Shabbat 97b — Toldah faite avec son av : Rabbi, Rabbi Yehouda et l'intention du lanceur

Shabbat 97b

Sougya : Le daf examine si Rabbi, ou Rabbi Yehouda, rend hayav de deux hatat quand on accomplit en un seul geste une av melakha et une de ses toldot. Rav Hana rapporte la phrase de Chmouel sur Rabbi, ce qui contredit le compte des 39 melakhot tiré de Ele hadevarim ; Rav Yosef la rapporte sur Rabbi Yehouda, à propos de l'objet lancé d'un reshout hayahid au reshout harabim qui y parcourt 4 amot.

La Guemara tente de prouver par chovet et medakdek que Rabbi Yehouda rend hayav pour une toldah avec son av, rejette la preuve, et conclut avec Rabba et Rav Yosef qu'il ne rend hayav que d'une seule. Suit une discussion sur l'intention : vise 8 amot et lance 4, vise 4 et lance 8, et la comparaison avec Chem écrit dans Chimon.

Le daf s'achève sur une baraita : lancer de reshout harabim à reshout harabim à travers un reshout hayahid.

Rabbi / Rabbi Yehouda : hayav pour une toldah faite avec son av ?Rav Hana : Chmouel dit que Rabbi rend hayav de deux hatat(maison couverte entre deux rues : hotsaa + hakhnassa)Objection : Rabbi compte 39 melakhot (Ele hadevarim)donc pas de hiyouv pour une toldah avec son avRav Yosef : la phrase porte sur Rabbi Yehoudabaraita : RHY vers RHR + 4 amot, R. Yehouda hayav, Hakhamim patourChmouel : R. Yehouda rend hayav de deux (hotsaa + haavara)Rejet possible : une seule, s'il a dit : dès la sortie, qu'il reposePreuve : R. Yehouda ajoute chovet et medakdekRejet : faits séparément ; pour lui ce sont des avotTedaa : le mot mossif (il ajoute) implique des avotRabba et Rav Yosef : R. Yehouda ne rend hayav que d'une seule
Le déroulement de la sougya : de la version de Rav Hana a la conclusion de Rabba et Rav Yosef.
Lancer d'un reshout hayahid au reshout harabim, puis 4 amotreshouthayahidreshout harabimA : entrée dans l'air du RHR(kelouta = comme posée ?)B : repos après 4 amotChmouel (lecture initiale)R. Yehouda : kelouta = posée en Ahotsaa (A) + haavara (A vers B)= deux hatat (toldah avec son av)Rabba et Rav Yosef (conclusion)R. Yehouda : une seule hatat (hotsaa)cas : il a voulu qu'il repose en AHakhamim : pas de kelouta, patour
L'objet lancé du domaine privé vers la rue et les deux lectures de la position de Rabbi Yehouda.
Intention (mahshava) et distance du lancerCasHava aminaSuite de la GuemaraVise 8 amot, lance 4comme écrire Chemdans Chimon ?Pachout : hayavComparaison réfutée :8 peut être lancésans passer par 4Vise 4 amot, lance 8il l'a bien sorti,mais pas reposé où vouluQuestion (mahou ?)= question de Ravinaà Rav AshiRéponse de Rav Ashi : s'il a dit kol makom chetirtse tanouah (partout où il voudra, qu'il repose),son intention est accomplie dans les deux cas (Rachi)
Écart entre la distance visée et la distance parcourue, et la réponse de Rav Ashi.
1
לְמֵימְרָא דִּמְחַייֵּב רַבִּי אַתּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב?

Faut-il en déduire que Rabbi rend hayav pour une toldah (dérivée) faite en même temps que son av (catégorie principale) ? (Sortir et faire entrer sont en effet un av et sa toldah.)

🗂️ Tossefot (1)
לְמֵימְרָא דִּמְחַייֵּב רַבִּי אַתּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב וְהָתַנְיָא כּוּ' הִקְשָׁה ה"ר פור"ת מְנָא לֵיהּ דִּמְחַייֵּב אַתּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב דִּילְמָא הָא דִּמְחַיֵּיב שְׁתַּיִם הַייְנוּ כְּשֶׁנּוֹדַע לוֹ וְחָזַר וְנוֹדַע לוֹ וּבִפְלֻוגְתָּא דָּר' יוֹחָנָן וְרֵישׁ לָקִישׁ דִּמְחַיֵּיב אֲפִילּוּ בְּהוֹצִיא וְהוֹצִיא בְּהֶעְלֵם אַחַת ואור"י דְּאִם כֵּן לֹא הָיָה רַב יְהוּדָה מַשְׁמִיעֵנוּ שׁוּם חִידּוּשׁ שֶׁחַייָּב שְׁתַּיִם וְעַל כְּרִחְיָךְ אֲתָא לְאַשְׁמְעִינַן דְּרַבִּי מְחַיֵּיב אַתּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב:
Faut-il en déduire que Rabbi rend hayav pour une toldah avec son av ? Or il a été enseigné etc. : Rabbenou Porat a objecté : d'où sait-on qu'il rend hayav pour une toldah avec son av ? Peut-être ce hiyouv de deux vise-t-il le cas où il en a pris conscience, puis a de nouveau pris conscience (entre les deux actes), ou bien selon la mahloket de Rabbi Yo'hanan et Reich Lakich, pour celui qui rend hayav même pour sortir puis sortir encore dans un seul oubli. Le Ri répond : dans ce cas Rav Yehouda ne nous apprendrait aucune nouveauté en disant qu'il est hayav de deux ; il vient donc forcément nous apprendre que Rabbi rend hayav pour une toldah avec son av.
💡 Explication

À la fin du daf précédent, Chmouel a dit que Rabbi rend hayav de deux hatat celui qui lance à travers une maison couverte : une pour la hotsaa (sortir), une pour la hakhnassa (faire entrer). La Guemara s'étonne : ces deux actes relèvent d'un av et de sa toldah. Rabbi rend-il donc hayav pour une toldah accomplie avec son av dans un même oubli (heelem ehad) ?

2
וְהָתַנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: ״דְּבָרִים״ ״הַדְּבָרִים״ ״אֵלֶּה הַדְּבָרִים״ — אֵלּוּ שְׁלֹשִׁים וָתֵשַׁע מְלָאכוֹת שֶׁנֶּאֶמְרוּ לְמֹשֶׁה בְּסִינַי!

