Sougya : Le daf examine si Rabbi, ou Rabbi Yehouda, rend hayav de deux hatat quand on accomplit en un seul geste une av melakha et une de ses toldot. Rav Hana rapporte la phrase de Chmouel sur Rabbi, ce qui contredit le compte des 39 melakhot tiré de Ele hadevarim ; Rav Yosef la rapporte sur Rabbi Yehouda, à propos de l'objet lancé d'un reshout hayahid au reshout harabim qui y parcourt 4 amot.
La Guemara tente de prouver par chovet et medakdek que Rabbi Yehouda rend hayav pour une toldah avec son av, rejette la preuve, et conclut avec Rabba et Rav Yosef qu'il ne rend hayav que d'une seule. Suit une discussion sur l'intention : vise 8 amot et lance 4, vise 4 et lance 8, et la comparaison avec Chem écrit dans Chimon.
Le daf s'achève sur une baraita : lancer de reshout harabim à reshout harabim à travers un reshout hayahid.
Faut-il en déduire que Rabbi rend hayav pour une toldah (dérivée) faite en même temps que son av (catégorie principale) ? (Sortir et faire entrer sont en effet un av et sa toldah.)
À la fin du daf précédent, Chmouel a dit que Rabbi rend hayav de deux hatat celui qui lance à travers une maison couverte : une pour la hotsaa (sortir), une pour la hakhnassa (faire entrer). La Guemara s'étonne : ces deux actes relèvent d'un av et de sa toldah. Rabbi rend-il donc hayav pour une toldah accomplie avec son av dans un même oubli (heelem ehad) ?
Or il a été enseigné : Rabbi dit : "devarim", "hadevarim", "ele hadevarim" (Chemot 35,1) : ce sont les trente-neuf melakhot qui furent dites à Moche au Sinaï !
Rabbi tire du verset Ele hadevarim le nombre exact de 39 avot melakhot. Un nombre fixe sert à déterminer combien de hatat on doit au maximum pour un seul oubli. Si les toldot faites avec leur av entraînaient une hatat supplémentaire, le compte dépasserait 39. D'où la contradiction avec la phrase de Chmouel.
Rav Yosef lui dit : le Maître enseigne cette phrase à propos de ce cas-ci (Rabbi), et il trouve une difficulté de Rabbi contre Rabbi. Nous, nous l'enseignons à propos de Rabbi Yehouda, et nous n'avons pas de difficulté.
Rav Yosef résout la contradiction par une autre girsa (version) de la phrase de Chmouel : elle porte sur Rabbi Yehouda et non sur Rabbi. Nulle part on ne voit Rabbi Yehouda exempter pour une toldah faite avec son av.
Comme il a été enseigné : (celui qui lance) du reshout hayahid (domaine privé) au reshout harabim (domaine public), et (l'objet) a parcouru quatre amot dans le reshout harabim : Rabbi Yehouda le rend hayav et les Hakhamim l'exemptent.
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : Rabbi Yehouda rendait hayav de deux (hatat) : une pour la hotsaa (sortie) et une pour la haavara (le transport de quatre amot). Car si tu pensais qu'il ne rend hayav que d'une, on en déduirait que les Rabbanan exemptent complètement ?
Or il l'a bien sorti du reshout hayahid au reshout harabim ! D'où le sais-tu ?
Peut-être, en réalité, Rabbi Yehouda ne rend hayav que d'une et les Rabbanan exemptent complètement. Et comment trouve-t-on ce cas ?
Quand il a dit : dès qu'il sort dans le reshout harabim, qu'il s'y pose.
Chmouel raisonne à partir des Hakhamim : ils ne peuvent pas exempter pour la hotsaa, puisque l'objet a bien quitté le domaine privé. Leur exemption porte donc sur la haavara ; Rabbi Yehouda, qui les contredit, rend hayav de deux.
La Guemara répond qu'on peut imaginer un cas où les Hakhamim exemptent complètement : l'homme voulait que l'objet se pose dès sa sortie, ce qui n'a pas eu lieu physiquement.
Et voici sur quoi ils divergent : Rabbi Yehouda pense qu'on dit kelouta kemi chehounha (ce qui est pris dans l'air est comme posé), et son intention (mahshava) s'est accomplie. Les Rabbanan pensent qu'on ne dit pas kelouta kemi chehounha, et son intention ne s'est pas accomplie.
Mais pour une toldah avec son av, Rabbi Yehouda ne rend pas hayav.
