Shabbat 120b — Gram kibouy (extinction indirecte), pessik reicheh et le Nom écrit sur la chair

Shabbat 120b

Sougya : Le daf achève la discussion sur l'extinction indirecte (gram kibouy) : Rav suit Rabbi Chimon ben Nanas, dont la Michna permet la barrière de récipients pleins d'eau. Suivent trois cas de lampe et de feu : la lampe sur une planche qu'on secoue, la lampe derrière une porte (que Rav maudissait, car c'est un pessik reicheh que même Rabbi Chimon interdit) et la porte ouverte face à un feu (Rav Yehouda permet, Abaye décrète).

La Guemara confronte ensuite la Michna à une baraita où Rabbi Yossi semble plus indulgent que les Rabbanan ; elle conclut que la baraita entière est de Rabbi Yossi. Enfin, elle oppose ces positions au cas du Nom de D.ieu écrit sur la chair lors d'une immersion : la raison des Rabbanan est l'interdit de se tenir nu devant le Nom, et la divergence porte sur l'obligation d'aller chercher un roseau.

Qui permet le gram kibouy ? Michna contre baraita Michna (120a) Tanna kamma : barrière de tous récipients R. Yossi : interdit argile neuve pleine => R. Yossi plus sévère Baraita Rabbanan : seulement récipients de métal R. Yossi : aussi Kfar Chihin, Kfar Hanania => R. Yossi plus indulgent Contradiction : l'inverse ? Proposition : inverser la Michna Rejetée : Rabba bar Tahalifa au nom de Rav : le Tanna qui interdit gram kibouy = R. Yossi Conclusion la baraita entière est de R. Yossi (hessourei mehasra : texte incomplet) Bilan : Rabbanan = gram kibouy permis R. Yossi = interdit pour les récipients qui éclatent
La contradiction sur le gram kibouy entre la Michna et la baraita, et sa résolution.
Trois cas : action permise dont peut résulter une extinction Lampe sur une planche on secoue, elle tombe Lampe derrière la porte on ouvre et ferme Porte face à un feu (medoura) Oubliée permis de secouer Posée planche = bassis : interdit Rav maudit pessik reicheh : même R. Chimon interdit Rav Yehouda permis (vent ordinaire) Abaye maudit : on décrète Principe davar cheein mitkaven : R. Yehouda interdit, R. Chimon permet pessik reicheh (la conséquence est certaine) : R. Chimon lui-même interdit Tossefot : on suit Abaye (batra), si le feu est proche de la porte
Lampe sur une planche, lampe derrière la porte, porte face au feu.
Le Nom écrit sur la chair et l'immersion Rabbanan il enroule un roseau (gomeh) sur le Nom Rabbi Yossi il s'immerge normalement, sans frotter 1re lecture : gram mehika (effacement indirect) Rabbanan interdisent, R. Yossi permet : l'inverse du feu ? R. Yossi : verset "vous ne ferez pas" l'acte est interdit, la grama permise ; au feu : bahoul al mamono (décret) Mais Rabbanan : si au feu, malgré l'affolement, c'est permis, ici à plus forte raison ! + roseau serré ? Rava bar Rav Chila : la raison est l'interdit de se tenir nu devant le Nom Si un roseau est disponible : tous l'exigent (la main peut s'oublier) Divergence : faut-il aller chercher un roseau ? Rabbanan : oui (suite au daf suivant) / R. Yossi : la main suffit
Le Nom écrit sur la chair : étapes de la discussion.
1
הוּא דְּאָמַר כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן נַנָּס.

C'est lui [Rav] qui a parlé selon Rabbi Chimon ben Nanas.

📜 Rachi (1)
גְּמ' הוּא דְּאָמַר כר"ש דְּשָׁרֵי לְעַכּוֹבֵי דְּלֵיקָה בְּעוֹר גְּדִי:
Guemara. C'est lui qui a parlé selon Rabbi Chimon : qui permet d'arrêter l'incendie avec une peau de chevreau.
💡 Explication

Réponse à l'objection de la fin du daf précédent : Rav (eau placée de l'autre côté du vêtement) suit Rabbi Chimon ben Nanas, l'auteur de la Michna qui permet d'arrêter le feu par une peau humide.

2
אֵימַר דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן נַנָּס ״מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְחָרֵךְ״, גְּרַם כִּיבּוּי מִי אָמַר? אִין, מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא רַבִּי יוֹסֵי אוֹסֵר בִּכְלֵי חֶרֶס חֲדָשִׁים מְלֵאִים מַיִם, שֶׁאֵינָן יְכוֹלִים לְקַבֵּל אֶת הָאוּר וְהֵן מִתְבַּקְּעִין וּמְכַבִּין אֶת הַדְּלֵיקָה — מִכְּלָל דְּתַנָּא קַמָּא שָׁרֵי.

Admettons que Rabbi Chimon ben Nanas ait dit [qu'on peut étendre la peau] "parce qu'elle roussit" ; a-t-il dit [qu'on peut] provoquer indirectement l'extinction (gram kibouy) ? — Oui : puisque la fin [de la Michna] enseigne : Rabbi Yossi interdit avec des récipients d'argile neufs remplis d'eau, car ils ne peuvent pas supporter le feu, ils éclatent et éteignent l'incendie. On en déduit que le Tanna kamma le permet.

📜 Rachi (2)
גְּרַם כִּיבּוּי כִּי הַאי גַווְנָא כְּשֶׁמַּגִּיעַ לַמַּיִם הוּא כָּבֶה:
Gram kibouy : de cette manière, lorsque [le feu] atteint l'eau, il s'éteint.
מִי אָמַר דִּילְמָא הָא דְּקָתָנֵי בְּמָתְנֵי' וְעוֹשִׂין מְחִיצָה בְּכָל הַכֵּלִים לָאו בַּחֲדָשִׁים הַמִּתְבַּקְּעִים קָאָמַר:
A-t-il dit : peut-être ce qui est enseigné dans notre Michna, "on fait une barrière avec tous les récipients", ne vise pas les [récipients] neufs qui éclatent.
🗂️ Tossefot (1)
גְּרַם כִּיבּוּי מִי אָמַר וא"ת הָא קָתָנֵי מַתְנֵי' בֵּין מְלֵאִים בֵּין רֵיקָנִים וּמַאי רְבוּתָא אִיכָּא טְפֵי בִּמְלֵאִים מִבְּרֵיקָנִים אִי לָאו דְּמַיְירֵי בְּדַרְכָּן לְהִשְׁתַּבֵּר וְי"ל דְּס"ד דְּמַייְרֵי בְּכֵלִים שֶׁאֵין דַּרְכָּן לְהִשְׁתַּבֵּר וקמ"ל דְּלָא גָּזְרִינַן אַטּוּ כֵּלִים שֶׁדַּרְכָּן לְהִשְׁתַּבֵּר:
A-t-il dit gram kibouy : et si tu demandes : la Michna enseigne pourtant "pleins ou vides" ; quelle nouveauté y a-t-il de plus pour les pleins que pour les vides, s'il ne s'agit pas de [récipients] qui ont tendance à se briser ? On peut répondre : on aurait pensé qu'il s'agit de récipients qui n'ont pas tendance à se briser, et elle nous apprend qu'on ne décrète pas [d'interdit] à cause des récipients qui ont tendance à se briser.
💡 Explication

La peau de chevreau roussit sans brûler : elle ne provoque aucune extinction. La Guemara cherche donc une preuve que Rabbi Chimon ben Nanas permet aussi le gram kibouy (l'extinction provoquée indirectement). Elle la trouve par inférence : Rabbi Yossi n'interdit que les récipients d'argile neufs, donc le Tanna kamma les permet.

