Shabbat 98a — Le reshout harabim couvert et les chariots du Michkan

Shabbat 98a

Sougya : Le daf achève la baraita de Rabbi (d'un reshout harabim à un autre en passant par un reshout hayahid) : moins de quatre amot, patour, car les domaines du même type se joignent et l'objet en l'air n'est pas considéré comme posé. Rav enseigne ensuite que celui qui transporte quatre amot dans un reshout harabim couvert est patour, car cela ne ressemble pas aux campements du désert.

La Guemara objecte à partir des chariots du Michkan, recouverts de planches, dont le dessous était pourtant reshout harabim. S'ensuit un calcul de la disposition des planches sur le chariot (à plat, sur la tranche) pour savoir si les écarts entre les rangées dépassaient trois tefahim, puis la réponse de Rav Kahana, discutée par Rachi et Tossefot.

Déroulement de la sougya : le reshout harabim couvertRavtransporter 4 amot dans un reshout harabim couvert : patourObjectionsous les chariots (couverts) = reshout harabimRéponse : bedrataentre les rangées de planchesObjection3 rangées à plat : écart lavoudRéponseposées sur la trancheObjection4 rangées sur la tranche : encore lavoudVa si les planches s'amincissent ; sinon ?Rav Kahana : be-atbeiObjectionles atbei sont sur le chariot déjà couvert
Les étapes de la discussion sur la parole de Rav.
Rangées de planches sur les 5 amot du chariot : l'espace restant est-il lavoud ?À platlargeur 1,53 rangées, reste 1/2 amahécart 1,5 tefahSur la trancheépaisseur 14 rangées, reste 1 amahécart 2 tefahimÉcart inférieur à 3 tefahim = lavoud : le dessous est considéré comme couvertSi les planches s'amincissent vers le haut (jusqu'à un doigt), l'écart en haut dépasse 3 tefahimSi elles font une amah en haut comme en bas : difficulté, d'où la réponse de Rav Kahana1 amah = 6 tefahim
Disposition des planches sur la longueur du chariot et calcul des écarts.
1
פָּחוֹת מֵאַרְבַּע אַמּוֹת — פָּטוּר. מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? הָא קָא מַשְׁמַע לַן: רְשׁוּיוֹת מִצְטָרְפוֹת — וּדְלָא אָמְרִינַן קְלוּטָה כַּמָּה שֶׁהֻונְּחָה.

Moins de quatre amot : patour. Que nous apprend-il ?

Il nous apprend ceci : les domaines se joignent (rechouyot mitstarfot), et nous ne disons pas qu'un objet saisi dans l'air est comme posé (kelouta kemi chehouna'h).

📜 Rachi (3)
פָּחוֹת מֵאַרְבַּע פָּטוּר דְּמִשּׁוּם הוֹצָאָה לָא מִיחַייַּב דְּלָא אָמְרִינַן קְלוּטָה כַּמָּה שֶׁהֻונְּחָה:
Moins de quatre, patour : car il n'est pas hayav au titre d'hotsaa, puisque nous ne disons pas qu'un objet saisi dans l'air est comme posé.
רְשׁוּיוֹת הַשָּׁווֹת:
Les domaines : de même nature.
מִצְטָרְפוֹת רְשׁוּת הָרַבִּים זוֹ עִם רְשׁוּת הָרַבִּים זוֹ וּדְלָא כְּר' יוֹסֵי דְּאָמַר בְּפֶרֶק הַמּוֹצִיא יַיִן (לְעֵיל שַׁבָּת פ.) אַף בְּהֶעְלֵם אֶחָד לִרְשׁוּת אֶחָד חַיָּיב לִשְׁתֵּי רְשׁוּיוֹת פָּטוּר וְעוֹד קָא מַשְׁמָע לַן דְּלָא אָמְרִינַן קְלוּטָה כַּמָּה שֶׁהֻונְּחָה:
Se joignent : ce reshout harabim avec cet autre reshout harabim ; contrairement à Rabbi Yossi, qui dit au chapitre Hamotsi yayin (plus haut, Chabbat 80a) : même en un seul oubli, [s'il transporte] vers un seul domaine, il est hayav ; vers deux domaines, patour. Et il nous apprend encore que nous ne disons pas qu'un objet saisi dans l'air est comme posé.
💡 Explication

Suite de la baraita de 97b : on lance d'un reshout harabim à un autre, avec un reshout hayahid au milieu. Au-delà de quatre amot, on est hayav ; en deçà, patour. La Guemara en tire deux enseignements. D'abord, les deux reshout harabim, bien que séparés, se joignent pour former les quatre amot. Ensuite, l'objet qui traverse l'air du reshout hayahid n'y est pas considéré comme posé : il n'y a donc pas d'hotsaa (transfert d'un domaine à l'autre).

2
אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה, אָמַר רַב אַבָּא, אָמַר רַב הוּנָא, אָמַר רַב: הַמַּעֲבִיר אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים מְקֹורֶה — פָּטוּר, לְפִי שֶׁאֵינוֹ דּוֹמֶה לְדִגְלֵי מִדְבָּר. אֵינִי?! וְהָא עֲגָלוֹת דִּמְקֹורוֹת הָוְייָן, וְאָמַר רַב מִשּׁוּם רַבִּי חִייָּא: עֲגָלוֹת, תַּחְתֵּיהֶן וּבֵינֵיהֶן וְצִדֵּיהֶן רְשׁוּת הָרַבִּים! כִּי קָאָמַר רַב בְּדָרָאתָא.

Rav Chmouel bar Yehouda a dit, au nom de Rav Abba, au nom de Rav Houna, au nom de Rav : celui qui fait passer [un objet sur] quatre amot dans un reshout harabim couvert est patour, parce que cela ne ressemble pas aux campements (diglei) du désert. Est-ce ainsi ?

