Sukkah 12a — Trouver la source du sekhakh, puis comprendre pourquoi le fagot lié est refusé

Sukkah 12a

Sougya : Le folio se partage en deux blocs. Le premier achève la quête ouverte en 11b : d'où la michna tire-t-elle ses deux critères du sekhakh -- ne pas recevoir la touma, et avoir poussé du sol ?

Le rapprochement de la soukka avec la haguiga tombe d'entrée, car il prouverait aussi qu'il faut couvrir avec des bêtes. Ravin apporte alors une seconde version de Rabbi Yo'hanan, fondée sur be-ospekha mi-gornekha oumi-yikvekha : le verset parlerait du rebut de l'aire et du pressoir, chaume et sarments.

Une objection l'attaque -- pourquoi pas l'aire elle-même, grain et raisins, qui reçoivent la touma ? Rabbi Zera répond par le mot yekev, le vin, avec lequel on ne saurait couvrir ; Rabbi Yirmeya lui oppose le vin figé du Senir, dense comme un gâteau de figues, et Rabbi Zera reconnaît la défaite d'une formule célèbre : nous tenions cette chose, et il y a jeté une hache.

Rav Achi sauve le verset autrement, par la seule préposition : mi-gornekha, ce que tu prélèves DE l'aire -- donc le rebut. Rav Hisda, lui, quitte la dérivation pour le précédent, avec la liste de feuillages de Nehemie 8,15, où le doublon myrte / arbre touffu se résout en deux qualités de myrte, l'une pour le toit, l'autre pour le loulav.

Le second bloc ouvre une nouvelle michna et renverse la perspective : le matériau n'est plus en cause. Fagots de chaume, de bois et de branchages sont refusés pour le toit alors qu'ils redeviennent kacher une fois déliés, et qu'ils restent kacher pour les parois.

Rabbi Yaakov rapporte avoir entendu de Rabbi Yo'hanan deux explications -- la guezera de l'entrepôt, rabbinique, et ta'asse ve-lo min hé-assouy, de la Tora -- valant l'une pour les fagots, l'autre pour celui qui creuse une meule de gerbes, mais il a perdu l'appariement. Rabbi Yirmeya le restitue grâce à un autre enseignement de Rabbi Yo'hanan : le paysan qui hisse son fagot sur sa cabane pour le faire sécher, puis se ravise à l'approche de la fête, commet le vrai passoul de la Tora ; notre michna, elle, n'est qu'un décret pris par crainte de ce cas.

Rav Achi conteste ce partage, chaque cas semblant relever des deux raisons à la fois, et la réponse de Rabbi Yo'hanan -- amorcée à la dernière ligne du folio -- se révèle philologique : ein mesakhekhin est un interdit lekhatehila, eina soukka un constat d'invalidité.

Le fil du folio : trouver la source du sekhakh, puis comprendre pourquoi les fagots sont refusés Deux blocs : la fin de la quête scripturaire ouverte en 11b -- puis la nouvelle michna des chevilles et ses deux raisons Segment 0 -- la chute du hekech soukka / haguiga Rachi l'avait annoncé en 11b : si l'on rapproche la soukka de l'offrande de fête, le rapprochement prouve trop. La haguiga est un être vivant -- faudrait-il couvrir la soukka d'animaux ? La source de Rabbi Yo'hanan tombe. Segments 1 à 4 -- la seconde source : be-ospekha mi-gornekha oumi-yikvekha Ravin au nom de Rabbi Yo'hanan : le verset parle des DÉCHETS de l'aire et du pressoir -- chaume et sarments. Objection : et si c'était l'aire elle-même, blé et raisins, qui reçoivent la touma ? Rabbi Zera répond par le mot yekev, le vin, avec lequel on ne peut pas couvrir. Rabbi Yirmeya cite le vin figé du Senir : on pourrait en couvrir -- et la preuve tombe. Rav Achi sauve le verset autrement : mi-gornekha, ce qui SORT de l'aire, donc le rebut -- pas l'aire elle-même. Segments 5 et 6 -- la source de Rav Hisda : le verset de Nehemie Sortez à la montagne et rapportez feuilles d'olivier, d'oléastre, de hadass, de palmier et d'arbre touffu -- rien que du végétal non réceptif. Le doublon hadass / etz avot se résout : hadass sauvage pour le toit de la soukka, hadass touffu pour le loulav. Segment 7 -- nouvelle michna : les fagots Fagots de chaume, de bois, de zeradim : on ne couvre pas avec eux. Si on les a DELIES : kacher. Et tous sont kacher pour les parois. Un matériau irréprochable en soi -- végétal, non réceptif -- devient donc passoul par le seul fait d'être lié. Pourquoi ? Segments 8 à 13 -- deux michnayot, deux raisons, et laquelle va où Rabbi Yaakov a entendu de Rabbi Yo'hanan deux explications : l'une par la guezera de l'entrepôt (derabanan), l'autre par ta'asse ve-lo min hé-assouy (deoraita). Elles valent pour les fagots et pour celui qui creuse une meule -- mais il a oublié l'appariement. Rabbi Yirmeya restitue l'appariement par un autre enseignement de Rabbi Yo'hanan : les fagots relèvent de la guezera de l'entrepôt. Rav Achi conteste le partage : les deux raisons semblent jouer dans les deux cas à la fois. Réponse de Rabbi Yo'hanan : la formulation des michnayot tranche -- ein mesakhekhin (lekhatehila) contre eina soukka (invalide en fait).
Le fil du folio : la fin de la quête scripturaire, puis la michna des fagots et ses deux raisons.
La chasse à la source : d'où la michna tire-t-elle les deux critères du sekhakh ? Il faut un verset qui donne à la fois : ne reçoit pas la touma -- et croissance venue de la terre Piste 1 -- le hekech hag ha-soukkot ta'asse lekha La soukka rapprochée de la haguiga REJETÉE (segment 0) Le rapprochement prouve trop : la haguiga est un être vivant, on ne couvre pas avec des bêtes Piste 2 -- l'aire et le pressoir be-ospekha mi-gornekha oumi-yikvekha (Devarim 16,13) SAUVÉE PAR RAV ACHI Le chemin direct échoue, une relecture du mot MI- rétablit la lecture par le rebut Piste 3 -- Nehemie 8,15 tsou ha-har ve-haviou alé zayit Rav Hisda RETENUE La liste d'Ezra ne comprend que des feuillages : non réceptifs à la touma et issus du sol (Rachi) Le détail de la piste 2 : trois coups successifs Objection : ve-ema goren atsmo ve-yekev atsmo Et si le verset visait l'aire elle-même -- chaumes AVEC le grain, grappes AVEC les raisins ? Ce sont des aliments, donc réceptifs à la touma. Réponse de Rabbi Zera : le verset écrit yekev, le pressoir -- c'est-à-dire le VIN Or on ne peut pas couvrir une soukka avec du vin. Donc le verset ne parle pas du contenu, mais du rebut : sarments et grappes vides. Coup de hache de Rabbi Yirmeya : le vin figé du Senir Il existe un vin coagulé, dense comme un gâteau de figues sèches. On POURRAIT en couvrir. La réponse de Rabbi Zera s'effondre. Sortie de Rav Achi : ne pas lire le mot goren, lire la préposition MI- mi-gornekha : ce que tu prélèves DE l'aire -- et non l'aire elle-même. Ce que l'on retire en vannant, c'est précisément le rebut.
Les trois pistes scripturaires pour fonder les critères du sekhakh, et le détail du duel Rabbi Zera / Rabbi Yirmeya / Rav Achi.
Deux michnayot, deux raisons : quelle raison va à quel cas ? Rabbi Yaakov a retenu les deux explications de Rabbi Yo'hanan mais a perdu l'appariement CAS A -- les fagots (notre michna) Fagots de chaume, de bois, de zeradim, encore liés. Formule : ein mesakhekhin bahen -- on ne couvre pas. Et si on les délie : kacher. CAS B -- creuser une meule de gerbes On évide le bas d'une meule déjà formée pour s'y loger. Formule : eina soukka -- ce n'est pas une soukka. Le toit existait avant, on n'a rien posé. RAISON 1 -- guezerat otsar Décret rabbinique de l'entrepôt. Sur le fond la soukka serait valable ; les Sages interdisent de peur qu'on ne se contente d'un abri déjà là. Rang : DERABANAN. RAISON 2 -- ta'asse ve-lo min hé-assouy Tu feras -- et non à partir de ce qui est déjà fait. Il faut un acte de couverture ; un toit trouvé tout fait n'en est pas un. Rang : DEORAITA. L'appariement, en trois temps 1. Rabbi Yirmeya tranche par un autre enseignement de Rabbi Yo'hanan (segment 10) Le motif des fagots y est exposé : l'homme monte son fagot sur son abri pour le SÉCHER, puis se ravise au moment de la fête. Le vrai passoul deoraita est ce cas-là ; notre michna l'interdit par décret, par crainte de lui. Donc A = raison 1, et B = raison 2. 2. Rav Achi conteste le partage (segment 12) Les fagots n'auraient-ils vraiment aucun problème de ta'asse ve-lo min hé-assouy ? Et celui qui creuse la meule, aucun problème d'entrepôt ? Chaque cas peut contenir les deux raisons à la fois. D'où Rabbi Yo'hanan tire-t-il donc son appariement ? 3. Réponse : la formulation même des deux michnayot (segment 13) Ein mesakhekhin bahen -- on ne couvre pas -- est un interdit lekhatehila : sur le fond c'est une soukka. Donc derabanan. Eina soukka -- ce n'est pas une soukka -- est un constat d'invalidité. Donc deoraita. Rabbi Yo'hanan ne devinait pas : il lisait les deux verbes.
Guezerat otsar contre ta'asse ve-lo min hé-assouy : comment Rabbi Yohanan apparie chaque raison à son cas.
1
אִי: מָה חֲגִיגָה בַּעֲלֵי חַיִּים, אַף סֻוכָּה נָמֵי בַּעֲלֵי חַיִּים!