3
תָּנוּ רַבָּנַן: נֵר שֶׁעַל גַּבֵּי טַבְלָא — מְנַעֵר אֶת הַטַּבְלָא וְהִיא נוֹפֶלֶת, וְאִם כָּבְתָה — כָּבְתָה. אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּשׁוֹכֵחַ, אֲבָל בְּמַנִּיחַ — נַעֲשָׂה בָּסִיס לְדָבָר הָאָסוּר.

Nos Maîtres ont enseigné : une lampe posée sur une planche, on secoue la planche et [la lampe] tombe ; et si elle s'éteint, elle s'éteint. L'école de Rabbi Yannai a dit : on ne l'a enseigné que pour celui qui l'a oubliée ; mais pour celui qui l'y a posée, [la planche] devient un support (bassis) pour une chose interdite.

📜 Rachi (3)
נֵר דּוֹלֵק קרושיי"ל:
Lampe : allumée ; [en vieux français] croisuel.
אֶלָּא בְּשָׁכַח דְּשָׁכְחוּ מִבְּעוֹד יוֹם עַל הַטַּבְלָא שֶׁלֹּא מִדַּעַת:
Seulement s'il a oublié : il l'a oubliée sur la planche dès la veille, sans intention.
אֲבָל מַנִּיחַ נַעֲשֵׂית טַבְלָא בָּסִיס לַדָּבָר הָאָסוּר וְאָסוּר לְטַלְטְלָהּ כְּדֵי לְנַעֲרָה:
Mais s'il l'a posée, elle devient : la planche devient support d'une chose interdite, et il est interdit de la déplacer pour la secouer.
🗂️ Tossefot (1)
מְנַעֵר אֶת הַטַּבְלָא וְהִיא נוֹפֶלֶת וְאִם כָּבְתָה כָּבְתָה אוֹמֵר רִ"י דְּמַיְירֵי דְּלֵיכָּא שֶׁמֶן בַּנֵּר דְּאִי אִיכָּא שֶׁמֶן בַּנֵּר חַיָּיב שֶׁהֲרֵי שׁוֹפֵךְ מִמֶּנּוּ וְהָוֵי כְּמִסְתַּפֵּק מִמֶּנּוּ דְּחַייָּב מִשּׁוּם מְכַבֶּה כִּדְאָמַר בפ"ב דְּבֵיצָה (דַּף כב:) וּבַיְּרוּשַׁלְמִי מוּקֵי לָהּ בְּנֵר שֶׁכָּבָה וְלָא קָתָנֵי בְּהַךְ בָּרַיְיתָא וְאִם כָּבְתָה כָּבְתָה וַאֲתָא לְאַשְׁמְעִינַן הֶיתֵּר טִלְטוּל ע"י נֵיעוֹר לְר' יְהוּדָה דְּאָסַר טִלְטוּל בְּנֵר שֶׁכָּבָה אִי נָמֵי אֲפִילּוּ לְר"ש וּבְנֵר גָּדוֹל כְּגוֹן קְעָרָה וַעֲשָׁשִׁית דְּמוֹדֶה ר"ש כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק [כִּירָה] (דַּף מד.) אוֹ כְּשֶׁיֵּשׁ אֵפֶר וְגַחֶלֶת אֶלָּא שֶׁכָּבָה הַשַּׁלְהֶבֶת:
On secoue la planche et elle tombe, et si elle s'éteint elle s'éteint : le Ri dit qu'il s'agit d'une lampe sans huile ; s'il y avait de l'huile dans la lampe, on serait passible, puisqu'on en déverse, ce qui équivaut à en prélever, pour quoi on est passible au titre d'éteindre, comme on le dit au deuxième chapitre de Beitsa (22b). Le Yerouchalmi l'applique à une lampe déjà éteinte, et cette baraita n'enseignerait pas "si elle s'éteint, elle s'éteint" ; elle viendrait nous apprendre la permission de déplacer en secouant, selon Rabbi Yehouda qui interdit de déplacer une lampe éteinte ; ou même selon Rabbi Chimon, pour une grande lampe comme un plat ou une lanterne, pour lesquelles Rabbi Chimon reconnaît [l'interdit], comme on le dit au chapitre Kira (44a) ; ou lorsqu'il reste de la cendre et une braise, mais que la flamme s'est éteinte.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר נֵר שֶׁעַל גַּבֵּי הַטַּבְלָא מְנַעֵר אֶת הַטַּבְלָא וְהִיא נוֹפֶלֶת מֵאֵלֶיהָ פירש"י דְּאַיְירֵי בְּנֵר דָּלוּק. וְצָרִיךְ לוֹמַר שֶׁאֵין בּוֹ שֶׁמֶן דְּאִי הֲוָה בֵּיהּ שֶׁמֶן הֲרֵי הוּא שׁוֹפֵךְ מִמֶּנּוּ וְהָוֵי כְּמִסְתַּפֵּק מִן הַנֵּר בְּשָׁעָה שֶׁהוּא דּוֹלֵק וְחַיָּיב מִשּׁוּם מְכַבֶּה. וּלְפֵירוּשׁ הֶעָרוּךְ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן לָא מִחַיַּיב בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ אֶלָּא הֵיכָא דְּנִיחָא לֵיהּ בְּאוֹתָהּ מְלָאכָה דְּאִיכָּא לְמֵימַר אֲנַן סָהֲדֵי דְּקָמְכַוֵּין אִיכָּא לְאוֹקְמָא אַפֵּי' בְּנֵר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שֶׁמֶן כֵּיוָן דְּלָא מְהַנֵּי לֵיהּ מִידִי בְּהַהוּא כִּבּוּי. וּבַיְּרוּשַׁלְמִי מוּקֵי לָהּ בְּנֵר שֶׁכָּבָה וְלָא קָתָנֵי וְאִם כָּבְתָה כָּבְתָה וְהָכִי תַּנְיָא הָתָם נֵר שֶׁהָיָה מֻונָּח עַל הַטַּבְלָא מְסַלֵּק אֶת הַטַּבְלָא וְהוּא נוֹפֵל אָמַר ר' יוֹחָנָן קָרוֹב הוּא לָבֹא לִידֵי חִיּוּב חַטָּאת. לְפָנָיו מִשּׁוּם מַבְעִיר. לַאֲחוֹרָיו מִשּׁוּם מְכַבֶּה. תָּנֵי ר' שְׁמוּאֵל בַּר אַבָּא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן בְּכָבָה. אֲמַר לֵיהּ תָּנוּחַ דַּעְתְּךָ שֶׁהִנַּחְתָּ דַּעְתִּי. וְאָתֵי לְאַשְׁמוֹעִינַן הֶיתֵּר טִלְטוּל עַל יְדֵי נִדְנוּד וְאָתֵי כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָסַר טִלְטוּל גָּמוּר בְּנֵר שֶׁכָּבָה. אִי נָמֵי אֲפִילּוּ כְּר' שִׁמְעוֹן וּבְנֵר גָּדוֹל כְּגוֹן כּוֹס קְעָרָה וַעֲשָׁשִׁית דְּאָמַר בְּבַמֶּה מַדְלִיקִין דְּמוֹדֶה בְּהוּ רַבִּי שִׁמְעוֹן. אִי נָמֵי כְּגוֹן שֶׁעֲדַיִין יֵשׁ בּוֹ גַּחֶלֶת שֶׁהַשַּׁלְהֶבֶת כָּבְתָה וְאַשְׁמוֹעִינַן שֶׁמֻּותָּר לְנַעֵר: וְאִם כָּבְתָה כָּבְתָה אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּשׁוֹכֵחַ אֲבָל בְּמַנִּיחַ נַעֲשָׂה בָּסִיס לְדָבָר הָאָסוּר לוֹ:
Nos Maîtres ont enseigné : une lampe sur une planche, on secoue la planche et elle tombe d'elle-même. Rachi explique qu'il s'agit d'une lampe allumée. Il faut dire qu'elle ne contient pas d'huile : s'il y avait de l'huile, on en déverserait, ce qui équivaut à prélever de la lampe pendant qu'elle brûle, et on serait passible au titre d'éteindre. Selon l'explication du Aroukh, pour qui Rabbi Chimon ne rend passible dans le pessik reicheh que lorsque cette melakha lui convient (niha leh), car on peut alors dire "nous sommes témoins (anan sahadei) qu'il en a l'intention", on peut l'appliquer même à une lampe qui contient de l'huile, puisque cette extinction ne lui apporte rien. Le Yerouchalmi l'applique à une lampe éteinte et n'enseigne pas "si elle s'éteint, elle s'éteint". Il est enseigné là-bas : une lampe posée sur une planche, on retire la planche et elle tombe. Rabbi Yo'hanan dit : c'est proche d'entraîner l'obligation d'un sacrifice expiatoire (hatat) : vers l'avant au titre d'allumer, vers l'arrière au titre d'éteindre. Rabbi Chmouel bar Abba l'enseigna devant Rabbi Yo'hanan au sujet d'une [lampe] éteinte. Il lui dit : que ton esprit soit apaisé, car tu as apaisé le mien. [La baraita] vient donc nous apprendre la permission de déplacer en secouant, selon Rabbi Yehouda qui interdit le déplacement complet d'une lampe éteinte ; ou même selon Rabbi Chimon, pour une grande lampe comme un gobelet, un plat ou une lanterne, dont on dit au chapitre Bameh madlikin que Rabbi Chimon reconnaît [l'interdit] ; ou encore lorsqu'il y reste une braise alors que la flamme s'est éteinte, et elle nous apprend qu'il est permis de secouer. "Et si elle s'éteint, elle s'éteint" : l'école de Rabbi Yannai a dit : on ne l'a enseigné que pour celui qui oublie ; mais pour celui qui pose, [la planche] devient pour lui support d'une chose interdite.
💡 Explication

