Shabbat 120à — Sauver ses biens d'un incendie le Chabbat : trois repas ou cent repas, les dix-huit vêtements et le gram kibouy (extinction indirecte)

Shabbat 120a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de la discussion sur les hommes de confiance de Jérusalem : ils étaient sincères en matière de Torah, pas en affaires. La Michna permet ensuite de sauver d'un incendie un panier plein de pains, même de cent repas, et de dire aux autres de venir sauver pour eux-mêmes.

La Guemara concilie cela avec la limite de trois repas : Rav Houna distingue sauver en une fois (lehatsil) et rassembler en plusieurs fois (lekapel) ; Rabbi Abba bar Zavda distingue la même cour et une autre cour. Rava explique le compte fait après Chabbat par le cas d'un homme craignant le Ciel.

Rabbi Meir et Rabbi Yossi divergent sur le nombre de vêtements qu'on peut sortir en les portant (Rabbi Yossi : dix-huit, énumérés). La seconde Michna traite des moyens d'arrêter le feu sans l'éteindre : peau de chevreau humide, barrière de récipients, et la réserve de Rabbi Yossi sur les récipients d'argile neufs remplis d'eau.

La Guemara commence la discussion sur le fait de mettre de l'eau de l'autre côté d'un vêtement qui brûle.

Incendie le Chabbat : que sauver, et comment ? Biens menacés par le feu Nourriture panier / galette de figues / tonneau "venez sauver pour vous" Vêtements portés sur soi, sortis "venez sauver avec moi" Arrêter le feu sans l'éteindre directement Vers une cour avec erouv (Ben Betera : même sans erouv) Il ne lui faut que 3 repas : le reste profite aux autres R. Meir : toute la journée R. Yossi : 18 vêtements, puis il recommence Utile à lui toute la journée Peau de chevreau humide Barrière de récipients pleins/vides R. Yossi interdit : argile neuve pleine d'eau (elle éclate)
Vue d'ensemble des deux Michnayot : que sauver d'un incendie et comment arrêter le feu.
Trois repas (Michna précédente) ou cent repas (notre Michna) ? Contradiction apparente 117b : 3 repas seulement / 120à : panier de 100 repas Rav Houna R. Abba bar Zavda au nom de Rav Lehatsil un seul récipient, en une fois : tout Lekapel plusieurs récipients, rassembler : 3 repas Même cour on peut rassembler cent repas Autre cour on ne rassemble que 3 repas Question de Rav Houna b. Rav Yehochoua : manteau étalé, remplissages successifs ? Déduction de Rava (erreur de Rav Hisda) : un seul récipient = comme lehatsil
Deux réponses à la contradiction entre trois repas et cent repas.
1
דְּבָרִים שֶׁאֵין בְּנֵי אָדָם עוֹמְדִין עֲלֵיהֶם אֶלָּא אִם כֵּן נִכְשָׁלִים בָּהֶן יֶשְׁנָן תַּחַת יָדֶיךָ, ״קָצִין תִּהְיֶה לָנוּ״. ״יִשָּׂא בַיּוֹם הַהוּא לֵאמֹר לֹא אֶהְיֶה חֹובֵשׁ וְגוֹ׳״ — אֵין יִשָּׂא אֶלָּא לְשׁוֹן שְׁבוּעָה, וְכֵן הוּא אוֹמֵר ״לֹא תִשָּׂא אֶת שֵׁם ה׳״. ״לֹא אֶהְיֶה חוֹבֵשׁ״ — לֹא אֶהְיֶה מֵחוֹבְשֵׁי עַצְמָן בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ. ״וּבְבֵיתִי אֵין לֶחֶם וְאֵין שִׂמְלָה״ — שֶׁאֵין בְּיָדִי לֹא מִקְרָא וְלֹא מִשְׁנָה וְלֹא גְּמָרָא. וּמִמַּאי? דִּילְמָא שָׁאנֵי הָתָם, דְּאִי אָמַר לְהוּ גְּמִירְנָא, אָמְרוּ לֵיהּ: אֵימָא לָן. הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר גְּמַר וּשְׁכַח, מַאי ״לֹא אֶהְיֶה חוֹבֵשׁ״? — כְּלָל! לָא קַשְׁיָא: כָּאן בְּדִבְרֵי תּוֹרָה, כָּאן בְּמַשָּׂא וּמַתָּן.

"Les choses que les gens ne saisissent à fond qu'après s'y être trompés sont sous ta main : sois notre chef." "Il prononcera (yissa) en ce jour-là, disant : je ne serai pas hovech, etc." (Isaie 3,7). Yissa n'est autre qu'un terme de serment, ainsi qu'il est dit : "Tu ne prononceras (lo tissa) pas le nom de Hachem".

"Je ne serai pas hovech" : je ne serai pas de ceux qui s'enferment (mehouvachei) dans le beit hamidrach. "Et dans ma maison il n'y a ni pain ni vêtement" : car je n'ai en main ni Mikra, ni Michna, ni Guemara. — Et d'où [déduis-tu qu'ils étaient sincères] ?

Peut-être est-ce différent là-bas : s'il leur avait dit "j'ai étudié", ils lui auraient dit : dis-nous ! — Il aurait pu dire : j'ai étudié et j'ai oublié. Que signifie "je ne serai pas hovech" ?

Pas du tout ! [Il reconnaît donc la vérité.] — Ce n'est pas difficile : ici, en matière de paroles de Torah ; là, en matière de commerce.