Si [c'est de la sorte que l'on déduit], alors : de même que la haguiga (offrande de fête) consiste en êtres vivants, de même la soukka aussi [devrait être couverte] d'êtres vivants !

🗂️ Tossefot (1)
אִי מָה חֲגִיגָה בַּעֲלֵי חַיִּים. לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף ט.) גַּבֵּי הָא דְּיָלְפִינַן אִיסּוּר הֲנָאָה לֹא שַׁייָּךְ לְאַקְשׁוֹיֵי הָכִי:
Si [l'on raisonne ainsi], de même que la haguiga consiste en êtres vivants. Plus haut (Soukka 9a), à propos de ce dont nous déduisons l'interdiction de tirer profit [du bois de la soukka], il n'y avait pas lieu de soulever cette objection.
💡 Explication

Le folio s'ouvre en plein mouvement : il achève la réfutation annoncée à la fin de 11b. Rabbi Yo'hanan y avait proposé de fonder les deux critères du sekhakh sur un hekech, un rapprochement textuel entre la soukka et la haguiga, l'offrande de fête. Rachi avait déjà prévenu que cette source ne tiendrait pas ; voici pourquoi.

Le vice d'un hekech est qu'il transporte toutes les propriétés de l'un à l'autre, sans qu'on puisse choisir. Si l'on retient de la haguiga qu'elle ne reçoit pas la touma et qu'elle se nourrit de la terre, rien n'empêche d'en retenir aussi qu'elle est un être vivant -- et il faudrait alors couvrir la soukka de bêtes. L'absurdité du résultat condamne la dérivation.

Tossefot ajoute une précision utile : le même rapprochement soukka / haguiga avait servi en 9a pour interdire de tirer profit du bois de la soukka, et personne n'avait objecté. C'est que là-bas on ne transférait qu'un statut de sancteté, non une définition matérielle ; l'objection de l'être vivant n'avait aucune prise.

2
כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, אֲמַר קְרָא: ״בְּאָסְפְּךָ מִגָּרְנְךָ וּמִיִּקְבֶךָ״, בִּפְסֹולֶת גֹּורֶן וָיֶקֶב הַכָּתוּב מְדַבֵּר.

Lorsque Ravin arriva [d'Erets Israël], il dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le verset dit "lorsque tu récolteras de ton aire et de ton pressoir" (Devarim 16,13) -- c'est du rebut de l'aire et du pressoir que le verset parle.

📜 Rachi (2)
פְּסֹולֶת גֹּורֶן קָשִׁין:
Le rebut de l'aire -- le chaume [les tiges dures restées après le battage].
פְּסֹולֶת יֶקֶב זְמוֹרוֹת וְאֶשְׁכּוֹלוֹת רֵיקָנִים:
Le rebut du pressoir -- les sarments et les grappes vides [de leurs raisins].
🗂️ Tossefot (1)
בִּפְסֹולֶת גֹּורֶן וָיֶקֶב הַכָּתוּב מְדַבֵּר. רַבִּי יוֹחָנָן לָא יָלֵיף מֵעַנְנֵי כָּבוֹד מְפָרֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי דִּין כְּדַעְתֵּיהּ וְדִין כְּדַעְתֵּיהּ רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר עֲנָנִים לְמַעְלָה הָיוּ כְּלוֹמַר מִן הַשָּׁמַיִם הֵן בָּאִין וְאֵין זֶה גִּידּוּלוֹ מִן הָאָרֶץ דְּקָתָנֵי מַתְנִיתִין ור"ל אָמַר לְמַטָּה הָיוּ ר' יוֹחָנָן מְדַמֵּי לְהוּ כְּאָדָם הַמְשַׁלֵּחַ לַחֲבֵרוֹ חָבִית וְקַנְקַנִּים וְרֵישׁ לָקִישׁ מְדַמֵּי לֵיהּ כְּמַאן דְּאָמַר לְחַבְרֵיהּ שְׁלַח קֻופָּתְךָ וְסַב לָךְ חִיטִּין וְהָכֵי נָמֵי אִיתָא בִּבְרֵאשִׁית רַבָּה (פָּרָשָׁה יג) ר' יוֹחָנָן אָמַר אֵין עֲנָנִים אֶלָּא לְמַעְלָה שֶׁנֶּאֱמַר וַאֲרוּ עִם עֲנָנֵי שְׁמַיָּא רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר אֵין עֲנָנִים אֶלָּא מִלְּמַטָּה שֶׁנֶּאֱמַר מַעֲלֶה נְשִׂיאִים מִקְצֵה הָאָרֶץ עַל דַּעְתֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן לְאֶחָד שֶׁכִּיבֵּד אֶת חֲבֵירוֹ בְּחָבִית שֶׁל יַיִן וְקַנְקַנִּים עַל דַּעְתֵּיהּ דר"ל לְאֶחָד שֶׁאָמַר לַחֲבֵירוֹ תֵּן לִי סְאָה חִיטִּין אָמַר לוֹ הָבֵא לִי קֻופָּתְךָ וּבָא מְדֹוד כָּךְ אָמַר הקב"ה לָאָרֶץ אַיְּיתִי עַנְנֵי וְקַבֵּיל מִיטְרָא:
C'est du rebut de l'aire et du pressoir que le verset parle. Rabbi Yo'hanan ne tire pas [la loi] des nuées de gloire : le Talmud de Jérusalem explique que chacun raisonne selon sa propre position. Rabbi Yo'hanan dit que les nuées venaient d'en haut -- c'est-à-dire qu'elles descendent du ciel, et ce n'est donc pas la "croissance venue de la terre" qu'enseigne notre michna ; Rech Lakich dit qu'elles venaient d'en bas. Rabbi Yo'hanan les compare à un homme qui envoie à son compagnon un tonneau et les jarres avec ; Rech Lakich les compare à celui qui dit à son compagnon : envoie ton panier et prends-toi du blé. Et il en va de même dans le Berechit Rabba (chapitre 13) : Rabbi Yo'hanan dit que les nuées ne sont que d'en haut, comme il est dit "et voici, avec les nuées du ciel" ; Rech Lakich dit que les nuées ne sont que d'en bas, comme il est dit "il fait monter les nuages depuis l'extrémité de la terre". Selon Rabbi Yo'hanan, cela ressemble à quelqu'un qui offre à son compagnon un tonneau de vin et les jarres avec ; selon Rech Lakich, à quelqu'un qui dit à son compagnon : donne-moi une mesure de blé -- il lui répond : apporte-moi ton panier, et viens que je te mesure. Ainsi le Saint béni soit-Il dit à la terre : apporte les nuées et reçois la pluie.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מַאי טָעֲמַתְּ דב"ש אָמַר קְרָא שִׁבְעַת יָמִים לָהּ' חַג הַסֻּוכֹּות תַּעֲשֶׂה לְךָ עֲשֵׂה סֻוכָּה לְשֵׁם חַג. וב"ה הַהוּא מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְרַב שֵׁשֶׁת דְּאָמַר מִשּׁוּם ר"ע מִנַּיִן לַעֲצֵי סֻוכָּה שֶׁאֲסוּרִים כָּל שִׁבְעָה ת"ל חַג הַסֻּוכּוֹת שִׁבְעַת יָמִים לַה'. וְתַנְיָא ר"י בֶּן בְּתִירָא אוֹמֵר מִנַּיִן שֶׁכְּשֵׁם שֶׁחָל שֵׁם שָׁמַיִם עַל הַחֲגִיגָה כָּךְ חָל שֵׁם שָׁמַיִם עַל הַסֻּוכָּה ת"ל חַג הַסֻּוכּוֹת לָהּ' מָה חֲגִיגָה לַה' אַף סֻוכָּה לַה' וְקָשֶׁה דְּמַשְׁמַע הָכָא דַּעֲצֵי סֻוכָּה אֲסִירֵי מִדְּאוֹרַייְתָּא וּדְרָשָׁה גְּמוּרָה הִיא מִדְּפָרִיךְ וב"ש נָמֵי מִיבְּעֵי לֵיהּ לְהָכִי וּבְפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מה.) מַשְׁמַע דְּלָא אֲסִירֵי אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן דְּמַיְיתִי רְאָיָה הָתָם דר"ש אִית לֵיהּ גַּבֵּי נֵר מִתּוֹךְ שֶׁהֻוקְצָה לְמִצְוָתוֹ הֻוקְצָה לְאִיסּוּרוֹ מֵהָא דְּתַנְיָא אֵין נוֹטְלִין עֵצִים מִן הַסֻּוכָּה ביו"ט ור"ש מַתִּיר וְשָׁוִין בְּסֻוכַּת חַג בֶּחָג שֶׁהִיא אֲסוּרָה. וּבְפֶרֶק הַמֵּבִיא כַּדֵּי יַיִן (בֵּיצָה דַּף ל:) מַיְיתֵי הַאי דְּרָשָׁה דְּהָכָא וַאֲפִילּוּ הָכֵי מַשְׁמַע בְּסוֹף שְׁמַעְתָּא דְּהָתָם דְּלָא אֲסִירֵי אֶלָּא מִטַּעַם מֻוקְצֶה. וְקָאָמַר עֲצֵי סֻוכָּה דְּחָיְילָא קְדֻושְׁתָּא עֲלַייְהוּ אִתַּקְצַאי לְשִׁבְעָה וְי"ל דְּהָא דַּאֲסִירִי מִדְּאוֹרַיְיתָּא הַייְנוּ בְּעוֹדָהּ קַייֶּמֶת וְהָא דְּמַשְׁמַע הָתָם דְּלָא אֲסִירִי אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן הַיְינוּ אַחַר שֶׁנָּפְלָה וּבָטְלָה מִצְוָתָהּ. וְרַבֵּינוּ תָּם תֵּירֵץ דְּעֵצִים שֶׁל הֶכְשֵׁר סֻוכָּה חָלָה קְדֻושָּׁה עֲלַייְהוּ וַאֲסִירִי מִדְּאוֹרַייְתָּא אֲבָל הַיּוֹתֵר מִכְּדֵי הֶכְשֵׁר סֻוכָּה לָא מִיתַּסְרִי אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן וְהַאי דַּאֲסִירִי עֲצֵי סֻוכָּה הַייְנוּ דַּוְקָא הַסְּכָךְ אֲבָל עֲצֵי הַדְּפָנוֹת מִשָּׂרֵי שָׁרִי דְּכָל מַאי דְּדָרְשִׁינַן מֵחַג הַסֻּוכּוֹת הַייְנוּ דַּוְקָא בִּסְכָךְ כְּדִלְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף יב.) גַּבֵּי פְּסֹולֶת גֹּורֶן וְיֶקֶב. וּדְלֹא כְּהָרַמְבַּ"ם זַ"ל פ"ו מֹהַל' סֻוכָּה הֲלָכָה ט"ו שֶׁכָּתַב עֲצֵי סֻוכָּה אֲסוּרִים כָּל שִׁבְעַת שְׁמוֹנַת יְמֵי הֶחָג בֵּין עֲצֵי דְּפָנוֹת בֵּין עֲצֵי סְכָךְ וְאֵין נֵיאוֹתִין מֵהֶן לְדָבָר אַחֵר כָּל יְמֵי הֶחָג:
Guemara : Quelle est la raison de Beit Chammai ? Le verset dit "sept jours pour l'Éternel, la fête des Soukkot tu feras pour toi" -- fais la soukka au nom de la fête. Et Beit Hillel ? Ce verset leur est nécessaire pour l'enseignement de Rav Chechet, qui a dit au nom de Rabbi Akiva : d'où sait-on que le bois de la soukka est interdit [au profit] les sept jours ? Le verset dit "la fête des Soukkot, sept jours pour l'Éternel". Et l'on a enseigné : Rabbi Yehouda ben Betera dit : d'où sait-on que, de même que le Nom du Ciel se pose sur la haguiga, ainsi le Nom du Ciel se pose sur la soukka ? Le verset dit "la fête des Soukkot... pour l'Éternel" : de même que la haguiga est pour l'Éternel, ainsi la soukka est pour l'Éternel. Or cela fait difficulté, car il ressort d'ici que le bois de la soukka est interdit de par la Tora et qu'il s'agit d'une deracha véritable -- puisque la Guemara objecte "mais Beit Chammai aussi en a besoin pour cela" -- alors qu'au chapitre Kira (Chabbat 45a) il ressort que l'interdiction n'est que rabbinique : on y apporte la preuve que Rabbi Chimon admet, à propos de la lampe, que "dès lors qu'elle a été mise à part pour sa mitsva, elle est mise à part pour son interdiction", à partir de la braita qui enseigne : on ne prend pas de bois de la soukka un jour de fête, et Rabbi Chimon permet -- et tous s'accordent qu'une soukka de la fête, pendant la fête, est interdite. Et au chapitre Hamevi kadei yayin (Betsa 30b) on cite cette même deracha, et pourtant il ressort de la fin de la sougya que l'interdiction ne tient qu'au motif de mouktse. Il y est dit : le bois de la soukka, sur lequel s'est posée une sainteté, a été mis à part pour les sept jours. On peut répondre : l'interdiction de par la Tora vaut tant que la soukka tient debout, tandis que ce qui n'apparaît là-bas que comme rabbinique vise le cas où elle est tombée et où sa mitsva a cessé. Et Rabbenou Tam a répondu : sur le bois qui constitue la validité même de la soukka se pose une sainteté et il est interdit de par la Tora, mais ce qui excède le nécessaire n'est interdit que rabbiniquement. Et cette interdiction du bois de la soukka ne concerne que le sekhakh (le toit) ; le bois des parois, lui, est entièrement permis, car tout ce que nous dérivons de "la fête des Soukkot" ne concerne que le sekhakh, comme plus loin (Soukka 12a) à propos du rebut de l'aire et du pressoir. Et cela n'est pas conforme au Rambam (chapitre 6 des Lois de la soukka, halakha 15), qui a écrit : le bois de la soukka est interdit durant les sept ou huit jours de la fête, aussi bien le bois des parois que celui du sekhakh, et l'on n'en tire aucun autre usage tous les jours de la fête.
💡 Explication