Or il a été enseigné : Rabbi dit : "devarim", "hadevarim", "ele hadevarim" (Chemot 35,1) : ce sont les trente-neuf melakhot qui furent dites à Moche au Sinaï !

📜 Rachi (1)
דְּבָרִים הַדְּבָרִים אֵלֶּה הַדְּבָרִים גַּבֵּי שַׁבָּת דִּכְתִיב בְּוַיַּקְהֵל אֵלֶּה הַדְּבָרִים אֲשֶׁר צִוָּה וְגוֹ' דְּבָרִים מַשְׁמַע תְּרֵין הֵ"א מֵרַבִּי חַד הָא תְּלָת אֵלֶּה בְּגֵימַטְרְיָא תְּלָתִין וְשֵׁשׁ אֵלּוּ ל"ט כו' וּמִנְיָינָא לָמָּה לִי עַל כְּרִחְיָךְ לָדַעַת כַּמָּה חַטָּאוֹת אָדָם מִתְחַיֵּיב בְּהֶעְלֵם אֶחָד עַל הַשַּׁבָּת וְאִי מִחַייַּב אַתּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב בְּהֶעְלֵם אֶחָד הָווּ לְהוּ טוּבָא:
Devarim, hadevarim, ele hadevarim : au sujet du Chabbat, écrit dans Vayakhel : "Voici les choses (ele hadevarim) que Hachem a ordonnées" etc. Devarim (pluriel) signifie deux, le hé (article) en ajoute un : cela fait trois ; ele a pour valeur numérique trente-six : cela fait 39 etc. Et pourquoi ce compte ? Forcément pour savoir de combien de hatat un homme est redevable pour le Chabbat en un seul oubli ; or s'il rendait hayav pour une toldah avec son av en un seul oubli, il y en aurait beaucoup plus.
🪔 Ben Yehoyada (1)
'דְּבָרִים', 'הַדְּבָרִים', 'אֵלֶּה הַדְּבָרִים', אֵלּוּ שְׁלֹשִׁים וָתֵשַׁע מְלָאכוֹת, שֶׁנֶּאֶמְרוּ לְמֹשֶׁה בְּסִינַי. נִמְצָא ל"ו מְלָאכוֹת נִרְמְזוּ בְּתֵיבַת אֵלֶּה [36] וּשְׁלֹשָׁה בְּתֵיבַת הַדְּבָרִים , וּבָזֶה יוּבָן בס"ד רָמַז הַכְתּוּ' (שְׁמוֹת כא, י) אִם אַחֶרֶת יִקַּח לוֹ שְׁאֵרָהּ כְּסוּתָהּ וְעֹנָתָהּ לֹא יִגְרָע, וְאִם שְׁלָשׁ אֵלֶּה לֹא יַעֲשֶׂה לָהּ וְכוּ' וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַשַּׁבָּת הוּא מֵנִיק לִימֵי הַחֹול כְּמוֹ אִם הַמֵּנִיק אֶת בְּנָהּ, וְהָאָדָם נִיזּוֹן בִּימֵי הַחֹול מִקְּדֻושַּׁת הַשַּׁבָּת וְלָכֵן הַשַּׁבָּת יִקָּרֵא אֵם, וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר 'אִם ' אַחֶרֶת יִקַּח לוֹ אִם בציר"י, אַחֶרֶת רְצוֹנוֹ לוֹמַר אַחֲרוֹן שֶׁהוּא סוֹף הַשָּׁבוּעַ, נִמְצָא הוּא אִם אַחֲרוֹנָה יִקַּח לוֹ הָאָדָם לִהְיוֹת נִזּוֹן מִמֶּנּוּ בִּימֵי הַחֹול, שַׁאֲרָה הֵם ג' סְעוּדוֹת כְּסוּתָהּ בִּגְדֵי שַׁבָּת וְעָנְתָה הַזִּוּוּג עִם אִשְׁתּוֹ לֹא יִגְרַע , אַךְ כָּל אֵלּוּ הֵם עִנְיַן עֲשֵׂין, וְאִם שָׁלֹשׁ אֵלֶּה הֵמָּה הַלָּאוְיָן דְּשַׁבָּת שֶׁנִּרְמְזוּ הַשָּׁלֹשׁ בִּפְנֵי עַצְמוֹ, וְהַשִּׁשָּׁה וּשְׁלֹשִׁים בְּתֵיבַת אֵלֶּה בִּפְנֵי עַצְמוֹ, לֹא יַעֲשֶׂה לָהּ וְיָצְאָה חִנָּם , דְּמַה בֶּצַע בֶּעָשִׁין אִם לֹא יִשְׁמְרוּ אֶת הַלָּאוְיָן! דַּף צ"ט
"Devarim", "hadévarim", "ele hadévarim" : ce sont les trente-neuf melakhot dites à Moche au Sinaï. Il en ressort que 36 melakhot sont suggérées par le mot ele [36] et trois par le mot hadévarim. Par là on comprend, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Chemot 21,10) : "S'il en prend une autre, il ne diminuera ni sa nourriture, ni son vêtement, ni son droit conjugal ; et s'il ne lui fait pas ces trois choses (ve-im chélosh ele), elle sortira gratuitement." Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le Chabbat allaite les jours de semaine, comme une mère (em) allaite son enfant : l'homme se nourrit pendant la semaine de la sainteté du Chabbat, c'est pourquoi le Chabbat est appelé mère (em). C'est ce que dit le verset : "em aheret yikah lo", em lu avec tsere (mère) ; aheret signifie aharon, le dernier, c'est-à-dire la fin de la semaine. Il s'agit donc d'une dernière mère que l'homme prend pour s'en nourrir pendant les jours de semaine. "Chéérah" (sa nourriture) : les trois repas ; "kessoutah" (son vêtement) : les habits de Chabbat ; "ve-onatah" (son droit conjugal) : l'union avec son épouse ; "lo yigra" (il ne diminuera pas). Mais tout cela relève des commandements positifs (assé). "Ve-im chélosh ele" : ce sont les interdits (lavin) du Chabbat, dont trois sont suggérés à part, et trente-six par le mot ele à part. "Lo yaassé lah, véyatsea hinam" (s'il ne les lui fait pas, elle sortira gratuitement) : à quoi servent les commandements positifs si l'on ne garde pas les interdits ! (Daf 99.)
💡 Explication

Rabbi tire du verset Ele hadevarim le nombre exact de 39 avot melakhot. Un nombre fixe sert à déterminer combien de hatat on doit au maximum pour un seul oubli. Si les toldot faites avec leur av entraînaient une hatat supplémentaire, le compte dépasserait 39. D'où la contradiction avec la phrase de Chmouel.