📜 Rachi (8)
דְּבָרִים שֶׁאֵין אָדָם עוֹמֵד בָּהֶן עַל בֻּורְייָן לְאָומְרָן כְּהִלְכָתָן:
Des choses qu'un homme ne saisit pas : à fond, pour les dire selon leur règle exacte.
אֶלָּא אִם כֵּן נִכְשָׁל בָּהֶן עַד שֶׁאוֹמְרָן ב' וְג' פְּעָמִים בְּשִׁיבּוּשׁ דְּהַייְנוּ טַעְמֵי תּוֹרָה הַמְסֻותָּרִין:
Sauf s'il s'y est trompé : jusqu'à ce qu'il les ait dites deux ou trois fois de travers ; ce sont les raisons cachées de la Torah.
לֹא אֶהְיֶה חוֹבֵשׁ אֵינִי רָגִיל לִהְיוֹת חוֹבֵשׁ חָבוּשׁ בבהמ"ד. אֶהְיֶה הֻורְגַּלְתִּי כְּמוֹ שְׂחוֹק לְרֵעֵהוּ אֶהְיֶה (אִיּוֹב י״ב:ד׳) אֲנִי הוֹוֶה:
Je ne serai pas hovech : je n'ai pas l'habitude d'être enfermé au beit hamidrach. Ehyeh signifie "j'ai pris l'habitude", comme "je suis devenu la risée de mon prochain" (Job 12,4) : je suis.
וּמִמַּאי דְּמִשּׁוּם דְּיֵשׁ בָּהֶן אֲמָנָה הוּא דִּילְמָא עַל כָּרְחָיךְ צְרִיכִים שֶׁיָּשִׁיבוּ הָאֱמֶת:
Et d'où : [déduis-tu] que c'est parce qu'il y a chez eux de la confiance ? Peut-être sont-ils contraints de répondre la vérité.
דְּאִי אָמַר לְהוּ גְּמִירְנָא אוֹתָן טַעְמֵי תּוֹרָה:
Car s'il leur avait dit : j'ai étudié : ces raisons de la Torah.
אָמְרִי לֵיהּ שׁוֹאֲלִים אֵימָא לָן:
Ils lui diraient : ils lui demandent : dis-nous.
וּמְשַׁנֵּי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר גְּמַר וּשְׁכַח מַאי לֹא אֶהְיֶה חוֹבֵשׁ מוֹדֶה הוּא עַל הָאֱמֶת שֶׁלֹּא יִגַּע בַּתּוֹרָה:
Et on répond : il aurait pu dire j'ai étudié et oublié ; que signifie je ne serai pas hovech ? Il reconnaît la vérité, qu'il ne s'est pas donné de peine dans la Torah.
בְּדִבְרֵי תּוֹרָה הָיוּ נֶאֱמָנִין וְאֵין מִתְהַלְלִים עַל שֶׁקֶר:
En matière de paroles de Torah : ils étaient dignes de confiance et ne se vantaient pas mensongèrement.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁאֵין בְּיָדִי, לֹא מִקְרָא, וְלֹא מִשְׁנָה, וְלֹא תַּלְמוּד. נִרְאֶה לִי בס"ד שִׂמְלָה זוֹ מִקְרָא , כִּי הִיא הַגְּלוּיָה בִּכְתָב כְּשִׂמְלָה שֶׁהִיא גְּלוּיָה, מַה שֶׁאֵין כֵּן תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה אֵינָהּ גְּלוּיָה בִּכְתָב, גַּם עוֹד שִׂמְלָה הוּא שֵׁם לָהּ, שֵׁם מִסֵּפֶר סֵפֶר, וְלֶחֶם זֶה מִשְׁנָה וּגְמָרָא שֶׁהֵם תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, שֶׁהֵם מָזוֹן לַתּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב, דְּבִלְעֲדֵי תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה לֹא תִּתְקַיֵּים תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב, גַּם לֶחֶם זוֹ גְּמָרָא שֶׁיֵּשׁ בָּהּ מִלְחָמָה בְּקֻושְׁיוֹת וְתֵירוּצִים כְּדֵי לְבָרֵר טַעֲמֵי הַמִּשְׁנָה, וּנְקֻודּוֹת לֶחֶם הֵם שְׁנֵי סגו"ל שֶׁהֵם שִׁשָּׁה נְקֻודּוֹת רֶמֶז לַמִּשְׁנָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שִׁשָּׁה סְדָרִים.
Car je n'ai en main ni Mikra, ni Michna, ni Talmud. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le vêtement (simla) désigne le Mikra, car il est exposé par écrit, comme un vêtement qui est visible, à la différence de la Torah orale, qui n'est pas exposée par écrit. De plus, simla se décompose en "chem la" (un nom pour elle), et chem a la valeur numérique de sefer (livre). Le pain (le'hem), ce sont la Michna et la Guemara, qui sont la Torah orale : elles sont la nourriture de la Torah écrite, car sans la Torah orale la Torah écrite ne se maintiendrait pas. En outre, le'hem désigne la Guemara, où se trouve une guerre (milhama) de questions et de réponses pour clarifier les raisons de la Michna. Et la vocalisation de le'hem comporte deux segol, soit six points, allusion à la Michna qui comporte six ordres.
💡 Explication

Fin de la sougya du daf précédent : Jérusalem a été détruite parce qu'il n'y avait plus d'anchei amana (hommes de confiance). On objecte le verset d'Isaie 3 : des hommes refusent d'être chefs en avouant, sous serment, qu'ils n'ont pas étudié. C'est donc qu'ils étaient sincères.

La Guemara tente d'expliquer l'aveu par la contrainte (on les aurait interrogés), puis l'écarte : ils pouvaient dire gamar veshakhah (j'ai étudié et oublié). La solution : sincères en Torah, pas en commerce (masa oumatan).

2
מַתְנִי׳ מַצִּילִין סַל מָלֵא כִּכָּרוֹת, אַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מֵאָה סְעוּדוֹת, וְעִיגּוּל שֶׁל דְּבֵילָה, וְחָבִית שֶׁל יַיִן. וְאוֹמֵר לַאֲחֵרִים: בּוֹאוּ וְהִצִּילוּ לָכֶם. וְאִם הָיוּ פִּיקְּחִין, עוֹשִׂין עִמּוֹ חֶשְׁבּוֹן אַחַר הַשַּׁבָּת.

MICHNA. On sauve [d'un incendie] un panier plein de pains, même s'il contient cent repas, une galette de figues sèches et un tonneau de vin.

Et il dit aux autres : venez sauver pour vous. Et s'ils étaient avisés, ils font un compte avec lui après le Chabbat.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' וְעִיגּוּל שֶׁל דְּבֵילָה שֶׁהוּא גָּדוֹל וְיֵשׁ בּוֹ סְעוּדוֹת הַרְבֵּה:
Michna. Et une galette de figues sèches : qui est grande et contient de nombreux repas.
וְאִם הָיוּ פִּקְּחִין לִישָּׁאֵל שְׂכָרָן כְּפוֹעֲלִים:
Et s'ils étaient avisés : pour demander leur salaire comme des ouvriers.
💡 Explication

La Michna précédente (117b) ne permettait de sauver que trois repas. Ici, on sauve un récipient entier, même de cent repas. On peut aussi inviter d'autres personnes à sauver "pour elles-mêmes" : le bien devient alors hefker (abandonné) à leur profit.

3
לְהֵיכָן מַצִּילִין אוֹתָן — לְחָצֵר הַמְעֹורֶבֶת. בֶּן בְּתֵירָה אוֹמֵר: אַף לְשֶׁאֵינָהּ מְעֹורֶבֶת. וּלְשָׁם מוֹצִיא כָּל כְּלֵי תַשְׁמִישׁוֹ, וְלוֹבֵשׁ כָּל מַה שֶּׁיָּכוֹל לִלְבּוֹשׁ, וְעוֹטֵף כָּל מַה שֶּׁיָּכוֹל לַעֲטֹוף. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: שְׁמֹנָה עָשָׂר כֵּלִים. וְחוֹזֵר וְלוֹבֵשׁ וּמוֹצִיא, וְאוֹמֵר לַאֲחֵרִים: בּוֹאוּ וְהִצִּילוּ עִמִּי.

Où les sauve-t-on ? Vers une cour où l'on a fait un erouv.

Ben Betera dit : même vers une cour sans erouv. Et là, il sort tous ses ustensiles d'usage, il revêt tout ce qu'il peut revêtir et s'enveloppe de tout ce dont il peut s'envelopper.

Rabbi Yossi dit : dix-huit vêtements. Puis il recommence à revêtir et à sortir, et il dit aux autres : venez sauver avec moi.

📜 Rachi (3)
לְחָצֵר הַמְעֹורֶבֶת וְאַפֵּי' הָכֵי טוּבָא לָא לִיצּוֹל כִּדְאָמַר לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף קיז:) מִתּוֹךְ שֶׁבָּהוּל אִי שָׁרֵי לְאִיעַסּוּקֵי בְּהַצָּלָה כֻּולֵּי הַאי אָתֵי לְכַבּוּיֵי:
Vers une cour avec erouv : et même ainsi, il ne doit pas sauver beaucoup, comme on l'a dit plus haut (117b) : étant pressé, si on lui permettait de s'occuper autant du sauvetage, il en viendrait à éteindre.
כָּל כְּלֵי תַּשְׁמִישׁוֹ שֶׁצְּרִיכִין לוֹ לְאוֹתוֹ הַיּוֹם כְּגוֹן כּוֹסוֹת וְקִיתוֹנִיּוֹת:
Tous ses ustensiles d'usage : dont il a besoin ce jour-là, comme des coupes et des cruches.
י"ח כֵּלִים מְפָרֵשׁ לְהוּ בַּגְּמָרָא שֶׁכֵּן דֶּרֶךְ לְלָובְשָׁן בְּחוֹל יַחַד אֲבָל טְפֵי מֵהָכִי לָא וְאֵינוֹ פּוֹשְׁטָן לַחֲזֹור וְלִלְבֹּושׁ וּלְהַצִּיל אֲחֵרִים:
Dix-huit vêtements : la Guemara les explique ; car on a l'habitude de les porter ensemble en semaine, mais pas davantage ; et il ne les retire pas pour recommencer à revêtir et sauver d'autres vêtements.
⚖️ Rosh (2)
מַתְנֵי' וּלְשָׁם הוּא מוֹצִיא כָּל כְּלֵי תַּשְׁמִישׁוֹ וְלוֹבֵשׁ כָּל מַה שֶּׁיָּכוֹל לִלְבּוֹשׁ וְעוֹטֵף כָּל מַה שֶּׁיָּכוֹל לַעֲטֹוף. ר' יוֹסֵי אוֹמֵר שְׁמֹנָה עָשָׂר כֵּלִים וְחוֹזֵר וְלוֹבֵשׁ וּמוֹצִיא. אֲתָא לת"ק. וְאוֹמֵר לַאֲחֵרִים בֹּואוּ וְהַצִּילוּ לָכֶם צ"ל עִמִּי וְהִלְכְתָא כת"ק:
Michna. Et là il sort tous ses ustensiles d'usage, revêt tout ce qu'il peut revêtir et s'enveloppe de tout ce dont il peut s'envelopper. Rabbi Yossi dit : dix-huit vêtements. "Et il recommence à revêtir et sortir" se rapporte au Tanna kamma. "Et il dit aux autres : venez sauver pour vous" : il faut lire "avec moi". La halakha suit le Tanna kamma.
גְּמ' וְלֵית הִלְכְתָא כְּר' יוֹסֵי דְּאָמַר גְּרַם כִּיבּוּי אָסוּר. אָמַר רַב יְהוּדָה טַלִּית שֶׁאָחַז בָּהּ אוּר פּוֹשְׁטָהּ וּמִתְכַּסֶּה בָּהּ וְכֵן סֵפֶר תּוֹרָה פּוֹשְׁטוֹ וְקוֹרֵא בּוֹ וְאִם כָּבָה כָּבָה:
Guemara. La halakha ne suit pas Rabbi Yossi, qui dit que le gram kibouy (extinction indirecte) est interdit. Rav Yehouda a dit : un vêtement qui a pris feu, on le déploie et on s'en couvre ; de même un Sefer Torah, on le déploie et on y lit ; et s'il s'éteint, il s'éteint.
💡 Explication

Destination : une cour avec erouv (où l'on peut porter). Ben Betera permet même une cour sans erouv, qui est aussi un domaine privé où le port n'est interdit que par les Sages.

Vêtements : on les sort en les portant, ce qui est une manière normale de s'habiller. Le Tanna kamma ne fixe pas de limite ; Rabbi Yossi limite à dix-huit (la Guemara les énumère). Le Roch tranche selon le Tanna kamma.

4
גְּמָ׳ וְהָא תְּנָא לֵיהּ רֵישָׁא שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת וְתוּ לָא! אָמַר רַב הוּנָא: לָא קַשְׁיָא, כָּאן — בְּבָא לְהַצִּיל, כָּאן — בְּבָא לְקַפֵּל. וּבָא לְהַצִּיל — מַצִּיל אֶת כֻּולָּן. בָּא לְקַפֵּל — אֵינוֹ מְקַפֵּל אֶלָּא מְזוֹן שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת. רַבִּי אַבָּא בַּר זַבְדָּא אָמַר רַב: אִידִי וְאִידֵּי בָּבָא לְקַפֵּל, וְלָא קַשְׁיָא: כָּאן — לְאוֹתָהּ חָצֵר, כָּאן — לְחָצֵר אַחֶרֶת. בָּעֵי רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: פֵּירַשׁ טַלִּיתוֹ, וְקִיפֵּל וְהִנִּיחַ, וְקִיפֵּל וְהִנִּיחַ, מַאי: כְּבָא לְהַצִּיל דָּמֵי, אוֹ כְּבָא לְקַפֵּל דָּמֵי?

GUEMARA. Mais il a été enseigné dans la première partie : trois repas, et pas davantage !

Rav Houna a dit : ce n'est pas difficile. Ici, quand il vient sauver (lehatsil) ; là, quand il vient rassembler (lekapel).

Quand il vient sauver, il sauve tout ; quand il vient rassembler, il ne rassemble que la nourriture de trois repas. Rabbi Abba bar Zavda a dit au nom de Rav : l'un et l'autre parlent de celui qui vient rassembler, et ce n'est pas difficile : ici, vers la même cour ; là, vers une autre cour.

Rav Houna fils de Rav Yehochoua a demandé : s'il a étalé son manteau, a rassemblé et déposé, rassemble et dépose, qu'en est-il ? Est-ce comparable à celui qui vient sauver, ou à celui qui vient rassembler ?

📜 Rachi (5)
גְּמ' בְּבָא לְהַצִּיל [שֶׁהִצִּיל] בְּסַל [אֶחָד] כִּדְקָתָנֵי סַל מָלֵא כִּכָּרוֹת וְאֵינוֹ טֹורַח אֶלָּא לְהַצִּילָן מִתּוֹךְ הַדְּלֵיקָה בְּבַת אַחַת מַצִּיל כָּל מַה שֶׁבַּסַּל דְּהָא חֲדָא זִימְנָא הוּא מַה לִי פֻּורְתָּא מַה לִי טוּבָא:
Guemara. Quand il vient sauver : [il a sauvé] dans un [seul] panier, comme il est enseigné "un panier plein de pains" ; il ne se donne de peine que pour les sortir de l'incendie en une fois. Il sauve tout ce qui est dans le panier, puisque c'est une seule fois : peu ou beaucoup, quelle différence ?
בְּבָא לְקַפֵּל סַלִּים הַרְבֵּה זֶה עִם זֶה לִטְרֹוחַ [וּלְאָוסְפָם] וְלַחֲזֹור וּלְהוֹצִיא מְזוֹן ג' סְעוּדוֹת הוּא דְּיָכוֹל לְהַצִּיל בְּסַלִּים הַרְבֵּה וְתוּ לָא שֶׁכָּל א' טוֹרֵחַ בְּעַצְמוֹ הוּא:
Quand il vient rassembler : de nombreux paniers l'un après l'autre, en se donnant de la peine pour [les réunir] et en revenant sortir ; il ne peut sauver que la nourriture de trois repas dans plusieurs paniers, et pas davantage, car chacun est une peine à part.
פֵּירַשׁ טַלִּיתוֹ וְקִיפֵּל וְהִנִּיחַ הֵבִיא אוֹכְלִין וְהִנִּיחַ וְחָזַר וְהֵבִיא וְהִנִּיחַ מַהוּ:
S'il a étalé son manteau, a rassemblé et déposé : il a apporté des aliments et les a déposés, puis est revenu en apporter et les a déposés : qu'en est-il ?
כְּבָא לְהַצִּיל דָּמֵי הוֹאִיל וְאֵין כָּאן אֶלָּא כְּלִי אֶחָד וּבְפַעַם אַחַת הוּא מוֹצִיאָם:
Est-ce comparable à celui qui vient sauver : puisqu'il n'y a qu'un seul récipient et qu'il les sort en une fois.
אוֹ כְּבָא לְקַפֵּל דָּמֵי הוֹאִיל וְטוֹרֵחַ לֶאֱסֹוף וְלִכְנֹוס:
Ou à celui qui vient rassembler : puisqu'il se donne de la peine pour ramasser et réunir.
🗂️ Tossefot (1)
אִידִי וְאִידֵּי בָּבָא לְקַפֵּל פֵּירֵשׁ הָרַב פּוֹרָת דִּלְקַפֵּל הַייְנוּ אַפֵּי' בָּא לְקַפֵּל דִּלֵּר' אַבָּא אֵין חִילּוּק בֵּין לְקַפֵּל בֵּין לְהַצִּיל דַּאֲפִילּוּ לְהַצִּיל בְּחָצֵר אַחֶרֶת לָא שָׁרִי אֶלָּא מְזוֹן ג' סְעוּדוֹת אֲבָל אֵין נִרְאֶה לוֹמַר דִּלְהַצִּיל שָׁרִי אֲפִילּוּ מֵאָה סְעוּדוֹת בְּחָצֵר אַחֶרֶת גַּם לְרַבִּי אַבָּא דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לְאוֹקוּמֵי מַתְנֵי' אִידִי וְאִידִי בְּחָצֵר אַחֶרֶת וְכָאן בְּבָא לְקַפֵּל וְכָאן בְּבָא לְהַצִּיל:
L'un et l'autre parlent de celui qui vient rassembler : le Rav Porat explique que "rassembler" veut dire ici "même s'il vient rassembler", car pour Rabbi Abba il n'y a pas de différence entre rassembler et sauver : même pour sauver vers une autre cour, on ne permet que trois repas. Mais il ne semble pas juste de dire que, même pour Rabbi Abba, sauver cent repas vers une autre cour serait permis ; car alors il aurait dû expliquer les deux Michnayot comme parlant d'une autre cour, l'une de celui qui vient rassembler, l'autre de celui qui vient sauver.
💡 Explication

