Shabbat 121a — Immersion en son temps, le non-Juif et l'enfant face à l'incendie, le bol renversé sur la lampe

Shabbat 121a

Sougya : Le daf achève la discussion sur le Nom de D.ieu écrit sur la chair : selon les Rabbanan, l'immersion en son temps n'est pas une mitsva et l'on va chercher un roseau ; selon Rabbi Yossi, c'est une mitsva et l'on ne cherche pas. La Guemara objecte une baraita sur l'immersion à Yom Kippour et l'attribue à Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda.

Vient ensuite la Michna : on ne dit à un non-Juif ni 'éteins' ni 'n'éteins pas', mais on arrête un enfant juif qui vient éteindre. Rabbi Ami permet de dire 'quiconque éteint ne perdra pas' ; l'histoire de Yossef ben Simai illustre la Michna ; Rabbi Yo'hanan explique le cas de l'enfant (il agit selon la volonté de son père).

Enfin, la Michna permet de renverser un bol sur une lampe, sur des excréments et sur un scorpion, et Rabban Yo'hanan ben Zakai craint une obligation de hatat pour le scorpion.

Qui peut éteindre l'incendie du Juif le Chabbat ? Incendie le Chabbat Un non-Juif vient éteindre son repos ne nous incombe pas Un enfant juif vient éteindre son repos nous incombe Dire 'éteins' interdit (chevout : amira lenochri) Dire 'n'éteins pas' non requis 'Quiconque éteint ne perdra pas' permis (R. Ami) On l'arrête (ein chomin lo) R. Yo'hanan : il agit selon la volonté de son père (sinon : question des nevelot) Le non-Juif agit pour lui-même (il sait qu'il sera payé) => pas d'interdit pour le Juif
La Michna : non-Juif et enfant juif face à l'incendie, avec Rabbi Ami et Rabbi Yohanan.
Le Nom écrit sur la chair : faut-il chercher un roseau ? Rabbanan immersion en son temps : pas une mitsva => on cherche un roseau, quitté à repousser l'immersion Rabbi Yossi immersion en son temps : mitsva => on ne cherche pas, on s'immerge tout de suite Objection : baraita de Yom Kippour R. Yossi : baal keri après Minha n'a pas besoin de s'immerger Réponse : c'est R. Yossi fils de R. Yehouda (dayya tevila baaharona) Source de la mitsva 'vers le soir, il se lavera dans l'eau' (Devarim 23,12) Autre avis : bon conseil (avoir l'erev chemech le jour même)
Fin de la sougya du Nom écrit sur la chair : l'immersion en son temps.
On renverse un bol le Chabbat : trois cas Sur la lampe pour que le feu ne prenne pas à la poutre (sans éteindre) Sur des excréments pour protéger l'enfant Sur un scorpion pour qu'il ne pique pas R. Yehouda : cas à Arav RYBZ : 'je crains un hatat' (peut-être une capture, tseida) Le bol est déplacé pour un objet non déplaçable (la poutre) : permis car on a besoin de sa place (Rachi)
La Michna suivante : renverser un bol sur la lampe, les excréments, le scorpion.
1
טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ לָאו מִצְוָה וּמַהְדְּרִינַן, וְרַבִּי יוֹסֵי סָבַר טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה וְלָא מַהְדְּרִינַן.

(Les Rabbanan pensent que) l'immersion en son temps n'est pas une mitsva, et l'on cherche (un roseau) ; et Rabbi Yossi pense que l'immersion en son temps est une mitsva, et l'on ne cherche pas.

📜 Rachi (2)
טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה דִּכְתִיב וְהָיָה לִפְנוֹת עֶרֶב יִרְחַץ בַּמָּיִם (דְּבָרִים כ״ג:י״ב):
L'immersion en son temps est une mitsva : car il est écrit : 'Et vers le soir, il se lavera dans l'eau' (Devarim 23,12).
לָאו מִצְוָה וְאִי לָא מַשְׁכַּח גֶּמִי הָאִידָּנָא לִישְׁתַּהֵי עַד לְמָחָר וְלָמֶ"ד לָאו מִצְוָה קְרָא עֵצָה טוֹבָה קמ"ל כְּדֵי שֶׁיַּעֲרִיב שִׁמְשׁוֹ בַּיּוֹם לְאַחַר טְבִילָה שֶׁאִם יַמְתִּין לִטְבֹּול עַד הַלַּיְלָה לֹא יְהֵא לוֹ הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ עַד לֵיל הַמָּחֳרָת:
N'est pas une mitsva : et s'il ne trouve pas de roseau maintenant, qu'il attende jusqu'au lendemain. Selon celui qui dit que ce n'est pas une mitsva, le verset nous enseigne un bon conseil : qu'il ait le coucher du soleil (haarev chemech) le jour même après l'immersion ; car s'il attend la nuit pour s'immerger, il n'aura son coucher du soleil qu'à la nuit suivante.
💡 Explication

Suite du daf précédent : un homme qui porte le Nom de D.ieu. écrit sur sa peau doit s'immerger. Il ne peut pas se tenir nu devant le Nom ; il faut donc le couvrir, par exemple avec un roseau (gémi).

La divergence porte sur la tevila bizmana (immersion au moment où l'on devient apte). Pour les Rabbanan, repousser l'immersion est sans conséquence : on va chercher un roseau. Pour Rabbi Yossi, l'immersion immédiate est une mitsva : on s'immerge sans attendre, en couvrant le Nom autrement (de la main, selon le daf précédent).

🖼️ Schéma
Le Nom écrit sur la chair : faut-il chercher un roseau ? Rabbanan immersion en son temps : pas une mitsva => on cherche un roseau, quitté à repousser l'immersion Rabbi Yossi immersion en son temps : mitsva => on ne cherche pas, on s'immerge tout de suite Objection : baraita de Yom Kippour R. Yossi : baal keri après Minha n'a pas besoin de s'immerger Réponse : c'est R. Yossi fils de R. Yehouda (dayya tevila baaharona) Source de la mitsva 'vers le soir, il se lavera dans l'eau' (Devarim 23,12) Autre avis : bon conseil (avoir l'erev chemech le jour même)
Rabbanan et Rabbi Yossi : chercher un roseau ou s'immerger tout de suite.
2
וְסָבַר רַבִּי יוֹסֵי טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה? וְהָתַנְיָא: הַזָּב וְהַזָּבָה, הַמְצֹורָע וְהַמְצֹורַעַת, בּוֹעֵל נִדָּה וּטְמֵא מֵת, טְבִילָתָן בַּיּוֹם. נִדָּה וְיוֹלֶדֶת — טְבִילָתָן בַּלַּיְלָה. בַּעַל קֶרִי — טוֹבֵל וְהוֹלֵךְ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה אֵינוֹ צָרִיךְ לִטְבֹּול! הַהִיא, רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה הִיא, דְּאָמַר: דַּיָּיהּ טְבִילָה בָּאַחֲרוֹנָה.

Et Rabbi Yossi pense-t-il que l'immersion en son temps est une mitsva ? N'a-t-on pas enseigné : le zav et la zava, le metsora et la metsora'at (lépreux et lépreuse), celui qui a eu un rapport avec une nidda et l'impur par un mort : leur immersion est de jour.

La nidda et l'accouchée : leur immersion est de nuit. Le baal keri (qui a eu un épanchement séminal) s'immerge durant toute la journée.

Rabbi Yossi dit : à partir de Minha et au-delà, il n'a pas besoin de s'immerger ! - Celle-là est de Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda, qui a dit : il lui suffit que l'immersion soit la dernière.

