Sukkah 20a — La natte, sa matière et son intention : ce qui couvre et ce qui couche

Sukkah 20a

Sougya : Le folio achève d'abord la discussion ouverte à la fin de 19a sur la natte de roseaux. Rava avait proposé de lire la michna en logeant le désaccord dans la seule petite natte, chaque membre du texte enseignant par déduction le cas non déclaré ; Abaye le réfute deux fois — l'ordre des mots de Rabbi Eliezer trahit une autre répartition, et une baraita le montre rigoureux précisément là où Rava le faisait indulgent.

Rav Papa renverse alors tout : pour la petite natte tout le monde accorde que le cas non déclaré va au coucher, et la divergence porte sur la grande, que le premier Tana présume faite pour couvrir et Rabbi Eliezer faite pour le corps. Une baraita déplace ensuite le critère de la taille vers la matière : le jonc est tendre et l'on s'y couche, le roseau est dur et râpeux, si bien que seul un tissage fin peut y trahir une intention de couchage — tandis que Rabbi Yichmael au nom de son père, et Rabbi Dossa avec lui, refusent toute distinction.

Le nom de Rabbi Dossa fait basculer la sougya vers une michna du traité Edouyot où il tient que les hotsalot contractent la toum'a du mort mais non le midras, les Sages soutenant l'inverse ; la Guemara corrige la formulation, le midras impliquant nécessairement l'autre, et Rachi rappelle le critère fameux du couchage. Reste à savoir ce que sont ces hotsalot — des sacs de berger ou de vraies nattes — et Rech Lakich, qui soutient la seconde lecture, appuie sa position sur Rabbi Hiya, qu'il introduit par le récit des trois oublis et des trois rétablissements de la Torah, tous venus de Babylonie : Ezra, Hillel, puis Rabbi Hiya et ses fils.

La halakha qu'il en tire s'interrompt en pleine phrase et se poursuivra en 20b.

Le fil du folio : la natte, sa matière, son intention -- et ce qu'elle devient Onze segments. La lecture de Rava est démolie puis remplacée, la question passe de la taille à la matière, puis à la toum a Bloc A -- segments 0 à 4 : Abaye démolit Rava, Rav Papa rétablit la lecture simple Rava (fin de 19b) : pour la grande, tout le monde accorde que le stam va au sekhakh. La divergence ne porte que sur la petite. Abaye, objection 1 : Rabbi Eliezer dit petite ou grande. Or un Tana nomme d'abord le cas évident. Il aurait fallu grande ou petite. Abaye, objection 2 : une baraita montre Rabbi Eliezer plus rigoureux sur la grande. Chez Rava il était plus indulgent sur la petite. Rav Papa retourne tout : pour la petite, tout le monde accorde que le stam va au coucher. La divergence porte sur la grande. Premier Tana : stam d'une grande = sekhakh. Rabbi Eliezer : stam d'une grande = coucher aussi -- donc passoul. Coût de la manœuvre : il faut relire dans Rabbi Eliezer il l'a faite pour se coucher comme même sans rien dire, elle vaut coucher. Bloc B -- segments 5 et 6 : le critère se déplace de la taille vers la matière Baraita : natte de chifa ou de guemi -- joncs tendres. Grande, on couvre ; petite, on ne couvre pas : trop douce, on s'y couche. Natte de kanim ou de hilat -- roseaux durs. Grande tressée, on couvre ; arouga, tissée fine et lisse, on ne couvre pas. Rachi : ce n'est pas la surface qui parle, c'est le confort. Ce qui râpe ne sert pas de lit ; ce qui est lisse trahit son usage. Rabbi Yichmael au nom de son père, et Rabbi Dossa avec lui : aucune distinction -- l'une comme l'autre, on couvre. Bloc C -- segments 7 à 10 : les hotsalot, la toum a, et d'où vient la tradition Michna d'Edouyot : toutes les hotsalot contractent la toum a du mort -- Rabbi Dossa. Les Sages disent : le midras. Objection de forme : le midras oui et la toum a du mort non ? Or tout ce qui prend le midras prend la toum a du mort. Lire : même le midras. Que sont les hotsalot ? Rav Avdimi : des marzovlei. Rabbi Abba : des mezablei -- sacs de berger. Rech Lakich : des nattes vraies. Rech Lakich reste fidèle à sa ligne : sa source est Rabbi Hiya, dont il rappelle d'abord la dette qu'Israël lui doit. Trois rétablissements de la Torah oubliée, tous venus de Babylonie : Ezra, puis Hillel le Babylonien, puis Rabbi Hiya et ses fils. La phrase reste suspendue : Rabbi Dossa et les Sages n'ont pas divergé au sujet des nattes d'Oucha -- la suite est en 20b. Une seule question traverse le folio : à quoi reconnaît-on la destination d'un objet quand son fabricant n'a rien dit ?
Le fil du folio : la lecture de Rava tombe, Rav Papa la remplace, puis la question se déplace de la taille à la matière, et de la soukka à la toum a.
Rava contre Rav Papa : où passe exactement la mahloket ? Même michna, mêmes mots -- deux répartitions opposées de l'accord et du désaccord Rava (19b) -- rejeté ici accord sur la grande, désaccord sur la petite GRANDE, stam -- accord de tous sekhakh valable, ne reçoit pas la toum a une grande natte, on ne la fait pas pour dormir dessus PETITE, stam -- la mahloket Premier Tana : va au coucher -- passoul Rabbi Eliezer : va au sekhakh -- kachère donc Rabbi Eliezer est le plus indulgent des deux Deux objections d'Abaye vont faire tomber cette colonne Rav Papa -- retenu accord sur la petite, désaccord sur la grande PETITE, stam -- accord de tous va au coucher : passoul, reçoit la toum a une petite natte, c'est un couchage ordinaire GRANDE, stam -- la mahloket Premier Tana : va au sekhakh -- kachère Rabbi Eliezer : va au coucher aussi -- passoul donc Rabbi Eliezer est le plus rigoureux des deux Conforme à la baraita et à l'ordre des mots de la michna Objection 1 -- l'ordre des mots Rabbi Eliezer dit petite ou grande. Un Tana énonce d'abord le cas qui va de soi. Si l'enjeu était la petite, il aurait dit grande ou petite. Chez Rav Papa la formule redevient naturelle : la petite va de soi, la grande est la nouveauté. Objection 2 -- la baraita Grande natte de roseaux : on couvre avec elle. Rabbi Eliezer dit : si elle ne reçoit pas la toum a, on couvre avec elle -- donc seulement si c'est explicite. La divergence porte donc bien sur la grande, et Rabbi Eliezer y est le rigoureux : l'inverse exact de ce que Rava avait posé.
Rava contre Rav Papa : la même michna, avec l accord et le désaccord échangés de place -- et les deux objections d Abaye qui forcent le renversement.
Cette natte peut-elle servir de sekhakh ? L'arbre de décision du folio Une seule règle de fond : est passoul ce qui est keli, c'est-à-dire ce qui est fait pour le corps. Reste à savoir comment on le sait Une natte Le fabricant a-t-il déclaré son intention ? oui : pour le coucher non : stam oui : pour couvrir PASSOUL c'est un keli : elle reçoit la toum a KACHÈRE pas un keli : pas de toum a Il faut présumer deux critères se disputent la place Critère 1 -- la TAILLE (michna, segments 0 à 4) Petite : on se couche dessus -- passoul (accord de tous) Grande : premier Tana -- kachère Grande : Rabbi Eliezer -- passoul (il faut le dire) Logique : une grande pièce n'est pas un couchage individuel. La surface trahit la destination. Rabbi Eliezer refuse d'en tirer une présomption : tant qu'on n'a rien dit, on suppose l'usage le plus courant. Critère 2 -- la MATIÈRE (baraita, segments 5 et 6) Chifa, guemi -- joncs tendres et souples grande : kachère / petite : passoul Kanim, hilat -- roseaux durs et épais tressée : kachère même petite / arouga fine : passoul Logique : ce qui râpe n'a jamais été fait pour un dos. Le confort, non la surface, révèle l'intention. Rabbi Yichmael et Rabbi Dossa : aucune distinction, tout couvre.
L arbre de décision du folio : quand rien n a été déclaré, deux critères se disputent la présomption -- la taille et la matière.
1
וְהָכִי קָאָמַר: מַחְצֶלֶת הַקָּנִים גְּדוֹלָה, עֲשָׂאָהּ לִשְׁכִיבָה — מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה, וְאֵין מְסַכְּכִין בָּהּ. טַעְמָא דַּעֲשָׂאָהּ לִשְׁכִיבָה, הָא סְתָמָא — נַעֲשָׂה כְּמִי שֶׁעֲשָׂאָהּ לְסִיכּוּךְ, מְסַכְּכִין בָּהּ. (קְטַנָּה, עֲשָׂאָהּ לְסִיכּוּךְ — מְסַכְּכִין בָּהּ. טַעְמָא דַּעֲשָׂאָהּ לְסִיכּוּךְ, הָא סְתָמָא — נַעֲשָׂה כְּמִי שֶׁעֲשָׂאָהּ לִשְׁכִיבָה, וְאֵין מְסַכְּכִין בָּהּ). וַאֲתָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְמֵימַר: אַחַת קְטַנָּה וְאַחַת גְּדוֹלָה, סְתָמָא — כְּשֵׁרָה לְסִיכּוּךְ.