Les chariots n'étaient-ils pas couverts ? Et Rav a dit au nom de Rabbi Hiya : les chariots, sous eux, entre eux et à côté d'eux, c'est reshout harabim !

Quand Rav l'a dit, c'était pour les espaces entre les rangées (bedrata).

📜 Rachi (7)
מְקוֹרָהּ מְכֻוסָּה:
Couvert : recouvert.
וְהָא עֲגָלוֹת דְּמִשְׁכָּן:
Or les chariots : du Michkan.
דִּמְקוֹרוֹת הָווּ בִּקְרָשִׁים הַסִּדּוּרִין עֲלֵיהֶן רָחְבָּן לְאֹורֶךְ הָעֲגָלָה וְאָורְכָּן לְרָחְבָּן עַל רֹאשׁ דָּפְנוֹתֶיהָ וְקָא סָלְקָא דַעְתָּךְ עַל פְּנֵי כָּל אֹורֶךְ הָעֲגָלוֹת הָיוּ מְסֻודָּרוֹת:
Étaient couverts : par les planches rangées sur eux, leur largeur dans la longueur du chariot et leur longueur dans sa largeur, sur le haut de ses parois ; et on pensait qu'elles étaient rangées sur toute la longueur des chariots.
וּבֵינֵיהֶן בֵּין עֲגָלָה לַעֲגָלָה שֶׁבְּצִדָּהּ וְאַף עַל פִּי שֶׁרָאשֵׁי הַקְּרָשִׁים יוֹצְאִים לְכָאן וּלְכָאן שְׁתֵּי אַמּוֹת וּמֶחֱצָה לְכָל רוּחַ וְרָאשֵׁי קְרָשִׁים שֶׁל עֲגָלָה זוֹ מַגִּיעִין לְרָאשֵׁי קְרָשִׁים שֶׁל זוֹ שֶׁבְּצִדָּהּ שֶׁהֲרֵי חָמֵשׁ אַמּוֹת הָיוּ בֵּין עֲגָלָה לַעֲגָלָה כְּדִלְקַמָּן וְרֹחַב עֲגָלָה חָמֵשׁ אַמּוֹת הֶחָלָל שְׁתֵּי אַמּוֹת וּמֶחֱצָה וּבֵין הַדְּפָנוֹת וְהָאוֹפַנִּים וְעֹובִי הָאוֹפַנִּים שְׁתֵּי אַמּוֹת וּמֶחֱצָה וִי' אַמּוֹת אֹורֶךְ הַקֶּרֶשׁ וּכְשֶׁאָורְכָּהּ נָתוּן עַל דֻּופְנֵי עֲגָלָה לְרָחְבָּהּ נִמְצְאוּ ב' אַמּוֹת וּמֶחֱצָה בּוֹלְטִין מִכָּל צַד וְנִמְצָא רִיוַּח שֶׁבֵּין ב' הָעֲגָלוֹת מְקֹורֶה בְּרָאשֵׁי קְרָשִׁים:
Et entre eux : entre un chariot et celui qui est à côté ; et bien que les extrémités des planches dépassent de part et d'autre de deux amot et demie de chaque côté, et que les extrémités des planches de ce chariot atteignent celles du chariot voisin, puisqu'il y avait cinq amot entre un chariot et l'autre, comme on le verra plus loin. La largeur du chariot est de cinq amot : l'espace creux, deux amot et demie ; entre les parois et les roues, avec l'épaisseur des roues, deux amot et demie ; la longueur de la planche, dix amot. Lorsque sa longueur est posée sur les parois du chariot, dans sa largeur, deux amot et demie dépassent de chaque côté, et l'espace entre les deux chariots se trouve couvert par les extrémités des planches.
וְצִדֵּיהֶן רִיוַּח שֶׁבֵּין דֹּופֶן עֲגָלָה לָאוֹפַן וְעֹובִי הָאֹופֶן:
Et à côté d'eux : l'espace entre la paroi du chariot et la roue, et l'épaisseur de la roue.
כִּי קָאָמַר רַב תַּחְתֵּיהֶן רה"ר:
Quand Rav l'a dit : sous eux, c'est reshout harabim.
בְּדָרָאתָא בְּרִיוַּח שֶׁבֵּין שׁוּרוֹת הַסֵּדֶר שֶׁהָיָה סוּדָר קֶרֶשׁ עַל קֶרֶשׁ סֵדֶר אֶחָד וּמַנִּיחוֹ רִיוַּח וְסוֹדֵר סֵדֶר אַחֵר וּמַנִּיחוֹ רִיוַּח:
Bedrata : dans l'espace entre les rangées de l'empilement, car il empilait planche sur planche en une rangée, laissait un espace, empilait une autre rangée et laissait un espace.
💡 Explication

Les melakhot de Chabbat s'apprennent du Michkan et du campement d'Israël dans le désert. Ce campement était à ciel ouvert : pour Rav, un reshout harabim couvert n'a donc pas le statut complet de domaine public pour le transport de quatre amot.

Objection : les chariots qui transportaient les planches (kerachim) du Michkan étaient couverts par ces planches, et Rav lui-même a enseigné que leur dessous était reshout harabim. Réponse : Rav parlait des espaces entre les rangées de planches, qui restaient ouverts.

