Shabbat 117b — Sauver de l'incendie la nourriture de trois repas, la ruse (ha'arama) et les repas du Chabbat

Shabbat 117b

Sougya : Le daf conclut d'abord la discussion sur l'impasse (mavoi) où l'on peut sauver les livres saints, selon Rav Achi. La Michna suivante permet de sauver de l'incendie la nourriture de trois repas, en fonction du moment où le feu se déclare ; Rabbi Yossi permet toujours trois repas.

La Guemara explique la limite par une gezera (Rava : l'homme pressé pour ses biens risque d'éteindre ; ou crainte qu'il apporte des récipients par le domaine public) et discute de la baraita du tonneau brisé sur le toit et de la ruse (ha'arama) qui consiste à inviter des hôtes, rapprochée de la controverse de Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua sur l'animal et son petit tombés dans une fosse. Suivent des règles sur le pain sauvé, le pain oublié dans le four, les deux pains du Chabbat (le'hem michne), et la controverse sur le nombre de repas : trois selon les Sages, quatre selon Rabbi Hidka.

Incendie le Chabbat : combien de repas peut-on sauver ? Moment du feu Tana kama (premier Tana) Rabbi Yossi Vendredi soir avant le repas du soir 3 repas ce qui reste à manger ce Chabbat 3 repas mesure fixe, sans distinguer l'heure Chabbat matin avant le repas du jour 2 repas ce qui reste à manger ce Chabbat 3 repas mesure fixe, sans distinguer l'heure Après-midi (min'ha) reste le 3e repas 1 repas ce qui reste à manger ce Chabbat 3 repas mesure fixe, sans distinguer l'heure Raison de la limite (Rava) : l'homme pressé pour ses biens risque d'éteindre le feu
La mesure de ce que l'on sauve de l'incendie dépend du nombre de repas restant, sauf pour Rabbi Yossi.
Chemot 16,25 : trois fois hayom (aujourd'hui) - 3 où 4 repas ? Mangez-le hayom ... Chabbat hayom ... hayom vous ne le trouverez pas Les Sages (Rabbanan) : 3 repas les trois hayom incluent le repas du soir Moche parle le matin du Chabbat Rabbi Hidka : 4 repas les trois hayom visent le jour EN PLUS du repas du soir soir + 3 repas de jour Nafka mina : la Michna (3 repas le soir, 2 le matin, 1 l'après-midi) suit les Sages ; la Guemara va examiner si elle peut suivre Rabbi Hidka
Le même verset lu de deux façons : trois repas (Sages) ou quatre (Rabbi Hidka).
1
אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי: שָׁלֹשׁ מְחִיצּוֹת וְלֶחִי אֶחָד — זֶה מָבוֹי שֶׁאֵינוֹ מְפֻולָּשׁ. שָׁלֹשׁ מְחִיצּוֹת בְּלֹא לֶחִי — זֶהוּ מָבוֹי הַמְפֻולָּשׁ. וַאֲפִילּוּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּאָמַר בָּעֵינַן לְחָיַיִם, הָנֵי מִילֵּי לָאֳוכָלִין וּמַשְׁקִין, אֲבָל לְסֵפֶר תּוֹרָה — בְּחַד לֶחִי סַגִּי.

Mais Rav Achi a dit : Trois cloisons et un lehi (poteau latéral) : c'est une impasse non traversante (mavoi she-eino mefoulach). Trois cloisons sans lehi : c'est une impasse traversante (mavoi ha-mefoulach).

Et même selon Rabbi Eliezer, qui dit qu'il faut [deux] lehayim, cela vaut pour les aliments et les boissons ; mais pour un Sefer Torah, un seul lehi suffit.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי כו' בֵּין רַבָּנָן וּבֵין בֶּן בְּתֵירָא כַּר' אֱלִיעֶזֶר סְבִירָא לְהוּ דְּבָעֵי ג' מְחִיצּוֹת וּב' לְחָיַיִם בְּעָלְמָא וְהָכָא לְגַבֵּי סֵפֶר אָמְרִי רַבָּנָן מוֹדֶה ר' אֱלִיעֶזֶר בְּלֶחִי אֶחָד וּבֶן בְּתֵירָא אָמַר דְּמוֹדֶה ר' אֱלִיעֶזֶר אַף בְּלֹא לֶחִי:
Mais Rav Achi a dit, etc. : aussi bien les Rabbanan que Ben Betera pensent comme Rabbi Eliezer, qu'il faut en général trois cloisons et deux lehayim ; et ici, à propos du livre, les Rabbanan disent que Rabbi Eliezer admet [qu'il suffit d']un lehi, et Ben Betera dit que Rabbi Eliezer admet même sans lehi.
בְּחַד לֶחִי סַגִּי לֵיהּ מִילְּתָא דְּרַבָּנָן קָא מְפָרְשִׁי:
Un lehi lui suffit : ils expliquent l'opinion des Rabbanan.
💡 Explication

Rav Achi propose une nouvelle lecture de la controverse de la Michna sur l'impasse où l'on peut porter les livres saints sauvés du feu. Tous suivent Rabbi Eliezer, qui exige en principe trois cloisons et deux lehayim pour permettre le transport.

Pour un Sefer Torah, l'exigence est allégée : un seul lehi selon les Sages de la Michna, aucun selon Ben Betera. La terminologie mefoulach / eino mefoulach désigne donc ici ces deux niveaux.

2
מַתְנִי׳ מַצִּילִין מָזוֹן שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת. הָרָאוּי לָאָדָם — לְאָדָם, הָרָאוּי לִבְהֵמָה — לִבְהֵמָה. כֵּיצַד? נָפְלָה דְּלֵיקָה בְּלֵילֵי שַׁבָּת — מַצִּילִין מְזוֹן שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת. בְּשַׁחֲרִית — מַצִּילִין מְזוֹן שְׁתֵּי סְעוּדוֹת. בְּמִנְחָה — מְזוֹן סְעוּדָה אַחַת. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לְעוֹלָם מַצִּילִין מְזוֹן שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת.

MICHNA. On sauve [de l'incendie] la nourriture de trois repas : ce qui convient à l'homme, pour l'homme ; ce qui convient à l'animal, pour l'animal.

Comment ? Si un incendie s'est déclaré la nuit du Chabbat, on sauve la nourriture de trois repas ; le matin, on sauve la nourriture de deux repas ; à min'ha (l'après-midi), la nourriture d'un repas.

Rabbi Yossi dit : On sauve toujours la nourriture de trois repas.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' נָפְלָה דְּלֵיקָה בְּלֵילֵי שַׁבָּת קֹודֶם אֲכִילָה:
La Michna. Si un incendie s'est déclaré la nuit du Chabbat : avant le repas.
שַׁחֲרִית קֹודֶם סְעוּדָה:
Le matin : avant le repas.
לְעוֹלָם הוּא מַצִּיל הוֹאִיל וְיוֹמָא בַּר הָכֵי הוּא וּבְהֶיתֵּרָא טָרַח דְּהָא בְּנֵי טִלְטוּל נִינְהוּ וּלְחָצֵר הַמְעֹורֶבֶת וְאַפֵּי' טוּבָא הֲוָה שָׁרִי לֵיהּ אִי לָאו מִשּׁוּם גְּזֵירָה וּכְדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Il sauve toujours : puisque le jour s'y prête, et qu'il se donne de la peine de façon permise, car ce sont des choses qu'on peut déplacer et [on les porte] vers une cour avec erouv ; et même beaucoup lui serait permis, s'il n'y avait pas une gezera (décret préventif), comme l'explique la Guemara.
💡 Explication

La Michna fixe une mesure : on sauve ce qui est nécessaire pour les repas du Chabbat qui restent. Les aliments ne sont pas mouktse et on les porte vers une cour avec erouv : le geste est permis en soi, la limite est une gezera.

Pour le premier Tana, la quantité dépend du moment de l'incendie. Rabbi Yossi retient une mesure fixe de trois repas, car le Chabbat entier est considéré comme apte à ces trois repas.