Deux réponses à la contradiction 3 repas / 100 repas. Rav Houna : le critère est la manière d'agir. Un seul récipient sorti en une fois (lehatsil) : tout est permis. Plusieurs allers-retours pour rassembler (lekapel) : trois repas seulement, car chaque trajet est une peine supplémentaire qui risque de faire oublier le Chabbat et de mener à éteindre.

Rabbi Abba bar Zavda : le critère est la destination. Dans la même cour, cent repas ; vers une autre cour, trois repas.

La question du manteau étalé : un seul contenant (comme lehatsil) mais plusieurs remplissages (comme lekapel).

🖼️ Schéma
Trois repas (Michna précédente) ou cent repas (notre Michna) ? Contradiction apparente 117b : 3 repas seulement / 120à : panier de 100 repas Rav Houna R. Abba bar Zavda au nom de Rav Lehatsil un seul récipient, en une fois : tout Lekapel plusieurs récipients, rassembler : 3 repas Même cour on peut rassembler cent repas Autre cour on ne rassemble que 3 repas Question de Rav Houna b. Rav Yehochoua : manteau étalé, remplissages successifs ? Déduction de Rava (erreur de Rav Hisda) : un seul récipient = comme lehatsil
Rav Houna (manière) vs Rabbi Abba bar Zavda (destination) ; la question du manteau étalé.
5
מִדְּאָמַר רָבָא: אַטְעֲיֵהּ רַב שֵׁיזְבִי לְרַב חִסְדָּא, וְדָרַשׁ: וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יָבִיא כְּלִי שֶׁהוּא מַחֲזִיק יוֹתֵר מִשָּׁלֹשׁ סְעוּדוֹת, שְׁמַע מִינַּהּ כְּבָא לְהַצִּיל דָּמֵי, וְשַׁפִּיר דָּמֵי. אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק לְרָבָא: מַאי טָעוּתָא? אֲמַר לֵיהּ, דְּקָתָנֵי: וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יָבִיא כְּלִי אַחֵר וְיִקְלֹוט, כְּלִי אַחֵר וִיצָרֵף. כְּלִי אַחֵר הוּא דְּלָא, אֲבָל בְּהַהוּא מָנָא — כַּמָּה דְּבָעֵי מַצִּיל.

[Viens entendre] de ce qu'a dit Rava : Rav Chizvi a induit Rav Hisda en erreur, et il a enseigné publiquement : "à condition qu'il n'apporte pas un récipient contenant plus de trois repas". Déduis-en que c'est comparable à celui qui vient sauver, et c'est permis.

Rav Nahman bar Yitshak dit à Rava : quelle est l'erreur ? Il lui répondit : car il est enseigné : "à condition qu'il n'apporte pas un autre récipient pour recueillir, un autre récipient pour l'ajouter".

C'est un autre récipient qui est interdit ; mais dans ce même récipient, il sauve autant qu'il veut.

📜 Rachi (4)
אַטְעֲייֵהּ רַב שֵׁיזְבִי לְרַב חִסְדָּא שֶׁדָּרַשׁ לְפָנָיו וְהוֹדָה לוֹ רַב חִסְדָּא וְאַהָא מַתְנֵי' דַּאֲמַרַן לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף קיז:) נִשְׁבְּרָה לוֹ חָבִית בְּרֹאשׁ גַּגּוֹ מֵבִיא כְּלִי וּמַנִּיחַ תַּחְתֶּיהָ וְדָרַשׁ רַב שֵׁיזְבִי לְרַב חִסְדָּא וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתֵּן כְּלִי הַמַּחֲזִיק יוֹתֵר מִשָּׁלֹשׁ סְעוּדוֹת וְהוֹדָה לוֹ רַב חִסְדָּא וּמִדְּאָמַר רָבָא אַטָּעֲיָיה שְׁמַע מִינָּה טָעוּתָא הוּא דַּאֲפִילּוּ מַחֲזִיק סְעוּדוֹת הַרְבֵּה מֻותָּר כֵּיוָן דְּחַד מָנָא הוּא וְהַאי כִּמְקַפֵּל וְנוֹתֵן בִּכְלִי אֶחָד דָּמֵי דְּהָא מְעַט מְעַט הוּא נוֹפֵל וּמְטַפְטֵף בּוֹ ש"מ בְּחַד מָנָא כְּבָא לְהַצִּיל דָּמֵי:
Rav Chizvi a induit Rav Hisda en erreur : il a enseigné devant lui et Rav Hisda l'a approuvé. C'est sur la Michna citée plus haut (117b) : si un tonneau s'est brisé au sommet de son toit, il apporte un récipient et le place dessous. Rav Chizvi a enseigné à Rav Hisda : à condition qu'il ne place pas un récipient contenant plus de trois repas, et Rav Hisda l'a approuvé. Puisque Rava dit qu'il l'a induit en erreur, déduis-en que c'est une erreur : même s'il contient de nombreux repas, c'est permis, puisque c'est un seul récipient. Or ce cas est semblable à celui qui rassemble et dépose dans un seul récipient, car [le vin] tombe et goutte peu à peu. Déduis-en qu'avec un seul récipient, c'est comparable à celui qui vient sauver.
מַאי טָעוּתָא מְנָא לָךְ דְּטָעוּתָא הוּא בִּידֵיהּ:
Quelle est l'erreur : d'où sais-tu qu'il est dans l'erreur ?
אֲמַר לֵיהּ מִדְּקָתָנֵי בָּהּ בַּבָּרַיְיתָא:
Il lui répondit : de ce qui est enseigné dans la baraita.
וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יָבִיא כְּלִי אַחֵר וְכוּ' ש"מ כֵּלִים טוּבָא הוּא דַּאֲסִירִי אֲבָל בְּחַד שַׁפִּיר דָּמֵי:
À condition qu'il n'apporte pas un autre récipient, etc. : déduis-en que ce sont de nombreux récipients qui sont interdits, mais avec un seul, c'est permis.
💡 Explication

Résolution de la question du manteau. Le cas du tonneau brisé sur le toit (117b) : le vin coule peu à peu dans le récipient placé dessous, ce qui ressemble aux remplissages successifs du manteau. Rava qualifie d'erreur la limite de trois repas enseignée par Rav Hisda : un seul récipient, quelle que soit sa taille, est permis.

