Sukkah 21b — Le ventre du bœuf, le dessous du lit : ce qui mérite le nom de couvert

Sukkah 21b

Sougya : Le folio s'ouvre sur une baraita enseignée conformément à Rava : Rabbi Yehouda écartait bien les portes du convoi des enfants de la vache rousse, mais par prudence — l'esprit de l'enfant est présomptueux et il sortirait la tête du bord — et non parce qu'un abri en mouvement ne serait pas une tente. Reste alors une contradiction interne : si le ventre du bœuf fait écran, pourquoi le vide sous un lit n'en fait-il pas, alors que Rabbi Yehouda déclare y avoir dormi devant les Anciens ?

La Guemara tente trois critères. Le lit est fait pour son dessus : réfuté, le bœuf aussi.

Le bœuf abrite les bergers : réfuté, le lit abrite les chaussures. Enfin Rava déplace la question — le bœuf est fait pour protéger ses propres entrailles, et l'Écriture emploie pour le corps le verbe tesokhekheni, de la racine même du s khakh.

Une seconde voie est ouverte : pour Rabbi Yehouda le lit est bel et bien une tente, mais la souka est une tente permanente et une tente passagère ne l'annule pas — ce sur quoi Rabbi Chimon, qui partage pourtant la même exigence de permanence, diverge exactement. Vient ensuite la michna de Tavi : de la conversation de Rabban Gamliel, Rabbi Chimon tire deux lois, et de son choix du mot conversation la Guemara tire une troisième leçon — même la si ha des sages requiert étude, car son feuillage ne se flétrit pas.

Le folio se termine sur une nouvelle michna : la souka appuyée sur les pieds du lit. Rabbi Yehouda l'invalide, et deux Amoraim proposent deux raisons — manque de permanence, ou support susceptible d'impureté — que séparent les broches de fer plantées en terre, et que le montage d'Abaye, ou le lit ne fait plus que paroi, laisse toutes deux sans prise.

Le fil du folio : pourquoi le ventre du bœuf fait tente et le lit n'en fait pas Treize segments. Une baraita qui confirme Rava, trois tentatives pour séparer le bœuf du lit, puis une nouvelle michna sur la souka appuyée au lit Bloc A -- segments 0 à 1 : la baraita enseignée conformément à Rava Rabbi Yehouda : on n'amenait pas de portes du tout. Raison donnée par la baraita elle-même : l'esprit de l'enfant est présomptueux, il sortirait la tête ou un membre. Seulement des bœufs égyptiens au ventre large, l'enfant assis dessus, coupe de pierre en main, jusqu'au bassin du Chiloah. Rava avait raison contre Abaye : le refus des portes est une précaution, pas un principe. Donc pour Rabbi Yehouda un abri porté est bien un ohel. Bloc B -- segments 2 à 4 : la contradiction interne, et trois façons de la lever Objection : sous un lit il y a plusieurs poings de vide, et Rabbi Yehouda déclare pourtant y avoir dormi devant les Anciens. Le bœuf fait tente, le lit non ? Essai 1 -- le lit est fait pour son dessus (le-gaba assouya), donc le dessous n'a pas nom de tente. Réfuté : le bœuf aussi est fait pour son dessus. Essai 2 -- Ravin au nom de Rabbi Elazar : le bœuf abrite les bergers, du soleil et de la pluie. Réfuté : le lit abrite les chaussures et les sandales. Essai 3 -- Rava : le bœuf est fait pour protéger ses propres entrailles. Preuve d'un verset de Iyov : de peau et de chair Tu m as vêtu, d'os et de tendons tesokhekheni. Le verbe tesokhekheni est de la racine s-kh-kh, celle du s khakh : l'Écriture appelle le corps un couvert. Aucune objection ne suit. Tossefot : le verset parle de l'homme, mais à plus forte raison de la bête, dont le ventre est en bas -- exactement la forme d'une tente. Bloc C -- segments 5 à 6 : la réponse alternative, et le vrai point de désaccord Ou bien : pour Rabbi Yehouda le lit est bien une tente, mais la souka est une tente permanente et le lit une tente passagère. Une tente temporaire ne vient pas annuler une tente permanente : le nom de souka ne quitte pas la place. Rabbi Chimon exige lui aussi une souka permanente et invalide pourtant. Réponse : c'est précisément là-dessus qu'ils divergent. Bloc D -- segments 7 à 8 : deux lois tirées d'une conversation Rabbi Chimon : de la si ha de Rabban Gamliel nous avons appris deux choses -- les esclaves sont dispensés de la souka, et dormir sous le lit ne libère pas. Pourquoi si ha, conversation, et non paroles ? Pour glisser au passage : même la conversation des sages requiert étude. Verset : et son feuillage ne se flétrit pas. Le fruit, ce sont les enseignements ; le feuillage, ce qui tombe autour -- et il ne se perd pas non plus. Bloc E -- segments 9 à 12 : nouvelle michna, la souka appuyée sur les pieds du lit Michna : elle est valable ; Rabbi Yehouda l'invalide si elle ne tient pas d'elle-même. Deux raisons proposées, jamais tranchées. Rabbi Zeira ou Rabbi Abba bar Mamal : soit elle manque de permanence, soit elle est portée par un objet susceptible d'impureté. Deux cas les séparent : les broches de fer plantées en terre, et le s khakh posé au-dessus du lit plutôt qu'appuyé sur ses pieds.
Le fil des treize segments : la baraita qui confirme Rava, les trois essais pour séparer le boeuf du lit, la mahloket sur la tente temporaire, les deux lois tirées d une conversation, puis la nouvelle michna.
Trois tentatives pour dire pourquoi le bœuf fait tente et le lit n'en fait pas Chaque critère est proposé, puis retourné contre lui-même -- sauf le dernier Le problème : Rabbi Yehouda tient le dos du bœuf pour un ohel, et il a dormi sous un lit devant les Anciens Essai 1 -- le lit est le-gaba assouya : fait pour ce qui est dessus Critère proposé : un objet dont l'usage est le dessus n'abrite pas ; son dessous n'est qu'un résidu, sans nom de tente. Rachi : on dort sur le lit et non dessous, c'est pourquoi il n'a pas nom d'ohel. Retourné : les bœufs aussi sont faits pour leur dessus -- on y monte, on y charge. Le critère ne sépare rien. Rachi précise l'objection initiale : les plusieurs poings se comptent depuis les sangles du sommier jusqu'au sol. Essai 2 -- Ravin au nom de Rabbi Elazar : le bœuf protège les bergers Critère proposé : ce qui abrite effectivement un homme est une tente, même si ce n'est pas sa destination première. Rachi : les bergers glissent leur tête sous le ventre de la bête -- au soleil contre le soleil, sous la pluie contre la pluie. Retourné : le lit abrite les chaussures et les sandales rangées dessous. Il protège lui aussi quelque chose. Rachi renvoie à Baba Batra 58a : le lit du sage ne porte dessous que les chaussures du maître de maison, rien d'autre. Essai 3 -- Rava : le bœuf est fait pour protéger ses propres entrailles Le critère se déplace : il ne s'agit plus de savoir qui la bête abrite, mais de ce que sa structure même est faite pour couvrir. Rachi : la colonne vertébrale forme un toit au-dessus des entrailles ; le ventre large en est le plancher. Iyov 10,11 : de peau et de chair Tu m as vêtu, d'os et de tendons tesokhekheni -- Tu m as couvert. La racine est celle du s khakh. Rachi : donc l'Écriture appelle cela s khakh. Le corps est désigné par le vocabulaire même de la couverture. Tossefot : le verset vise l'homme, debout ; à plus forte raison la bête, dont le ventre est horizontal, en forme de toit. Aucune objection ne suit
Les trois critères proposés pour expliquer pourquoi le dos du boeuf fait tente et le dessous du lit n en fait pas -- deux sont retournés, le troisième tient.
La souka et le lit : trois montages, deux raisons, quatre verdicts Les deux raisons de Rabbi Yehouda donnent le même verdict sur le premier montage et se séparent sur le deuxième Le montage Raison 1 : elle n'a pas de keva Raison 2 : portée par un mekabel touma A. Il appuie le s khakh sur les pieds du lit le s khakh repose sur le lit PASSOUL On déplace le lit, la souka tombe : rien ne tient d soi-même. Rachi : elle se déplace par le lit, et Rabbi Yehouda exige une demeure permanente. PASSOUL Le lit est un ustensile, donc susceptible d'impureté. Rachi : on n'a appris l'invalidation que du s khakh, mais son support en est ici l'essentiel. B. Broches de fer plantées en terre, s khakh dessus solide, mais métallique KACHER Des broches enfoncées en terre ne bougent pas : la souka a bien un keva. C'est ici la nafka mina du segment 11. PASSOUL Un ustensile de métal est susceptible d'impureté : le s khakh est porté par un mekabel touma, comme le lit. C. Abaye : il couvre par-dessus le lit, sans s'appuyer sur lui le lit sert de paroi, pas de support KACHER Les piquets portent le s khakh : retire le lit et la souka reste debout. Le s khakh, lui, a bien un keva. KACHER Le lit ne fait plus que paroi, et on n'a jamais appris de pesoul de mekabel touma pour les parois, seulement pour le s khakh et ce qui le porte.
Trois façons de monter une souka avec un lit, croisées avec les deux raisons de Rabbi Yehouda : le tableau des verdicts des segments 9 à 12.
1
בְּקֶבֶר הַתְּהוֹם.

... par la tombe de l'abîme.

📜 Rachi (1)
בְּקֶבֶר הַתְּהוֹם כְּלוֹמַר בִּסְפֵק קֶבֶר:
« Par la tombe de l'abîme » — c'est-à-dire par un doute de tombe : un lieu dont nul ne sait s'il recouvre un mort.
💡 Explication

Ces trois mots achèvent la phrase commencée à la fin de 21a. Rava y expliquait pourquoi Rabbi Yehouda refusait les portes posées sur le dos des bœufs : l'enfant s'y sentirait en confiance et sortirait un membre du bord. Le danger encouru, c'est celui-ci — le kever ha-tehom, la tombe de l'abîme.