🖼️ Schéma
Ele hadevarim = 39 melakhotdevarimpluriel = 2ha-devarimarticle = +1ele1 + 30 + 5 = 363 + 36 = 39 avot melakhot : le compte sert à fixer le nombre de hatat
Le calcul de Rabbi : 2 + 1 + 36 = 39.
3
אֲמַר לֵיהּ רַב יוֹסֵף: מָר אַהָא מַתְנֵי לַהּ, וְקַשְׁיָא לֵיהּ דְּרַבִּי אַדְּרַבִּי. אֲנַן אַדְּרַבִּי יְהוּדָה מַתְנִינַן — וְלָא קַשְׁיָא לָן.

Rav Yosef lui dit : le Maître enseigne cette phrase à propos de ce cas-ci (Rabbi), et il trouve une difficulté de Rabbi contre Rabbi. Nous, nous l'enseignons à propos de Rabbi Yehouda, et nous n'avons pas de difficulté.

📜 Rachi (3)
אֲמַר לֵיהּ רַב יוֹסֵף לְרַב חִנָּא:
Rav Yosef lui dit : à Rav Hana.
מַר מַתְנֵי לַהּ לְהָא דְּרַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל מְחַיֵּיב הָיָה רַבִּי שְׁתַּיִם אַהָא דְּרַבִּי:
Le Maître l'enseigne : cette phrase de Rav Yehouda au nom de Chmouel, "Rabbi rendait hayav de deux", sur ce cas de Rabbi.
וְקַשְׁיָא לֵיהּ דְּרַבִּי אַדְּרַבִּי רַב יְהוּדָה לָאו אַהָא אֲמָרָהּ אֶלָּא אֶדֶר' יְהוּדָה מַתְנֵי לַהּ וְלָא קַשְׁיָא לֵיהּ דְּלָא אַשְׁכְּחַן בְּעָלְמָא דְּפָטַר ר"י אַתּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב:
Et il trouve une difficulté de Rabbi contre Rabbi : Rav Yehouda ne l'a pas dite à ce propos ; il l'enseigne sur Rabbi Yehouda, et cela ne lui fait pas difficulté, car nous ne trouvons nulle part que Rabbi Yehouda exempte pour une toldah avec son av.
💡 Explication

Rav Yosef résout la contradiction par une autre girsa (version) de la phrase de Chmouel : elle porte sur Rabbi Yehouda et non sur Rabbi. Nulle part on ne voit Rabbi Yehouda exempter pour une toldah faite avec son av.

4
דְּתַנְיָא: מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לִרְשׁוּת הָרַבִּים וְעָבַר אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים — רַבִּי יְהוּדָה מְחַיֵּיב וַחֲכָמִים פּוֹטְרִין.

Comme il a été enseigné : (celui qui lance) du reshout hayahid (domaine privé) au reshout harabim (domaine public), et (l'objet) a parcouru quatre amot dans le reshout harabim : Rabbi Yehouda le rend hayav et les Hakhamim l'exemptent.

📜 Rachi (1)
מרה"י לרה"ר וְעָבַר ד' אַמּוֹת בִּרה"ר קֹודֶם שֶׁתָּנוּחַ דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי הוֹצָאָה וּזְרִיקָה אַרְבַּע אַמּוֹת:
Du reshout hayahid au reshout harabim, et il a parcouru 4 amot dans le reshout harabim : avant de se poser ; il y a donc deux actes : la hotsaa (sortie) et le lancer de quatre amot.
5
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: מְחַייֵּב הָיָה רַבִּי יְהוּדָה שְׁתַּיִם — אַחַת מִשּׁוּם הוֹצָאָה וְאַחַת מִשּׁוּם הַעֲבָרָה. דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ חֲדָא הוּא דִּמְחַיֵּיב, מִכְּלָל דְּרַבָּנַן פָּטְרִי לִגְמָרֵי? הָא אַפֵּיק לַהּ מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לִרְשׁוּת הָרַבִּים. מִמַּאי? דִּילְמָא לְעוֹלָם אֵימָא לָךְ רַבִּי יְהוּדָה חֲדָא הוּא דִּמְחַייֵּב, וְרַבָּנָן פָּטְרִי לְגַמְרֵי, וְהֵיכִי מַשְׁכַּחַת לָהּ? כְּגוֹן דְּאָמַר עַד דְּנָפְקָא לֵיהּ לִרְשׁוּת הָרַבִּים תְּנוּח.

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : Rabbi Yehouda rendait hayav de deux (hatat) : une pour la hotsaa (sortie) et une pour la haavara (le transport de quatre amot). Car si tu pensais qu'il ne rend hayav que d'une, on en déduirait que les Rabbanan exemptent complètement ?

Or il l'a bien sorti du reshout hayahid au reshout harabim ! D'où le sais-tu ?

Peut-être, en réalité, Rabbi Yehouda ne rend hayav que d'une et les Rabbanan exemptent complètement. Et comment trouve-t-on ce cas ?

Quand il a dit : dès qu'il sort dans le reshout harabim, qu'il s'y pose.

📜 Rachi (1)
ה"ג וְאַחַת מִשּׁוּם הַעֲבָרָה וְרַבָּנָן פָּטְרִי אַהַעֲבָרָה מִשּׁוּם דְּלָא סְבִירָא לָהּ קְלוּטָה כַּמָּה שֶׁהֻונְּחָה וְתֶהֱוֵי כְּמִי שֶׁהֻונְּחָה מִשֶּׁיָּצְתָה בְּפֶתַח וְחָזְרָה וְנֶעֶקְרָה וְנָחָה לְסוֹף ד' אֲבָל חַיָּיב הוּא מִשּׁוּם הוֹצָאָה:
Telle est la version : et une pour la haavara : les Rabbanan exemptent pour la haavara, car ils ne tiennent pas kelouta kemi chehounha (l'objet dans l'air est comme posé), selon quoi il serait comme posé dès sa sortie au seuil, puis de nouveau soulevé et posé au bout de quatre amot ; mais il est hayav pour la hotsaa.
💡 Explication

Chmouel raisonne à partir des Hakhamim : ils ne peuvent pas exempter pour la hotsaa, puisque l'objet a bien quitté le domaine privé. Leur exemption porte donc sur la haavara ; Rabbi Yehouda, qui les contredit, rend hayav de deux.