3
גְּמָ׳ מִכְּדֵי בְּהֶיתֵּרָא קָטָרַח, נַצִּיל טְפֵי? אָמַר רָבָא: מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל מָמוֹנוֹ, אִי שָׁרֵית לֵיהּ — אָתֵי לְכַבּוּיֵי. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי, אֶלָּא הָא דְּתַנְיָא: נִשְׁבְּרָה לוֹ חָבִית בְּרֹאשׁ גַּגּוֹ — מֵבִיא כְּלִי וּמַנִּיחַ תַּחְתֶּיהָ, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יָבִיא כְּלִי אַחֵר וְיִקְלֹוט, כְּלִי אַחֵר וִיצָרֵף. הָתָם, מַאי גְּזֵירָה אִיכָּא? הָכָא נָמֵי, גְּזֵירָה שֶׁמָּא יָבִיא כְּלִי דֶּרֶךְ רְשׁוּת הָרַבִּים.

GUEMARA. Puisqu'il se donne de la peine de façon permise, qu'il sauve davantage !

Rava a dit : Parce que l'homme est pressé (bahoul) pour ses biens, si tu le lui permets, il en viendra à éteindre. Abayei lui dit : Mais alors, ce qui a été enseigné : Si son tonneau s'est brisé en haut de son toit, il apporte un récipient et le place dessous, à condition de ne pas apporter un autre récipient pour recueillir [le jet] (likloth), un autre récipient pour [le] coller [au toit] (letsaref).

Là-bas, quelle gezera y a-t-il ? [Rava répondit :] Ici aussi, c'est une gezera, de crainte qu'il n'apporte un récipient par le domaine public.

📜 Rachi (6)
גְּמָ' מִכְּדֵי בְּהֶיתֵּרָא קָטָרַח חֲזוּ לְטִלְטוּל וּלְחָצֵר הַמְעֹורֶבֶת:
Guemara. Puisqu'il se donne de la peine de façon permise : [ces aliments] sont bons à déplacer, et [on les porte] vers une cour avec erouv.
וְאִי שָׁרֵית לֵיהּ לְאִתְּחוֹלֵי בְּהַצָּלָה כֻּולֵּי הַאי מִתּוֹךְ שֶׁהוּא בָּהוּל מִינְּשֵׁי לֵיהּ שַׁבָּת וְאָתֵי נָמֵי לְכַבּוּיֵי:
Et si tu le lui permets : de commencer à sauver autant, comme il est pressé, il oubliera le Chabbat et en viendra même à éteindre.
וְיִקְלֹוט קִילּוּחַ הַנּוֹפֵל מִן הָאֲוִיר:
Et recueillir : le jet qui tombe dans l'air.
וִיצָרֵף סָמוּךְ לַגַּג כְּעֵין שְׁאִיבָה אֶלָּא שֶׁאֵינוֹ רָאוּי לִשְׁאֹוב שֶׁהַגַּג חָלָק וְהַיַּיִן אֵינוֹ בַּגֻּומָּא מְצָרֵף כְּלִי לַגַּג שֶׁיָּזוּב מִן הַגַּג לַכְּלִי וְהוּא אוֹחֵז הַכְּלִי בְּיָדוֹ:
Et coller : près du toit, à la manière d'un puisage ; mais il ne peut pas puiser car le toit est lisse et le vin n'est pas dans un creux ; il colle le récipient au toit pour que [le vin] coule du toit dans le récipient, et il tient le récipient en main.
הָתָם מַאי גְּזֵירָה אִיכָּא כֵּיוָן דְּמִידִי דְּהֶתֵּירָא הוּא אַמַּאי לֹא יִקְלֹוט וִיצָרֵף:
Là-bas, quelle gezera y a-t-il : puisque c'est une chose permise, pourquoi ne recueillerait-il pas et ne collerait-il pas ?
שֶׁמָּא יָבִיא כְּלִי כוּ' מִתּוֹךְ שֶׁהוּא מְחַזֵּר עַל כֵּלִים הַרְבֵּה יִשְׁכַּח וְיָבִיא:
De crainte qu'il n'apporte un récipient, etc. : comme il cherche beaucoup de récipients, il oubliera et en apportera [par le domaine public].
🗂️ Tossefot (2)
הָא דְּתַנְיָא נִשְׁבְּרָה לוֹ חָבִית בְּרֹאשׁ גַּגּוֹ הִקְשָׁה הָרַב פּוֹרָת אַמַּאי לָא פָּרֵיךְ מִמַּתְנִיתִין דְּרֵישׁ חָבִית (לְקַמָּן שַׁבָּת קמג:) דִּתְנַן חָבִית שֶׁנִּשְׁבְּרָה מַצִּילִין מִמֶּנָּה מְזוֹן שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת וְאוֹמֵר לַאֲחֵרִים בֹּואוּ וְהַצִּילוּ לָכֶם וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִסְפֹּוג וְתֵירֵץ דְּהַהִיא אִיכָּא לְמֵימַר כְּגוֹן שֶׁהֶחָבִית בְּכַרְמְלִית דְּחָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יַעֲבִיר כְּלִי ד' אַמּוֹת בְּכַרְמְלִית אֲבָל בְּהַךְ בָּרַיְיתָא קָתָנֵי בְּהֶדְיָא בְּרֹאשׁ גַּגּוֹ ור"י תֵּירֵץ דְּהָתָם מַיְירֵי כְּשֶׁנִּשְׁפַּךְ הַיַּיִן לָאָרֶץ דְּחָיְישִׁינַן שֶׁמָּא יִסְפֹּוג אוֹמֵר ה"ר שְׁמוּאֵל בְּשֵׁם ר"ת דְּדַוְקָא נִשְׁבְּרָה לוֹ חָבִית אֲבָל נִסְדְּקָה וְעוֹשֶׂה טִיף טִיף מֻותָּר לְהָבִיא כֵּלִים לִקְלֹוט וּלְצָרֵף דְּאֵינוֹ בָּהוּל כָּל כָּךְ לְהָבִיא כֵּלִים דֶּרֶךְ רה"ר כְּמוֹ כְּשֶׁנִּשְׁבְּרָה:
Ce qui a été enseigné : Si son tonneau s'est brisé en haut de son toit : le Rav Porat a demandé : pourquoi ne pas objecter [à Rava] à partir de la Michna du chapitre Havit (plus loin, Chabbat 143b), où nous avons appris : Un tonneau qui s'est brisé, on en sauve la nourriture de trois repas, et il dit aux autres : Venez sauver pour vous, à condition de ne pas éponger ? Il a répondu qu'on peut dire que là-bas il s'agit d'un tonneau situé dans un karmelit, où l'on craint qu'il fasse passer un récipient sur quatre coudées dans le karmelit ; mais notre baraita dit explicitement : en haut de son toit. Et le Ri a répondu que là-bas il s'agit du cas où le vin s'est répandu à terre, et l'on craint qu'il éponge. Le Rav Chmouel dit au nom de Rabbenou Tam : cela ne vaut que si le tonneau s'est brisé ; mais s'il s'est fendu et goutte peu à peu, il est permis d'apporter des récipients pour recueillir et pour coller, car il n'est pas si pressé [au point] d'apporter des récipients par le domaine public, comme lorsque le tonneau s'est brisé.
כְּלִי אַחֵר וְיִקְלֹוט כְּלִי אַחֵר וִיצָרֵף אוֹמֵר רִ"י דְּזוֹ אַף זוֹ קָתָנֵי לָא מִבָּעֵי לִקְלֹוט דְּמִינְּכַר שֶׁמַּצִּיל דְּאָסוּר אֶלָּא אֲפִילּוּ לְצָרֵף דְּלָא מִינְכַּר כֻּולֵּי הַאי שֶׁהוּא מַצִּיל אָסוּר:
Un autre récipient pour recueillir, un autre récipient pour coller : le Ri dit que [la baraita] enseigne par gradation : inutile de dire qu'il est interdit de recueillir, où il est visible qu'il sauve ; même coller, où il est moins visible qu'il sauve, est interdit.
💡 Explication

Question : si le transport est permis, pourquoi limiter à trois repas ? Rava : l'homme bahoul (affolé) pour ses biens risque, s'il se lance dans un grand sauvetage, d'oublier le Chabbat et d'éteindre le feu.