On ne déplace pas directement la lampe (mouktse) : on secoue la planche. Si la lampe s'éteint en tombant, c'est un davar cheein mitkaven (conséquence non voulue).

L'école de Rabbi Yannai limite cela à la lampe oubliée. Si on l'a posée volontairement avant Chabbat, la planche devient bassis (support) de l'objet interdit et prend son statut : on ne peut plus la déplacer du tout.

Tossefot et le Roch : s'il y avait de l'huile, la chute en déverserait et réduirait la flamme, ce qui serait un acte d'éteindre ; on parle donc d'une lampe sans huile.

4
תַּנָּא: נֵר שֶׁאֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת — פּוֹתֵחַ וְנוֹעֵל כְּדַרְכּוֹ, וְאִם כָּבְתָה — כָּבְתָה. לָיֵיט עֲלָהּ רַב. אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא, וְאָמְרִי לָהּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא לְרַב אָשֵׁי: מַאי טַעְמָא לָיֵיט עֲלַהּ רַב? אִילֵּימָא מִשּׁוּם דְּרַב סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה, וְתָנָא קָתָנֵי לַהּ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן. מִשּׁוּם דְּרַב סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה, כָּל דְּתָנֵי כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן מֵילָט לָיֵיט לֵיהּ?!

On a enseigné : une lampe derrière la porte, on ouvre et on ferme normalement, et si elle s'éteint, elle s'éteint. Rav maudissait [cet enseignement].

Ravina dit à Rav Aha fils de Rava — et certains disent : Rav Aha fils de Rava à Rav Achi — : pourquoi Rav le maudissait-il ? Si l'on dit : parce que Rav tient comme Rabbi Yehouda, et que le Tanna l'enseigne selon Rabbi Chimon — parce que Rav tient comme Rabbi Yehouda, maudirait-il quiconque enseigne selon Rabbi Chimon ?!

📜 Rachi (2)
לָייֵט עָלֶיהָ עַל כָּל הַמּוֹרִין כֵּן:
Il le maudissait : [il maudissait] tous ceux qui enseignent ainsi.
כְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין אָסוּר:
Comme Rabbi Yehouda : qui dit qu'une chose non intentionnelle (davar cheein mitkaven) est interdite.
🗂️ Tossefot (1)
פּוֹתֵחַ וְנוֹעֵל כְּדַרְכּוֹ אע"פ שע"י כֵּן מִתְנַדְנֵד הַנֵּר וּמִתְרַחֵק הַשֶּׁמֶן מִן הַשַּׁלְהֶבֶת אוֹ מִתְקָרֵב וְהָוֵי מְכַבֶּה אוֹ מַבְעִיר אֲבָל אֵין לְפָרֵשׁ מִשּׁוּם כִּיבּוּי דְּרוּחַ דַּאֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת לֵיכָּא רוּחַ וְעוֹד דְּא"כ הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר פּוֹתֵחַ אָדָם דֶּלֶת כְּנֶגֶד הַנֵּר כִּדְקָאָמַר בְּסָמוּךְ כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה וְעוֹד דְּתִינַח פּוֹתֵחַ נוֹעֵל מַאי אִיסּוּרָא אִיכָּא אֶלָּא כִּדְפָרֵישִׁית וְאִי לָאו מִשּׁוּם כִּיבּוּי וְהַבְעָרָה מִשּׁוּם טִלְטוּל אֵין לֶאֱסֹור דְּבִנְעִילַת דֶּלֶת לָא חֲשִׁיב טִלְטוּל וְגַם לָא הָוֵי בָּסִיס לְדָבָר הָאָסוּר דְּבַיִת חָשׁוּב הוּא וּבָטֵל אַגַּב בַּיִת אִי נָמֵי בְּשָׁכַח דְּלָא הָוֵי בָּסִיס:
On ouvre et on ferme normalement : bien que la lampe soit ainsi secouée et que l'huile s'éloigne de la flamme ou s'en rapproche, ce qui revient à éteindre ou à allumer. On ne peut pas expliquer qu'il s'agit d'une extinction par le vent : derrière la porte il n'y a pas de vent ; de plus, il aurait fallu dire alors "on ouvre une porte face à la lampe", comme on le dit plus bas "face au feu" ; de plus, passe encore pour ouvrir, mais pour fermer, quel interdit y aurait-il ? C'est donc comme je l'ai expliqué. En dehors de la question d'éteindre et d'allumer, il n'y a pas lieu d'interdire au titre du déplacement (tiltoul) : fermer une porte n'est pas considéré comme un déplacement, et [la porte] ne devient pas non plus support d'une chose interdite, car la maison est l'élément important et [la porte] s'annule par rapport à la maison ; ou bien il s'agit du cas où il l'a oubliée, ou elle ne devient pas support.
⚖️ Rosh (1)
נֵר שֶׁאֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת אָסוּר לִפְתֹּוחַ וְלִנְעֹול כְּדַרְכּוֹ דְּאַבָּיֵי וְרָבָא דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ מוֹדֶה רַבִּי שִׁמְעוֹן בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ וְלֹא יָמוּת. רַשִׁ"י פֵּירֵשׁ שֶׁהַנֵּר מֻונָּח אֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת וְחָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יְכַבֶּנּוּ הָרוּחַ. ור"ח זַ"ל פִּי' שֶׁהַנֵּר קָבוּעַ בַּכֹּותֶל שֶׁאֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת וּכְשֶׁפּוֹתֵחַ הַדֶּלֶת נוֹקֵשׁ בַּכֹּותֶל וְאִיכָּא לְמִיחַשׁ שֶׁמָּא יִכְבֶּה הַנֵּר. ור"י פֵּירֵשׁ שֶׁהַנֵּר תָּקוּעַ בַּאֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת וּבִפְתִיחַת הַדֶּלֶת וּבִנְעִילָתוֹ מְרַחֵק אֶת הַשֶּׁמֶן מִן הַפְּתִילָה אוֹ מְקָרְבוֹ אֶל הַפְּתִילָה וְאָסוּר לִפְתֹּוחַ הַדֶּלֶת כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה אַפֵּי' בְּרוּחַ מְצוּיָה:
Une lampe derrière la porte : il est interdit d'ouvrir et de fermer normalement, car Abaye et Rava disent tous deux : Rabbi Chimon reconnaît [l'interdit] dans le cas de "on lui coupe la tête, ne mourra-t-il pas ?" (pessik reicheh). Rachi explique que la lampe est posée derrière la porte et qu'on craint que le vent ne l'éteigne. Rabbeinou Hananel explique que la lampe est fixée dans le mur derrière la porte : quand on ouvre la porte, elle heurte le mur, et il y a lieu de craindre que la lampe ne s'éteigne. Le Ri explique que la lampe est fichée à l'arrière de la porte : en ouvrant et en fermant la porte, on éloigne l'huile de la mèche ou on l'en rapproche. Et il est interdit d'ouvrir la porte face à un feu, même par un vent ordinaire.
💡 Explication