📜 Rachi (8)
הַזָּב וְהַזָּבָה כּוּ' בָּרַייְתָא זוֹ אֵצֶל יוה"כ שְׁנוּיָה בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּיוֹמָא (פ"ד):
Le zav et la zava etc. : cette baraita est enseignée à propos de Yom Kippour, dans la Tossefta de Yoma (ch. 4).
הַזָּב וְהַזָּבָה וְהַמְצֹורָע וּבוֹעֵל נִדָּה וּטְמֵא מֵת טוֹבְלִין בַּיּוֹם מִשֶּׁהֵאִיר הַמִּזְרָח בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי שֶׁלָּהֶם וְטַעֲמָא בפ"ב דִּמְגִילָּה (דַּף כ.) מִקְּרָא דְּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי מִקְצָת שְׁבִיעִי סְפִירָה וְאִם חָל שְׁבִיעִי שֶׁלָּהֶם ביוה"כ טוֹבְלִין כְּדַרְכָּן לֶאֱכֹול תְּרוּמָה לָעֶרֶב:
Le zav, la zava, le metsora, celui qui a eu un rapport avec une nidda et l'impur par un mort s'immergent de jour : dès que l'orient s'éclaire, le septième jour (de leur compte). La raison est au chapitre 2 de Meguila (20a), du verset 'le septième jour' : une partie du septième jour compte (comme le jour entier). Et si leur septième jour tombe à Yom Kippour, ils s'immergent normalement, pour manger de la terouma le soir.
נִדָּה וְיוֹלֶדֶת טוֹבְלוֹת כְּדַרְכָּן בְּלֵילֵי יוה"כ אִם חָל שְׁבִיעִי שֶׁלָּהֶם בְּעֶרֶב יוה"כ שֶׁאֵינָהּ יְכוֹלָה לִטְבֹּול בְּיוֹם ז' דִּכְתִיב בָּהּ תִּהְיֶה בְּנִדָּתָהּ בַּהֲוָיָיתָהּ תְּהֵא כָּל ז' (פְּסָחִים דַּף צ:):
La nidda et l'accouchée : s'immergent normalement la nuit de Yom Kippour si leur septième jour tombe la veille de Yom Kippour, car elle ne peut pas s'immerger le septième jour (de jour), puisqu'il est écrit à son sujet : 'elle sera dans sa niddout' - elle reste dans cet état durant les sept (jours) entiers (Pessahim 90b).
בַּעַל קֶרִי שֶׁצָּרִיךְ טְבִילָה לְדִבְרֵי תּוֹרָה מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים וְאַפֵּי' אֵין אוֹכֵל טְהָרוֹת לִבּוֹ בַּיּוֹם:
Le baal keri : qui doit s'immerger pour (étudier) les paroles de Torah, selon une ordonnance des Sofrim, même s'il ne mange pas d'aliments purs ce jour-là.
ר' יוֹסֵי אוֹמֵר מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה אִם רָאָה קֶרִי לְאַחַר שֶׁהִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת מִנְחָה שֶׁהֲרֵי הוּא יָכוֹל לְהַמְתִּין עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ וְיִטְבֹּול וְיִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת עַרְבִית וּתְפִלַּת נְעִילָה נָמֵי ס"ל שֶׁיָּכוֹל לְהִתְפַּלֵּל בַּלַּיְלָה כְּרַב דְּאָמַר (יוֹמָא דַּף פז.) תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית:
Rabbi Yossi dit : à partir de Minha et au-delà : s'il a eu l'épanchement après avoir prié Minha, car il peut attendre la tombée de la nuit, s'immerger et prier Arvit. Et pour la prière de Neila aussi, il pense qu'on peut la prier la nuit, comme Rav qui dit (Yoma 87a) que la prière de Neila dispense de celle d'Arvit.
טוֹבֵל כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ ואע"פ שֶׁרָאָה קֶרִי מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה לְאַחַר שֶׁהִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה שֶׁהֲרֵי הוּא יָכוֹל לְהַמְתִּין עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ וְיִטְבֹּול לִתְפִלַּת עַרְבִית אַפֵּ"ה טוֹבֵל ביו"כ מִבְּעוֹד יוֹם אע"פ שֶׁאָסוּר בִּרְחִיצַת הָרְשׁוּת דִּטְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה:
S'immerge toute la journée : bien qu'il ait eu l'épanchement à partir de Minha, après avoir prié Minha, alors qu'il pourrait attendre la nuit et s'immerger pour Arvit, il s'immerge néanmoins à Yom Kippour tant qu'il fait jour, bien que le bain facultatif soit interdit, car l'immersion en son temps est une mitsva.
אֵין צָרִיךְ לִטְבֹּול בַּיּוֹם מִשּׁוּם זְמַן טְבִילָה דְּלָאו מִצְוָה לִטְבִילָה בִּזְמַנָּהּ:
N'a pas besoin de s'immerger : de jour, en raison du temps de l'immersion, car l'immersion en son temps n'est pas une mitsva.
דַּייָּהּ לִטְבִילָה שֶׁתְּהֵא בָּאַחֲרוֹנָה בְּמַסֶּכֶת נִדָּה בְּפֶרֶק הַמַּפֶּלֶת גַּבֵּי אִשָּׁה שֶׁיָּצְאָה מְלֵאָה וּבָאָה רֵיקָנִית וְאֵינָהּ יוֹדַעַת מָתַי יָלְדָה דְּמַצְרְכִינַן לָהּ ל"ה טְבִילוֹת לְסָפֵק ד' טְבִילוֹת שֶׁעָלֶיהָ טְבִילַת זָכָר לז' אוֹ טְבִילַת נְקֵבָה לִשְׁבוּעַיִים וּבַלַּיְלָה אוֹ שֶׁמָּא יוֹלֶדֶת זָכָר בְּזוֹב וּצְרִיכָה אַף טְבִילַת זָבָה בְּיוֹם שִׁבְעָה לַסְּפוּרִים שֶׁלָּהּ אוֹ יוֹלֶדֶת נְקֵבָה בְּזוֹב הָיְתָה וּמִשּׁוּם דְּלָא יָדְעִינַן מָתַי יָלְדָה וְאֵימָתַי מָטֵי זְמַן טְבִילָה דִּידָּה מַצְרְכִינַן לָהּ טְבִילָה כָּל לַיְלָה וְכָל יוֹם שֶׁיֵּשׁ לְסַפּוֹקֵי בִּזְמַן טְבִילָתָהּ וּפְלִיג ר' יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה עֲלָהּ וְאָמַר דַּיָּיהּ לִטְבִילָה שֶׁתְּהֵא בָּאַחֲרוֹנָה לְסוֹף סְפוּרִים שֶׁל נְקֵבָה דְּהַייְנוּ לְסוֹף שָׁלֹשׁ שְׁבוּעַיִם שֶׁאִם יָלְדָה נְקֵבָה בְּזוֹב טְמֵאָה שְׁבוּעַיִים לְלֵידָתָהּ וְז' נְקִיִּים בִּשְׁבִיל הַזִּיבָה וְלָא אָמְרִינַן טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה:
Il lui suffit que l'immersion soit la dernière : dans le traité Nidda, chapitre Hamapelet, à propos d'une femme sortie pleine (enceinte) et revenue vide, qui ne sait pas quand elle a accouché. On lui impose trente-cinq immersions, à cause du doute entre quatre immersions possibles : immersion d'accouchée d'un garçon après sept (jours), ou d'une fille après deux semaines, la nuit ; ou peut-être a-t-elle accouché d'un garçon en état de ziva, et doit-elle aussi l'immersion de zava le jour du septième de son compte ; ou elle a accouché d'une fille en état de ziva. Et parce que nous ignorons quand elle a accouché et quand arrive le temps de son immersion, nous lui imposons une immersion chaque nuit et chaque jour où l'on peut douter que ce soit son temps d'immersion. Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda est en désaccord et dit : il lui suffit que l'immersion soit la dernière, à la fin du compte de la fille, c'est-à-dire à la fin de trois semaines : car si elle a accouché d'une fille en état de ziva, elle est impure deux semaines pour l'accouchement et (compte) sept (jours) propres pour la ziva. Et on ne dit pas : l'immersion en son temps est une mitsva.
🗂️ Tossefot (2)
הָכִי גָּרְסִי' ר' יוֹסֵי אוֹמֵר מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה אֵינוֹ צָרִיךְ לִטְבֹּול וְכֵן גִּירְסַת רַשִׁ"י ור"ת אֲבָל לָא גָרְסִי' אֵינוֹ יָכוֹל לִטְבֹּול דְּאַפֵּי' מַאן דְּסָבַר טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ לָאו מִצְוָה שָׁרִי לִטְבֹּול כִּדְמַשְׁמַע בְּסוֹף מַסֶּכֶת יוֹמָא (דַּף פז:) דְּפָרִיךְ לְרַב דְּאָמַר תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית מִשּׁוּם דְּקָסָבַר דִּתְפִלַּת נְעִילָה בַּלַּיְלָה וְהָתַנְיָא אוֹר יוה"כ כו' נְעִילָה מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע וּמִתְוַדֶּה בְּעַרְבִית כּוּ' וּמְשַׁנֵּי תַּנָּאֵי הִיא דְּתַנְיָא כָּל חַיָּיבֵי טְבִילוֹת טְבִילָתָן בַּיּוֹם נִדָּה וְיוֹלֶדֶת טוֹבְלִין בַּלַּיְלָה בַּעַל קֶרִי טוֹבֵל וְהוֹלֵךְ עַד הַמִּנְחָה דְּסָבַר תְּפִלַּת נְעִילָה בַּלַּיְלָה וּטְבִילָה בִּזְמַנָּהּ לָאו מִצְוָה ר' יוֹסֵי אוֹמֵר כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ טוֹבֵל דִּתְפִלַּת נְעִילָה בַּיּוֹם אַלְמָא אע"ג דְּת"ק סָבַר דִּטְבִילָה בִּזְמַנָּהּ לָאו מִצְוָה אַפֵּ"ה קָתָנֵי כָּל חַיָּיבֵי טְבִילוֹת טְבִילָתָן בַּיּוֹם אֲפִילּוּ טְמֵא מֵת וְטָמֵא שֶׁרֶץ שֶׁאֵין צְרִיכִין טְבִילָה לִתְפִלָּה יְכוֹלִין לִטְבֹּול וְהָא דְּפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּר' יוֹסֵי כְּרַב דְּאָמַר תְּפִלַּת נְעִילָה בַּלַּיְלָה לָא דַּק דִּבְשִׁלְהֵי יוֹמָא (דַּף פח.) פָּרִיךְ מֵהַךְ בָּרַיְיתָא דְּר' יוֹסֵי אדר"י דְּהָכָא קָאָמַר מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה א"צ לִטְבֹּול וּבְהַהִיא קָאָמַר כָּל הַיּוֹם וּמְשַׁנֵּי דְּהָכָא אַייְרֵי בְּדִצְלִי כְּבָר תְּפִלַּת נְעִילָה וְהָתָם בִּדְלָא צָלִי וּבְכוּלְּהוּ רַבִּי יוֹסֵי דְּלָא כְּרַב:
Voici notre version : Rabbi Yossi dit : à partir de Minha et au-delà, il n'a pas besoin de s'immerger. C'est aussi la version de Rachi et de Rabbenou Tam. Nous ne lisons pas 'il ne peut pas s'immerger', car même selon celui qui pense que l'immersion en son temps n'est pas une mitsva, il est permis de s'immerger, comme il ressort de la fin du traité Yoma (87b). Là-bas, on objecte à Rav, qui dit que la prière de Neila dispense de celle d'Arvit parce qu'il pense que la prière de Neila est (dite) la nuit : n'a-t-on pas enseigné : 'la nuit de Yom Kippour etc., à Neila il prie sept (bénédictions) et fait le vidouy, à Arvit etc.' ? Et on répond : c'est une controverse de Tannaim, comme il est enseigné : tous ceux qui sont astreints à l'immersion s'immergent de jour ; la nidda et l'accouchée s'immergent la nuit ; le baal keri s'immerge jusqu'à Minha - (ce Tanna) pense que la prière de Neila est la nuit et que l'immersion en son temps n'est pas une mitsva ; Rabbi Yossi dit : il s'immerge toute la journée, car la prière de Neila est de jour. On voit donc que, bien que le Tanna kamma pense que l'immersion en son temps n'est pas une mitsva, il enseigne néanmoins : tous ceux qui sont astreints à l'immersion s'immergent de jour ; même l'impur par un mort et l'impur par un reptile, qui n'ont pas besoin d'immersion pour la prière, peuvent s'immerger. Et ce que le Kountres (Rachi) a expliqué, que Rabbi Yossi est comme Rav, qui dit que la prière de Neila est la nuit, n'est pas précis : car à la fin de Yoma (88a), on oppose cette baraita de Rabbi Yossi à (celle de) Rabbi Yossi : ici il dit 'à partir de Minha, il n'a pas besoin de s'immerger' et là-bas il dit 'toute la journée' ; et on répond qu'ici il s'agit de celui qui a déjà prié Neila, et là-bas de celui qui ne l'a pas priée. Dans les deux cas, Rabbi Yossi ne suit pas Rav.
רַבִּי יוֹסֵי בְּר' יְהוּדָה הִיא וְא"ת א"כ בְּשִׁילְהֵי יוֹמָא (דַּף פח.) מְנָא לֵיהּ לְרַב דְּהַהוּא ת"ק דְּבָרַיְיתָא קַמַּייְתָא דְּקָאָמַר דְּבַעַל קֶרִי טוֹבֵל עַד הַמִּנְחָה אָתֵי כְּוָותֵיהּ דִּתְפִלַּת נְעִילָה בַּלַּיְלָה דִּילְמָא אַייְרֵי בִּדְצָלִי וּטְבִילָה בִּזְמַנָּהּ לָאו מִצְוָה וְר' יוֹסֵי סָבַר מִצְוָה וְתַנָּא קַמָּא דְּהָכָא הוּא ר' יוֹסֵי דְּהָתָם וְיֵשׁ לוֹמַר דְּסָבַר דְּר' יוֹסֵי דְּהָכָא וּדְהָתָם מִסְּתָמָא חַד תַּנָּא הוּא וְתַרְוַיְיהוּ רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאַייְרֵי בִּטְבִילַת בַּעַל קֶרִי ביו"כ וא"כ קַשְׁיָא ר' יוֹסֵי בְּר' יְהוּדָה אֶדֶר' יוֹסֵי בְּר' יְהוּדָה וע"כ אִית לָן לְשַׁנּוֹיֵי הָא דְּצָלִי וְהָא דְּלָא צְלִי:
C'est Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda : Et si tu objectes : dans ce cas, à la fin de Yoma (88a), d'où Rav tire-t-il que le Tanna kamma de la première baraita, qui dit que le baal keri s'immerge jusqu'à Minha, va dans son sens, (à savoir) que la prière de Neila est la nuit ? Peut-être parle-t-il de celui qui a (déjà) prié, et (pense que) l'immersion en son temps n'est pas une mitsva, tandis que Rabbi Yossi pense que c'est une mitsva ; et le Tanna kamma d'ici serait le Rabbi Yossi de là-bas. On peut répondre : (Rav) pense que le Rabbi Yossi d'ici et celui de là-bas sont vraisemblablement un seul Tanna, et que tous deux sont Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda, puisqu'ils traitent tous deux de l'immersion du baal keri à Yom Kippour. Il y aurait alors une contradiction entre Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda, et l'on doit forcément répondre : ici il a prié, là-bas il n'a pas prié.
💡 Explication