Abayei objecte par la baraita du tonneau : il n'y a pas de feu, et pourtant on limite. Rava répond par une autre gezera : la crainte d'apporter des récipients par le domaine public. Les Tossafot précisent que le cas d'un tonneau fendu qui goutte est permis, car la précipitation y est moindre.

🖼️ Schéma
Le tonneau brisé sur le toit : quels récipients ? Un récipient sous le tonneau permis Un autre pour recueillir le jet (likloth) interdit Un autre collé au toit (letsaref) interdit Gezera : à force de chercher des récipients, il risque d'en apporter par le domaine public Des hôtes se présentent il peut recueillir et coller : inviter d'abord, recueillir ensuite Inviter des hôtes par ruse ? Tana kama : interdit (ein ma'arimin) Rabbi Yossi bar Yehouda : permis
La baraita du tonneau brisé : ce qui est permis, ce qui est interdit, et la question de la ruse.
4
גּוּפָא: נִשְׁבְּרָה לוֹ חָבִית בְּרֹאשׁ גַּגּוֹ — מֵבִיא כְּלִי וּמַנִּיחַ תַּחְתֶּיהָ, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יָבִיא כְּלִי אַחֵר וְיִקְלֹוט, כְּלִי אַחֵר וִיצָרֵף. נִזְדַּמְּנוּ לוֹ אוֹרְחִין — מֵבִיא כְּלִי אַחֵר וְקוֹלֵט, כְּלִי אַחֵר וּמְצָרֵף. וְלֹא יִקְלֹוט וְאַחַר כָּךְ יַזְמִין, אֶלָּא יַזְמִין וְאַחַר כָּךְ יִקְלֹוט. וְאֵין מַעֲרִימִין בְּכָךְ, מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אָמְרוּ: מַעֲרִימִין.

Le texte même [de la baraita] : Si son tonneau s'est brisé en haut de son toit, il apporte un récipient et le place dessous, à condition de ne pas apporter un autre récipient pour recueillir, un autre récipient pour coller. Si des hôtes se sont présentés à lui, il apporte un autre récipient et recueille, un autre récipient et colle.

Et il ne recueillera pas puis invitera ; mais il invitera puis recueillera. Et on n'use pas de ruse (ein ma'arimin) en cela ; au nom de Rabbi Yossi bar Yehouda, on a dit : on use de ruse.

📜 Rachi (2)
וְלֹא יִקְלֹוט וְאַחַ"כּ יַזְמִין אוֹרְחִים דְּבִשְׁעַת קְלִיטָה לָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ:
Et il ne recueillera pas puis invitera : des hôtes, car au moment de recueillir il n'en a pas besoin.
אֵין מַעֲרִימִין בְּכָךְ לִזְמַן אוֹרְחִים שֶׁאֵינָן צְרִיכִין לֶאֱכֹול וְיוֹתִירוּ:
On n'use pas de ruse en cela : inviter des hôtes qui n'ont pas besoin de manger, et il en restera.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא מַעֲרִים אָדָם עַל הַמְשַׁמֶּרֶת ביו"ט לִתְלוֹת בָּהּ רִמּוֹנִים וְתוֹלֶה בָּהּ שְׁמָרִים. אָמַר רַב הוּנָא וְהוּא שֶׁתָּלָה בָּהּ רִמּוֹנִים. אֲמַרוּ לֵיהּ רַבָּנַן לְרַב אָשֵׁי חֲזִי מָר הַאי צֻורְבָּא מִדְּרַבָּנַן וְרַב הוּנָא בַּר חִיּוֹן שְׁמֵיהּ וְאָמְרִי לַהּ רַב הוּנָא בַּר חִלָּזוֹן שְׁמֵיהּ דְּשָׁקִיל בַּדֵּי דְּתוּמָא וּמַנַּח בְּבַרְזָא וַאֲמַר לְאַצְנוֹעֵיהּ קַמִּיכּוּינָא. וְאָזֵיל וְנָייֵם בְּמַבָּרָא וְעָבַר לְהַךְ גִּיסָא וְקָסָיַיר פֵּירֵי וַאֲמַר לְמֵינַם קָמִיכַּוֵינָא אֲמַר לְהוּ הַעֲרָמָה מִדְּרַבָּנַן הוּא וְצוֹרְבָא מִדְּרַבָּנָן לָא אָתֵי לְמִיעְבַּד לְכַתְּחִלָּה. לֹא כָּל הַעֲרָמָה בְּמִילֵּי דְּרַבָּנָן שָׁוִין. יֵשׁ הַעֲרָמָה שֶׁמֻּותָּר לְכָל אָדָם כִּי הַהִיא דפ"ק דיו"ט דַּף יא: רַב אַדָּא מַעֲרִים וּמָלַח גַּרְמָא גַּרְמָא. וְיֵשׁ הַעֲרָמָה דְּלָא שָׁרְיָא אֶלָּא לְצוּרְבָּא מִדְּרַבָּנָן כִּי הַךְ דְּהָכָא. וְיֵשׁ הַעֲרָמָה דְּאָסוּר לכ"ע וְאַחְמוּר בַּהּ רַבָּנַן טְפֵי מִמֵּזִיד כִּי הַהִיא דפ"ב די"ט דַּף יז: גַּבֵּי עֵירוּבֵי תַּבְשִׁילִין אֲבָל מְבַשֵּׁל הוּא ליו"ט וְאִם הוֹתִיר הוֹתִיר לַשַּׁבָּת וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעֲרִים וְאִם הֶעֱרִים אָסוּר. וְיֵשׁ דְּאִיכָּא פְּלוּגְתָּא כִּי הַהִיא דִּלְעֵיל פֶּרֶק כָּל כִּתְבֵי הַקֹּודֶשׁ (שַׁבָּת דַּף קיז:) אֵין מַעֲרִימִין בְּכָךְ ר' יוֹסֵי אוֹמֵר מַעֲרִימִין וְכֵן אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ שֶׁנָּפְלוּ לְבוֹר ביו"ט בֵּיצָה דַּף לז. דִּפְלִיגִי בְּהוּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ:
Rabba bar Rav Houna a dit : Un homme peut user de ruse (ha'arama) avec le filtre (michmeret) le Yom tov : [il le tend] pour y suspendre des grenades, et y suspend [en fait] des lies [pour filtrer]. Rav Houna a dit : À condition qu'il y ait [effectivement] suspendu des grenades. Les Sages dirent à Rav Achi : Voyez, Maître, ce jeune érudit (tsourba mi-rabbanan), qui s'appelle Rav Houna bar Hiyoun, et d'autres disent Rav Houna bar Halazon : il prend une tête d'ail, la pose dans le trou du tonneau (berza) et dit : C'est pour la ranger que j'agis. Et il va dormir dans le bac (maabara), passe de l'autre côté et garde les fruits, et dit : C'est pour dormir que j'agis. Il leur répondit : La ruse est [interdite] d'ordre rabbinique, et un érudit n'en viendra pas à le faire d'emblée [de façon interdite]. Toutes les ruses en matière rabbinique ne sont pas égales. Il y a une ruse permise à tout homme, comme celle du premier chapitre de Yom tov (Beitsa 11b) : Rav Ada usait de ruse et salait morceau par morceau. Il y a une ruse permise seulement à un érudit, comme celle d'ici. Il y a une ruse interdite à tous, où les Sages ont été plus sévères qu'envers celui qui transgresse sciemment, comme celle du deuxième chapitre de Yom tov (Beitsa 17a) à propos de l'erouv tavchilin : mais il cuisine pour le Yom tov, et s'il en reste, il en reste pour le Chabbat, à condition de ne pas user de ruse ; et s'il a usé de ruse, c'est interdit. Et il y a [des ruses] qui font l'objet d'une controverse, comme celle du chapitre Kol kitvei hakodech (Chabbat 117b) : on n'use pas de ruse en cela ; Rabbi Yossi dit : on use de ruse ; et de même l'animal et son petit tombés dans une fosse le Yom tov (Beitsa 37a), sur lesquels divergent Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua.
💡 Explication

La présence d'hôtes crée un besoin réel pour le Chabbat : on peut alors recueillir le vin avec d'autres récipients. L'ordre compte : il faut que le besoin existe au moment de recueillir.