Rachi précise la nature du risque : il ne s'agit pas d'une tombe connue, qu'on éviterait, mais d'un safek kever, un doute de tombe. Une sépulture ancienne, oubliée, sous le chemin. Toute la machinerie des enfants élevés dans les cours voûtées de Jérusalem existe pour cela : mettre en permanence un vide, un plancher ou un ventre de bête, entre l'enfant et une terre dont on ne peut jamais garantir qu'elle est vide.

2
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרָבָא. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לֹא הָיוּ מְבִיאִין דְּלָתוֹת כָּל עִיקָּר, מִפְּנֵי שֶׁדַּעְתּוֹ שֶׁל תִּינוֹק גַּסָּה עָלָיו, שֶׁמָּא יוֹצִיא רֹאשׁוֹ אוֹ אֶחָד מֵאֵבָרָיו וְיִטָּמֵא בְּקֶבֶר הַתְּהוֹם. אֶלָּא מְבִיאִין שְׁוָורִים הַמִּצְרִים שֶׁכְּרֵיסוֹתֵיהֶן רְחָבוֹת, וְהַתִּינוֹקוֹת יוֹשְׁבִין עַל גַּבֵּיהֶן, וְכוֹסוֹת שֶׁל אֶבֶן בִּידֵיהֶן. הִגִּיעוּ לְשִׁילּוּחַ — יָרְדוּ וּמִלְּאוּם, וְעָלוּ וְיָשְׁבוּ לָהֶן עַל גַּבֵּיהֶן.

On a enseigné une baraita conforme à Rava. Rabbi Yehouda dit : on n'amenait pas de portes du tout, parce que l'esprit de l'enfant est présomptueux — il pourrait sortir sa tête ou l'un de ses membres et contracter l'impureté par la tombe de l'abîme.

Mais on amenait des bœufs égyptiens, dont les ventres sont larges ; les enfants s'asseyaient sur leur dos, des coupes de pierre à la main. Parvenus au Chiloah, ils descendaient et les remplissaient, puis remontaient et se rasseyaient sur leur dos.

💡 Explication

Taniya kevateih de-Rava : on a enseigné conformément à Rava. C'est le sceau de l'argument ouvert en 21a. Abaye et Rava proposaient deux lectures de la baraita ; celle-ci, retrouvée ailleurs, donne mot pour mot la raison que Rava avait devinée — la prudence envers l'enfant, et non un principe sur la nature de la tente.

L'expression daato chel tinok gassa alav, littéralement son esprit est épais sur lui, décrit l'assurance excessive de l'enfant. Sur une planche large, il oublie le vide ; sur le dos étroit et bombé du bœuf, la peur de tomber le tient immobile au centre. Le dispositif le plus protecteur en apparence est donc le plus dangereux.

Les chevarim ha-mitsriim, les bœufs égyptiens, sont choisis pour une raison précise que la baraita nomme : leurs ventres sont larges. C'est ce ventre, et non le dos sur lequel l'enfant est assis, qui fait écran entre le convoi et la terre suspecte. La coupe de pierre est un ustensile qui ne reçoit jamais l'impureté — indispensable pour l'eau vive destinée aux cendres de la vache rousse.

🖼️ Schéma
Le convoi des enfants de la vache rousse selon Rabbi Yehouda Pourquoi supprimer la porte, qui protège pourtant mieux, et ne garder que le dos du bœuf Option écartée : la porte posée sur le dos La planche est large : l'enfant s'y sent en sécurité, se penche, sort la tête ou un membre hors du bord -- et surplombe alors directement le sol. daato chel tinok gassa alav : l'esprit de l'enfant est présomptueux Option retenue : le bœuf égyptien seul coupe Le dos est étroit et bombé : l'enfant se tient droit, la peur de tomber le maintient au centre. Et le ventre large fait écran entre lui et la terre. Ce que la baraita prouve pour la sougya Rava disait : Rabbi Yehouda écarte la porte par prudence, non parce qu'un abri en mouvement ne serait pas une tente. La baraita donne exactement cette raison -- l'enfant sortirait la tête. Elle est donc taniya kevateih de-Rava : enseignée comme Rava.
Pourquoi la porte est écartée et le seul dos du bœuf retenu : la baraita donne exactement la raison que Rava avait avancée.
3
וַהֲרֵי מִטָּה, דְּיֵשׁ בָּהּ כַּמָּה אֶגְרוֹפִים, וּתְנַן, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: נוֹהֲגִים הָיִינוּ שֶׁהָיִינוּ יְשֵׁנִים תַּחַת הַמִּטָּה בִּפְנֵי הַזְּקֵנִים! שָׁאנֵי מִטָּה, הוֹאִיל וּלְגַבָּהּ עֲשׂוּיָה. שְׁוָורִים נָמֵי לְגַבָּן עֲשׂוּיִם!

Mais le lit, sous lequel il y a bien plusieurs poings [de hauteur], et nous avons appris dans la michna : Rabbi Yehouda dit — nous avions coutume de dormir sous le lit devant les Anciens ! [Réponse :] le lit est différent, puisqu'il est fait pour son dessus.

[Objection :] les bœufs aussi sont faits pour leur dessus !

📜 Rachi (3)
דְּיֵשׁ כַּמָּה אֶגְרוֹפִים מִן הַחֲבָלִים לַקַּרְקַע:
« Sous lequel il y a plusieurs poings » — depuis les sangles du sommier jusqu'au sol.
נוֹהֲגִין הָיִינוּ אַלְמָא אֹהֶל עֲרַאי לָאו אֹהֶל הוּא:
« Nous avions coutume » — il en ressort donc qu'une tente temporaire n'est pas une tente.
הוֹאִיל וּלְגַבָּהּ עֲשׂוּיָה לִישֹׁן עַל גַּבָּהּ וְלֹא תַּחְתֶּיהָ לְפִיכָךְ אֵין לָהּ שֵׁם אֹהֶל:
« Puisqu'il est fait pour son dessus » — pour dormir dessus et non dessous ; c'est pourquoi il ne porte pas le nom de tente.
💡 Explication

La Guemara retourne maintenant la baraita contre celui-là même qui l'a enseignée. Si Rabbi Yehouda tient le ventre du bœuf pour un ohel capable d'arrêter la toum a du mort, alors le vide sous un lit — qui mesure aisément le mélo egrof, la pleine mesure d'un poing, seuil concédé en 21a — devrait être un ohel lui aussi. Or Rabbi Yehouda raconte dans notre michna qu'il dormait sous le lit devant les Anciens, ce qui suppose que ce vide ne fait pas écran entre lui et le s khakh.

Rachi mesure la hauteur pour rendre l'objection irréfutable : on ne compte pas depuis le cadre, mais depuis les sangles tressées du sommier jusqu'au sol. Et il tire de la michna la thèse implicite : pour Rabbi Yehouda, une tente de passage n'a pas nom de tente.

Première tentative de réponse : le-gaba assouya, le lit est fait pour son dessus. Ce qui est conçu pour porter n'abrite pas ; le dessous n'est qu'un résidu géométrique. L'objection tombe aussitôt : le bœuf aussi est fait pour son dessus — on y monte, on y charge. Le critère ne sépare rien.

🖼️ Schéma
Trois tentatives pour dire pourquoi le bœuf fait tente et le lit n'en fait pas Chaque critère est proposé, puis retourné contre lui-même -- sauf le dernier Le problème : Rabbi Yehouda tient le dos du bœuf pour un ohel, et il a dormi sous un lit devant les Anciens Essai 1 -- le lit est le-gaba assouya : fait pour ce qui est dessus Critère proposé : un objet dont l'usage est le dessus n'abrite pas ; son dessous n'est qu'un résidu, sans nom de tente. Rachi : on dort sur le lit et non dessous, c'est pourquoi il n'a pas nom d'ohel. Retourné : les bœufs aussi sont faits pour leur dessus -- on y monte, on y charge. Le critère ne sépare rien. Rachi précise l'objection initiale : les plusieurs poings se comptent depuis les sangles du sommier jusqu'au sol. Essai 2 -- Ravin au nom de Rabbi Elazar : le bœuf protège les bergers Critère proposé : ce qui abrite effectivement un homme est une tente, même si ce n'est pas sa destination première. Rachi : les bergers glissent leur tête sous le ventre de la bête -- au soleil contre le soleil, sous la pluie contre la pluie. Retourné : le lit abrite les chaussures et les sandales rangées dessous. Il protège lui aussi quelque chose. Rachi renvoie à Baba Batra 58a : le lit du sage ne porte dessous que les chaussures du maître de maison, rien d'autre. Essai 3 -- Rava : le bœuf est fait pour protéger ses propres entrailles Le critère se déplace : il ne s'agit plus de savoir qui la bête abrite, mais de ce que sa structure même est faite pour couvrir. Rachi : la colonne vertébrale forme un toit au-dessus des entrailles ; le ventre large en est le plancher. Iyov 10,11 : de peau et de chair Tu m as vêtu, d'os et de tendons tesokhekheni -- Tu m as couvert. La racine est celle du s khakh. Rachi : donc l'Écriture appelle cela s khakh. Le corps est désigné par le vocabulaire même de la couverture. Tossefot : le verset vise l'homme, debout ; à plus forte raison la bête, dont le ventre est horizontal, en forme de toit. Aucune objection ne suit
Les trois critères successifs : le lit fait pour son dessus, le bœuf qui abrite les bergers, et enfin le corps fait pour couvrir ses propres entrailles.
4
כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: שָׁאנֵי שְׁוָורִים הוֹאִיל וּמְגִינִּים עַל הָרוֹעִים בַּחַמָּה מִפְּנֵי הַחַמָּה וּבַגְּשָׁמִים מִפְּנֵי הַגְּשָׁמִים. אִי הָכִי, מִטָּה נָמֵי — הוֹאִיל וּמְגִינָּה עַל מִנְעָלִים וְסַנְדָּלִים שֶׁתַּחְתֶּיהָ!