🖼️ Schéma
Chariots du Michkan : sous, entre et à côté (coupe, selon Rachi)chariot : 5 amotchariot : 5 amotplanche : 10 amot, déborde de 2,5 de chaque côtébeinehen5 amot entre deux chariotscouvertes par les boutsdes planchestahtehen : sous la caissetsideihen : entre caisse et roueRav (au nom de R. Hiya) : les trois sont reshout harabim, bien que recouverts
Selon Rachi : planches de 10 amot posées en travers de chariots de 5 amot, espaces de 5 amot entre chariots.
3
מִכְּדֵי, אֻורְכָּא דַעֲגָלָה כַּמָּה הֲוַאי — חָמֵשׁ אַמִּין, פֻּותְיָא דְקֶרֶשׁ כַּמָּה הֲוַאי — אַמְּתָא וּפַלְּגָא, כַּמָּה מוֹתֵיב — תְּלָתָא, פָּשׁ לֵיהּ פַּלְגָא דְאַמְּתָא, כִּי שָׁדֵי לֵיהּ מָר בֵּינֵי וּבֵינֵי — כְּלָבוּד דָּמֵי! מִי סָבְרַתְּ קְרָשִׁים אַפּוּתַיְיהוּ הֲוָה מַנַּח לְהוּ? אִחוּדָן מַנַּח לְהוּ.

Voyons : quelle était la longueur du chariot ? Cinq amot.

Quelle était la largeur d'une planche ? Une amah et demie.

Combien en pose-t-on ? Trois.

Il reste une demi-amah ; quand le Maître la répartit entre elles, c'est comme lavoud ! Penses-tu qu'on posait les planches sur leur largeur ?

On les posait sur leur tranche (hodan).

📜 Rachi (4)
ה' אַמּוֹת כְּדִלְקַמָּן:
Cinq amot : comme on le verra plus loin.
כַּמָּה מוֹתֵיב כַּמָּה סְדָרִים יָכוֹל לְהוֹשִׁיב עַל אֹורֶךְ דָּופְנוֹתֶיהָ תְּלָתָא וְתוּ לָא וּמַחֲזִיקוֹת ד' אַמּוֹת וָחֵצִי פָּשׁ לֵיהּ רִיוַּח פַּלְגָא דְּאַמְּתָא:
Combien en pose-t-on : combien de rangées peut-on poser sur la longueur de ses parois ? Trois et pas davantage, et elles occupent quatre amot et demie ; il reste un espace d'une demi-amah.
שָׁדֵי לֵיהּ מָר בֵּינֵי וּבֵינֵי כְּשֶׁאַתָּה מְחַלֵּק לְרִיוַּח שֶׁבֵּין הַסְּדָרִים אֵין בְּכָל רִיוַּח אֶלָּא רְבִיעַ אַמָּה דְּהוּא טֶפַח וּמֶחֱצָה דה"ל לָבוּד וְהַיְינוּ מְקֹורֶה:
Quand le Maître la répartit entre elles : quand tu la répartis dans l'espace entre les rangées, il n'y a dans chaque espace qu'un quart d'amah, soit un tefah et demi : c'est donc lavoud, et c'est cela [l'espace] couvert.
אִחוּדָן מַנַּח לְהוּ דְּאִיכָּא רַוְוחָא טְפֵי:
On les posait sur leur tranche : car il y a davantage d'espace.
💡 Explication

Calcul : trois rangées posées à plat occupent 4,5 amot sur les 5 du chariot. La demi-amah restante, divisée en deux écarts, donne un quart d'amah chacun, soit un tefah et demi. Un écart de moins de trois tefahim est lavoud : il est considéré comme fermé. Le dessous serait donc couvert. Réponse : les planches étaient posées sur la tranche, ce qui laisse plus d'espace.

4
סוֹף סוֹף סֻומְכָא דְקֶרֶשׁ כַּמָּה הָוֵי — אַמְּתָא, כַּמָּה הֲוָה מוֹתֵיב — אַרְבָּעָה, פָּשָׁא לָהּ אַמְּתָא, כִּי שָׁדֵי לָהּ מַר בֵּינֵי וּבֵינֵי, כְּלָבוּד דָּמֵי. הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר קְרָשִׁים מִלְּמַטָּן עָובְייָן אַמָּה, מִלְּמַעְלָן כָּלִין וְהוֹלְכִין עַד כְּאֶצְבַּע — שַׁפִּיר. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר כְּשֵׁם שֶׁמִּלְּמַטָּן עָובְייָן אַמָּה כָּךְ מִלְּמַעְלָן עָובְייָן אַמָּה, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

En fin de compte, quelle était l'épaisseur (soumkha) d'une planche ? Une amah.

Combien en pose-t-on ? Quatre.

Il reste une amah ; quand le Maître la répartit entre elles, c'est comme lavoud ! Cela va selon celui qui dit : les planches, en bas, ont une épaisseur d'une amah, et en haut elles s'amincissent progressivement jusqu'à un doigt.

Mais selon celui qui dit : de même qu'en bas leur épaisseur est d'une amah, de même en haut leur épaisseur est d'une amah, que peut-on dire ?