La ha'arama (ruse) consiste ici à inviter des gens qui n'ont pas faim, dans le seul but de sauver le vin. Le premier Tana l'interdit ; Rabbi Yossi bar Yehouda la permet. Le Roch classe les différents types de ruse en matière rabbinique.

5
לֵימָא בִּפְלֻוגְתָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ קָמִיפַּלְגִי? דְּתַנְיָא: אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ שֶׁנָּפְלוּ לְבוֹר? — רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: מַעֲלֶה אֶת הָרִאשׁוֹן עַל מְנָת לְשָׁוחְטוֹ, וְהַשֵּׁנִי עוֹשֶׂה לוֹ פַּרְנָסָה בִּמְקוֹמוֹ בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא יָמוּת. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: מַעֲלֶה אֶת הָרִאשׁוֹן עַל מְנָת לְשָׁוחְטוֹ וְאֵינוֹ שׁוֹחֲטוֹ, וּמַעֲרִים וּמַעֲלֶה אֶת הַשֵּׁנִי — רָצָה זֶה שׁוֹחֵט, רָצָה זֶה שׁוֹחֵט.

Dirons-nous qu'ils divergent sur la controverse de Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua ? Car il a été enseigné : L'animal et son petit (otho ve-et beno) tombés dans une fosse : Rabbi Eliezer dit : il remonte le premier afin de l'abattre [et l'abat], et pour le second, il lui fournit de quoi vivre sur place afin qu'il ne meure pas.

Rabbi Yehochoua dit : il remonte le premier afin de l'abattre et ne l'abat pas ; puis il use de ruse et remonte le second ; s'il veut, il abat celui-ci ; s'il veut, il abat celui-là.

📜 Rachi (2)
שֶׁנָּפְלוּ לַבּוֹר בי"ט וְאֵין שְׁנֵיהֶם רְאוּיָם לִשְׁחִיטָה בְּיוֹם אֶחָד:
Tombés dans une fosse : le Yom tov, et les deux ne peuvent pas être abattus le même jour.
וְאֵינוֹ שׁוֹחֲטוֹ שֶׁמּוֹצֵא לוֹ עֲלִילָה שֶׁמָּא חֲבֵרוֹ שָׁמֵן מִמֶּנּוּ:
Et ne l'abat pas : il trouve un prétexte : peut-être que son compagnon est plus gras que lui.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא מַעֲרִים אָדָם עַל הַמְשַׁמֶּרֶת ביו"ט לִתְלוֹת בָּהּ רִמּוֹנִים וְתוֹלֶה בָּהּ שְׁמָרִים. אָמַר רַב הוּנָא וְהוּא שֶׁתָּלָה בָּהּ רִמּוֹנִים. אֲמַרוּ לֵיהּ רַבָּנַן לְרַב אָשֵׁי חֲזִי מָר הַאי צֻורְבָּא מִדְּרַבָּנַן וְרַב הוּנָא בַּר חִיּוֹן שְׁמֵיהּ וְאָמְרִי לַהּ רַב הוּנָא בַּר חִלָּזוֹן שְׁמֵיהּ דְּשָׁקִיל בַּדֵּי דְּתוּמָא וּמַנַּח בְּבַרְזָא וַאֲמַר לְאַצְנוֹעֵיהּ קַמִּיכּוּינָא. וְאָזֵיל וְנָייֵם בְּמַבָּרָא וְעָבַר לְהַךְ גִּיסָא וְקָסָיַיר פֵּירֵי וַאֲמַר לְמֵינַם קָמִיכַּוֵינָא אֲמַר לְהוּ הַעֲרָמָה מִדְּרַבָּנַן הוּא וְצוֹרְבָא מִדְּרַבָּנָן לָא אָתֵי לְמִיעְבַּד לְכַתְּחִלָּה. לֹא כָּל הַעֲרָמָה בְּמִילֵּי דְּרַבָּנָן שָׁוִין. יֵשׁ הַעֲרָמָה שֶׁמֻּותָּר לְכָל אָדָם כִּי הַהִיא דפ"ק דיו"ט דַּף יא: רַב אַדָּא מַעֲרִים וּמָלַח גַּרְמָא גַּרְמָא. וְיֵשׁ הַעֲרָמָה דְּלָא שָׁרְיָא אֶלָּא לְצוּרְבָּא מִדְּרַבָּנָן כִּי הַךְ דְּהָכָא. וְיֵשׁ הַעֲרָמָה דְּאָסוּר לכ"ע וְאַחְמוּר בַּהּ רַבָּנַן טְפֵי מִמֵּזִיד כִּי הַהִיא דפ"ב די"ט דַּף יז: גַּבֵּי עֵירוּבֵי תַּבְשִׁילִין אֲבָל מְבַשֵּׁל הוּא ליו"ט וְאִם הוֹתִיר הוֹתִיר לַשַּׁבָּת וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעֲרִים וְאִם הֶעֱרִים אָסוּר. וְיֵשׁ דְּאִיכָּא פְּלוּגְתָּא כִּי הַהִיא דִּלְעֵיל פֶּרֶק כָּל כִּתְבֵי הַקֹּודֶשׁ (שַׁבָּת דַּף קיז:) אֵין מַעֲרִימִין בְּכָךְ ר' יוֹסֵי אוֹמֵר מַעֲרִימִין וְכֵן אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ שֶׁנָּפְלוּ לְבוֹר ביו"ט בֵּיצָה דַּף לז. דִּפְלִיגִי בְּהוּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ:
Rabba bar Rav Houna a dit : Un homme peut user de ruse (ha'arama) avec le filtre (michmeret) le Yom tov : [il le tend] pour y suspendre des grenades, et y suspend [en fait] des lies [pour filtrer]. Rav Houna a dit : À condition qu'il y ait [effectivement] suspendu des grenades. Les Sages dirent à Rav Achi : Voyez, Maître, ce jeune érudit (tsourba mi-rabbanan), qui s'appelle Rav Houna bar Hiyoun, et d'autres disent Rav Houna bar Halazon : il prend une tête d'ail, la pose dans le trou du tonneau (berza) et dit : C'est pour la ranger que j'agis. Et il va dormir dans le bac (maabara), passe de l'autre côté et garde les fruits, et dit : C'est pour dormir que j'agis. Il leur répondit : La ruse est [interdite] d'ordre rabbinique, et un érudit n'en viendra pas à le faire d'emblée [de façon interdite]. Toutes les ruses en matière rabbinique ne sont pas égales. Il y a une ruse permise à tout homme, comme celle du premier chapitre de Yom tov (Beitsa 11b) : Rav Ada usait de ruse et salait morceau par morceau. Il y a une ruse permise seulement à un érudit, comme celle d'ici. Il y a une ruse interdite à tous, où les Sages ont été plus sévères qu'envers celui qui transgresse sciemment, comme celle du deuxième chapitre de Yom tov (Beitsa 17a) à propos de l'erouv tavchilin : mais il cuisine pour le Yom tov, et s'il en reste, il en reste pour le Chabbat, à condition de ne pas user de ruse ; et s'il a usé de ruse, c'est interdit. Et il y a [des ruses] qui font l'objet d'une controverse, comme celle du chapitre Kol kitvei hakodech (Chabbat 117b) : on n'use pas de ruse en cela ; Rabbi Yossi dit : on use de ruse ; et de même l'animal et son petit tombés dans une fosse le Yom tov (Beitsa 37a), sur lesquels divergent Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua.
💡 Explication

L'interdit de otho ve-et beno (Vayikra 22,28) défend d'abattre une bête et son petit le même jour. On ne peut donc remonter de la fosse, le Yom tov, que celui qu'on va abattre.