La Guemara vérifie la cohérence de Rabbi Yossi. Dans une baraita sur Yom Kippour, un Rabbi Yossi dispense le baal keri de s'immerger après Minha : il peut attendre la nuit. Il semble donc tenir que la tevila bizmana n'est pas une mitsva.

Réponse : ce Rabbi Yossi est Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda, connu pour sa règle dayya tevila baaharona (une seule immersion finale suffit, même si elle n'est pas au moment précis). Le Rabbi Yossi sans patronyme (Rabbi Yossi ben Halafta) garde sa position.

Tossefot corrige la version 'il ne peut pas s'immerger' : même celui qui ne voit pas de mitsva dans l'immersion immédiate la permet.

🖼️ Schéma
Baraita : quand s'immerge-t-on (y compris à Yom Kippour) ? De jour zav, zava, metsora, bo'el nidda, impur par un mort De nuit nidda, accouchée (yoledet) Baal keri Tanna kamma : toute la journée R. Yossi : après Minha, pas besoin de s'immerger => tevila bizmana lav mitsva ? Ce R. Yossi est R. Yossi fils de R. Yehouda : 'il suffit que l'immersion soit la dernière' Le R. Yossi de notre Michna (tevila bizmana mitsva) reste cohérent
La baraita des immersions et la réponse de la Guemara.
3
מַתְנִי׳ גּוֹי שֶׁבָּא לְכַבּוֹת — אֵין אוֹמְרִים לוֹ ״כַּבֵּה״ ו״אל תִּכְבֶּה״, מִפְּנֵי שֶׁאֵין שְׁבִיתָתוֹ עֲלֵיהֶן. אֲבָל קָטָן שֶׁבָּא לְכַבּוֹת — אֵין שׁוֹמְעִין לוֹ, מִפְּנֵי שֶׁשְּׁבִיתָתוֹ עֲלֵיהֶן.