Preuve de Rava : la baraita interdit seulement un autre récipient. Conclusion : un seul contenant rempli plusieurs fois = lehatsil.

6
וְעִיגּוּל שֶׁל דְּבֵילָה כּוּ׳. חֶשְׁבּוֹן מַאי עֲבִידְתֵּיהּ? מֵהֶפְקֵירָא קָזָכוּ? — אָמַר רַב חִסְדָּא: מִדַּת חֲסִידוּת שָׁנוּ כָּאן. אָמַר רָבָא: חֲסִידֵי אַגְרָא דְשַׁבְּתָא שָׁקְלִי?! אֶלָּא אָמַר רָבָא: הָכָא בִּירֵא שָׁמַיִם עָסְקִינַן, וְלָא נִיחָא לֵיהּ דְּלִיתְהֲנֵי מֵאֲחֵרִים, וּבְחִנָּם נָמֵי לָא נִיחָא לֵיהּ דְּלִיטְרַח. וְהָכִי קָאָמַר: וְאִם הָיוּ פִּיקְּחִין, דְּיָדְעִי דִּכְהַאי גַּווְנָא לָאו שְׂכַר שַׁבָּת הוּא, עוֹשִׂין עִמּוֹ חֶשְׁבּוֹן לְאַחַר הַשַּׁבָּת.

"Et une galette de figues sèches, etc." Le compte, à quoi sert-il ? Ils acquièrent d'un bien abandonné !

Rav Hisda a dit : on a enseigné ici une mesure de piété (midat hassidout). Rava dit : des hassidim prennent-ils le salaire du Chabbat ?!

Rava a donc dit : ici, nous traitons d'un homme craignant le Ciel (yere chamayim), à qui il ne plaît pas de profiter des biens d'autrui, et à qui il ne plaît pas non plus de se donner de la peine gratuitement. Voici ce que [la Michna] dit : s'ils étaient avisés, sachant que dans un tel cas ce n'est pas un salaire du Chabbat, ils font un compte avec lui après le Chabbat.

📜 Rachi (7)
מֵהֶפְקֵירָא וְכוּ' דְּהָא הַצִּילוּ לָכֶם קָאָמַר לְהוּ לְצָרְכֵיהֶם וְאִם פִּקְּחִים הֵם יְעֻכְּבוּ הַכֹּל הֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי:
D'un bien abandonné, etc. : car il leur a dit "sauvez pour vous", pour leurs besoins ; et s'ils sont avisés, [la Michna] aurait dû enseigner qu'ils gardent tout.
מִדַּת חֲסִידוּת שֶׁמַּחֲזִירִין לוֹ:
Une mesure de piété : ils le lui rendent.
חֲסִידֵי אַגְרָא דְשַׁבְּתָא שָׁקְלִי בִּתְמִיהַּ אִם חֲסִידִים הֵם יֵשׁ לָהֶם לְווַתֵּר מִשֶּׁלָּהֶם בְּכָל דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ נִדְנוּד עֲבֵירָה ואע"ג דְּלָאו שְׂכַר שַׁבָּת גָּמוּר הוּא שֶׁהֲרֵי לֹא הִתְנָה וּמֵהֶפְקֵירָא קָא זָכוּ מִיהוּ חָסִיד לָא מִיקְּרֵי אא"כ מְוַותֵּר מִשֶּׁלּוֹ:
Des hassidim prennent-ils le salaire du Chabbat : c'est une exclamation. S'ils sont des hassidim, ils doivent renoncer à leur dû en toute chose qui comporte une trace de faute. Certes, ce n'est pas un vrai salaire de Chabbat, car il n'y a pas eu de condition préalable et ils acquièrent d'un bien abandonné ; mais on ne s'appelle hassid que si l'on renonce à son propre du.
הָכָא בִּירֵא שָׁמַיִם עָסְקִינַן הַמַּצִּיל הַזֶּה יְרֵא שָׁמַיִם הוּא וְלֹא חָסִיד לְוַותֵּר מִשֶּׁלּוֹ:
Ici, nous traitons d'un homme craignant le Ciel : ce sauveteur est un yere chamayim, mais pas un hassid qui renonce à son dû.
דְּלָא נִיחָא לֵיהּ דְּלִיתְהֲנֵי מְאַחֲרֵינִי בִּזְכִייָּה דְּהֶפְקֵירָא דְּיָדַע דְּלָא מֵרְצוֹנוֹ הִפְקִירוֹ:
À qui il ne plaît pas de profiter des autres : par l'acquisition du bien abandonné, car il sait que [le propriétaire] ne l'a pas abandonné de bon gré.
וּבְחִנָּם נָמֵי לָא נִיחָא לֵיהּ דְּלִיטְרַח דְּלָאו חָסִיד הוּא וְלִמְחֹול עַל שֶׁלּוֹ:
Et il ne lui plaît pas non plus de se donner de la peine gratuitement : car il n'est pas un hassid qui renonce à son dû.
וְהָכֵי קָאָמַר כו' כְּלוֹמַר דְּהַאי אִם הָיוּ פִּקְּחִין דְּמַתְנִי' לָאו פִּקְּחִין בַּדִּין קָאָמַר לִיטֹּול אֶת הָרָאוּי לָהֶם דְּאִם כֵּן יְעֻכְּבוּ הַכֹּל הֲוָה לֵיהּ לְמִתְנֵי אֶלָּא לָאו הָכִי קָאָמַר הָנֵי יִרְאֵי שָׁמַיִם אִם פִּקְּחִין הֵן בְּהִלְכוֹת שַׁבָּת דְּיָדְעִי דכה"ג לָאו שְׂכַר שַׁבָּת הוּא דְּמֵעִיקָּרָא לָאו אַדַּעְתָּא דִּשְׂכַר פְּעֻולָּה נְחִית עוֹשִׂין עִמּוֹ חֶשְׁבּוֹן וְהָכִי קָאָמַר אַדְּרַב חִסְדָּא נָמֵי קָאֵי אֶלָּא לָא שֶׁבְּקִינֵּיהּ לְרַב חִסְדָּא לְסַיְימֵיהּ לְמִילְּתֵיהּ:
Voici ce que [la Michna] dit, etc. : c'est-à-dire que "s'ils étaient avisés" dans la Michna ne veut pas dire avisés en droit, pour prendre ce qui leur revient, car sinon elle aurait dû enseigner qu'ils gardent tout. Elle veut dire : ces hommes craignant le Ciel, s'ils sont avisés dans les lois du Chabbat, sachant que dans un tel cas ce n'est pas un salaire du Chabbat, puisqu'au départ ils ne sont pas intervenus en vue d'un salaire, font un compte. Et c'est aussi ainsi que Rav Hisda l'expliquait, mais on ne l'a pas laissé terminer ses propos.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' מַצִּילִין סַל מָלֵא כִּכָּרוֹת אע"פ שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מֵאָה סְעוּדוֹת. וְעִיגּוּל שֶׁל דְּבֵילָה וְחָבִית שֶׁל יַיִן. וְאוֹמֵר לַאֲחֵרִים בֹּאוּ וְהַצִּילוּ לָכֶם. וְאִם הָיוּ פִּקְחִין עוֹשִׂין עִמּוֹ חֶשְׁבּוֹן לְאַחַר שַׁבָּת. לְהֵיכָן מַצִּילִין לְחָצֵר הַמְעֹורֶבֶת בֶּן בְּתֵירָא אוֹמֵר אַף לְחָצֵר שֶׁאֵינָהּ מְעֹורֶבֶת:
Michna. On sauve un panier plein de pains, même s'il contient cent repas, une galette de figues sèches et un tonneau de vin. Et il dit aux autres : venez sauver pour vous. Et s'ils étaient avisés, ils font un compte avec lui après le Chabbat. Où les sauve-t-on ? Vers une cour avec erouv ; Ben Betera dit : même vers une cour sans erouv.
💡 Explication

Le propriétaire a dit "sauvez pour vous" : le bien est hefker et appartient à celui qui le sauve. Pourquoi alors un compte ?