Kelouta kemi chehounha : l'objet qui entre dans l'air d'un domaine est considéré comme posé dans ce domaine. Pour Rabbi Yehouda, l'objet est donc réputé posé dès son entrée dans le reshout harabim, conformément à l'intention du lanceur. Les Rabbanan ne retiennent pas ce principe : l'objet n'a pas reposé là où l'homme le voulait.
Cela ne peut pas te venir à l'esprit, car il a été enseigné : Rabbi Yehouda ajoute aussi celui qui fait le chovet et le medakdek. On lui a dit : le chovet est inclus dans le meissekh (tendre la chaîne), le medakdek est inclus dans l'oreg (tisser).
N'est-ce pas qu'il les a faits tous les deux ensemble ? Déduis-en que Rabbi Yehouda rend hayav pour une toldah avec son av !
Chovet et medakdek sont deux gestes du tissage (égaliser et tasser les fils). Les Hakhamim y voient des toldot du meissekh et de l'oreg. La Guemara suppose d'abord que Rabbi Yehouda les ajoute parce qu'il rend hayav pour ces toldot faites avec leurs avot.
D'où le sais-tu ? Peut-être, en réalité, il a fait l'un seul et l'autre seul ; Rabbi Yehouda ne rend pas hayav pour une toldah avec son av, et voici sur quoi ils divergent : Rabbi Yehouda pense que ce sont des avot, et les Rabbanan pensent que ce sont des toldot.
Tu peux le savoir, puisque la baraita dit "Rabbi Yehouda ajoute". Si tu dis que ce sont des avot, on comprend "il ajoute" : il ajoute des avot.
Mais si tu dis que ce sont des toldot, qu'ajoute-t-il ? Cela a aussi été dit : Rabba et Rav Yosef ont dit tous les deux : Rabbi Yehouda ne rendait hayav que d'une seule.
Le mot mossif (il ajoute) prouve que Rabbi Yehouda ajoute des avot à la liste, qui ne contient que des avot. La conclusion de Rabba et Rav Yosef confirme : dans le cas du lancer de la baraita, Rabbi Yehouda ne rend hayav que d'une hatat.
Ravina dit à Rav Ashi : et selon ce que nous pensions au début, que Rabbi Yehouda rendait hayav de deux : s'il voulait (que l'objet se pose) ici, il ne le voulait pas là ; s'il le voulait là, il ne le voulait pas ici ! Il lui répondit : (il s'agit de celui) qui dit : "partout où il voudra, qu'il se pose".
Pour être hayav, il faut que l'objet se pose là où l'homme voulait (mahshava). Deux hatat supposent deux poses voulues : au seuil du reshout harabim et au bout des 4 amot. Or l'homme n'a pu vouloir que l'un des deux. Rav Ashi répond : il a dit kol makom chétirtsé tanouah ; tout point de repos lui convient.
C'est évident : s'il voulait lancer à huit (amot) et a lancé à quatre, il a écrit "Chem" de "Chimon". S'il voulait lancer à quatre et a lancé à huit, qu'en est-il ?
Dit-on : il l'a bien sorti ; ou bien : là où il le voulait, il ne s'est pas posé ? Mais n'est-ce pas ce que Ravina a dit à Rav Ashi, et il lui a répondu : (il s'agit de celui) qui dit : "partout où il voudra, qu'il se pose" ?
Chem de Chimon : celui qui voulait écrire le nom Chimon et n'a écrit que les deux premières lettres (chin, mem) est hayav, car Chem est un mot à part entière. La Guemara compare d'abord : viser 8 et atteindre 4, c'est avoir fait une partie de ce qu'on voulait. Le cas inverse est posé en question, puis rapproché de la question de Ravina.
Et ce que tu as dit : "il a écrit Chem de Chimon", est-ce comparable ? Là-bas, tant qu'on n'a pas écrit Chem, on ne peut pas écrire Chimon.
Ici, tant qu'il n'a pas lancé à quatre, ne peut-il pas lancer à huit ?!
Pour écrire Chimon, il faut passer par Chem : ces deux lettres étaient donc voulues. Un objet lancé à huit amot n'a pas besoin de se poser à quatre. Quand il se pose à quatre, cela ne correspond à aucune intention : la comparaison tombe.
Les Rabbanan ont enseigné : celui qui lance du reshout harabim au reshout harabim, avec un reshout hayahid au milieu : (si l'objet parcourt) quatre amot, il est hayav ;
Les deux tronçons de reshout harabim se combinent (tsirouf) : l'espace du domaine privé traversé ne compte pas, mais s'il y a 4 amot au total dans le reshout harabim, il est hayav.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).