La Guemara répond qu'on peut imaginer un cas où les Hakhamim exemptent complètement : l'homme voulait que l'objet se pose dès sa sortie, ce qui n'a pas eu lieu physiquement.

6
וּבְהָא קָמִיפַּלְגִי, דְּרַבִּי יְהוּדָה סָבַר: אָמְרִינַן קְלוּטָה כַּמָּה שֶׁהֻונְּחָה, וְאִיתְעֲבִידָא לֵיהּ מַחְשַׁבְתּוֹ. וְרַבָּנָן סָבְרִי: לָא אָמְרִינַן קְלוּטָה כַּמָּה שֶׁהֻונְּחָה, וְלָא אִיתְעֲבִידָא לֵיהּ מַחְשַׁבְתּוֹ! אֲבָל אַתּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב לָא מְחַיֵּיב רַבִּי יְהוּדָה.

Et voici sur quoi ils divergent : Rabbi Yehouda pense qu'on dit kelouta kemi chehounha (ce qui est pris dans l'air est comme posé), et son intention (mahshava) s'est accomplie. Les Rabbanan pensent qu'on ne dit pas kelouta kemi chehounha, et son intention ne s'est pas accomplie.

Mais pour une toldah avec son av, Rabbi Yehouda ne rend pas hayav.

📜 Rachi (1)
וְאִיתְעֲבִיד לֵיהּ מַחְשַׁבְתּוֹ שֶׁנָּחָה בִּיצִיאָתָהּ מִיָּד הִלְכָּךְ חַייָּב מִשּׁוּם הוֹצָאָה אֲבָל מִשּׁוּם הַעֲבָרָה לָא מִחַיַּיב ואע"ג דַּחֲשִׁיב לֵיהּ כַּמָּה שֶׁהֻונְּחָה וְנֶעֶקְרָה וְהֻונְּחָה מִשּׁוּם דְּהָוְיָא תּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב:
Et son intention s'est accomplie : qu'il repose aussitôt à sa sortie ; c'est pourquoi il est hayav pour la hotsaa. Mais pour la haavara il ne le rend pas hayav, bien qu'il le considère comme posé, puis soulevé, puis posé, parce que c'est une toldah avec son av.
💡 Explication

Kelouta kemi chehounha : l'objet qui entre dans l'air d'un domaine est considéré comme posé dans ce domaine. Pour Rabbi Yehouda, l'objet est donc réputé posé dès son entrée dans le reshout harabim, conformément à l'intention du lanceur. Les Rabbanan ne retiennent pas ce principe : l'objet n'a pas reposé là où l'homme le voulait.

7
לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דְּתַנְיָא: רַבִּי יְהוּדָה מוֹסִיף אַף הַשּׁוֹבֵט וְהַמְדַקְדֵּק. אָמְרוּ לוֹ: שׁוֹבֵט הֲרֵי הוּא בִּכְלַל מֵיסֵךְ, מְדַקְדֵּק הֲרֵי הוּא בִּכְלַל אוֹרֵג. מַאי לָאו דְּעַבְדִינְהוּ לְתַרְוַוייְהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי, וּשְׁמַע מִינַּהּ מְחַייֵּב הָיָה רַבִּי יְהוּדָה אַתּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב!

Cela ne peut pas te venir à l'esprit, car il a été enseigné : Rabbi Yehouda ajoute aussi celui qui fait le chovet et le medakdek. On lui a dit : le chovet est inclus dans le meissekh (tendre la chaîne), le medakdek est inclus dans l'oreg (tisser).

N'est-ce pas qu'il les a faits tous les deux ensemble ? Déduis-en que Rabbi Yehouda rend hayav pour une toldah avec son av !

