Sougya : La Guemara poursuit la description du Michkan, en lien avec le transport des planches sur les chariots. Rabbi Yehouda et Rabbi Nehemia discutent de l'épaisseur des planches (kerashim) : une amah en bas, qui s'amincit jusqu'à un doigt en haut selon Rabbi Yehouda, une amah en haut comme en bas selon Rabbi Nehemia.
La Guemara examine les versets relatifs aux planches d'angle et au verrou central, puis calcule, pour chaque opinion, ce que couvrent les tentures du Michkan et les tentures en poil de chèvre sur les murs et les socles (adanim). Le daf se termine sur la baraita : les planches étaient entaillées et les socles creux.
Chmouel a dit : avec des piquets (bitedot).
Suite de la discussion de 98a sur le chargement des planches sur les chariots des Leviim. Pour Chmouel, le dessous du chariot n'était pas un plateau couvert : il était fait de piquets espacés, si bien que l'espace sous les chariots avait le statut d'un reshout harabim.
Les Rabbanan ont enseigné : les planches (kerashim), en bas, avaient une amah d'épaisseur, et en haut elles s'amincissaient jusqu'à un doigt, ainsi qu'il est dit : "elles seront tamim (achevées) à leur sommet", et ailleurs il est dit : "tamou (ils furent achevés), ils furent coupés" ; ce sont les paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Nehemia dit : de même qu'en bas elles avaient une amah d'épaisseur, en haut aussi elles avaient une amah d'épaisseur, ainsi qu'il est dit : "yahdav (ensemble)".
Rabbi Yehouda tire une gezera chava du mot tam : dans Yehochoua (3,16), tamou désigne les eaux qui cessent. Tamim au sommet signifie donc que la planche se termine presque en pointe. Rabbi Nehemia lit yahdav (Chemot 26,24) : la planche est uniforme sur toute sa hauteur.
Mais il est écrit "tamim" ! (Pour Rabbi Nehemia,) cela enseigne qu'on apporte des planches entières et qu'on n'apporte pas des pièces assemblées.
Et pour l'autre (Rabbi Yehouda), il est aussi écrit "yahdav" ! Cela enseigne qu'on ne les place pas en décalage l'une par rapport à l'autre.
Cela va pour celui qui dit : de même qu'en bas elles avaient une amah d'épaisseur, en haut aussi elles avaient une amah d'épaisseur ; c'est ce qui est écrit : "Et pour le fond du Michkan, vers l'ouest, tu feras six planches ; et tu feras deux planches pour les angles" : la largeur de celles-ci vient combler l'épaisseur de celles-là. Mais pour celui qui dit : en bas elles avaient une amah d'épaisseur et en haut elles s'amincissaient jusqu'à un doigt, celle-ci rentre et celle-là sort !
On les taillait en pente, comme des montagnes.
Le mur ouest compte six planches d'une amah et demie : 9 amot, pour un intérieur de 10. Chaque planche d'angle comble une demi-amah et couvre avec l'amah restante l'épaisseur de la planche du mur nord ou sud. Pour Rabbi Yehouda, en haut cette épaisseur n'est plus qu'un doigt : la planche d'angle dépasserait. Réponse : on retaillait sa largeur en pente vers le haut.
"Et le verrou central (bariah hatikhon) au milieu des planches" : on a enseigné : il tenait par miracle.
Le bariah hatikhon traverse les planches "d'une extrémité à l'autre". Selon cet enseignement, une seule barre passait par les trois murs (nord, ouest, sud) en se courbant d'elle-même. Tossefot note qu'une autre baraita décrit un verrou central droit, d'est en ouest, sans miracle.
"Et le Michkan, tu le feras de dix tentures ... la longueur d'une tenture sera de vingt-huit amot." Pose leur longueur sur la largeur du Michkan : combien cela fait-il ? Vingt-huit.
Retire dix pour le toit : il leur reste neuf de ce côté-ci et neuf de ce côté-là. Pour Rabbi Yehouda, l'amah des socles (adanim) est découverte ; pour Rabbi Nehemia, une amah des planches est découverte.
