Sougya : Le daf achève la discussion sur le Nom de D.ieu écrit sur la chair : selon les Rabbanan, l'immersion en son temps n'est pas une mitsva et l'on va chercher un roseau ; selon Rabbi Yossi, c'est une mitsva et l'on ne cherche pas. La Guemara objecte une baraita sur l'immersion à Yom Kippour et l'attribue à Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda.
Vient ensuite la Michna : on ne dit à un non-Juif ni 'éteins' ni 'n'éteins pas', mais on arrête un enfant juif qui vient éteindre. Rabbi Ami permet de dire 'quiconque éteint ne perdra pas' ; l'histoire de Yossef ben Simai illustre la Michna ; Rabbi Yo'hanan explique le cas de l'enfant (il agit selon la volonté de son père).
Enfin, la Michna permet de renverser un bol sur une lampe, sur des excréments et sur un scorpion, et Rabban Yo'hanan ben Zakai craint une obligation de hatat pour le scorpion.
(Les Rabbanan pensent que) l'immersion en son temps n'est pas une mitsva, et l'on cherche (un roseau) ; et Rabbi Yossi pense que l'immersion en son temps est une mitsva, et l'on ne cherche pas.
Suite du daf précédent : un homme qui porte le Nom de D.ieu. écrit sur sa peau doit s'immerger. Il ne peut pas se tenir nu devant le Nom ; il faut donc le couvrir, par exemple avec un roseau (gémi).
La divergence porte sur la tevila bizmana (immersion au moment où l'on devient apte). Pour les Rabbanan, repousser l'immersion est sans conséquence : on va chercher un roseau. Pour Rabbi Yossi, l'immersion immédiate est une mitsva : on s'immerge sans attendre, en couvrant le Nom autrement (de la main, selon le daf précédent).
Et Rabbi Yossi pense-t-il que l'immersion en son temps est une mitsva ? N'a-t-on pas enseigné : le zav et la zava, le metsora et la metsora'at (lépreux et lépreuse), celui qui a eu un rapport avec une nidda et l'impur par un mort : leur immersion est de jour.
La nidda et l'accouchée : leur immersion est de nuit. Le baal keri (qui a eu un épanchement séminal) s'immerge durant toute la journée.
Rabbi Yossi dit : à partir de Minha et au-delà, il n'a pas besoin de s'immerger ! - Celle-là est de Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda, qui a dit : il lui suffit que l'immersion soit la dernière.
La Guemara vérifie la cohérence de Rabbi Yossi. Dans une baraita sur Yom Kippour, un Rabbi Yossi dispense le baal keri de s'immerger après Minha : il peut attendre la nuit. Il semble donc tenir que la tevila bizmana n'est pas une mitsva.
Réponse : ce Rabbi Yossi est Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda, connu pour sa règle dayya tevila baaharona (une seule immersion finale suffit, même si elle n'est pas au moment précis). Le Rabbi Yossi sans patronyme (Rabbi Yossi ben Halafta) garde sa position.
Tossefot corrige la version 'il ne peut pas s'immerger' : même celui qui ne voit pas de mitsva dans l'immersion immédiate la permet.
MICHNA. Un non-Juif qui vient éteindre : on ne lui dit ni 'éteins' ni 'n'éteins pas', car son repos (chevitato) ne leur incombe pas.
Mais un enfant qui vient éteindre, on ne l'écoute pas, car son repos leur incombe.
Deux cas opposés. Le non-Juif n'est pas soumis au Chabbat : on ne lui donne pas d'ordre (amira lenochri, interdit rabbinique), mais on n'est pas tenu de l'arrêter. L'enfant juif est concerné par le Chabbat : les adultes doivent l'empêcher d'éteindre.
Tossefot : l'extinction est ici au mieux un interdit rabbinique (melakha she-eina tsricha legoufa), et pourtant l'ordre donné au non-Juif reste interdit.
GUEMARA. Rabbi Ami a dit : lors d'un incendie, on a permis de dire : 'quiconque éteint ne perdra pas'.
Disons que (la Michna) le soutient : un non-Juif qui vient éteindre, on ne lui dit ni 'éteins' ni 'n'éteins pas', car son repos ne leur incombe pas. C'est 'éteins' qu'on ne lui dit pas ; mais 'quiconque éteint ne perdra pas', on le lui dit. - Dis la fin : 'n'éteins pas', on ne le lui dit pas ; et 'quiconque éteint ne perdra pas', on ne le lui dit pas non plus.