📜 Rachi (4)
אַף הַשּׁוֹבֵט עִם שְׁאָר אֲבוֹת מְלָאכוֹת לְהָא דַּאֲמָרָן דִּלְכָךְ נִמְנוּ שֶׁאִם עֲשָׂאָן בְּהֶעְלֵם א' חַיָּיב עַל כָּל א' וְא':
Aussi celui qui fait le chovet : avec les autres avot melakhot, comme nous l'avons dit : on les a comptées pour que, s'il les fait en un seul oubli, il soit hayav pour chacune.
שׁוֹבֵט מְכַרְכֵּר בְּכִרְכָּר:
Chovet : il frappe avec le karkar (bâton de tisserand).
וּמְדַקְדֵּק לְאַחַר שֶׁמָּתַח הַחוּט שֶׁל עֵרֶב מַכֶּה בְּכִרְכָּר בָּב' וְג' מְקוֹמוֹת וי"מ מְדַקְדֵּק מִשָּׁוֶה הָאֲרִיגָה כְּשֶׁיֵּשׁ שְׁנֵי חוּטִין כְּרֻוכִּין זֶה עִם זֶה וּמֻובְדָּלִים מִן הַשְּׁאָר מַשְׁוֶה אוֹתָן בְּכִרְכָּר אוֹ בְּמַחַט:
Et medakdek : après avoir tendu le fil de la trame, il frappe avec le karkar en deux ou trois endroits. D'autres expliquent : medakdek égalise le tissage, quand deux fils sont enroulés ensemble et séparés des autres ; il les égalise avec le karkar ou avec une aiguille.
מַאי לַָאו דְּעַבְדִינְהוּ לְכוּלְּהוּ שׁוֹבֵט וּמְדַקְדֵּק בַּהֲדֵי שְׁאָר מְלָאכוֹת דְּהָא מוֹסִיף קָתָנֵי וּמֵיסֵךְ וְאוֹרֵג נִמְנוּ עִם אֲבוֹת מְלָאכוֹת וְאֵלֶּה תּוֹלְדוֹתֶיהָ' כִּדְקָתָנֵי שׁוֹבֵט בִּכְלַל מֵיסֵךְ:
N'est-ce pas qu'il les a tous faits : le chovet et le medakdek avec les autres melakhot, puisque la baraita dit "il ajoute" ; or le meissekh et l'oreg sont comptés parmi les avot melakhot, et ceux-ci en sont les toldot, comme il est enseigné : le chovet est inclus dans le meissekh.
🗂️ Tossefot (2)
לָא ס"ד דְּתַנְיָא ר' יְהוּדָה מוֹסִיף כּוּ' לְפִי מַאי דקס"ד דְּטַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה מִשּׁוּם דִּמְחַייֵּב אַתּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב אַמַּאי נְקַט טְפֵי שׁוֹבֵט וּמְדַקְדֵּק אִיכָּא לְמֵימַר דס"ד דְּרַבָּנָן נָמֵי מִחַייַּב אַתּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב וְלָא פְּלִיגִי אֶלָּא בְּשׁוֹבֵט וּמְדַקְדֵּק וְאָמְרִי דְּלָאו הַיְינוּ תּוֹלָדָה אֶלָּא הַיְינוּ מַמָּשׁ מֵיסֵךְ וְאוֹרֵג אִי נָמֵי לָא מְחַייְּבִי רַבָּנָן אַתּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב וְלִדְבָרָיו דְּרַבִּי יְהוּדָה קָאָמְרִי:
Cela ne peut pas te venir à l'esprit, car il a été enseigné : Rabbi Yehouda ajoute etc. : selon ce que l'on pensait, que la raison de Rabbi Yehouda est qu'il rend hayav pour une toldah avec son av, pourquoi cite-t-il précisément le chovet et le medakdek ? On peut dire qu'on pensait que les Rabbanan aussi rendent hayav pour une toldah avec son av, et qu'ils divergent seulement sur le chovet et le medakdek : ils disent que ceux-ci sont le meissekh et l'oreg eux-mêmes, et non une toldah. Ou bien les Rabbanan ne rendent pas hayav pour une toldah avec son av, et ils parlent selon l'avis de Rabbi Yehouda.
מַאי לָאו דְּעַבְדִינְהוּ לְתַרְוַיְיהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי אֵין הַלָּשׁוֹן מְיֻושָּׁב דְּמַשְׁמַע דִּלְמַסְּקָנָא לָא קָאֵי הָכִי וְזֶה אֵינוֹ דִּלְמַסְּקָנָא נָמֵי דִּמְפָ' דְּר' יְהוּדָה חֲשִׁיב לָהֶן אָבוֹת מַיְירֵי נָמֵי דְּעַבְדִינְהוּ לְתַרְוַייְהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי דְּאִי בְּדַעֲבַד הַאי לְחוֹדֵיהּ וְהַאי לְחוֹדֵיהּ כִּדְגָרְסִינַן בְּכַמָּה סְפָרִים בְּהָא לָא הֲוָה פְּלִיגִי רַבָּנָן עָלֶיהָ דְּתִיפּוֹק לֵיהּ דְּמִשּׁוּם תּוֹלָדָה הָווּ מִחַיְּיבִי וְאוֹמֵר ר"י דְּאֵין לִמְחֹוק וְשַׁפִּיר גָּרְסִינַן לֵיהּ וה"פ לְעוֹלָם דְּעָבְדָה הַאי לְחוֹדֵיהּ וְהַאי לְחוֹדֵיהּ וּפְלִיגִי בְּמֵזִיד וּלְעִנְיַן הַתְרָאָה דִּלְרַבִּי יְהוּדָה צָרִיךְ לְהַתְרוֹתוֹ מִשּׁוּם שׁוֹבֵט וּמְדַקְדֵּק וּלְרַבָּנָן מִשּׁוּם מֵיסֵךְ וְאוֹרֵג וה"ה דַּהֲוָה מָצֵי לְמִידְחֵי דְּעַבְדִינְהוּ לְתַרְוַייְהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר הָנֵי אָבוֹת נִינְהוּ אֶלָּא דְּנִיחָא לֵיהּ לְדַחוֹיֵי דַּעֲבִיד הַאי לְחוֹדֵיהּ וְהַאי לְחוֹדֵיהּ דְּהַשְׁתָּא ע"כ טַעְמָא דר"י לָאו מִשּׁוּם דִּמְחַייֵּב אַתּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאָבוֹת נִינְהוּ:
N'est-ce pas qu'il les a faits tous les deux ensemble : la formulation n'est pas aisée, car elle laisse entendre que dans la conclusion on ne parle pas de ce cas. Or il n'en est rien : dans la conclusion aussi, qui explique que Rabbi Yehouda les tient pour des avot, il s'agit du cas où il les a faits tous les deux ensemble. En effet, s'il avait fait l'un seul et l'autre seul, comme on lit dans plusieurs livres, les Rabbanan ne le contrediraient pas sur ce point, puisqu'ils le rendraient de toute façon hayav au titre de toldah. Le Ri dit qu'il ne faut pas effacer (ce passage) : la lecture est correcte, et voici l'explication : en réalité il a fait l'un seul et l'autre seul, et ils divergent pour le mezid (celui qui agit sciemment) et quant à la hatraa (l'avertissement) : pour Rabbi Yehouda il faut l'avertir au titre du chovet et du medakdek, pour les Rabbanan au titre du meissekh et de l'oreg. La Guemara aurait pu aussi repousser (la preuve) en disant qu'il les a faits ensemble et que Rabbi Yehouda les tient pour des avot ; mais elle a préféré dire qu'il a fait l'un seul et l'autre seul, car alors la raison de Rabbi Yehouda ne peut forcément pas être qu'il rend hayav pour une toldah avec son av : c'est qu'il s'agit d'avot.
💡 Explication

Chovet et medakdek sont deux gestes du tissage (égaliser et tasser les fils). Les Hakhamim y voient des toldot du meissekh et de l'oreg. La Guemara suppose d'abord que Rabbi Yehouda les ajoute parce qu'il rend hayav pour ces toldot faites avec leurs avot.

8
מִמַּאי? דִּילְמָא לְעוֹלָם דְּעַבְדַּהּ לְהָא לְחֻודַּהּ וְהָא לְחֻודַּהּ, וְרַבִּי יְהוּדָה אַתּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב לָא מְחַיֵּיב, וּבְהָא קָמִיפַּלְגִי: דְּרַבִּי יְהוּדָה סָבַר הָנֵי אָבוֹת נִינְהוּ, וְרַבָּנַן סָבְרִי הָנֵי תּוֹלְדוֹת נִינְהוּ.