La Guemara propose de rattacher la controverse sur la ruse (tonneau) à celle de Rabbi Eliezer (pas de ruse : on nourrit le second sur place) et de Rabbi Yehochoua (ruse permise : on remonte le second sous prétexte de choisir le plus gras).

🖼️ Schéma
Otho ve-et beno : la mère et son petit tombés dans une fosse (Yom tov) Interdit d'abattre les deux le même jour ; seul le premier peut être remonté pour l'abattage Rabbi Eliezer remonte le premier et l'abat ; le second est nourri sur place (pas de ruse) Rabbi Yehochoua remonte le premier, né l'abat pas, remonte le second par ruse, puis abat celui qu'il veut Rejet du rapprochement : R. Eliezer interdit car on peut nourrir l'animal (impossible pour le vin) ; R. Yehochoua permet à cause de la souffrance animale (absente pour le vin)
La mère et son petit dans la fosse : deux positions sur la ruse, et pourquoi le rapprochement est rejeté.
6
מִמַּאי? דִּילְמָא עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הָתָם, דְּאֶפְשָׁר בְּפַרְנָסָה, אֲבָל הָכָא דְּלָא אֶפְשָׁר — לֹא. וְעַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הָתָם, מִשּׁוּם דְּאִיכָּא צַעַר בַּעֲלֵי חַיִּים, אֲבָל הָכָא דְּלֵיכָּא צַעַר בַּעֲלֵי חַיִּים — לֹא.

D'où [le déduis-tu] ? Peut-être Rabbi Eliezer ne l'a-t-il dit que là-bas, où il est possible [de le maintenir en vie] en le nourrissant ; mais ici, où ce n'est pas possible, non.

Et peut-être Rabbi Yehochoua ne l'a-t-il dit que là-bas, parce qu'il y a la souffrance des animaux (tsaar baalei 'hayim) ; mais ici, où il n'y a pas de souffrance des animaux, non.

📜 Rachi (1)
עַד כַּאן לָא קָאָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר דְּאֵין מַעֲרִימִין:
Rabbi Eliezer ne l'a dit que : qu'on n'use pas de ruse.
💡 Explication

Le rapprochement est rejeté dans les deux sens. Rabbi Eliezer interdit la ruse parce qu'une solution existe (nourrir l'animal) ; pour le vin, aucune autre solution n'existe, il pourrait donc la permettre. Rabbi Yehochoua permet la ruse à cause du tsaar baalei 'hayim (souffrance animale) ; pour le vin, ce motif manque, il pourrait donc l'interdire.

7
תָּנוּ רַבָּנַן: הִצִּיל פַּת נְקִיָּה — אֵין מַצִּיל פַּת הַדְרָאָה, פַּת הַדְרָאָה — מַצִּיל פַּת נְקִיָּה. וּמַצִּילִין מִיּוֹם הַכִּפּוּרִים לַשַּׁבָּת, אֲבָל לֹא מִשַּׁבָּת לְיוֹם הַכִּפּוּרִים. וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר מִשַּׁבָּת לְיוֹם טוֹב, וְלֹא מִשַּׁבָּת לַשַּׁבָּת הַבָּאָה.

Nos Maîtres ont enseigné : S'il a sauvé du pain fin (pat nekiya), il ne sauve pas [ensuite] du pain grossier (pat hadraa) ; [s'il a sauvé] du pain grossier, il sauve [ensuite] du pain fin. Et l'on sauve de Yom Kippour pour le Chabbat, mais pas du Chabbat pour Yom Kippour ; et inutile de dire du Chabbat pour le Yom tov, ni du Chabbat pour le Chabbat suivant.

📜 Rachi (4)
הִצִּיל פַּת נְקִיָּה לְשָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת:
S'il a sauvé du pain fin : pour trois repas.
לֹא יַצִּיל פַּת הַדְרָאָה פַּת קִיבָּר שֶׁנִּיטַּל הָדְרָה לְפִי שֶׁאֵין עָרְמָה כְּשֵׁרָה לוֹמַר פַּת הַדְרָאָה נוֹחָה לִי:
Il ne sauvera pas de pain grossier : pain complet dont on n'a pas retiré le son ; car ce n'est pas une ruse valable de dire : le pain grossier me convient.
אֲבָל לֹא מִשַּׁבָּת לְיוֹם הַכִּפּוּרִים כְּגוֹן אִם חָל יוה"כ בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת דְּהָא לָא אָכִיל עַד לְאֻורְתָּא וּלְאֻורְתָּא לִיטְרַח וְלַיְיתֵי:
Mais pas du Chabbat pour Yom Kippour : par exemple si Yom Kippour tombe le dimanche, car il ne mangera qu'au soir, et le soir il pourra se donner la peine d'en apporter.
וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר מִשַּׁבָּת לי"ט דְּיָכוֹל לְהָכִין בּוֹ בַּיּוֹם:
Et inutile de dire du Chabbat pour le Yom tov : car il peut préparer [la nourriture] le jour même.
🗂️ Tossefot (2)
הִצִּיל פַּת נְקִיָּה לֹא יַצִּיל פַּת הַדְרָאָה אוֹמֵר רִ"י כְּשֶׁאָפוּ בי"ט שֶׁל פֶּסַח מַצּוֹת מִסֹּולֶת נְקִיָּה שֶׁיֵּשׁ לוֹ דַּי לְצֹורֶךְ י"ט אֵין אוֹפִין אַחֲרֵיהֶן פַּת שֶׁל הֻדְרְאָה אֶלָּא מִתְּחִילָּה יַעֲשֶׂה שֶׁל הֻדְרְאָה וְאַחֲרֵי כֵּן יַעֲשֶׂה הַנְּקִיָּה:
S'il a sauvé du pain fin, il ne sauvera pas de pain grossier : le Ri dit que si l'on a cuit, le Yom tov de Pessa'h, des matsot de fine farine en quantité suffisante pour le Yom tov, on ne cuit pas ensuite de pain grossier ; mais on fera d'abord le pain grossier et ensuite le fin.
אֲבָל לֹא מִשַּׁבָּת לְיוֹם הַכִּפּוּרִים פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס לְמוֹצָאֵי יוה"כ וא"ת פְּשִׁיטָא דְּחוֹל גָּמוּר הוּא ומ"ש מִשַּׁבָּת לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת וי"ל דְּמִצְוָה לֶאֱכֹול בְּמוֹצָאֵי יוה"כ כִּדְפֵי' לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף קיד:) וְעוֹד לְפִי שֶׁהִתְעַנּוּ מֻותָּר יוֹתֵר אִי נָמֵי לְיוֹם הַכִּפּוּרִים עַצְמוֹ קָאָמַר וּלְהַאֲכִיל הַתִּינוֹקוֹת:
Mais pas du Chabbat pour Yom Kippour : Rachi (le Kountres) explique : pour la sortie de Yom Kippour. On objectera : c'est évident, c'est un jour profane ordinaire ; en quoi est-ce différent du Chabbat pour la sortie du Chabbat ? On peut répondre qu'il y a une mitsva de manger à la sortie de Yom Kippour, comme on l'a expliqué plus haut (Chabbat 114b) ; de plus, ayant jeûné, [on aurait pensé] que ce serait davantage permis. Ou bien, il s'agit de Yom Kippour lui-même, pour nourrir les enfants.
💡 Explication

Le principe : on ne sauve que pour un besoin réel du Chabbat. Après avoir sauvé le meilleur pain, sauver le pain grossier serait un prétexte ; l'inverse est un besoin, car on préfère le pain fin.

