Sougya : Le daf achรจve la discussion sur le kavoul de la Michna : pour Chmouel, il s'agit du sceau de l'esclave (kavla deavda). La Guemara confronte cette lecture ร une autre parole de Chmouel, qui permet ร l'esclave de sortir avec un sceau au cou, et distingue le sceau que le maรฎtre a fait de celui que l'esclave a fait lui-mรชme.
Le sceau sur le vรชtement est interdit, de peur que l'esclave, le sceau dรฉtachรฉ, ne plie son manteau sur ses รฉpaules (Rav Yitshak bar Yossef). Une baraita contraire est rรฉsolue par la distinction entre sceau de mรฉtal et sceau d'argile, selon le souci (kepida) du maรฎtre.
Enfin, la clochette tissรฉe dans le vรชtement est permise, et la Guemara ouvre la question de l'impuretรฉ de la clochette d'une bรชte.
Il n'y a pas en elle (l'istema) d'interdit des couronnes de mariรฉes.
Fin de la baraita sur l'istema (chasse-mouches de la mariรฉe), commencรฉe en 57b. Rabbi Chimon ben Elazar ajoute que le dรฉcret des couronnes de mariรฉes (atarot kalot), pris aprรจs la destruction du Temple en signe de deuil, ne la concerne pas, car elle n'a pas le statut de couronne.
Le Roch place ici tout son rรฉsumรฉ halakhique de la Michna (57a-58a) : raison de la tevila, fils tissรฉs, hatsitsa, totefet, kavoul et istema. Il tranche comme Rabbi Abbahou : le kavoul est un bonnet de laine.
Et Chmouel dit : c'est le kavla (sceau) de l'esclave que nous avons appris (dans la Michna). Mais Chmouel a-t-il dit cela ?
Chmouel n'a-t-il pas dit : l'esclave sort avec un sceau qui est ร son cou, mais pas avec un sceau qui est sur son vรชtement !
Deux lectures du kavoul : Rabbi Abbahou y voit un bonnet de laine, Chmouel le sceau (chotam) que l'esclave porte pour signaler ร qui il appartient. Or Chmouel lui-mรชme permet ailleurs de sortir avec un sceau au cou : contradiction interne.
Ce n'est pas difficile : celui-ci (que Chmouel permet), c'est quand son maรฎtre le lui a fait ; celui-lร (de la Michna), c'est quand (l'esclave) l'a fait lui-mรชme pour lui-mรชme.
Premiรจre distinction : le sceau fait par le maรฎtre inspire une crainte (eimta) qui empรชche l'esclave de l'รดter ; celui qu'il s'est fait lui-mรชme (pour jouir de la protection de son maรฎtre) dรฉpend de sa seule volontรฉ, et il pourrait l'enlever et le porter.
Dans quel cas as-tu รฉtabli cette (parole) de Chmouel ? Quand son maรฎtre le lui a fait.
(Alors) avec le sceau sur son vรชtement, pourquoi pas ?
Objection : si la crainte du maรฎtre suffit ร garantir que l'esclave ne touchera pas au sceau, cette garantie devrait valoir aussi pour le sceau cousu sur le vรชtement. Pourquoi Chmouel l'interdit-il ?
(On craint) qu'il se dรฉtache ; (l'esclave) prend peur, plie (son manteau) et le pose sur son รฉpaule. Comme (l'enseignement) de Rav Yitshak bar Yossef, car Rav Yitshak bar Yossef a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui sort avec un manteau pliรฉ et posรฉ sur ses รฉpaules le Chabbat est passible d'un (sacrifice) hatat.
Au vรชtement, le danger est inverse : c'est la crainte du maรฎtre qui crรฉe le risque. Le sceau dรฉtachรฉ, l'esclave cache l'endroit en pliant son manteau sur l'รฉpaule. Selon Rabbi Yo'hanan, un vรชtement pliรฉ ainsi est un fardeau (massoui), portรฉ dans le domaine public : interdit de la Torah, passible de hatat.