La question porte sur davar cheein mitkaven : un acte permis (ouvrir une porte) dont peut résulter un interdit non voulu. Rabbi Yehouda l'interdit, Rabbi Chimon le permet, et la halakha suit Rabbi Chimon. Une malédiction de Rav contre un enseignement conforme à Rabbi Chimon serait donc étonnante.

Trois explications du cas : Rachi (le vent), Rabbeinou Hananel (le choc contre le mur), Ri / Tossefot (la lampe fixée à la porte, l'huile bouge).

5
אֲמַר לֵיהּ: בְּהָא אֲפִילּוּ רַבִּי שִׁמְעוֹן מוֹדֶה. דְּהָא אַבָּיֵי וְרָבָא דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: מוֹדֶה רַבִּי שִׁמְעוֹן בְּ״פָּסֵיק רֵישֵׁיהּ וְלָא יָמוּת״.

Il lui répondit : dans ce cas, même Rabbi Chimon reconnaît [l'interdit], puisque Abaye et Rava disent tous deux : Rabbi Chimon reconnaît [l'interdit] dans le cas de "on lui coupe la tête, ne mourra-t-il pas ?" (pessik reicheh vélo yamout).

📜 Rachi (1)
בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ וְהָכָא נָמֵי הָרוּחַ מְכַבֵּהוּ:
Dans pessik reicheh : ici aussi, le vent l'éteint [à coup sûr].
💡 Explication

Pessik reicheh : si l'on coupe la tête d'un animal, on ne peut pas prétendre ne pas vouloir sa mort. Quand la conséquence interdite est certaine, l'absence d'intention ne suffit plus, et même Rabbi Chimon interdit. Rav maudissait donc un enseignement qui permettait un pessik reicheh.

6
אָמַר רַב יְהוּדָה: פּוֹתֵחַ אָדָם דֶּלֶת כְּנֶגֶד מְדוּרָה בְּשַׁבָּת. לָיֵיט עֲלָהּ אַבַּיֵּי. בְּמַאי עָסְקִינַן? אִילֵּימָא בְּרוּחַ מְצוּיָה — מַאי טַעְמֵיהּ דְמַאן דְּאָסַר?! אִי בְּרוּחַ שֶׁאֵינָהּ מְצוּיָה — מַאי טַעְמָא דְמַאן דְּשָׁרֵי?! לְעוֹלָם בְּרוּחַ מְצוּיָה: מַר סָבַר גָּזְרִינַן, וּמַר סָבַר לָא גָּזְרִינַן.

Rav Yehouda a dit : on peut ouvrir une porte face à un feu (medoura) le Chabbat. Abaye maudissait [cela].

De quoi s'agit-il ? Si c'est par un vent ordinaire (roua'h metsouya), quelle est la raison de celui qui interdit ?!

Si c'est par un vent inhabituel, quelle est la raison de celui qui permet ?! — En fait, par un vent ordinaire : l'un pense qu'on décrète [un interdit], l'autre pense qu'on ne décrète pas.

📜 Rachi (2)
כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה ואע"פ שֶׁרוּחַ מְנַשֶּׁבֶת וּמַבְעִיר הָאוֹר:
Face au feu : bien que le vent souffle et attise le feu.
מַאי טַעְמָא דְּמַאן דְּאָסַר אֵין דֶּרֶךְ לְהַבְעִיר בְּרוּחַ מְצוּיָה וְלָא פָּסֵיק רֵישֵׁיהּ וְלָא יָמוּת הוּא:
Quelle est la raison de celui qui interdit : un vent ordinaire n'attise habituellement pas [le feu], et il n'y a donc pas là de pessik reicheh.
🗂️ Tossefot (1)
מַר סָבַר גָּזְרִינַן הִלְכָּךְ צָרִיךְ לִיזָּהֵר שֶׁלֹּא לִפְתֹּוחַ הַדֶּלֶת לִפְנֵי הַמְּדוּרָה אֲפִילּוּ בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּהָא לָייֵט עֲלָהּ אַבַּיֵּי דְּהָוֵי בָּתְרָאָה והנ"מ כְּשֶׁהַמְּדוּרָה קְצָת קְרוֹבָה אֵצֶל הַדֶּלֶת:
L'un pense qu'on décrète : c'est pourquoi il faut veiller à ne pas ouvrir la porte devant le feu, même par un vent ordinaire, puisque Abaye, qui est plus tardif (batra), le maudissait. Cela ne vaut que lorsque le feu est assez proche de la porte.
💡 Explication

Ouvrir la porte fait entrer l'air, qui peut attiser le feu (melakha de mavir). Par un vent ordinaire, l'effet est incertain ; par un vent fort, il est quasi certain. Les deux Amoraim parlent du vent ordinaire : Abaye décrète par crainte du vent fort, Rav Yehouda ne décrète pas.

Tossefot tranche comme Abaye, selon la règle hilkheta kebatraei (la halakha suit les plus tardifs).

🖼️ Schéma
Ouvrir une porte face au feu Vent ordinaire n'attise pas le feu Vent inhabituel attise le feu Cas discuté vent ordinaire personne n'interdirait personne ne permettrait Rav Yehouda pas de décret Abaye décret
Vent ordinaire ou inhabituel : la divergence porte sur le décret.
7
עוֹשִׂין מְחִיצָּה כו׳. לְמֵימְרָא דְּרַבָּנַן סָבְרִי גְּרַם כִּבּוּי מֻותָּר, וְרַבִּי יוֹסֵי סָבַר גְּרַם כִּבּוּי אָסוּר? וְהָא אִיפְּכָא שָׁמְעִינַן לְהוּ. דְּתַנְיָא: עוֹשִׂין מְחִיצָה בְּכֵלִים רֵיקָנִין, וּבִמְלֵאִין שֶׁאֵין דַּרְכָּן לְהִשְׁתַּבֵּר. וְאֵלּוּ מְלֵאִין שֶׁאֵין דַּרְכָּן לְהִשְׁתַּבֵּר — כְּלֵי מַתָּכוֹת. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אַף כְּלֵי כְּפַר שִׁיחִין וּכְלֵי כְּפַר חֲנַנְיָה אֵין דַּרְכָּן לְהִשְׁתַּבֵּר. וְכִי תֵּימָא: אִיפּוּךְ מַתְנִיתִין, וְרַבִּי יוֹסֵי דְּבָרַייְתָא לְדִבְרֵיהֶם קָאָמַר. וּמִי מָצֵית אָפְכַתְּ לַהּ? וְהָאָמַר רַבָּה בַּר תַּחְלִיפָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: מַאן תָּנָא גְּרַם כִּבּוּי אָסוּר — רַבִּי יוֹסֵי!

"On fait une barrière, etc." Faut-il en conclure que les Rabbanan pensent que le gram kibouy est permis, et Rabbi Yossi qu'il est interdit ? Or nous les avons entendus [dire] l'inverse !