MICHNA. Un non-Juif qui vient éteindre : on ne lui dit ni 'éteins' ni 'n'éteins pas', car son repos (chevitato) ne leur incombe pas.

Mais un enfant qui vient éteindre, on ne l'écoute pas, car son repos leur incombe.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' אֵין אוֹמְרִים לוֹ כַּבֵּה רַבָּנָן גְּזוּר עַל אֲמִירָה לְנָכְרִי מִשּׁוּם שְׁבוּת:
On ne lui dit pas éteins : les Rabbanan ont interdit de dire (de faire un travail) à un non-Juif, au titre de chevout (interdit rabbinique du Chabbat).
וְלֹא תִּכְבֶּה אֵין צָרִיךְ לִמְחוֹת בְּיָדוֹ אֶלָּא יַנִּיחֶנּוּ וִיכַבֶּה:
Et n'éteins pas : on n'est pas tenu de l'en empêcher ; on le laisse, et il éteint.
שֶׁאֵין שְׁבִיתָתוֹ שֶׁל נָכְרִי עֲלֵיהֶן דְּיִשְׂרָאֵל אֵינוֹ מֻוזְהָר עַל שְׁבִיתָתוֹ שֶׁל נָכְרִי שֶׁאֵינוֹ עַבְדּוֹ:
Car son repos ne (leur incombe) pas : (celui) du non-Juif ; le Juif n'est pas averti au sujet du repos du non-Juif qui n'est pas son esclave.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין אוֹמְרִים לוֹ כַּבֵּה אַפֵּי' בְּאִיסּוּר דְּרַבָּנָן אֲמִירָה לְנָכְרִי שְׁבוּת כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק שׁוֹאֵל (שַׁבָּת דַּף קנ.) לֹא יֹאמַר אָדָם לַחֲבֵירוֹ שְׂכֹור לִי פּוֹעֲלִים כו' דְּמוּקֵי לָהּ בַּחֲבֵרוֹ נָכְרִי וְכֵן מוּכָח בְּפֶרֶק הֲדַר (עֵירוּבִין דַּף סז:) גַּבֵּי נַיְיתֵי חַמִּימֵי מִגּוֹ בֵּיתָא:
On ne lui dit pas éteins : même pour un interdit rabbinique, dire à un non-Juif (de faire) est un chevout, comme nous le disons plus loin au chapitre Choel (Chabbat 150a) : 'un homme ne dira pas à son compagnon : engage-moi des ouvriers etc.', ce que l'on explique d'un compagnon non-Juif ; et c'est aussi prouvé au chapitre Hadar (Erouvin 67b), à propos de 'qu'on apporte de l'eau chaude de la maison'.
💡 Explication

Deux cas opposés. Le non-Juif n'est pas soumis au Chabbat : on ne lui donne pas d'ordre (amira lenochri, interdit rabbinique), mais on n'est pas tenu de l'arrêter. L'enfant juif est concerné par le Chabbat : les adultes doivent l'empêcher d'éteindre.

Tossefot : l'extinction est ici au mieux un interdit rabbinique (melakha she-eina tsricha legoufa), et pourtant l'ordre donné au non-Juif reste interdit.

4
גְּמָ׳ אָמַר רַבִּי אַמֵּי: בִּדְלֵיקָה הִתִּירוּ לוֹמַר ״כָּל הַמְכַבֶּה אֵינוֹ מַפְסִיד״. נֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ: גּוֹי שֶׁבָּא לְכַבּוֹת — אֵין אוֹמְרִים לוֹ ״כַּבֵּה״ ו״אל תִּכְבֶּה״ מִפְּנֵי שֶׁאֵין שְׁבִיתָתוֹ עֲלֵיהֶן. ״כָּבָה״ הוּא דְּלָא אָמְרִינַן לֵיהּ, הָא ״כָּל הַמְכַבֶּה אֵינוֹ מַפְסִיד״ — אָמְרִינַן לֵיהּ. אֵימָא סֵיפָא, ״אַל תִּכְבֶּה״ לָא אָמְרִינַן לֵיהּ, ו״כל הַמְכַבֶּה אֵינוֹ מַפְסִיד״ נָמֵי לָא אָמְרִינַן לֵיהּ. אֶלָּא מֵהָא לֵיכָּא לְמִשְׁמַע מִינָּהּ.

GUEMARA. Rabbi Ami a dit : lors d'un incendie, on a permis de dire : 'quiconque éteint ne perdra pas'.

Disons que (la Michna) le soutient : un non-Juif qui vient éteindre, on ne lui dit ni 'éteins' ni 'n'éteins pas', car son repos ne leur incombe pas. C'est 'éteins' qu'on ne lui dit pas ; mais 'quiconque éteint ne perdra pas', on le lui dit. - Dis la fin : 'n'éteins pas', on ne le lui dit pas ; et 'quiconque éteint ne perdra pas', on ne le lui dit pas non plus.

Donc de cela on ne peut rien apprendre.

