Sougya : Le folio achève d'abord la discussion du premier chapitre sur les nattes. La citation de Rabbi Hiya délimite le désaccord : tous s'accordent que les nattes d'Oucha, moelleuses, sont impures et que celles de Tibériade, rugueuses, sont pures ; le litige entre Rabbi Dossa et les Sages ne porte que sur celles des autres lieux, et il tient à un seuil — faut-il l'usage de la plupart des gens, ou suffit-il qu'il arrive qu'on s'y assoie ?
La Guemara affronte ensuite une contradiction sur Rabbi Dossa lui-même, déclaré tantôt rigoureux tantôt indulgent, et la résout par un seul mot : le gedanpa, ce rebord relevé qui transforme une simple surface en récipient, donc en keli susceptible de recevoir la toum'a — et un keli ne peut pas servir de sekhakh. Une baraita énumère alors quatre matières, et la sougya teste chacune sur les deux définitions possibles du mot hotsalot, sacoches de berger ou vraies nattes, en cherchant à chaque matière un usage qui la constitue en ustensile ; la discussion est transmise en deux versions symétriques, et Tossefot conteste au passage que le simple fait de couvrir suffise à rendre un objet impur.
La halakha pratique arrive par un récit — Rabbi Hananya rapporte de Babylonie qu'on couvre avec un boudya, son oncle Rabbi Yehochoua ratifie, Rav Hisda pose la réserve du gedanpa, et Oulla l'applique aux nattes de Mehoza. Hadran alakh Soukka.
Le chapitre HaYachen s'ouvre alors sur une règle contestée : celui qui dort sous le lit dans la soukka n'est pas quitte, car le lit fait ohel ; Rabbi Yehouda témoigne d'un usage contraire, Rabbi Chimon raconte l'affaire de Tavi, l'esclave savant de Rabban Gamliel, dont la plaisanterie de son maître enseigne malgré lui la halakha. Chmouel restreint la michna à un lit haut de dix tefahim, faute de quoi il n'y a pas d'ohel du tout, et le mot ohel entraîne la Guemara vers la michna d'Ohalot : un trou creusé par l'eau, un tas de pierres, un empilement de poutres font-ils ohel ?
Rabbi Yehouda exige la main de l'homme et l'intention d'abriter — la source de son opinion sera cherchée en 21a.
(Suite de la parole de Rabbi Hiya, commencée à la fin de 20a : Rabbi Dossa et les Sages n'ont pas divergé au sujet des nattes d'Oucha —) qu'elles sont impures ; ni au sujet de celles de Tibériade — qu'elles sont pures. Sur quoi ont-ils divergé ?
Sur celles des autres endroits. Un maître tient : puisqu'il n'y a personne qui s'assoie dessus, elles sont comme celles de Tibériade ; et l'autre maître tient : puisqu'il arrive que l'on s'assoie dessus, elles sont comme celles d'Oucha.
Le folio s'ouvre en pleine phrase : Rech Lakich achevait de citer Rabbi Hiya, et cette citation délimite avec précision le désaccord entre Rabbi Dossa et les Sages sur les nattes. La structure est celle, très fréquente, du lo nehlekou ... al ma nehlekou : on retire d'abord du litige les deux cas extrêmes, pour isoler le point réellement discuté.
Les deux extrêmes sont géographiques : les nattes d'Oucha, moelleuses, sont faites pour s'y coucher — tout le monde les déclare impures, et même du midras, l'impureté la plus grave pour un objet d'assise. Celles de Tibériade sont dures et râpeuses — personne ne s'y couche, tout le monde les déclare pures. Le litige porte sur toutes les autres.
Et là, la divergence n'est pas sur les faits mais sur le seuil : faut-il l'usage de la plupart des gens pour qu'un objet soit réputé destiné au coucher (position des Sages), ou suffit-il qu'il arrive qu'on s'y assoie pour que l'objet finisse par y être destiné (position de Rabbi Dossa) ? Rachi résume les deux formules en trois mots chacune.
Le Maître a dit (dans la michna d'Edouyot citée plus haut) : toutes les hotsalot contractent la toum'a du mort — paroles de Rabbi Dossa. Mais n'a-t-on pas enseigné (dans la baraita rapportée plus haut) : « et de même Rabbi Dossa disait comme lui » — c'est-à-dire comme Rabbi Yossi, pour qui toutes les nattes sont pures et l'on couvre la soukka avec elles !
La Guemara revient en arrière pour examiner une phrase déjà citée : c'est le sens de amar mar — « le Maître a dit », formule qui rouvre un texte que l'on croyait acquis. Ici, elle sert à poser une contradiction entre deux sources sur un même Tana.