Et voici ce que dit la michna : une grande natte de roseaux, s'il l'a faite pour s'y coucher — elle reçoit la toum'a, et l'on ne couvre pas la soukka avec elle. La raison en est qu'il l'a faite pour s'y coucher ; mais si elle est stam (faite sans intention déclarée) — elle devient comme celle que l'on aurait faite pour couvrir, et l'on couvre avec elle.

(Une petite, s'il l'a faite pour couvrir — on couvre avec elle. La raison en est qu'il l'a faite pour couvrir ; mais si elle est stam — elle devient comme celle que l'on aurait faite pour s'y coucher, et l'on ne couvre pas avec elle.) Et Rabbi Eliezer vient dire : petite ou grande, si elle est stam — elle est kachère pour le sekhakh (la couverture de la soukka).

📜 Rachi (2)
וְהָכִי קָאָמַר עֲשָׂאָהּ לִשְׁכִיבָה בְּהֶדְיָא מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה וְאֵין מְסַכְּכִין בָּהּ וְאִם אָנוּ יְכוֹלִין לוֹמַר בָּהּ שֶׁהִיא לְסִיכּוּךְ וְהֵיכִי דָּמֵי כְּגוֹן דְּלָא פָּרֵישׁ מְסַכְּכִין בָּהּ וְאֵינָהּ מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה וּבִגְדוֹלָה כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דִּסְתָמָא לְסִיכּוּךְ דְּבֵין תַּנָּא קַמָּא וּבֵין ר' אֱלִיעֶזֶר תְּנָא גְּדוֹלָה וְאָמְרִינַן דִּסְתָמָא לְסִיכּוּךְ כִּי פְּלִיגִי בִּקְטַנָּה תַּנָּא קַמָּא שִׁיְּירָה לִקְטַנָּה וְלָא תַּנְייֵהּ מִשּׁוּם דְּסָבַר גְּדוֹלָה הוּא דַּאֲמַרְתְּ בָּהּ סְתָמָא לְסִיכּוּךְ הָא קְטַנָּה סְתָמָא לִשְׁכִיבָה:
« Et voici ce que dit la michna » — s'il l'a faite explicitement pour s'y coucher, elle reçoit la toum'a et l'on ne couvre pas avec elle ; mais si nous pouvons dire d'elle qu'elle est destinée à couvrir — et de quel cas s'agit-il ? de celui où il n'a rien précisé — on couvre avec elle et elle ne reçoit pas la toum'a. Et pour la grande, tout le monde s'accorde que le stam va au sekhakh : car le premier Tana comme Rabbi Eliezer ont enseigné le cas de la grande, et nous disons que son stam va au sekhakh. Leur divergence porte sur la petite : le premier Tana a laissé de côté la petite et ne l'a pas enseignée, parce qu'il tient que c'est de la grande que tu as dit que son stam va au sekhakh — mais la petite, son stam va au coucher.
וַאֲתָא ר' אֱלִיעֶזֶר לְמֵימַר קְטַנָּה כִּגְדוֹלָה דְּאִם עֲשָׂאָהּ לִשְׁכִיבָה בְּהֶדְיָא מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה וְאֵין מְסַכְּכִין בָּהּ וְאִם יֵשׁ לוֹמַר בָּהּ שֶׁהִיא לְסִיכּוּךְ וְהֵיכִי דָּמֵי כְּגוֹן שֶׁעֲשָׂאָהּ סְתָם מְסַכְּכִין בָּהּ וְאֵין מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה:
« Et Rabbi Eliezer vient dire » — que la petite est comme la grande : si on l'a faite explicitement pour s'y coucher, elle reçoit la toum'a et l'on ne couvre pas avec elle ; et si l'on peut dire d'elle qu'elle est destinée à couvrir — et de quel cas s'agit-il ? de celui où il l'a faite stam — on couvre avec elle et elle ne reçoit pas la toum'a.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin de la réponse de Rava, commencée en 19b. Sa manœuvre consiste à lire les deux membres de la michna comme visant deux tailles différentes, et surtout à leur faire enseigner, chacun, le cas inverse par déduction : la formule « la raison en est que... » (taama de) signale toujours que le cas non énoncé reçoit le statut contraire.

Le résultat est un chiasme. Le recha parle de la grande : puisqu'il précise qu'elle a été faite pour le coucher pour la disqualifier, le cas non déclaré — le stam — vaut sekhakh. Le sefa parle de la petite : puisqu'il précise qu'elle a été faite pour couvrir pour la valider, le stam vaut coucher. Sur la grande, personne ne conteste ; c'est sur la petite seule que Rabbi Eliezer intervient, en la déclarant kachère elle aussi.

Rachi souligne d'emblée ce que cette lecture coûte : le premier Tana « a laissé de côté la petite et ne l'a pas enseignée ». Un membre entier de la michna doit être reconstitué par le lecteur. Abaye va exploiter cette fragilité.

🖼️ Schéma
La michna relue par Rava : chaque membre enseigne son contraire par déduction La michna ne dit jamais le cas non déclaré -- elle le laisse déduire du cas déclaré, par le taama de Ce que la michna DIT Ce qu'elle laisse DÉDUIRE (le stam) Statut du stam RÉCHA -- la grande natte faite pour se coucher : reçoit la toum a, on ne couvre pas donc si rien n'est déclaré : comme faite pour couvrir KACHÈRE c'est le seul membre réellement enseigné dans la michna SÉFA -- la petite natte (reconstituée) faite pour couvrir : on couvre avec elle donc si rien n'est déclaré : comme faite pour se coucher PASSOUL membre absent du texte : le premier Tana l'a laissé de côté, il se déduit RABBI ELIEZER -- petite ou grande si rien n'est déclaré : kachère pour le sekhakh, dans les deux tailles KACHÈRE il ne conteste donc que la petite : sur la grande il rejoint le premier Tana Structure de la lecture de Rava : le désaccord se loge dans la seule petite natte -- et Rabbi Eliezer y est le plus indulgent. Deux fragilités y sont déjà visibles : un membre entier de la michna doit être reconstitué, et l'ordre des mots reste inexpliqué.
La lecture de Rava : chaque membre de la michna enseigne son contraire par déduction, et le désaccord se loge dans la seule petite natte.
2
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: אִי הָכִי, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אַחַת קְטַנָּה וְאַחַת גְּדוֹלָה, ״אַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה״ מִיבְּעֵי לֵיהּ!

Abaye lui dit : s'il en est ainsi — Rabbi Eliezer dit « petite ou grande » ; il aurait fallu dire « grande ou petite » !

📜 Rachi (1)
אִי הָכִי דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר קְטַנָּה כִּגְדוֹלָה אֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן אַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה בִּתְמִיהַּ דְּכִי תְּנָא הָכִי מַשְׁמַע דִּגְדוֹלָה כִּקְטַנָּה אֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן כָּךְ כְּתֻובָּה הַגִּירְסָא וְלִי נִרְאֶה אִיפְּכָא דְּגָרַס בְּמָתְנֵי' אַחַת קְטַנָּה וְאַחַת גְּדוֹלָה וְהָכִי פָּרִיךְ אַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה מִיבְּעֵי לֵיהּ דְּאִי כִּדְגָרְסִינַן לָהּ לָא יָדַעְנָא פִּירְכָא מַאי הִיא דְּאַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה מַשְׁמַע קְטַנָּה כִּגְדוֹלָה דְּהָכִי מַשְׁמַע אַחַת הִיא הַגְּדוֹלָה וְאַחַת הִיא הַקְּטַנָּה כְּלוֹמַר כָּמוֹהָ הִיא וְאֵינָהּ חֲלוּקָה לְדִין שֵׁנִי וְכֵן דַּרְכֵי הַתַּנָּאִים בְּכָל מָקוֹם דְּהַהִיא דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ תַּנָּא בְּרֵישָׁא וְאוֹתוֹ הַשֵּׁנִי כְּשֶׁבָּא לְהַשְׁמִיעֵנוּ שֶׁהוּא שָׁוֶה לוֹ הוּא שׁוֹנֶה אַחֲרָיו כְּדִתְנַן בר"ה (דַּף כט:) אֶחָד יַבְנֶה וְאֶחָד כָּל מָקוֹם כו' וּבְבָבָא קַמָּא (דַּף נ:) אֶחָד הַחוֹפֵר בּוֹר וְאֶחָד הַחוֹפֵר שִׁיחַ וּמְעָרָה כו' וּבְמַסֶּכֶת סוֹטָה (דַּף מג.) אֶחָד הַבּוֹנֶה וְאֶחָד הַלּוֹקֵחַ וְאֶחָד הַיּוֹרֵשׁ וְטוּבָא תְּנַן הָתָם גַּבֵּי מַעַרְכֵי הַמִּלְחָמָה הָכִי:
« S'il en est ainsi » — que Rabbi Eliezer vient nous apprendre que la petite est comme la grande, [il aurait fallu dire] « grande ou petite » — question posée avec étonnement : car en enseignant dans cet ordre, on donne à entendre qu'il vient nous apprendre que la grande est comme la petite. Telle est la version écrite [dans nos livres] ; mais il me semble que c'est l'inverse : on lit dans la michna « petite ou grande », et l'objection est celle-ci — il aurait fallu dire « grande ou petite ». Car si l'on retenait la version écrite, je ne saurais dire où est l'objection : « grande ou petite » signifie bien que la petite est comme la grande, puisque cela veut dire : la grande en est une, et la petite en est une — c'est-à-dire qu'elle lui est semblable et ne relève pas d'une seconde règle. Et telle est partout la manière des Tanaim : celui des deux cas qui va de soi, on l'enseigne en tête, et le second, quand on vient nous apprendre qu'il lui est égal, on l'enseigne après lui — comme nous l'avons appris dans Roch Hachana (29b) « aussi bien Yavne que tout lieu... », dans Baba Kama (50b) « aussi bien celui qui creuse une fosse que celui qui creuse une tranchée ou une caverne... », et dans le traité Sota (43a) « aussi bien celui qui bâtit que celui qui achète et celui qui hérite » — et l'on y enseigne ainsi bien des cas à propos des rangs de bataille.
🗂️ Tossefot (1)
אַחַת קְטַנָּה וְאַחַת גְּדוֹלָה מִיבְּעֵי לֵיהּ. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּאִיפְּכָא גָּרְסִינַן וּבְמַתְנִיתִין גָּרְסִינַן אַחַת קְטַנָּה וְאַחַת גְּדוֹלָה וּפָרִיךְ דְּאַחַת גְּדוֹלָה וְאַחַת קְטַנָּה מִיבְּעֵי לֵיהּ דְּדֶרֶךְ הַתַּנָּאִים בְּכָל מָקוֹם דְּהַהוּא דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ תָּנֵי בְּרֵישָׁא כְּדִתְנַן בר"ה (דַּף כט:) אֶחָד יַבְנֶה וְאֶחָד כָּל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ בֵּית דִּין וּבְבָבָא קַמָּא (דַּף נ:) אֶחָד הַחוֹפֵר בּוֹר וְאֶחָד הַחוֹפֵר שִׁיחַ וּמְעָרָה וּבְמַסֶּכֶת סוֹטָה (דַּף מג.) אֶחָד הַבּוֹנֶה וְאֶחָד הַלּוֹקֵחַ וְאֶחָד הַיּוֹרֵשׁ וְטוּבָא תְּנַן הָתָם גַּבֵּי מַעַרְכֵי מִלְחָמָה וְנִרְאֶה דְּאֵין רְאָיָה מִבּוֹר וּבוֹנֶה לְכָאן דְּהָכִי נָמֵי תְּנַן בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף לב.) אֶחָד דִּינֵי מָמוֹנוֹת וְאֶחָד דִּינֵי נְפָשׁוֹת בִּדְרִישָׁה וַחֲקִירָה וּתְנַן נָמֵי בְּפֶ' הַחוֹלֵץ (יְבָמוֹת מא.) גַּבֵּי הַבְחָנָה אֶחָד בְּתוּלוֹת (וְאֶחָד קְטַנּוֹת) וְאֶחָד בְּעוּלוֹת וּבְפֶרֶק הַבָּא עַל יְבִמְתּוֹ (יְבָמוֹת דַּף נג:) אֶחָד הַמְעָרֶה וְאֶחָד הַגּוֹמֵר וּבְפֶרֶק הַמַּפְקִיד (בּ"מ דַּף מ:) תַּנְיָא אֶחָד הַלּוֹקֵחַ וְאֶחָד הַמַּפְקִיד לִפְקָטִים וּמְפָרֵשׁ הָתָם כִּי הֵיכִי דְּמַפְקִיד מְקַבֵּל פְּקָטִים לוֹקֵחַ נָמֵי מְקַבֵּל פְּקָטִים בְּכָל הָנֵי מַזְכִּיר הַפָּשׁוּט בָּאַחֲרוֹנָה אֲבָל הַהִיא דְּיַבְנֶה רְאָיָה הִיא דִּלְפִי תַּנָּא קַמָּא שֶׁאָמַר אֵין תּוֹקְעִין אֶלָּא בְּיַבְנֶה קָא מַהְדְּרִי לֵיהּ אֶחָד יַבְנֶה וְאֶחָד כָּל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ בֵּית דִּין וְכֵן בִּיבָמוֹת פֶּרֶק הָאִשָּׁה (דַּף קטז.) דְּקָאָמְרִי בֵּית הִלֵּל לֹא שָׁמַעְנוּ אֶלָּא בְּבָאָה מִן הַקָּצִיר בִּלְבָד אָמְרוּ לְהוּ ב"ש אַחַת בָּאָה מִן הַקָּצִיר וְאַחַת בָּאָה מִן הַזֵּיתִים וה"נ הִזְכִּיר ת"ק מַחְצֶלֶת גְּדוֹלָה וְעַל זֶה שַׁיָּיךְ לְאַהְדּוֹרֵי אַחַת הִיא גְּדוֹלָה וְאַחַת הִיא קְטַנָּה כְּלוֹמַר כָּמוֹהָ הִיא הַקְּטַנָּה וְאֵינָהּ חֲלוּקָה לְדִין שֵׁנִי:
Le Kountras (Rachi) a expliqué que nous lisons l'inverse : dans la michna on lit « petite ou grande », et l'objection est qu'il aurait fallu dire « grande ou petite », car la manière des Tanaim est partout d'enseigner en tête le cas qui va de soi — ainsi dans Roch Hachana (29b) « aussi bien Yavne que tout lieu où siège un beit din », dans Baba Kama (50b) « aussi bien celui qui creuse une fosse que celui qui creuse une tranchée ou une caverne », dans le traité Sota (43a) « aussi bien celui qui bâtit que celui qui achète et celui qui hérite », et l'on y enseigne bien des cas ainsi à propos des rangs de bataille. Mais il nous semble qu'on ne peut rien tirer ici de la fosse ni de celui qui bâtit : car nous avons appris de même dans Sanhédrin (32a) « aussi bien les affaires civiles que les affaires capitales requièrent enquête et examen », et nous avons appris aussi au chapitre HaHolèts (Yevamot 41a), à propos du délai de discernement, « aussi bien les vierges (que les mineures) que les femmes déjà connues », et au chapitre HaBa al Yevimto (Yevamot 53b) « aussi bien celui qui n'accomplit qu'un commencement d'union que celui qui l'achève », et au chapitre HaMafkid (Baba Metsia 40b) on enseigne « aussi bien l'acheteur que le déposant supportent le déchet » — et l'on explique là-bas que de même que le déposant supporte le déchet, l'acheteur aussi le supporte : dans tous ces cas, c'est le cas évident qui est mentionné en dernier. En revanche, celui de Yavne fait bien preuve : car c'est en réponse au premier Tana, qui avait dit qu'on ne sonne du chofar qu'à Yavne, qu'on lui réplique « aussi bien Yavne que tout lieu où siège un beit din ». De même dans Yevamot, chapitre HaIcha (116a), lorsque Beit Hillel disent « nous n'avons entendu ce cas que d'une femme revenant de la moisson », Beit Chammai leur répondent « aussi bien celle qui revient de la moisson que celle qui revient de la cueillette des olives ». Ici de même, le premier Tana a mentionné la grande natte, et il convient donc de lui répliquer « la grande en est une et la petite en est une » — c'est-à-dire : la petite lui est semblable, et ne relève pas d'une seconde règle.
💡 Explication

Première objection d'Abaye, purement stylistique — et pourtant décisive. Quand un Tana couple deux cas par la formule « aussi bien X que Y », l'ordre n'est pas indifférent : il nomme d'abord ce qui va de soi, puis ajoute le second pour dire qu'il lui est assimilé. Or Rabbi Eliezer dit « petite ou grande ». Si, comme le veut Rava, l'enjeu était la petite, il aurait dû commencer par la grande — le cas acquis — et finir par la petite, la nouveauté.