Les planches mesurent 10 amot de haut, dont l'amah du bas est prise dans les adanim (socles). Pour Rabbi Yehouda, l'épaisseur du haut est négligeable : 9 amot pendent sur le mur et l'amah des adanim reste à nu. Pour Rabbi Nehemia, l'épaisseur d'une amah de chaque mur absorbe une amah de tenture : il reste 8, et sont découvertes une amah de planche en plus de celle des adanim (Rachi).
Pose leur largeur sur la longueur du Michkan : combien cela fait-il ? Quarante.
Retire trente pour le toit : il leur reste dix. Pour Rabbi Yehouda, l'amah des socles est couverte ; pour Rabbi Nehemia, l'amah des socles est découverte.
Dix tentures de 4 amot, réunies en deux ensembles de cinq : 40 amot dans la longueur. Le toit en prend 30, il reste 10 pour le mur ouest. Pour Rabbi Yehouda, ces 10 couvrent toute la hauteur, adanim compris. Pour Rabbi Nehemia, l'épaisseur des planches ouest prend une amah, et l'amah des adanim reste à nu.
"Et tu feras des tentures en poil de chèvre pour la tente, etc. La longueur d'une tenture sera de trente amot, etc." Pose leur longueur sur la largeur du Michkan : combien cela fait-il ?
Trente. Retire dix pour le toit : il leur reste dix de ce côté-ci et dix de ce côté-là.
Pour Rabbi Yehouda, l'amah des socles est couverte ; pour Rabbi Nehemia, l'amah des socles est découverte.
Les tentures en poil de chèvre (yeriot izim) forment la couche supérieure, le ohel. Elles dépassent les tentures inférieures et couvrent ce que celles-ci laissaient à nu : pour Rabbi Yehouda tout est couvert ; pour Rabbi Nehemia, elles couvrent l'amah de planche, et l'amah des adanim reste découverte.
On a aussi enseigné ainsi : "Et l'amah d'ici et l'amah de là, dans l'excédent" : pour couvrir l'amah des socles, ce sont les paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Nehemia dit : pour couvrir l'amah des planches.
Pose leur largeur sur la longueur du Michkan : combien cela fait-il ? Quarante-quatre.
Retire trente pour le toit : il leur reste quatorze. Retire deux pour le repli, car il est écrit : "Et tu replieras la sixième tenture sur le devant de la tente" : il leur reste douze.
La baraita confirme la lecture précédente : l'amah d'excédent de chaque côté (Chemot 26,13) couvre les adanim pour Rabbi Yehouda, la dernière amah de planche pour Rabbi Nehemia. Puis le calcul dans la longueur : onze tentures de 4 amot = 44 ; moins 30 de toit, moins 2 repliés sur l'entrée à l'est, il reste 12 pour l'arrière.
Cela va pour Rabbi Yehouda : c'est ce qui est écrit : "la moitié de la tenture en excédent pendra". Mais pour Rabbi Nehemia, que signifie "pendra" ?
Elle pendra plus que ses compagnes. Il a été enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : à quoi le Michkan ressemble-t-il ?
À une femme qui marche au marché, et dont les pans (de la robe) la suivent.
Il reste 12 amot à l'ouest. Pour Rabbi Yehouda, 10 couvrent le mur et 2 traînent au sol : le verbe tisrah convient. Pour Rabbi Nehemia, une amah passe sur l'épaisseur des planches et une seule amah traîne ; tisrah signifie alors que cette tenture pend plus bas que les inférieures. L'image de l'école de Rabbi Yichmael décrit la tenture arrière qui traîne au sol.
Les Rabbanan ont enseigné : les planches étaient entaillées et les socles (adanim) étaient creux,
Début de la description de l'assemblage : chaque planche se termine en bas par deux tenons (yadot), obtenus par une entaille centrale, qui s'enfoncent dans deux socles creux.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).