📜 Rachi (7)
סֻומְכָּא עֹובִי:
Soumkha : l'épaisseur.
אַמְּתָא כְּדִמְשַׁנֵּי לְקַמָּן עָובְייָן אַמָּה:
Une amah : comme on le répondra plus loin : leur épaisseur est d'une amah.
כַּמָּה מוֹתֵיב כַּמָּה סְדָרִים הוּא מְסַדֵּר:
Combien en pose-t-on : combien de rangées range-t-il.
אַרְבָּעָה דְּעַל כְּרִחְיָךְ כָּל מַה שֶׁיָּכוֹל לְסַדֵּר עַל פְּנֵי אֹורֶךְ הָעֲגָלָה הוּא מְסַדֵּר וְאֵינוֹ מַגְבִּיהַּ לְהוֹשִׁיב זוֹ עַל זוֹ שֶׁהֲרֵי י"ב קְרָשִׁים הָיוּ לְעֶגְלָה אַחַת שמ"ח קְרָשִׁים הָיוּ כ' קְרָשִׁים לַצָּפוֹן וְעֶשְׂרִים לַדָּרוֹם וְשֵׁשׁ לַמַּעֲרָב וּשְׁנַיִם לַמִּקְצוֹעוֹת וְכֵיוָן דְּרָחְבָּן אַמָּה וָחֵצִי וּמוֹשָׁב חֻודָּן קָצָר אִם אַתָּה מְסַדֵּר זוֹ עַל זוֹ הַרְבֵּה הֵן נוֹפְלוֹת הִלְכָּךְ כַּמָּה הוּא מוֹתֵיב אַרְבַּע דַּחֲמִשָּׁה בַּחֲמִשָּׁה לָא יָתְבִי דְּאִי אֶפְשָׁר לְדָוחְקָן וּלְצַמְצֵם לְהוֹשִׁיב ה' בְּתוֹךְ ה' אַמּוֹת וְעוֹד מִפְּנֵי בְּלִיטַת הַטַּבָּעוֹת:
Quatre : car forcément, tout ce qu'il peut ranger sur la longueur du chariot, il le range, et il ne surhausse pas pour poser [les rangées] l'une sur l'autre. En effet, il y avait douze planches par chariot, puisqu'il y avait quarante-huit planches : vingt au nord, vingt au sud, six à l'ouest et deux pour les angles. Et comme leur largeur est d'une amah et demie et que l'assise de leur tranche est étroite, si tu les empiles en grand nombre l'une sur l'autre, elles tombent. C'est pourquoi, combien en pose-t-il ? Quatre ; car cinq dans cinq [amot] ne tiennent pas, puisqu'il est impossible de les serrer et d'ajuster au plus juste pour poser cinq [rangées] dans cinq amot, et aussi à cause de la saillie des anneaux.
כִּי שָׁדֵי מַר בֵּינֵי וּבֵינֵי לְחַלְּקָהּ לְאָמָה זוֹ ג' רְווָחִים שֶׁבֵּין אַרְבַּע סְדָרִים כְּלָבוּד דָּמֵי שֶׁאֵין כָּאן רִיוַּח אֶלָּא שְׁנֵי טְפָחִים:
Quand le Maître la répartit entre elles : quand on répartit cette amah dans les trois espaces qui sont entre les quatre rangées, c'est comme lavoud, car il n'y a là qu'un espace de deux tefahim.
הַנִּיחָא הָא דַּאֲמַרְתְּ שֶׁהָרֶיוַח הַזֶּה רְשׁוּת הָרַבִּים הוּא לָמֶ"ד שֶׁעֹובִי הַקְּרָשִׁים כָּלֶה וְהוֹלֵךְ עַד כְּאֶצְבַּע אִיכָּא לְמֵימַר דְּאִיכָּא רַווְחָא טְפֵי בֵּין ד' סְדָרִים:
Cela va : ce que tu as dit, que cet espace est reshout harabim, [va] selon celui qui dit que l'épaisseur des planches diminue progressivement jusqu'à un doigt : on peut dire qu'il y a davantage d'espace entre les quatre rangées.
אֶלָּא לְמ"ד כּוּ' פְּלוּגְתָּא לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין:
Mais selon celui qui dit, etc. : c'est une mahloket plus loin dans notre sougya.
🗂️ Tossefot (1)
הָנִיחָא לְמ"ד קְרָשִׁים מִלְּמַטָּה עָובְייָן אַמָּה וְכָלִין וְהוֹלְכִין עַד כְּאֶצְבַּע הִקְשָׁה הָרַב פור"ת וּלְדִידֵיהּ מִי נִיחָא וַהֲלֹא כֵּיוָן שֶׁהוֹלְכִין וְכָלִין עַד כְּאֶצְבַּע יְכוֹלִין לְסַדֵּר שִׁשָּׁה סְדָרִים אוֹ יוֹתֵר שֶׁיִּתְּנוּ חֻודּוֹ שֶׁל זֶה כְּנֶגֶד עָבְיוֹ שֶׁל זֶה וְיַחֲזִיקוּ שִׁשָּׁה סְדָרִים שָׁלֹשׁ אַמּוֹת וְשָׁלֹשׁ אֶצְבָּעוֹת וְיִשָּׁאֲרוּ י"א טְפָחִים לַאֲוִיר וְכִי שְׁדֵית לְהוּ בֵּינֵי וּבֵינֵי כְּלָבוּד דָּמֵי וְתֵירֵץ דִּגְנַאי הוּא לְהָשִׂים צַד הָעָב הָעוֹמֵד סָמוּךְ לַקַּרְקַע אֵצֶל הַקָּצָר שֶׁהָיָה לְמַעְלָה מָקוֹם שֶׁהַיְּרִיעוֹת פְּרוּסוֹת עֲלֵיהֶן וְדָמֵי לְהָא דְּאָמְרִינַן מַעֲלִין בַּקֹּדֶשׁ וְאֵין מוֹרִידִין ור"ת תֵּירֵץ דִּכְמוֹ שֶׁהָיוּ פּוֹרְקִין אוֹתָן מִן הַמִּשְׁכָּן כָּךְ הָיוּ מַנִּיחִים עַל הָעֲגָלָה שֶׁהָיְתָה אֵצֶל דֹּופֶן הַמִּשְׁכָּן כִּי כָּךְ הָיוּ עוֹשִׂין בְּלֹא טֹורַח אֲבָל לְהָופְכָן הָיָה טֹורַח גָּדוֹל וְרַבֵּינוּ יִצְחָק אוֹמֵר דְּשֶׁמָּא מֵחֶצְייָן וּלְמַעְלָה הָיוּ כָּלִין וְהוֹלְכִין וְהַשְׁתָּא אִי אֶפְשָׁר לְסַדֵּר יוֹתֵר וא"ת מִנָּלַן דְּיָלְפִינַן מִמַּה שֶׁאֵינוֹ מְקֹורֶה נֵילַף מִן הַמְקֹורֶה שֶׁבּוֹ וִיהֵא הַמַּעֲבִיר ד' אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים מְקֹורֶה חַייָּב וְי"ל דְּמִן הָאֲוִיר יֵשׁ לָנוּ לִלְמֹוד שֶׁדּוֹמֶה יוֹתֵר רְשׁוּת הָרַבִּים ור"י אוֹמֵר דְּמֵהָכָא לָא יָלְפִינַן רְשׁוּת הָרַבִּים אֶלָּא מִמַּחֲנֵה לְוִיָּה כִּדְאָמַר לְעֵיל וּמֵהָכָא לָא יָלְפִינַן אֶלָּא שִׁיעוּר רְשׁוּת הָרַבִּים דְּהָוֵי י"ו אַמּוֹת וּמִכָּל מָקוֹם אִי לָאו דְּתַחְתֵּיהֶן וּבֵינֵיהֶן וְצִידֵּיהֶן רְשׁוּת הָרַבִּים לָא הֲוָה יָלְפִינַן מִינַּייְהוּ שִׁיעוּר רה"ר:
Cela va selon celui qui dit : les planches, en bas, ont une épaisseur d'une amah et s'amincissent jusqu'à un doigt. Le Rav Porat a objecté : et selon lui, est-ce que cela va ? Puisqu'elles s'amincissent jusqu'à un doigt, on peut ranger six rangées ou davantage, en plaçant la partie fine de l'une contre la partie épaisse de l'autre ; six rangées occuperaient trois amot et trois doigts, et il resterait onze tefahim d'espace ; et quand tu les répartis entre elles, c'est comme lavoud ! Il a répondu : il est inconvenant de placer le côté épais, qui se tenait près du sol, à côté du côté étroit, qui était en haut, à l'endroit où les tentures (yeriot) étaient déployées ; cela ressemble à ce que nous disons : on monte en sainteté et on ne descend pas. Et Rabbenou Tam a répondu : de la même manière qu'on les démontait du Michkan, on les posait sur le chariot, qui se trouvait à côté de la paroi du Michkan, car ainsi on le faisait sans peine ; les retourner aurait demandé une grande peine. Et Rabbenou Yitshak dit : peut-être ne s'amincissaient-elles qu'à partir de leur moitié vers le haut, et alors il est impossible d'en ranger davantage. Et si tu demandes : d'où tirons-nous que nous apprenons de ce qui n'est pas couvert ? Apprenons de la partie couverte, et celui qui transporte quatre amot dans un reshout harabim couvert serait hayav ! On peut répondre : c'est de l'espace à ciel ouvert que nous devons apprendre, car il ressemble davantage au reshout harabim. Et le Ri dit : d'ici nous n'apprenons pas [l'existence du] reshout harabim, mais du camp des Leviim, comme il a été dit plus haut ; d'ici nous n'apprenons que la mesure du reshout harabim, qui est de seize amot. Et de toute façon, si sous eux, entre eux et à côté d'eux n'était pas reshout harabim, nous n'aurions pas appris d'eux la mesure du reshout harabim.
💡 Explication