Car il a été enseigné : on fait une barrière avec des récipients vides, et avec des pleins qui n'ont pas tendance à se briser. Et quels sont les pleins qui n'ont pas tendance à se briser ?

Les récipients de métal. Rabbi Yossi dit : même les récipients de Kfar Chihin et ceux de Kfar Hanania n'ont pas tendance à se briser.

Et si tu dis : inverse la Michna, et Rabbi Yossi, dans la baraita, parle selon leur opinion [celle des Rabbanan] — peux-tu donc l'inverser ? Rabba bar Tahalifa n'a-t-il pas dit au nom de Rav : qui est le Tanna [pour qui] le gram kibouy est interdit ?

Rabbi Yossi !

📜 Rachi (4)
אַף כְּלֵי כְּפַר שִׁיחִין חֶרֶס הֶעָשׂוּי מֵאוֹתוֹ עָפָר חָזָק הוּא וְאֵין מִשְׁתַּבֵּר אַלְמָא לְר' יוֹסֵי בִּגְרַם כִּבּוּי טְפֵי מֵיקֵל מִדְּרַבָּנָן:
Même les récipients de Kfar Chihin : l'argile faite de cette terre est solide et ne se brise pas. Il en ressort que, pour le gram kibouy, Rabbi Yossi est plus indulgent que les Rabbanan.
וְכִי תֵּימָא אִיפּוּךְ מַתְנֵי' וְתָנֵי בְּרֵישָׁא דִּבְרֵי ר' יוֹסֵי וַחֲכָמִים אוֹסְרִין בִּכְלִי חֶרֶס חֲדָשִׁים כו':
Et si tu dis : inverse la Michna : et enseigne au début les paroles de Rabbi Yossi, puis "les Sages interdisent avec des récipients d'argile neufs, etc."
וְר' יוֹסֵי דְּבָרַיְיתָא דְּמַשְׁמַע דִּבְהָנְהוּ דְּפָקְעִי מוֹדֶה דְּהָא כָּפַר שִׁיחִין וְכִפֶּר חֲנַנְיָה הוּא דְּקָשָׁרֵי:
Et Rabbi Yossi de la baraita : qui laisse entendre qu'il reconnaît [l'interdit] pour ceux qui éclatent, puisque ce sont [seulement] ceux de Kfar Chihin et de Kfar Hanania qu'il permet.
לְדִבְרֵיהֶם קָאָמַר לְהוּ לְדִידִי כָּל הַכֵּלִים שָׁרוּ דִּגְרַם כִּבּוּי מֻותָּר אֶלָּא לְדִידְכוּ נְהִי דְּאָסְרִיתוּ גְּרַם כִּבּוּי אוֹדוּ לִי מִיהַת דִּבְהָנֵי אֲפִילּוּ גְּרַם לֵיכָּא:
Il leur parle selon leur opinion : pour moi, tous les récipients sont permis, car le gram kibouy est permis ; mais selon vous, même si vous interdisez le gram kibouy, reconnaissez-moi au moins que pour ceux-ci il n'y a même pas de grama.
🗂️ Tossefot (3)
וְהָא אִיפְּכָא שָׁמְעִינַן לְהוּ לָאו דַּווְקָא אִיפְּכָא דְּר' יוֹסֵי דְּבָרַייְתָא הָוֵי כְּמוֹ מַתְנֵי' דְּאָסַר דַּרְכּוֹ לְהִשְׁתַּבֵּר אֶלָּא הַייְנוּ אִיפְּכָא דִּבְמַתְנִיתִין מַחְמִיר ר' יוֹסֵי טְפֵי מִדְּרַבָּנָן וּבַבָּרַיְיתָא מֵיקֵל טְפֵי:
Or nous les avons entendus [dire] l'inverse : l'inverse n'est pas à prendre à la lettre, car Rabbi Yossi de la baraita est comme [celui de] la Michna, qui interdit [les récipients] qui ont tendance à se briser. "L'inverse" signifie que dans la Michna Rabbi Yossi est plus sévère que les Rabbanan, et dans la baraita plus indulgent.
וְכִי תֵּימָא אִיפּוּךְ מַתְנֵי' כּוּ' וְא"ת מ"מ תִּקְשֶׁה דִּבְמַתְנִי' לָא אָסְרִי רַבָּנָן אֶלָּא חֶרֶס חָדָשׁ וּבַבָּרַיְיתָא אָסְרִי אַפֵּי' יָשָׁן מִדִּנְקַט כְּלֵי מַתָּכוֹת וי"ל דְּנָקַט בַּבָּרַיְיתָא כְּלֵי מַתָּכוֹת מִשּׁוּם דְּאֵין חִילּוּק בָּהֶם בֵּין חֲדָשִׁים לִישָׁנִים וה"ה כְּלִי חֶרֶס יָשָׁן:
Et si tu dis : inverse la Michna, etc. : et si tu demandes : de toute façon la difficulté demeure, car dans la Michna les Rabbanan n'interdisent que l'argile neuve, alors que dans la baraita ils interdisent même l'ancienne, puisqu'ils ne citent que les récipients de métal. On peut répondre : la baraita cite les récipients de métal parce qu'il n'y a pour eux aucune distinction entre neufs et anciens, et il en va de même pour les récipients d'argile anciens.
וְהָאָמַר רַבָּה כו' וְאִם תֹּאמַר וְאַמַּאי לֹא מִפִּיךָ בָּרַייְתָא דִּטְפֵי אִית לָן לְאַפּוֹכַהּ מִמַּתְנִי' וְהָוֵי אָתֵי נַמֵּי שַׁפִּיר הָא דְּרַבָּה בַּר תַּחְלִיפָא וְנֵימָא דְּרַבָּנָן לְדִבְרֵי ר' יוֹסֵי קָאָמְרִי וְאִינְהוּ שָׁרִי אַף בִּכְלִי חֶרֶס חָדָשׁ וי"ל דְּהַתַּלְמוּד לָא קָאָמַר אֶלָּא דַּאֲפִילּוּ מִפִּיךָ מַתְנֵי' לָא אָתֵי שַׁפִּיר אֶלָּא עַל כָּרְחָיךְ בָּרַיְיתָא אִית לָן לְתָרוֹצֵי וְכֵיוָן דְּאָתֵינָא לְהָכִי לֹא צָרִיךְ לַהֲפוּכָה אֶלָּא לְמֵימַר חַסּוּרֵי מִיחַסְּרָא:
Et Rabba n'a-t-il pas dit, etc. : et si tu demandes : pourquoi ne pas inverser la baraita ? Il est plus justifié de l'inverser que la Michna, et l'enseignement de Rabba bar Tahalifa s'accorderait aussi ; on dirait que les Rabbanan parlent selon l'opinion de Rabbi Yossi, et qu'eux-mêmes permettent même les récipients d'argile neufs. On peut répondre : le Talmud dit seulement que même en inversant la Michna cela ne s'accorde pas ; forcé est donc de résoudre [la difficulté] par la baraita, et une fois arrivé là, il n'est pas besoin de l'inverser : il suffit de dire qu'il y manque [un passage] (hessourei mehasra).
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהָאָמַר רַב קַטִּינָא. הִקְשָׁה הָרִי"ף זַ"ל דַּהֲוָה לֵיהּ לְמִרְמֵי קְרָאֵי אַהֲדָדֵי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בְּלָאו הָכִי יֵשׁ לְפָרֵשׁ הַכָּתוּב כִּפְשׁוּטוֹ, שֶׁהֵם נוֹתְנִים עֵינֵיהֶם בְּבַעַל הַמָּמוֹן שֶׁמַּכִּירִים אוֹתוֹ שֶׁהוּא עָשִׁיר בְּשִׂמְלָתוֹ שֶׁהִיא חֲשׁוּבָה וּמְהֻודֶּרֶת, וְרוֹצִים לְהִסְתּוֹפֵף בְּצִילּוֹ לִהְיוֹת לוֹ לַעֲבָדִים וּמְשָׁרְתִים בְּבֵיתוֹ כְּדֵי שֶׁיֹּאכְלֵם וְיַשְׁקֵם וְיִלְבָּשָׁם, וְלָכֵן א"ל (יְשַׁעְיָהוּ ג, ו) שִׂמְלָה לְכָה, שֶׁנִּיכָּר בָּהּ שֶׁאַתָּה עָשִׁיר, לְכָךְ קָצִין תִּהְיֶה לָנוּ שֶׁנִּהְיֶה מְשָׁרְתִים אוֹתְךָ, וְהוּא מַכְחִישׁ וְנִשְׁבַּע עַל שֶׁקֶר בְּאוֹמְרוֹ לֹא אֶהְיֶה חֹבֵשׁ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֵין אֲנִי בַּעַל מָמוֹן שֶׁרָאוּי לִי לִהְיוֹת חָבוּשׁ בְּבֵיתִי כְּדֶרֶךְ הַקְּצִינִים וְתִהְיֶה מְלַאכְתִּי נַעֲשֵׂית עַל יְדֵי מְשָׁרְתִים וַעֲבָדִים, אֶלָּא אֲנִי בְּעַצְמִי צָרִיךְ לָצֵאת וְלָבֹא לְהָבִיא טֶרֶף לְבֵיתִי לֶחֶם לֶאֱכֹול וּבֶגֶד לִלְבֹּושׁ כִּי אֵין בְּבֵיתִי לֶחֶם וְשִׂמְלָה! אוֹ אֲפִילּוּ אִם נְפָרֵשׁ הַכָּתוּב כְּדִבְרֵי רַב קַטִּינָא דְּקָאֵי עַל דִבְרֵי תוֹרָה עִם כָּל זֶה לֵיכָּא קֻושְׁיָא, דְּיֵשׁ לוֹמַר מַה שֶׁאוֹמֵר אֵין בְּיָדִי לֹא מִקְרָא וְכוּ' מְשַׁקֵּר בָּזֶה כְּדֵי שֶׁלֹּא יוֹצִיא זְמַנּוֹ בְּלִימּוּדוֹ אוֹתָם, אֶלָּא רוֹצֶה לַעֲסֹוק בַּעֲסָקָיו, וּבָא הַכָּתוּב לִגְנוּתָם שֶׁהֵם מַכְחִישִׁים וְנִשְׁבָּעִים בְּשֶׁקֶר גַּם בִּדְבָרִים אֵלּוּ שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם מִצְוָה. בְּרַם אִי קַשְׁיָא הָא קַשְׁיָא, דַּהֲוָה לֵיהּ לְהַקְשׁוֹת מִן פָּסוּק (יִרְמְיָהוּ ה, א) מְבַקֵּשׁ אֱמוּנָה עַל רַב קַטִּינָא עַצְמוֹ וְלָמָּה תָּלָה הַקֻּושְׁיָא בְּדִבְרֵי רָבָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מִן הַפָּסוּק עַצְמוֹ לֵיכָּא קֻושְׁיָא לְרַב קַטִּינָא, דְּיֵשׁ לוֹמַר בָּא לְגַנּוֹת הַשּׁוֹפְטִים דְּאֵין מְבַקְּשִׁים עֵדִים כְּשֵׁרִים. אֶלָּא פּוֹסְקִין הַדִּין גַּם עַל עֵדוּת פְּסוּלִים דְּהַיְינוּ פְּסוּלִין בַּעֲבֵירָה, וְאֵין עוֹשִׂין גַּם כֵּן דְּרִישָׁה וַחֲקִירָה בַּדִּין, דְּנִמְצָא אֵין דָּנִים בֶּאֱמוּנָה כְּמִשְׁפַּט הַתּוֹרָה, אֲבָל לְעוֹלָם כֻּולָּם הָיוּ אַנְשֵׁי אֲמָנָה, וּלְכָךְ מַקְשֶׁה עַל רָבָא פָּסְקָה אַנְשֵׁי אֲמָנָה.
"Et Rav Ketina n'a-t-il pas dit" : le Rif, de mémoire bénie, a demandé : il aurait fallu opposer les versets l'un à l'autre ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que de toute façon on peut expliquer le verset selon son sens simple. Ils posent les yeux sur l'homme fortune, qu'ils reconnaissent riche à son vêtement précieux et soigné, et veulent s'abriter à son ombre pour être ses serviteurs et ses domestiques, afin qu'il les nourrisse, les abreuve et les habille. C'est pourquoi ils lui disent (Isaie 3,6) : "tu as un vêtement" — on voit à lui que tu es riche — "sois donc notre chef", et nous te servirons. Et lui nie et jure faussement en disant "je ne serai pas hovech" : je ne suis pas un homme fortune qui peut rester enfermé chez lui à la manière des notables et faire faire son travail par des serviteurs et des esclaves ; je dois moi-même sortir et rentrer pour rapporter à ma maison sa subsistance, du pain à manger et un vêtement à porter, car il n'y a dans ma maison ni pain ni vêtement ! Et même si l'on explique le verset selon les paroles de Rav Ketina, qui le rapporte aux paroles de Torah, il n'y a pas de difficulté : on peut dire que, lorsqu'il affirme "je n'ai en main ni Mikra, etc.", il ment afin de ne pas passer son temps à les leur enseigner, car il veut s'occuper de ses affaires ; et le verset vient les blâmer de nier et de jurer faussement même dans ces choses qui comportent une mitsva. Cependant, s'il y a une difficulté, c'est celle-ci : il aurait fallu objecter à Rav Ketina lui-même à partir du verset (Jérémie 5,1) "qui recherche la fidélité" ; pourquoi la question est-elle rattachée aux paroles de Rava ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que du verset lui-même il n'y a pas de difficulté pour Rav Ketina. On peut dire qu'il vient blâmer les juges qui ne recherchent pas de témoins valides, mais tranchent même sur le témoignage d'invalides, c'est-à-dire d'invalides pour transgression, et ne font pas non plus d'enquête ni d'interrogatoire ; il se trouve qu'ils ne jugent pas avec fidélité selon la loi de la Torah, mais en réalité tous étaient des hommes de confiance. C'est pourquoi on objecte à Rava : "les hommes de confiance ont disparu".
💡 Explication

Dans la Michna, Rabbi Yossi interdit les récipients d'argile neufs : il est plus sévère. Dans la baraita, les Rabbanan ne permettent que le métal et Rabbi Yossi ajoute l'argile de Kfar Chihin et de Kfar Hanania : il semble plus indulgent.

Première solution : inverser les noms dans la Michna et dire que Rabbi Yossi parle dans la baraita ledivreihem (selon l'opinion de ses interlocuteurs). Elle est rejetée par une tradition explicite de Rav : le Tanna qui interdit le gram kibouy est Rabbi Yossi.

Le Ben Yehoyada cite ici porte sur le passage des hommes de confiance (fin de 119b et début de 120a), rattaché à ce segment par l'édition source.

🖼️ Schéma
Qui permet le gram kibouy ? Michna contre baraita Michna (120a) Tanna kamma : barrière de tous récipients R. Yossi : interdit argile neuve pleine => R. Yossi plus sévère Baraita Rabbanan : seulement récipients de métal R. Yossi : aussi Kfar Chihin, Kfar Hanania => R. Yossi plus indulgent Contradiction : l'inverse ? Proposition : inverser la Michna Rejetée : Rabba bar Tahalifa au nom de Rav : le Tanna qui interdit gram kibouy = R. Yossi Conclusion la baraita entière est de R. Yossi (hessourei mehasra : texte incomplet) Bilan : Rabbanan = gram kibouy permis R. Yossi = interdit pour les récipients qui éclatent
Michna et baraita semblent inverser les positions de Rabbi Yossi et des Rabbanan.
8
אֶלָּא לְעוֹלָם לָא תֵּיפוֹךְ, וּבָרָיְיתָא כֻּולָּהּ רַבִּי יוֹסֵי הִיא. וְחַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: עוֹשִׂין מְחִיצָה בְּכֵלִים רֵיקָנִין וּבִמְלֵאִים שֶׁאֵין דַּרְכָּן לְהִשְׁתַּבֵּר. וְאֵלּוּ הֵן כֵּלִים שֶׁאֵין דַּרְכָּן לְהִשְׁתַּבֵּר: כְּלֵי מַתָּכוֹת. וּכְלֵי כְּפַר שִׁיחִין וּכְלֵי כְּפַר חֲנַנְיָה נָמֵי אֵין דַּרְכָּן לְהִשְׁתַּבֵּר, שֶׁרַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אַף כְּלֵי כְּפַר שִׁיחִין וּכְלֵי כְּפַר חֲנַנְיָה אֵין דַּרְכָּן לְהִשְׁתַּבֵּר.