D'un côté la michna d'Edouyot fait de Rabbi Dossa celui qui déclare toutes les hotsalot susceptibles de contracter la toum'a du mort — donc des kelim, donc impropres au sekhakh. De l'autre, une baraita le fait explicitement adhérer à la position de Rabbi Yossi, qui les déclare toutes pures et bonnes pour couvrir la soukka. Rachi souligne l'inférence : si l'on couvre avec elle, c'est qu'elle n'est pas un keli.
Ce n'est pas une difficulté : ici il s'agit d'une natte qui a un gedanpa (un rebord relevé), la il s'agit d'une natte qui n'a pas de gedanpa.
Une réponse de trois mots résout la contradiction, et elle commande tout le reste du chapitre. Les deux sources ne parlent pas du même objet : l'une vise la natte munie d'un gedanpa, l'autre celle qui en est dépourvue.
Rachi explique la mécanique. Le gedanpa est une lèvre surélevée sur le pourtour. Elle transforme une surface en contenant — un beit kibboul — et un contenant est un keli, susceptible de recevoir la toum'a. Sans ce rebord, la natte n'est même pas un ustensile : elle n'est qu'une chose faite pour couvrir, et ce qui est fait pour couvrir reste pur, donc apte au sekhakh.
Noter l'élégance de la solution : elle ne prête à Rabbi Dossa aucun revirement. Le même homme dit les deux choses, sur deux objets différents.
On objecte : les hotsalot de che'am (fibre végétale, une espèce de chifa), de guemi (jonc), de sak (poil de chèvre) et de sefira (crin de cheval) — elles contractent la toum'a du mort, paroles de Rabbi Dossa ; et les Sages disent : même le midras.
Nouvelle objection, tirée d'une baraita qui énumère quatre matières. La difficulté n'est pas encore formulée ; elle va l'être au segment suivant. Mais la donnée de base est posée : selon Rabbi Dossa, ces hotsalot contractent la toum'at met sans contracter le midras. Rachi explicite ce que cette combinaison signifie : elles sont bien des kelim — sinon elles ne contracteraient rien du tout — mais elles ne sont pas destinées à l'assise, ce qui les met hors d'atteinte du midras.
Les Sages ajoutent le midras : pour eux, elles servent aussi à s'asseoir. On retrouve exactement le clivage du segment 0, mais transposé du critère géographique au critère de la matière.
Soit selon celui qui dit que les hotsalot sont des marzovlei (sacoches) : celles de che'am et de guemi conviennent à un panier à fruits ; celles de sak et de sefira conviennent à des goulkei (petits sacs) et à des tsanei (paniers). Mais selon celui qui dit qu'il s'agit de vraies nattes — soit, celles de sak et de sefira conviennent à des persei (tentures) et à des nafvata (tamis) ; mais celles de che'am et de guemi, à quoi conviennent-elles ? — Elles conviennent aux neziata (les cuves à bière, qu'elles servent à couvrir).
La Guemara teste l'objection sur les deux définitions du mot hotsalot restées en présence en 20a : des marzovlei, sacoches de berger, ou de vraies nattes plates. L'enjeu logique est précis : puisque Rabbi Dossa refuse le midras, il tient qu'elles ne sont pas faites pour le coucher — il faut donc leur trouver un autre usage, sans quoi elles ne seraient pas des kelim du tout et ne contracteraient même pas la toum'at met.
Pour les marzovlei, aucun problème : elles ont déjà un réservoir. Pour les vraies nattes, le poil et le crin, tissés fin, font des tentures et des tamis ; mais la fibre et le jonc, au tressage lâche, semblent sans emploi. La réponse comble cette dernière case : elles servent de couvercles de cuves à bière.
Tossefot refuse cette réponse. Sa règle, tirée du traité Kelim, est nette : ce qui est fait pour envelopper (tik) est impur, ce qui est fait pour couvrir (hipouy) est pur. Un simple couvercle ne peut donc pas rendre l'objet impur ; il faut que la natte serve aussi à recevoir quelque chose.
Il y a qui enseignent ainsi : soit selon celui qui dit qu'il s'agit de vraies nattes — celles de che'am et de guemi conviennent aux cuves à bière, celles de sak et de sefira conviennent à des tentures et à des tamis. Mais selon celui qui dit des marzovlei — soit, celles de sak et de sefira conviennent à des goulkei et à des tsanei ; mais celles de che'am et de guemi, à quoi conviennent-elles ? — Elles conviennent à un panier à fruits.
La formule ika de-amri (« il y a qui enseignent ») signale une seconde tradition de la même discussion. Le contenu ne change pas d'un iota : mêmes matières, mêmes usages, mêmes conclusions. Ce qui change, c'est la répartition des rôles.
Dans la première version, la lecture « vraies nattes » était en difficulté et devait se défendre ; ici c'est la lecture « marzovlei » qui doit le faire. Le résultat est identique — aucune des deux définitions n'est réfutée — mais l'enjeu de la double transmission est réel : elle dit laquelle des deux positions le beit hamidrach tenait pour la plus exposée.
On a enseigné : Rabbi Hananya a dit — lorsque je suis descendu en exil (en Babylonie), j'ai rencontré un ancien qui m'a dit : on couvre la soukka avec un boudya (une natte). Et lorsque je suis revenu auprès de Rabbi Yehochoua, le frère de mon père, il a approuvé ses paroles.
Rav Hisda a dit : et cela, à condition qu'elle n'ait pas de gedanpa.
Après la discussion théorique, une scène. Rabbi Hananya, neveu de Rabbi Yehochoua ben Hananya, descend en Babylonie — pour y proclamer l'année embolismique, précise Rachi — et en rapporte une halakha entendue d'un ancien : on peut couvrir la soukka avec un boudya. Son oncle, autorité d'Eretz Israël, la ratifie. C'est le schéma classique d'une tradition qui remonte par un témoin et se fait valider.
Rav Hisda y ajoute la condition qui vient d'être dégagée : à condition qu'elle n'ait pas de gedanpa. La règle abstraite du segment 2 devient ici la réserve pratique d'une halakha transmise.
Tossefot presse l'affaire : ailleurs le boudya sert manifestement à poser des dattes, donc il reçoit au moins une toum'a rabbinique — comment couvrir avec lui ? Réponse : ce sont deux boudya différents, et c'est encore le gedanpa qui les sépare.
Oulla a dit : ces nattes (boudyata) des gens de Mehoza — n'était leur kir (leur paroi), on couvrirait la soukka avec elles. On a enseigné de même : on couvre la soukka avec un boudya ; et s'ils ont un kir — on ne couvre pas avec eux.
Oulla applique la règle à un objet que ses auditeurs connaissent : les nattes fabriquées à Mehoza, grande ville commerçante du Tigre. Elles seraient parfaites pour le sekhakh, n'était ce rebord que l'araméen local appelle kir — paroi. Rachi, en trois mots, fait l'équation : kir = gedanpa. Le vocabulaire change, la halakha est la même.
Une baraita vient confirmer (tanya nami hakhi), et le premier chapitre du traité se referme sur ce point précis. Il avait commencé par la hauteur du sekhakh au-dessus de la tête ; il s'achève sur l'épaisseur d'un bord de quelques doigts.
Hadran alakh « Soukka » — Nous reviendrons vers toi, chapitre « Soukka ». (Fin du premier chapitre.)
Formule de clôture d'un chapitre : hadran alakh, « nous reviendrons vers toi ». L'usage est de la prononcer à haute voix en achevant l'étude d'un chapitre, comme un engagement à y revenir. Le premier chapitre du traité, nommé d'après son premier mot Soukka, se termine ici. Le suivant s'appelle HaYachen, d'après le premier mot de sa michna : « celui qui dort ».
MICHNA. Celui qui dort sous le lit, dans la soukka, n'est pas quitte de son obligation.
Rabbi Yehouda a dit : notre usage était de dormir sous le lit devant les Anciens, et ils ne nous ont rien dit.
Nouveau chapitre, HaYachen. La michna pose une règle et lui oppose aussitôt un témoignage. La règle : dormir sous un lit, dans la soukka, ne compte pas, parce que le lit constitue un ohel — une tente — qui s'interpose entre l'homme et le sekhakh. Rachi ajoute au passage une définition importante : l'essentiel de la mitsva de soukka, c'est manger, boire et dormir — le sommeil n'y est pas accessoire.
Rabbi Yehouda oppose la pratique : nous dormions sous le lit sous les yeux des Anciens, et personne n'a rien dit. L'argument est celui du silence des autorités, forme faible mais réelle de preuve halakhique. Rachi annonce déjà la raison de fond qui sera donnée : un ohel arai — un abri improvisé, non conçu pour abriter — n'a pas la force d'annuler un ohel keva, la soukka elle-même.