Sur la tranche, chaque planche occupe une amah : on en pose quatre rangées, il reste une amah, soit six tefahim, répartis en trois écarts de deux tefahim, ce qui est encore lavoud.

Cela se résout selon l'opinion (discutée plus loin, 98b) pour laquelle les planches s'amincissent vers le haut jusqu'à un doigt : les écarts y dépassent trois tefahim. Pour l'opinion qui leur donne une amah d'épaisseur sur toute la hauteur, la difficulté demeure.

🖼️ Schéma
Rangées de planches sur les 5 amot du chariot : l'espace restant est-il lavoud ?À platlargeur 1,53 rangées, reste 1/2 amahécart 1,5 tefahSur la trancheépaisseur 14 rangées, reste 1 amahécart 2 tefahimÉcart inférieur à 3 tefahim = lavoud : le dessous est considéré comme couvertSi les planches s'amincissent vers le haut (jusqu'à un doigt), l'écart en haut dépasse 3 tefahimSi elles font une amah en haut comme en bas : difficulté, d'où la réponse de Rav Kahana1 amah = 6 tefahim
Quatre rangées d'une amah laissent trois écarts de deux tefahim : lavoud.
5
אָמַר רַב כָּהֲנָא: בְּאַטְבְּעֵי! אַטְבְּעֵי הֵיכָא מַנַּח לְהוּ — אַגַּבָּא דְּעֶגְלָה, עֲגָלָה גּוּפַהּ מְקֹורָה הֲוַאי.

Rav Kahana a dit : [Rav parlait] des atbei. Les atbei, où les posait-on ?

Sur le dos du chariot ; le chariot lui-même était couvert !