D'où le sais-tu ? Peut-être, en réalité, il a fait l'un seul et l'autre seul ; Rabbi Yehouda ne rend pas hayav pour une toldah avec son av, et voici sur quoi ils divergent : Rabbi Yehouda pense que ce sont des avot, et les Rabbanan pensent que ce sont des toldot.

9
תֵּדַע, דְּקָתָנֵי ״רַבִּי יְהוּדָה מוֹסִיף״. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא אָבוֹת, מַאי מוֹסִיף — מוֹסִיף אָבוֹת. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ תּוֹלָדוֹת, מַאי מוֹסִיף? אִיתְּמַר נָמֵי, רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: לֹא חִייֵּב רַבִּי יְהוּדָה אֶלָּא אַחַת.

Tu peux le savoir, puisque la baraita dit "Rabbi Yehouda ajoute". Si tu dis que ce sont des avot, on comprend "il ajoute" : il ajoute des avot.

Mais si tu dis que ce sont des toldot, qu'ajoute-t-il ? Cela a aussi été dit : Rabba et Rav Yosef ont dit tous les deux : Rabbi Yehouda ne rendait hayav que d'une seule.

📜 Rachi (1)
מַאי מוֹסִיף הֲרֵי לֹא נִמְנוּ אֶלָּא אָבוֹת:
Qu'ajoute-t-il ? On n'a compté que des avot.
💡 Explication

Le mot mossif (il ajoute) prouve que Rabbi Yehouda ajoute des avot à la liste, qui ne contient que des avot. La conclusion de Rabba et Rav Yosef confirme : dans le cas du lancer de la baraita, Rabbi Yehouda ne rend hayav que d'une hatat.

10
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי: וּלְמַאי דִּסְלֵיק אַדַּעְתִּין מֵעִיקָּרָא דִּמְחַייֵּב הָיָה רַבִּי יְהוּדָה שְׁתַּיִם? אִי לְהָכָא קָבָעֵי לַהּ — לְהָכָא לָא קָבָעֵי לַהּ. אִי לְהָכָא קָבָעֵי לַהּ — לְהָכָא לָא קָבָעֵי לַהּ. אֲמַר לֵיהּ: בְּאוֹמֵר ״כָּל מָקוֹם שֶׁתִּרְצֶה — תָּנוּחַ״.

Ravina dit à Rav Ashi : et selon ce que nous pensions au début, que Rabbi Yehouda rendait hayav de deux : s'il voulait (que l'objet se pose) ici, il ne le voulait pas là ; s'il le voulait là, il ne le voulait pas ici ! Il lui répondit : (il s'agit de celui) qui dit : "partout où il voudra, qu'il se pose".

📜 Rachi (2)
וּלְמַאי דְּסַלֵּק אַדַּעְתָּא כו' נְהִי נָמֵי דְּמִיחַייַּב אַתּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב הָכָא לָאו תַּרְתֵּי אִיכָּא דְּאִי לְהָכָא לְסוֹף ד' בָּעֵי לָהּ דְּתָנוּחַ הָכָא לָא מִיחַייַּב אַהַעֲבָרַת ד' דְּלָא עָבַר מַתְחֶלֶת לְסוֹף ד' ברה"ר אֶלָּא אַהוֹצָאָה לְחוּדֵיהּ הוּא דְּמִיחַייַּב וְהוֹצָאָה אֲרִיכָא הוּא דַּעֲבַד:
Et selon ce que nous pensions etc. : admettons même qu'il rende hayav pour une toldah avec son av ; ici il n'y a pas deux (actes). Car s'il voulait qu'il repose ici, au bout des quatre amot, il n'est pas hayav pour la haavara de quatre amot, puisque l'objet n'a pas été transporté du début à la fin des quatre amot dans le reshout harabim ; il n'est hayav que pour la hotsaa seule, et il a fait une longue hotsaa.
וְאִי לְהָכָא אֵצֶל הַיְּצִיאָה קָבָעֵי לָהּ דְּתָנוּחַ הָכָא לְסוֹף ד' לָא בָּעֵי לָהּ דְּתָנוּחַ וְלֵיתָא לִזְרִיקָה ד' וְלָא מִיחַייַּב לָהּ דְּבָעֵינַן עֲקִירָה מִתְּחִילַּת ד' ברה"ר וְהַנָּחָה לְסוֹף ד' ברה"ר וְהָכָא עִם יְצִיאַת הַפֶּתַח הָא לֹא נָח וְהֶעֱבִיר לְסוֹף ד' דְּנִיחַייַּב אַתַּרְוַוייְהוּ וּמִיהוּ אַהוֹצָאָה הוּא דְּמִתְחַיֵּיב דְּנִתְקַייְּמָה מַחְשַׁבְתּוֹ דְּהָא נָח ברה"ר:
Et s'il (le voulait) ici : près de la sortie, il voulait qu'il repose ; ici, au bout des quatre amot, il ne voulait pas qu'il repose, et il n'y a pas de lancer de quatre amot, et il n'est pas hayav pour cela. Car il faut une akira (soulèvement) au début des quatre amot dans le reshout harabim et une hanaha (pose) à la fin des quatre amot dans le reshout harabim ; ici, à la sortie du seuil, il ne s'est pas posé puis n'a pas été transporté jusqu'au bout des quatre amot, pour qu'il soit hayav pour les deux. Il est toutefois hayav pour la hotsaa, car son intention s'est accomplie : l'objet s'est posé dans le reshout harabim.
💡 Explication

Pour être hayav, il faut que l'objet se pose là où l'homme voulait (mahshava). Deux hatat supposent deux poses voulues : au seuil du reshout harabim et au bout des 4 amot. Or l'homme n'a pu vouloir que l'un des deux. Rav Ashi répond : il a dit kol makom chétirtsé tanouah ; tout point de repos lui convient.