📜 Rachi (4)
גְּמ' כַּבֵּה הוּא דְּלָא אָמְרִינַן לֵיהּ שֶׁעוֹשֵׂהוּ שְׁלוּחוֹ מַמָּשׁ:
C'est éteins qu'on ne lui dit pas : car il en fait véritablement son envoyé (chalia'h).
הָא כָּל הַמְכַבֶּה אֵינוֹ מַפְסִיד כו' וְנָכְרִי מִדַּעְתֵּיהּ דִּידֵיהּ עֲבִיד שָׁרְיָא:
Mais quiconque éteint ne perdra pas etc. : le non-Juif agit de sa propre initiative ; c'est permis.
אַל תִּכְבֶּה הוּא דְּלָא אָמְרִינַן לֵיהּ שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לִמְחוֹת בְּיָדוֹ וּמִיהוּ גִּילּוּי דַּעְתָּא דְּלָא יַפְסִיד בַּדָּבָר נָמֵי לָא מִשְׁתְּרֵי דְּאִי גִּילּוּי דַּעְתָּא שָׁרִי לָמָּה לֵיהּ לְמִיתְנֵי סֵיפָא אֵין צָרִיךְ לִמְחוֹת:
N'éteins pas, on ne le lui dit pas : c'est-à-dire qu'on n'a pas besoin de l'en empêcher ; mais manifester son intention qu'on ne lui fera pas perdre (son salaire) n'est pas non plus permis ; car si manifester son intention était permis, pourquoi (le Tanna) aurait-il besoin d'enseigner dans la fin qu'on n'a pas besoin de l'en empêcher ?
אֶלָּא מֵהָכָא לֵיכָּא לְמִישְׁמַע מִינֵּיהּ דְּוַדַּאי מַתְנִיתִין לָאו כֻּולָּהּ דַּוְקָא אֶלָּא חֲדָא מִינַּייְהוּ דַּוְקָא אוֹ רֵישָׁא אוֹ סֵיפָא וְתַנָּא אִידָךְ אַטּוּ הַהִיא וְלָא יָדְעִינַן הֵי מִינַּייְהוּ דַּוְקָא דְּנִגְמַר מִינֵּיהּ:
Donc d'ici on ne peut rien apprendre : car la Michna n'est certainement pas précisé dans toutes ses parties ; une seule (des deux clauses) est précise, soit le début soit la fin, et (le Tanna) a enseigné l'autre à cause de celle-là ; et nous ne savons pas laquelle est précise pour en tirer une conclusion.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא מֵהָא לֵיכָּא לְמִישְׁמַע מִינָּהּ מ"מ קי"ל כַּר' אַמִּי וּבַיְּרוּשַׁלְמִי אָמַר שֶׁעָשָׂה ר' אַמִּי מַעֲשֶׂה כָּזֶה:
Donc de cela on ne peut rien apprendre : néanmoins nous tenons (la halakha) comme Rabbi Ami ; et dans le Yerouchalmi il est dit que Rabbi Ami a agi ainsi en pratique.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַבִּי אַמֵּי בִּדְלֵיקָה הִתִּירוּ לוֹמַר כָּל הַמְכַבֶּה אֵין מַפְסִיד. כָּתַב בַּעַל ה"ג דְּהוּא הַדִּין נָמֵי לְבִידְקָא דָּמְיָא וְכֵן נִרְאֶה דְּכֹל כַּיּוֹצֵא בָּזֶה הֶיזֵּק הַבָּא לָאָדָם פִּתְאוֹם כְּגוֹן אִם נִתְרוֹעֲעָה חָבִית שֶׁל יַיִן וְהוֹלֵךְ לְאִיבּוּד. וְיִרְאֶה שֶׁיָּכוֹל לִקְרוֹת הַנָּכְרִי וּכְשֶׁיָּבֹא הַנָּכְרִי מִמֵּילָא יִכְבֶּה דְּהַשְׁתָּא שָׁרִי לְמֵימַר לֵיהּ כָּל הַמְכַבֶּה אֵינוֹ מַפְסִיד קְרִיאָתוֹ מִיבַּעְיָא. ת"ר מַעֲשֶׂה שֶׁנָּפְלָה דְּלֵיקָה בַּחֲצֵירוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי בֶּן סִימַאי וּבָאוּ אַנְשֵׁי גִּיסְטְרָא שֶׁל צִיפּוֹרִי לְכַבּוֹתָהּ מִפְּנֵי שֶׁאַפּוֹטְרוֹפּוֹס שֶׁל מֶלֶךְ הָיָה וְלֹא הִנִּיחָן מִפְּנֵי כְּבוֹד שַׁבָּת וְנַעֲשָׂה לוֹ נֵס וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים וּכְבֹוהַּ וְלָעֶרֶב שִׁיגֵּר לְכָל אֶחָד מֵהֶן שְׁנֵי סְלָעִים וּלְאִפַּרְכוֹס שֶׁלָּהֶן חֲמִשִּׁים וּכְשֶׁשָּׁמְעוּ חֲכָמִים בְּדָבָר אָמְרוּ לֹא הָיָה צָרִיךְ שֶׁכָּךְ שָׁנִינוּ נָכְרִי שֶׁבָּא לְכַבּוֹת אֵין אוֹמְרִים לוֹ כַּבֵּה וְאַל תְּכַבֶּה:
GUEMARA. Rabbi Ami a dit : lors d'un incendie, on a permis de dire 'quiconque éteint ne perdra pas'. Le Baal Halakhot Guedolot a écrit que la même règle vaut pour une brèche d'eau (bidka demaya, inondation). Et il semble (qu'elle vaut pour) tout cas semblable de dommage qui survient soudainement à un homme, par exemple si un tonneau de vin s'est fendu et que (le vin) se perd. Et il semble qu'on peut appeler le non-Juif, et quand il viendra, il éteindra de lui-même : puisqu'il est permis de lui dire 'quiconque éteint ne perdra pas', à plus forte raison de l'appeler. Les Sages ont enseigné : il arriva qu'un incendie se déclara dans la cour de Rabbi Yossi ben Simai, et les gens de la garnison (guistra) de Tsippori vinrent l'éteindre, car il était intendant (apotropos) du roi. Il ne les laissa pas faire, par respect pour le Chabbat ; un miracle se produisit pour lui : la pluie tomba et l'éteignit. Le soir, il envoya à chacun d'eux deux selaim, et à leur commandant (iparkhos) cinquante. Quand les Sages l'apprirent, ils dirent : il n'en avait pas besoin, car nous avons appris : un non-Juif qui vient éteindre, on ne lui dit ni 'éteins' ni 'n'éteins pas'.
💡 Explication

Rabbi Ami permet une formule indirecte : annoncer publiquement que celui qui éteindra sera récompense. Le non-Juif agit alors de lui-même, sans être l'envoyé du Juif.

La Guemara tente un diyouk (déduction par le contraire) de la Michna. Le début semble permettre la formule, la fin semble l'interdire : les deux déductions s'annulent. Le Roch et Tossefot fixent la halakha selon Rabbi Ami et l'étendent à toute perte soudaine (inondation, tonneau fendu).

🖼️ Schéma
Peut-on déduire Rabbi Ami de la Michna ? Michna : ni 'éteins' ni 'n'éteins pas' Début : 'éteins' interdit => 'quiconque éteint ne perdra pas' serait permis (soutien à R. Ami) Fin : 'n'éteins pas' non requis => 'quiconque éteint...' serait aussi interdit Les deux déductions se contredisent : rien à apprendre Halakha comme R. Ami (Tossefot, Roch)
Le diyouk de la Michna : début et fin mènent à des conclusions opposées.
5
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה וְנָפְלָה דְּלֵיקָה בַּחֲצֵירוֹ שֶׁל יוֹסֵף בֶּן סִימַאי בְּשִׁיחִין, וּבָאוּ אַנְשֵׁי גִּיסְטְרָא שֶׁל צִיפּוֹרִי לְכַבּוֹת, מִפְּנֵי שֶׁאַפִּטְרוֹפּוֹס שֶׁל מֶלֶךְ הָיָה, וְלֹא הִנִּיחָן מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת, וְנַעֲשָׂה לוֹ נֵס וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים וְכִיבּוּ. לָעֶרֶב שִׁיגֵּר לְכָל אֶחָד מֵהֶן שְׁתֵּי סְלָעִין, וְלָאִפַּרְכוֹס שֶׁבָּהֶן — חֲמִשִּׁים. וּכְשֶׁשָּׁמְעוּ חֲכָמִים בַּדָּבָר, אָמְרוּ: לֹא הָיָה צָרִיךְ לְכָךְ, שֶׁהֲרֵי שָׁנִינוּ: גּוֹי שֶׁבָּא לְכַבּוֹת — אֵין אוֹמְרִים לוֹ ״כַּבֵּה״ ו״אל תִּכְבֶּה״.

Les Sages ont enseigné : il arriva qu'un incendie se déclara dans la cour de Yossef ben Simai, à Chihin, et les gens de la garnison (guistra) de Tsippori vinrent éteindre, car il était l'intendant (apotropos) du roi. Il ne les laissa pas faire, par respect pour le Chabbat ; un miracle se produisit pour lui : la pluie tomba et éteignit (le feu).

Le soir, il envoya à chacun d'eux deux selaim, et à leur commandant (iparkhos) cinquante. Quand les Sages l'apprirent, ils dirent : il n'avait pas besoin d'agir ainsi, car nous avons appris : un non-Juif qui vient éteindre, on ne lui dit ni 'éteins' ni 'n'éteins pas'.