Mais en fait, n'inverse pas ; la baraita entière est de Rabbi Yossi, et il y manque [un passage] ; voici ce qu'elle enseigne : on fait une barrière avec des récipients vides et avec des pleins qui n'ont pas tendance à se briser. Et voici les récipients qui n'ont pas tendance à se briser : les récipients de métal.

Les récipients de Kfar Chihin et ceux de Kfar Hanania non plus n'ont pas tendance à se briser, car Rabbi Yossi dit : même les récipients de Kfar Chihin et ceux de Kfar Hanania n'ont pas tendance à se briser.

💡 Explication

Technique du hessourei mehasra : la baraita est lue comme abrégée. Toute la baraita exprime l'avis de Rabbi Yossi, qui interdit le gram kibouy avec des récipients fragiles et permet ceux qui ne se brisent pas. Les positions de la Michna restent en place.

9
וְרָמֵי דְּרַבָּנָן אַדְּרַבָּנָן, וְרָמֵי דְּרַבִּי יוֹסֵי אַדְּרַבִּי יוֹסֵי. דְּתַנְיָא: הֲרֵי שֶׁהָיָה שֵׁם כָּתוּב לוֹ עַל בְּשָׂרוֹ — הֲרֵי זֶה לֹא יִרְחֹוץ וְלֹא יָסוּךְ וְלֹא יַעֲמוֹד בִּמְקוֹם הַטִּינֹּופֶת. נִזְדַּמְּנָה לוֹ טְבִילָה שֶׁל מִצְוָה — כּוֹרֵךְ עָלֶיהָ גֶּמִי, וְיוֹרֵד וְטוֹבֵל. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לְעוֹלָם יוֹרֵד וְטוֹבֵל כְּדַרְכּוֹ, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְשַׁפְשֵׁף!

On a opposé [l'avis] des Rabbanan à [celui] des Rabbanan, et [celui] de Rabbi Yossi à [celui] de Rabbi Yossi. Car il a été enseigné : celui qui avait le Nom [divin] écrit sur sa chair ne doit ni se laver, ni s'oindre, ni se tenir dans un lieu malpropre.

S'il se présente à lui une immersion de mitsva, il enroule dessus un roseau (gomeh), puis descend et s'immerge. Rabbi Yossi dit : il descend toujours et s'immerge normalement, pourvu qu'il ne frotte pas.

📜 Rachi (2)
כּוֹרֵךְ עָלָיו גֶּמִי קס"ד הַשְׁתָּא כְּדֵי שֶׁלֹּא יִמָּחֵק אֶת הַשֵּׁם בְּמַיִם אַלְמָא לְרַבָּנָן גְּרַם מְחָק אָסוּר וְלֵר' יוֹסֵי שָׁרִי:
Il enroule dessus un roseau : on pense à présent [que c'est] pour ne pas effacer le Nom dans l'eau ; il en ressort que, pour les Rabbanan, provoquer l'effacement (gram mehika) est interdit, et pour Rabbi Yossi, permis.
וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְשַׁפְשֵׁף דְּהָוֵי מוֹחֵק בְּיָדַיִם:
Pourvu qu'il ne frotte pas : car ce serait effacer de ses mains.
💡 Explication

Il est interdit d'effacer le Nom de Hachem. Si l'eau de l'immersion le dissout, c'est un effacement indirect. Les Rabbanan exigent un roseau pour le protéger, Rabbi Yossi n'interdit que le frottement direct. Les positions semblent donc inversées par rapport au feu.

10
שָׁאנֵי הָתָם דְּאָמַר קְרָא: ״וְאִבַּדְתֶּם אֶת שְׁמָם מִן הַמָּקוֹם הַהוּא לֹא תַעֲשׂוּן כֵּן לַה׳ אֱ-לֹהֵיכֶם״ — עֲשִׂייָּה הוּא דְּאָסוּר, גְּרָמָא שָׁרִי.

Là-bas, c'est différent, car le verset dit : "Vous ferez disparaître leur nom de ce lieu. Vous ne ferez pas ainsi à Hachem votre D.ieu" (Devarim 12,3-4) : c'est le fait d'agir qui est interdit ; la grama est permise.

💡 Explication

Réponse pour Rabbi Yossi : l'interdit d'effacer le Nom vient du verset lo taassoun ken (vous ne ferez pas), qui vise l'acte (assiya). Provoquer indirectement l'effacement (grama) n'entre pas dans l'interdit.

11
אִי הָכִי, הָכָא נָמֵי, כְּתִיב: ״לֹא תַעֲשֶׂה [כָּל] מְלָאכָה״ — עֲשִׂייָּה הוּא דְּאָסוּר, גְּרָמָא שָׁרִי! מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל מָמוֹנוֹ, אִי שָׁרֵית לֵיהּ — אָתֵי לְכַבּוּיֵי.

Si c'est ainsi, ici aussi il est écrit : "Tu ne feras aucun travail" : c'est l'acte qui est interdit, la grama est permise ! — Comme l'homme est affolé (bahoul) pour ses biens, si tu le lui permets, il en viendra à éteindre.

💡 Explication

Le même raisonnement vaudrait pour le Chabbat (lo taasse kol melakha). Rabbi Yossi reconnaît que la grama est permise par la Torah, mais il décrète pour le feu : l'homme qui voit brûler ses biens est bahoul al mamono (affolé pour ses biens) et risque d'éteindre directement.

12
אִי הָכִי קַשְׁיָא דְּרַבָּנַן אַדְּרַבָּנַן: וּמֶה הָתָם דְּאָדָם בָּהוּל עַל מָמוֹנוֹ — שָׁרֵי, הָכָא לֹא כָּל שֶׁכֵּן?!

Si c'est ainsi, il y a une difficulté entre les Rabbanan et les Rabbanan : si la-bas, où l'homme est affolé pour ses biens, [ils] permettent, ici, à plus forte raison !

🗂️ Tossefot (1)
אִי הָכִי קָשֶׁה דְּרַבָּנָן אַדְּרַבָּנָן בְּלָאו הָכִי הֲוָה קַשְׁיָא דְּרַבָּנַן אַדְּרַבָּנַן אֶלָּא מִשּׁוּם דְּהַשְׁתָּא פָּרִיךְ מכ"ש קָאָמַר אִי הָכִי:
Si c'est ainsi, il y a une difficulté entre les Rabbanan et les Rabbanan : même sans cela il y aurait une difficulté entre les Rabbanan et les Rabbanan ; mais comme on objecte maintenant par un raisonnement à plus forte raison (kol cheken), on dit "si c'est ainsi".
💡 Explication

Kal va-homer : au feu, malgré le risque lié à l'affolement, les Rabbanan permettent le gram kibouy. Pour le Nom, où ce risque n'existe pas, ils devraient à plus forte raison permettre l'effacement indirect. Pourquoi exigent-ils le roseau ?