11
פְּשִׁיטָא נִתְכַּווֵּן לִזְרוֹק שְׁמֹנֶה וְזָרַק אַרְבַּע — הֲרֵי כָּתַב ״שֵׁם״ מִשִּׁמְעוֹן. נִתְכַּווֵּן לִזְרוֹק אַרְבַּע וְזָרַק שְׁמֹנָה — מַהוּ? מִי אָמְרִינַן: הָא אַפֵּיק לֵיהּ, אוֹ דִּילְמָא: הֵיכָא דְּבָעֵי, הָא לֹא נָח. וְלָאו הַיְינוּ דַּאֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי, וַאֲמַר לֵיהּ: בְּאוֹמֵר ״כָּל מָקוֹם שֶׁתִּרְצֶה תָּנוּחַ״.

C'est évident : s'il voulait lancer à huit (amot) et a lancé à quatre, il a écrit "Chem" de "Chimon". S'il voulait lancer à quatre et a lancé à huit, qu'en est-il ?

Dit-on : il l'a bien sorti ; ou bien : là où il le voulait, il ne s'est pas posé ? Mais n'est-ce pas ce que Ravina a dit à Rav Ashi, et il lui a répondu : (il s'agit de celui) qui dit : "partout où il voudra, qu'il se pose" ?

📜 Rachi (2)
וְלָאו הַייְנוּ דְּבָעֵי מִינֵּיהּ כו' וַאֲמַר לֵיהּ בְּאוֹמֵר כו' הָא לָא אָמַר הָכִי לָא מִיחַייַּב אֶלָּא אִם כֵּן נָחָה בִּמְקוֹם מַחְשַׁבְתּוֹ הָכִי נָמֵי בְּתַרְוַיְיהוּ מִיפְטָר לָא שְׁנָא נִתְכַּוֵּון לִזְרוֹק שְׁמֹונֶה וְזָרַק אַרְבַּע לָא שְׁנָא לִזְרֹוק אַרְבַּע וְזָרַק שְׁמוֹנָה פָּטוּר:
Mais n'est-ce pas ce qu'il lui a demandé etc. et il lui a répondu : (celui) qui dit etc. : donc, s'il ne l'a pas dit, il n'est hayav que si l'objet s'est posé à l'endroit de son intention ; de même dans les deux cas il est patour, qu'il ait voulu lancer à huit et lancé à quatre, ou voulu lancer à quatre et lancé à huit : patour.
בְּאוֹמֵר כָּל מָקוֹם שֶׁתִּרְצֶה תָּנוּחַ וְכֵיוָן דְּלָא אִיכְפַּת לֵיהּ הָוְיָא לֵיהּ קִיּוּם מַחְשָׁבָה בְּתַרְוַוייְהוּ:
Qui dit : partout où il voudra, qu'il se pose : puisque cela lui est égal, son intention est accomplie dans les deux cas.
🗂️ Tossefot (1)
הֲרֵי כָּתַב שֵׁם מִשִּׁמְעוֹן הַךְ פְּשִׁיטוּתָא לָא קַייְמָא כִּדְמַסִּיק וְרָבִינָא נָמֵי דְּפָרִיךְ לְרַב אַשִּׁי אַמִּילְּתָא דר"י אִי לְהָכִי קָבָעֵי לַהּ לְהָכָא לָא קָבָעֵי לַהּ סָבַר דְּלָא דָּמֵי לִכְתֹּב שֵׁם מִשִּׁמְעוֹן דְּאִי דָּמִי לָא הָוֵי פָּרִיךְ מִידִי דְּהָא כִּי קָא בָּעֵי דְּתָנוּחַ בְּסוֹף ד' כְּשֶׁנָּחָה בִּתְחִלַּת רה"ר ע"י קְלִיטָה הֲרֵי כָּתַב שֵׁם מִשִּׁמְעוֹן וְכִי אָזְלָה תּוּ ד"א לִיחַייֵּב עֲלַייְהוּ דְּנַעֲשֵׂית מַחְשַׁבְתּוֹ רִאשׁוֹנָה וּלְהָכִי קָאָמַר הַשַּׁ"ס לָאו הַיְינוּ דַּאֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי דְּלָא הֲוָה לֵיהּ לְאֵיתוֹיֵי מִילְּתֵיהּ דְּרָבִינָא אֶלָּא שֶׁרוֹצֶה לִסְתּוֹר לוֹ אַף מַה שֶׁהָיָה פָּשׁוּט לוֹ הֲרֵי כָּתַב שֵׁם מִשִּׁמְעוֹן:
Il a écrit Chem de Chimon : cette évidence ne tient pas, comme la Guemara le conclut. Ravina lui aussi, qui objecte à Rav Ashi sur la phrase de Rav Yehouda "s'il le voulait ici, il ne le voulait pas là", pense que ce n'est pas comparable à Chem écrit de Chimon. Sinon il n'aurait rien objecté : quand il veut que l'objet repose au bout des quatre amot, et qu'il s'est posé au début du reshout harabim par kelita (prise dans l'air), il a écrit Chem de Chimon ; et quand il a parcouru encore quatre amot, il serait hayav pour elles, puisque sa première intention s'est accomplie. C'est pourquoi la Guemara dit : "n'est-ce pas ce que Ravina a dit à Rav Ashi" ; elle n'avait besoin de citer la phrase de Ravina que pour réfuter même ce qui lui paraissait évident, "il a écrit Chem de Chimon".
💡 Explication

Chem de Chimon : celui qui voulait écrire le nom Chimon et n'a écrit que les deux premières lettres (chin, mem) est hayav, car Chem est un mot à part entière. La Guemara compare d'abord : viser 8 et atteindre 4, c'est avoir fait une partie de ce qu'on voulait. Le cas inverse est posé en question, puis rapproché de la question de Ravina.

🖼️ Schéma
Intention (mahshava) et distance du lancerCasHava aminaSuite de la GuemaraVise 8 amot, lance 4comme écrire Chemdans Chimon ?Pachout : hayavComparaison réfutée :8 peut être lancésans passer par 4Vise 4 amot, lance 8il l'a bien sorti,mais pas reposé où vouluQuestion (mahou ?)= question de Ravinaà Rav AshiRéponse de Rav Ashi : s'il a dit kol makom chétirtsé tanouah (partout où il voudra, qu'il repose),son intention est accomplie dans les deux cas (Rachi)
Les deux écarts entre intention et distance.
12
וּדְקָאָמְרַתְּ הֲרֵי כָּתַב ״שֵׁם״ מִשִּׁמְעוֹן, מִי דָמֵי? הָתָם כַּמָּה דְּלָא כְּתִיב ״שֵׁם״ לָא מַכְתִּיב לֵיהּ ״שִׁמְעוֹן״, הָכָא כַּמָּה דְּלָא זָרֵיק אַרְבַּע — לָא מִיזְדַּרְקִי לֵיהּ תַּמְנֵי?!