📜 Rachi (2)
גִּיסְטְרָא שִׁלְטוֹן:
Guistra : autorité (troupe du gouverneur).
אַפִּטְרוֹפּוֹס מְמֻונֶּה עַל מָמוֹנוֹ:
Apotropos : préposé à ses biens.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לָעֶרֶב שִׁגֵּר לְכָל אֶחָד מֵהֶם שְׁנֵי סִילְעִין. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁעָשָׂה כֵּן, כְּדֵי שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ הָא דְּלָא הִנִּיחָם לְכַבּוֹת בִּשְׁבִיל צָרוֹת עַיִן, שֶׁחָשַׁב שֶׁיּוּכַל לְכַבּוֹת הוּא וְאַנְשֵׁי בֵּיתוֹ וְלָמָּה יַנִּיחַ אֶת אֵלּוּ לְכַבּוֹת וְיִצְטָרֵךְ לָתֵת לָהֶם שְׂכַר טָרְחָם אַחַר שַׁבָּת, וְאַחַר כָּךְ יָרְדוּ גְּשָׁמִים וְלֹא הֻוצְרַךְ לְכַבּוֹת בְּעַצְמוֹ! עַל כֵּן שָׁלַח לָהֶם שָׂכָר אַחַר כָּךְ כְּדֵי לְבָרֵר דְּלָאו מִשּׁוּם קַמְצָנוּת מָנַע אוֹתָם. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד, כִּי הוּא חָשַׁב יְרִידַת הַגְּשָׁמִים לְמַעֲשֶׂה נֵס, וְלָכֵן כְּדֵי שֶׁלֹּא יֵהָנֶה מִמַּעֲשֵׂה נִסִּים שִׁיגֵּר שְׂכָרָן כְּאִלּוּ הֵם כִּיבּוּ, דְּאִם לֹא הָיָה מוֹנְעָם הָיוּ מְכַבִּין, וְכֵיוָן דְּנוֹתֵן לָהֶם שָׂכָר עַתָּה נִמְצָא דְּלָא אֶשְׂתַּכֵּר לֵיהּ מִידִי מֵחֲמַת הַנֵּס. וְהָא דְּנָתַן לָהֶם שְׁנֵי סִילְעִין לְכָל אֶחָד מֵהֶם שֶׁהוּא מַתָּנָה מְרֻובָּה בְּרִבּוּי בְּנֵי אָדָם שֶׁבָּאוּ, וְלָמָּה הָיָה צָרִיךְ לְאַפְסוֹדֵיהּ כֻּולֵּי הַאי? נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי חָשַׁשׁ פֶּן יַחְשְׁדוּ אוֹתוֹ הָא דְּמִנֹּעַם מִלְּכַבּוֹת הוּא מִשּׁוּם דַּהֲוָה נִיחָא לֵיהּ בִּשְׂרֵיפָה, שֶׁהָיָה בְּיָדוֹ נְכָסִים הַרְבֵּה שֶׁל הַמֶּלֶךְ וּבְעֵת שֶׁנָּפְלָה הַדְּלֵיקָה הַבְּרִיחִם מִן הַבַּיִת לְמָקוֹם אַחֵר, וְגַם מָמוֹן שֶׁלּוֹ הִבְרִיחַ, וּלְכָךְ רָצָה שֶׁיִּהְיֶה שְׂרֵיפָה בַּבַּיִת כְּדֵי לִגְזוֹל מָמוֹנוֹ שֶׁל מֶלֶךְ וְלוֹמַר שֶׁנִּשְׂרַף וּלְכָךְ מְנָעָם, וּלְעֵינֵי הָרוֹאִין אָמַר שֶׁמְּנָעָם בִּשְׁבִיל שַׁבָּת! לְכָךְ כְּדֵי לְהוֹצִיא עַצְמוֹ מִן הַחֲשָׁד הַזֶּה שֶׁהָיָה עוֹבֵר בְּדַעַת הֲמוֹן הָעָם וְלָכֵן נָתַן לָהֶם שְׁנֵי סְלָעִים לְכָל אֶחָד וְאֶחָד שֶׁהוּא מַתָּנָה מְרֻובָּה בְּרִבּוּי הָאֲנָשִׁים שֶׁבָּאוּ כְּדֵי שֶׁיִּתְבָּרֵר שֶׁאֵין לוֹ חִימּוּד מָמוֹן, וְאֵיךְ יַחְשְׁדוּ אוֹתוֹ שֶׁהָיְתָה כַּוָּנָתוֹ לִגְזוֹל מָמוֹן שֶׁל מֶלֶךְ?! וְנִרְאֶה לִי מַה שֶׁאָמַר נָפְלָה דְּלֵקָה הָיָה זֶה מַה שֶׁקּוֹרִין זנזל"א, וְהוּא כַּדּוּר אֵשׁ שֶׁשּׂוֹרֵף בָּתִּים בַּר מִינָן, וְהוּא חִצִּים הַיּוֹצְאִים מִן הַבָּרָק, וְקֹודֶם כַּמָּה שָׁנִים עָשָׂה חָכָם אֶחָד תִּיקּוּן טִבְעִי לִשְׁמִירַת הַבָּתִּים מִדָּבָר זֶה וְכַנִּזְכָּר בְּסֵפֶר הַבְּרִית (פֶּרֶק יד), וּלְכָךְ נָקֵיט לְשׁוֹן נָפְלָה וְלֹא אָמַר הָיְתָה.
Le soir, il envoya à chacun d'eux deux selaim. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle il agit ainsi était d'éviter qu'on dise qu'il ne les avait pas laissés éteindre par avarice (tsarout ayin) : qu'il pensait pouvoir éteindre lui-même avec les gens de sa maison, et (se disait) : pourquoi laisser ceux-là éteindre et devoir leur payer leur peine après Chabbat ? - et qu'ensuite la pluie était tombée et il n'avait pas eu besoin d'éteindre lui-même ! C'est pourquoi il leur envoya ensuite un salaire, pour établir qu'il ne les avait pas empêchés par avarice. Ou bien, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il considérait la chute de la pluie comme un miracle ; et pour ne pas tirer profit d'un miracle, il leur envoya leur salaire comme s'ils avaient éteint, car s'il ne les avait pas empêchés, ils auraient éteint ; et puisqu'il leur donne maintenant un salaire, il se trouve qu'il n'a rien gagné du fait du miracle. Et pourquoi leur donna-t-il deux selaim à chacun, don considérable vu le grand nombre de gens venus ; pourquoi avait-il besoin de perdre autant ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il craignait d'être soupçonné d'avoir empêché l'extinction parce que l'incendie l'arrangeait : il avait en main beaucoup de biens du roi, et au moment où l'incendie s'était déclaré, il les aurait fait sortir de la maison vers un autre endroit, ainsi que son propre argent ; il aurait donc voulu que la maison brûle pour voler l'argent du roi et dire qu'il avait brûlé, et c'est pour cela qu'il les aurait empêchés, tout en disant devant les témoins qu'il les empêchait à cause du Chabbat ! Pour se défaire de ce soupçon qui pouvait passer dans l'esprit de la foule, il donna deux selaim à chacun, don considérable vu le nombre de gens venus, afin qu'il soit clair qu'il n'avait pas de convoitise pour l'argent ; comment le soupçonnerait-on alors d'avoir voulu voler l'argent du roi ?! Et il me semble que l'expression 'un incendie tomba' (nafla deleika) désigne ce qu'on appelle 'zanzla' (la foudre) : une boule de feu qui brûle les maisons, que D.ieu nous en préserve ; ce sont des flèches qui sortent de l'éclair. Il y a quelques années, un savant a conçu un dispositif naturel pour protéger les maisons de ce phénomène, comme il est mentionné dans le Sefer HaBerit (ch. 14) ; c'est pourquoi (la baraita) emploie le terme 'tomba' et ne dit pas 'il y eut'.
💡 Explication

Un récit qui illustre la Michna. Yossef ben Simai, haut fonctionnaire, refuse l'aide des soldats non-Juifs par scrupule pour le Chabbat. Les Sages jugent ce refus inutile : le non-Juif venu de lui-même peut éteindre, puisque son repos ne nous incombe pas.

Le Ben Yehoyada explique le paiement généreux après Chabbat : écarter le soupçon d'avarice, ne pas profiter d'un miracle, et écarter le soupçon d'avoir voulu laisser brûler les biens du roi. Il lit aussi nafla ('tomba') comme une allusion à la foudre.

6
אֲבָל קָטָן שֶׁבָּא לְכַבּוֹת אֵין שׁוֹמְעִין לוֹ מִפְּנֵי שֶׁשְּׁבִיתָתוֹ עֲלֵיהֶן. שָׁמְעַתְּ מִינַּהּ קָטָן אוֹכֵל נְבֵלוֹת, בֵּית דִּין מְצֻווִּין עָלָיו לְהַפְרִישׁוֹ. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בְּקָטָן הָעוֹשֶׂה לְדַעַת אָבִיו. דִּכְוָותָהּ גַּבֵּי גּוֹי, דְּקָא עָבֵיד לְדַעְתֵּיהּ דְּיִשְׂרָאֵל — מִי שָׁרִי?! גּוֹי לְדַעְתֵּיהּ דְּנַפְשֵׁיהּ עָבֵיד.

'Mais un enfant qui vient éteindre, on ne l'écoute pas, car son repos leur incombe.' Tu en déduis : un enfant qui mange des nevelot (bêtes non abattues rituellement), le tribunal a l'ordre de l'en écarter ? Rabbi Yo'hanan a dit : (il s'agit) d'un enfant qui agit selon la volonté de son père. - De même pour le non-Juif, qui agit selon la volonté du Juif : est-ce permis ?! - Le non-Juif agit pour son propre compte.