Rachi signale au passage un problème de version : ses livres portaient l'ordre inverse dans l'objection, et il déclare franchement qu'il ne verrait alors plus où est la difficulté. Il rectifie donc la girsa dans le sens de notre texte imprimé.

Tossefot met la règle à l'épreuve et la trouve fausse telle quelle : il aligne quatre passages où le cas évident vient au contraire en dernier. La règle ne vaut donc pas partout — mais elle vaut dans un cas précis : lorsqu'on réplique à un interlocuteur, on reprend d'abord son mot, puis on l'élargit. Comme le premier Tana avait nommé la grande natte, Rabbi Eliezer devait repartir de la grande. L'objection d'Abaye tient donc, mais sur un fondement plus étroit que celui que Rachi lui donnait.

🖼️ Schéma
La règle de l'ordre des mots chez les Tanaim, et l'examen de Tossefot Quand un Tana dit aussi bien X que Y, lequel des deux est le cas évident et lequel est la nouveauté ? Règle posée par Rachi Le cas qui va de soi est nommé EN PREMIER. Le second est la nouveauté : il lui est assimilé. Correction de Tossefot La règle ne vaut que dans une RÉPLIQUE : on reprend le mot de l'adversaire, puis on l'élargit. Contre-exemples relevés par Tossefot le cas évident y vient EN DERNIER Sanhédrin 32a -- affaires civiles / affaires capitales Yevamot 41a -- vierges / femmes déjà connues Yevamot 53b -- commencement d'union / union achevée Baba Metsia 40b -- l'acheteur / le déposant Conséquence : Baba Kama 50b (la fosse) et Sota 43a (celui qui bâtit) ne prouvent rien -- la règle n'y est pas fiable. La simple liste ne suffit donc pas à fonder l'objection d'Abaye. Les cas qui prouvent vraiment ce sont des répliques à un interlocuteur Roch Hachana 29b -- le premier Tana avait dit : on ne sonne qu'à Yavne. Réponse : aussi bien Yavne que tout beit din. Yevamot 116a -- Beit Hillel : nous n'avons entendu que le cas de la moisson. Beit Chammai : moisson comme cueillette. Ici de même : le premier Tana a nommé la GRANDE natte. Rabbi Eliezer réplique -- il doit donc reprendre la grande d'abord, puis ajouter que la petite lui est semblable. L'objection d'Abaye tient donc, mais pour une autre raison. Rachi signale de plus un problème de version : ses livres portaient l'inverse dans l'objection, et il préférait la lecture que nous avons. Sans quoi, dit-il, il ne saurait même pas où est l'objection -- grande ou petite exprimant justement que la petite est comme la grande.
La règle de l'ordre des mots chez les Tanaim : Tossefot la réfute comme règle générale, puis la sauve comme règle de réplique.
3
וְעוֹד: כִּי פְּלִיגִי, בִּגְדוֹלָה הוּא דִּפְלִיגִי — וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְחוּמְרָא. דְּתַנְיָא: מַחְצֶלֶת הַקָּנִים גְּדוֹלָה מְסַכְּכִין בָּהּ. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אִם אֵינָהּ מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה — מְסַכְּכִין בָּהּ.

Et de plus : lorsqu'ils divergent, c'est sur la grande qu'ils divergent — et Rabbi Eliezer va dans le sens de la rigueur. Car on a enseigné : une grande natte de roseaux, on couvre la soukka avec elle.

Rabbi Eliezer dit : si elle ne reçoit pas la toum'a — on couvre avec elle.

📜 Rachi (1)
אִם אֵינָהּ מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה כְּלוֹמַר אִם בְּפֵירוּשׁ עֲשָׂאָהּ לְסִיכּוּךְ אִין אִי לָא לָא אַלְמָא לְתַנָּא קַמָּא סְתָם גְּדוֹלָה לְסִיכּוּךְ וְלֵר' אֱלִיעֶזֶר סְתָמָא לִשְׁכִיבָה:
« Si elle ne reçoit pas la toum'a » — c'est-à-dire : s'il l'a faite explicitement pour couvrir, oui ; sinon, non. Il en ressort que pour le premier Tana, le stam d'une grande va au sekhakh, tandis que pour Rabbi Eliezer son stam va au coucher.
💡 Explication

Seconde objection d'Abaye, et celle-ci est substantielle. Une baraita rapporte la même mahloket, mais en termes qui la situent ailleurs : le premier Tana déclare la grande natte apte, et Rabbi Eliezer pose une condition — « si elle ne reçoit pas la toum'a ». Rachi décode aussitôt la formule : ne pas recevoir la toum'a, c'est avoir été faite explicitement pour couvrir ; à défaut, non.

Deux conclusions en découlent, toutes deux contraires à Rava. D'abord, la divergence porte sur la grande natte, non sur la petite. Ensuite, Rabbi Eliezer y est le plus rigoureux des deux — il exige une déclaration là où le premier Tana se contente du stam. Chez Rava, il était au contraire le plus indulgent. La lecture de Rava se trouve renversée point par point.

4
אֶלָּא אָמַר רַב פָּפָּא: בִּקְטַנָּה כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דִּסְתָמָא לִשְׁכִיבָה. כִּי פְּלִיגִי בִּגְדוֹלָה, תַּנָּא קַמָּא סָבַר: סְתָם גְּדוֹלָה לְסִיכּוּךְ, וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר: סְתַם גְּדוֹלָה נָמֵי לִשְׁכִיבָה.

Rav Papa dit plutôt : pour la petite, tout le monde s'accorde — son stam va au coucher. Leur divergence porte sur la grande : le premier Tana tient que le stam d'une grande va au sekhakh, et Rabbi Eliezer tient que le stam d'une grande va lui aussi au coucher.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא אָמַר רַב פָּפָּא כּוּ' וּמַאי עֲשָׂאָהּ לִשְׁכִיבָה דְּקָתָנֵי בְּמִילְּתֵיהּ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר הָכִי קָאָמַר עִיקַּר עֲשִׂייָּתָהּ לִשְׁכִיבָה עַד דַּעֲבִיד לֵיהּ לְסִיכּוּךְ כו' וּמִילְּתֵיהּ דְּתַנָּא קַמָּא הָכִי מִיפָּרְשָׁא כִּדְאוֹקֵימְנָא מֵעִיקָּרָא רֵישָׁא בִּגְדוֹלָה כִּדְקָתָנֵי בְּהֶדְיָא וְסֵיפָא בִּקְטַנָּה וְהָכִי קָאָמַר וְאִם קְטַנָּה הִיא וַעֲשָׂאָהּ בְּפֵירוּשׁ לְסִיכּוּךְ מְסַכְּכִין בָּהּ הָא סְתָמָא לִשְׁכִיבָה וַאֲתָא ר' אֱלִיעֶזֶר לְמֵימַר אַף גְּדוֹלָה שָׁוָה הִיא לִקְטַנָּה דְּכִי עֲבִיד לָהּ סְתָם הָוֵי עֲשָׂאָהּ לִשְׁכִיבָה וּמְקַבֶּלֶת טֻומְאָה וְאֵין מְסַכְּכִין בָּהּ אֲבָל עֲשָׂאָהּ בְּפֵירוּשׁ לְסִיכּוּךְ מְסַכְּכִין בָּהּ וְאֵינָהּ מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה:
« Rav Papa dit plutôt, etc. » — et que signifie alors « il l'a faite pour s'y coucher », que la michna enseigne dans les paroles de Rabbi Eliezer ? Voici ce qu'il dit : sa fabrication ordinaire va au coucher, tant qu'il ne l'a pas faite pour couvrir. Et les paroles du premier Tana s'expliquent comme nous l'avions posé d'emblée : le recha traite de la grande, comme il l'enseigne explicitement, et le sefa de la petite. Voici donc ce qu'il dit : si elle est petite et qu'il l'a faite explicitement pour couvrir, on couvre avec elle — d'où l'on déduit que son stam va au coucher. Et Rabbi Eliezer vient dire que la grande elle aussi est semblable à la petite : lorsqu'on la fait stam, c'est comme s'il l'avait faite pour s'y coucher, elle reçoit la toum'a et l'on ne couvre pas avec elle ; mais s'il l'a faite explicitement pour couvrir, on couvre avec elle et elle ne reçoit pas la toum'a.
💡 Explication

Rav Papa abandonne Rava et retourne intégralement la carte de la mahloket. Sur la petite, plus personne ne discute : son stam va au coucher, elle est passoul. Tout se joue sur la grande : le premier Tana y voit une pièce trop vaste pour un couchage individuel et lui accorde le sekhakh ; Rabbi Eliezer refuse d'en tirer une présomption et exige une déclaration expresse.