Rav Hisda : par piété, ils rendent le bien et reçoivent un salaire. Rava objecte : un vrai hassid ne prendrait pas un salaire lié au Chabbat. Selon Rava, il s'agit d'un yere chamayim : il sait que le propriétaire n'a abandonné son bien que sous la contrainte, il le lui rend donc, mais il demande une rémunération. Ceux qui sont avisés savent que ce n'est pas un sekhar Chabbat interdit, car ils n'ont pas agi en vue d'un salaire.

🖼️ Schéma
"S'ils sont avisés, ils font le compte après Chabbat" : pourquoi un compte ? Question ils acquièrent un bien abandonné (hefker) Rav Hisda midat hassidout : ils rendent le bien et reçoivent un salaire Rava un yere chamayim : ne veut ni profiter d'autrui, ni peiner gratuitement Objection de Rava : un hassid prend-il le salaire du Chabbat ? Avisés = ils savent que ce n'est pas un vrai salaire de Chabbat
Pourquoi faire un compte après Chabbat : Rav Hisda et Rava.
7
וּלְהֵיכָן מַצִּילִין כו׳. מַאי שְׁנָא הָכָא דְּקָתָנֵי ״לָכֶם״, וּמַאי שְׁנָא הָכָא דְּקָתָנֵי ״עִמִּי״? אָמְרִי: גַּבֵּי מְזוֹנוֹת קָתָנֵי ״לָכֶם״ — מִשּׁוּם דְּלָא קָא חֲזֵי אֶלָּא מְזוֹן שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת. אֲבָל גַּבֵּי לְבוּשִׁים קָתָנֵי ״עִמִּי״ — מִשּׁוּם דְּקָחֲזֵי לֵיהּ לְכֻולֵּי יוֹמָא.

"Et où les sauve-t-on, etc." Pourquoi ici enseigne-t-on "pour vous", et pourquoi la enseigne-t-on "avec moi" ? On répond : à propos de la nourriture, on enseigne "pour vous", car il ne lui faut que la nourriture de trois repas.

Mais à propos des vêtements, on enseigne "avec moi", car ils lui sont utiles toute la journée.

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מַצִּילִין סַל מָלֵא כִּכָּרוֹת וְהָא תָּנֵי רֵישָׁא מַצִּילִין מְזוֹן שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת וְתוּ לָא. אָמַר רַב הוּנָא לָא קַשְׁיָא כָּאן בְּבָא לְהַצִּיל כָּאן בְּבָא לְקַפֵּל. פֵּירוּשׁ לְהַצִּיל הַכֹּל בִּכְלִי אֶחָד. לְקַפֵּל בִּשְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה כֵּלִים בְּזֶה אַחַר זֶה. ר' אַבָּא בַּר זַבְדָּא אָמַר רַב אִידִי וְאִידֵּי בָּבָא לְקַפֵּל וְלָא קַשְׁיָא כָּאן לְאוֹתָהּ חָצֵר כָּאן לְחָצֵר אַחֶרֶת. בָּעֵי רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ פֵּירֵס טַלִּיתוֹ וְקִפֵּל וְהִנִּיחַ וְקִפֵּל וְהִנִּיחַ מַאי כְּבָא לְהַצִּיל דָּמֵי אוֹ כְּבָא לְקַפֵּל דָּמֵי. ת"ש מִדְּאָמַר רָבָא אַטְעֲייֵהּ רַב שֵׁזְבִי לְרַב חִסְדָּא וּדְרַשׁ וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יָבִיא כְּלִי אֶחָד שֶׁהוּא מַחֲזִיק יוֹתֵר מִשָּׁלֹשׁ סְעוּדוֹת ש"מ כְּבָא לְהַצִּיל דָּמֵי וְשַׁפִּיר דָּמֵי. אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק לְרָבָא מַאי טָעוּתָא אֲמַר לֵיהּ מִדְּקָתָנֵי וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יָבִיא כְּלִי אַחֵר וְיִקְלֹוט כְּלִי אַחֵר וִיצָרֵף כְּלִי אַחֵר הוּא דְּלָא אֲבָל בְּהָהוּא מָנָא כָּל מַאי דְּבָעֵי מַצִּיל. וְהִלְכְתָא כְּרַב הוּנָא דְּהַךְ בָּעֲיָא דְּרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אַלִּיבֵּיהּ אָתְיָא: וְאוֹמֵר לַאֲחֵרִים בֹּואוּ וְהַצִּילוּ לָכֶם וְכוּ' חֶשְׁבּוֹן מַאי עֲבִידְתֵּיהּ מֵהֶפְקֵירָא קָזָכוּ. אָמַר רָבָא בִּירֵא שָׁמַיִם עָסְקִינַן דְּלָא נִיחָא לֵיהּ דְּלִיתְהֲנֵי מֵאֲחֵרִים וּבְחִנָּם נָמֵי לָא נִיחָא לֵיהּ דְּלִיטְרַח וה"ק אִם הָיוּ פִּקְּחִין דְּיָדְעִי דכה"ג לָאו שְׂכַר שַׁבָּת הוּא עוֹשִׂין עִמּוֹ חֶשְׁבּוֹן לְאַחַר הַשַּׁבָּת:
Guemara. On sauve un panier plein de pains ; or on a enseigné dans la première partie : on sauve la nourriture de trois repas, et pas davantage. Rav Houna a dit : ce n'est pas difficile ; ici, quand il vient sauver ; la, quand il vient rassembler. Explication : sauver, tout dans un seul récipient ; rassembler, dans deux ou trois récipients l'un après l'autre. Rabbi Abba bar Zavda a dit au nom de Rav : l'un et l'autre parlent de celui qui vient rassembler, et ce n'est pas difficile ; ici, vers la même cour ; là, vers une autre cour. Rav Houna fils de Rabbi Yehochoua a demandé : s'il a étalé son manteau, a rassemblé et déposé, rassemblé et déposé, qu'en est-il ? Est-ce comparable à celui qui vient sauver ou à celui qui vient rassembler ? Viens entendre : de ce qu'a dit Rava, Rav Chizvi a induit Rav Hisda en erreur, et il a enseigné : à condition qu'il n'apporte pas un récipient contenant plus de trois repas ; déduis-en que c'est comparable à celui qui vient sauver, et c'est permis. Rav Nahman bar Yitshak dit à Rava : quelle est l'erreur ? Il lui répondit : de ce qui est enseigné, à condition qu'il n'apporte pas un autre récipient pour recueillir, un autre récipient pour l'ajouter ; c'est un autre récipient qui est interdit, mais dans ce même récipient il sauve tout ce qu'il veut. La halakha suit Rav Houna, car cette question de Rav Houna fils de Rabbi Yehochoua est posée selon son opinion. "Et il dit aux autres : venez sauver pour vous", etc. Le compte, à quoi sert-il ? Ils acquièrent d'un bien abandonné ! Rava a dit : nous traitons d'un homme craignant le Ciel, à qui il ne plaît pas de profiter des autres, ni de se donner de la peine gratuitement. Voici ce que [la Michna] dit : s'ils étaient avisés, sachant que dans un tel cas ce n'est pas un salaire du Chabbat, ils font un compte avec lui après le Chabbat.
💡 Explication

Pour la nourriture, le propriétaire ne peut garder que trois repas (dans le cas de lekapel) : le surplus, il l'abandonne aux autres, d'où "pour vous". Pour les vêtements, il peut continuer à les sauver toute la journée pour lui-même ; les autres l'aident, d'où "avec moi".