📜 Rachi (1)
אָמַר רַב כָּהֲנָא בְּאַטְבְּעֵי בְּרִיוַּח שֶׁבֵּין צִדֵּי הַקְּרָשִׁים שֶׁהַטַּבָּעוֹת קְבוּעוֹת בָּהֶם קָאָמַר רַב דְּהָוֵי רְשׁוּת הָרַבִּים כְּלוֹמַר אִי אֶפְשָׁר לְסַדֵּר בָּהּ אַרְבַּע סְדָרִים כִּדְקָאָמְרַתְּ לְפִי שֶׁטַּבָּעוֹת קִבּוּעִין בַּקְּרָשִׁים כְּדִכְתִיב (שְׁמוֹת כ״ו:כ״ט) וְאֶת טַבְּעֹותֵיהֶם תַּעֲשֶׂה זָהָב שֶׁהָיָה תּוֹחֵב הַבְּרִיחִים לְתוֹכָן לְפִי שֶׁהֵן גְּבוֹהוֹת וּכְשֶׁיּוֹשְׁבוֹת עַל הָאֲדָנִים שֶׁאֵינָם אֶלָּא אַמָּה מְנַעְנְעוֹת לִפְנִים אוֹ לְאָחוֹר אֶלָּא שֶׁהַבְּרִיחִים מְחַבְּרִים אֶת כֻּולָּם וְהַבְּרִיחַ הַתִּיכוֹן מְחַבֵּר כָּל ג' הָרוּחוֹת וּמַחֲזִיקִין זֶה אֶת זֶה וְאוֹתָן טַבָּעוֹת זְקוּפֵין הָיוּ וְלֹא שׁוֹכְבִין וְהָיוּ רְחָבִין וְאִי אֶפְשָׁר לָהֶן לַעֲמֹוד זֶה כְּנֶגֶד זֶה בְּאוֹתוֹ רִיוַּח לְפִיכָךְ מוֹשִׁיב שְׁתַּיִם זוֹ אֵצֶל זוֹ בְּרֹאשׁ הָעֲגָלָה הָאַחַת וּפוֹנֶה צַד הַטַּבָּעוֹת שֶׁל חִיצוֹנָה לַחוּץ וְשֶׁל פְּנִימִית לִפְנִים וְאֵין צָרִיךְ לְהַנִּיחַ רִיוַּח בֵּינֵיהֶן וְכֵן בְּרֹאשׁ הָעֲגָלָה הַשֵּׁנִי וְכָל אַחַת הֲרִיוַּח בְּאֶמְצַע בֵּין צִדֵּי הַטַּבָּעוֹת כָּךְ פֵּירְשׁוּ רַבּוֹתַי וְכָךְ הָיוּ גּוֹרְסִין אָמַר רַב כָּהֲנָא בְּאַטְבְּעֵי אַטְבְּעֵי הֵיכָא מַנַּח לְהוּ אַגַּבָּא דַעֲגָלָה וְעֶגְלָה גּוּפָהּ מְקֹורֶה הֲוַאי אָמַר שְׁמוּאֵל בִּיתֵדוֹת וּמְפָרֵשׁ אַטִּבְעֵי כְּמוֹ טִבְעִי וּפָרְכִינַן הָנָךְ רַוְוחָא דְּאִטַּבְעִי הֵיכָא מַנַּח לְהוּ אַגַּבָּא דַעֲגָלָה כִּדְפָרֵישִׁית וְהַתֵּינַח צִדֵּיהֶן וּבֵינֵיהֶן רְשׁוּת הָרַבִּים אֶלָּא תַּחְתֵּיהֶן הֵיכִי הָוֵי רְשׁוּת הָרַבִּים הָא עֲגָלָה גּוּפַהּ מְקֹורָה הֲוַאי דְּקָא סָלְקָא דַעְתָּךְ שֶׁהָיוּ עֲשׂוּיוֹת כַּעֲלִייָּה מִלְּמַטָּה כְּאוֹתָן שֶׁלָּנוּ שֶׁטּוֹעֲנִין בָּהֶן חוֹל וְעָפָר לְבִנְיָן:
Rav Kahana a dit : be-atbei : c'est de l'espace entre les côtés des planches, où les anneaux sont fixés, que Rav a dit qu'il est reshout harabim. C'est-à-dire : il est impossible d'y ranger quatre rangées comme tu le dis, parce que des anneaux sont fixés dans les planches, comme il est écrit (Chemot 26, 29) : Et leurs anneaux tu feras d'or ; on y insérait les barres (berihim), parce que [les planches] sont hautes et, posées sur les socles (adanim) qui ne font qu'une amah, elles oscillent vers l'avant ou vers l'arrière ; mais les barres les relient toutes, et la barre centrale relie les trois côtés, et elles se tiennent l'une l'autre. Ces anneaux étaient dressés et non couchés, et ils étaient larges, et [les planches] ne peuvent se tenir l'une contre l'autre dans cet espace. C'est pourquoi on en pose deux l'une à côté de l'autre à une extrémité du chariot, en tournant le côté des anneaux de celle de l'extérieur vers l'extérieur et celui de celle de l'intérieur vers l'intérieur, et il n'est pas nécessaire de laisser d'espace entre elles ; de même à l'autre extrémité du chariot ; et tout l'espace se trouve au milieu, entre les côtés des anneaux. Ainsi l'ont expliqué mes maîtres, et ainsi lisaient-ils : Rav Kahana a dit : be-atbei. Les atbei, où les posait-on ? Sur le dos du chariot, et le chariot lui-même était couvert. Chmouel a dit : avec les piquets (yetedot). Et ils expliquent atbei au sens de tabei (anneaux). Et nous objectons : ces espaces des anneaux, où les posait-on ? Sur le dos du chariot, comme je l'ai expliqué. Cela va pour à côté d'eux et entre eux, qui sont reshout harabim ; mais sous eux, comment serait-ce reshout harabim ? Le chariot lui-même était couvert ! Car on pensait qu'ils étaient faits avec un plancher en bas, comme les nôtres dans lesquels on charge du sable et de la terre pour la construction.
🗂️ Tossefot (1)