Cette répartition satisfait les deux objections d'un coup. Rabbi Eliezer devient le rigoureux, conformément à la baraita. Et l'ordre « petite ou grande » redevient naturel : la petite est le cas acquis, la grande est la nouveauté qu'il vient lui assimiler.

🖼️ Schéma
La michna selon Rav Papa : chaque membre a sa taille, et le stam suit le sens commun Recha = grande, sefa = petite -- la lecture posée au départ, celle que Rava avait abandonnée Cas Premier Tana Rabbi Eliezer PETITE, faite explicitement pour couvrir sefa de la michna, enseignée en clair kachère kachère PETITE, stam -- ACCORD déduit du sefa : la raison était qu'il l'a faite pour couvrir passoul (coucher) passoul (coucher) GRANDE, stam -- LA MAHLOKET tout se joue ici, et nulle part ailleurs kachère (sekhakh) passoul (coucher) GRANDE, faite explicitement pour couvrir c'est ce que Rabbi Eliezer exige dans la baraita kachère kachère Prix à payer : dans Rabbi Eliezer, il l'a faite pour se coucher ne veut plus dire déclaré -- mais fabriqué sans rien dire.
La michna selon Rav Papa : quatre cas, un seul point de désaccord -- la grande natte non déclarée.
5
וּמַאי עֲשָׂאָהּ לִשְׁכִיבָה דְּקָאָמַר — הָכִי קָאָמַר: סְתַם עֲשִׂיָּיתָהּ נָמֵי לִשְׁכִיבָה, עַד דַּעֲבִיד לְסִיכּוּךְ.

Et que signifie « il l'a faite pour s'y coucher » qu'il énonce ? Voici ce qu'il dit : sa fabrication ordinaire aussi va au coucher, tant qu'il ne la fait pas pour couvrir.

💡 Explication

La Guemara acquitte la facture de la lecture de Rav Papa. Dans les paroles de Rabbi Eliezer, la michna dit bien « il l'a faite pour s'y coucher » — ce qui semble désigner une déclaration expresse. Or Rav Papa a besoin que Rabbi Eliezer vise le cas non déclaré.

La solution est de déplacer le sens de l'expression : « il l'a faite pour s'y coucher » ne décrit plus une intention formulée, mais la destination par défaut — sa fabrication ordinaire va au coucher, et seule une intention contraire, explicite, peut l'en détourner. C'est le même mouvement que dans toute cette sougya : la mahshava (intention) du fabricant fait le statut de l'objet, et lorsqu'elle est muette, il faut lui prêter celle que suggère l'usage commun.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: מַחְצֶלֶת שֶׁל שִׁיפָה וְשֶׁל גֶּמִי, גְּדוֹלָה — מְסַכְּכִין בָּהּ, קְטַנָּה — אֵין מְסַכְּכִין בָּהּ. שֶׁל קָנִים וְשֶׁל חִילָת, גְּדוֹלָה — מְסַכְּכִין בָּהּ, אֲרוּגָה — אֵין מְסַכְּכִין בָּהּ.

Nos maîtres ont enseigné : une natte de chifa (jonc) ou de guémi (souchet), si elle est grande — on couvre la soukka avec elle ; si elle est petite — on ne couvre pas avec elle. Une natte de kanim (roseaux) ou de hilat (roseau à tresser), si elle est grande — on couvre avec elle ; si elle est arouga (tissée finement) — on ne couvre pas avec elle.

📜 Rachi (4)
שֶׁיָּפֶה פווי"ל:
« Chifa » — povi"l [glose de Rachi en langue vulgaire].
גֶּמִי יונ"ק דְּהֵן רַכִּין הִלְכָּךְ סְתָם קְטַנָּה יֵשׁ בָּהֶן לִשְׁכִיבָה לָא שְׁנָא גְּדוֹלָה מַעֲשֵׂה שַׁרְשְׁרוֹת שֶׁהִיא עָבָה וְאֵינָהּ חֲלָקָה לָא שְׁנָא אֲרוּגָה שֶׁהִיא חֲלָקָה וְהַיְינוּ דְּקָתָנֵי גְּדוֹלָה מְסַכְּכִין בָּהּ קְטַנָּה אֵין מְסַכְּכִין בָּהּ וְאֵין חִילּוּק בֵּין גְּדוֹלָה לַאֲרוּגָה אֲבָל שֶׁל קָנִים הֵן קָשִׁים וְכֵן שֶׁל חַיֶּלֶת לשק"א וְהַקֶּלַח שֶׁלָּהּ עָב:
« Guémi » — youn"k [glose de Rachi] : ce sont des joncs tendres. C'est pourquoi une petite natte faite de ces matières sert ordinairement au coucher, sans qu'il y ait de différence entre la grande, faite de tresses épaisses et rugueuses, et l'arouga, qui est lisse. Et c'est bien ce qu'enseigne la baraita : « grande — on couvre avec elle ; petite — on ne couvre pas avec elle », sans distinguer entre la grande et la tissée. Mais celles de roseaux sont dures, et de même celles de hilat — lachka [glose de Rachi] — dont la tige est épaisse.
גְּדוֹלָה מַעֲשֵׂה עֲבוֹת וּקְלִיעָה מְסַכְּכִין בָּהּ אַפֵּי' קְטַנָּה דְּאֵינָהּ לִשְׁכִיבָה לְפִי שֶׁהִיא עָבָה וְאֵינָהּ חֲלָקָה וְעֵץ שֶׁלָּהֶן קָשֶׁה:
« Grande » — faite en cordages et en tresse : on couvre avec elle, et même si elle est petite, car elle ne sert pas au coucher, étant épaisse et rugueuse, et leur bois est dur.
אֲרוּגָה אֵין מְסַכְּכִין בָּהּ דִּסְתָמָא לִשְׁכִיבָה דְּלָא הָיוּ רְגִילִין לְאָורְגָהּ אֶלָּא לִשְׁכִיבָה שֶׁתְּהֵא חֲלָקָה וְנוֹחָה:
« Tissée — on ne couvre pas avec elle » — car son stam va au coucher : on n'avait coutume de la tisser ainsi que pour s'y coucher, afin qu'elle soit lisse et douce.
🗂️ Tossefot (2)
שֶׁל שִׁיפָה וְשֶׁל גֶּמִי. בְּסֵיפָא פְּלִיגִי ר' דּוֹסָא וְרַבָּנָן בְּשֶׁל קָנִים וְשֶׁל חַיֶּלֶת מַשְׁמַע בְּשֶׁל שִׁיפָה וְשֶׁל גֶּמִי לָא פְלִיגִי וְלָא אַשְׁכְּחַן בְּהֶדְיָא דִּפְלִיגִי בְּשֶׁל גֶּמִי לְעִנְיַן מִדְרָס וְהָא דְּלָא תָּנֵי לֵיהּ הָכָא לְמַאן דְּאָמַר מַאי חוֹצְלוֹת מַזְבְּלֵי נִיחָא דְּאֵין זֶה מַחְצֶלֶת וַאֲפִילּוּ לְרֵישׁ לָקִישׁ דְּאָמַר מַחְצֶלֶת מַמָּשׁ לֹא תָּנֵי לָהּ הָכָא מִשּׁוּם דְּלָא אִיתְּשִׁיל הָכָא אֶלָּא לְאַשְׁמוֹעִינַן בַּמֶּה מְכַסִּין וּבַמֶּה אֵין מְכַסִּין:
« De chifa et de guémi » — dans le sefa, Rabbi Dossa et les Sages divergent à propos des nattes de roseaux et de hilat, ce qui donne à entendre qu'ils ne divergent pas à propos de celles de chifa et de guémi ; et nous ne trouvons pas explicitement qu'ils divergent au sujet de celles de guémi quant au midras. Que la baraita ne les mentionne pas ici se comprend aisément selon celui qui dit que les hotsalot sont des mezablei — car ce n'est alors pas une natte du tout ; et même selon Rech Lakich, qui dit qu'il s'agit de nattes proprement dites, la baraita ne les enseigne pas ici, parce qu'on ne demande ici qu'une seule chose : avec quoi couvre-t-on et avec quoi ne couvre-t-on pas.
וְשֶׁל חַיֶּלֶת. בִּקְטַנָּה מַיְירֵי:
« Et de hilat » — la baraita parle ici d'une petite.
💡 Explication

Nouvelle baraita, et déplacement du critère. Jusqu'ici la présomption reposait sur la taille ; elle repose maintenant sur la matière, et derrière la matière, sur le confort.