Quand Ravin arriva [de Terre d'Israël], il dit au nom de Rabbi Elazar : les bœufs sont différents, puisqu'ils protègent les bergers — au soleil contre le soleil, et sous la pluie contre la pluie. [Objection :] s'il en est ainsi, le lit aussi — puisqu'il protège les chaussures et les sandales qui sont sous lui !

📜 Rachi (2)
עַל הָרוֹעִים שֶׁמַּכְנִיסִין רָאשֵׁיהֶן תַּחַת כְּרֵיסָם:
« Les bergers » — car ils glissent leur tête sous le ventre de la bête.
לְהָכִי נְקַט גַּבֵּי מִטָּה מִנְעָלִים וְסַנְדָּלִים דְּאָמְרִי' בְּבָבָא בָּתְרָא (דַּף נח.) אֵיזֶהוּ מִטָּה שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים כֹּל שֶׁאֵין תַּחְתֶּיהָ אֶלָּא מִנְעָלִים שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת בִּימוֹת הַחַמָּה וְסַנְדָּלִים בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים שֶׁנּוֹתְנִים שָׁם כְּשֶׁהוּא בָּא לִשְׁכַּב וְלִישֹׁן חוֹלֵץ מִנְעָלָיו וְנוֹתְנָן תַּחַת מִטָּתוֹ אֲבָל לָתֵת תַּחְתֶּיהָ דְּבָרִים אֲחֵרִים גְּנַאי הוּא לוֹ שֶׁמַּרְגִּיל בְּנֵי הַבַּיִת לְשָׁם:
S'il a pris ici, à propos du lit, les chaussures et les sandales, c'est en raison de ce que nous disons dans Baba Batra (58a) : quel est le lit d'un talmid 'hakham ? Celui sous lequel il n'y a rien d'autre que les chaussures du maître de maison en été et ses sandales à la saison des pluies, qu'on y dépose lorsqu'il vient s'étendre et dormir — il ôte ses chaussures et les met sous son lit. Mais y mettre d'autres choses serait pour lui une honte, car cela habituerait les gens de la maison à venir là.
💡 Explication

Deuxième tentative, rapportée de Terre d'Israël par Ravin au nom de Rabbi Elazar. Le critère se déplace : peu importe la destination de l'objet, ce qui compte est qu'il abrite effectivement un homme. Rachi donne l'image concrète du monde pastoral — le berger surpris par l'averse glisse la tête sous le ventre de sa bête.

L'objection est symétrique de la précédente : le lit aussi abrite quelque chose. Le détail des chaussures et sandales n'est pas choisi au hasard, et Rachi remonte à sa source dans Baba Batra : le lit du sage se reconnaît à ce qu'on ne trouve rien dessous sinon ses chaussures. La Guemara prend donc le seul contenu légitime du dessous d'un lit et montre qu'il y est bien à l'abri.

On pourrait répondre que protéger des chaussures n'est pas protéger un homme ; la Guemara ne le fait pas, signe que le critère lui-même est jugé trop faible. Elle en cherche un qui ne dépende plus du tout de ce que l'objet abrite au-dehors.

5
אֶלָּא אָמַר רָבָא: שָׁאנֵי שְׁווָרִים, הוֹאִיל וַעֲשׂוּיִם לְהָגֵין עַל בְּנֵי מֵעַיִם שֶׁלָּהֶן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עוֹר וּבָשָׂר תַּלְבִּישֵׁנִי וּבַעֲצָמוֹת וְגִידִים תְּסֹוכְכֵנִי״.

Rava dit plutôt : les bœufs sont différents, puisqu'ils sont faits pour protéger leurs propres entrailles, comme il est dit : « De peau et de chair Tu m as vêtu, d'os et de tendons Tu m as couvert » (Iyov 10,11).

📜 Rachi (2)
עַל בְּנֵי מַעְיָין גַּג שֶׁשִּׁדְרָה שֶׁלָּהֶן מֵגֵין עֲלֵיהֶן:
« Leurs entrailles » — un toit : leur colonne vertébrale les protège.
תְּסוֹכְכֵנִי אַלְמָא סְכָךְ קָרֵי לֵיהּ:
« Tesokhekheni » — il en ressort donc que [l'Écriture] appelle cela s khakh.
🗂️ Tossefot (1)
וּבַעֲצָמוֹת וְגִידִים תְּשׂוֹכְכֵנִי. אַף עַל גַּב דְּהַאי קְרָא בְּאָדָם כְּתִיב כָּל שֶׁכֵּן בְּהֵמָה שֶׁכְּרֵיסָהּ לְמַטָּה כְּעֵין אֹהֶל:
« Et d'os et de tendons Tu m as couvert ». Bien que ce verset soit écrit à propos de l'homme, à plus forte raison [vaut-il] pour la bête, dont le ventre est en bas, à la manière d'une tente.
💡 Explication

Rava change de terrain. Les deux critères précédents cherchaient qui la bête abrite ; celui-ci regarde ce que sa structure même est faite pour couvrir. Le bœuf est un ohel parce que son architecture — colonne vertébrale en faîtage, ventre large en plancher — est faite pour abriter ses bnei meayim, ses entrailles. Rachi le formule en un mot : gag, un toit.

La preuve est philologique et décide tout. Iyov dit tesokhekheni, Tu m as couvert ; le verbe est de la racine s-kh-kh, celle-là même qui donne s khakh, la couverture de la souka, et soukka. Rachi souligne le point : l'Écriture appelle donc bien cela un s khakh. Le corps vivant est nommé, dans la langue même de la Tora, par le vocabulaire de la couverture.

Tossefot devance une objection évidente : le verset parle d'un homme, or l'homme est debout et son corps ne surplombe rien. Réponse en kal va-homer : si l'on dit d'un corps vertical qu'il est couvert, à plus forte raison d'une bête, dont le ventre est horizontal et forme littéralement un toit au-dessus du sol. Aucune objection ne suit — le critère tient.

6
וְאִי בָּעֵית אֵימָא: רַבִּי יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר: סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן. וְהָוֵה לֵיהּ מִטָּה דִּירַת עֲרַאי, וְסֻוכָּה אֹהֶל קֶבַע — וְלָא אָתֵי אֹהֶל עֲרַאי וּמְבַטֵּל אֹהֶל קֶבַע.

Et si tu veux, dis plutôt : Rabbi Yehouda suit ici sa propre ligne, lui qui dit — nous exigeons que la souka soit une demeure permanente. Le lit est alors une demeure temporaire et la souka une tente permanente ; or une tente temporaire ne vient pas annuler une tente permanente.

📜 Rachi (2)
וְאִיבָּעֵית אֵימָא לְר' יְהוּדָה מִטָּה אֹהֶל הִיא אֶלָּא הַיְינוּ טַעְמָא דְּשָׁרֵי מִשּׁוּם דְּסֻוכָּה אֹהֶל קָבוּעַ הוּא:
« Et si tu veux, dis » — pour Rabbi Yehouda le lit est bel et bien une tente ; mais voici la raison pour laquelle il permet [d'y dormir] : parce que la souka est une tente permanente.
וְלָא אָתֵי עֲרַאי וּמְבַטֵּל קֶבַע לְהָסִיר שָׁם הַסֻּוכָּה מִכָּאן:
« Et le temporaire ne vient pas annuler le permanent » — c'est-à-dire ôter d'ici le nom de souka.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ׳ מה"מ אָמַר רַבָּה אָמַר קְרָא לְמַעַן יֵדְעוּ דֹורֹותֵיכֶם כִּי בַסֻּוכּוֹת הוֹשַׁבְתִּי אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל עַד עֶשְׂרִים אַמָּה אָדָם יוֹדֵעַ שֶׁהוּא דָּר בַּסֻּוכָּה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם יוֹדֵעַ שֶׁהוּא דָּר בַּסֻּוכָּה מַאי טַעְמָא מִשּׁוּם דְּלָא שָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא. וְרַבִּי זֵירָא אָמַר מֵהָכָא וְסֻוכָּה תִּהְיֶה לְצֵל יוֹמָם מֵחֹורֶב עַד עֶשְׂרִים אַמָּה אָדָם יוֹשֵׁב בְּצֵל סֻוכָּה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם יוֹשֵׁב בְּצֵל סֻוכָּה אֶלָּא בְּצֵל דְּפָנוֹת. רָבָא אָמַר מֵהָכָא בַּסֻּוכֹּות תֵּשְׁבוּ שִׁבְעַת יָמִים אָמְרָה תּוֹרָה צֵא מִדִּירַת קֶבַע וְשֵׁב בְּדִירַת עֲרַאי עַד עֶשְׂרִים אַמָּה אָדָם עוֹשֶׂה דִּירָתוֹ דִּירַת עֲרַאי. פִּי' רְאוּיָה לַעֲמֹוד בְּבִנְיָן עֲרַאי הִלְכָּךְ אֲפִילּוּ אִי עֲבִיד קֶבַע כְּגוֹן שֶׁסִּיכֵּךְ עַל מְחִיצּוֹת שֶׁל בַּרְזֶל שַׁפִּיר דָּמֵי לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם עוֹשֶׂה דִּירָתוֹ דִּירַת עֲרַאי אֶלָּא קֶבַע. לְרַבָּה דְּאָמַר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם יוֹדֵעַ שֶׁדָּר בַּסֻּוכָּה מִשּׁוּם דְּלָא שָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא אִם הָיוּ דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ כֵּיוָן דְּשָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא אע"ג דְּגָבוֹהַּ מֵעֶשְׂרִים אַמָּה וּלְמַעְלָה כְּשֵׁירָה. וּלְרַבִּי זֵירָא דְּאָמַר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם יוֹשֵׁב בְּצֵל סֻוכָּה אֶלָּא בְּצֵל דְּפָנוֹת אִי אִית בָּהּ יוֹתֵר מִד' אַמּוֹת כֵּיוָן דִּרְוִיחָא אִיכָּא צֵל סֻוכָּה וּכְשֵׁירָה. וּלְרָבָא דְּאָמַר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם עוֹשֶׂה דִּירָתוֹ דִּירַת עֲרַאי אֶלָּא דִּירַת קֶבַע לֵית לֵיהּ תַּקַּנְתָּא אֶלָּא בֵּין דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ בֵּין אֵין דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ בֵּין יֵשׁ בָּהּ יוֹתֵר מִד' אַמּוֹת בֵּין אֵין בָּהּ יוֹתֵר מִד' אַמּוֹת כֵּיוָן שֶׁהִיא גְּבוֹהָה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה פְּסוּלָה. אִיכָּא מ"ד הִלְכְתָא כְּרַבָּה דְּהָא בְּכָל מִילֵּי כְּרַב עֲבַד שַׁבָּת דַּף כב.. וַאֲנַן מִסְתַּבְּרָא לָן דְּהִלְכְתָא כְּרָבָא דקי"ל סֻוכָּה דִּירַת עֲרַאי בָּעֵינַן וְרַבִּי יְהוּדָה דְּמַכְשִׁיר ס"ל דְּסֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן פִּי' דְּמַכְשִׁיר אַף בְּדִירַת קֶבַע וְלֵית הִלְכְתָא כְּוָתֵיהּ וְאִי הָווּ דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ כ"ש דַּהֲוָה לֵיהּ דִּירַת קֶבַע. וְעוֹד דְּהָא סֻוגְיָא בְּעִנְיַן סֻוכָּה ע"ג סֻוכָּה כְּוָותֵיהּ. וְכֵן פָּסַק הר"ז הַלֵּוִי זַ"ל כְּרָבָא דְּבָתְרָאָה הוּא וַאֲפִילּוּ לְאַבַּיֵּי דְּאַקְשִׁי עָלֶיהָ הָא קַבְּלֵיהּ לְטַעְמָא מִדְּאַשְׁכְּחַן לְאַבַּיֵּי דְּאָמַר רַבִּי וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא וְכוּ' כֻּולְּהוּ סְבִירָא לְהוּ סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן. וּמִינָּהּ שָׁמְעִינַן דְּטַעֲמָא דְּרַבָּנָן מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן דִּירַת עֲרַאי. אע"ג דְּחָשׁוּ לָהּ לְקֻושְׁיָא דְּאַבַּיֵּי כִּדְאָמַר כּוּלְּהוּ כְּרָבָא לָא אָמְרִי מִשּׁוּם קֻושְׁיָא דְאַבָּיֵי מ"מ כֵּיוָן דְּאַבַּיֵּי גּוּפֵיהּ קַבְּלֵיהּ לְטַעְמָא דְּרָבָא כִּדְאָמַר הִלְכָּךְ דְּרָבָא עָדִיף וְעָלֶיהָ סָמְכִינַן ע"כ. וְלָאו רְאָיָה הִיא כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רִ"י לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף ז:) דְּהָא דְּחָשֵׁיב לְרַבִּי יְהוּדָה לֹא מִשּׁוּם דְּאַסְּקִינַן לְעֵיל טַעְמָא דְּרַבָּנָן דְּפָסְלִי מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן דִּירַת עֲרַאי דְּהָא אַבַּיֵּי דְּהָכָא הוּא דְּאַקְּשֵׁיהּ לֵיהּ לְרָבָא לְעֵיל דְּאִית לֵיהּ הַהוּא טַעְמָא אֲבָל מ"מ אֱמֶת הוּא דִּלְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה לָא קַיְימָא בְּלֹא קֶבַע. וְאָמְרִינַן נָמֵי בְּפֶרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כא:) רַבִּי יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן וְדַייְקָא מֵהָא דְּמַכְשַׁר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים. וְכֵן פָּסַק הרי"ץ גֵּיאוּת זַ"ל כְּרָבָא וְכֵן ה"ר יְשַׁעְיָה דטרנ"י. אֲבָל בַּעַל הָעִיטּוּר פָּסַק כְּרַבָּה וְלֹא נִרְאוּ לִי דְּבָרָיו: אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר רַב יִצְחָק אָמַר רַב הוּנָא הֲלָכָה צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא מַחְזֶקֶת רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ וְהַייְנוּ ז' טְפָחִים עַל ז' טְפָחִים דְּגַבְרָא בְּאַמְּתָא יָתֵיב וְשֻׁולְחָנוֹ טֶפַח כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי פֶּרֶק הַיָּשֵׁן הֲלָכָה ח כַּמָּה כְּדֵי שֻׁולְחָן טֶפַח. א"ל רַבִּי אַבָּא דַּאֲמַר לָךְ מַנִּי ב"ש הִיא. בְּסֵדֶר רַב עַמְרָם פָּסַק בְּשֵׁשׁ מְקוֹמוֹת הֲלָכָה כב"ש וְהַךְ דְּהָכָא שֶׁתְּהֵא מַחְזֶקֶת רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ חֲדָא מִינַּייְהוּ ואע"ג דְּאָמַר בְּפֶרֶק קַמָּא דִבְרָכוֹת דַּף יא. אָמַר רַב יוֹסֵף עָשָׂה כב"ש לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם וּמַיְיתִי רְאָיָה מֵעֻובְדָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן הַחֹורֹנִי שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת הַהִיא בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה אַייְרֵי וּפְלִיגָא בָּתַרְתִּי כִּדְמַסִּיק בִּשְׁמַעְתִּין. בִּגְדוֹלָה הֲלָכָה כְּב"ה דְּלָא גָּזְרִינַן שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ אַחַר שֻׁולְחָנוֹ אֲבָל בִּקְטַנָּה הֲלָכָה כב"ש כְּדִפְסִיק הָכָא וְכֵן מַשְׁמַע הַלָּשׁוֹן צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא מַחֲזֶקֶת וּמַיְירֵי שֶׁהוּא וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַסֻּוכָּה וְלֹא שַׁייָּךְ הָכָא טַעְמָא שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ אֶלָּא בְּשִׁיעוּר הֶכְשֵׁר סֻוכָּה קָא מִיפַּלְגִי אֲבָל בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה וְהוּא יוֹשֵׁב עַל פֶּתַח הַסֻּוכָּה רָחוֹק מִן הַדְּפָנוֹת וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת אִיכָּא לְמֵיחַשׁ שֶׁמָּא יִשְׁכַּח יְשִׁיבַת הַסֻּוכָּה וְיִמָּשֵׁךְ אַחַר שֻׁולְחָנוֹ. וּבְהָא הִלְכְתָא כְּבֵית הִלֵּל וְכֵן כָּתַב רי"ץ גֵּיאוּת זַ"ל והר"ז הַלֵּוִי זַ"ל וּבַעַל הָעִיטּוּר. אֲבָל הָרַב אַלְפָסִי סָבַר דְּחַד טַעְמָא לְתַרְוַייְהוּ וּבִשְׁנֵיהֶם פָּסַק כב"ש וכ"כ ה"ר יְשַׁעְיָה דטרנ"י וְאֵין דְּבָרָיו נִרְאִים דְּלִישָּׁנָא שֶׁתְּהֵא מַחֲזֶקֶת לָא מַשְׁמַע הָכִי. וְעוֹד מִדְּקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא רַבִּי אוֹמֵר כָּל סֻוכָּה שֶׁאֵין בָּהּ אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת פְּסוּלָה וַחֲכָמִים אוֹמְרִים אֲפִילּוּ אֵינָהּ מַחְזֶקֶת אֶלָּא כְּדֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ כְּשֵׁירָה דְּמַשְׁמַע דֻּומְיָא דְּאַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁגַּם שֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַסֻּוכָּה וְאַפֵּ"ה פָּסַל ת"ק דְּאִידָךְ בָּרַייְתָא אַלְמָא לָאו מִשּׁוּם שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ:
Guemara : « D'où cela ? » Rabba dit : le verset dit « afin que vos générations sachent que J'ai fait habiter les enfants d'Israël dans des soukot » — jusqu'à vingt coudées un homme sait qu'il habite dans une souka, au-dessus de vingt coudées un homme ne sait pas qu'il habite dans une souka. Pour quelle raison ? Parce que l'œil n'y porte pas. Et Rabbi Zeira dit : de là — « et une souka sera pour ombrage le jour contre la chaleur » : jusqu'à vingt coudées un homme est assis à l'ombre de la souka, au-dessus de vingt coudées il n'est pas assis à l'ombre de la souka mais à l'ombre des parois. Rava dit : de là — « vous habiterez dans des soukot sept jours » : la Tora a dit, sors de la demeure permanente et habite dans une demeure temporaire ; jusqu'à vingt coudées un homme fait de sa demeure une demeure temporaire. Explication : elle est apte à tenir avec une construction temporaire ; c'est pourquoi, même s'il l'a faite permanente, par exemple s'il a posé le s khakh sur des parois de fer, cela va bien. Au-dessus de vingt coudées, un homme ne fait pas de sa demeure une demeure temporaire, mais permanente. Pour Rabba, qui dit qu'au-dessus de vingt coudées on ne sait pas qu'on habite dans une souka parce que l'œil n'y porte pas : si les parois montaient jusqu'au s khakh, puisque l'œil y porte, elle serait valable même haute de plus de vingt coudées. Pour Rabbi Zeira, qui dit qu'au-dessus de vingt coudées on n'est pas assis à l'ombre de la souka mais à l'ombre des parois : si elle a plus de quatre coudées, puisqu'elle est vaste il y a bien une ombre de souka, et elle est valable. Pour Rava, qui dit qu'au-dessus de vingt coudées un homme ne fait pas de sa demeure une demeure temporaire mais permanente, il n'y a aucun remède : que les parois montent ou non jusqu'au s khakh, qu'elle ait ou non plus de quatre coudées, dès lors qu'elle est haute de plus de vingt coudées elle est invalide. Certains disent que la halakha suit Rabba, car en toute chose il a suivi Rav (Chabat 22a). Mais il nous paraît logique que la halakha suive Rava, car nous tenons qu'il faut une souka demeure temporaire, tandis que Rabbi Yehouda, qui la valide, tient qu'il faut une souka demeure permanente — c'est-à-dire qu'il la valide même comme demeure permanente — et la halakha ne suit pas son avis ; et si les parois montaient jusqu'au s khakh, à plus forte raison serait-ce une demeure permanente. De plus, la sougya au sujet d'une souka posée sur une souka va dans son sens. Ainsi a tranché Rav Zerahia ha-Levi, de mémoire bénie, comme Rava, car il est le dernier ; et même selon Abaye, qui lui a objecté, [Rava] a bien reçu le raisonnement, puisque nous trouvons qu'Abaye a dit : Rabbi, Rabbi Ochaya, etc., tous tiennent qu'il faut une souka demeure permanente — et de là nous entendons que la raison des Sages est qu'il faut une demeure temporaire. Bien qu'ils aient tenu compte de l'objection d'Abaye, comme il est dit que tous n'ont pas parlé comme Rava à cause de cette objection, il reste que, Abaye lui-même ayant reçu le raisonnement de Rava, celui de Rava l'emporte et c'est sur lui que nous nous appuyons — fin de citation. Mais ce n'est pas une preuve, comme l'a expliqué le Ri plus loin (7b) : si l'on a compté Rabbi Yehouda [parmi eux], ce n'est pas parce que nous avons conclu plus haut que la raison des Sages qui invalident tient à l'exigence d'une demeure temporaire — car c'est précisément Abaye qui a objecté cela à Rava plus haut, lui qui tient ce raisonnement. En tout état de cause il reste vrai qu'au-dessus de vingt coudées [une souka] ne tient pas sans permanence. Et nous disons aussi au chapitre Ha-Yachen (21b) : Rabbi Yehouda suit sa ligne, lui qui dit qu'il faut une souka demeure permanente — et on le déduit précisément de ce qu'il valide au-dessus de vingt coudées. Ainsi a tranché Ritz Guiat, de mémoire bénie, comme Rava, et de même Rabbenou Yechaya de Trani. Mais l'auteur du Itour a tranché comme Rabba, et ses paroles ne m ont pas paru justes. Rav Chemouel bar Rav Yits hak dit au nom de Rav Houna : la halakha [est] qu'elle doit contenir sa tête, la plus grande partie de son corps et sa table — soit sept tefahim sur sept tefahim, car un homme assis occupe une coudée et sa table un tefah, comme il est dit dans le Yerouchalmi, chapitre Ha-Yachen halakha 8 : combien pour une table ? Un tefah. Rabbi Abba lui dit : celui qui te l'a dit, de qui est-ce ? C'est Beit Chammai. Dans le Seder de Rav Amram il est tranché que dans six endroits la halakha suit Beit Chammai, et celui-ci — qu'elle doit contenir sa tête, la plus grande partie de son corps et sa table — en fait partie. Et bien qu'il soit dit au premier chapitre de Berakhot (11a) : Rav Yossef a dit, celui qui agit selon Beit Chammai n'a rien fait, et qu'il en apporte la preuve du fait de Rabbi Yo'hanan ben ha-Horani, qui était assis avec sa tête et la plus grande partie de son corps dans la souka et sa table dans la maison — cela parle d'une grande souka, et ils divergent sur deux points, comme le conclut notre sougya : dans une grande [souka] la halakha suit Beit Hillel, car nous ne décrétons pas de crainte qu'il ne se laisse entraîner après sa table ; mais dans une petite, la halakha suit Beit Chammai, comme il est tranché ici. Et c'est ce que suggère la formule « elle doit contenir » : il s'agit du cas où lui et sa table sont dans la souka, et la raison du « peut-être se laissera-t-il entraîner » n'y a pas de place — ils divergent seulement sur la mesure minimale d'une souka valable. Mais dans une grande souka, où il est assis à l'entrée, loin des parois, avec sa table dans la maison, il y a lieu de craindre qu'il n'oublie de siéger dans la souka et ne se laisse entraîner après sa table ; et là-dessus la halakha suit Beit Hillel. Ainsi ont écrit Ritz Guiat, de mémoire bénie, Rav Zerahia ha-Levi, de mémoire bénie, et l'auteur du Itour. Mais Rav Alfassi a pensé qu'il n'y a qu'une seule raison pour les deux cas, et il a tranché dans les deux comme Beit Chammai ; ainsi a écrit aussi Rabbenou Yechaya de Trani — mais ses paroles ne paraissent pas justes, car la formule « elle doit contenir » ne suggère pas cela. De plus, la baraita enseigne : Rabbi dit, toute souka qui n'a pas quatre coudées sur quatre coudées est invalide, et les Sages disent, même si elle ne contient que sa tête, la plus grande partie de son corps et sa table, elle est valable — ce qui suggère que, à l'instar des quatre coudées, sa table aussi est dans la souka ; et malgré cela le premier tana de l'autre baraita l'invalide. Ce n'est donc pas à cause du « peut-être se laissera-t-il entraîner ».
💡 Explication

Seconde réponse à la contradiction du segment 2, entièrement indépendante de la première. Rachi la résume d'une phrase décisive : pour Rabbi Yehouda le lit est une tente. On abandonne donc la piste des critères et on change de question — non pas quel objet mérite le nom d'ohel, mais lequel des deux abris l'emporte quand ils se superposent.

Le principe engagé est dirat keva : Rabbi Yehouda exige une souka de facture permanente. Cette exigence, ailleurs contraignante, joue ici en faveur du dormeur. La souka est un abri installé, le lit un abri de fortune ; lo ati ohel arai u-mevatel ohel keva, le passager ne vient pas annuler l'installé. Rachi précise ce que signifie annuler : ôter d'ici le nom de souka.

Le Roch place à cet endroit un siman entier qui remonte au début du traité : les trois derachot sur les vingt coudées, la mesure minimale de sept tefahim sur sept, et deux tranchées difficiles. Il retient Rava contre Rabba — il faut une demeure temporaire — et distingue, pour la table, entre grande souka (Beit Hillel) et petite souka (Beit Chammai), contre le Rif qui unifie les deux cas.

7
וְהָא רַבִּי שִׁמְעוֹן דְּאָמַר נָמֵי — סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן, (הָא) וְאָתֵי אֹהֶל עֲרַאי וּמְבַטֵּל אֹהֶל קֶבַע! (אִין) בְּהָא פְּלִיגִי, מַר סָבַר: אָתֵי אֹהֶל עֲרַאי וּמְבַטֵּל אֹהֶל קֶבַע, וּמַר סָבַר: לָא אָתֵי אֹהֶל עֲרַאי וּמְבַטֵּל אֹהֶל קֶבַע.

Mais Rabbi Chimon, qui dit lui aussi qu'il faut une souka demeure permanente, [tient pourtant] qu'une tente temporaire vient annuler une tente permanente ! [Réponse :] oui — c'est précisément là-dessus qu'ils divergent : un maître tient qu'une tente temporaire vient annuler une tente permanente, et l'autre maître tient qu'une tente temporaire ne vient pas annuler une tente permanente.

📜 Rachi (1)
וְהָא ר' שִׁמְעוֹן דְּאָמַר נָמֵי סֻוכָּה קֶבַע דְּבָעֵי אַרְבַּע' דְּפָנוֹת וְאָמְרִי' בְּפֶרֶק קַמָּא (דַּף ז:) ר' יְהוּדָה וְר' שִׁמְעוֹן וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל וְר' אֱלִיעֶזֶר וַאֲחֵרִים כֻּולְּהוּ סְבִירָא לְהוּ סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן וְקָאָמַר בְּמַתְנִיתִין לְפִי דַּרְכֵּינוּ לָמַדְנוּ שֶׁהַיָּשֵׁן תַּחַת הַמִּטָּה לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ:
« Mais Rabbi Chimon, qui dit lui aussi souka permanente » — car il exige quatre parois ; et nous disons au premier chapitre (7b) que Rabbi Yehouda, Rabbi Chimon, Rabban Gamliel, Rabbi Eliezer et « d'autres » tiennent tous qu'il faut une souka demeure permanente. Et il dit dans notre michna : chemin faisant nous avons appris que celui qui dort sous le lit ne s'est pas acquitté de son obligation.
💡 Explication

L'objection teste la solidité de la réponse précédente. Si l'exigence de permanence suffisait à expliquer la permission, alors tous ceux qui la partagent devraient permettre. Or Rabbi Chimon la partage — Rachi le prouve par son exigence de quatre parois et par la liste du premier chapitre — et il invalide pourtant expressément le sommeil sous le lit.

La Guemara ne cherche pas d'échappatoire : be-ha peligui, c'est là-dessus même qu'ils divergent. La question de savoir si un petit abri s'efface devant un grand n'est donc pas un présupposé commun mais l'objet même de la mahloket. Rabbi Yehouda tient que le grand absorbe le petit ; Rabbi Chimon tient que le petit interpose malgré tout son propre toit entre le dormeur et le s khakh.

Noter la structure : la Guemara a maintenant deux réponses complémentaires. Pour Rava, le lit n'est pas un ohel parce qu'il n'est pas fait pour couvrir. Pour cette seconde voie, il en est un mais s'efface. Les deux sauvent Rabbi Yehouda de la contradiction ; la sougya les laisse côté à côté.

🖼️ Schéma
Deux maîtres qui partent du même principe et arrivent à l'inverse Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon exigent tous deux une souka demeure permanente -- et divergent sur le lit Prémisse commune : soukka dirat keva ba inan -- il faut que la souka soit une demeure permanente Rachi : c'est pourquoi Rabbi Chimon exige quatre parois. Au premier chapitre (7b) : eux deux, Rabban Gamliel, Rabbi Eliezer et d'autres tiennent tous ainsi. Rabbi Yehouda -- on peut dormir sous le lit Le lit est bien une tente, Rachi le dit explicitement. Mais c'est une tente de passage, montée et défaite, tandis que la souka est une tente installée. Une tente temporaire ne vient pas annuler une tente permanente. Rachi : cela n'ôterait pas d'ici le nom de souka. Verdict : celui qui dort sous le lit s'est acquitté. obligation remplie Rabbi Chimon -- dormir sous le lit ne libère pas Il tient la même exigence de permanence, et pourtant il invalide. Une tente temporaire vient bien annuler une tente permanente. Le lit interpose son propre toit : entre le dormeur et le s khakh il y a désormais un autre couvert. Verdict : il ne s'est pas acquitté. obligation non remplie La Guemara ne cherche pas plus loin : be-ha peligui -- c'est là-dessus même qu'ils divergent La question de savoir si le petit abri s'efface devant le grand devient elle-même l'objet de la mahloket, et non son présupposé.
Même prémisse, verdicts opposés : ce que Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon font, chacun, de la superposition d'une tente passagère sous une tente installée.
8
אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן: מַעֲשֶׂה בְּטָבִי עַבְדּוֹ. תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן: מִשִּׂיחָתוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל לָמַדְנוּ שְׁנֵי דְבָרִים: לָמַדְנוּ שֶׁעֲבָדִים פְּטוּרִים מִן הַסֻּוכָּה, וְלָמַדְנוּ שֶׁהַיָּשֵׁן תַּחַת הַמִּטָּה לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ.

« Rabbi Chimon dit : il est arrivé que Tavi, son esclave [dormît sous le lit] ». On a enseigné : Rabbi Chimon dit — de là conversation de Rabban Gamliel nous avons appris deux choses.

Nous avons appris que les esclaves sont dispensés de la souka, et nous avons appris que celui qui dort sous le lit ne s'est pas acquitté de son obligation.

📜 Rachi (1)
מִשִּׂיחָתוֹ לְשׁוֹן שִׂיחַת חֻולִּין וְשִׂמְחָה:
« De sa conversation » — le terme désigne une parole ordinaire, dite dans la bonne humeur.
🗂️ Tossefot (1)
לָמַדְנוּ שֶׁעֲבָדִים פְּטוּרִים מִן הַסֻּוכָּה. ואע"ג דְּהַאי מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא אִצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּלָא תֵּימָא דְּחַיָּיבִין מִשּׁוּם דִּכְתִיב תֵּשְׁבוּ כְּעֵין תָּדוּרוּ כְּדִלְקַמָּן בְּשִׁילְהֵי פִּירְקִין (סֻוכָּה דַּף כֹּח:):
« Nous avons appris que les esclaves sont dispensés de la souka ». Bien que ce soit une mitsva positive dépendant du temps [dont les esclaves sont déjà dispensés par ailleurs], il fallait nous l'enseigner, pour que tu ne dises pas qu'ils y sont tenus du fait qu'il est écrit « techvou » — d'où l'on tire « habitez comme vous demeurez [chez vous] » —, ainsi qu'il est dit plus loin, à la fin de notre chapitre (28b).
💡 Explication

Retour à la michna. Rabban Gamliel avait vu Tavi, son esclave, dormir sous le lit, et avait dit en souriant à son entourage que Tavi était un talmid 'hakham et savait que les esclaves sont dispensés de la souka. Une remarque de table, sans intention normative.

Rabbi Chimon en extrait deux halakhot. La première est explicite dans la phrase : les esclaves cananéens sont dispensés. La seconde est dans son présupposé : si Rabban Gamliel a dû justifier le sommeil de Tavi par sa dispense, c'est que dormir sous le lit ne vaut pas accomplissement — sans quoi il n'y aurait rien à justifier.

Tossefot demande pourquoi cet enseignement était nécessaire, puisque la souka est déjà une mitsvat asse che-ha-zman grama, un commandement positif lié au temps, dont les esclaves sont dispensés au même titre que les femmes. Réponse : on aurait pu croire que le verset techvou, d'où l'on tire que l'on doit habiter la souka comme on habite sa maison, crée une obligation d'un autre ordre. Il fallait écarter cette lecture.

9
וְלֵימָא: ״מִדְּבָרָיו שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל״? מִילְּתָא אַגַּב אוֹרְחֵיהּ קָא מַשְׁמַע לַן, כִּי הָא דְּאָמַר רַב אַחָא בַּר אַדָּא, וְאָמְרִי לָהּ אָמַר רַב אַחָא בַּר אַדָּא אָמַר רַב הַמְנוּנָא אָמַר רַב: מִנַּיִן שֶׁאֲפִילּוּ שִׂיחַת תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, צְרִיכָה לִימּוּד — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעָלֵהוּ לֹא יִבּוֹל״.

Et qu'il dise donc : « des paroles de Rabban Gamliel » ! [Réponse :] chemin faisant, il nous enseigne quelque chose, comme ce qu'a dit Rav A ha bar Ada — et certains rapportent : Rav A ha bar Ada a dit au nom de Rav Hamnouna au nom de Rav : d'où [sait-on] que même la conversation des sages de la Tora requiert étude ?

De ce qui est dit : « et son feuillage ne se flétrit pas » (Tehilim 1,3).

📜 Rachi (3)
מִלְּתָא חַדְתָּא אַגַּב אוֹרְחֵיהּ דְּאָזֵיל לְאַשְׁמוֹעִינַן שְׁנֵי דְּבָרִים שֶׁלָּמַדְנוּ הוֹלֵךְ בִּלְשׁוֹנוֹ בְּדָבָר שֶׁתּוּכַל לְהָבִין בּוֹ דְּבַר חִידּוּשׁ דְּאִי אָמְרַתְּ מִדְּבָרָיו לָא שָׁמְעִינַן מִינָּהּ שֶׁתְּהֵא שִׂיחַת חֻולִּין צְרִיכָה לִיתֵּן לֵב לְלָומְדָהּ אֲבָל הַשְׁתָּא אַשְׁמְעִינַן דְּצָרִיךְ לְהַטּוֹת אֹוזֶן אַף לְשִׂיחָתָן שֶׁאַף הִיא סוֹפָהּ לְהָבִין בָּהּ דְּבַר תּוֹרָה מִדְּבָרָיו מַשְׁמַע דִבְרֵי תוֹרָה שֶׁהוּא מִתְכַּוֵּין לְלַמְּדָן לַתַּלְמִידִים:
« Quelque chose » — de nouveau, chemin faisant. Allant nous enseigner les deux choses apprises, il choisit une tournure où tu peux saisir une nouveauté. Car si tu avais dit « de ses paroles », nous n'en aurions pas déduit qu'une conversation ordinaire mérite qu'on y applique son cœur pour l'étudier ; mais maintenant il nous apprend qu'il faut tendre l'oreille même à leur conversation, car elle aussi finit par livrer une parole de Tora. « De ses paroles » désignerait des paroles de Tora qu'il a l'intention d'enseigner à ses élèves.
צְרִיכָה לִימּוּד צָרִיךְ לְשָׁומְעָם שֶׁיִּתְּנוּ לָהֶן לֵב:
« Requiert étude » — ceux qui les entendent doivent y appliquer leur cœur.
וְעָלֵהוּ דָּבָר קַל שֶׁבּוֹ:
« Et son feuillage » — ce qu'il y a de plus léger en lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב: מִנַּיִן שֶׁאֲפִלּוּ שִׂיחַת תַּלְמִידֵי חֲכָמִים צְרִיכָה לִמּוּד? שֶׁנֶּאֱמַר: (תְּהִלִּים א, ג) "וְעָלֵהוּ לֹא יְבוּל ". הִנֵּה בַּעַל הַמַּאֲמָר הַזֶּה שֶׁהוּא רַב נָאֶה לוֹ דְּרָשָׁה זוֹ כִּי נִתְקַיְּימָה בּוֹ בְּעַצְמוֹ דְּאִיתָא בַּגְּמָרָא דְּחֻולִּין (חֻולִּין קיא:) אִתְּמַר דָּגִים שֶׁעָלוּ בַּקְּעָרָה רַב אָמַר אָסוּר לְאָכְלָן בְּכֻותָּח, וּשְׁמוּאֵל אָמַר מֻותָּר לְאָכְלָן בְּכֻותָּח, רַב אָמַר אָסוּר נוֹתֵן טַעַם הוּא, וּשְׁמוּאֵל אָמַר מֻותָּר נוֹתֵן טַעַם בַּר נוֹתֵן טַעַם, וְהָא דְּרַב לָאו בְּפֵירוּשׁ אִתְּמַר אֶלָּא מִכְּלָלָא אִתְּמַר דְּרַב אִקְּלַע לְבֵי רַב שִׁימִי בַּר חִיָּיא, בַּר בְּרֵיהּ חַשׁ בְּעֵינָיו עֲבַדוּ לֵיהּ שְׁייָפָא בְּצָעָא, פֵּירוּשׁ עָשׂוּ לוֹ מְשִׁיחָה מִסַּמְמָנִים בִּקְעָרָה אַחַת, בָּתַר הָכִי רְמוֹ לֵיהּ בִּשּׁוּלָא בְּגַוַּוהּ פֵּירוּשׁ הִנִּיחוּ לוֹ אַחֲרֵי זֶה תַּבְשִׁיל בְּאוֹתָהּ הַקְּעָרָה טָעֵים לֵיהּ טַעְמָא דִּשְׁיָיפָא אֲמַר יָהֵיב טַעְמָא כֻּולֵּי הַאי, פֵּירוּשׁ שֶׁחָזַר וְנָתַן טַעַם בַּבִּישּׁוּל וּמַה דְּשָׁמַע הַאי עֻובְדָּא סָבַר דִּסְבִירָא לֵיהּ לְרַב נוֹתֵן טַעַם בַּר נוֹתֵן טַעַם בְּעָלְמָא נָמֵי אָסוּר עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא מִשִּׂיחָתוֹ שֶׁל רַב לָמְדוּ הֲלָכָה גְּדוֹלָה וְלָכֵן דְּרָשָׁה זוֹ דְּדָרֵישׁ רַב כָּאן נִתְקַיְּימָה בּוֹ בְּעַצְמוֹ.
« Rav a dit : d'où [sait-on] que même la conversation des sages de la Tora requiert étude ? De ce qui est dit : et son feuillage ne se flétrit pas (Tehilim 1,3). » Voici que l'auteur de cette parole, qui est Rav, cette deracha lui sied particulièrement, car elle s'est accomplie en lui-même. Il est dit en effet dans la Guemara de Houlin (111b) : il a été énoncé, des poissons montés dans un plat — Rav dit qu'il est interdit de les manger avec du koutah [un condiment laitier], et Chemouel dit qu'il est permis de les manger avec du koutah. Rav dit interdit : c'est un « donneur de goût » ; et Chemouel dit permis : c'est un « donneur de goût fils d'un donneur de goût ». Or cette parole de Rav n'a pas été énoncée explicitement, mais déduite par inférence : Rav se trouva à la maison de Rav Chimi bar Hiya ; le fils de son fils souffrait des yeux, on lui prépara un onguent dans un plat — c'est-à-dire qu'on lui fit une pommade de simples dans un plat ; ensuite on y déposa pour lui un mets — c'est-à-dire qu'on plaça après cela un plat cuisiné dans ce même récipient ; il y goûta le goût de l'onguent et dit : cela donne tellement de goût ! — c'est-à-dire que le goût est revenu dans le plat cuisiné. Et celui qui entendit ce fait comprit que Rav tenait qu'un « donneur de goût fils d'un donneur de goût » est interdit en général aussi ; vois là-bas. Il se trouve donc que c'est de la conversation de Rav que l'on apprit une grande halakha — et ainsi la deracha que Rav expose ici s'est accomplie en lui-même.
💡 Explication

La Guemara ne conteste pas le contenu mais le vocabulaire. Rabbi Chimon aurait pu dire mi-dvarav, de ses paroles ; il a dit mi-si hato, de sa conversation. Rachi explique la nuance : dvarim désigne l'enseignement voulu, adressé aux élèves ; si ha désigne le propos ordinaire, tenu sans intention d'instruire — ici une remarque de Rabban Gamliel sur son esclave.

Le choix du mot est lui-même l'enseignement : milta agav orheih, une chose glissée chemin faisant. Et la preuve vient du psaume du juste comparé à l'arbre : il donne son fruit en sa saison, et son feuillage ne se flétrit pas. Le fruit, ce sont les enseignements donnés ; le feuillage — Rachi : ce qu'il y a de plus léger en lui — c'est ce qui tombe autour, la conversation. Elle non plus ne se perd pas.

Le Ben Yehoyada relève une ironie précise : celui qui énonce cette règle, Rav, en fut lui-même l'objet. Dans Houlin, son avis sur le notein taam bar notein taam — le goût transmis au second degré — n'a jamais été énoncé comme un enseignement ; on l'a déduit d'une exclamation qu'il laissa échapper devant un plat où avait séjourné un onguent. Sa halakha fut tirée de son feuillage.

10
מַתְנִי׳ הַסּוֹמֵךְ סֻוכָּתוֹ בְּכַרְעֵי הַמִּטָּה — כְּשֵׁרָה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם אֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בִּפְנֵי עַצְמָהּ — פְּסוּלָה.

MICHNA. Celui qui appuie sa souka sur les pieds du lit — elle est valable.

Rabbi Yehouda dit : si elle ne peut tenir d'elle-même, elle est invalide.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' בְּכַרְעֵי הָמֵט' מַטֵּה שְׁלֹמֹה:
Michna. « Sur les pieds du lit » — un lit entier.
ר' יְהוּדָה אוֹמֵר כוּ' טַעְמָא מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
« Rabbi Yehouda dit, etc. » — sa raison est expliquée dans la guemara.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תַּרְגְּמָא שְׁמוּאֵל בְּמִטָּה גָּבוֹהַּ י' טְפָחִים דְּכֵיוָן דְּגָבוֹהַּ י' שֶׁהוּא שִׁיעוּר סֻוכָּה נַעֲשֵׂית כְּסֻוכָּה בְּתוֹךְ סֻוכָּה וּלְפִיכָךְ לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ: מַתְנֵי הַסּוֹמֵךְ סֻוכָּתוֹ בְּכַרְעֵי הַמִּטָּה כְּשֵׁרָה וְר' יְהוּדָה אוֹמֵר אִם אֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בִּפְנֵי עַצְמָהּ פְּסוּלָה:
Guemara : Chemouel l'a expliqué d'un lit haut de dix tefahim ; puisqu'il est haut de dix — ce qui est la mesure d'une souka — il devient comme une souka a l'intérieur d'une souka, et c'est pourquoi [celui qui dort dessous] ne s'est pas acquitté de son obligation. Michna : celui qui appuie sa souka sur les pieds du lit, elle est valable ; et Rabbi Yehouda dit : si elle ne peut tenir d'elle-même, elle est invalide.
💡 Explication

Nouvelle michna, et changement complet de problème. Jusqu'ici le lit était dans la souka et l'on se demandait s'il faisait écran ; désormais le lit fait partie de la souka : ses pieds servent de piliers et portent le s khakh.

Le tana anonyme valide. Rabbi Yehouda pose une condition : im eina yekhola laamod bifnei atsma, si elle ne peut tenir d'elle-même. Rachi note que la michna parle d'un lit entier — non d'un cadre démonté — et renvoie à la guemara pour la raison, qui ne sera précisément jamais tranchée.

Le Roch rappelle d'abord la conclusion de la sougya précédente : Chemouel avait limité l'invalidation du sommeil sous le lit au cas d'un lit haut de dix tefahim, hauteur minimale d'une souka — le lit devient alors une souka dans la souka. En dessous, il n'a pas assez de stature pour interposer quoi que ce soit.

11
גְּמָ׳ מַאי טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה? פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי זֵירָא וְרַבִּי אַבָּא בַּר מֶמֶל. חַד אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁאֵין לָהּ קֶבַע. וְחַד אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲמִידָהּ בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה.

GUEMARA. Quelle est la raison de Rabbi Yehouda ?

Rabbi Zeira et Rabbi Abba bar Mamal divergent là-dessus. L'un dit : parce qu'elle n'a pas de permanence.

Et l'autre dit : parce qu'il la fait tenir par un objet susceptible de contracter l'impureté.

📜 Rachi (2)
גְּמ' שֶׁאֵין לָהּ קֶבַע שֶׁמִּטַּלְטֶלֶת עַל יְדֵי מִטָּה וְר' יְהוּדָה לְטַעְמִי' דְּאָמַר סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן:
Guemara. « Qu'elle n'a pas de permanence » — car elle se déplace par le lit ; et Rabbi Yehouda suit sa ligne, lui qui dit qu'il faut une souka demeure permanente.
שֶׁמַּעֲמִידָהּ כו' ואע"פ שֶׁלֹּא לָמַדְנוּ פָּסוּל אֶלָּא לְסַכֵּךְ הוֹאִיל וְעִיקָּרוֹ שֶׁל סְכָךְ אֵלּוּ מַעֲמִידִין הָוֵי כְּאִילּוּ סִיכֵּךְ בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה:
« Qu'il la fait tenir, etc. » — et bien que nous n'ayons appris d'invalidation que pour le s khakh, puisque l'essentiel du s khakh tient à ces supports, c'est comme s'il avait couvert avec un objet susceptible de contracter l'impureté.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁאֵין לָהּ קֶבַע. שֶׁמִּטַּלְטֶלֶת עַל יְדֵי הַמִּטָּה וְרַבִּי יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס לְפִי סְבָרָא זוֹ מָצִינוּ לְמֵימַר דִּפְלִיגִי נָמֵי בְּסֻוכָּה שֶׁבְּרֹאשׁ הָעֲגָלָה וְגָרֵיס שַׁפִּיר לְעֵיל בְּפֶרֶק קַמָּא (דַּף ז:) וּלְקַמָּן בְּפִירְקִין (סֻוכָּה דַּף כג.) בְּרֹאשׁ הָעֲגָלָה גַּבֵּי פְּלוּגְתָּא דְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל וְר' עֲקִיבָא בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה דִּבְרֹאשׁ הָעֲגָלָה נָמֵי פְּלִיגִי וְהָא דְּמוֹדֶה רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה דִּכְשֵׁרָה הֵיכָא דִּיכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ שֶׁאֵינָהּ מְצוּיָה דְּיַבָּשָׁה כִּדְאָמְרִי' לְקַמָּן (שָׁם) אע"ג דִּמְטַלְטֶלֶת ע"י הַסְּפִינָה שָׁאנֵי סְפִינָה דְּאוֹרְחָא בְּהָכִי וַחֲשִׁיבָא קֶבַע אע"ג דִּמְטַלְטֶלֶת וַאֲפִילּוּ לְמָאֵן דִּמְפָרֵשׁ הָכָא טַעְמָא דְּמַתְנִיתִין מִשּׁוּם דָּבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה מִכָּל מָקוֹם מוֹדֶה הוּא דִּפְלִיגִי נָמֵי בְּטַעְמָא דְּדִירַת קֶבַע תֵּדַע מִדְּלָא קָאָמַר אִיכָּא בֵינַייְהוּ כְּגוֹן שׁסמכ' בְּשִׁידָּה תֵּיבָה וּמִגְדָּל הַמַּחֲזִיקִים אַרְבָּעִים סְאָה בְּלַח שֶׁהֵם כּוֹרַייִם בְּיָבֵשׁ דִּלְמַאן דְּאָמַר לְפִי שֶׁאֵין לָהּ קֶבַע הָכָא נָמֵי אֵין לָהּ קֶבַע דִּמְטַלְטֶלֶת וּלְמַאן דְּאָמַר לְפִי שֶׁמַּעֲמִידָהּ בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה הָנֵי כֵּיוָן דִּבְאֵין בְּמִדָּה טְהוֹרִים כְּדִתְנַן פֶּרֶק ט"ו דְּכֵלִים (מ"א) וּמִיהוּ קָשֶׁה דִּלְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף כג.) דִּפְסִיל ר' יְהוּדָה סֻוכָּה עַל גַּבֵּי בְּהֵמָה מַאי טַעְמָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב חַג הַסֻּכֹּות תַּעֲשֶׂה לְךָ שִׁבְעַת יָמִים סֻוכָּה הָרְאוּיָה לְשִׁבְעָה וְזוֹ אֵינָהּ רְאוּיָה לְפִי שֶׁאֵין עוֹלִין לָהּ בי"ט וְהַשְׁתָּא תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם דִּמְטַלְטֶלֶת ע"י בְּהֵמָה וְאֵינָהּ קֶבַע מִידִי דַּהֲוָה אַסּוֹמֵךְ בְּכַרְעֵי הַמִּטָּה וּבַיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע דְּטַעֲמָא לְפִי שֶׁאֵין לָהּ קֶבַע שֶׁאֵין לָהּ י' טְפָחִים מִן הַמִּטָּה עַד לַגַּג דְּהַךְ פְּלֻוגְתָּא דְּר' זֵירָא וְר' אַבָּא דְּהָכָא מַתְנֵי לָהּ בַּיְּרוּשַׁלְמִי בַּר' אַמִּי וְר' אַבָּא וְזֶה לְשׁוֹנוֹ אָמַר רַבִּי אַמִּי עַל שֵׁם שֶׁאֵין מִכַּרְעֵי הַמִּטָּה לְסַכֵּךְ עֲשָׂרָה טְפָחִים אָמַר ר' אַבָּא מִשּׁוּם שֶׁאֵין מַעֲמִידִין בְּדָבָר טָמֵא הָא תָּנֵי מַעֲשֶׂה בִּירוּשָׁלַיִם שֶׁהָיוּ מְשַׁלְשְׁלִין מִטּוֹתֵיהֶן לִפְנֵי חַלּוֹנוֹתֵיהֶן וְהָיוּ מְסַכְּכִין עַל גַּבֵּיהֶן אִין תֵּימָא מִשּׁוּם שֶׁאֵין מַעֲמִידִין עַל דָּבָר טָמֵא הָא לֵית לֵיהּ טַעְמָא אֶלָּא מִשּׁוּם שֶׁאֵין מִכַּרְעֵי הַמִּטָּה לְסַכֵּךְ י' טְפָחִים עַד כָּאן יְרוּשַׁלְמִי וְאוֹתָן שֶׁל אַנְשֵׁי יְרוּשָׁלַיִם הָיָה עֲשָׂרָה מִכַּרְעֵי הַמִּטָּה לְסַכֵּךְ וְהָא דְּקָתָנֵי מַתְנִיתִין רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר אִם אֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד מֵעַצְמָהּ אֲסוּרָה דְּמַשְׁמַע הָא יְכוֹלָה לַעֲמֹוד כְּמוֹ שֶׁסְּמָכָהּ עַל יְתֵידוֹת כְּשֵׁרָה אע"פ שֶׁאֵין מִכַּרְעֵי הַמִּטָּה לַסְּכָךְ עֲשָׂרָה לָא חֲשִׁיב עֲרַאי כֵּיוָן דְּאִי שְׁקִיל לָהּ לְמַטָּה אִיכָּא אֲוִיר עֲשָׂרָה וְהַסֻּוכָּה מִתְקַייֶּמֶת כִּדְאָמַר אַבַּיֵּי בִּשְׁמַעְתִּין לְמָאֵן דְּאָמַר אֵין לָהּ קֶבַע הֲרֵי יֵשׁ לָהּ קֶבַע כְּלוֹמַר אִי שְׁקִיל לָהּ לְמַטָּה דְּמִטָּה לְחוּדָהּ קַיְימָא וְאֵין הַסֻּוכָּה נִפְסֶלֶת בִּשְׁבִיל שֶׁהִכְנִיס בָּהּ מִטָּה וּמִיעֵט אֲוִירָהּ מִידִי דַּהֲוָה אַכָּרִים וּכְסָתוֹת דְּפֶרֶק קַמָּא (דַּף ג:) לָא הָוֵי מִיעוּט לֹא לָעִנְיָן עֲשָׂרָה וְלֹא לְעִנְיַן עֶשְׂרִים:
« Parce qu'elle n'a pas de permanence » — car elle se déplace par le lit, et Rabbi Yehouda suit sa ligne, lui qui dit qu'il faut une souka demeure permanente : ainsi a expliqué Rachi. Selon ce raisonnement, nous pouvons dire qu'ils divergent aussi au sujet d'une souka montée sur une charrette, et l'on a raison de lire, plus haut au premier chapitre (7b) et plus loin dans notre chapitre (23a), « sur une charrette » à propos de la divergence de Rabban Gamliel et Rabbi Akiva sur la souka montée sur un bateau — car ils divergent aussi au sujet de la charrette. Et si Rabban Gamliel concède pour le bateau qu'elle est valable lorsqu'elle peut résister à un vent inhabituel sur la terre ferme, comme nous le disons plus loin, bien qu'elle se déplace par le bateau, c'est que le bateau est différent : tel est son usage, et elle est réputée permanente bien qu'elle se déplace. Et même selon celui qui explique ici que la raison de la michna tient à l'objet susceptible d'impureté, il concède malgré tout qu'ils divergent aussi sur la raison de la demeure permanente. Sache-le du fait qu'on n'a pas dit : la différence entre eux serait par exemple qu'il l'ait appuyée sur un coffre, une caisse ou une armoire contenant quarante seah de liquide, soit deux korim de matière sèche — car pour celui qui dit « parce qu'elle n'a pas de permanence », ici aussi elle n'en a pas, puisqu'elle se déplace ; et pour celui qui dit « parce qu'il la fait tenir par un objet susceptible d'impureté », ces récipients-là, dès lors qu'ils atteignent cette contenance, sont purs, comme nous l'avons appris au chapitre 15 de Kelim (michna 1). Cependant il y a une difficulté : plus loin (23a), Rabbi Yehouda invalide une souka posée sur le dos d'une bête ; pour quelle raison ? Parce qu'il est écrit « tu feras pour toi la fête des soukot sept jours » — une souka apte aux sept jours, et celle-là ne l'est pas, puisqu'on n'y monte pas un jour de fête. Or il aurait pu le déduire du fait qu'elle se déplace par la bête et qu'elle n'a donc pas de permanence, exactement comme celui qui appuie sur les pieds du lit. Et dans le Yerouchalmi il ressort que la raison du « pas de permanence » est qu'il n'y a pas dix tefahim depuis le lit jusqu'au toit. Car cette divergence de Rabbi Zeira et Rabbi Abba est enseignée dans le Yerouchalmi au nom de Rabbi Ami et Rabbi Abba, et voici son texte : Rabbi Ami dit — parce qu'il n'y a pas dix tefahim depuis les pieds du lit jusqu'au s khakh ; Rabbi Abba dit — parce qu'on ne fait pas tenir par un objet impur. Or on a enseigné : il arriva à Jérusalem qu'on suspendait ses lits devant ses fenêtres et qu'on posait le s khakh par-dessus ; si tu dis que c'est parce qu'on ne fait pas tenir sur un objet impur — [cela ne va pas] ; il n'a donc d'autre raison que l'absence de dix tefahim depuis les pieds du lit jusqu'au s khakh. Fin du Yerouchalmi. Et pour ceux de Jérusalem, il y avait bien dix tefahim depuis les pieds du lit jusqu'au s khakh. Quant à ce qu'enseigne notre michna — Rabbi Yehouda dit, si elle ne peut tenir d'elle-même elle est interdite, d'où il ressort que si elle peut tenir, comme lorsqu'il l'a appuyée sur des piquets, elle est valable bien qu'il n'y ait pas dix tefahim depuis les pieds du lit jusqu'au s khakh —, elle n'est pas réputée temporaire, puisque si l'on retire le lit il reste un vide de dix et que la souka subsiste ; comme le dit Abaye dans notre sougya, pour celui qui dit qu'elle n'a pas de permanence, la voici qui en a une — c'est-à-dire que si l'on retire le lit, la souka tient d'elle-même. Et la souka n'est pas invalidée du fait qu'il y a introduit un lit et en a diminué l'espace, de même que les coussins et les traversins du premier chapitre (3b) ne constituent pas une réduction, ni pour les dix ni pour les vingt.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מ"ט דָּר' יְהוּדָה פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי זֵירָא וְרַבִּי אַבָּא בַּר מֶמֶל חַד אָמַר לְפִי שֶׁאֵין לָהּ קֶבַע וְחַד אָמַר מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲמִידָהּ בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה. שֶׁאֵין לָהּ קֶבַע פרש"י שֶׁמִּיטַּלְטֶלