : il a déjà reçu le repas de la nuit.
בֵּי סָדְיָא לְבָדִין פולטר"א לְהַנִּיחַ תַּחַת מְרַאֲשׁוֹתָיו:
Bei sadia : des coussins de feutre, poltre [en vieux français], à mettre sous sa tête.
🗂️ Tossefot (2)
מִכִּכָּר בְּפוּנְדְיוֹן כו' הַייְנוּ כְּר' יוֹחָנָן בֶּן בְּרֻוקָּא דְּחָשֵׁיב כִּכָּר בְּפוּנְדְיוֹן מד' סְאִין בְּסֶלַע שְׁתֵּי סְעוּדוֹת דְּעֵירוּב וּפְלִיג הָתָם (עֵירוּבִין דַּף פב:) אַרַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה שֶׁאוֹמְרִים הָתָם שִׁיעוּר אַחֵר:
Qu'un pain pour un pondion, etc. : cela correspond à Rabbi Yo'hanan ben Beroka, qui compte un pain d'un pondion, [le blé étant à] quatre se'a pour un sela, comme deux repas pour l'erouv ; il est en désaccord là-bas (Erouvin 82b) avec Rabbi Meir et Rabbi Yehouda, qui y donnent une autre mesure.
דְּמַלְוִינַן סְעוּדָה בַּהֲדֵיהּ וא"ת א"כ אַמַּאי נוֹתְנִים לוֹ ב' סְעוּדוֹת כֵּיוָן שֶׁמֵּבִיא אַחַת עִמּוֹ יִתְּנוּ לוֹ אַחַת וְיֹאכַל אַחַת וְהָאַחַת יוֹלִיךְ עִמּוֹ וי"ל דְּאֵין מְחַלְּקִין תַּמְחוּי בַּלַּיְלָה אֶלָּא בַּיּוֹם בִּזְמַן הַסְּעוּדָה וּלְכָךְ נוֹתְנִין לוֹ שְׁנַיִם שֶׁיֹּאכַל אַחַת מִיָּד וְאַחַת בַּלַּיְלָה בְּמָקוֹם שֶׁיִּהְיֶה וְאַחַת לְהוֹלִיךְ עִמּוֹ לְמָחָר:
On lui fait emporter un repas avec lui : et si tu demandes : s'il en est ainsi, pourquoi lui donne-t-on deux repas ? Puisqu'il en apporte un avec lui, qu'on lui en donne un : il en mangera un et emportera l'autre ! On peut répondre qu'on ne distribue pas le tamhui la nuit, mais le jour, au moment du repas ; c'est pourquoi on lui en donne deux, pour qu'il en mange un aussitôt et un la nuit, là où il sera, et un [celui qu'il a] à emporter le lendemain.
💡 Explication

Le pauvre de passage reçoit au minimum un pain d'un pondion (1/48 de sela), qui vaut deux repas. S'il reste pour le Chabbat, on lui donne trois repas.

Pour Rabbi Hidka (quatre repas), la Guemara suppose qu'il a apporté un repas avec lui : 3 + 1 = 4. Objection : il doit bien emporter de quoi manger en repartant. Réponse : la communauté lui fournit un repas pour la route. La pernassat lina (de quoi passer la nuit) désigne le couchage, puisque le repas du soir est déjà compris dans le pain.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: קְעָרוֹת שֶׁאָכַל בָּהֶן עַרְבִית — מַדִּיחָן לֶאֱכוֹל בָּהֶן שַׁחֲרִית. שַׁחֲרִית — מַדִּיחָן לֶאֱכוֹל בָּהֶן בַּצָּהֳרַיִם. בַּצָּהֳרַיִם — מַדִּיחָן לֶאֱכוֹל בָּהֶן בַּמִּנְחָה. מִן הַמִּנְחָה וְאֵילָךְ — שׁוּב אֵינוֹ מֵדִיחַ. אֲבָל כּוֹסוֹת וְקִיתוֹנִיּוֹת וּצְלוֹחִיּוֹת — מַדִּיחַ וְהוֹלֵךְ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ, לְפִי שֶׁאֵין קֶבַע לִשְׁתִיָּה.

Les Sages ont enseigné : Les bols dans lesquels on a mangé le soir, on les rince pour y manger le matin ; [ceux du] matin, on les rince pour y manger à midi ; [ceux de] midi, on les rince pour y manger à Minha ; à partir de Minha, on ne les rince plus. Mais les coupes, les cruches (kitoniyot) et les flacons, on les rince tout au long de la journée, car il n'y a pas de temps fixe pour boire.

📜 Rachi (1)
שׁוּב אֵינוֹ מְדִיחָן דְּאֵין הֲדָחָה זוֹ אֶלָּא לְחוֹל:
Il ne les rince plus : car ce rinçage ne serait que pour la semaine.
🗂️ Tossefot (1)
לְפִי שֶׁאֵין קֶבַע לִשְׁתִיָּה מִכָּאן יֵשׁ לִלְמֹוד בַּלַּיְלָה כְּשֶׁרוֹצֶה לְהִתְעַנּוֹת לְמָחָר לְאַחַר אֲכִילָה אע"פ שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לֶאֱכֹול אִם לֹא הִתְנָה לְפִי שֶׁמִּסְּתָמָא כְּשֶׁבֵּירַךְ סִילֵּק דַּעְתּוֹ מִלֶּאֱכֹול מִלִּשְׁתּוֹת וַדַּאי לֹא סִילֵּק דַּעְתּוֹ כִּדְאָמַר הָכָא דְּאֵין קֶבַע לִשְׁתִיָּה וְהֵיכָא דְּלָא שְׁכִיחַ יַיִן אע"ג דְּסִילֵּק דַּעְתּוֹ מִן הַיַּיִן מ"מ מִמַּיִם לֹא סִילֵּק דַּעְתּוֹ וּמִיהוּ אוֹמֵר רִ"י דְּשֶׁמָּא דַּוְקָא בִּימֵיהֶם שֶׁהָיוּ קוֹבְעִין עַצְמָן לִשְׁתִיָּה אַחַר אֲכִילָה אָמְרוּ דְּאֵין קָבַע לִשְׁתִיָּה אָכָל לְדִידַן לֹא וְרִיבָ"א פֵּירֵשׁ בְּמַסֶּכֶת תַּעֲנִית (דַּף יב.) שֶׁאַף לְאַחַר שֶׁיָּשַׁן מֻותָּר לִשְׁתּוֹת עַל פִּי הַיְּרוּשַׁלְמִי וְאֵין ר"י רוֹצֶה לְהָקֵל כָּל כָּךְ כֵּיוָן שֶׁלֹּא נִזְכַּר בְּהֶדְיָא בַּשַּׁ"ס שֶׁלָּנוּ:
Car il n'y a pas de temps fixe pour boire : d'ici on peut apprendre [ceci]. La nuit, lorsqu'on veut jeûner le lendemain, après le repas, bien qu'on ne puisse plus manger si l'on n'a pas posé de condition - car vraisemblablement, en disant la bénédiction, on a détourné son esprit de manger - de boire on n'a certainement pas détourné son esprit, comme il est dit ici qu'il n'y a pas de temps fixe pour boire. Et là où le vin n'est pas courant, même si l'on a détourné son esprit du vin, de l'eau en tout cas on ne l'a pas détourné. Toutefois, le Ri dit que c'est peut-être seulement à leur époque, où l'on s'installait pour boire après le repas, qu'on a dit qu'il n'y a pas de temps fixe pour boire, mais pas pour nous. Et le Riva a expliqué dans le traité Taanit (12a) que même après avoir dormi il est permis de boire, d'après le Yerouchalmi ; mais le Ri ne veut pas être aussi indulgent, puisque cela n'est pas mentionné explicitement dans notre Talmud.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב חִסְדָּא לְעוֹלָם יַשְׁכִּים אָדָם לְהוֹצָאַת שַׁבָּת שֶׁנֶּאֱמַר וְהָיָה בַּיּוֹם הַשִּׁשִּׁי וְהֵכִינוּ לְאַלְתַּר. אָמַר ר' אַבָּא חַיָּיב אָדָם לִבְצֹועַ עַל שְׁתֵּי כִכָּרוֹת בְּשַׁבָּת שֶׁנֶּאֱמַר לָקְטוּ לֶחֶם מִשְׁנֶה. אָמַר רַב אָשֵׁי חֲזֵינָא לֵיהּ לְרַב כָּהֲנָא דְּנָקֵיט תַּרְתֵּי וּבָצַע חֲדָא. רַבִּי זֵירָא בָּצַע אַכּוּלֵּיהּ שֵׁירוּתָא א"ל רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי וְהָא מִיחְזֵי כְּרַעַבְתָנוּתָא א"ל כֵּיוָן דְּכָל יוֹמָא לָא עָבֵיד הָכִי וְהָאִידָּנָא עֲבִיד לָא מִיחְזֵי כְּרַעַבְתָנוּתָא רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי כִּי מִיקְּלַע לְהוּ רִיפְתָּא דְעֵירוּבָא שָׁרוּ עָלֶיהָ הַמּוֹצִיא אָמְרִי הוֹאִיל וְאִיתְעֲבִיד בַּהּ חֲדָא מִצְוָה נִיעַבֵּיד בָּהּ מִצְוָה אַחֲרִיתִי: כֵּיצַד נָפְלָה דְּלֵיקָה וְכוּ'. ת"ר כַּמָּה סְעוּדוֹת חַייָּב אָדָם לֶאֱכוֹל בַּשַּׁבָּת שָׁלֹשׁ. ר' חַדְּקָא אוֹמֵר אַרְבַּע. א"ר יוֹחָנָן וּשְׁנֵיהֶם מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אִכְלֻוהוּ הַיּוֹם כִּי שַׁבָּת הַיּוֹם לַה' הַיּוֹם לֹא תִמְצָאֻוהוּ וְגוֹ' רַבִּי חַדְּקָא סָבַר הָנָךְ תְּלָתָא דִּכְתִיבִי לְבַר מִדְּאֻורְתָּא וְרַבָּנַן סָבְרִי בַּהֲדֵי דְּאוּרְתָּא: ת"ר מְדִיחִין כֵּלִים בְּשַׁבָּת לְצֹורֶךְ שַׁבָּת כֵּיצַד קְעָרוֹת שֶׁאָכַל בָּהֶן עַרְבִית מַדִּיחָן לֶאֱכוֹל בָּהֶן שַׁחֲרִית שַׁחֲרִית מַדִּיחָן לֶאֱכוֹל בָּהֶן בַּמִּנְחָה מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה לֹא יְדִיחֵם. אֲבָל כּוֹסוֹת וְקִתּוֹנִיּוֹת וּצְלוֹחִית מַדִּיחַ וְהוֹלֵךְ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ לְפִי שֶׁאֵין קֶבַע לִשְׁתִייָּה מִכָּאן מוּכָח דִּקְבִיעַת זְמַן סְעוּדָה שְׁלִישִׁית הִיא מִשֶּׁתַּגִּיעַ זְמַן הַמִּנְחָה וְלֹא קֹודֶם. וְאוֹתָן שֶׁמַּפְסִיקִין סְעוּדַת שַׁחֲרִית לִשְׁתַּיִם קֹודֶם זְמַן הַמִּנְחָה לֹא יָפֶה הֵם עוֹשִׂין. וְכֵן מַשְׁמַע בְּפ"ק דִּפְסָחִים דַּף יג. דְּתַנְיָא י"ד שֶׁחָל בְּשַׁבָּת מְבַעֲרִין אֶת הַכֹּל מִלִּפְנֵי הַשַּׁבָּת וּמְשַׁיְּירִין מְזוֹן שְׁתֵּי סְעוּדוֹת וּסְעוּדָה שְׁלִישִׁית א"צ לְשַׁייֵּר דְּחָמֵץ אָסוּר מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה אַלְמָא שֶׁאֵין זְמַנָּהּ אֶלָּא בְּמִנְחָה וְהַךְ רְאָיָה אֵין נ"ל דְּאַף אִם יַחֲלֹוק סְעוּדָה אַחַת לִשְׁתַּיִם מְזוֹן סְעוּדָה אַחַת הִיא: א"ר שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי אָמַר רִיבָּ"ל מִשּׁוּם בַּר קַפָּרָא כָּל הַמְקַיֵּים שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת בְּשַׁבָּת נִצּוֹל מִשָּׁלֹשׁ פֻּורְעָנִיּוֹת מֵחֶבְלוֹ שֶׁל מָשִׁיחַ וּמִדִּינָהּ שֶׁל גֵּיהִנָּם וּמִמִּלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג. מֵחֶבְלוֹ שֶׁל מָשִׁיחַ כְּתִיב הָתָם לִפְנֵי בָּא יוֹם וּכְתִיב הָכָא יוֹם. וּמְדִינָה שֶׁל גֵּיהִנָּם כְּתִיב הָכָא יוֹם וּכְתִיב הָתָם יוֹם עֶבְרָה. וּמִמִּלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג כְּתִיב הָכָא יוֹם וּכְתִיב הָתָם בְּיוֹם בֹּא גּוֹג וְגוֹ'. א"ר יוֹחָנָן מִשּׁוּם ר' יוֹסֵי כָּל הַמְעַנֵּג אֶת הַשַּׁבָּת נוֹתְנִין לוֹ נַחֲלָה בְּלֹא מְצָרִים שֶׁנֶּאֱמַר אָז תִּתְעַנַּג עַל ה' וְגוֹ' וְהַאֲכַלְתִּיךָ נַחֲלַת יַעֲקֹב. לֹא כְּאַבְרָהָם שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ קוּם הִתְהַלֵּךְ בָּאָרֶץ וְגוֹ' וְלֹא כְּיִצְחָק שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ לְךָ וּלְזַרְעֲךָ אֶתֵּן אֶת כָּל הָאֲרָצֹות הָאֵל אֶלָּא כְּיַעֲקֹב שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ וּפָרַצְתָּ יָמָּה וָקֵדְמָה וְצָפֹונָה וָנֶגְבָּה רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר אַף נִצּוֹל מִשִּׁעְבּוּד גָּלִיּוֹת כְּתִיב הָכָא וְהִרְכַּבְתִּיךָ עַל בָּמֳותֵי אָרֶץ וּכְתִיב הָתָם עַל בָּמוֹתֵימוֹ תִּדְרוֹךְ: אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב כָּל הַמְעַנֵּג אֶת הַשַּׁבָּת נוֹתְנִין לוֹ מִשְׁאֲלוֹת לִבּוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וְהִתְעַנַּג עַל ה' וְיִתֶּן לְךָ מִשְׁאֲלֹות לִבֶּךָ עֹונֶג זֶה אֵינִי יוֹדֵעַ מַהוּ כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר וְקָרָאתָ לַשַּׁבָּת עֹונֶג הֱוֵי אוֹמֵר זֶה עֹונֶג שַׁבָּת: בַּמֶּה מֵעָנְגּוֹ אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב בְּתַבְשִׁיל שֶׁל תְּרָדִין וְדָגִים גְּדוֹלִים וְרָאשֵׁי שׁוּמִין. רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי אָמַר אֲפִילּוּ דָּבָר מוּעָט וַעֲשָׂאוֹ לִכְבוֹד שַׁבָּת הָוֵי עֹונֶג. מַאי הִיא אָמַר רַב פָּפָּא כָּסָא דְהַרְסָנָא: א"ר חַייָּא בַּר אַבָּא א"ר יוֹחָנָן כָּל הַמְשַׁמֵּר שַׁבָּת כְּהִלְכָתָהּ אַפֵּי' עוֹבֵד ע"ז כַּדּוּר שֶׁל אֱנוֹשׁ מוֹחֲלִין לוֹ שֶׁנֶּאֱמַר אַשְׁרֵי אֱנוֹשׁ יַעֲשֶׂה זֹּאת שׁוֹמֵר שַׁבָּת מֵחַלְּלוֹ אַל תִּקְרֵי מֵחַלְּלוֹ אֶלָּא מָחוּל לוֹ. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב אִלְמָלֵי שָׁמְרוּ יִשְׂרָאֵל שַׁבָּת רִאשׁוֹנָה לֹא שָׁלְטָה בָּהֶן אֻומָּה וְלָשׁוֹן שֶׁנֶּאֱמַר וַיְהִי בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי יָצְאוּ מִן הָעָם לִלְקֹוט וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ וַיָּבֹא עֲמָלֵק. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי אִלְמָלֵי מְשַׁמְּרִין. יִשְׂרָאֵל שְׁתֵּי שַׁבָּתוֹת מִיָּד נִגְאָלִין שֶׁנֶּאֱמַר כֹה אָמַר ה' לַסָּרִיסִים אֲשֶׁר יִשְׁמְרוּ אֶת שַׁבְּתוֹתַי וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ וַהֲבִיאוֹתִים אֶל הַר קָדְשִׁי. א"ר יוֹסֵי יְהֵא חֶלְקִי מֵאוֹכְלֵי שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת בַּשַּׁבָּת. וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי יְהֵא חֶלְקִי מִגּוֹמְרֵי הַלֵּל בְּכָל יוֹם וְהָאָמַר מָר הָאוֹמֵר הַלֵּל בְּכָל יוֹם הֲרֵי זֶה מְחָרֵף וּמְגַדֵּף כִּי קָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בִּפְסוּקֵי דְּזִמְרָא. וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי יְהֵא חֶלְקִי עִם מַכְנִיסֵי שַׁבָּת בִּטְבֶרְיָא וְעִם מוֹצִיאֵי שַׁבָּת בְּצִיפּוֹרִי. ר' חֲנִינָא מְעַטֵּף וְקָאֵי אָפְנִיָּה דְּשַׁבְּתָא וְאוֹמֵר בּוֹאוּ וְנֵצֵא לִקְרַאת שַׁבָּת מַלְכְּתָא. ר' יַנַּאי אָמַר בּוֹאִי כַלָּה בּוֹאִי כַלָּה: רַבָּה בַּר רַב הוּנָא אִיקְּלַע לְבֵי רַבָּה בַּר רַב נַחְמָן קָרִיבוּ לֵיהּ תְּלֵיסַר סְאֵי טָחֵי אָמַר לָהֶן מִי הֲוָה יָדְעִיתוּן דְּקָאָתֵינָא דְּטָרְחִיתוּן כֻּולֵּי הַאי אָמְרוּ לֵיהּ וּמִי עֲדִיפַת לָן מִינָּהּ. ר' אַבָּא הֲוָה זָבִין בִּשְׂרָא בִּתְלֵיסַר אִיסְתְּרִי פְּשִׁיטֵי מִתְּלֵיסַר טַבָּחֵי וּמְשַׁלֵּם לְהוּ אַצִּנּוֹרָא דְּדַשָּׁא וַאֲמַר לְהוּ אַשּׁוּר הַאי אַשּׁוּר הַאי. ר' אֲבָהוּ הֲוָה יָתֵיב אַתַּכְתָּקָא דְשִׁינָּא וּמְשַׁיֵּף נוּרָא. רַב עָנָן לָבֵישׁ גֻּונְדָּא דְּתָנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּגָדִים שֶׁבִּשֵּׁל בָּהֶן קְדֵרָה לְרַבּוֹ לֹא יִמְזֹוג בָּהֶן כּוֹס לְרַבּוֹ. רַב סָפְרָא מְחָרֵיךְ רֵישָׁא. רָבָא מִלַּת שִׁיבּוּטָא. רַב הוּנָא מַדְלִיק שְׁרָגָא. רַב פָּפָּא גָּדֵיל פְּתִילָתָא. רַב חִסְדָּא פָּרֵים סִילְקָא. רַבָּה וְרַב יוֹסֵף מְצַלְּחִי צִיבֵי. רַבִּי זֵירָא מְצַתֵּת צַתּוֹתֵי. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק מְכַתֵּף וְעָיֵיל מְכַתֵּף וְנָפֵיק אָמַר אִלּוּ מִיקַּלְעָן לִי ר' אַמִּי וְר' אַסִּי מִי לָא מְכַתֵּיפְנָא קַמַּייְהוּ. אִיכָּא דְאָמְרִי ר' אַמִּי וְר' אַסִּי הָווּ מְכַתְּפִי וְעָיְילִי מְכַתְּפִי וְנָפְקִי אָמְרִי אִילּוּ מִיקְלַע ר' יוֹחָנָן מִי לָא מְכַתְּפִינַן קַמֵּיהּ. בָּעֵי מִינֵּיהּ רַבִּי מַר' יִשְׁמָעֵאל בַּר' יוֹסֵי עֲשִׁירִים שֶׁבְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל בַּמָּה הֵן זוֹכִין. בִּשְׁבִיל שֶׁמְּעַשְּׂרִין דִּכְתִיב עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר עַשֵּׂר בִּשְׁבִיל שֶׁתִּתְעַשֵּׁר. עֲשִׁירִים שֶׁבְּבָבֶל בַּמָּה הֵן זוֹכִין בִּזְכוּת שֶׁמְּכַבְּדִין אֶת הַתּוֹרָה. בִּשְׁאָר אֲרָצוֹת בַּמָּה הֵן זוֹכִין בִּזְכוּת שֶׁמְּכַבְּדִין אֶת הַשַּׁבָּת: א"ר חַיָּיא בַּר אַבָּא א"ר יוֹחָנָן פַּעַם אַחַת נִתְאָרַחְתִּי אֵצֶל בַּעַל הַבַּיִת בְּלוּדְקִיָּא וְהֵבִיאוּ לְפָנָיו שֻׁולְחָן שֶׁל זָהָב מַשּׂוֹי שִׁשָּׁה עָשָׂר בְּנֵי אָדָם וְשִׁשָּׁה עָשָׂר שַׁלְשְׁלָאוֹת שֶׁל כֶּסֶף קְבוּעוֹת בּוֹ וּקְעָרוֹת וְכוֹסוֹת וּצְלוֹחִיּוֹת קְבוּעוֹת בּוֹ וְעָלָיו כָּל מִינֵי מַאֲכָל וּמִשְׁתֶּה וּכְשֶׁהָיוּ מַנִּיחִין אוֹתוֹ אוֹמְרִים לַה' הָאָרֶץ וּמְלוֹאָהּ וּכְשֶׁהָיוּ מְסַלְּקִין אוֹתוֹ אוֹמְרִים הַשָּׁמַיִם שָׁמַיִם לַה' וְהָאָרֶץ נָתַן לִבְנֵי אָדָם. אָמַרְתִּי לוֹ בְּנִי בַּמֶּה זָכִיתָ לְכָךְ אָמַר לִי קַצָּב הָיִיתִי וְכָל בְּהֵמָה נָאָה שֶׁמָּצָאתִי אָמַרְתִּי זוֹ לִכְבוֹד שַׁבָּת. אָמַרְתִּי לוֹ אַשְׁרֶיךָ שֶׁזָּכִיתָ וּבָרוּךְ הַמָּקוֹם שֶׁזִּיכְּךָ לְכָךְ. גָּרְסִי' בְּפֶרֶק י"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת בע"ש דַּף טו: תָּנֵי רַב תַּחְלִיפָא אֲחוּהּ דְּרַבְנַאי חוֹזָאָה כָּל מְזוֹנוֹתָיו שֶׁל אָדָם קְצוּבִין לוֹ מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה וְעַד רֹאשׁ הַשָּׁנָה חוּץ מֵהוֹצָאַת שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב וְהוֹצָאַת בָּנָיו לְתַלְמוּד תּוֹרָה שֶׁאִם פִּיחֵת פּוֹחֲתִין לוֹ וְאִם מוֹסִיף מוֹסִיפִין לוֹ. תַּנְיָא אָמְרוּ עָלָיו עַל שַׁמַּאי הַזָּקֵן שֶׁכָּל יָמָיו הָיָה אוֹכֵל לִכְבוֹד שַׁבָּת. מָצָא בְּהֵמָה נָאָה אוֹמֵר זוֹ לִכְבוֹד שַׁבָּת מָצָא אַחֶרֶת נָאָה הֵימֶנָּה מַנִּיחַ אֶת הַשְּׁנִיָּה וְאוֹכֵל הָרִאשׁוֹנָה. אֲבָל הִלֵּל הַזָּקֵן מִדָּה אַחֶרֶת הָיְתָה לוֹ כָּל מַעֲשָׂיו הָיוּ לְשֵׁם שָׁמַיִם שֶׁנֶּאֱמַר בָּרוּךְ ה' יוֹם יוֹם: אֲמַר לֵיהּ רֵישׁ גָּלוּתָא לְרַב הַמְנוּנָא מַאי דִּכְתִיב וְלִקְדוֹשׁ ה' מְכֻובָּד אֲמַר לֵיהּ זֶהוּ יוֹם כִּפּוּרִים שֶׁאֵין בּוֹ אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה אָמְרָה תּוֹרָה כַּבְּדֵהוּ בִּכְסוּת נְקִיָּה וּכְתִיב בְּאוּרִים כִּבְּדוּ ה' וּמְתַרְגְּמִינַן בְּפַנָּסַיָּא יְקָרוּךָ. עַל כֵּן נָהֲגוּ לְכַבְּדוֹ בְּנֵרוֹת יָפִים. וְכִבַּדְתּוֹ רַב אָמַר לְהַקְדִּים וּשְׁמוּאֵל אוֹמֵר לְאַחֵר: א"ל רַב פָּפָּא בַּר אַבָּא לְרַב סָפְרָא כְּגוֹן אֲנַן דִּשְׁכִיחַ לַן בִּשְׂרָא וְחַמְרָא כָּל יוֹמָא בְּמַאי נִשַׁנְּיֵיהּ. אָמַר לְהוּ אִי. רְגִילִיתוּ לְאַקְדּוֹמֵי אַחֲרוּהָ וְאִי רְגִילִיתוּ לַאֲחוֹרֵי אַקְדִּימוּהָ. רַב שֵׁשֶׁת בְּקַיְיטָא מוֹתֵיב לְהוּ לְרַבָּנַן לְהֵיכָא דְּמָטֵי שִׁמְשָׁא. וּבְסִתְוָא הֵיכָא דְּמָטֵי טֻולָּא. ר' זֵירָא הֲוָה מַהְדַּר אַזּוּגֵי דְּרַבָּנַן אֲמַר לְהוּ בְּמָטוּתָא מִינַּייְכוּ לָא תְּחַלְּלוּנֵיהּ. אָמַר רַב וְאִיתֵּימָא רִיבָּ"ל אֲפִילּוּ יָחִיד הַמִּתְפַּלֵּל בְּעֶרֶב שַׁבָּת צָרִיךְ לוֹמַר וַיְכֻולּוּ. וְאָמַר רַב הַמְנוּנָא כָּל הַמִּתְפַּלֵּל וְאוֹמֵר וַיְכֻולּוּ מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִלּוּ נַעֲשָׂה שֻׁותָּף לְהַקָּבָּ"ה בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית שֶׁנֶּאֱמַר וַיְכֻולּוּ אַל תִּקְרֵי וַיְכֻולּוּ אֶלָּא וַיְכַלּוּ כְּלוֹמַר הקב"ה וְהוּא. אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר מָר עֻוקְבָא כָּל הַמִּתְפַּלֵּל בע"ש וְאוֹמֵר וַיְכֻולּוּ שְׁנֵי מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת מְלַוִּין לוֹ וּמַנִּיחִין יְדֵיהֶם עַל רֹאשׁוֹ וְאוֹמְרִים וְסָר עֲוֹנֶךָ וְחַטָּאתְךָ תְּכֻופָּר. וְתִקְּנוּ לוֹמַר וַיְכֻולּוּ בִּתְפִלַּת אַתָּה קִדַּשְׁתָּ. וּמַה שֶׁאוֹמֵר אוֹתוֹ אַחַר הַתְּפִלָּה מִשּׁוּם יו"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת נָהֲגוּ כֵּן לְפִי שֶׁלֹּא אֲמָרוּהוּ בִּתְפִלָּה. וְרָאִיתִי בְּסֵדֶר תְּפִלּוֹת הַקַּדְמוֹנִים שֶׁאֵין אוֹמְרִים וַיְכֻולּוּ בְּאַתָּה קִדַּשְׁתָּ אֶלָּא כָּךְ סִיגְנוֹן הַבְּרָכָה וּבֵרַכְתּוֹ מִכָּל הַיָּמִים וְקִדַּשְׁתּוֹ מִכָּל הַזְּמַנִּים כַּכָּתוּב בְּתוֹרָתְךָ וַיְבָרֶךְ אֱ-לֹהִים אֶת יוֹם הַשְּׁבִיעִי וַיְקַדֵּשׁ אֹותוֹ וְגוֹ'. וּמַה שֶׁאוֹמֵר אוֹתוֹ גַּם עַל הַכּוֹס כְּדֵי לְהוֹצִיא אֶת בְּנֵי הַבַּיִת. תַּנְיָא ר' יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר שְׁנֵי מַלְאָכִים מְלַוִּין לוֹ לְאָדָם בְּעֶרֶב שַׁבָּת מִבֵּית הַכְּנֶסֶת לְבֵיתוֹ אֶחָד טוֹב וְאֶחָד רָע. כְּשֶׁבָּא לְבֵיתוֹ וּמֹצֵא נֵר דָּלוּק וְשֻׁלְחָן עָרוּךְ וּמִטָּה מֻוצַּעַת מַלְאָךְ טוֹב אוֹמֵר יְהִי רָצוֹן שֶׁיְּהֵא כֵּן לְשַׁבָּת אַחֶרֶת וּמַלְאָךְ רַע בְּעַל כָּרְחוֹ עוֹנֶה אָמֵן. וְאִם לָאו מַלְאָךְ רַע אוֹמֵר יְהִי רָצוֹן שֶׁיְּהֵא לַשַּׁבָּת הַבָּאָה כָּךְ וּמַלְאָךְ טוֹב בְּעַל כָּרְחוֹ עוֹנֶה אָמֵן. א"ר אֶלְעָזָר לְעוֹלָם יְסַדֵּר אָדָם שֻׁולְחָנוֹ בְּעֶרֶב שַׁבָּת אע"פ שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא לִכְזַיִת. א"ר חֲנִינָא לְעוֹלָם יְסַדֵּר אָדָם שֻׁולְחָנוֹ בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת אע"פ שֶׁאֵין צָרִיךְ אֶלָּא לְכַזַּיִת. ר' אָבָהוּ הָווּ עָבְדִין לֵיהּ כָּל אִפּוּקֵי שַׁבְּתָא עִגְלָא תִּילְתָּא וַהֲוָה אָכֵיל מִינֵּיהּ כֻּולְייְתָא כִּי גְדַל אַבְדִּימִי בְּרֵיהּ א"ל לָמָּה לֵיהּ לְמַר לְאַפְסוֹדֵי כֻּולֵּי הַאי לְיַשְׁבֵּיק כּוֹלְייָתָא מִמַּעֲלֵי שַׁבְּתָא. שַׁבְקֵיהּ. אֲתָא אֲרִי אַכְלֵיהּ לְעִגְלָא אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אֵין הַדְּלֵיקָה מְצוּיָה אֶלָּא בְּבַיִת שֶׁמְּחַלְּלִין בּוֹ אֶת הַשַּׁבָּת שֶׁנֶּאֱמַר וְאִם לֹא תִשְׁמְעוּ אֵלַי לְקַדֵּשׁ אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת וְהִצַּתִּי אֵשׁ בִּשְׁעָרֶיהָ וְאָכְלָה אַרְמְנוֹת יְרוּשָׁלִַים וְלֹא תִכְבֶּה. מַאי לֹא תִּכְבֶּה אָמַר רַב נַחְמָן בְּשָׁעָה שֶׁאֵין בְּנֵי אָדָם מְצֻוִּין לְכַבּוֹתָהּ:
Rav Hisda a dit : Que l'homme se lève toujours tôt pour les dépenses du Chabbat, car il est dit : "Et il arrivera le sixième jour, ils prépareront" - aussitôt. Rabbi Abba a dit : L'homme est obligé de rompre [le pain] sur deux pains le Chabbat, car il est dit : "Ils recueillirent un pain double (le'hem michne)". Rav Achi a dit : J'ai vu Rav Kahana qui en prenait deux et en rompait un. Rabbi Zeira rompait [un morceau] pour tout le repas. Ravina dit à Rav Achi : Mais cela a l'air de gloutonnerie ! Il lui répondit : Puisque les autres jours il ne fait pas ainsi et qu'aujourd'hui il le fait, cela n'a pas l'air de gloutonnerie. Rabbi Ami et Rabbi Assi, lorsqu'ils avaient sous la main le pain de l'erouv, disaient sur lui Hamotsi ; ils disaient : puisqu'on a accompli avec lui une mitsva, accomplissons avec lui une autre mitsva. Comment ? Si un incendie se déclare, etc. Les Sages ont enseigné : Combien de repas l'homme est-il obligé de manger le Chabbat ? Trois. Rabbi Hidka dit : quatre. Rabbi Yo'hanan a dit : Tous deux ont interprété le même verset : "Moche dit : Mangez-le aujourd'hui, car aujourd'hui c'est Chabbat pour Hachem ; aujourd'hui vous ne le trouverez pas", etc. Rabbi Hidka pense : ces trois qui sont écrits [visent des repas] en dehors de celui du soir ; et les Rabbanan pensent : y compris celui du soir. Les Sages ont enseigné : On rince les ustensiles le Chabbat pour les besoins du Chabbat. Comment ? Les bols dans lesquels on a mangé le soir, on les rince pour y manger le matin ; [ceux du] matin, on les rince pour y manger à Minha ; à partir de Minha et au-delà, on ne les rince pas. Mais les coupes, les cruches et le flacon, on les rince tout au long de la journée, car il n'y a pas de temps fixe pour boire. D'ici il est prouvé que le temps fixé du troisième repas commence quand arrive le temps de Minha, et pas avant. Et ceux qui divisent le repas du matin en deux avant le temps de Minha ne font pas