Sougya : Le daf achève la description des tentures du Michkan (les agrafes dans les boucles, les tentures de poils de chèvre filées sur les chèvres) puis revient à la mishna des deux balcons : Rav, au nom de Rabbi Hiya, enseigne que le dessous, l'entre-deux et les côtés des chariots des Leviim étaient reshout harabim. Abaye et Rava donnent les dimensions (chariot de 5 amot de long, 2,5 de large, côtés égaux à la largeur), ce qui donne 15 amot pour deux chariots ; une amah de plus pour le Levi qui retenait les planches explique la largeur de 16 amot du reshout harabim.
Rachi et Rabbenou Tam divergent sur la disposition des chariots. Puis une nouvelle mishna traite de la margelle d'un puits et d'un rocher de 10 tefahim de haut et 4 de large ; la Guemara en déduit la règle de Rabbi Yo'hanan : le puits et sa margelle se joignent pour atteindre 10 tefahim.
Et les agrafes (kerassim) apparaissaient dans les boucles (loulaot) comme des étoiles dans le ciel.
Fin de la baraita sur la beauté du Michkan. Les tentures étaient cousues en deux ensembles (méhabrot) de cinq tentures chacun. Au milieu du Michkan, chaque ensemble portait sur son bord des loulaot (boucles) placées face à face, reliées par des kérassim (agrafes) d'or. Vues de l'intérieur, ces agrafes brillaient comme des étoiles.
Nos Maîtres ont enseigné : les tentures inférieures étaient de tekhelet (laine bleu azur), de pourpre, d'écarlate et de lin fin ; et les supérieures, d'ouvrage de chèvres. Et plus grande est la sagesse mentionnée pour les supérieures que celle mentionnée pour les inférieures.
Car pour les inférieures il est écrit : Et toute femme au cœur sage fila de ses mains (Chemot 35, 25) ; tandis que pour les supérieures il est écrit : Et toutes les femmes que leur cœur porta avec sagesse filèrent les chèvres (Chemot 35, 26). Et il a été enseigné au nom de Rabbi Nehemia : [les poils étaient] lavés sur les chèvres et filés [directement] sur les chèvres.
Le Michkan avait deux couches principales de tentures : en bas, les tentures inférieures en laines teintes et lin ; au-dessus, les tentures supérieures en poils de chèvre. La matière est plus modeste, mais le verset parle de femmes que leur cœur porta (nessa libban) avec sagesse : Rachi y lit un surcroît de sagesse.
Rabbi Nehemia précise en quoi : les poils étaient lavés et filés alors qu'ils étaient encore sur l'animal vivant, travail d'une grande habileté.
Deux balcons (gézouztraot), etc. Rav a dit au nom de Rabbi Hiya : les chariots, leur dessous, leur entre-deux et leurs côtés sont reshout harabim.
Abaye a dit : entre un chariot et un autre, [il y avait] la pleine longueur d'un chariot. Et combien mesure la longueur d'un chariot ?
Cinq amot. Pourquoi [cinq] ?
Quatre et demie suffisent ! Afin que les planches (kerachim) ne soient pas serrées les unes contre les autres.
Retour à la mishna des deux balcons (97a-98a). Le modèle du reshout harabim est le campement du désert, où les chariots des Leviim transportaient les planches du Michkan. Rav enseigne que l'espace sous les chariots, entre eux et à leurs côtés était reshout harabim.
Abaye donne les mesures : l'écart entre deux chariots égale la longueur d'un chariot, soit 5 amot. La Guemara objecte : les planches mesurent 1,5 amah de large ; posées à plat, trois rangées prennent 4,5 amot ; posées sur la tranche, quatre rangées prennent 4 amot. Donc 4,5 suffiraient. Réponse : on laisse du jeu pour que les planches ne se serrent pas.
Rava a dit : les côtés du chariot [mesuraient] la pleine largeur du chariot. Et combien mesure la largeur du chariot ?