אַטְבְּעֵי הֵיכָא מַנַּח לְהוּ אַגַּבָּא דַעֲגָלָה עֲגָלָה מְקֹורָה הִיא פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּסָלְקָא דַּעְתָּךְ שֶׁהָעֲגָלָה הָיְתָה מְקֹורָה וְתֵימַהּ לָמָּה הָיָה סָבַר לוֹמַר כֵּן וְעוֹד דִּבְכָל הַסְּפָרִים גָּרְסִינַן אַטְבְּעֵי הֵיכָא מַנַּח לְהוּ אַגַּבָּא דַעֲגָלָה מַה לּוֹ לְהַזְכִּיר אַטִּבְעֵי בְּהַךְ אַתְקָפְתָּא לָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֶלָּא הָא עֶגְלָה מְקֹורָה הִיא וְעוֹד דְּגָרְסִינַן לְעֵיל בְּדָרָאתָא וּבְכָל סְפָרִים גָּרְסִי' בְּדָרָא תתא וּלְפִי גִּירְסָתָם נָמֵי אֵין הַלָּשׁוֹן מַשְׁמַע בֵּין הַשּׁוּרוֹת כְּמוֹ שַׁפִּיר' וְנִרְאֶה לר"ת כְּמוֹ שֶׁפֵּי' ר"ח בְּדָרָא תתא פִּי' בְּשׁוּרָה רִאשׁוֹנָה שֶׁעֲדַיִין לֹא הִנִּיחַ עַל הָעֲגָלָה אֶלָּא קְרָשִׁים הַתַּחְתִּיִּים בִּלְבַד שֶׁאֵינָהּ מְקֹורָה כֻּולָּהּ שֶׁיֵּשׁ רִיוַּח בֵּין הַשּׁוּרוֹת כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל אֲבָל כְּשֶׁמְּסַדֵּר שׁוּרָה שְׁנִיָּה וּשְׁלִישִׁית נִסְתַּם הָאֲוִיר שֶׁבֵּין הַשּׁוּרוֹת שֶׁלֹּא הָיוּ יְכוֹלִים לִהְיוֹת מְכֻווָּנִים וְלַהֲשִׂימָן זֶה עַל זֶה בְּשָׁוֶה מַמָּשׁ אֶלָּא כָּל אֶחָד הָיָה בּוֹלֵט לַחוּץ עַד שֶׁנִּסְתַּם כָּל הָאֲוִיר כְּמוֹ בְּאָרִיחַ עַל גַּבֵּי לְבֵינָהּ וּפָרִיךְ אֻורְכָּא דְּעֶגְלָה כַּמָּה הָוֵי כו' כְּלוֹמַר אֲפִילּוּ בְּשׁוּרָה רִאשׁוֹנָה לֹא הָיָה תַּחְתֵּיהֶן רְשׁוּת הָרַבִּים כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל וּמְשַׁנֵּי אָמַר רַב כָּהֲנָא בְּאַטְבְּעֵי אע"ג דְּלָא קָאָמַר אֶלָּא הָדַר בֵּיהּ דְּוַדַּאי כְּשֶׁיֵּשׁ קְרָשִׁים עַל הָעֲגָלָה אֲפִילּוּ דָּרָא תַּתָּאָה לָא הָווּ רְשׁוּת הָרַבִּים תַּחְתֶּיהָ אֶלָּא כִּי קָאָמַר דְּהָוֵי רְשׁוּת הָרַבִּים בְּאַטְבְּעֵי שֶׁאֵין עַל הָעֲגָלָה אֶלָּא אַטִּבְעֵי גְּרֵידָא פִּי' אַטִּבְעֵי שְׁנֵי עֵצִים נְקוּבִים בִּשְׁנֵי רָאשֵׁיהֶן נְקוּבִין כְּעֵין טַבָּעוֹת לְכָךְ קָרֵי לְהוּ אַטִּבְעֵי וְתוֹחֲבִין אוֹתָן עַל הַקֻּונְדֵּיסִין הָעוֹמְדִין בִּשְׁנֵי צִדֵּי הָעֲגָלָה לְרָחְבָּהּ לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִפְּלוּ הַקְּרָשִׁים וּלְפִי שֶׁלֹּא נִזְכַּר אָמוֹרָא לְעֵיל אֵין דֶּרֶךְ הַשַּׁ"ס לוֹמַר אֶלָּא וּפָרִיךְ אַטִּבְעֵי הֵיכָא מַנְּחָא לְהוּ אַגַּבָּא דַעֲגָלָה פֵּירוּשׁ אַחַר שֶׁנָּתְנוּ הַקְּרָשִׁים עַל הָעֲגָלָה נוֹתְנִין עֲלֵיהֶן אַטִּבְעֵי טַבָּעוֹת וּמִסְגְּרוֹת כִּדְפָרֵישִׁית לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ כְּדֵי שֶׁיֹּאחֲזוּ הַקְּרָשִׁים וְאָז כְּבָר עֲגָלָה מְקֹורֶה הִיא וְלָא גָּרְסִינַן עֲגָלָה גּוּפָא אֶלָּא עֲגָלָה מְקֹורָה הִיא וּמְשַׁנֵּי אָמַר שְׁמוּאֵל בִּיתֵידוֹת פֵּירוּשׁ אַטִּבְעֵי דְּקָאָמַר רַב כָּהֲנָא לֹא אוֹתָן עֵצִים נְקוּבִים הַמְּשִׂימִין לְרֹוחַב הָעֲגָלָה כִּדְפֵי' אֶלָּא בִּיתֵידוֹת פֵּירוּשׁ שְׁנֵי עֵצִים אֲרֻוכִּים שֶׁכְּמוֹ כֵּן נוֹקְבִין אוֹתָן בִּשְׁנֵי רָאשֵׁיהֶן וְנוֹתְנִין עַל הַקֻּונְדֵּיסִין לְאֹורֶךְ הָעֲגָלָה וְעַל אוֹתָן עֵצִים נוֹתְנִין הַקְּרָשִׁים כְּדֵי שֶׁיְּהוּ גְּבוֹהִים לְמַעְלָה מִן הָאוֹפַנִּים וַעֲשׂוּיִין כְּמוֹ אַטִּבְעֵי שֶׁל רֹוחַב הָעֲגָלָה שֶׁלְּאַחַר הַטְּעִינָה וּלְפִי שֶׁשְּׁמוּאֵל אֵינוֹ כ"א מְפָרֵשׁ דִּבְרֵי רַב כָּהֲנָא לָא קָאָמַר אֶלָּא אֲבָל ר"ח מְפָרֵשׁ דְּהָדַר בֵּיהּ מִשִּׁינּוּיָא דְּרַב כָּהֲנָא וְאֵין נִרְאֶה מִדְּלָא קָאָמַר אֶלָּא וְעוֹד הֵיאַךְ הָיָה טוֹעֶה רַב כָּהֲנָא דְּהָא אֵין רְגִילוּת לְהַנִּיחַ אַטִּבְעֵי עַד לְאַחַר טְעִינָה:
Les atbei, où les posait-on ? Sur le dos du chariot ; le chariot est couvert. Rachi a expliqué qu'on pensait que le chariot était couvert. C'est étonnant : pourquoi aurait-on pense ainsi ? De plus, dans tous les livres on lit : les atbei, où les posait-on ? Sur le dos du chariot ; pourquoi mentionner les atbei dans cette objection ? Il aurait suffi de dire : or le chariot est couvert ! De plus, nous lisons plus haut bedrata, alors que dans tous les livres on lit bedra tata ; et même selon leur lecture, la langue ne signifie pas entre les rangées, comme il l'a expliqué. Il semble à Rabbenou Tam [qu'il faut