Sougya : Le daf achève la série sur l'honneur du Chabbat : celui qui dit Vaykhoulou le vendredi soir devient associé du Saint, béni soit-Il, dans la Création, et deux anges l'accompagnent de la synagogue à sa maison ; selon qu'il trouve la lampe allumée, la table dressée et le lit fait, l'ange bon ou l'ange mauvais formule un souhait pour le Chabbat suivant. On dresse la table à l'entrée et à la sortie du Chabbat (récit du veau de Rabbi Abahou).
Viennent ensuite les récompenses de celui qui répond Amen yehe chemeh rabba et Amen de toute sa force. La fin du daf énumère, d'après de nombreux Amoraim, les fautes pour lesquelles Jérusalem a été détruite, et souligne l'importance des enfants de l'école (tinokot chel beit rabban) et des talmidei hakhamim.
[Rabbi Zeira] allait à la recherche des paires de Sages [qui étudiaient le Chabbat] et leur disait : Je vous en prie, ne le profanez pas.
Fin de la série de 119a : Rabbi Zeira interrompait les Sages qui prolongeaient l'étude le Chabbat pour qu'ils aillent manger. Selon Rachi, négliger le oneg Chabbat (le plaisir du Chabbat) revient à le profaner.
La glose de Tossefot placée ici porte en réalité sur la fin du segment 4 (Amen). Le Roch rattache à ce segment est son résumé halakhique de toute la sougya du kavod et du oneg Chabbat (deux pains, trois repas, Vaykhoulou, table dressée) ; c'est le même passage qu'en 119a.
Rava a dit, et certains disent que c'est Rabbi Yehochoua ben Levi : Même un particulier qui prie [seul] la veille de Chabbat (le vendredi soir) doit dire "Vaykhoulou" (Genèse 2,1-3). Car Rav Hamnouna a dit : Quiconque prie la veille de Chabbat et dit "Vaykhoulou", le verset le considère comme s'il était devenu associé du Saint, béni soit-Il, dans l'œuvre de la Création, car il est dit : "Vaykhoulou" (et furent achevés) ; ne lis pas "vaykhoulou" mais "vaykhalou" (et ils achevèrent).
Rabbi Elazar a dit : D'où [sait-on] que la parole est comme l'action ? Car il est dit : "Par la parole de Hachem les cieux ont été faits" (Psaumes 33,6).
Vaykhoulou (Genèse 2,1-3) est récité dans la amida du vendredi soir. Rava enseigne que même celui qui prie seul doit le dire, sans se contenter de la répétition à la synagogue.
Rav Hamnouna lit le mot sans vav : vaykhalou, "ils achevèrent". Celui qui témoigne de la Création devient associé (chouttaf) du Saint, béni soit-Il. Rabbi Elazar explique comment une parole peut compter comme une action : le monde lui-même a été créé par la parole (Psaumes 33,6).
Rav Hisda a dit au nom de Mar Oukva : Quiconque prie la veille de Chabbat et dit "Vaykhoulou", les deux anges de service qui accompagnent l'homme posent leurs mains sur sa tête et lui disent : "Ta faute est écartée et ton péché est expié" (Isaie 6,7). Il a été enseigné dans une baraita : Rabbi Yossi bar Yehouda dit : Deux anges de service accompagnent l'homme la veille de Chabbat, de la synagogue à sa maison, l'un bon et l'autre mauvais.
Quand il arrive à sa maison et trouve une lampe allumée, une table dressée et son lit fait, l'ange bon dit : "Qu'il soit [Ta] volonté qu'il en soit ainsi un autre Chabbat", et l'ange mauvais répond "Amen" malgré lui. Sinon, l'ange mauvais dit : "Qu'il soit [Ta] volonté qu'il en soit ainsi un autre Chabbat", et l'ange bon répond "Amen" malgré lui.
Deux enseignements sur les anges de service (malakhei hacharet). Selon Mar Oukva, celui qui dit Vaykhoulou reçoit d'eux l'annonce du pardon, avec le verset adressé à Isaie (6,7).