bien. C'est aussi ce qui ressort du premier chapitre de Pessahim (13a), où il est enseigné : [le] 14 [Nissan] qui tombe un Chabbat, on élimine tout avant le Chabbat et on laisse la nourriture de deux repas ; et le troisième repas il n'est pas nécessaire de le laisser, car le hamets est interdit à partir de la sixième heure ; il en ressort que son temps n'est qu'à Minha. Mais cette preuve ne me paraît pas [valable], car même si l'on divise un repas en deux, c'est la nourriture d'un seul repas. Rabbi Chimon ben Pazi a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi au nom de Bar Kappara : Quiconque accomplit trois repas le Chabbat est sauvé de trois calamités : des douleurs du Machiah, du jugement de la Géhenne et de la guerre de Gog et Magog. Des douleurs du Machiah : il est écrit là-bas "avant que vienne le jour", et il est écrit ici "jour". Du jugement de la Géhenne : il est écrit ici "jour", et il est écrit là-bas "jour de colère". De la guerre de Gog et Magog : il est écrit ici "jour", et il est écrit là-bas "au jour où viendra Gog", etc. Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : Quiconque fait du Chabbat un délice, on lui donne un héritage sans limites, car il est dit : "Alors tu te délecteras en Hachem, etc., et Je te nourrirai de l'héritage de Yaakov". Pas comme Avraham, à propos duquel il est dit : "Lève-toi, parcours le pays", etc. ; ni comme Yitshak, à propos duquel il est dit : "À toi et à ta descendance Je donnerai tous ces pays" ; mais comme Yaakov, à propos duquel il est dit : "Tu te répandras à l'ouest et à l'est, au nord et au sud". Rav Nahman bar Yitshak a dit : Il est aussi sauvé de l'asservissement des exils ; il est écrit ici "Je te ferai chevaucher sur les hauteurs de la terre", et il est écrit là-bas "et toi, tu fouleras leurs hauteurs". Rav Yehouda a dit au nom de Rav : Quiconque fait du Chabbat un délice, on lui accorde les souhaits de son cœur, car il est dit : "Délecte-toi en Hachem et Il te donnera les souhaits de ton cœur". Ce délice, je ne sais pas ce qu'il est ; lorsqu'il dit : "Et tu appelleras le Chabbat délice", dis donc : c'est le délice du Chabbat. Avec quoi le rend-on délicieux ? Rav Yehouda fils de Rav Chmouel bar Chilat a dit au nom de Rav : avec un plat de bettes, de gros poissons et des têtes d'ail. Rav Hiya bar Achi a dit : Même une petite chose, si on l'a faite en l'honneur du Chabbat, c'est un délice. Qu'est-ce ? Rav Papa a dit : un plat de petits poissons frits (kassa de-harsena). Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Quiconque garde le Chabbat selon sa halakha, même s'il pratique l'idolâtrie comme la génération d'Enoch, on lui pardonne, car il est dit : "Heureux l'homme (enoch) qui fait cela ... qui garde le Chabbat sans le profaner (mehalelo)" ; ne lis pas mehalelo, mais mahoul lo (il lui est pardonné). Rav Yehouda a dit au nom de Rav : Si Israël avait gardé le premier Chabbat, aucune nation ni langue n'aurait dominé sur eux, car il est dit : "Et ce fut le septième jour, [certains] du peuple sortirent pour ramasser", et il est écrit ensuite : "Amalek vint". Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon bar Yohai : Si Israël gardait deux Chabbatot, ils seraient aussitôt délivrés, car il est dit : "Ainsi a dit Hachem aux eunuques qui garderont Mes Chabbatot", et il est écrit ensuite : "Je les amènerai à Ma montagne sainte". Rabbi Yossi a dit : Que ma part soit avec ceux qui mangent trois repas le Chabbat. Et Rabbi Yossi a dit : Que ma part soit avec ceux qui achèvent le Hallel chaque jour. Mais le Maître n'a-t-il pas dit : Celui qui dit le Hallel chaque jour outrage et blasphème ? Lorsque Rabbi Yossi a dit cela, [il parlait] des Psouké de-Zimra. Et Rabbi Yossi a dit : Que ma part soit avec ceux qui font entrer le Chabbat à Tibériade et avec ceux qui font sortir le Chabbat à Tsippori. Rabbi Hanina s'enveloppait, se tenait [debout] à l'approche du Chabbat et disait : Venez, sortons à la rencontre du Chabbat la reine. Rabbi Yannai disait : Viens, fiancée ! Viens, fiancée ! Rabba bar Rav Houna se rendit chez Rabba bar Rav Nahman ; on lui présenta trois se'a de galettes (tahi). Il leur dit : Saviez-vous que j'allais venir, pour vous donner tant de peine ? Ils lui dirent : Es-tu plus important pour nous que lui (le Chabbat) ? Rabbi Abba achetait de la viande pour treize istira ordinaires chez treize bouchers, les payait au gond de la porte et leur disait : Dépêchez-vous, dépêchez-vous. Rabbi Abbahou s'asseyait sur un siège d'ivoire et attisait le feu. Rav Anan revêtait un tablier, [selon ce] qu'a enseigné l'école de Rabbi Ichmael : les vêtements dans lesquels on a cuit une marmite pour son maître, on ne doit pas y verser une coupe pour son maître. Rav Safra grillait une tête [d'animal]. Rava salait un poisson chibouta. Rav Houna allumait la lampe. Rav Papa tressait la mèche. Rav Hisda coupait des bettes. Rabba et Rav Yossef fendaient du bois. Rabbi Zeira allumait de petits morceaux de bois. Rav Nahman bar Yitshak portait sur l'épaule en entrant et en sortant ; il disait : Si Rabbi Ami et Rabbi Assi venaient chez moi, ne porterais-je pas [des charges] devant eux ? Certains disent : Rabbi Ami et Rabbi Assi portaient sur l'épaule en entrant et en sortant ; ils disaient : Si Rabbi Yo'hanan venait chez nous, ne porterions-nous pas devant lui ? Rabbi demanda à Rabbi Ichmael fils de Rabbi Yossi : Les riches de la terre d'Israël, par quoi le méritent-ils ? Parce qu'ils prélèvent la dîme, car il est écrit : "asser teasser" : prélève la dîme (asser) afin de t'enrichir (titacher). Les riches de Babylonie, par quoi le méritent-ils ? Par le mérite d'honorer la Torah. Dans les autres pays, par quoi le méritent-ils ? Par le mérite d'honorer le Chabbat. Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Une fois, je fus l'hôte d'un maître de maison à Laodicée ; on apporta devant lui une table d'or, chargé de seize hommes, à laquelle étaient fixées seize chaînes d'argent, et des bols, des coupes et des flacons y étaient fixés, et dessus toutes sortes de mets et de boissons. Quand on la posait, on disait : "À Hachem la terre et ce qui la remplit" ; et quand on l'enlevait, on disait : "Les cieux sont les cieux de Hachem, et la terre Il l'a donnée aux fils de l'homme". Je lui dis : Mon fils, par quoi as-tu mérité cela ? Il me dit : J'étais boucher, et toute belle bête que je trouvais, je disais : celle-ci pour l'honneur du Chabbat. Je lui dis : Heureux es-tu d'avoir mérité, et béni soit le Makom qui t'a fait mériter cela. Nous lisons au chapitre Yom tov che-hal lihyot be-erev Chabbat (Beitsa 15b) : Rav Tahlifa, frère de Rabbanai de Houzai, a enseigné : Toute la subsistance de l'homme lui est fixée de Roch Hachana a Roch Hachana, sauf les dépenses du Chabbat et du Yom tov et les dépenses pour l'étude de la Torah de ses enfants : s'il diminue, on lui diminue ; s'il ajoute, on lui ajoute. Il est enseigné : On a dit de Chammai l'Ancien que tous ses jours il mangeait en l'honneur du Chabbat. Trouvait-il une belle bête, il disait : celle-ci pour l'honneur du Chabbat ; en trouvait-il une autre plus belle, il mettait de côté la seconde et mangeait la première. Mais Hillel l'Ancien avait une autre mesure : toutes ses actions étaient pour le Ciel, car il est dit : "Béni soit Hachem jour après jour". L'Exilarque dit à Rav Hamnouna : Que signifie ce qui est écrit : "Le saint de Hachem honoré" ? Il lui répondit : C'est Yom Kippour, où il n'y a ni manger ni boire ; la Torah a dit : honore-le par un vêtement propre. Et il est écrit : "Par les lumières (ourim) honorez Hachem", ce que nous traduisons : "par des lanternes, honorez-Le". C'est pourquoi on a l'usage de l'honorer par de belles lumières. "Et tu l'honoreras" : Rav dit : [en avançant le repas] ; Chmouel dit : [en le retardant]. Rav Papa bar Abba dit à Rav Safra : Pour nous, qui avons de la viande et du vin chaque jour, en quoi le changerons-nous ? Il leur dit : Si vous avez l'habitude d'avancer [le repas], retardez-le ; et si vous avez l'habitude de le retarder, avancez-le. Rav Chechet, en été, installait les Rabbanan là où atteignait le soleil, et en hiver là où atteignait l'ombre [pour qu'ils se lèvent vite]. Rabbi Zeira cherchait les paires de Rabbanan et leur disait : Je vous en prie, ne le profanez pas. Rav a dit, et certains disent Rabbi Yehochoua ben Levi : Même un particulier qui prie la veille de Chabbat doit dire Vaykhoulou. Et Rav Hamnouna a dit : Quiconque prie et dit Vaykhoulou, le verset le considère comme s'il devenait associé du Saint béni soit-Il dans l'œuvre de la création, car il est dit : "Vaykhoulou" ; ne lis pas vaykhoulou, mais vaykhalou, c'est-à-dire le Saint béni soit-Il et lui. Rav Hisda a dit au nom de Mar Oukva : Quiconque prie la veille de Chabbat et dit Vaykhoulou, deux anges de service l'accompagnent, posent leurs mains sur sa tête et disent : "Ta faute s'en va et ton péché est expié". On a institué de dire Vaykhoulou dans la prière Ata kidachta. Et si on le dit après la prière, c'est à cause du Yom tov qui tombe un Chabbat : on en a pris l'usage parce qu'on ne l'a pas dit dans la prière. Et j'ai vu dans l'ordre des prières des anciens qu'on ne dit pas Vaykhoulou dans Ata kidachta, mais que la formule de la bénédiction est ainsi : "Tu l'as béni plus que tous les jours et Tu l'as sanctifié plus que tous les temps, comme il est écrit dans Ta Torah : Et D.ieu bénit le septième jour et le sanctifia", etc. Et si on le dit aussi sur la coupe, c'est afin d'acquitter les gens de la maison. Il est enseigné : Rabbi Yossi bar Yehouda dit : Deux anges accompagnent l'homme la veille de Chabbat de la synagogue à sa maison, un bon et un mauvais. Quand il arrive à sa maison et trouve la lampe allumée, la table dressée et le lit fait, le bon ange dit : Qu'il en soit ainsi un autre Chabbat ; et le mauvais ange, malgré lui, répond amen. Et sinon, le mauvais ange dit : Qu'il en soit ainsi le Chabbat prochain ; et le bon ange, malgré lui, répond amen. Rabbi Elazar a dit : Que l'homme dresse toujours sa table la veille de Chabbat, même s'il n'a besoin que d'un kazayit. Rabbi Hanina a dit : Que l'homme dresse toujours sa table à la sortie du Chabbat, même s'il n'a besoin que d'un kazayit. Pour Rabbi Abbahou, on préparait à chaque sortie de Chabbat un veau de trois ans, et il en mangeait un rein. Quand son fils Avimi grandit, il lui dit : Pourquoi le maître gaspille-t-il autant ? Laissons un rein de la veille de Chabbat. Ils le laissèrent ; un lion vint et dévora le veau. Rav Yehouda fils de Rav Chmouel bar Chilat a dit au nom de Rav : L'incendie ne se trouve que dans une maison où l'on profane le Chabbat, car il est dit : "Et si vous ne M'écoutez pas pour sanctifier le jour du Chabbat ... J'allumerai un feu à ses portes, il dévorera les palais de Jérusalem et ne s'éteindra pas". Que signifie "ne s'éteindra pas" ? Rav Nahman a dit : à un moment où les gens ne sont pas là pour l'éteindre.
💡 Explication