Le Roch tranche selon Rav Houna (lehatsil / lekapel), puisque la question du manteau est posée dans son système.

8
תָּנוּ רַבָּנַן: לוֹבֵשׁ מוֹצִיא וּפוֹשֵׁט, וְחוֹזֵר וְלוֹבֵשׁ וּמוֹצִיא וּפוֹשֵׁט, וַאֲפִילּוּ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ — דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: שְׁמֹנָה עָשָׂר כֵּלִים, וְאֵלּוּ הֵם שְׁמֹנָה עָשָׂר כֵּלִים: מִקְטֹורֶן, אֻונְקְלֵי, וְפוּנְדָּא, קַלְבּוֹס שֶׁל פִּשְׁתָּן, וְחִלּוּק, וְאַפִילְיוֹן, וּמַעֲפֹורֶת, וּשְׁנֵי סַפְרֵקִין, וּשְׁנֵי מִנְעָלִים, וּשְׁנֵי אַנְפִּילָאוֹת, וּשְׁנֵי פַּרְגּוֹד, וַחֲגוֹר שֶׁבְּמָתְנָיו, וְכוֹבַע שֶׁבְּרֹאשׁוֹ, וְסוּדָר שֶׁבְּצַוָּארוֹ.

Les Rabbanan ont enseigné : il revêt, sort et retire ; puis recommence à revêtir, sortir et retirer, même toute la journée : ce sont les paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yossi dit : dix-huit vêtements.

Et voici les dix-huit vêtements : un miktoren (manteau), un ounkeli, une pounda, un kalbous de lin, une chemise (halouk), un afilion, une maafores, deux sfarkin, deux chaussures, deux anpilaot, deux pargod, la ceinture sur les reins, le chapeau sur la tête et l'écharpe au cou.

📜 Rachi (12)
מִקְטֹורֶן מנטי"ל :
Miktoren : manteau (en vieux français : mantel).
אֻונְקְלֵי לְבוּשׁ רָחָב כְּעֵין שריניש"א וּבִלְשׁוֹן עַרְבֵי מחשיא"ה:
Ounkeli : vêtement large, comme un scapulaire ; en arabe : mahchia.
פּוּנְדָא אֵזוֹר חָלוּל מֵעַל לְמַדָּיו:
Pounda : ceinture creuse portée par-dessus les vêtements.
קַלְבּוֹס נביי"ש:
Kalbous : (vieux français) sorte de vêtement de dessus.
חָלוּק קמי"שא עַל בְּשָׂרוֹ:
Halouk : chemise, portée sur la peau.
וְאַפַּלְיוֹן סָדִין לְהִתְעַטֵּף בּוֹ כֻּולּוֹ:
Afilion : drap dont on s'enveloppe entièrement.
מַעֲפֹורֶת לְעַטֵּף רֹאשׁוֹ:
Maafores : pour envelopper la tête.
וּשְׁנֵי סַפְרֵקִין פיישול"ש:
Et deux sfarkin : (vieux français) bandes, attaches.
אַנְפִּילְיָיאוֹת קלצנו"ש שֶׁל צֶמֶר:
Anpilaot : chaussons de laine (vieux français : chausons).
פַּרְגּוֹד גניליי"ש וּבִלְשׁוֹן אַשְׁכְּנַז קָנֵי הוז"ן:
Pargod : jambières (vieux français) ; en allemand : kniehosen (culottes).
חָגוּר עַל חֲלוּקוֹ מִבִּפְנִים:
Hagor : [ceinture] portée sur la chemise, à l'intérieur.
וְסוֹדֵר שֶׁבְּצַוָּארוֹ וּתְלוּיִין רָאשָׁיו לְפָנָיו לְקַנֵּחַ בּוֹ פִּיו וְעֵינָיו:
Et l'écharpe au cou : ses extrémités pendent devant lui, pour s'essuyer la bouche et les yeux.
⚖️ Rosh (1)
וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב קַמְרָא שָׁרִי וְהוּא חָגוּר שֶׁבַּמָּתְנַיִם וְיֵשׁ בּוֹ חֲתִיכוֹת קְבוּעוֹת כְּעֵין כְּלִילָא אִיכָּא דְּאָמְרִי דַּאֲרֻוקְתָּא וְאָמַר רַב סָפְרָא מִידֵּי דְּהָוֵה אַטַּלִּית מֻוזְהֶבֶת וְאִיכָּא דְּאָמְרִי דַּאֲנִיסְכָּא וְאָמַר רַב סָפְרָא מִידֵּי דְּהָוֵה אַאַבְנֵט שֶׁל מְלָכִים. וְכֵיוָן דְּאַנִּיסְכָּא שָׁרִי לְלִישָּׁנָא בָּתְרָא כָּל שֶׁכֵּן דְּרֻוקְתָּא וַהֲלָכָה כְּלִישָּׁנָא בָּתְרָא. אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי קַמְרָא עִילָּוֵי הִימְיָינֵיהּ מַאי אֲמַר לֵיהּ תְּרֵי הֶימְייָנֵי קָאָמְרַתְּ פֵּי' רַשִׁ"י מַשּׂוֹי הוּא וְאָסוּר וְדַוְקָא שְׁנֵיהֶם זֶה עַל גַּב זֶה אֲבָל אִם יֵשׁ מַלְבּוּשׁ מַפְסִיק בֵּינֵיהֶן מֻותָּר. וּקְצָת רְאָיָה מִפֶּרֶק כָּל כִּתְבֵי הַקֹּודֶשׁ דַּף קכ. דְּקָחֲשִׁיב בי"ח כֵּלִים פּוּנְדָא וַחֲגוֹר שֶׁבְּמָתְנָיו ופרש"י דְּפוּנְדָא הוּא אֵזוֹר:
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : la kamra est permise ; c'est une ceinture sur les reins, sur laquelle sont fixées des pièces en forme de couronne. Certains disent : [des pièces] de broderie, et Rav Safra a dit : c'est comme un manteau doré. D'autres disent : [des pièces] de métal fondu, et Rav Safra a dit : c'est comme la ceinture des rois. Puisque selon la dernière version le métal est permis, à plus forte raison la broderie ; et la halakha suit la dernière version. Ravina dit à Rav Achi : une kamra par-dessus sa ceinture, qu'en est-il ? Il lui répondit : tu parles de deux ceintures ! Rachi explique : c'est un fardeau (machoui) et c'est interdit. Ce n'est vrai que si les deux sont l'une sur l'autre ; mais si un vêtement les sépare, c'est permis. On en trouve un léger appui dans le chapitre Kol kitvei hakodech (daf 120a), qui compte parmi les dix-huit vêtements la pounda et la ceinture des reins, et Rachi explique que la pounda est une ceinture.
💡 Explication

Rabbi Meir : on peut sortir des vêtements en les portant, les retirer et recommencer, sans limite. Rabbi Yossi : on ne porte à la fois que les dix-huit vêtements qu'on a l'habitude de porter ensemble ; au-delà, ce n'est plus une manière de s'habiller.

Le Roch utilise cette liste, qui contient deux ceintures (pounda et hagor, séparées par des vêtements), pour permettre deux ceintures séparées par un vêtement.