La baraita de Rabbi Yossi bar Yehouda décrit un ange bon et un ange mauvais. Trois signes de préparation : lampe allumée, table dressée, lit fait. Le souhait du premier ange est chaque fois confirmé par l'autre, qui doit répondre Amen malgré lui : l'état de la maison se reproduit au Chabbat suivant.
Tossefot concilie la table dressée avec la règle de Pessahim 100b (on n'apporte la table qu'après le kiddouch) : elle est prête ailleurs et apportée ensuite.
Rabbi Elazar a dit : Que l'homme dresse toujours sa table la veille de Chabbat, même s'il n'a besoin que d'un kazayit (volume d'une olive). Et Rabbi Hanina a dit : Que l'homme dresse toujours sa table à la sortie du Chabbat, même s'il n'a besoin que d'un kazayit.
[L'eau] chaude à la sortie du Chabbat est un remède (melougma) ; le pain chaud à la sortie du Chabbat est un remède. Pour Rabbi Abahou, on préparait à la sortie du Chabbat un veau tilta (un troisième-né), et il en mangeait un rein.
Quand Avimi son fils grandit, il lui dit : Pourquoi gaspiller autant ? Laissons un rein de [ce qu'on a préparé] la veille de Chabbat.
Ils le laissèrent [sans l'abattre], et un lion vint et le dévora.
On dresse la table à l'entrée du Chabbat pour l'accueillir, et à sa sortie pour le raccompagner, comme on raccompagne un roi (Rachi). C'est l'origine du repas de melave malka. La quantité importe peu : même pour un kazayit, la table est mise.
Le récit de Rabbi Abahou illustre la règle : son fils propose d'économiser en gardant un rein du vendredi ; le veau épargné est dévoré par un lion. L'économie faite sur l'honneur du Chabbat n'a rien rapporté.
Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : Quiconque répond "Amen, yehe chemeh rabba mevarakh" (Amen, que Son grand Nom soit béni) de toute sa force, on déchire pour lui son décret, car il est dit : "Bifroa peraot beIsraël, behitnadev am, barekhou Hachem" (Quand les châtiments sont annulés en Israël, quand le peuple se porte volontaire, bénissez Hachem ; Juges 5,2). Pour quelle raison "bifroa peraot" (les châtiments sont annulés) ?
Parce que "barekhou Hachem" (ils ont béni Hachem). Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Même s'il y a en lui une trace d'avoda zara (idolâtrie), on lui pardonne.
Il est écrit ici : "bifroa peraot", et il est écrit là-bas : "ki faroua hou" (car il était déchaîné ; Exode 32,25). Reich Lakich a dit : Quiconque répond "Amen" de toute sa force, on lui ouvre les portes du Gan Éden, car il est dit : "Ouvrez les portes, et qu'entre la nation juste, chômer emounim (qui garde la fidélité)" (Isaie 26,2) ; ne lis pas "chômer emounim" mais "cheomerim amen" (qui disent amen).
Que signifie "Amen" ? Rabbi Hanina a dit : El Melekh neeman (D.ieu, Roi fidèle).
À propos de la récompense de l'honneur du Chabbat, la Guemara cite des enseignements sur la récompense de la réponse Amen.
Rabbi Yehochoua ben Levi lit Juges 5,2 : bifroa peraot (annulation des châtiments) grâce à barekhou Hachem. Rabbi Yo'hanan rapproche paroua de l'épisode du veau d'or : même une trace d'avoda zara est pardonnée. Reich Lakich lit chômer emounim comme cheomerim amen.
"De toute sa force" signifie selon Rachi et Tossefot de toute son intention ; le Ri cite une Pessikta où la réponse à voix haute annule des décrets. Rabbi Hanina donne le contenu de cette intention : Amen = El Melekh Neeman.
Rav Yehouda fils de Rav Chmouel a dit au nom de Rav : L'incendie ne se trouve que là où il y a profanation du Chabbat, car il est dit : "Et si vous ne M'écoutez pas pour sanctifier le jour du Chabbat et ne pas porter de fardeau, etc., J'allumerai un feu dans ses portes, il dévorera les palais de Jérusalem et ne s'éteindra pas" (Jérémie 17,27). Que signifie "et ne s'éteindra pas" ?
Rav Nahman bar Yitshak a dit : À un moment où les gens ne sont pas présents pour l'éteindre. Abaye a dit : Jérusalem n'a été détruite que parce qu'on y a profane le Chabbat, car il est dit : "Et de Mes Chabbatot ils ont détourné les yeux, et J'ai été profane parmi eux" (Ezechiel 22,26).
Rav rattache l'incendie à la profanation du Chabbat (Jérémie 17,27). Rav Nahman bar Yitshak explique "il ne s'éteindra pas" : le feu éclate le Chabbat, quand personne n'est là pour l'éteindre (Rachi).
Abaye ouvre une longue série : lo harva Yerouchalayim ela bichvil... (Jérusalem n'a été détruite qu'à cause de...). Chaque Amora propose une cause, appuyée sur un verset. Ces énoncés se complètent : chacun désigne une faute qui a contribué au hourban.
Rabbi Abahou a dit : Jérusalem n'a été détruite que parce qu'ils avaient annulé la lecture du Chema du matin et du soir, car il est dit : "Malheur à ceux qui se lèvent tôt le matin pour courir après la boisson forte, etc." (Isaie 5,11), et il est écrit : "Il y a la lyre et le luth, le tambourin, la flûte et le vin à leurs festins, et l'œuvre de Hachem, ils ne la regardent pas" (Isaie 5,12), et il est écrit : "C'est pourquoi Mon peuple est exilé faute de connaissance" (Isaie 5,13).
Rabbi Abahou enchaîne trois versets d'Isaie 5. Au matin et au soir, les heures de la lecture du Chema, ils étaient occupés à boire. Selon Rachi, "ils ne regardent pas l'œuvre de Hachem" désigne l'absence d'ihoud Hachem (proclamation de l'unité de D.ieu), contenu du Chema. La conséquence est l'exil (Isaie 5,13).
Rav Hamnouna a dit : Jérusalem n'a été détruite que parce qu'on y a interrompu [l'étude des] enfants de l'école (tinokot chel beit rabban), car il est dit : "Répands-la sur l'enfant dans la rue, etc." (Jérémie 6,11). Pour quelle raison "répands" ?
Parce que "l'enfant est dans la rue". Oulla a dit : Jérusalem n'a été détruite que parce qu'ils n'avaient pas de honte les uns envers les autres, car il est dit : "Ils sont couverts de honte, car ils ont commis une abomination ; ils n'ont même pas eu honte, etc." (Jérémie 6,15).
Rabbi Yitshak a dit : Jérusalem n'a été détruite que parce que le petit et le grand ont été mis à égalité, car il est dit : "Et il en sera du peuple comme du prêtre" (Isaie 24,2), et il est écrit ensuite : "La terre sera entièrement dévastée" (Isaie 24,3).
Trois causes supplémentaires. Rav Hamnouna : on a interrompu l'étude des tinokot chel beit rabban ; la colère est "répandue" parce que l'enfant est dans la rue au lieu d'être à l'école (Rachi).
Oulla : la disparition de la honte (bochet panim). Rabbi Yitshak : le petit et le grand traités de la même manière, sans égard pour les chefs de la génération. Le Ben Yehoyada précise que ces deux causes ont ouvert la voie aux fautes graves.
Rav Amram fils de Rabbi Chimon bar Abba a dit au nom de Rabbi Chimon bar Abba, au nom de Rabbi Hanina : Jérusalem n'a été détruite que parce qu'ils ne se faisaient pas de remontrances les uns aux autres, car il est dit : "Ses princes étaient comme des cerfs qui ne trouvent pas de pâturage" (Eikha 1,6). De même que ce cerf, la tête de l'un est à côté de la queue de l'autre, ainsi Israël de cette génération baissait le visage vers le sol, et ils ne se faisaient pas de remontrances les uns aux autres.
Rabbi Yehouda a dit : Jérusalem n'a été détruite que parce qu'on y a méprisé les talmidei hakhamim (érudits de la Torah), car il est dit : "Ils se moquaient des envoyés de D.ieu, méprisaient Ses paroles et raillaient Ses prophètes, jusqu'à ce que la colère de Hachem monte contre Son peuple, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de remède" (II Chroniques 36,16). Que signifie "jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de remède" ?
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : Quiconque méprise les talmidei hakhamim, il n'y a pas de remède à sa blessure.
Rabbi Hanina : l'absence de tokhaha (remontrance). L'image des cerfs qui paissent chacun la tête contre la queue de l'autre décrit des hommes qui baissent les yeux et laissent chacun faire ce qu'il veut.
Rabbi Yehouda : le mépris des talmidei hakhamim. Rav précise la gravité de cette faute : elle n'a pas de remède (ein lo refoua lemakato).
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : Que signifie ce qui est écrit : "Ne touchez pas à Mes oints, et à Mes prophètes ne faites pas de mal" (I Chroniques 16,22) ? "Ne touchez pas à Mes oints" : ce sont les enfants de l'école ; "et à Mes prophètes ne faites pas de mal" : ce sont les talmidei hakhamim.
Reich Lakich a dit au nom de Rabbi Yehouda Nessia : Le monde ne subsiste que par le souffle (hevel) des enfants de l'école. Rav Papa dit à Abaye : Et le mien et le tien, qu'en est-il ?
Il lui répondit : Le souffle dans lequel il y a une faute ne ressemble pas au souffle dans lequel il n'y a pas de faute. Et Reich Lakich a dit au nom de Rabbi Yehouda Nessia : On n'interrompt pas les enfants de l'école, même pour la construction du Beit HaMikdach.
Et Reich Lakich dit à Rabbi Yehouda Nessia : Voici ce que j'ai reçu de mes pères, et certains disent : de tes pères : Toute ville dans laquelle il n'y a pas d'enfants à l'école, on la détruit. Ravina a dit : On la voue à l'anathème.
Le thème des enfants de l'école revient. Rav lit I Chroniques 16,22 : les oints sont les enfants (qu'on oignait d'huile, selon Rachi) et les prophètes sont les talmidei hakhamim.
Le monde subsiste par le hevel (souffle, parole d'étude) des enfants, parce qu'il est sans faute. Leur étude passe avant la construction du Beit HaMikdach. Une ville sans école est détruite (mahrivin : il en reste quelque chose) ou, selon Ravina, vouée à l'anathème (maharimin : il n'en reste rien).
Et Rava a dit : Jérusalem n'a été détruite que parce que les hommes de confiance (anchei amana) avaient cessé d'y être, car il est dit : "Parcourez les rues de Jérusalem et voyez donc, [sachez et cherchez sur ses places si vous trouvez un homme] qui pratique la justice, qui recherche la fidélité, et Je lui pardonnerai" (Jérémie 5,1). Est-ce bien vrai ?
Rav Ketina n'a-t-il pas dit : Même au moment de la chute de Jérusalem, les hommes de confiance n'ont pas cessé d'y être, car il est dit : "Quand un homme saisira son frère, de la maison de son père, [en disant] : Tu as un vêtement (simla), sois notre chef" (Isaie 3,6) : les choses dont les gens se couvrent comme d'un vêtement sont entre tes mains. "Et que cette ruine soit sous ta main" (Isaie 3,6) :
Rava : il n'y avait plus d'anchei amana (hommes de confiance), puisque Jérémie ne trouve pas un seul homme juste.
Rav Ketina objecte par Isaie 3,6 : on cherchait encore quelqu'un à qui confier la direction. Selon Rachi, celui qui "a un vêtement" maîtrise les sujets de Torah que les autres dissimulent faute de savoir répondre. La réponse de la Guemara vient en 120a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).