Et comme ce que Chmouel dit ร Rav Hinena bar Chila : tous les Sages de la maison de l'Exilarque (Rech Galouta) ne doivent pas sortir avec des manteaux scellรฉs (sarbalei hatimei), sauf toi, car la maison de l'Exilarque n'est pas exigeante ร ton รฉgard.
Application pratique de la mรชme crainte : les Sages attachรฉs ร la maison de l'Exilarque portaient son sceau sur leur manteau. Seul Rav Hinena bar Chila, dont on ne se souciait pas qu'il sorte sans sceau, n'avait rien ร craindre, et pouvait donc sortir ainsi.
Revenons au sujet lui-mรชme (gufa) : Chmouel a dit : l'esclave sort avec un sceau qui est ร son cou, mais pas avec un sceau qui est sur son vรชtement. Une baraita enseigne de mรชme : l'esclave sort avec un sceau qui est ร son cou, mais pas avec un sceau qui est sur son vรชtement.
La Guemara revient ร la parole de Chmouel et montre qu'une baraita la soutient. Rachi prรฉcise qu'il s'agit d'un sceau d'argile : une fois tombรฉ, il n'a plus de valeur et ne prouve plus rien ; l'esclave n'a aucune raison de le ramasser.
On leur objecte (une autre baraita) : l'esclave ne sortira ni avec un sceau qui est ร son cou ni avec un sceau qui est sur son vรชtement ; l'un et l'autre ne reรงoivent pas l'impuretรฉ. Ni avec une clochette (zog) qui est ร son cou ; mais il sort avec une clochette qui est sur son vรชtement ; l'une et l'autre reรงoivent l'impuretรฉ.
Une seconde baraita interdit aussi le sceau au cou : contradiction avec Chmouel et la premiรจre baraita. Elle traite en passant de la touma : un objet reรงoit l'impuretรฉ s'il est un ustensile ou une parure (tachchit). Le sceau marque la servitude, il n'orne pas ; la clochette, elle, est un ornement.
Et la bรชte ne sortira ni avec un sceau qui est ร son cou, ni avec un sceau qui est sur sa couverture, ni avec une clochette qui est sur sa couverture, ni avec une clochette qui est ร son cou ; l'un et l'autre ne reรงoivent pas l'impuretรฉ !
Suite de la mรชme baraita, pour la bรชte : tout est interdit. La raison est propre ร l'animal : avec une clochette, la bรชte semble conduite ร la foire (hinga) pour y รชtre vendue (Chabbat 54b). Aucun de ces objets ne reรงoit l'impuretรฉ : la notion de parure ne s'applique pas ร une bรชte.
Dirons-nous : celui-ci (permis), c'est quand son maรฎtre le lui a fait ; celui-lร (interdit), c'est quand il l'a fait lui-mรชme pour lui-mรชme ?
Premiรจre tentative : reprendre la distinction dรฉjร utilisรฉe pour la Michna (maรฎtre / esclave lui-mรชme) afin de concilier les deux baraitot.
Non : l'une et l'autre (parlent du cas) oรน son maรฎtre le lui a fait ; et ici, c'est (un sceau) de mรฉtal, et lร , (un sceau) d'argile. Et comme (l'enseignement) de Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouh : un objet auquel son maรฎtre tient, on ne sort pas avec ; un objet auquel il ne tient pas, on sort avec.
Rรฉsolution retenue : les deux baraitot parlent d'un sceau fait par le maรฎtre. Le critรจre est la kepida (le souci du maรฎtre pour l'objet). Un sceau de mรฉtal a de la valeur : s'il tombe, l'esclave le ramassera et le portera, d'oรน l'interdit. Un sceau d'argile n'a pas de valeur : il le laissera tomber, d'oรน la permission.