Et ce que tu as dit : "il a écrit Chem de Chimon", est-ce comparable ? Là-bas, tant qu'on n'a pas écrit Chem, on ne peut pas écrire Chimon.

Ici, tant qu'il n'a pas lancé à quatre, ne peut-il pas lancer à huit ?!

📜 Rachi (3)
הֲרֵי כָּתַב שֵׁם מִשִּׁמְעוֹן דִּתְנַן לְקַמָּן בְּפֶ' הַבּוֹנֶה (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קג) דְּחַיָּיב בָּב' אוֹתִיּוֹת וְאַף עַל פִּי שֶׁנִּתְכַּוֵּין לִמְלָאכָה גְּדוֹלָה:
Il a écrit Chem de Chimon : comme nous l'apprenons plus loin au chapitre Haboneh (Chabbat 103) : il est hayav pour deux lettres, même s'il visait une melakha plus grande.
ה"ג וּדְקָאָמְרַתְּ הֲרֵי כָּתַב שֵׁם מִשִּׁמְעוֹן וְאַנִּתְכַּוֵּין לִזְרֹוק שְׁמוֹנָה וְזָרַק ד' דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ לְחִיּוּבָא קָא מוֹתִיב מִי דָמֵי הָתָם כָּל כַּמָּה דְּלָא כְּתַב שֵׁם לֹא מִכְּתַב שִׁמְעוֹן הִלְכָּךְ כִּי כָּתַב שֵׁם בְּכַוָּונָה כָּתְבִי' וְהָא עֲבַד לֵיהּ מְלָאכָה דְּיֵשׁ שֵׁם אָדָם בָּב' אוֹתִיּוֹת הַלָּלוּ:
Telle est la version : "et ce que tu as dit, il a écrit Chem de Chimon" : sur le cas "il voulait lancer à huit et a lancé à quatre", qui lui paraissait évidemment hayav, il objecte : est-ce comparable ? Là-bas, tant qu'il n'a pas écrit Chem, il ne peut pas écrire Chimon ; c'est pourquoi, en écrivant Chem, il l'a écrit intentionnellement, et il a fait une melakha, car ces deux lettres forment un nom d'homme.
הָכָא כָּל כַּמָּה דְּלָא זָרֵיק ד' שֶׁתָּנוּחַ לְסוֹף ד' לָא מִזְדָּרֵק לֵיהּ תְּמָנְיָא בִּתְמִיהַּ הִלְכָּךְ כִּי נָח לְסוֹף ד' לֹא נִתְקַייְּמָה מַחֲשַׁבְתּוֹ וְלָא דָּמֵי לְשֵׁם מִשִּׁמְעוֹן לָשׁוֹן אַחֵר ה"ג אָמַר מָר הֲרֵי כָּתַב שֵׁם מִשִּׁמְעוֹן מִי דָּמֵי כו' וְהִיא הִיא:
Ici, tant qu'il n'a pas lancé à quatre : pour qu'il repose au bout de quatre, ne peut-on lancer à huit ? (question rhétorique). C'est pourquoi, quand l'objet s'est posé au bout de quatre, son intention ne s'est pas accomplie, et ce n'est pas comparable à Chem de Chimon. Autre version : on lit "le Maître a dit : il a écrit Chem de Chimon, est-ce comparable etc.", et c'est la même chose.
🗂️ Tossefot (1)
הָכִי גָּרְסִינַן וּדְקָאָמְרַתְּ הֲרֵי כָּתַב שֵׁם מִשִּׁמְעוֹן מִי דָּמֵי הָתָם כּוּ' וְאִי גָּרְסִי' וְאַמַּאי וַהֲרֵי כָּתַב שֵׁם מִשִּׁמְעוֹן אָתֵי נָמֵי שַׁפִּיר אֶלָּא שֶׁהוּא קֻושְׁיָא וְלִסְפָרִים דְּגָרְסִינַן אָמַר מַר פָּרִיךְ לְפִי מַאי דְּס"ד מֵעִיקָּרָא:
Telle est la version : "et ce que tu as dit, il a écrit Chem de Chimon, est-ce comparable ? Là-bas etc." Si on lit "et pourquoi ? il a bien écrit Chem de Chimon", cela va aussi, sauf que c'est une question. Et selon les livres qui lisent "le Maître a dit", l'objection porte sur ce que l'on pensait au début.
💡 Explication

Pour écrire Chimon, il faut passer par Chem : ces deux lettres étaient donc voulues. Un objet lancé à huit amot n'a pas besoin de se poser à quatre. Quand il se pose à quatre, cela ne correspond à aucune intention : la comparaison tombe.

13
תָּנוּ רַבָּנַן: הַזּוֹרֵק מֵרְשׁוּת הָרַבִּים לִרְשׁוּת הָרַבִּים וּרְשׁוּת הַיָּחִיד בָּאֶמְצַע, אַרְבַּע אַמּוֹת — חַיָּיב,

Les Rabbanan ont enseigné : celui qui lance du reshout harabim au reshout harabim, avec un reshout hayahid au milieu : (si l'objet parcourt) quatre amot, il est hayav ;

📜 Rachi (1)
מרה"ר לרה"ר ורה"י בְּאֶמְצַע ד"א חַיָּיב אִם עָבַר ברה"ר ד"א וְאַפֵּי' ע"י צֵירוּף חַיָּיב:
Du reshout harabim au reshout harabim, avec un reshout hayahid au milieu, 4 amot, hayav : s'il a parcouru quatre amot dans le reshout harabim, même par addition (tsirouf), il est hayav.
💡 Explication

Les deux tronçons de reshout harabim se combinent (tsirouf) : l'espace du domaine privé traversé ne compte pas, mais s'il y a 4 amot au total dans le reshout harabim, il est hayav.

🖼️ Schéma
De reshout harabim à reshout harabim, reshout hayahid au milieuRHRRHYRHR2 amot2 amotTotal de 4 amot dans le RHR, même par addition (tsirouf) : hayav
Les amot parcourues de part et d'autre du domaine privé s'additionnent.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).