Rachi donne la clé. Le chifa et le guémi sont des joncs tendres : quelle que soit la façon dont on les travaille, tressée ou tissée, le résultat reste doux — seule la taille peut alors distinguer, et une petite natte de jonc est un couchage. Les kanim et le hilat sont au contraire des roseaux durs à tige épaisse : une natte tressée en cordage y est râpeuse, on ne s'y couche pas, même petite. Il faut, pour trahir une intention de couchage, le signe suplementaire d'un tissage arouga, fin et lisse — car on ne prend cette peine que pour le corps.

Tossefot observe que la suite de la baraita ne fait diverger Rabbi Dossa et les Sages que sur les roseaux, jamais sur le jonc — et rattache cette absence à la question, encore ouverte, de savoir ce que sont exactement les hotsalot de la michna d'Edouyot.

🖼️ Schéma
La baraita des matières : ce n'est plus la taille qui parle, c'est le confort Rachi : le jonc est tendre, le roseau est dur -- un dos ne se pose pas sur ce qui râpe Matière Critère qui distingue Kachère Passoul CHIFA et GUÉMI joncs et souchets matière tendre et souple on s'y couche volontiers la TAILLE seule tressée ou tissée, peu importe : c'est doux dans les deux cas grande petite Tossefot : la baraita ne parle ici que d'une petite pour le hilat KANIM et HILAT roseaux ordinaires et roseau à tresser matière dure, tige épaisse inconfortable au corps le TISSAGE tressée en cordage : épaisse et rugueuse arouga : tissée fine, lisse et agréable tressée arouga même petite, la tressée reste kachère -- Rachi RABBI YICHMAEL au nom de son père, et RABBI DOSSA avec lui L'une comme l'autre, on couvre : ni la taille ni le tissage ne créent de présomption de couchage. Pourquoi cette position compte : elle prépare la michna d'Edouyot, où Rabbi Dossa dit que les hotsalot ne prennent pas le midras. Une natte qui n'est pas faite pour le corps n'est pas un couchage -- donc pas de midras, et pas d'empêchement au sekhakh.
La baraita des matières : le jonc est doux et la taille tranche ; le roseau est dur et c'est le tissage qui trahit l'intention.
7
רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר מִשּׁוּם אָבִיו: אַחַת זוֹ וְאַחַת זוֹ מְסַכְּכִין בָּהּ. וְכֵן הָיָה רַבִּי דּוֹסָא אוֹמֵר כִּדְבָרָיו.

Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi dit au nom de son père : l'une comme l'autre, on couvre la soukka avec elle. Et de même Rabbi Dossa disait comme lui.

💡 Explication

Une troisième voix efface toutes les distinctions : ni la taille, ni le tissage ne créent de présomption de couchage. Une natte, tant que rien n'a été déclaré, n'est pas un keli (ustensile) — elle ne reçoit donc pas la toum'a, et rien ne l'empêche de servir de sekhakh.

Le nom de Rabbi Dossa est ici la charnière du folio. Il va réapparaître immédiatement dans une michna du traité Edouyot, où il soutient exactement la même thèse, mais dans le vocabulaire de la pureté : les hotsalot ne prennent pas le midras. La sougya bascule donc du droit de la soukka vers celui de la toum'a — pour vérifier que c'est bien la même position.

8
תְּנַן הָתָם: כָּל הַחוֹצָלוֹת מְטַמְּאִין טְמֵא מֵת, דִּבְרֵי רַבִּי דוֹסָא. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מִדְרָס.

Nous avons appris là-bas [dans une michna] : toutes les hotsalot contractent la toum'a du mort — parole de Rabbi Dossa. Et les Sages disent : le midras (l'impureté transmise par l'appui du zav).

📜 Rachi (3)
כָּל חוֹצְלוֹת לְקַמָּן מְפָרֵשׁ מַאי הִיא:
« Toutes les hotsalot » — plus bas, la Guemara explique de quoi il s'agit.
מְטַמְּאוֹת טְמֵא מֵת כְּלוֹמַר כְּלִי הֵם מִן הַסְּתָם וּמְקַבְּלוֹת טֻומְאָה וְהַאי דִּנְקַט טְמֵא מֵת מִשּׁוּם דְּבָעֵי אַפִּלּוּגֵי בְּמִדְרָס שֶׁהוּא אַב הַטֻּומְאָה נְקַט נָמֵי טְמֵא מֵת שֶׁהוּא אַב הַטֻּומְאָה וְהָכִי קָאָמַר הַחוֹצְלוֹת כְּלִי הֵם לְטֻומְאָה אֲבָל אֵינָם מְיֻוחָדוֹת לִשְׁכִיבָה שֶׁהֵן נַעֲשׂוֹת אַב הַטֻּומְאָה בְּמִדְרָס הַזָּב וְאֵין אַתָּה מוֹצֵא שֶׁיְּהוּ אַב הַטֻּומְאָה אֶלָּא ע"י הַמֵּת עַצְמוֹ שֶׁיִּהְיוּ הֵן טְמֵאוֹת מֵת דִּבְרֵי ר' דּוֹסָא:
« Elles contractent la toum'a du mort » — c'est-à-dire : ce sont des ustensiles par défaut, et elles reçoivent donc la toum'a. Et s'il a pris précisément la toum'a du mort, c'est parce qu'il voulait s'opposer au midras, qui est un av hatoum'a (source première d'impureté) : il a donc pris lui aussi la toum'a du mort, qui est un av hatoum'a. Voici ce qu'il dit : les hotsalot sont des ustensiles quant à la toum'a, mais elles ne sont pas destinées au coucher au point de devenir av hatoum'a par le midras du zav ; tu ne trouveras qu'elles deviennent av hatoum'a que par le mort lui-même, en devenant temeot met — parole de Rabbi Dossa.
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים טְמֵאוֹת מִדְרָס עַל יְדֵי מִדְרָס נַעֲשׂוֹת אַב הַטֻּומְאָה לְפִי שֶׁעֲשׂוּיוֹת לִשְׁכִיבָה:
« Et les Sages disent : elles contractent le midras » — par le midras elles deviennent av hatoum'a, parce qu'elles sont faites pour s'y coucher.
🗂️ Tossefot (1)
תְּנַן הָתָם כָּל הַחוֹצָלוֹת. מִשְׁנָה בְּמַסֶּכֶת עִדִּיּוֹת פֶּרֶק שְׁלִישִׁי מִיטַּמֵּא טֻומְאַת מֵת בִּדְאִית לֵיהּ גְּדָנְפָא מוֹקְמִי לָהּ דַּחֲשִׁיב בֵּית קִיבּוּל ואע"ג דִּפְשׁוּטֵי כְּלֵי עֵץ הָרְחָבִים הָעֲשׂוּיִם לְהַנִּיחַ עֲלֵיהֶם דָּבָר כְּדַף שֶׁל נַחְתּוֹמִין מְטַמְּאִין מִדְּרַבָּנָן כִּדְאָמַר פֶּרֶק הַמּוֹכֵר אֶת הַבַּיִת (ב"ב דַּף סו. וְשָׁם) הָכָא הֵיכָא דְּלֵית לְהוּ גְּדָנְפָא עִשּׂוּיַן לְסִיכּוּךְ:
« Nous avons appris là-bas : toutes les hotsalot » — c'est une michna du traité Edouyot, chapitre trois. Qu'elles contractent la toum'a du mort, on l'établit dans le cas où elles ont un rebord (guedanpa), lequel les fait compter comme un réceptacle. Et bien que les ustensiles de bois plats et larges, faits pour poser des choses dessus — comme la planche des boulangers — contractent la toum'a de rabbanan, ainsi qu'il est dit au chapitre HaMokher et haBayit (Baba Batra 66a), ici, lorsqu'elles n'ont pas de rebord, elles sont faites pour couvrir.
💡 Explication

La michna d'Edouyot transpose notre question dans le langage de la pureté. Deux régimes s'opposent, et Rachi en explique la logique : le midras est un av hatoum'a (source première) ; pour lui opposer un terme de même rang, Rabbi Dossa choisit la toum'a du mort, également av hatoum'a.

Rabbi Dossa dit donc : les hotsalot sont bien des keilim — elles reçoivent la toum'a — mais elles ne sont pas destinées au coucher, et n'entrent donc pas dans le régime du midras. Les Sages disent l'inverse : elles servent au coucher, donc le zav qui s'y appuie les rend av hatoum'a. C'est mot pour mot le désaccord de notre baraita, exprimé autrement.