expliquer] comme l'a expliqué Rabbenou Hananel : bedra tata, c'est-à-dire la première rangée, lorsqu'on n'a encore posé sur le chariot que les planches du bas, et qu'il n'est pas entièrement couvert, car il y a un espace entre les rangées, comme il l'explique ensuite ; mais lorsqu'il range la deuxième et la troisième rangée, l'espace entre les rangées se ferme, car on ne pouvait pas les aligner et les poser exactement l'une sur l'autre, mais chacune dépassait vers l'extérieur, si bien que tout l'espace se fermait, comme une brique en longueur posée sur une brique en largeur. Et il objecte : quelle était la longueur du chariot, etc., c'est-à-dire : même à la première rangée, le dessous n'était pas reshout harabim, comme il l'explique ensuite. Et il répond : Rav Kahana a dit : be-atbei ; bien qu'il ne dise pas alla (plutôt), il est certainement revenu [sur la première réponse], car lorsqu'il y a des planches sur le chariot, même la rangée du bas, le dessous n'est pas reshout harabim ; Rav ne l'a dit que pour les atbei, quand il n'y a sur le chariot que les atbei seuls. Explication : les atbei sont deux pièces de bois percées à leurs deux extrémités, percées comme des anneaux, c'est pourquoi on les appelle atbei ; on les enfile sur les montants (kondisin) qui se dressent des deux côtés du chariot dans sa largeur, à l'avant et à l'arrière, afin que les planches ne tombent pas. Et comme aucun Amora n'a été nommé plus haut, le Talmud n'a pas l'habitude de dire alla. Et il objecte : les atbei, où les posait-on ? Sur le dos du chariot. Explication : après avoir posé les planches sur le chariot, on posait sur elles les atbei, anneaux et verrous, comme je l'ai expliqué, à l'avant et à l'arrière, pour tenir les planches ; et alors le chariot est déjà couvert. Et nous ne lisons pas le chariot lui-même, mais le chariot est couvert. Et il répond : Chmouel a dit : avec les piquets. Explication : les atbei dont parle Rav Kahana ne sont pas ces pièces de bois percées qu'on pose dans la largeur du chariot, comme je l'ai expliqué, mais des piquets, c'est-à-dire deux longues pièces de bois qu'on perce de même à leurs deux extrémités et qu'on pose sur les montants dans la longueur du chariot ; et sur ces pièces on pose les planches, afin qu'elles soient surélevées au-dessus des roues ; elles sont faites comme les atbei de la largeur du chariot [posés] après le chargement. Et comme Chmouel ne fait qu'expliquer les paroles de Rav Kahana, il ne dit pas alla. Mais Rabbenou Hananel explique qu'il est revenu sur la réponse de Rav Kahana ; cela ne semble pas juste, puisqu'il ne dit pas alla ; et de plus, comment Rav Kahana se serait-il trompé, alors qu'on n'a pas l'habitude de poser les atbei avant le chargement ?
💡 Explication

Le sens de ce segment est discuté par les commentateurs.

Selon Rachi (au nom de ses maîtres) : Rav parlait de l'espace laissé par les anneaux (tabaot) fixés aux planches ; ces anneaux empêchaient de serrer quatre rangées, d'où un espace plus grand au milieu du chariot. L'objection : ces espaces étaient au-dessus du chariot, dont le fond, pensait-on, formait un plancher couvert ; le dessous ne pouvait donc être reshout harabim.

Selon Tossefot (Rabbenou Tam, à la suite de Rabbenou Hananel) : on lit bedra tata, la première rangée du bas, avant que les rangées supérieures, décalées, ne ferment les écarts. Les atbei sont des pièces de bois percées placées aux extrémités du chariot pour retenir les planches ; Rav Kahana parle du chariot qui ne porte que ces pièces. L'objection : on ne les posait qu'après le chargement, quand le chariot était déjà couvert.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).