Il est interdit de préparer le Chabbat pour un jour de semaine. On peut rincer les bols tant qu'un repas du Chabbat reste à venir ; après Minha, il n'en reste plus, et le rinçage ne servirait qu'à la semaine.

Les ustensiles à boire se rincent toute la journée : on peut boire à tout moment, le rinçage sert donc encore le Chabbat. Tossefot en tire une règle pour le jeûne : après le repas du soir, on a renoncé à manger, pas à boire.

Le Roch résume ici la sougya et l'aggada qui suit (jusqu'à 119b) ; il en déduit que le troisième repas a son temps à partir de Minha.

🖼️ Schéma
Rincer la vaisselle le Chabbat : jusqu'à quand ? Soir Matin Midi Minha Après Minha Bols (kearot) : on les rince pour le repas suivant du Chabbat Bols : interdit (pour la semaine) Coupes, cruches, flacons : on les rince toute la journée - pas de temps fixe pour boire Déduction (Tossefot, Roch) : le troisième repas a son temps à partir de Minha
Les bols se rincent tant qu'il reste un repas du Chabbat ; les coupes, toute la journée.
7
אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי מִשּׁוּם בַּר קַפָּרָא: כָּל הַמְקַיֵּים שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת בְּשַׁבָּת נִיצּוֹל מִשָּׁלֹשׁ פֻּורְעָנִיּוֹת: מֵחֶבְלוֹ שֶׁל מָשִׁיחַ, וּמְדִינָה שֶׁל גֵּיהִנָּם, וּמִמִּלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג. מֵחֶבְלוֹ שֶׁל מָשִׁיחַ — כְּתִיב הָכָא ״יוֹם״, וּכְתִיב הָתָם: ״הִנֵּה אָנֹכִי שֹׁולֵחַ לָכֶם אֵת אֵלִיָּה הַנָּבִיא לִפְנֵי בּוֹא יוֹם וְגוֹ׳״. מְדִינָה שֶׁל גֵּיהִנָּם — כְּתִיב הָכָא ״יוֹם״, וּכְתִיב הָתָם: ״יוֹם עֶבְרָה הַיּוֹם הַהוּא״. מִמִּלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג — כְּתִיב הָכָא ״יוֹם״, וּכְתִיב הָתָם: ״בְּיוֹם בָּא גּוֹג״.

Rabbi Chimon ben Pazi a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi au nom de Bar Kappara : Quiconque accomplit trois repas le Chabbat est sauvé de trois calamités : des douleurs du Machiah, du jugement de la Géhenne et de la guerre de Gog et Magog. Des douleurs du Machiah : il est écrit ici "jour" (yom), et il est écrit là-bas : "Voici que Je vous envoie Eliyahou le prophète avant que vienne le jour", etc.

Du jugement de la Géhenne : il est écrit ici "jour", et il est écrit là-bas : "Ce jour-là est un jour de colère". De la guerre de Gog et Magog : il est écrit ici "jour", et il est écrit là-bas : "Au jour où viendra Gog".

📜 Rachi (1)
חֶבְלוֹ שֶׁל מָשִׁיחַ כִּדְאָמְרִי' בִּכְתֻובּוֹת (דַּף קיב:) דּוֹר שֶׁבֶּן דָּוִד בָּא בּוֹ קָטֵיגוֹרְיָא בְּתַלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁנֶּאֱמַר וְעוֹד בָּהּ עֲשִׂירִיָּה וְגוֹ' חֶבְלֵי לָשׁוֹן חַבְלֵי יוֹלֵדָה (הוֹשֵׁעַ יג):
Les douleurs du Machiah : comme on dit dans Ketoubot (112b) : la génération où vient le fils de David, [il y aura] des accusations contre les talmidei hakhamim, car il est dit : "Et encore un dixième s'y trouvera", etc. Hevléi a le sens des douleurs de la parturiente (Hochea 13).
💡 Explication

Trois gezerot chavot (analogies verbales) sur le mot yom : le verset des repas du Chabbat (Chemot 16,25 : trois fois hayom) est relié à trois versets qui parlent d'un jour de détresse. Les trois repas correspondent aux trois calamités dont on est sauvé.

Hevlo chel Machiah : les épreuves qui précèdent la venue du Machiah, comparées par Rachi aux douleurs de l'accouchement.

🖼️ Schéma
Trois repas, trois fois yom : trois calamités évitées Chabbat : yom (Chemot 16,25) 3 repas = 3 fois hayom Douleurs du Machiah Malakhi 3,23 avant que vienne le yom Jugement de la Géhenne Tsefanya 1,15 yom de colère Guerre de Gog et Magog Ye'hezkel 38,18 au yom où viendra Gog Gezera chava : le même mot yom relié le Chabbat à ces trois jours
Le mot yom relié les repas du Chabbat à trois jours de détresse.
8
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי: כָּל הַמְעַנֵּג אֶת הַשַּׁבָּת נוֹתְנִין לוֹ נַחֲלָה בְּלִי מְצָרִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אָז תִּתְעַנַּג עַל ה׳ וְהִרְכַּבְתִּיךָ עַל בָּמֳתֵי אָרֶץ וְהַאֲכַלְתִּיךָ

Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : Quiconque fait du Chabbat un délice, on lui donne un héritage sans limites, car il est dit : "Alors tu te délecteras en Hachem, Je te ferai chevaucher sur les hauteurs de la terre et Je te nourrirai [de l'héritage de Yaakov ton père]"...

📜 Rachi (2)
בְּלִי מְצָרִים כְּלוֹמַר אֵין לָהּ קֵץ:
Sans limites : c'est-à-dire qu'il n'a pas de fin.
אָז תִּתְעַנַּג בָּתַר וְקָרָאתָ לְשַׁבָּת עֹונֶג כְּתִיב:
Alors tu te délecteras : c'est écrit après "et tu appelleras le Chabbat délice".
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמְעַנֵּג אֶת הַשַּׁבָּת, נוֹתְנִין לוֹ נַחֲלָה בְּלֹא מְצָרִים. נִרְאֶה לִי בס"ד מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, כִּי הַשַּׁבָּת יֵשׁ לוֹ מִצְרַיִם יְדוּעִים מֵאִתּוֹ יִתְבָּרֵךְ, שֶׁהוּא תְּחִלָּה שָׁעָה א' מִן לַיְלָה עַד סוֹף שָׁעָה י"ב שֶׁל הַיּוֹם, אַךְ יִשְׂרָאֵל עַל יְדֵי תּוֹסְפוֹת שַׁבָּת שֶׁמַּקְדִּימִין וּמְאַחֲרִין עוֹשִׂין אוֹתוֹ כְּדָבָר שֶׁאֵין לוֹ מִצְרַיִם, כִּי זוֹ הַתּוֹסָפוֹת הִיא שַׁבָּת גָּמוּר, אַךְ אֵין לָהּ שִׁיעוּר יָדוּעַ פַּעַם בָּא בִּקְצָרָה פַּעַם בָּא בַּאֲרֻוכָּה, וְלָזֶה אָמַר כָּל הַמְעַנֵּג אֶת הַשַּׁבָּת בְּתוֹסָפוֹת שֶׁעוֹשֶׂה לוֹ מִלְּפָנָיו וְאַחֲרָיו שֶׁאָז אֵין נַעֲשֶׂה בּוֹ מִצְרַיִם יְדוּעִים, לְכָךְ מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה יִזְכֶּה לְנַחֲלָה בְּלִי מְצָרִים.
Quiconque fait du Chabbat un délice, on lui donne un héritage sans limites (metsarim). Il me semble, avec l'aide du Ciel, [qu'il s'agit de] mesure pour mesure. Le Chabbat a des limites connues, [fixées] par Lui, béni soit-Il : du début de la première heure de la nuit jusqu'à la fin de la douzième heure du jour. Mais Israël, par l'ajout au Chabbat (tossefet Chabbat), en avançant son entrée et en retardant sa sortie, en fait comme une chose sans limites : cet ajout est un Chabbat complet, mais il n'a pas de mesure connue, tantôt il est court, tantôt il est long. C'est pourquoi il dit : quiconque fait du Chabbat un délice, par l'ajout qu'il fait avant et après, de sorte qu'il n'y ait plus en lui de limites connues ; mesure pour mesure, il méritera un héritage sans limites.
💡 Explication

Le oneg Chabbat (délice du Chabbat) est récompense par une nahala bli metsarim, un héritage sans frontières. Rachi précise que le verset "alors tu te délecteras" suit "tu appelleras le Chabbat délice" : la récompense est liée au délice du Chabbat. La suite (118b) explique qu'il s'agit de l'héritage de Yaakov, sans limites de direction.

Le Ben Yehoyada y voit une mida kenegued mida : celui qui ajoute au Chabbat (tossefet Chabbat) une durée sans mesure fixe reçoit un héritage sans limites.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).