Tossefot ajoute une précision technique : pour qu'une natte contracte la toum'a du mort, encore faut-il qu'elle ait un guedanpa, un rebord, qui en fasse un réceptacle ; sans rebord, elle est simplement faite pour couvrir.

9
מִדְרָס אִין, טְמֵא מֵת לָא? וְהָא אֲנַן תְּנַן: כָּל הַמְטַמֵּא מִדְרָס — מִטַּמֵּא טְמֵא מֵת. אֵימָא: אַף מִדְרָס.

Le midras oui, la toum'a du mort non ?! Mais nous avons pourtant appris : tout ce qui contracte le midras contracte la toum'a du mort !

Dis plutôt : même le midras.

📜 Rachi (3)
מִדְרָס אִין טְמֵא מֵת לָא בִּתְמִיהַּ:
« Le midras oui, la toum'a du mort non » — question posée avec étonnement.
וְהִתְנָן כָּל הַמִּטַּמֵּא מִדְרָס מִטַּמֵּא טְמֵא מֵת וְהוּא הַדִּין לְכָל הַטֻּומְאוֹת כְּגוֹן נוֹגֵעַ בְּשֶׁרֶץ וּבִנְבֵילָה וְהַאי דִּנְקַט טְמֵא מֵת מִשּׁוּם דִּבְאַב הַטֻּומְאָה מַייְרֵי וְהָכִי קָאָמַר כָּל הַנַּעֲשֶׂה אַב הַטֻּומְאָה עַל יְדֵי מִדְרָס נַעֲשָׂה אַב הַטֻּומְאָה כְּשֶׁהוּא טְמֵא מֵת דְּאֵין לְךָ מִיטַּמֵּא מִדְרָס אֶלָּא הַמְיֻוחָד לִשְׁכִיבָה וְכֵיוָן דְּשָׁוֵי לְתַשְׁמִישׁ כְּלִי הוּא וְכֹל שֶׁהוּא כְּלִי לְמִדְרָס מִיטַּמֵּא בְּכָל טֻומְאָה וַאֲפִילּוּ הוּא פְּשׁוּטֵי כְּלֵי עֵץ דְּיָלְפִינַן לֵיהּ בק"ו בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת (דַּף פד.) מַפָּץ בְּמֵת מִנַּיִן וְדִין הוּא כו' וְסֵיפָא דְּהַהִיא מִשְׁנָה וְיֵשׁ שֶׁהוּא מְטַמֵּא טְמֵא מֵת וְאֵינוֹ מִטַּמֵּא מִדְרָס וְהַיְינוּ מַה שֶׁהוּא כְּלִי אֲבָל אֵינוֹ מְיֻוחָד לִשְׁכִיבָה דִּמְטַמֵּא בְּכָל טֻומְאוֹת חוּץ מִטֻּומְאַת מִדְרָס שֶׁאִם שָׁכַב עָלָיו הַזָּב וְלֹא נָגַע בּוֹ טָהוֹר דִּלְגַבֵּי מִדְרָס מְיֻוחָד לְכָךְ בָּעֵינַן כִּדְאָמְרִי' יָצָא שֶׁאוֹמְרִים לוֹ עֲמֹוד וְנַעֲשֶׂה מְלַאכְתֵּנוּ:
« Mais nous avons appris : tout ce qui contracte le midras contracte la toum'a du mort » — et il en va de même pour toutes les toum'ot, par exemple le contact d'un cherets (reptile impur) ou d'une nevela ; s'il a pris précisément la toum'a du mort, c'est parce qu'il traite de l'av hatoum'a. Voici donc ce qu'il dit : tout ce qui devient av hatoum'a par le midras devient av hatoum'a lorsqu'il est tame met. Car rien ne contracte le midras sinon ce qui est destiné au coucher ; et dès lors que l'objet est apte à un usage, c'est un ustensile — et tout ce qui est ustensile quant au midras contracte toutes les toum'ot, même s'il s'agit d'un ustensile de bois plat, comme nous le déduisons par kal va-homer (raisonnement à fortiori) dans le traité Chabbat (84a) : « D'où sait-on qu'une natte contracte la toum'a du mort ? C'est un raisonnement, etc. » Et le sefa de cette même michna dit : « et il en est qui contracte la toum'a du mort sans contracter le midras » — c'est ce qui est ustensile sans être destiné au coucher : cela contracte toutes les toum'ot sauf celle du midras, de sorte que si un zav s'est couché dessus sans le toucher, il reste pur — car pour le midras nous exigeons que l'objet y soit destiné, ainsi que nous disons : « est exclu ce dont on peut dire à celui qui s'y trouve : lève-toi, que nous fassions notre travail. »
אֵימָא אַף בְּמִדְרָס שֶׁכְּלִי הֵן וַעֲשׂוּיִין לִשְׁכִיבָה:
« Dis plutôt : même le midras » — car ce sont des ustensiles, et ils sont faits pour s'y coucher.
💡 Explication

Objection de forme, non de fond. Les Sages ont dit « le midras », ce qui s'entend comme une exclusivité. Or les deux régimes ne sont pas parallèles : ils sont emboîtés. Le midras est le cercle étroit — seul ce qui est destiné au corps y entre ; la toum'a du mort est le cercle large — tout keli y entre. Dire « midras et pas toum'a du mort » est donc impossible.

La correction est minime : lire « même le midras ». Les Sages ne restreignent pas, ils ajoutent — ces objets sont des ustensiles (donc toum'a du mort) et des couchages (donc midras en plus).

Rachi profite de l'occasion pour donner le critère pratique du midras, célèbre dans tout le Chas : est exclu du midras ce dont on peut dire à celui qui s'y trouve « lève-toi, que nous fassions notre travail » — un objet dont l'usage propre n'est pas de porter un corps.

🖼️ Schéma
Midras et toum a du mort : pourquoi l'un implique l'autre, et jamais l'inverse La règle citée par la Guemara : tout ce qui contracte le midras contracte la toum a du mort Cercle large : tout ce qui est un KELI (un ustensile, apte à un usage) contracte toutes les toum ot, dont celle du mort -- même un ustensile de bois plat, par kal va-homer (Chabbat 84a) Cercle étroit : ce qui est DESTINÉ AU COUCHAGE contracte en plus le MIDRAS -- il devient av hatoum a sous le zav qui s'y assied ou s'y couche Le critère du midras : on ne peut pas dire à celui qui s'y trouve lève-toi, que nous fassions notre travail RABBI DOSSA Les hotsalot contractent la toum a du mort. Elles sont bien des keilim -- mais rien de plus. Rachi : il choisit la toum a du mort parce que le midras est un av hatoum a -- il oppose donc av à av. Conséquence : elles ne sont pas faites pour le corps. LES SAGES Elles contractent le midras. Donc elles sont faites pour s'y coucher. Objection : midras oui et toum a du mort non ? Impossible -- le midras est le cercle étroit, il implique l'autre. Correction : lire MÊME le midras, et non seulement. Enjeu pour notre soukka : si les hotsalot prennent le midras, elles sont des couchages -- donc passoul comme sekhakh. La divergence d'Edouyot est donc exactement celle de notre baraita, transposée dans le vocabulaire de la pureté.
Deux cercles emboîtés : tout keli prend la toum a du mort, seul ce qui est destiné au corps prend en plus le midras.
10
מַאי חוֹצְלוֹת? אָמַר רַב אַבְדִּימִי בַּר הַמְדּוּרֵי: מַרְזוֹבְלֵי. מַאי מַרְזוֹבְלֵי? אָמַר רַבִּי אַבָּא: מַזְבְּלֵי. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ אוֹמֵר: מַחְצָלוֹת מַמָּשׁ.

Que sont les hotsalot ? Rav Avdimi bar Hamdouri dit : des marzovlei.

Que sont les marzovlei ? Rabbi Abba dit : des mezablei.

Rabbi Chimon ben Lakich dit : des nattes proprement dites.

📜 Rachi (1)
מַזְבְּלֵי בולו"ס וְעָשׂוּי לְרוֹעֶה לְהַנִּיחָן תַּחַת רֹאשׁוֹ וְלִשְׁכַּב:
« Mezablei » — boulou"s [glose de Rachi] : ce sont des sacs faits pour le berger, qui les place sous sa tête pour se coucher.
💡 Explication

Toute la portée de la michna d'Edouyot dépend d'un mot rare — et la Guemara le traduit d'abord par un mot plus rare encore, qu'il faut à son tour traduire dans la langue de Babylonie. Selon Rav Avdimi et Rabbi Abba, les hotsalot sont des mezablei : des sacs de cuir de berger, que Rachi décrit comme glissés sous la tête pour dormir. Ce ne sont donc pas des nattes du tout.

Rech Lakich soutient au contraire qu'il s'agit de nattes au sens propre. L'enjeu est immédiat : si les hotsalot sont des sacs, la michna d'Edouyot ne dit rien de notre sougya et le Rabbi Dossa qui s'y exprime traite d'un objet à part. Si ce sont des nattes, elle en est le pendant exact — et il faudra alors préciser où porte, et où ne porte pas, le désaccord.

🖼️ Schéma
Que sont les hotsalot ? Deux identifications, deux portées Un mot rare, expliqué par un mot plus rare encore -- puis traduit dans la langue de Babylonie Voie 1 -- Rav Avdimi bar Hamdouri hotsalot = marzovlei marzovlei = mezablei (Rabbi Abba) Rachi : sacs de cuir du berger, qu'il glisse sous sa tête pour se coucher Ce ne sont pas des nattes : aucun lien avec notre baraita Voie 2 -- Rech Lakich hotsalot = des nattes proprement dites Le mot désigne donc l'objet même dont notre baraita vient de discuter le statut Le Rabbi Dossa d'Edouyot est le même que le nôtre : une natte n'est pas faite pour le corps, donc pas de midras Rech Lakich va appuyer cette lecture sur Rabbi Hiya Nafka mina Si hotsalot = sacs de berger, la michna d'Edouyot ne dit rien de nos nattes, et la position de Rabbi Dossa reste isolée sur un objet à part. Si hotsalot = nattes, alors Edouyot est le pendant exact de notre baraita -- et il faudra dire où porte, où ne porte pas, leur désaccord.
Deux identifications du mot hotsalot -- sacs de berger ou nattes véritables -- et la nafka mina pour la michna d'Edouyot.
11
וְאַזְדָּא רֵישׁ לָקִישׁ לְטַעְמֵיהּ. דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: הֲרֵינִי כַּפָּרַת רַבִּי חִייָּא וּבָנָיו, שֶׁבִּתְחִלָּה כְּשֶׁנִּשְׁתַּכְּחָה תּוֹרָה מִיִּשְׂרָאֵל — עָלָה עֶזְרָא מִבָּבֶל וְיִסְּדָהּ. חָזְרָה וְנִשְׁתַּכְּחָה — עָלָה הִלֵּל הַבַּבְלִי וְיִסְּדָהּ. חָזְרָה וְנִשְׁתַּכְּחָה — עָלוּ רַבִּי חִיָּיא וּבָנָיו וְיִסְּדוּהָ. וְכֵן אָמַר רַבִּי חִייָּא וּבָנָיו: לֹא נֶחְלְקוּ רַבִּי דּוֹסָא וַחֲכָמִים עַל מַחְצָלוֹת שֶׁל אוּשָׁא

Et Rech Lakich suit ici sa propre ligne, car Rech Lakich a dit : que je sois l'expiation de Rabbi Hiya et de ses fils ! Car au commencement, lorsque la Torah fut oubliée d'Israël, Ezra monta de Babylonie et la rétablit ; elle fut de nouveau oubliée — Hillel le Babylonien monta et la rétablit ; elle fut encore oubliée — Rabbi Hiya et ses fils montèrent et la rétablirent.

Et ainsi disaient Rabbi Hiya et ses fils : Rabbi Dossa et les Sages n'ont pas divergé au sujet des nattes d'Oucha...

📜 Rachi (3)
הֲרֵינִי כַּפָּרַת יִסּוּרִין הַבָּאִין עָלַי לְכַפָּרָתוֹ שֶׁל ר' חַייָּא וּבָנָיו יִהְיוּ וּלְשׁוֹן כָּבוֹד הוּא זֶה כְּשֶׁהוּא מַזְכִּיר אָבִיו אוֹ רַבּוֹ לְאַחַר מִיתָתוֹ צ"ל כֵּן:
« Que je sois l'expiation » — que les souffrances qui viennent sur moi servent d'expiation à Rabbi Hiya et à ses fils. C'est une formule de respect : lorsqu'on mentionne son père ou son maître après leur mort, il faut parler ainsi.
כְּשֶׁנִּשְׁתַּכְּחָה תּוֹרָה מִיִּשְׂרָאֵל לֹא נִשְׁתַּכְּחָה כֻּולָּהּ קָאָמַר אֶלָּא הֲלָכוֹת שְׁכוּחוֹת מִבְּנֵי בְּתֵירָא שֶׁהָיוּ רָאשֵׁי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל כִּדְאָמְרִי' בִּפְסָחִים בְּאֵלּוּ דְּבָרִים (פְּסָחִים דַּף סו.):
« Lorsque la Torah fut oubliée d'Israël » — il ne veut pas dire qu'elle fut oubliée tout entière, mais qu'il s'agit de halakhot oubliées des Bnei Bathyra, qui étaient les chefs d'Erets Israël, comme nous le disons dans Pessahim, au chapitre Elou Devarim (66a).
עָלָה הִלֵּל הַבַּבְלִי שֶׁמִּיּוֹם שֶׁגָּלָה יְכָנְיָה הַחֵרֵשׁ וְהַמַּסְגֵּר עִמּוֹ הָיְתָה יְשִׁיבָה מְצוּיָה בְּבָבֶל:
« Hillel le Babylonien monta » — car depuis le jour où Yekhonya fut exilé avec les harach et les masguer (les artisans et les serruriers, c'est-à-dire l'élite des savants), une yechiva se trouvait établie en Babylonie.
🗂️ Tossefot (1)
עָלָה הִלֵּל מִבָּבֶל וְיִסְּדָהּ. שֶׁלָּמַד מִשְּׁמַעְיָה וְאַבְטַלְיוֹן כִּדְאִיתָא בִּפְסָחִים פֶּרֶק אֵלּוּ דְּבָרִים (פְּסָחִים דַּף סו:):
« Hillel monta de Babylonie et la rétablit » — car il avait étudié auprès de Chemaya et Avtalion, comme il ressort de Pessahim, chapitre Elou Devarim (66b).
💡 Explication

La Guemara vérifie la cohérence de Rech Lakich : sa lecture des hotsalot comme nattes véritables n'est pas une trouvaille isolée, elle repose sur une tradition qu'il tient de Rabbi Hiya et de ses fils. Avant de la citer, il acquitte sa dette par la formule de déférence due aux maîtres disparus.

S'inscrit alors l'une des grandes aggadot du Chas : trois fois la Torah s'est perdue en Erets Israël, trois fois elle a été relevée — et chaque fois depuis Babylonie. Ezra d'abord, Hillel ensuite, Rabbi Hiya et ses fils enfin. Rachi atténue aussitôt l'hyperbole : il ne s'agit pas de la Torah entière, mais de halakhot précises, oubliées des Bnei Bathyra — l'épisode de Pessahim 66a, où Hillel arrive de Babylonie pour trancher la question du korban Pessa'h tombant un Chabbat. Et si Babylonie il y a, c'est parce que l'exil de Yekhonya y avait déporté l'élite des savants, y implantant une yechiva dès avant la destruction.

La citation de Rabbi Hiya commence — « Rabbi Dossa et les Sages n'ont pas divergé au sujet des nattes d'Oucha » — puis s'interrompt : la fin de la phrase, et la délimitation exacte du désaccord, se lisent en 20b.

🖼️ Schéma
Trois fois la Torah oubliée, trois fois rétablie -- et toujours depuis Babylonie Rachi : il ne s'agit pas de la Torah entière, mais de halakhot perdues, comme celles oubliées des Bnei Bathyra retour de l'exil génération de Rabbi EZRA monte de Babylonie et rétablit la Torah HILLEL LE BABYLONIEN formé par Chemaya et Avtalion il rétablit ce qui fut oublié RABBI HIYA ET SES FILS montent à leur tour et rétablissent encore Rachi sur la yechiva de Babylonie : depuis l'exil de Yekhonya avec les harach et les masguer, l'étude y était établie. Le centre s'est déplacé deux fois -- et deux fois c'est la périphérie qui a sauvé le centre. Hareini kapparat Rabbi Hiya ou-vanav -- que je sois leur expiation Rachi : que les souffrances qui viennent sur moi servent à les expier. Formule de respect due au père ou au maître après leur mort. Rech Lakich ne cite pas une source parmi d'autres : il déclare sa dette avant de transmettre la halakha qui va suivre en 20b.
Les trois rétablissements de la Torah, tous venus de Babylonie -- et la formule de déférence par laquelle Rech Lakich nomme sa source.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).