📜 Rachi (3)
שָׁמְעַתְּ מִינַּהּ קָטָן אוֹכֵל נְבֵלוֹת בֵּית דִּין מְצֻוִּוין לְהַפְרִישׁוֹ וְתִקְשֵׁי לְר' יוֹחָנָן דְּאָמַר בִּיבָמוֹת (דַּף קיד.) לְרַבָּה בַּר בַּר חַנָּה דְּאִירַכַּסוּ לֵיהּ מַפְתְּחוֹת שֶׁל בֵּית הַמִּדְרָשׁ בִּרְשׁוּת הָרַבִּים בְּשַׁבָּת דְּבַר טְלִי' וְטַלְיְתָא לִיטַיְּילִי הָתָם דְּאִי מַשְׁכְּחִי לְהוּ מַיְיתֵי לְהוּ:
Tu en déduis qu'un enfant qui mange des nevelot, le tribunal a l'ordre de l'en écarter : et ce serait une difficulté pour Rabbi Yo'hanan, qui a dit (Yevamot 114a) à Rabba bar bar Hana, dont les clefs de la maison d'étude s'étaient perdues dans le domaine public un Chabbat : 'amène un garçon et une fillette, qu'ils se promènent là ; s'ils les trouvent, ils les rapporteront.'
עַל דַּעַת אָבִיו בְּקָטָן שֶׁיָּדַע לְהַבְחִין שֶׁהַכִּבּוּי זֶה נוֹחַ לְאָבִיו וְעוֹשֶׂה בִּשְׁבִילוֹ:
Selon la volonté de son père : un enfant qui sait discerner que cette extinction plaît à son père, et qui la fait pour lui.
נָכְרִי אַדַּעְתֵּיהּ דְּנַפְשֵׁיהּ עֲבִיד וַאֲפִילּוּ יוֹדֵעַ שֶׁנּוֹחַ לוֹ לְיִשְׂרָאֵל הוּא לַהֲנָאַת עַצְמוֹ מִתְכַּוֵּין שֶׁיּוֹדֵעַ שֶׁלֹּא יַפְסִיד:
Le non-Juif agit pour son propre compte : même s'il sait que cela plaît au Juif, il vise son propre profit, car il sait qu'il ne perdra pas.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁמַע מִינַּהּ קָטָן אוֹכֵל נְבֵלוֹת בֵּית דִּין מְצֻוִּוין עָלָיו לְהַפְרִישׁוֹ צ"ל דְּמוֹקֵי מַתְנִיתִין כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר מְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ חַיָּיב עָלֶיהָ אוֹ כר"ש וּכְשֶׁצָּרִיךְ לְאוֹתוֹ כִּיבּוּי כְּגוֹן לַעֲשׂוֹת פֶּחָמִין דִּבְאִיסּוּרָא דְּרַבָּנָן מוּכָח בְּפֶרֶק חֵרֵשׁ (יְבָמוֹת קיד.) דְּאֵין ב"ד מְצֻוִּוין לְהַפְרִישׁוֹ וְנִרְאֶה דְּמַיְירֵי בְּקָטָן שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְחִינּוּךְ דִּבְהִגִּיעַ לְחִינּוּךְ כֵּיוָן שֶׁחַייָּב לְחַנְּכוֹ כ"ש דְּצָרִיךְ לְהַפְרִישׁוֹ שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה עֲבֵירָה וְכָל הָנְהוּ דְּפָרִיךְ בִּיבָמוֹת הֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי כְּשֶׁהִגִּיעַ לְחִינּוּךְ אֶלָּא דְּנִיחָא לֵיהּ לְאוֹקְמֵי בְּכָל עִנְיָן וְהָא דְּבָעֵי לְאֵיתוֹיֵי הָתָם דְּאֵין ב"ד מְצֻווִּין לְהַפְרִישׁוֹ מִדְּקָתָנֵי תִּינוֹק יוֹנֵק וְהוֹלֵךְ וְקָתָנֵי וּבְגָדוֹל אָסוּר מַשְׁמַע דַּוְקָא גָּדוֹל אֲבָל קָטָן אַפֵּי' בְּהִגִּיעַ לְחִינּוּךְ שָׁרִי הָתָם ע"כ גָּדוֹל לָאו דַּוְקָא בַּר עוֹנְשִׁין דְּהָא בַּמַּסְּקָנָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא מִשּׁוּם דִּסְתָם תִּינוֹק מְסֻוכָּן הוּא אֵצֶל חֵלֶב וְהַאי טַעְמָא לֹא שַׁיָּיךְ אֶלָּא בְּבֶן שְׁתַּיִם אוֹ שָׁלשׁ שָׁנִים:
Tu en déduis qu'un enfant qui mange des nevelot, le tribunal a l'ordre de l'en écarter : il faut dire que (la Guemara) explique la Michna selon Rabbi Yehouda, qui dit qu'on est coupable pour une melakha she-eina tsricha legoufa (travail qui n'est pas fait pour sa fin propre), ou selon Rabbi Chimon, dans le cas où l'on a besoin de cette extinction, par exemple pour faire du charbon ; car pour un interdit rabbinique, il est prouvé au chapitre 'Herech (Yevamot 114a) que le tribunal n'a pas l'ordre de l'en écarter. Et il semble qu'il s'agit d'un enfant qui n'a pas atteint l'âge de l'éducation (hinoukh) ; car s'il l'a atteint, puisqu'on est obligé de l'éduquer, à plus forte raison faut-il l'empêcher de commettre une transgression. Et toutes les objections soulevées dans Yevamot, on aurait pu y répondre : 'quand il a atteint l'âge de l'éducation' ; mais (la Guemara) préfère expliquer (les sources) dans tous les cas. Et ce que (la Guemara) veut y apporter comme preuve que le tribunal n'a pas l'ordre de l'écarter, du fait qu'il est enseigné 'le nourrisson continue de téter' et 'chez l'adulte c'est interdit', ce qui implique : l'adulte précisément, mais l'enfant, même ayant atteint l'âge de l'éducation, est permis - on est forcé de dire que 'adulte' ne désigne pas précisément celui qui est passible de peine (bar onachin), puisque dans la conclusion on explique la raison : un nourrisson ordinaire est en danger s'il est privé de lait ; et cette raison ne s'applique qu'à un enfant de deux ou trois ans.
💡 Explication

La Guemara veut tirer de la Michna une règle générale : le beit din doit-il empêcher un katan (enfant) de transgresser, par exemple de manger des nevelot ? Ailleurs, Rabbi Yo'hanan envoie des enfants chercher des clefs un Chabbat, ce qui suppose le contraire.

Rabbi Yo'hanan limite la Michna à l'enfant qui agit pour son père : l'acte est alors rattaché au père. Objection : le non-Juif aussi agit pour le Juif. Réponse : il agit pour lui-même, en vue du salaire.

Tossefot : la question suppose que l'extinction est un interdit de la Torah, et que l'enfant n'a pas atteint l'âge du hinoukh.

7
מַתְנִי׳ כּוֹפִין קְעָרָה עַל גַּבֵּי הַנֵּר בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא תֶּאֱחֹוז בַּקּוֹרָה, וְעַל צוֹאָה שֶׁל קָטָן, וְעַל עַקְרָב שֶׁלֹּא תִישֹּׁךְ. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: מַעֲשֶׂה בָּא לִפְנֵי רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי בַּעֲרָב, וְאָמַר: חוֹשְׁשַׁנִי לוֹ מֵחַטָּאת.

MICHNA. On renverse un bol sur la lampe, afin que (le feu) ne prenne pas à la poutre ; et sur les excréments d'un enfant ; et sur un scorpion, afin qu'il ne pique pas.

Rabbi Yehouda a dit : un cas vint devant Rabban Yo'hanan ben Zakai à Arav, et il dit : je crains pour lui (qu'il soit passible) d'un hatat.