13
וְתִסְבְּרָא הַאי גֶּמִי הֵיכִי דָּמֵי? אִי דְּמִיהַדַּק — קָא הָוֵי חֲצִיצָה, אִי לָא מִיהַדַּק — עָיְילִי בֵּיהּ מַיָּא! חֲצִיצָה, תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם דְּיוֹ! בְּלַחָה. דְּתַנְיָא: הַדָּם וְהַדְּיוֹ הַדְּבַשׁ וְהֶחָלָב, יְבֵשִׁין — חוֹצְצִין, לַחִים — אֵין חוֹצְצִין. מִכָּל מָקוֹם קַשְׁיָא?

Et comment le comprends-tu ? Ce roseau, de quoi s'agit-il ?

S'il est serré, il fait interposition (hatsitsa) ; s'il n'est pas serré, l'eau y pénètre ! — L'interposition, déduis-la plutôt de l'encre ! — Il s'agit [d'encre] humide, car il a été enseigné : le sang, l'encre, le miel et le lait, secs, font interposition ; humides, ils ne font pas interposition. — De toute façon, la difficulté demeure ?

📜 Rachi (7)
וְתִסְבְּרָא דְּהָכָא גֶּמִי דְּאַצְרְכוּהָ רַבָּנָן מִשּׁוּם שֶׁלֹּא יִמָּחֵק הוּא:
Et comment le comprends-tu : que le roseau que les Rabbanan ont exigé ici est destiné à ne pas effacer [le Nom] ?
הַאי גֶּמִי הֵיכִי דָּמֵי לְהָגֵין עָלָיו:
Ce roseau, de quoi s'agit-il : pour le protéger.
אִי דְּמִיהַדַּק שֶׁלֹּא יִכָּנְסוּ בּוֹ מַיִם וְיִמָּחֵק הָוֵי חֲצִיצָה:
S'il est serré : pour que l'eau n'y entre pas et n'efface pas, il fait interposition.
וְאִי דְּלָא מִיהַדַּק לִבְשָׂרוֹ:
Et s'il n'est pas serré : contre sa chair.
עָייְלִי בֵּיהּ מַיָּא וְאֵינוֹ מֵגֵין מִלִּמְחוֹק:
L'eau y pénètre : et il ne protège pas de l'effacement.
תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּמִשּׁוּם דְּיוֹ בְּלֹא גֶּמִי נָמֵי חָייֵץ דְּיוֹ וּמְשַׁנֵּי בְּלַחָה:
Déduis-la plutôt de l'encre : même sans roseau, l'encre fait interposition ; et on répond : [il s'agit d'encre] humide.
מִכָּל מָקוֹם קַשְׁיָא גֶּמִי לְרַבָּנָן לָמָּה לְהוּ:
De toute façon, la difficulté demeure : pourquoi les Rabbanan exigent-ils un roseau ?
💡 Explication

Le roseau ne peut pas servir à empêcher l'effacement : serré, il empêche l'eau de toucher la peau (hatsitsa) et invalide l'immersion ; lâche, il laisse passer l'eau. L'encre elle-même ne fait interposition que si elle est sèche.

La fonction du roseau doit donc être autre ; la question "pourquoi le roseau ?" reste ouverte.

🖼️ Schéma
Le roseau sur le Nom pendant l'immersion Roseau enroulé Serré interposition (hatsitsa) Pas serré l'eau entre : il ne protège pas L'encre humide ne fait pas interposition : la question demeure
Serré ou lâche, le roseau ne peut pas protéger le Nom de l'eau.
14
אֶלָּא אָמַר רָבָא בַּר רַב שִׁילָא, הַיְינוּ טַעְמַייְהוּ דְּרַבָּנָן, דְּקָסָבְרִי: אָסוּר לַעֲמֹוד בִּפְנֵי הַשֵּׁם עָרֹום. מִכְּלָל דְּרַבִּי יוֹסֵי סָבַר מֻותָּר לַעֲמֹוד בִּפְנֵי הַשֵּׁם עָרֹום? דְּמַנַּח יָדֶיהָ עִילָּוֵיהּ.

Mais Rava bar Rav Chila a dit : voici la raison des Rabbanan : ils pensent qu'il est interdit de se tenir nu devant le Nom. Faut-il en déduire que Rabbi Yossi pense qu'il est permis de se tenir nu devant le Nom ? — Il pose sa main dessus.

📜 Rachi (1)
מִכְּלָל דִּלְר' יוֹסֵי כּוּ' בִּתְמִיָּה וְהָא כְּתִיב לֹא יִרְאֶה בְךָ עֶרְוַת דָּבָר (דְּבָרִים כ״ג:ט״ו):
Faut-il en déduire que selon Rabbi Yossi, etc. : [question] d'étonnement ; il est pourtant écrit : "Qu'il ne voie pas chez toi de nudité" (Devarim 23,15).
💡 Explication

Nouvelle explication : le roseau sert à couvrir le Nom par respect, car on ne se tient pas nu devant lui. Rabbi Yossi l'admet aussi, mais pour lui il suffit de poser la main sur le Nom.

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לְרַבָּנָן נָמֵי, דְּמַנַּח יָדֶיהָ עִילָּוֵיהּ! זִימְנִין דְּמִשְׁתְּלֵי וְשָׁקֵיל לֵיהּ. לְרַבִּי יוֹסֵי נָמֵי, זִימְנִין דְּמִשְׁתְּלֵי וְשָׁקֵיל לֵיהּ? אֶלָּא: אִי דְּאִיכָּא גֶּמִי — הָכִי נָמֵי, הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — לַהֲדוּרֵי אַגְמֵי, רַבָּנָן סָבְרִי

Selon les Rabbanan aussi, qu'il pose sa main dessus ! — Parfois il oublie et la retire. — Selon Rabbi Yossi aussi, parfois il oublie et la retire ? — Mais : s'il y a un roseau [disponible], il en est bien ainsi [même pour Rabbi Yossi]. Ici, de quoi s'agit-il ?

De devoir chercher un roseau (lehadourei agoma) : les Rabbanan pensent...

📜 Rachi (1)
אֶלָּא אִי אִיכָּא גֶּמִי הָכִי נָמֵי דְּמוֹדֶה ר' יוֹסֵי דְּצָרִיךְ לִכְרֹוךְ עָלָיו גֶּמִי וְלָא סַגִּי לֵיהּ לְאַנּוֹחֵי יָדָיו עָלָיו דִּילְמָא מִישְׁתְּלֵי וּשְׁקִיל לֵיהּ לִידֵיהּ:
Mais s'il y a un roseau, il en est bien ainsi : Rabbi Yossi reconnaît qu'il faut enrouler un roseau dessus, et qu'il ne suffit pas de poser les mains dessus, de peur qu'il oublie et retire sa main.
💡 Explication

Conclusion en cours : si un roseau est disponible, tous exigent de l'utiliser, car la main peut s'oublier. La divergence porte sur le cas où il faudrait aller chercher un roseau, ce qui retarde la tevila (immersion) de mitsva. La position des Rabbanan est exposée au daf suivant.

🖼️ Schéma
Le Nom écrit sur la chair et l'immersion Rabbanan il enroule un roseau (gomeh) sur le Nom Rabbi Yossi il s'immerge normalement, sans frotter 1re lecture : gram mehika (effacement indirect) Rabbanan interdisent, R. Yossi permet : l'inverse du feu ? R. Yossi : verset "vous ne ferez pas" l'acte est interdit, la grama permise ; au feu : bahoul al mamono (décret) Mais Rabbanan : si au feu, malgré l'affolement, c'est permis, ici à plus forte raison ! + roseau serré ? Rava bar Rav Chila : la raison est l'interdit de se tenir nu devant le Nom Si un roseau est disponible : tous l'exigent (la main peut s'oublier) Divergence : faut-il aller chercher un roseau ? Rabbanan : oui (suite au daf suivant) / R. Yossi : la main suffit
Le Nom écrit sur la chair : du gram mehika à l'interdit de nudité.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).