Donc de cela on ne peut rien apprendre.
Rabbi Ami permet une formule indirecte : annoncer publiquement que celui qui éteindra sera récompense. Le non-Juif agit alors de lui-même, sans être l'envoyé du Juif.
La Guemara tente un diyouk (déduction par le contraire) de la Michna. Le début semble permettre la formule, la fin semble l'interdire : les deux déductions s'annulent. Le Roch et Tossefot fixent la halakha selon Rabbi Ami et l'étendent à toute perte soudaine (inondation, tonneau fendu).
Les Sages ont enseigné : il arriva qu'un incendie se déclara dans la cour de Yossef ben Simai, à Chihin, et les gens de la garnison (guistra) de Tsippori vinrent éteindre, car il était l'intendant (apotropos) du roi. Il ne les laissa pas faire, par respect pour le Chabbat ; un miracle se produisit pour lui : la pluie tomba et éteignit (le feu).
Le soir, il envoya à chacun d'eux deux selaim, et à leur commandant (iparkhos) cinquante. Quand les Sages l'apprirent, ils dirent : il n'avait pas besoin d'agir ainsi, car nous avons appris : un non-Juif qui vient éteindre, on ne lui dit ni 'éteins' ni 'n'éteins pas'.
Un récit qui illustre la Michna. Yossef ben Simai, haut fonctionnaire, refuse l'aide des soldats non-Juifs par scrupule pour le Chabbat. Les Sages jugent ce refus inutile : le non-Juif venu de lui-même peut éteindre, puisque son repos ne nous incombe pas.
Le Ben Yehoyada explique le paiement généreux après Chabbat : écarter le soupçon d'avarice, ne pas profiter d'un miracle, et écarter le soupçon d'avoir voulu laisser brûler les biens du roi. Il lit aussi nafla ('tomba') comme une allusion à la foudre.
'Mais un enfant qui vient éteindre, on ne l'écoute pas, car son repos leur incombe.' Tu en déduis : un enfant qui mange des nevelot (bêtes non abattues rituellement), le tribunal a l'ordre de l'en écarter ? Rabbi Yo'hanan a dit : (il s'agit) d'un enfant qui agit selon la volonté de son père. - De même pour le non-Juif, qui agit selon la volonté du Juif : est-ce permis ?! - Le non-Juif agit pour son propre compte.
La Guemara veut tirer de la Michna une règle générale : le beit din doit-il empêcher un katan (enfant) de transgresser, par exemple de manger des nevelot ? Ailleurs, Rabbi Yo'hanan envoie des enfants chercher des clefs un Chabbat, ce qui suppose le contraire.
Rabbi Yo'hanan limite la Michna à l'enfant qui agit pour son père : l'acte est alors rattaché au père. Objection : le non-Juif aussi agit pour le Juif. Réponse : il agit pour lui-même, en vue du salaire.
Tossefot : la question suppose que l'extinction est un interdit de la Torah, et que l'enfant n'a pas atteint l'âge du hinoukh.
MICHNA. On renverse un bol sur la lampe, afin que (le feu) ne prenne pas à la poutre ; et sur les excréments d'un enfant ; et sur un scorpion, afin qu'il ne pique pas.
Rabbi Yehouda a dit : un cas vint devant Rabban Yo'hanan ben Zakai à Arav, et il dit : je crains pour lui (qu'il soit passible) d'un hatat.
Nouvelle Michna : on peut renverser un bol pour prévenir un dommage, sans éteindre et sans tuer. Le bol est déplacé pour protéger une chose mouktse (la poutre) ; Rachi rappelle que c'est permis parce qu'on a besoin de l'emplacement du bol.
Pour le scorpion, Rabban Yo'hanan ben Zakai hésite : recouvrir l'animal peut constituer une tseida (capture), l'une des 39 melakhot, passible d'un hatat (sacrifice expiatoire) si elle est faite par inadvertance.
Le Roch résume la Guemara du verso : quels animaux dangereux on peut tuer le Chabbat, et la permission d'écraser en marchant normalement (lefi toumo).
GUEMARA. Rav Yehouda, Rav Yirmeya bar Abba et Rav Hanan bar Rava arrivèrent chez Avin de Nechikiya.
Pour Rav Yehouda et Rav Yirmeya bar Abba,
Début d'un récit qui se poursuit au daf suivant (121b) : on apporte des lits pour les deux premiers Sages, et la question du scorpion sera discutée à partir de ce qui s'y passe.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).