📜 Rachi (5)
מַתְנִי' כּוֹפִין קְעָרָה שֶׁל חֶרֶס:
On renverse un bol : d'argile.
עַל גַּבֵּי הַנֵּר וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִכְבֶּה ואע"פ שֶׁנּוֹטֵל כְּלִי לְהַצָּלַת קוֹרָה שֶׁאֵינָהּ נִיטֶּלֶת בְּשַׁבָּת הָא אוֹתְבִינַן מִינָּהּ (דַּף מג.) לְרַבִּי יִצְחָק דְּאָמַר אֵין כְּלִי נִיטָּל אֶלָּא לְדָבָר הַנִּיטָּל וּשְׁנִייָּה בְּצָרִיךְ לִמְקוֹמוֹ:
Sur la lampe : à condition de ne pas éteindre. Et bien qu'on prenne un ustensile pour sauver une poutre, qui ne peut pas être déplacée le Chabbat, nous avons déjà objecté cela (43a) à Rabbi Yitshak, qui dit qu'un ustensile ne peut être déplacé que pour une chose (elle-même) déplaçable, et nous avons répondu : (il s'agit du cas) où l'on a besoin de sa place.
מַעֲשֶׂה בָּא כְּפִייַּת כְּלִי עַל עַקְרָב:
Un cas vint : de renverser un ustensile sur un scorpion.
בָּעֶרֶב מָקוֹם:
À Arav : (nom d'un) lieu.
חוֹשְׁשַׁנִי לוֹ מֵחַטָּאת כֵּיוָן דְּלֹא הָיָה עַקְרָב רָץ אַחֲרָיו אֵינִי יוֹדֵעַ אִם חַיָּיב מִשּׁוּם צֵידָה אִם לָאו וְחוֹשְׁשַׁנִי לוֹמַר חַיָּיב חַטָּאת הוּא:
Je crains pour lui un hatat : puisque le scorpion ne courait pas après lui, je ne sais pas s'il est coupable au titre de la capture (tseida) ou non, et je crains de dire qu'il est passible d'un hatat.
⚖️ Rosh (2)
מַתְנִי' כּוֹפִין קְעָרָה עַל הַנֵּר בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא תֶּאֱחֹוז בַּקּוֹרָה וְעַל צוֹאָה שֶׁל קָטָן וְעַל עַקְרָב בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא תִּשֹּׁוךְ:
MICHNA. On renverse un bol sur la lampe afin que (le feu) ne prenne pas à la poutre, et sur les excréments d'un enfant, et sur un scorpion afin qu'il ne pique pas.
גְּמ' וְעַל צוֹאָה שֶׁל קָטָן אוֹקֵימְנָא שֶׁל תַּרְנְגוֹלִין מִפְּנֵי הַקָּטָן שֶׁלֹּא יֻוזַּק בָּהּ וּבְחָצֵר אַחֶרֶת אֲבָל צוֹאָה שֶׁל תַּרְנְגוֹלִין וְשֶׁל בְּנֵי אָדָם בְּאוֹתָהּ חָצֵר מֻותָּר לְגִבְּבָה וּלְהוֹלִיכָהּ לְבֵית הַכִּסֵּא כִּגְרָף שֶׁל רֵיעִי דקי"ל דִּגְרָף מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ וּמַפְּקִינַן לֵיהּ. חֲמִשָּׁה נֶהֱרָגִים בְּשַׁבָּת וְאֵלּוּ הֵן זְבוּב שֶׁבְּמִצְרַיִם וְצִרְעָה שֶׁבְּנִיטֶּה וְעַקְרָב שֶׁבְּחַדְייָב וְנָחָשׁ שֶׁבְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְכֶלֶב שׁוֹטֶה שֶׁבְּכָל מָקוֹם. וּשְׁאָר כָּל הַמַּזִּיקִים אִם הָיוּ רָצִין אַחֲרָיו מֻותָּר לְהָורְגָן לְדִבְרֵי הַכֹּל. תָּנוּ רַבָּנַן נִזְדַּמְּנוּ לוֹ נְחָשִׁים וְעַקְרַבִּים בְּשַׁבָּת וַהֲרָגָן בְּיָדוּעַ שֶׁנִּזְדַּמְּנוּ לוֹ לְהָורְגָן לֹא הֲרָגָן בְּיָדוּעַ שֶׁלְּהָרְגוּ בָּאוּ וְנַעֲשָׂה לוֹ נֵס מִן הַשָּׁמַיִם וְחָסוּ עָלָיו. אָמַר עֻולָּא וְאִיתֵּימָא רַבָּה בַּר בַּר חָנָה א"ר יוֹחָנָן וְהוּא שֶׁנִּישּׁוֹפִין בּוֹ. אָמַר רַב יְהוּדָה רֹוק דּוֹרְסוֹ לְפִי תֻּומּוֹ. אָמַר רַב שֵׁשֶׁת נָחָשׁ דּוֹרְסוֹ לְפִי תֻּומּוֹ רַב קַטִּינָא אָמַר עַקְרָב דּוֹרְסוֹ לְפִי תֻּומּוֹ:
GUEMARA. Et sur les excréments d'un enfant : nous l'avons expliqué (comme visant) des excréments de poules, à cause de l'enfant, pour qu'il n'en subisse pas de dommage, et dans une autre cour ; mais des excréments de poules ou d'humains dans la même cour, il est permis de les ramasser et de les porter aux toilettes, comme un pot de chambre, car nous tenons qu'il est permis de déplacer un pot de chambre et de le sortir. Cinq (animaux) sont tués le Chabbat, et les voici : la mouche d'Égypte, la guêpe de Ninive, le scorpion d'Adiabène (Hadyab), le serpent de la terre d'Israël et le chien enragé en tout lieu. Et tous les autres (animaux) nuisibles, s'ils courent après lui, il est permis de les tuer, de l'avis de tous. Les Sages ont enseigné : si des serpents et des scorpions se sont présentés à lui le Chabbat et qu'il les a tués, on sait qu'ils se sont présentés à lui pour qu'il les tue ; s'il ne les a pas tués, on sait qu'ils sont venus pour le tuer, et un miracle lui a été fait du Ciel et on l'a épargné. Oula a dit, et certains disent Rabba bar bar Hana, au nom de Rabbi Yo'hanan : à condition qu'ils se soient frottés contre lui. Rav Yehouda a dit : un crachat, on l'écrase (du pied) en marchant normalement. Rav Chechet a dit : un serpent, on l'écrase en marchant normalement. Rav Ketina a dit : un scorpion, on l'écrase en marchant normalement.
💡 Explication

Nouvelle Michna : on peut renverser un bol pour prévenir un dommage, sans éteindre et sans tuer. Le bol est déplacé pour protéger une chose mouktse (la poutre) ; Rachi rappelle que c'est permis parce qu'on a besoin de l'emplacement du bol.

Pour le scorpion, Rabban Yo'hanan ben Zakai hésite : recouvrir l'animal peut constituer une tseida (capture), l'une des 39 melakhot, passible d'un hatat (sacrifice expiatoire) si elle est faite par inadvertance.

Le Roch résume la Guemara du verso : quels animaux dangereux on peut tuer le Chabbat, et la permission d'écraser en marchant normalement (lefi toumo).

🖼️ Schéma
On renverse un bol le Chabbat : trois cas Sur la lampe pour que le feu ne prenne pas à la poutre (sans éteindre) Sur des excréments pour protéger l'enfant Sur un scorpion pour qu'il ne pique pas R. Yehouda : cas à Arav RYBZ : 'je crains un hatat' (peut-être une capture, tseida) Le bol est déplacé pour un objet non déplaçable (la poutre) : permis car on a besoin de sa place (Rachi)
Les trois cas du bol renversé et l'hésitation de Rabban Yo'hanan ben Zakai.
8
גְּמָ׳ רַב יְהוּדָה וְרַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא וְרַב חָנָן בַּר רָבָא אִיקְּלַעוּ לְבֵי אָבִין דְּמִן נְשִׁיקְיָא. לְרַב יְהוּדָה וְרַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא

GUEMARA. Rav Yehouda, Rav Yirmeya bar Abba et Rav Hanan bar Rava arrivèrent chez Avin de Nechikiya.

Pour Rav Yehouda et Rav Yirmeya bar Abba,

💡 Explication

Début d'un récit qui se poursuit au daf suivant (121b) : on apporte des lits pour les deux premiers Sages, et la question du scorpion sera discutée à partir de ce qui s'y passe.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).