De même, on ne sauve pas du Chabbat pour un jour qui suit : à la sortie de Yom Kippour on pourra apporter du pain, et le Yom tov on peut cuire le jour même.

8
תָּנוּ רַבָּנַן: שָׁכַח פַּת בַּתַּנּוּר וְקִידֵּשׁ עָלָיו הַיּוֹם — מַצִּילִין מְזוֹן שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת, וְאוֹמֵר לַאֲחֵרִים: בּוֹאוּ וְהִצִּילוּ לָכֶם. וּכְשֶׁהוּא רוֹדֶה, לֹא יָרְדָה בְּמַרְדֶּה, אֶלָּא בְּסַכִּין. אֵינִי?! וְהָא תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: ״לֹא תַעֲשֶׂה כָל מְלָאכָה״, יָצָא תְּקִיעַת שׁוֹפָר וּרְדִייַּת הַפַּת שֶׁהִיא חָכְמָה וְאֵינָהּ מְלָאכָה? כַּמָּה דְאֶפְשָׁר לְשַׁנּוּיֵי מְשַׁנֵּינַן.

Nos Maîtres ont enseigné : S'il a oublié du pain dans le four et que le jour [du Chabbat] s'est sanctifié sur lui, on sauve la nourriture de trois repas, et il dit aux autres : Venez sauver pour vous. Et lorsqu'il le retire, il ne le retirera pas avec la pelle (marda), mais avec un couteau.

Est-ce vrai ? L'école de Rabbi Yichmael n'a-t-elle pas enseigné : "Tu ne feras aucune melakha" (Chemot 20,10) : cela exclut la sonnerie du chofar et le retrait du pain [du four], qui est un savoir-faire ('hokhma) et non une melakha ?

Autant qu'il est possible de modifier [la manière de faire], on modifie.

📜 Rachi (1)
מַרְדֶּה כְּלִי שֶׁרוֹדִין בּוֹ הַפַּת וּמַפְרִידִין אוֹתוֹ מִכֹּותֶל הַתַּנּוּר שֶׁנִּדְבַּק בָּהּ לֹא יָרְדָה אוֹתוֹ בְּמַרְדֶּה שֶׁהוּא דֶּרֶךְ חֹול:
Marda (pelle) : l'ustensile avec lequel on retire le pain et on le détache de la paroi du four à laquelle il colle ; il ne le retirera pas avec la pelle, car c'est la manière des jours profanes.
🗂️ Tossefot (2)
וְהָתָנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל כָּל מְלֶאכֶת עֲבֹודָה לֹא תַעֲשׂוּ וא"ת וְאַמַּאי מַייְתֵי קְרָא דְּכָל מְלֶאכֶת עֲבוֹדָה דִּכְתִיב גַּבֵּי י"ט הָא אֲפִי' בְּשַׁבָּת דִּכְתִיב לֹא תַעֲשֶׂה מְלָאכָה סְתָם וְלָא כְּתִיב עֲבוֹדָה שָׁרִי לִתְקֹועַ וְלִרְדּוֹת מִן הַתּוֹרָה כִּדְמַשְׁמַע הָכָא דְּאַשַּׁבָּת מַיְיתֵי לָהּ וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל דְּגָרַס כָּל מְלָאכָה לֹא תַעֲשׂוּ וְרַשְׁבָּ"א מְפָרֵשׁ דִּלְעוֹלָם מִכָּל מְלֶאכֶת עֲבוֹדָה אִימְּעִיט תְּקִיעָה וּרְדִייָּה וְשַׁבָּת יָלְפִינַן מי"ט דְּאֵין בֵּין י"ט לַשַּׁבָּת אֶלָּא אֹוכֶל נֶפֶשׁ בִּלְבָד כְּדִכְתִיב אַךְ אֲשֶׁר יֵאָכֵל לְכָל נֶפֶשׁ (שְׁמוֹת י״ב:ט״ז):
Et l'école de Rabbi Yichmael n'a-t-elle pas enseigné : "Vous ne ferez aucune melakha de travail (melekhet avoda)" : on objectera : pourquoi citer le verset "aucune melakha de travail", écrit à propos du Yom tov, alors que même le Chabbat, où il est écrit "tu ne feras pas de melakha" sans préciser "de travail", il est permis de sonner et de retirer [le pain] selon la Torah, comme il ressort d'ici, puisqu'on l'applique au Chabbat ? Rabbenou Chmouel explique qu'il faut lire : "vous ne ferez aucune melakha". Et le Rachba explique qu'en réalité, c'est de "aucune melakha de travail" que sont exclus le sonnerie et le retrait, et le Chabbat est déduit du Yom tov, car il n'y a de différence entre le Yom tov et le Chabbat que pour la préparation de la nourriture (okhel nefech) seulement, comme il est écrit : "seulement ce qui sera mangé par toute personne" (Chemot 12,16).
שֶׁהִיא חָכְמָה וְאֵינָהּ מְלָאכָה וְכֵיוָן דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא שָׁרְיָא אע"ג דְּמִדְּרַבָּנָן אֲסִירָא כִּדְאָמַר בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף לג.) אֵין מְעַכְּבִין אֶת הַתִּינוֹקוֹת מִלִּתְקֹועַ הָא נָשִׁים מְעַכְּבִין הָכָא הֲוָה לָן לְמִישְׁרֵי מִשּׁוּם ג' סְעוּדוֹת:
Qui est un savoir-faire et non une melakha : et puisque c'est permis selon la Torah, bien que ce soit interdit d'ordre rabbinique, comme on le dit dans Roch Hachana (33a) : on n'empêche pas les enfants de sonner, donc on empêche les femmes, ici nous aurions dû permettre [avec la pelle] en raison des trois repas.
💡 Explication

Le pain oublié au four : on le sauve pour les trois repas, en modifiant la manière de le retirer (couteau au lieu de marda, la pelle de boulanger).

Objection : retirer le pain est une 'hokhma (un savoir-faire) et non une melakha, donc permis par la Torah. Réponse : même ainsi, on change la façon de faire autant que possible, pour marquer le Chabbat.

9
אָמַר רַב חִסְדָּא: לְעוֹלָם יַשְׁכִּים אָדָם לְהוֹצָאַת שַׁבָּת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיָה בַּיּוֹם הַשִּׁשִּׁי וְהֵכִינוּ אֵת אֲשֶׁר יָבִיאוּ״, לְאַלְתַּר. אָמַר רַבִּי אַבָּא: בְּשַׁבָּת חַיָּיב אָדָם לִבְצֹועַ עַל שְׁתֵּי כִכָּרוֹת, דִּכְתִיב: ״לֶחֶם מִשְׁנֶה״.

Rav Hisda a dit : Qu'un homme se lève toujours tôt pour les dépenses du Chabbat, ainsi qu'il est dit : "Et ce sera le sixième jour, ils prépareront ce qu'ils apporteront" (Chemot 16,5) : aussitôt. Rabbi Abba a dit : Le Chabbat, un homme est tenu de rompre [le pain] sur deux pains, car il est écrit : "double pain (le'hem michne)" (Chemot 16,22).

📜 Rachi (3)
יַשְׁכִּים אָדָם בע"ש לִטְרֹוחַ וּלְזַמֵּן הוֹצָאַת שַׁבָּת:
Qu'un homme se lève tôt : la veille du Chabbat, pour se donner de la peine et préparer les dépenses du Chabbat.
וְהֵכִינוּ אֵת אֲשֶׁר יָבִיאוּ לְאַלְתַּר בִּשְׁעַת הֲבָאָה הֲכָנָה וַהֲבָאָה בְּהַשְׁכָּמָה הִיא דִּכְתִיב וַיִּלְקְטוּ אֹותוֹ בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר (שְׁמוֹת ט״ז:כ״א):
Ils prépareront ce qu'ils apporteront : aussitôt, au moment de l'apport ; la préparation et l'apport ont lieu tôt le matin, comme il est écrit : "Ils le recueillaient chaque matin" (Chemot 16,21).
לִבְצֹועַ בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא:
Rompre : la bénédiction Hamotsi.
💡 Explication

Deux enseignements tirés de la manne. Rav Hisda : la préparation suit immédiatement la cueillette, qui avait lieu le matin ; on commence donc tôt le vendredi à préparer le Chabbat.