🖼️ Schéma
Les 18 vêtements de Rabbi Yossi (selon Rachi) 1 miktoren manteau 2 ounkeli vêtement large 3 pounda ceinture creuse 4 kalbous habit de lin 5 halouk chemise sur la peau 6 afilion drap enveloppant 7 maafores couvre-tête 8-9 sfarkin deux bandes 10-11 manalim deux chaussures 12-13 anpilaot deux chaussons de laine 14-15 pargod deux jambières 16 hagor ceinture sur la chemise 17 kova chapeau 18 soudar écharpe au cou Rabbi Meir : aucune limite, il sort, retire et recommence toute la journée
La liste des dix-huit vêtements de Rabbi Yossi, avec les traductions de Rachi.
9
מַתְנִי׳ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן נַנָּס אוֹמֵר: פּוֹרְסִין עוֹר שֶׁל גְּדִי עַל גַּבֵּי שִׁידָּה תֵּיבָה וּמִגְדָּל שֶׁאָחַז בָּהֶן אֶת הָאוּר, מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְחָרֵךְ. וְעוֹשִׂין מְחִיצָה בְּכָל הַכֵּלִים, בֵּין מְלֵאִין בֵּין רֵיקָנִים, בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא תַּעֲבֹור הַדְּלֵיקָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹסֵר בִּכְלֵי חֶרֶס חֲדָשִׁים מְלֵאִין מַיִם, לְפִי שֶׁאֵין יְכוֹלִין לְקַבֵּל אֶת הָאוּר וְהֵן מִתְבַּקְּעִין וּמְכַבִּין אֶת הַדְּלֵיקָה.

MICHNA. Rabbi Chimon ben Nanas dit : on étend une peau de chevreau sur un coffre, une caisse ou une armoire qui ont pris feu, parce qu'elle roussit.

Et on fait une barrière avec tous les récipients, pleins ou vides, pour que l'incendie ne passe pas. Rabbi Yossi l'interdit avec des récipients d'argile neufs remplis d'eau, parce qu'ils ne peuvent supporter le feu : ils éclatent et éteignent l'incendie.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' עוֹר שֶׁל גְּדִי לח:
Michna. Une peau de chevreau : humide.
מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְחָרֵךְ מִן הָאוּר וּבְלַעַ"ז רטריי"ט וְאֵינוֹ נִשְׂרָף וּמִתּוֹךְ כָּךְ הוּא מֵגֵין עַל הַתֵּיבָה:
Parce qu'elle roussit : sous l'effet du feu ; en langue étrangère : retrait (se contracter). Elle ne brûle pas, et de ce fait elle protège le coffre.
בֵּין מְלֵאִים מַיִם:
Pleins : d'eau.
שֶׁאֵינָן יְכוֹלִין לְקַבֵּל כֹּחַ הָאוֹר מִפְּנֵי שֶׁחֲדָשִׁים הֵם:
Parce qu'ils ne peuvent supporter la force du feu : parce qu'ils sont neufs.
⚖️ Rosh (1)
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן נַנָּס אוֹמֵר פּוֹרְסִין עוֹר שֶׁל גְּדִי עַל גַּבֵּי שִׁידָּה תֵּיבָה וּמִגְדָּל שֶׁאָחַז בָּהֶן אֶת הָאוּר מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְחָרֵיךְ. וְעוֹשִׂין מְחִיצָה בְּכָל הַכֵּלִים בֵּין מְלֵאִים בֵּין רֵיקָנִים בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא תַּעֲבֹור הַדְּלֵיקָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹסֵר בִּכְלֵי חֶרֶס חֲדָשִׁים מְלֵאִים מַיִם מִפְּנֵי שֶׁאֵין מְקַבְּלִין אֶת הָאוּר וְהֵן מִתְבַּקְּעִין וּמְכַבִּין אֶת הַדְּלֵיקָה:
Rabbi Chimon ben Nanas dit : on étend une peau de chevreau sur un coffre, une caisse ou une armoire qui ont pris feu, parce qu'elle roussit. Et on fait une barrière avec tous les récipients, pleins ou vides, pour que l'incendie ne passe pas. Rabbi Yossi l'interdit avec des récipients d'argile neufs remplis d'eau, parce qu'ils ne supportent pas le feu : ils éclatent et éteignent l'incendie.
💡 Explication

Moyens de stopper le feu sans l'éteindre directement. La peau humide roussit sans brûler et protège le meuble. La barrière de récipients pleins d'eau : quand le feu les atteint, ils éclatent et l'eau éteint. C'est le gram kibouy (provoquer indirectement l'extinction).

Le Tanna kamma le permet ; Rabbi Yossi l'interdit pour les récipients d'argile neufs, qui éclatent à coup sûr. Le Roch (plus haut) tranche contre Rabbi Yossi.

10
גְּמָ׳ אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: טַלִּית שֶׁאָחַז בָּהּ הָאוּר מִצַּד אֶחָד — נוֹתְנִין עָלֶיהָ מַיִם מִצַּד אַחֵר, וְאִם כָּבְתָה — כָּבְתָה. מֵיתִיבִי: טַלִּית שֶׁאָחַז בָּהּ הָאוּר מִצַּד אֶחָד — פּוֹשְׁטָהּ וּמִתְכַּסֶּה בָּהּ, וְאִם כָּבְתָה — כָּבְתָה. וְכֵן סֵפֶר תּוֹרָה שֶׁאָחַז בּוֹ הָאוּר — פּוֹשְׁטוֹ וְקוֹרֵא בּוֹ, וְאִם כָּבָה — כָּבָה.

GUEMARA. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : un vêtement qui a pris feu d'un côté, on met de l'eau de l'autre côté, et s'il s'éteint, il s'éteint.

On objecte : un vêtement qui a pris feu d'un côté, on le déploie et on s'en couvre, et s'il s'éteint, il s'éteint. De même, un Sefer Torah qui a pris feu, on le déploie et on y lit, et s'il s'éteint, il s'éteint.

🗂️ Tossefot (1)
נוֹתֵן מַיִם מִצַּד זֶה פֵּירֵשׁ רַשְׁבַּ"ם לָאו דַּוְקָא עַל הַטַּלִּית דְּהָא קי"ל בְּפֶ' דַּם חַטָּאת (זְבָחִים צַד:) דִּבְבֶגֶד שְׁרִיָּיתוֹ זֶהוּ כִּיבּוּסוֹ וּלְעֵיל בְּסוֹף פֶּרֶק שְׁמֹנָה שְׁרָצִים (שַׁבָּת דַּף קיא.) פֵּירַשְׁתִּי:
On met de l'eau de ce côté : le Rachbam explique que ce n'est pas précisément sur le vêtement, car nous tenons, au chapitre Dam hatat (Zevahim 94b), que pour un habit, le tremper équivaut à le laver. Je l'ai expliqué plus haut, à la fin du chapitre Chemona cheratsim (Chabbat 111a).
💡 Explication

Rav permet de mettre de l'eau sur la partie qui n'a pas encore brûlé : le feu s'arrête en l'atteignant. C'est du gram kibouy, comme dans la Michna.

L'objection (miteivi) : la baraita ne permet qu'une action ordinaire (se couvrir, lire), sans ajouter d'eau. La réponse vient au daf suivant.

Tossefot (Rachbam) : l'eau n'est pas versée sur le tissu lui-même, car mouiller un vêtement est une forme de lavage (melakha de melaben).

🖼️ Schéma
Vêtement en feu : quelle action est permise ? Verser de l'eau sur le feu extinction directe interdit Rav : eau de l'autre côté le feu s'y arrête (gram kibouy) permis ? Baraita : s'en couvrir, lire le Sefer Torah s'il s'éteint, soit Objection (miteivi) : la baraita ne cite qu'une action normale, sans ajout d'eau. La Guemara répondra au daf suivant. Tossefot (Rachbam) : pas sur le vêtement lui-même (tremper = laver)
Vêtement en feu : extinction directe, gram kibouy selon Rav, et la baraita opposée.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).