Deux amot et demie. Pourquoi [deux et demie] ?
Une amah et demie suffit ! Afin que les planches ne vacillent pas.
Rava donne la largeur : le chariot mesure 2,5 amot, et ses côtés (l'espace entre la paroi et la roue, avec l'épaisseur de l'une et de l'autre) ont ensemble la même mesure. La Guemara objecte : 1,5 amah suffirait. Réponse : des planches de 10 amot posées en travers sur une base étroite vacilleraient (lidadou) en route et tomberaient.
Rachi et Tossefot divergent. Pour Rachi, chaque chariot est isolé ; les côtés font 1,25 amah de chaque côté. Rabbenou Tam objecte : comment de si lourdes planches tiendraient-elles sur 2,5 amot, et à plus forte raison sur 1,5 ? Pour lui, deux chariots sont reliés par une pièce de bois ; la planche de 10 amot repose sur les parois extérieures des deux chariots, et chaque côté mesure 2,5 amot.
Mais ce que nous tenons pour établi, que le chemin du reshout harabim est de seize amot, nous qui l'apprenons du Michkan : [or la route] du Michkan était de quinze ! Il y avait une amah de plus, où se tenait un Levi : lorsque les planches glissaient, il les retenait.
La largeur halakhique du reshout harabim est de 16 amot, apprise du campement. Or deux chariots côté à côté (5 + 5) avec l'intervalle (5) ne donnent que 15. La réponse ajoute une amah pour le ben Levi qui marchait à côté et remettait en place les planches qui glissaient.
Rachi précise qu'on ne compte pas la longueur des planches (20 amot pour deux) : elles sont au-dessus de 10 tefahim, hors du reshout harabim. Il répartit l'amah supplémentaire en deux demi-amot, une de chaque côté. Tossefot place l'amah entière d'un seul côté, car un homme occupe une amah.
MISHNA. La margelle d'un puits et un rocher hauts de dix [tefahim] et larges de quatre : celui qui en prend [un objet] ou qui en pose sur eux est hayav (passible) ; moins que cela, patour (exempt).
Une houlya est le rebord de terre ou de pierre qui entoure l'ouverture d'un puits. Une surface haute de 10 tefahim et large de 4 est un reshout hayahid, même au milieu du reshout harabim. Prendre un objet de dessus et le déposer dans le reshout harabim, ou l'inverse, est une hotsaa (transfert) passible. En deçà de ces mesures, la surface fait partie du domaine environnant : patour.
GUEMARA. Pourquoi [la mishna] doit-elle enseigner la margelle du puits et le rocher ?
Qu'elle enseigne : le puits et le rocher ! Cela appuie Rabbi Yo'hanan, car Rabbi Yo'hanan a dit : le puits et sa margelle se joignent (mitstarfin) pour [atteindre] dix.
On a aussi enseigné ainsi : un puits dans le reshout harabim, profond de dix et large de quatre, on n'y puise pas [d'eau] à Chabbat
Question de style : pour enseigner la hauteur, le rocher suffisait ; pour la profondeur, le puits. Pourquoi mentionner la margelle ? Rachi : on ne peut pas y lire un cas de hauteur, puisque le rocher le couvre déjà ; il s'agit donc de sortir un objet de l'intérieur du puits, par-dessus la margelle.
D'où la règle de Rabbi Yo'hanan : la profondeur du puits et la hauteur de la margelle se joignent pour faire 10 tefahim. Un puits de 7 tefahim avec une margelle de 3 est donc un reshout hayahid. Une baraita le confirme ; sa suite est au daf 99b.
Tossefot demande pourquoi cette mishna, alors que la règle ressort déjà d'Erouvin 99b. Deux réponses : la mishna enseigne parfois en passant ce qu'on sait d'ailleurs ; ou bien, par le surplus de langage, elle enseigne que puits et margelle se joignent aussi pour la largeur de 4 tefahim, dans le cas d'une margelle haute de 10.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).