Rabbi Abba : la double portion de manne du vendredi fonde l'obligation du le'hem michne, les deux pains sur lesquels on dit Hamotsi le Chabbat.

10
אָמַר רַב אַשִּׁי: חֲזֵינָא לֵיהּ לְרַב כָּהֲנָא דְּנָקֵט תַּרְתֵּי וּבָצַע חֲדָא. אָמַר: ״לָקְטוּ״ כְּתִיב. רַבִּי זֵירָא הֲוָה בָּצַע אַכֻּולַּהּ שֵׁירוּתֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי: וְהָא מִיחְזֵי כְּרַעַבְתָנוּתָא? אֲמַר לֵיהּ: כֵּיוָן דְּכָל יוֹמָא לָא עָבֵיד, וְהָאִידָּנָא הוּא דְּקָעֲבִיד — לָא מִיחְזֵי כְּרַעַבְתָנוּתָא. רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי כִּי מִיקְּלַע לְהוּ רִיפְתָּא דְעֵירוּבָא — שָׁרוּ עִילָּוֵיהּ, אָמְרִי: הוֹאִיל וְאִיתְעֲבִיד בַּהּ חֲדָא מִצְוָה — לִיתְעֲבִיד בַּהּ מִצְוָה אַחֲרִינָא.

Rav Achi a dit : J'ai vu Rav Kahana, qui prenait deux [pains] et en rompait un. Il disait : "Ils recueillirent" est écrit.

Rabbi Zeira rompait [un morceau suffisant] pour tout son repas. Ravina dit à Rav Achi : Cela n'a-t-il pas l'air de gloutonnerie ?

Il lui répondit : Puisque chaque jour il ne le fait pas, et que c'est aujourd'hui qu'il le fait, cela n'a pas l'air de gloutonnerie. Rabbi Ami et Rabbi Assi, lorsque le pain de l'erouv leur parvenait, commençaient [le repas] sur lui ; ils disaient : Puisqu'une mitsva a été accomplie avec lui, qu'une autre mitsva soit accomplie avec lui.

📜 Rachi (5)
נָקֵיט תַּרְתֵּי אוֹחֲזָן בְּיָדוֹ:
Il prenait deux : il les tenait en main.
לָקְטוּ כְּתִיב דְּמַשְׁמַע אֲחִיזָה אֲבָל בְּצִיעָה לָא כְּתִיב מִשְׁנֶה:
"Ils recueillirent" est écrit : ce qui indique la prise en main ; mais pour la rupture, "double" n'est pas écrit.
בָּצַע לְכוּלֵּיהּ שֵׁירוּתֵיהּ פְּרוּסָה גְּדוֹלָה וְדַי לוֹ בָּהּ לְאוֹתָהּ סְעוּדָה וְלִכְבוֹד שַׁבָּת וְנִרְאֶה כִּמְחַבֵּב סְעוּדַת שַׁבָּת לְהִתְחַזֵּק וְלֶאֱכֹול הַרְבֵּה:
Il rompait pour tout son repas : un grand morceau, qui lui suffisait pour ce repas, en l'honneur du Chabbat ; il paraissait ainsi chérir le repas du Chabbat, pour s'y appliquer et manger beaucoup.
כִּי מִקְלַע לְהוּ פְּעָמִים שֶׁהָעֵירוּב בְּבֵיתָם וּפְעָמִים בְּבַיִת אֶחָד מִשְּׁאָר בְּנֵי אָדָם:
Lorsqu'il leur parvenait : parfois l'erouv était dans leur maison, et parfois dans la maison d'une autre personne.
שָׁרוּ בֵּיהּ הַייְנוּ בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא שֶׁהִיא הַתְחָלַת אֲכִילָה. שָׁרוּ מַתְחִילִין:
Ils commençaient sur lui : c'est la bénédiction Hamotsi, qui est le début du repas. Charou : ils commençaient.
💡 Explication

Comment appliquer le le'hem michne : Rav Kahana tient les deux pains et n'en rompt qu'un, car le verset parle de recueillir (lakhtou) le double, non de rompre le double.

Rabbi Zeira rompt un gros morceau en l'honneur du Chabbat ; ce n'est pas vu comme de la gloutonnerie, puisqu'il ne le fait pas en semaine. Rabbi Ami et Rabbi Assi utilisent le pain de l'erouv hatserot pour le repas : une seconde mitsva avec le même pain.

11
כֵּיצַד? נָפְלָה דְּלֵיקָה כו׳. תָּנוּ רַבָּנַן: כַּמָּה סְעוּדוֹת חַייָּב אָדָם לֶאֱכוֹל בַּשַּׁבָּת — שָׁלֹשׁ. רַבִּי חִידְקָא אוֹמֵר: אַרְבַּע. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, וּשְׁנֵיהֶם מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ: ״וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אִכְלֻוהוּ הַיּוֹם כִּי שַׁבָּת הַיּוֹם לַה׳ הַיּוֹם לֹא תִמְצָאֻהוּ בַּשָּׂדֶה״. רַבִּי חִידְקָא סָבַר: הָנֵי תְּלָתָא ״הַיּוֹם״ לְבַר מֵאֻורְתָּא, וְרַבָּנָן סָבְרִי: בַּהֲדֵי דְּאֻורְתָּא. תְּנַן: נָפְלָה דְּלֵיקָה בְּלֵילֵי שַׁבָּת

Comment ? Si un incendie s'est déclaré, etc.

Nos Maîtres ont enseigné : Combien de repas un homme est-il tenu de manger le Chabbat ? Trois.

Rabbi Hidka dit : Quatre. Rabbi Yo'hanan a dit : Et tous deux ont interprété un même verset : "Moche dit : Mangez-le aujourd'hui (hayom), car c'est aujourd'hui Chabbat pour Hachem ; aujourd'hui vous ne le trouverez pas dans le champ" (Chemot 16,25).

Rabbi Hidka pense : ces trois "aujourd'hui" sont en dehors du soir ; et les Rabbanan pensent : avec le soir. Nous avons appris : Si un incendie s'est déclaré la nuit du Chabbat