Ravin rapporte d'Erets Israël une seconde version de la position de Rabbi Yo'hanan, et cette fois la source est purement lexicale. Le verset qui prescrit la fête la situe be-ospekha mi-gornekha oumi-yikvekha, "lorsque tu récolteras de ton aire et de ton pressoir". La lecture retenue : le verset désigne le rebut (pessolet) de ces deux lieux -- le chaume et les sarments.

Ce rebut satisfait exactement les deux critères de la michna : n'étant ni aliment ni ustensile, il ne reçoit pas la touma ; et il a manifestement poussé du sol. La michna cesse ainsi de dépendre d'une aggada.

Tossefot signale un point de cohérence remarquable : si Rabbi Yo'hanan cherche une autre source, c'est qu'il ne peut pas se satisfaire de celle de Rech Lakich, tirée des nuées de gloire. Le Yerouchalmi explique pourquoi : Rabbi Yo'hanan tient que les nuées descendent du ciel -- elles ne sont donc pas giddoulo min ha-arets. Chacun raisonne selon sa propre conception de ce qu'est un nuage.

🖼️ Schéma
Ce qui sort de l'aire et du pressoir : le produit ou le rebut ? L'aire (goren) -- le grain Le blé, l'aliment lui-même REÇOIT la touma Le pressoir (yekev) -- le raisin Les grappes pleines, le vin REÇOIT la touma -- passoul Rebut de l'aire (pessolet goren) Le chaume, les tiges -- Rachi : kachin NE reçoit PAS la touma Rebut du pressoir (pessolet yekev) Sarments et grappes vides -- Rachi Issu du sol -- KACHER pour le sekhakh Le mot qui décide : la préposition MI-, selon Rav Achi mi-gornekha = ce que tu retires DE l'aire. Or ce que l'on retire en vannant, c'est le rebut -- pas le grain que l'on garde. Les deux critères de la michna sont ainsi satisfaits d'un coup Le rebut végétal ne reçoit pas la touma (ce n'est ni un aliment ni un ustensile) et sa croissance vient bien de la terre.
Le grain et le rebut : pourquoi seul le second peut couvrir la soukka, et sur quel mot du verset cela repose.
3
וְאֵימָא גֹּורֶן עַצְמוֹ וָיֶקֶב עַצְמוֹ! אָמַר רַבִּי זֵירָא: ״יֶקֶב״ כְּתִיב כָּאן, וְאִי אֶפְשָׁר לְסַכֵּךְ בּוֹ.

Mais dis donc [que le verset parle de] l'aire elle-même et du pressoir lui-même ! Rabbi Zera dit : il est écrit ici "pressoir" -- et il est impossible d'en couvrir [la soukka].

📜 Rachi (2)
גֹּורֶן עַצְמוֹ וָיֶקֶב עַצְמוֹ הַקַּשִּׁין עִם הַתְּבוּאָה וְאֶשְׁכּוֹלוֹת עִם הָעֲנָבִים דְּהָוֵה לֵיהּ דָּבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה הָאֹוכֶל:
L'aire elle-même et le pressoir lui-même -- les chaumes avec le grain [encore dessus], et les grappes avec les raisins, ce qui serait alors une chose recevant la touma, puisque c'est de la nourriture.
יֶקֶב כְּתִיב דְּמַשְׁמַע לְאַחַר שֶׁנַּעֲשָׂה יַיִן:
Il est écrit "pressoir" -- ce qui indique [le stade] après que le vin a été fait.
💡 Explication

L'objection est serrée. Rien dans le verset n'impose de lire "rebut" : mi-gornekha pourrait tout aussi bien désigner ce qui se trouve sur l'aire -- les gerbes avec leur grain -- et ce qui se trouve au pressoir -- les grappes avec leurs raisins. Or, précise Rachi, ce sont là des aliments, donc des choses réceptives à la touma : la michna ne pourrait plus se déduire du verset.

Rabbi Zera répond par un choix de vocabulaire. Le verset n'a pas écrit gat ni un mot désignant la cuve pleine de grappes, mais yekev, terme qui vise le stade où le vin est déjà fait. Et l'on ne couvre pas une soukka avec du vin. Puisque le second terme du couple doit nécessairement désigner un rebut, le premier aussi.

4
מַתְקֵיף לַהּ רַבִּי יִרְמְיָה: וְאֵימָא יַיִן קָרוּשׁ הַבָּא מִשְּׂנִיר שֶׁהוּא דּוֹמֶה לְעִיגּוּלֵי דְּבֵילָה! אָמַר רַבִּי זֵירָא: הָא מִלְּתָא הֲוָה בִּידַן, וַאֲתָא רַבִּי יִרְמְיָה וּשְׁדָא בַּיהּ נַרְגָּא.

Rabbi Yirmeya s'y attaque : mais dis donc [qu'il s'agit d']un vin figé qui vient du Senir, et qui ressemble à des gâteaux de figues sèches ! Rabbi Zera dit : cette chose-là était entre nos mains, et Rabbi Yirmeya est venu y jeter une hache.