C'est aussi logique, puisqu'elle enseigne : l'un et l'autre ne reรงoivent pas l'impuretรฉ. Si tu dis (qu'il s'agit de sceaux) de mรฉtal, c'est bien : ce sont ceux-ci qui ne reรงoivent pas l'impuretรฉ, mais leurs ustensiles (de mรชme matiรจre) reรงoivent l'impuretรฉ.
Preuve de la rรฉsolution : la prรฉcision 'ne reรงoivent pas l'impuretรฉ' n'apporte une nouveautรฉ que si la matiรจre, en gรฉnรฉral, peut devenir impure. Les ustensiles de mรฉtal reรงoivent la touma ; il fallait donc prรฉciser que ces sceaux-lร font exception.
Mais si tu dis que nous avons appris (des sceaux) d'argile, (dira-t-on) que ce sont ceux-ci qui ne reรงoivent pas l'impuretรฉ, mais que leurs ustensiles (de mรชme matiรจre) reรงoivent l'impuretรฉ ?!
Avec l'argile crue, la prรฉcision serait inutile : un ustensile de terre non cuite ne reรงoit jamais la touma (ร la diffรฉrence de la terre cuite, kli hรจres).
Or il a รฉtรฉ enseignรฉ : les ustensiles de pierre, les ustensiles de bouse et les ustensiles de terre ne reรงoivent l'impuretรฉ ni selon la Torah ni selon les Sages (soferim). Dรฉduis-en donc (qu'il s'agit de sceaux) de mรฉtal.
Dรฉduis-en.
La baraita citรฉe confirme : pierre, bouse sรฉchรฉe et terre crue sont totalement exclues de la touma. Conclusion (chema minah) : la baraita qui interdit parle de sceaux de mรฉtal.
Le Maรฎtre a dit : ni avec une clochette qui est ร son cou, mais il sort avec une clochette qui est sur son vรชtement.
La Guemara examine maintenant la suite de la baraita : la diffรฉrence entre la clochette au cou et la clochette sur le vรชtement.
La clochette ร son cou, pourquoi pas ? (Parce qu'on craint) qu'elle se dรฉtache et qu'il en vienne ร la porter.
La clochette sur son vรชtement aussi, qu'on craigne qu'elle se dรฉtache et qu'il en vienne ร la porter !
La raison de l'interdit au cou est le risque qu'elle se dรฉtache et soit portรฉe ร la main. Ce risque semble exister aussi quand elle est fixรฉe au vรชtement.
De quoi parlons-nous ici ? (D'une clochette) tissรฉe (dans le vรชtement), et comme (l'enseignement) de Rav Houna fils de Rav Yehochoua, car Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : tout ce qui est tissรฉ, on n'a pas dรฉcrรฉtรฉ.
Rรฉponse : la clochette du vรชtement y est tissรฉe (mehi mehaa) ; elle ne peut plus se dรฉtacher. Le principe de Rav Houna fils de Rav Yehochoua, รฉnoncรฉ en 57a pour la hatsitsa, s'รฉtend au risque de port.
Tossefot explique pourquoi le sceau tissรฉ reste interdit : la clochette orne tout vรชtement, le sceau n'embellit rien ; les Sages ont donc dรฉcrรฉtรฉ pour tout sceau, mรชme tissรฉ, ร cause du sceau non tissรฉ.
Le Maรฎtre a dit : la bรชte ne sortira ni avec un sceau qui est ร son cou, ni avec un sceau qui est sur sa couverture, ni avec une clochette qui est ร son cou, ni avec une clochette qui est sur sa couverture ; l'un et l'autre ne reรงoivent pas l'impuretรฉ.
Examen de la derniรจre partie de la baraita, consacrรฉe ร la bรชte.
Et la clochette de la bรชte ne reรงoit-elle pas l'impuretรฉ ? On objecte (une baraita) : la clochette de la bรชte est impure,
Nouvelle contradiction : une autre source dรฉclare la clochette de la bรชte impure (susceptible de touma). La suite de la baraita et la rรฉsolution se trouvent en 58b.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).