📜 Rachi (1)
תְּלָתָא הַיּוֹם לְמִנְיַן שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת בָּא:
Trois "aujourd'hui" : il vient pour le compte de trois repas.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כַּמָּה סְעוּדוֹת חַיָּב אָדָם לֶאֱכֹל בְּשַׁבָּת? שָׁלֹשׁ. רַבִּי חִידְקָא אוֹמֵר: אַרְבַּע. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וּשְׁנֵיהֶם מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְרַבָּנָן אַמַּאי הֻוצְרַךְ לְלַמְּדֵנוּ בְּחַד 'הַיּוֹם' עַל הַלַּיְלָה וַהֲלֹא גַּם בְּחוֹל אוֹכֵל בַּלַּיְלָה וְלָא גָּרַע שַׁבָּת? וְנִרְאֶה לִי כְּדֵי לְקַבֵּל שָׂכָר כִּמְצֻוֶּוה וְעוֹשֶׂה. אַךְ קְשָׁא לְרַבָּנָן לָמָּה כִּינָּה שֶׁל הַלַּיְלָה בְּתֵיבַת 'הַיּוֹם'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לוֹמַר שֶׁאִם נֶאֱנַס וְלֹא אָכַל בַּלַּיְלָה יֵשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין בַּיּוֹם כַּנִּזְכָּר בְּשֻׁולְחָן עָרוּךְ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד כִּינָּה כָּל סְעוּדוֹת שַׁבָּת בְּאוֹתִיּוֹת 'הַיּוֹם' עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב צמ"ר (ח"ב דַּף קַמָּא), מִנְיַן חֶשְׁבּוֹן כָּל אוֹת וְאוֹת מִן אַלְפָא בֵּיתָא כַּמָּה פְּעָמִים נִכְתַּב בְּסֵפֶר תּוֹרָה לפ"ד רַבֵּינוּ סְעַדְיָה גָּאוֹן זַ"ל, וְעָלָה בְּיָדוֹ אוֹת וָא"ו שִׁשָּׁה וְשִׁבְעִים אֶלֶף ותתקכ"ב [76920] , וְאוֹת יוֹ"ד שִׁשָּׁה וְשִׁבְעִים אֶלֶף ות"ק [76500] , וְאוֹת מֵ"ם שְׁנַיִם וַחֲמִשִּׁים אֶלֶף ותת"ה [52805] , וְאוֹת הֵ"א שִׁבְעָה וְאַרְבָּעִים אֶלֶף ותשנ"ד [47754] , וּשְׁאָר אוֹתִיּוֹת פּוֹחֲתִים וְהוֹלְכִים, וְהַמְּעַט שֶׁבָּהֶם הוּא אוֹת פ"ה שֶׁהוּא אֶחָד אֶלֶף ותתקע"ה [1975] עַיֵּין שָׁם. נִמְצָא אוֹתִיּוֹת 'הַיּוֹם' הֵם רַבִּים מִכָּל הָאוֹתִיּוֹת, וְלָכֵן רָמַז הַכָּתוּב סְעוּדוֹת שַׁבָּת בְּתֵיבַת 'הַיּוֹם' לִרְמֹוז כְּמוֹ הָאוֹתִיּוֹת 'הַיּוֹם' הֵם רַבִּים יוֹתֵר מִכָּל הָאוֹתִיּוֹת כֵּן רָאוּי לְאָדָם לְהַרְבּוֹת בִּסְעוּדוֹת שַׁבָּת כָּל מַה שֶׁיָּכוֹל לְהַרְבּוֹת. וְדַע כִּי עַל פִּי הַקְדָּמָה זוֹ אָמַרְתִּי לְכָךְ אַרְבוֹתֵינוּ זַ"ל כָּל וָא"ו לְרַבּוֹת, דְּאוֹת וָא"ו הוּא בֶּאֱמֶת מְרֻובֶּה מִכָּל הָאוֹתִיּוֹת. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם אַחֵר עמ"ש סְעוּדוֹת שַׁבָּת בְּתֵיבַת הַיּוֹם, וְהוּא 'הַיּוֹם' [61] מִסְפַּר ס"א כְּמִנְיַן אוֹתִיּוֹת שֶׁקֹּודֶם [טַדֶּהד] שֵׁם הֲוָיָ"ה וְשֶׁאַחֲרָיו [כּוּזוֹ] , וְרָמַז בָּזֶה שֶׁיַּעֲשֶׂה הָאָדָם סְעוּדוֹת שַׁבָּת לְשֵׁם ה' כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ נח, יד) אָז תִּתְעַנַּג עַל ה' וְנִרְאֶה לִי עַל הוי"ה סְמִיךְ וְקָאֵי עַל סְעוּדוֹת שַׁבָּת שֶׁנִּקְרָאִים בְּשֵׁם 'הַיּוֹם' שֶׁהוּא מִסְפָּר הַסָּמוּךְ לְשֵׁם הוי"ה מִקֹּדֶם וּמֵאֲחוֹרָיו. וּבָזֶה יוּבָן מַה שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ מַהוּ שַׁבָּת? שֶׁמָּא דקב"ה שֶׁמָּא דְּאִיהוּ שְׁלִים מִכָּל סְטָרוּי! רְצוֹנוֹ לוֹמַר נַעֲשָׂה הַשַּׁבָּת שְׁלִים מִכָּל סִטְרוּי שֶׁל שְׁמָא דקב"ה שֶׁהוּא שֵׁם הֲוָיָ"ה, כִּי הַשַּׁבָּת נִשְׁלַם כְּבוֹדוֹ בַּהֶאָרוֹת הַנִּמְשָׁכִים עַל יְדֵי ג' סְעוּדוֹת הַנִּרְמָזִים בְּאוֹתִיּוֹת 'הַיּוֹם' שֶׁהֵם מִסְפַּר אוֹתִיּוֹת קֹודֶם וְאָחוֹר שֶׁל שֵׁם הֲוָיָ"ה.
Combien de repas un homme est-il tenu de manger le Chabbat ? Trois. Rabbi Hidka dit : Quatre. Rabbi Yo'hanan a dit : Et tous deux ont interprété un même verset. On peut demander, selon les Rabbanan : pourquoi fallait-il nous enseigner par l'un des "hayom" [le repas] du soir ? Même en semaine on mange le soir, et le Chabbat ne vaut pas moins ! Il me semble : afin de recevoir la récompense de celui qui agit en étant commandé (metsouvé ve-ose). Mais il reste difficile, selon les Rabbanan : pourquoi a-t-il désigné [le repas] du soir par le mot "hayom" (le jour) ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que si l'on a été empêché et qu'on n'a pas mangé le soir, il y a une compensation (tachloumin) le jour, comme il est mentionné dans le Choulhan Aroukh. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il a désigné tous les repas du Chabbat par les lettres de "hayom" d'après ce qu'a écrit le Rav Tsemah (partie 2, page 141) : le décompte de chaque lettre de l'alphabet, combien de fois elle est écrite dans le Sefer Torah, selon Rabbenou Saadia Gaon ; il a trouvé que la lettre vav [apparaît] 76 920 fois, la lettre youd 76 500 fois, la lettre mem 52 805 fois, la lettre hé 47 754 fois, et les autres lettres vont en diminuant ; la moins fréquente est la lettre pe, 1 975 fois, voir là-bas. Il se trouve que les lettres de "hayom" (hé, youd, vav, mem) sont plus nombreuses que toutes les autres ; c'est pourquoi le verset a fait allusion aux repas du Chabbat par le mot "hayom", pour indiquer que, de même que les lettres de "hayom" sont plus nombreuses que toutes les lettres, de même il convient que l'homme multiplie les repas du Chabbat autant qu'il le peut. Et sache que, d'après ce préambule, j'ai dit que c'est pourquoi nos Maîtres ont dit : tout vav vient inclure (lerabot), car la lettre vav est effectivement la plus nombreuse de toutes les lettres. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, une autre raison pour laquelle les repas du Chabbat sont appelés "hayom" : "hayom" vaut 61, comme le nombre des lettres qui précèdent le Nom Havaya et de celles qui le suivent ; il fait ainsi allusion à ce que l'homme doit faire les repas du Chabbat pour le Nom de Hachem, comme il est dit (Yechaya 58,14) : "Alors tu te délecteras en Hachem" ; et il me semble que [le mot] "en Hachem" se rapporte aux repas du Chabbat, appelés "hayom", qui est le nombre voisin du Nom Havaya par devant et par derrière. Par là on comprendra ce qu'on a dit dans le saint Zohar : Qu'est-ce que le Chabbat ? Le Nom du Saint béni soit-Il, un Nom complet de tous côtés. C'est-à-dire : le Chabbat devient complet de tous les côtés du Nom du Saint béni soit-Il, qui est le Nom Havaya, car la gloire du Chabbat s'achève par les illuminations (haärot) attirées par les trois repas, auxquels font allusion les lettres de "hayom", dont le nombre est celui des lettres qui précèdent et suivent le Nom Havaya.
💡 Explication

La Guemara revient à la Michna. Combien de repas le Chabbat ? Les Sages : trois ; Rabbi Hidka : quatre. Le verset dit trois fois hayom. Moche parle le matin : selon Rabbi Hidka, les trois hayom visent le jour, en plus du repas du soir ; selon les Sages, le repas du soir est compté parmi les trois.

Le Ben Yehoyada explique en remez (allusion) pourquoi le soir est aussi appelé hayom (compensation possible le jour), et pourquoi ces lettres (les plus fréquentes de la Torah) indiquent qu'il convient de multiplier les repas du Chabbat.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).