Rabbi Chimon a dit : il arriva que Tavi, l'esclave de Rabban Gamliel, dormait sous le lit ; et Rabban Gamliel dit aux Anciens : avez-vous vu Tavi mon esclave ? C'est un talmid 'hakham, et il sait que les esclaves sont exempts de la soukka — c'est pourquoi il dort sous le lit.
Et chemin faisant (lefi darkenou), nous avons appris que celui qui dort sous le lit n'est pas quitte de son obligation.
Rabbi Chimon rapporte le même genre de scène que Rabbi Yehouda — un homme dort sous le lit, des Anciens sont présents — mais il en tire la conclusion inverse. Toute la force du récit tient à la plaisanterie de Rabban Gamliel : si Tavi dort sous le lit, c'est parce qu'en savant il sait que les esclaves sont exempts, et qu'il ne veut donc pas occuper une place dans la soukka.
Le raisonnement halakhique est indirect, et c'est ce que signale la formule lefi darkenou — chemin faisant. Rabban Gamliel n'enseignait rien ; il badinait. Mais sa boutade n'a de sel que si dormir sous le lit équivaut à n'être pas dans la soukka. Rachi insiste sur ce point : c'est par le biais de la plaisanterie que la halakha se laisse lire — un témoignage involontaire vaut souvent mieux qu'une déclaration.
Tossefot s'intéresse au personnage de Tavi, esclave cananéen d'une piété remarquable, et résout, avec le Yerouchalmi, l'apparente incohérence de sa conduite : il se tenait sous le lit non par exemption revendiquée, mais pour ne pas prendre la place des Sages, tout en restant assez près pour les entendre.
GUEMARA. Mais il n'y a pas dix (tefahim de hauteur sous le lit) ! — Chmouel l'a expliqué : il s'agit d'un lit haut de dix.
Objection immédiate et décisive. Pour qu'un espace vide compte comme ohel, il lui faut au moins dix tefahim de hauteur — c'est la mesure minimale d'un espace halakhiquement distinct. Or on ne se glisse pas sous un lit haut de plus d'un mètre.
Chmouel restreint donc la michna : elle vise un lit exceptionnellement haut. La portée de la réponse est double — elle sauve la michna, mais elle limite drastiquement son champ, puisque sous un lit ordinaire nul ohel ne se forme et la question ne se pose même pas. C'est exactement ce que Tossefot notait au segment 9 en concluant : « tous s'accordent qu'en deçà de dix il n'est rien du tout ».
Nous avons appris là-bas (dans une michna du traité Ohalot) : aussi bien un trou creusé par les eaux, ou par des chratsim (bestioles fouisseuses), ou rongé par le salpêtre, qu'un midbakh de pierres (une assise de pierres superposées) ou un souar de poutres (un empilement) — tout cela fait ohel sur la toum'a.
Le mot ohel, qui vient d'être prononcé à propos du lit, entraîne la Guemara vers le domaine où il est défini pour lui-même : le traité Ohalot, qui traite de la transmission de la toum'a du mort par recouvrement. La michna citée énumère des cavités que personne n'a voulues : un trou creusé par l'eau, par des bestioles, par le salpêtre ; les vides entre les pierres d'une assise ; les interstices d'une pile de poutres.
Rachi décrit chacune avec une précision concrète, puis rappelle en une phrase ce que signifie « faire ohel » : un kazayit de cadavre à une extrémité de la cavité rend impurs les objets placés à l'autre extrémité, alors même qu'ils ne se touchent pas. L'ohel unifie l'espace qu'il couvre.
Le point litigieux se profile déjà : aucune de ces formations n'a été faite par un homme, encore moins avec l'intention d'abriter. Le Tana kama les tient pourtant pour des ohalim.
Rabbi Yehouda dit : tout ohel qui n'est pas fait de main d'homme n'est pas un ohel. Quelle est la raison de Rabbi Yehouda ?
Rabbi Yehouda pose le critère qui va commander toute la suite : un ohel suppose la main de l'homme. Rachi resserre encore la définition — non pas seulement la main, mais l'intention d'en faire un ohel. Une cavité fortuite, si parfaite soit-elle, n'abrite rien au sens de la Torah.
On voit maintenant pourquoi la Guemara a fait ce détour : si Rabbi Yehouda exige l'intention pour qu'il y ait ohel, on comprend qu'il n'ait pas vu d'inconvénient à dormir sous un lit — un lit n'a pas été fabriqué pour abriter. Le lien entre le témoignage du segment 9 et cette michna d'Ohalot commence à se dessiner.
La question mai taama — quelle est sa raison, c'est-à-dire de quel verset tire-t-il cela ? — reste ici sans réponse : elle ouvre le folio 21a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).