📜 Rachi (4)
קָרוּשׁ קָפוּי:
Figé -- coagulé.
הָא מִילְּתָא הֲוָה בִּידַן עַד הַשְׁתָּא הָיִינוּ סִבּוּרִין לֵידַע טַעַם מִשְׁנָתֵנוּ מִן הַמִּקְרָא הַזֶּה דְּבִפְסֹולֶת הַכָּתוּב מְדַבֵּר דְּאִי אֶפְשָׁר לְסַכֵּךְ בְּיַיִן:
Cette chose-là était entre nos mains -- jusqu'à présent nous pensions connaître la raison de notre michna à partir de ce verset, [en disant] que le verset parle du rebut puisqu'il est impossible de couvrir avec du vin.
וַאֲתָא רַבִּי יִרְמְיָה שֶׁהִזְכִּיר לָנוּ יַיִן קָרוּשׁ הַבָּא מִשְּׂנִיר:
Et Rabbi Yirmeya est venu -- lui qui nous a rappelé le vin figé provenant du Senir.
וּשְׁדָא בֵּיהּ נַרְגָּא קְצָצָהּ בְּגַרְזֶן כְּלוֹמַר הֵשִׁיב תְּשׁוּבָה נִיצַּחַת:
Et y a jeté une hache -- il l'a tranchée à la cognée, c'est-à-dire qu'il a fourni une réfutation victorieuse.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַבִּי זֵירָא הָא מִלְּתָא הֲוָה וְכוּ' וַאֲתָא רַבִּי יִרְמְיָה שְׁדָא בֵּיהּ נַרְגָּא. מַשְׁמַע דְּרַבִּי זֵירָא לָא מוֹקֵי לֵיהּ לִקְרָא בִּפְסֹולֶת גֹּורֶן וְתֵימַהּ דבפ"ק דר"ה (דַּף יג.) דְּרֵישׁ חַג הָאָסִיף מַאי אָסִיף קָצִיר וּפָרִיךְ רַבִּי חֲנִינָא מִי מָצֵית אָמְרַתְּ מַאי אָסִיף קָצִיר וְהָכְתִיב מִגָּרְנְךָ וּמִיִּקְבֶךָ בִּפְסֹולֶת גֹּורֶן וָיֶקֶב הַכָּתוּב מְדַבֵּר אָמַר רַבִּי זֵירָא הָא מִלְּתָא הֲוָה בִּידַן וַאֲתָא רַבִּי חֲנִינָא וּשְׁדָא בֵּיהּ נַרְגָּא אַלְמָא מוֹדֶה ר' זֵירָא דְּבִפְסֹולֶת גֹּורֶן וָיֶקֶב הַכָּתוּב מְדַבֵּר וְי"ל דְּהָכָא נַמֵּי מוֹדֶה בָּהּ רַבִּי זֵירָא וְלָא קָאָמַר אֶלָּא דְּלָא יָדַע לְשַׁנּוֹיֵי קֻושְׁיָא דְּר' יִרְמְיָה:
Rabbi Zera dit : cette chose-là était [entre nos mains], etc., et Rabbi Yirmeya est venu y jeter une hache. Il en ressort que Rabbi Zera n'établit pas le verset comme parlant du rebut de l'aire -- ce qui est étonnant, car au premier chapitre de Roch Hachana (13a) on interprète "la fête de la récolte" : qu'est-ce que la récolte ? La moisson. Et Rabbi Hanina objecte : peux-tu dire que "récolte" veut dire moisson ? N'est-il pas écrit "de ton aire et de ton pressoir", et [l'on enseigne] que c'est du rebut de l'aire et du pressoir que le verset parle ! Rabbi Zera dit : cette chose-là était entre nos mains, et Rabbi Hanina est venu y jeter une hache -- il apparaît donc que Rabbi Zera admet que le verset parle du rebut de l'aire et du pressoir. On peut répondre qu'ici aussi Rabbi Zera l'admet, et qu'il dit seulement qu'il ne sait pas comment répondre à l'objection de Rabbi Yirmeya.
💡 Explication

Rabbi Yirmeya ne conteste pas la lecture, il détruit l'argument qui la soutenait. Rabbi Zera avait tenu que le vin ne peut pas servir de toit ; or il existe, venu du Senir (le mont Hermon), un vin si épais qu'il se coagule en blocs comparables à des gâteaux de figues sèches. Un tel vin, on pourrait en couvrir. L'impossibilité invoquée n'en était pas une.

La formule de Rabbi Zera est celle d'un maître qui reconnaît la défaite : hava biydan, nous tenions cette chose -- et chada beih narga, il y a jeté une hache. L'image est celle de l'arbre abattu d'un coup.

Tossefot soulève une difficulté de cohérence : dans Roch Hachana 13a, Rabbi Zera emploie exactement la même formule et semble bien tenir, là, que le verset parle du rebut. Réponse : les deux passages sont compatibles. Rabbi Zera admet la conclusion dans les deux cas ; ce qu'il concède ici, ce n'est pas la lecture du verset, mais son incapacité à la démontrer face à l'objection.

5
רַב אַשִּׁי אָמַר: ״מִגָּרְנְךָ״ וְלֹא גֹּורֶן עַצְמוֹ, ״מִיִּקְבְּךָ״ וְלֹא יֶקֶב עַצְמוֹ.

Rav Achi dit : "de ton aire" -- et non l'aire elle-même ; "de ton pressoir" -- et non le pressoir lui-même.

📜 Rachi (1)
רַב אָשֵׁי אָמַר שַׁפִּיר מַשְׁמַע פְּסֹולֶת מִקְּרָא דִּכְתִיב בְּאָסְפְּךָ מִגָּרְנְךָ מַשְׁמַע שֶׁאַתָּה אוֹסְפוֹ וְנוֹטְלוֹ מִן הַגֹּורֶן וְגֹורֶן הוּא הָאֹוכֶל וּמַה שֶׁאַתָּה אוֹסֵף וּבוֹרֵר מִתּוֹכוֹ הוּא הַפְּסֹולֶת:
Rav Achi dit -- le rebut ressort bien du verset, puisqu'il est écrit "lorsque tu récolteras de ton aire" : cela indique que tu le ramasses et le prélèves depuis l'aire. Or l'aire, c'est la nourriture ; et ce que tu ramasses et tries d'entre elle, c'est le rebut.
💡 Explication

Rav Achi rétablit la dérivation sans passer par le vin. Son levier est la préposition : le verset ne dit pas "ton aire" mais mi-gornekha, "de ton aire", et de même "de ton pressoir". Le mot min marque le prélèvement -- ce que l'on retire d'un ensemble, non l'ensemble lui-même.

Rachi explicite la mécanique : l'aire, c'est le tas de grain, la nourriture. Ce que l'on en extrait en vannant et en triant, c'est justement ce dont on se débarrasse -- le chaume, la balle. Le verset désigne donc, par sa seule grammaire, le rebut. L'objection du vin figé devient sans objet : on ne se demande plus si le vin peut couvrir, puisque le verset n'a jamais parlé du contenu du pressoir.

6
רַב חִסְדָּא אָמַר מֵהָכָא: ״צְאוּ הָהָר וְהָבִיאוּ עֲלֵי זַיִת וַעֲלֵי עֵץ שֶׁמֶן וַעֲלֵי הֲדַס וַעֲלֵי תְמָרִים וַעֲלֵי עֵץ עָבֹות״.

Rav Hisda dit [qu'on le déduit] d'ici : "Sortez à la montagne et rapportez des feuilles d'olivier, des feuilles d'oléastre, des feuilles de myrte, des feuilles de palmier et des feuilles d'arbre touffu" (Nehemie 8,15).

📜 Rachi (1)
צְאוּ הָהָר פָּסוּק הוּא בְּסֵפֶר עֶזְרָא לַעֲשׂוֹת סֻוכּוֹת וְלֹא הִזְכִּיר כָּאן אֶלָּא דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מְקַבֵּל טֻומְאָה וְגִידּוּלוֹ מִן הָאָרֶץ:
Sortez à la montagne -- c'est un verset du livre d'Ezra, [qui poursuit] "pour faire des soukkot" ; or il n'a mentionné là que des choses qui ne reçoivent pas la touma et dont la croissance vient de la terre.
💡 Explication

Rav Hisda change entièrement de terrain : plutôt qu'une dérivation exégétique de la Tora, il produit un précédent. Au retour de l'exil, Ezra fait proclamer les modalités de la fête, et le verset énumère ce qu'il faut aller chercher à la montagne pour construire les soukkot.

Rachi indique où se trouve la preuve : ce n'est pas dans un mot particulier, c'est dans la composition de la liste. Tous les éléments nommés sont des feuillages -- rien qui reçoive la touma, rien qui ne pousse du sol. La liste est ainsi la première application connue des deux critères de notre michna.

7
הַייְנוּ ״הֲדַס״, הַיְינוּ ״עֵץ עָבֹות״! אָמַר רַב חִסְדָּא: הֲדַס שׁוֹטֶה — לְסֻוכָּה, וְעֵץ עָבוֹת — לְלוּלָב.

Mais "myrte" et "arbre touffu", c'est la même chose ! Rav Hisda dit : le myrte sauvage -- pour la soukka ; et l'arbre touffu -- pour le loulav.

📜 Rachi (2)
הַייְנוּ עֲלֵי הֲדַס הַיְינוּ עֵץ עָבֹות מַהוּ זֶה וּמַהוּ זֶה לְהַזְכִּיר שְׁנֵיהֶם בַּמִּקְרָא הֲלֹא אֶחָד הֵם דְּהַהֲדַס הוּא עֵץ עָבֹות עַל שֵׁם שֶׁהֶעָלִין מֻורְכָּבִין זֶה עַל זֶה כְּמִין עֲבוֹתוֹת וְשַׁרְשְׁרוֹת:
"Feuilles de myrte" et "arbre touffu", c'est la même chose -- qu'est-ce que ceci et qu'est-ce que cela, pour que le verset mentionne les deux ? Ne sont-ils pas une seule et même chose ? Car le myrte est bien l'arbre touffu, ainsi nommé parce que ses feuilles sont imbriquées l'une sur l'autre à la manière de tresses et de chaînettes.
הֲדַס שׁוֹטֶה שֶׁאֵינוֹ כָּשֵׁר לְלוּלָב לְפִי שֶׁאֵין עֲבוֹתוֹ עֲשׂוּיָה שֶׁל שָׁלֹשׁ שָׁלֹשׁ עָלִין:
Le myrte sauvage -- celui qui n'est pas valable pour le loulav, parce que sa touffe n'est pas faite de trois feuilles [par niveau].
💡 Explication

La liste d'Ezra contient une apparente redondance : alé hadass, feuilles de myrte, puis alé ets avot, feuilles d'arbre touffu. Or, rappelle Rachi, ets avot est précisément la désignation du myrte dans la Tora -- il est ainsi nommé parce que ses feuilles se recouvrent comme des tresses.

Rav Hisda résout en distinguant deux qualités de myrte. Le hadass shoteh, le myrte "fou" ou sauvage, dont les feuilles ne sortent pas par trois du même niveau, est invalide pour les quatre espèces -- mais rien n'empêche d'en couvrir un toit. Le myrte véritablement touffu, lui, est réservé au loulav.

Le verset n'est donc pas redondant : il répartit. Et cette répartition confirme la lecture de Rav Hisda -- la première partie de la liste est bien une liste de matériaux de couverture.

🖼️ Schéma
Pourquoi le verset nomme-t-il deux fois le myrte ? Nehemie 8,15 énumère alé hadass PUIS alé ets avot -- or l'arbre touffu EST le myrte alé hadass -- hadass shoteh Le myrte sauvage, dit fou Ses feuilles ne sortent PAS par trois du même niveau (Rachi) Usage : LE TOIT DE LA SOUKKA Invalide pour le loulav, valable pour couvrir alé ets avot -- le myrte touffu Les feuilles s'imbriquent par trois et se recouvrent comme des tresses ou des chaînettes (Rachi) Usage : LE LOULAV L'une des quatre espèces de la fête Ce n'est donc pas un doublon : deux qualités de myrte pour deux mitsvot distinctes Le verset ne se répète pas -- il distribue. Rav Hisda lit dans cette distribution la liste des matériaux propres au sekhakh.
Deux myrtes pour deux mitsvot : comment le doublon apparent du verset de Nehemie se résout.
8
מַתְנִי׳ חֲבִילֵי קַשׁ וַחֲבִילֵי עֵצִים וַחֲבִילֵי זְרָדִין — אֵין מְסַכְּכִין בָּהֶן. וְכֻולָּן שֶׁהִתִּירָן — כְּשֵׁרוֹת. וְכֻולָּן כְּשֵׁרוֹת לַדְּפָנוֹת.

MICHNA. Des fagots de chaume, des fagots de bois et des fagots de zeradim (branchages) -- on ne couvre pas avec eux.

Et tous, si on les a déliés, sont kacher. Et tous sont kacher pour les parois.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' וַחֲבִילֵי זְרָדִין מִין קָנִים הֵם שֶׁעוֹשִׂין זְרָדִין טוייל"ש בְּלַעַ"ז וְאוֹגְדִין אוֹתָם וּבְעוֹדָן לַחִין בְּהֵמָה אוֹכַלְתָּן וּלְכִי יָבְשִׁי עוֹמְדִים לְהֶיסֵּק:
MICHNA. Et des fagots de zeradim -- c'est une sorte de roseaux dont on fait des zeradim, <i>toyles</i> en langue vernaculaire, et que l'on lie ensemble ; tant qu'ils sont encore verts, le bétail les mange, et une fois secs ils sont destinés à être brûlés.
אֵין מְסַכְּכִין בָּהֶן כְּשֶׁהֵן קִשּׁוּרִין וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
On ne couvre pas avec eux -- lorsqu'ils sont liés ; et la Guemara en expliquera la raison.
וְכֻולָּן הַפְּסוּלִין שֶׁשָּׁנִינוּ בַּסְּכָךְ:
Et tous -- les [matériaux] invalides que nous avons énoncés à propos du sekhakh.
כְּשֵׁרִין לַדְּפָנוֹת דְּכָל סֻוכָּה הַכָּתוּב סְכָךְ מַשְׁמַע דְּדֹופֶן לָא אִיקְּרִי סֻוכָּה וּדְנָפְקָא לָן (לְעֵיל סֻוכָּה ד' ו:) דְּפָנוֹת מִבְּסִכַּת בַּסֻּכֹּת בַּסֻּכּוֹת מִייִּתּוּרָא דִּקְרָאֵי יָלְפִינַן וְלֹא מִמַּשְׁמָעוּתָא הִלְכָּךְ סֻוכּוֹת תַּעֲשֶׂה בְּאָסְפְּךָ מִגָּרְנְךָ אַסְּכָכָה הוּא דְּקָאֵי:
Sont kacher pour les parois -- car partout où le verset écrit "soukka", c'est le sekhakh (le toit) qui est visé, la paroi n'étant pas appelée soukka. Et ce dont nous dérivons les parois (plus haut, Soukka 6b), à savoir <i>bassoukhot / bassoukot / bassoukot</i>, nous le tirons du surplus de lettres des versets, et non de leur sens propre. Dès lors, [le verset] "tu feras des soukkot lorsque tu récolteras de ton aire" ne porte que sur le sekhakh.
🗂️ Tossefot (1)
חֲבִילֵי זְרָדִין. מְפָרֵשׁ בִּירוּשַׁלְמִי דְּאֵין חֲבִילָה פְּחוּתָה מֵעֶשְׂרִים וַחֲמִשָּׁה קָנִים:
Des fagots de zeradim. Il est expliqué dans le Talmud de Jérusalem qu'un fagot n'est pas en dessous de vingt-cinq roseaux.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' חֲבִילֵי קַשׁ וַחֲבִילֵי קָנִים וַחֲבִילֵי זְרָדִים אֵין מְסַכְּכִין בָּהֶן וְאִם הִתִּירָן כְּשֵׁירוֹת וְכֻולָּן כְּשֵׁירוֹת לִדְפָנוֹת:
Michna : Des fagots de chaume, des fagots de roseaux et des fagots de zeradim -- on ne couvre pas avec eux ; et si on les a déliés, ils sont kacher. Et tous sont kacher pour les parois.
💡 Explication

Nouvelle michna, et un renversement de perspective. Jusqu'ici la question était la matière : reçoit-elle la touma, pousse-t-elle du sol ? Ici la matière est irréprochable -- chaume, bois, branchages -- et pourtant le toit est refusé. Ce qui disqualifie, c'est la forme : le fait d'être lié en fagot.

La preuve en est donnée par la michna elle-même : ve-koulan che-hitiran -- kecherot. Délié, le même matériau redevient valable. Aucune transformation physique n'est intervenue ; seul le lien a disparu. La Guemara devra donc dire ce que le lien change, et la réponse ne sera pas de l'ordre de la matière mais de l'intention et du décret.

Rachi commente la dernière clause avec précision : tout ce que la michna disqualifie ne vaut que pour le toit, parce que le mot soukka désigne dans les versets le sekhakh. Les parois, elles, sont dérivées d'un surplus de lettres dans les graphies de bassoukot -- une dérivation formelle, qui n'importe pas avec elle les exigences matérielles tirées du sens des versets.

🖼️ Schéma
Le même chaume, trois emplois -- et trois verdicts Le matériau n'est jamais en cause : c'est le lien, et la place où on le met, qui décident Fagot LIÉ, sur le toit Le lien fait du tout un objet que l'on entrepose et reprend PASSOUL Fagot DELIÉ, sur le toit Plus de lien, plus d'objet : de la paille étendue pour l'ombre KACHER Fagot LIÉ, en paroi Rachi : les versets du sekhakh ne visent pas les parois KACHER Ce que la troisième colonne enseigne Les disqualifications de la michna portent uniquement sur le TOIT. Les parois se déduisent d'un surplus de lettres dans le mot soukkot, et non du sens du verset ; elles échappent donc aux exigences tirées de be-ospekha mi-gornekha oumi-yikvekha.
Le même chaume selon qu'il est lié ou délié, au toit ou en paroi : trois emplois, trois verdicts.
9
גְּמָ׳ אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב: שְׁמַעִית מִינֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן תַּרְתֵּי: חֲדָא — הָא, וְאִידָךְ — הַחוֹטֵט בְּגָדִישׁ לַעֲשׂוֹת לוֹ סֻוכָּה — אֵינָהּ סֻוכָּה.

GUEMARA. Rabbi Yaakov dit : j'ai entendu de Rabbi Yo'hanan deux [enseignements] : l'un -- celui-ci ; et l'autre -- celui qui creuse dans une meule de gerbes pour s'y faire une soukka, ce n'est pas une soukka.

📜 Rachi (2)
גמ' שְׁמַעִית מַר' יוֹחָנָן תַּרְתֵּי פִּי' טַעַם שְׁנֵי דְּבָרִים הָאֲמוּרִים בְּמִשְׁנָתֵנוּ שָׁמַעְתִּי מִמֶּנּוּ:
GUEMARA. J'ai entendu de Rabbi Yo'hanan deux [choses] -- c'est-à-dire : j'ai entendu de lui la raison des deux énoncés figurant dans notre michna.
חֲדָא הָא דַּחֲבִילִין מ"ט לָא מְסַכְּכִי בְּהוּ וַחֲדָא הָא דִּתְנַן בְּמַתְנִיתִין הַחוֹטֵט בְּגָדִישׁ לַעֲשׂוֹת לוֹ סֻוכָּה נוֹטֵל מִן הָעֳומָרִים לְמַטָּה סָמוּךְ לָאָרֶץ וְנִכְנַס לְתוֹכוֹ וְעוֹשֶׂה חָלָל כְּשִׁיעוּר סֻוכָּה וּסְכָךְ עָשׂוּי וְעוֹמֵד מֵאֵלָיו אֵינוֹ סֻוכָּה וּפֵירֵשׁ לִי ר' יוֹחָנָן טַעְמֵיהּ בַּחֲדָא מִינַּייְהוּ אָמַר טַעְמָא מִשּׁוּם גְּזֵרַת אוֹצָר דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא כְּשֵׁרָה הוּא וְרַבָּנָן הוּא דִּגְזוּר שֶׁאִם אַתָּה אוֹמֵר כֵּן אֵין אָדָם עוֹשֶׂה סֻוכָּה אֶלָּא הוֹלֵךְ וְאוֹכֵל וְיָשֵׁן בְּאוֹצָרוֹ בְּמָקוֹם שֶׁלֹּא נִשְׁתַּמֵּשׁ שָׁם כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה וְהוּא עָשׂוּי וְעוֹמֵד וְלֹא לְשֵׁם סְכָךְ שֶׁל צֵל דְּנֶהֱוֵי שֵׁם סֻוכָּה עָלֶיהָ וַאֲפִילּוּ שֵׁם סֻוכָּה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל חַג אֶלָּא כְּבַיִת בְּעָלְמָא וּבַחֲדָא מִינַּייְהוּ פֵּירֵשׁ טַעְמָא דִּפְסוּלָה מִדְּאוֹרַייְתָּא מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי:
L'un, celui-ci -- pour quelle raison ne couvre-t-on pas avec des fagots. Et l'autre, ce que nous avons appris dans la michna : celui qui creuse dans une meule de gerbes pour s'y faire une soukka -- il retire des gerbes par le bas, près du sol, y pénètre et se ménage un espace vide de la dimension d'une soukka, tandis que le toit se trouve déjà fait et tient de lui-même : ce n'est pas une soukka. Rabbi Yo'hanan m'a expliqué la raison de l'un des deux cas en disant que le motif est la guezera de l'entrepôt -- car de par la Tora [une telle soukka] est valable, et ce sont les Sages qui ont décrété [l'interdit] : si tu disais le contraire, plus personne ne construirait de soukka, chacun irait manger et dormir dans son entrepôt, dans un endroit dont il ne s'est pas servi de toute l'année, et qui est déjà fait et tient de lui-même, sans avoir été fait au nom d'un toit d'ombrage sur lequel se poserait le nom de soukka -- pas même le nom d'une soukka hors fête, mais simplement comme une maison ordinaire. Et pour l'autre cas, il a expliqué la raison de l'invalidité de par la Tora, au titre de "tu feras" -- et non à partir de ce qui est déjà fait.
💡 Explication

Rabbi Yaakov met en relation deux michnayot. La nôtre, sur les fagots ; et une michna plus loin, celle du hotet be-gadich -- celui qui évide le bas d'une meule de gerbes déjà constituée pour se ménager dedans un espace habitable. Dans ce second cas, le toit existait avant lui : il n'a posé aucun sekhakh.

Il a entendu de Rabbi Yo'hanan les deux raisons, mais il ne se souvient plus de leur attribution. C'est un témoignage d'une honnêteté remarquable : il transmet ce qu'il a reçu, y compris la lacune.

Rachi anticipe déjà tout l'enjeu, qui n'est pas anecdotique : les deux raisons ne sont pas du même rang. La guezera de l'entrepôt est rabbinique et suppose une soukka valable sur le fond ; ta'asse ve-lo min hé-assouy est une invalidité de la Tora. Savoir quelle raison va à quel cas, c'est savoir lequel des deux cas est réellement passoul.

10
חֲדָא: מִשּׁוּם גְּזֵרַת אוֹצָר. וַחֲדָא מִשּׁוּם: ״תַּעֲשֶׂה״, וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי. וְלָא יָדַעְנָא הֵי מִינַּייְהוּ מִשּׁוּם אוֹצָר וְהֵי מִינַּייְהוּ מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי.

L'un -- au titre de la guezera de l'entrepôt ; et l'autre -- au titre de "tu feras", et non à partir de ce qui est déjà fait. Et je ne sais pas lequel des deux [est invalide] au titre de l'entrepôt, ni lequel des deux au titre de "tu feras" et non à partir de ce qui est déjà fait.

📜 Rachi (1)
וְלָא יָדַעְנָא הֵי מִינַּייְהוּ פֵּירֵשׁ לִי ר' יוֹחָנָן מִשּׁוּם גְּזֵירַת אוֹצָר וְהֵי מִינַּייְהוּ מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי:
Et je ne sais pas lequel des deux -- Rabbi Yo'hanan m'a expliqué [l'un] au titre de la guezera de l'entrepôt, et [l'autre] au titre de "tu feras" et non à partir de ce qui est déjà fait.
💡 Explication

Voici les deux principes en présence, formules dans leur nudité. La guezerat otsar est un décret de précaution : on craint que l'homme, dispensé de construire, ne se contente de son entrepôt -- un lieu déjà couvert, jamais fait pour l'ombre. Ta'asse ve-lo min hé-assouy, "tu feras -- et non à partir de ce qui est déjà fait", est une exigence structurelle : la soukka doit résulter d'un acte de couverture, non d'un toit trouvé.

La différence de rang est capitale pour la pratique. Une invalidité derabanan peut céder devant certaines circonstances et n'invalide pas rétroactivement ; une invalidité deoraita signifie qu'on n'a pas accompli la mitsva du tout. C'est cette question que la Guemara va maintenant trancher.

11
אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: נֶיחֱזֵי אֲנַן, דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ חֲבִילֵי קַשׁ וַחֲבִילֵי עֵצִים וַחֲבִילֵי זְרָדִין אֵין מְסַכְּכִין בָּהֶן? פְּעָמִים שֶׁאָדָם בָּא מִן הַשָּׂדֶה בָּעֶרֶב וַחֲבִילָתוֹ עַל כְּתֵפוֹ, וּמַעֲלָהּ וּמַנִּיחָהּ עַל גַּבֵּי סֻוכָּתוֹ כְּדֵי לְיַבְּשָׁהּ, וְנִמְלַךְ עָלֶיהָ לְסִיכּוּךְ, וְהַתּוֹרָה אָמְרָה: ״תַּעֲשֶׂה״, וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי. מִדְּהָא מִשּׁוּם גְּזֵרַת אוֹצָר, הָא מִשּׁוּם ״תַּעֲשֶׂה״ וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי.

Rabbi Yirmeya dit : voyons donc nous-mêmes [et déduisons-le], car Rabbi Hiyya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : pour quelle raison a-t-on dit que des fagots de chaume, des fagots de bois et des fagots de zeradim -- on ne couvre pas avec eux ? Parce qu'il arrive qu'un homme revienne du champ le soir avec son fagot sur l'épaule, qu'il le monte et le pose sur sa soukka afin de le faire sécher, puis qu'il se ravise à son sujet pour [en faire] un toit -- or la Tora a dit "tu feras", et non à partir de ce qui est déjà fait.

Du fait que ce cas-ci relève de la guezera de l'entrepôt, [il s'ensuit que] celui-là relève de "tu feras" et non à partir de ce qui est déjà fait.

📜 Rachi (5)
נֶחְזֵי אֲנַן וְנִשְׁמְעָה מִמַּה דְּאָמַר ר' יוֹחָנָן בְּדֻוכְתָּא אַחֲרִיתִי:
Voyons donc nous-mêmes -- et déduisons-le de ce que Rabbi Yo'hanan a dit ailleurs.
פְּעָמִים שֶׁאָדָם בָּא מִן הַשָּׂדֶה כָּל יְמוֹת הַחַמָּה:
Il arrive qu'un homme revienne du champ -- durant tous les jours de la saison chaude.
וּמַנִּיחָהּ ע"ג סֻוכָּה שֶׁיֵּשׁ לוֹ כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה לְמִקְנֵהוּ וּמַנִּיחַ הַחֲבִילִין שָׁם לְיַיבְּשָׁן וְלֹא לְסַכֵּךְ וּכְשֶׁמַּגִּיעַ הֶחָג נִמְלַךְ עֲלֵיהֶם לַסְּכָךְ:
Et qu'il le pose sur sa soukka -- la cabane qu'il possède toute l'année pour son bétail ; il y dépose les fagots afin de les faire sécher, et non pour couvrir. Et lorsque la fête arrive, il se ravise à leur sujet pour en faire un toit.
וְהַתּוֹרָה אָמְרָה תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי בִּפְסוּל וְזֶה שֶׁנִּסְכַּךְ שָׁם שֶׁלֹּא לְשֵׁם סְכָךְ אֲפִילּוּ לְצֵל אֶלָּא לְיַיבֵּשׁ אֵין שֵׁם סֻוכָּה חָל עָלָיו וְהִלְכָּךְ גְּזוּר רַבָּנָן שֶׁלֹּא יְסַכְּכוּ בַּחֲבִילִין אֲפִילּוּ הוּא מְטִילָן עָלֶיהָ לְשֵׁם סֻוכַּת הֶחָג גְּזֵירָה מִשּׁוּם חֲבִילִין דְּכָל הַשָּׁנָה דְּאִיכָּא פָּסוּל דְּאוֹרָיְיתָא אַלְמָא טַעְמָא דְּמַתְנִיתִין דְּהָכָא מִשּׁוּם גְּזֵירַת אוֹצָר הִיא וּמִדְּרַבָּנָן כָּל דָּבָר שֶׁאָדָם מַקְצֶה וּמַכְנִיס לְקִיּוּם קָרֵי אוֹצָר וַחֲבִילִין שֶׁאָדָם מַכְנִיס כָּל יְמוֹת הַקַּיִץ לִימוֹת חֹורֶף קָרֵי אוֹצָר:
Et la Tora a dit "tu feras" et non à partir de ce qui est déjà fait -- [ce cas-là est] invalide. Car celui qui a couvert là sans viser un toit -- pas même pour l'ombre, mais seulement pour faire sécher -- le nom de soukka ne se pose pas sur son ouvrage. C'est pourquoi les Sages ont décrété qu'on ne couvre pas avec des fagots, même lorsqu'on les pose au nom de la soukka de la fête, par décret à cause des fagots [posés] durant toute l'année, où il y a une invalidité de la Tora. Il ressort donc que la raison de notre michna ici tient à la guezera de l'entrepôt et qu'elle est rabbinique. Tout ce qu'un homme met de côté et rentre pour le conserver est appelé "entrepôt", et les fagots qu'un homme rentre durant tous les jours de l'été pour les jours d'hiver sont appelés "entrepôt".
וּמִדְּהָא מִשּׁוּם גְּזֵרַת אוֹצָר שְׁמַע מִינָּה הַךְ דְּחוֹטֵט בְּגָדִישׁ פְּסוּלָה מִדְּאוֹרַייְתָּא מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי הִיא דְּהָא שַׁמְעֵיהּ ר' יַעֲקֹב לְר' יוֹחָנָן בַּחֲדָא מִינַּייְהוּ פְּסוּלָה דְּאוֹרָיְיתָא:
Et du fait que ce cas-ci relève de la guezera de l'entrepôt -- il faut en conclure que le cas de celui qui creuse dans une meule est invalide de par la Tora, au titre de "tu feras" et non à partir de ce qui est déjà fait ; car Rabbi Yaakov a bien entendu de Rabbi Yo'hanan que l'un des deux cas est invalide de par la Tora.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ חֲבִילֵי קַשׁ וַחֲבִילֵי עֵצִים וַחֲבִילֵי זְרָדִים אֵין מְסַכְּכִין בָּהֶן לֹא מִפְּנֵי שֶׁהֵן פְּסוּלִין לְסִיכּוּךְ אֶלָּא לִפְעָמִים שֶׁאָדָם בָּא מִן הַשָּׂדֶה וַחֲבִילָתוֹ עַל כְּתֵיפוֹ וּמַעֲלָהּ וּמַנִּיחָהּ עַל גַּבֵּי סֻוכָּתוֹ לְיַבְּשָׁהּ וְנִמְלַךְ עָלֶיהָ לְסִיכּוּךְ וְהַתּוֹרָה אָמְרָה תַּעֲשֶׂה לְשֵׁם סֻוכָּה תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי. יְרוּשַׁלְמִי הֵל' ו אֵין חֲבִילָה פְּחוּתָה מכ"ה קָנִים דְּלָא שָׁיְיכָא גְּזֵירַת. אוֹצָר אֶלָּא בַּחֲבִילוֹת שֶׁאָדָם רָגִיל לְהָבִיא מִן הַשָּׂדֶה וְלָא דָּמֵי לְהָא דְּאָמַר בגמ' לְקַמָּן (סֻוכָּה יג.) אֶגֶד בְּחַד לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד אֶגֶד בִּשְׁלֹשָׁה שְׁמֵיהּ אֶגֶד דְּהַייְנוּ בְּאַפְקוּתָא דְּדִיקְלָא וְדוֹקְרָנִי דְּקָנֵי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ קָנִים הַרְבֵּה וְהָוֵי כְּמוֹ חֲבִילָה. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב סִכְּכָהּ בְּחִיצִּין זְכָרִים כְּשֵׁרָה בְּחִיצִין נְקֵבוֹת פְּסוּלָה ואע"ג דְּעָשׂוּי לְמַלֹּאות בֵּית קִיבּוּל הוּא. אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמַר רַב סִיכְּכָהּ בַּאֲנִיצֵי פִּשְׁתָּן פְּסוּלָה בְּהֻוצְנֵי פִשְׁתָּן כְּשֵׁירָה פֵּירוּשׁ בְּהָוצְנֵי פִּשְׁתָּן כִּיתָּנָא דְּלָא דָּייֵק וְלָא נְפִיץ דַּעֲדַייִן הוּא עֵץ. יְרוּשַׁלְמִי הֵל' ד סִיכְּכָהּ בַּחֲבָלִים אִית תַּנָּא תַּנּוֹיֵי כְּשֵׁירָה וְאִית תַּנָּא תָּנֵי פְּסוּלָה. מ"ד פְּסוּלָה בַּחֲבָלִים שֶׁל פִּשְׁתָּן ומ"ד כְּשֵׁירָה בַּחֲבָלִים שֶׁל סִיב וְהָרַמְבַּ"ן זַ"ל כָּתַב מְסַכְּכִין בַּחֲבָלִים שֶׁל סִיב וְשֶׁל חֵלֶף וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן שֶׁהֲרֵי צוּרָתָן עוֹמֶדֶת וְאֵינָן כָּלִין כֵּלִים:
Guemara : Rabbi Hiyya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : pour quelle raison a-t-on dit que des fagots de chaume, des fagots de bois et des fagots de zeradim -- on ne couvre pas avec eux ? Non pas parce qu'ils seraient invalides pour la couverture, mais parce qu'il arrive qu'un homme revienne du champ avec son fagot sur l'épaule, qu'il le monte et le pose sur sa soukka pour le faire sécher, puis se ravise à son sujet pour en faire un toit -- et la Tora a dit "tu feras" au nom de la soukka, "tu feras" et non à partir de ce qui est déjà fait. Talmud de Jérusalem, halakha 6 : un fagot n'est pas en dessous de vingt-cinq roseaux -- car la guezera de l'entrepôt ne concerne que les fagots qu'un homme a coutume de rapporter du champ. Et cela ne ressemble pas à ce que dit la Guemara plus loin (Soukka 13a) : "un lien sur un seul n'est pas appelé lien, un lien sur trois est appelé lien", qui vise le cas d'une pousse de palmier ou d'un faisceau de roseaux comportant de nombreux roseaux et formant comme un fagot. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : s'il a couvert avec des flèches mâles, c'est kacher ; avec des flèches femelles, c'est passoul -- et bien qu'elles soient faites pour remplir [une douille], c'est un réceptacle. Rabba bar Rav Houna a dit au nom de Rav : s'il a couvert avec des faisceaux de lin peignés, c'est passoul ; avec des tiges de lin brutes, c'est kacher. Explication : les tiges de lin brutes, c'est du lin qui n'a été ni broyé ni cardé, et qui est donc encore du bois. Talmud de Jérusalem, halakha 4 : s'il a couvert avec des cordes, il y a un Tana qui enseigne kacher et un Tana qui enseigne passoul. Celui qui dit passoul vise les cordes de lin ; celui qui dit kacher vise les cordes de fibre de palmier. Et le Ramban a écrit : on couvre avec des cordes de fibre de palmier, d'alfa et de semblables, car leur forme demeure et elles ne relèvent pas des ustensiles.
💡 Explication

Rabbi Yirmeya ne comble pas la lacune de mémoire de Rabbi Yaakov par une conjecture : il va chercher un autre enseignement de Rabbi Yo'hanan, transmis cette fois par Rabbi Hiyya bar Abba, où l'attribution est explicite.

Le scénario y est raconté en détail. Un homme rentre du champ, le fagot sur l'épaule, et le hisse sur la cabane qu'il garde toute l'année -- pour le faire sécher, précise Rachi, non pour s'abriter. La fête venue, il se ravise et décide que ce toit déjà en place lui servira de sekhakh. Ce cas-là est un vrai ta'asse ve-lo min hé-assouy de la Tora, puisque rien n'a jamais été posé au nom d'un toit.

Le raisonnement décisif est celui de Rachi : les Sages ne pouvaient pas exiger qu'on distingue à l'œil un fagot posé pour sécher d'un fagot posé pour couvrir. Ils ont donc interdit tout fagot lié, y compris celui qu'on hisse expressément pour la fête. Notre michna est ainsi un décret rabbinique -- la guezerat otsar -- et le cas de la meule creusée reste, par élimination, l'invalidité de la Tora.

🖼️ Schéma
Le scénario du paysan : pourquoi la michna interdit même le fagot posé exprès Rabbi Hiyya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan -- la genèse du décret 1. En pleine année Le paysan rentre du champ le soir, son fagot sur l'épaule (Rachi : tout l'été) 2. Il le monte sur l'abri Sur la cabane qu'il garde toute l'année -- et seulement POUR LE FAIRE SÉCHER 3. La fête arrive Il se ravise : ce fagot déjà en place fera l'affaire comme sekhakh 4. PASSOUL ta'asse ve-lo min hé-assouy deoraita Le glissement : de ce cas réel au décret de la michna Ce scénario est le seul véritable passoul de la Tora. Mais les Sages ne pouvaient pas demander qu'on distingue, à l'œil, un fagot posé pour sécher d'un fagot posé pour couvrir. Ils ont donc interdit TOUT fagot lié -- même celui que l'on hisse exprès pour la fête. Ce que Rachi appelle otsar, entrepôt Tout ce qu'un homme met de côté et rentre pour le conserver. Le fagot que l'on engrange l'été pour l'hiver entre dans cette catégorie -- d'où le nom du décret. Sa logique : éviter qu'on n'habite un abri déjà fait au lieu de construire une soukka.
Le scénario du paysan et son fagot : d'un cas d'invalidité de la Tora naît un décret qui frappe tous les fagots.
12
וְרַבִּי יַעֲקֹב? הָךְ דְּרַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא לָא שְׁמִיעַ לֵיהּ.

Et Rabbi Yaakov ? Cet enseignement de Rabbi Hiyya bar Abba, il ne l'avait pas entendu.

📜 Rachi (2)
וְרַבִּי יַעֲקֹב דְּלָא יָדַע לְפָרוֹשֵׁי הֵי מִינַּייְהוּ פְּסוּלָה דְּאוֹרָיְיתָא וְהֵי מִדְּרַבָּנָן:
Et Rabbi Yaakov -- qui ne savait pas expliquer lequel des deux est invalide de par la Tora et lequel de par les Sages.
הַךְ דְּרַבִּי חַיָּיא דִּמְפָרֵשׁ בְּהֶדְיָא לָא הֲוָה שְׁמִיעַ לֵיהּ:
Cet [enseignement] de Rabbi Hiyya -- qui l'explique en toutes lettres, il ne l'avait pas entendu.
💡 Explication

La Guemara ferme la boucle en expliquant le doute de Rabbi Yaakov : ce n'est pas une faiblesse de raisonnement, c'est un manque d'information. Le passage décisif ne lui était pas parvenu.

La remarque en dit long sur l'économie de la transmission orale : la différence entre le doute et la certitude tient parfois à une seule tradition entendue ou non. Rabbi Yirmeya n'a pas été plus sagace que Rabbi Yaakov -- il disposait d'une pièce de plus.

13
אָמַר רַב אַשִּׁי: אַטּוּ חֲבִילֵי קַשׁ וַחֲבִילֵי עֵצִים מִשּׁוּם גְּזֵרַת אוֹצָר אִיכָּא, מִשּׁוּם ״תַּעֲשֶׂה״ וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי לֵיכָּא? וְהַחוֹטֵט בְּגָדִישׁ, מִשּׁוּם ״תַּעֲשֶׂה״ וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי אִיכָּא, מִשּׁוּם גְּזֵרַת אוֹצָר לֵיכָּא?

Rav Achi dit : est-ce à dire que pour les fagots de chaume et les fagots de bois il y a [le motif de] la guezera de l'entrepôt, et qu'il n'y a pas [celui de] "tu feras" et non à partir de ce qui est déjà fait ? Et que pour celui qui creuse dans une meule, il y a "tu feras" et non à partir de ce qui est déjà fait, et qu'il n'y a pas la guezera de l'entrepôt ?

📜 Rachi (5)
אָמַר רַב אַשִּׁי מַקְשֵׁי אַדְּרַבִּי יַעֲקֹב:
Rav Achi dit -- il objecte contre Rabbi Yaakov.
אַטּוּ תַּרְוַייְהוּ טַעְמֵי מִי לֵיכָּא לְמֵימְרִינְהוּ בִּשְׁתֵּי הַמִּשְׁנָיוֹת:
Est-ce à dire -- les deux raisons ne pourraient-elles pas être dites l'une et l'autre dans les deux michnayot ?
חֲבִילֵי קַשׁ מִשּׁוּם גְּזֵירַת אוֹצָר אִיכָּא מִדְּרַבָּנָן:
Les fagots de chaume, au titre de la guezera de l'entrepôt -- rabbiniquement.
מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי דְּאוֹרָייְתָא לֵיכָּא בִּתְמִיהָה מִי לָא מִשְׁתְּמַע נַמֵּי מַתְנִיתִין דִּבְאוֹתָם שֶׁנִּיתְּנוּ שָׁם כָּל יְמוֹת הַחַמָּה קָאָמַר דְּלָא נִמְלַךְ עֲלֵיהֶם לְסִיכּוּךְ דְּהָוְיָא לָהּ הִיא גּוּפָהּ פְּסוּלָה דְּאוֹרָייְתָא וּמֵהֵיכָא שָׁמַע ר' יוֹחָנָן דְּמַתְנִיתִין דְּהָכָא לָאו מִדְּאוֹרַיְיתָּא קָאָמַר:
Au titre de "tu feras" et non à partir de ce qui est déjà fait -- de la Tora, il n'y en aurait pas ? Question étonnée : notre michna ne pourrait-elle pas s'entendre aussi de ceux qui ont été déposés là durant tous les jours de la saison chaude, sans qu'on se soit ravisé à leur sujet pour en faire un toit -- auquel cas elle serait elle-même une invalidité de la Tora ? D'où Rabbi Yo'hanan a-t-il donc entendu que notre michna ici ne parle pas d'une invalidité de la Tora ?
וְחוֹטֵט בְּגָדִישׁ נָמֵי מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי אִיכָּא מִשּׁוּם גְּזֵירַת אוֹצָר לֵיכָּא מִי לָא מָצֵינַן לְמֵימַר נָמֵי דַּאֲפִילּוּ סָתַר הַכֹּל כְּלַפֵּי מַעְלָה וְנִעְנַע עֳומָרִין שֶׁעַל הַסְּכָךְ וְחָזַר וְהִנִּיחָן לְשֵׁם סֻוכָּה קָא פְּסִיל לֵיהּ מַתְנִיתִין מִדְּרַבָּנָן מִשּׁוּם גְּזֵירַת אוֹצָר דְּזִימְנִין דְּלָא מְנַעְנֵעַ וְנַעֲשִׂין מֵאֵילֵיהֶן כְּדַאֲמַרְתְּ גַּבֵּי חֲבִילִים דְּפָסַלְתָּ לְהוּ אֲפִילּוּ מַנִּיחָן שָׁם לְשֵׁם סְכָךְ מִדְּרַבָּנָן מִשּׁוּם גְּזֵרָה דְּכָל יְמוֹת הַשָּׁנָה לְאוֹצָר וּמֵהֵיכָא דָּיֵיק רַבִּי יוֹחָנָן הָנָךְ טַעְמֵי דְּמוּקֵי לְהַךְ מִדְּאוֹרַיְיתָּא וְהַךְ מִדְּרַבָּנָן:
Et celui qui creuse dans une meule, au titre de "tu feras" et non à partir de ce qui est déjà fait il y en a, et au titre de la guezera de l'entrepôt il n'y en aurait pas ? -- ne pourrions-nous pas dire, là aussi, que même s'il a tout défait par le haut, secoué les gerbes qui forment le toit et les a reposées au nom de la soukka, la michna l'invalide rabbiniquement au titre de la guezera de l'entrepôt -- car il arrive qu'on ne secoue pas et que [le toit] se trouve fait de lui-même, comme tu l'as dit à propos des fagots, que tu invalides rabbiniquement même lorsqu'on les pose là au nom d'un toit, par décret à cause de [ceux de] toute l'année, [mis] à l'entrepôt ? D'où donc Rabbi Yo'hanan déduit-il ces motifs, qui lui font établir l'un comme étant de la Tora et l'autre comme étant des Sages ?
💡 Explication

Rav Achi conteste non pas le résultat mais la méthode. Il montre que chacun des deux cas se laisse décrire par les deux raisons à la fois, ce qui rend l'appariement arbitraire.

Côté fagots : rien n'empêche de lire notre michna comme visant précisément les fagots restés toute la belle saison sur le toit, sans qu'on se soit jamais ravisé -- et l'on aurait alors un ta'asse ve-lo min hé-assouy pur, de la Tora. Côté meule : même si l'homme a défait le haut, secoué les gerbes et les a reposées intentionnellement, on pourrait l'invalider rabbiniquement, par crainte qu'il ne les secoue pas -- exactement comme on a décrété pour les fagots.

La question de fond, que Rachi formule deux fois : d'où Rabbi Yo'hanan tirait-il son appariement ? Ce n'est pas une objection de contenu, c'est une demande de source.

14
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר לָךְ, הָכָא דְּקָתָנֵי: ״אֵין מְסַכְּכִין בָּהֶן״, לְכַתְּחִלָּה הוּא

Et Rabbi Yo'hanan pourrait te dire : ici, où il est enseigné "on ne couvre pas avec eux" -- c'est lekhatehila (à priori) que

📜 Rachi (1)
אָמַר לָךְ ר' יוֹחָנָן מַתְנִיתִין גּוּפַיְיהוּ דָּיְיקִי כַּווֵּתַאי מַתְנִיתִין דְּהָכָא קָתָנֵי אֵין מְסַכְּכִין בָּהֶן וְלָא קָתָנֵי אֵינָהּ סֻוכָּה מַשְׁמַע מִדְּאוֹרַיְיתָּא סֻוכָּה הִיא הִלְכָּךְ עַל כָּרְחָךְ בְּמַנִּיחָן עַכְשָׁיו לְשֵׁם סְכָךְ קָאָמַר וּמִדְּרַבָּנָן וְלֹא בְּנִמְלַךְ עַל הַמֻּונָּחִין וְעוֹמְדִין דִּפְסוּלָה מִדְּאוֹרַייְתָּא וְגַבֵּי חוֹטֵט בְּגָדִישׁ קָתָנֵי אֵינָהּ סֻוכָּה מַשְׁמַע לְגַמְרֵי אֵינָהּ סֻוכָּה דִּפְסוּלָה מִדְּאוֹרַייְתָּא אַלְמָא בְּשֶׁלֹּא נִעְנַע הַסְּכָךְ לְשֵׁם סֻוכָּה קָאָמַר אֲבָל נִעְנַע כָּשֵׁר דְּהָא אַסִּיק אַדַּעְתֵּיהּ וְתִיקֵּן וְלֵיכָּא לְמִיגְזַר בָּהּ מִשּׁוּם זִימְנָא אַחֲרִיתִי שֶׁהֲרֵי הַמְּעַוֵּות תִּיקֵּן וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁלֹּא יְעַוֵּות:
Il pourrait te dire -- Rabbi Yo'hanan [répondrait] : ce sont les michnayot elles-mêmes qui se lisent conformément à ma position. Notre michna ici enseigne "on ne couvre pas avec eux", et n'enseigne pas "ce n'est pas une soukka" : cela indique que de par la Tora c'est bien une soukka. Force est donc de dire qu'elle parle du cas où on les pose maintenant au nom d'un toit, et que [l'interdit] est rabbinique -- et non du cas où l'on se ravise sur des [fagots] déjà posés et en place, lequel est invalide de par la Tora. Et à propos de celui qui creuse dans une meule, elle enseigne "ce n'est pas une soukka" : cela indique que ce n'en est absolument pas une, donc qu'elle est invalide de par la Tora. Il ressort donc qu'elle parle du cas où l'on n'a pas secoué le toit au nom de la soukka ; mais si on l'a secoué, c'est kacher, puisqu'il y a pensé et a corrigé [la chose], et il n'y a pas lieu de décréter à son sujet à cause d'une autre fois -- car il a redressé ce qui était déformé, et à plus forte raison ne le déformera-t-il pas.
💡 Explication

La réponse -- qui se poursuivra au verso -- est d'une élégance philologique. Rabbi Yo'hanan ne devinait pas : il lisait les verbes des deux michnayot.

Notre michna dit ein mesakhekhin bahen, "on ne couvre pas avec eux". C'est la formule d'une interdiction lekhatehila, à priori : elle suppose que, sur le fond, la chose serait valable. Donc derabanan, donc la guezerat otsar. L'autre michna dit eina soukka, "ce n'est pas une soukka" -- un constat de non-existence, donc une invalidité de la Tora.

Rachi tire de cette lecture une conséquence pratique importante : si celui qui a creusé la meule secoue les gerbes du toit et les repose au nom de la soukka, c'est valable. Il n'y a pas lieu de décréter contre lui, car il a montré qu'il y pensait -- hessik adateih ve-tiken -- et celui qui redresse ce qu'il avait déformé ne le déformera pas de nouveau.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).