Sougya : Le daf achève la baraita de Rabbi (d'un reshout harabim à un autre en passant par un reshout hayahid) : moins de quatre amot, patour, car les domaines du même type se joignent et l'objet en l'air n'est pas considéré comme posé. Rav enseigne ensuite que celui qui transporte quatre amot dans un reshout harabim couvert est patour, car cela ne ressemble pas aux campements du désert.
La Guemara objecte à partir des chariots du Michkan, recouverts de planches, dont le dessous était pourtant reshout harabim. S'ensuit un calcul de la disposition des planches sur le chariot (à plat, sur la tranche) pour savoir si les écarts entre les rangées dépassaient trois tefahim, puis la réponse de Rav Kahana, discutée par Rachi et Tossefot.
Moins de quatre amot : patour. Que nous apprend-il ?
Il nous apprend ceci : les domaines se joignent (rechouyot mitstarfot), et nous ne disons pas qu'un objet saisi dans l'air est comme posé (kelouta kemi chehouna'h).
Suite de la baraita de 97b : on lance d'un reshout harabim à un autre, avec un reshout hayahid au milieu. Au-delà de quatre amot, on est hayav ; en deçà, patour. La Guemara en tire deux enseignements. D'abord, les deux reshout harabim, bien que séparés, se joignent pour former les quatre amot. Ensuite, l'objet qui traverse l'air du reshout hayahid n'y est pas considéré comme posé : il n'y a donc pas d'hotsaa (transfert d'un domaine à l'autre).
Rav Chmouel bar Yehouda a dit, au nom de Rav Abba, au nom de Rav Houna, au nom de Rav : celui qui fait passer [un objet sur] quatre amot dans un reshout harabim couvert est patour, parce que cela ne ressemble pas aux campements (diglei) du désert. Est-ce ainsi ?
Les chariots n'étaient-ils pas couverts ? Et Rav a dit au nom de Rabbi Hiya : les chariots, sous eux, entre eux et à côté d'eux, c'est reshout harabim !
Quand Rav l'a dit, c'était pour les espaces entre les rangées (bedrata).
Les melakhot de Chabbat s'apprennent du Michkan et du campement d'Israël dans le désert. Ce campement était à ciel ouvert : pour Rav, un reshout harabim couvert n'a donc pas le statut complet de domaine public pour le transport de quatre amot.
Objection : les chariots qui transportaient les planches (kerachim) du Michkan étaient couverts par ces planches, et Rav lui-même a enseigné que leur dessous était reshout harabim. Réponse : Rav parlait des espaces entre les rangées de planches, qui restaient ouverts.
Voyons : quelle était la longueur du chariot ? Cinq amot.
Quelle était la largeur d'une planche ? Une amah et demie.
Combien en pose-t-on ? Trois.
Il reste une demi-amah ; quand le Maître la répartit entre elles, c'est comme lavoud ! Penses-tu qu'on posait les planches sur leur largeur ?
On les posait sur leur tranche (hodan).
Calcul : trois rangées posées à plat occupent 4,5 amot sur les 5 du chariot. La demi-amah restante, divisée en deux écarts, donne un quart d'amah chacun, soit un tefah et demi. Un écart de moins de trois tefahim est lavoud : il est considéré comme fermé. Le dessous serait donc couvert. Réponse : les planches étaient posées sur la tranche, ce qui laisse plus d'espace.
En fin de compte, quelle était l'épaisseur (soumkha) d'une planche ? Une amah.
Combien en pose-t-on ? Quatre.
Il reste une amah ; quand le Maître la répartit entre elles, c'est comme lavoud ! Cela va selon celui qui dit : les planches, en bas, ont une épaisseur d'une amah, et en haut elles s'amincissent progressivement jusqu'à un doigt.
Mais selon celui qui dit : de même qu'en bas leur épaisseur est d'une amah, de même en haut leur épaisseur est d'une amah, que peut-on dire ?
Sur la tranche, chaque planche occupe une amah : on en pose quatre rangées, il reste une amah, soit six tefahim, répartis en trois écarts de deux tefahim, ce qui est encore lavoud.
Cela se résout selon l'opinion (discutée plus loin, 98b) pour laquelle les planches s'amincissent vers le haut jusqu'à un doigt : les écarts y dépassent trois tefahim. Pour l'opinion qui leur donne une amah d'épaisseur sur toute la hauteur, la difficulté demeure.
Rav Kahana a dit : [Rav parlait] des atbei. Les atbei, où les posait-on ?
Sur le dos du chariot ; le chariot lui-même était couvert !
Le sens de ce segment est discuté par les commentateurs.
Selon Rachi (au nom de ses maîtres) : Rav parlait de l'espace laissé par les anneaux (tabaot) fixés aux planches ; ces anneaux empêchaient de serrer quatre rangées, d'où un espace plus grand au milieu du chariot. L'objection : ces espaces étaient au-dessus du chariot, dont le fond, pensait-on, formait un plancher couvert ; le dessous ne pouvait donc être reshout harabim.
Selon Tossefot (Rabbenou Tam, à la suite de Rabbenou Hananel) : on lit bedra tata, la première rangée du bas, avant que les rangées supérieures, décalées, ne ferment les écarts. Les atbei sont des pièces de bois percées placées aux extrémités du chariot pour retenir les planches ; Rav Kahana parle du chariot qui ne porte que ces pièces. L'objection : on ne les posait qu'après le chargement, quand le chariot était déjà couvert.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).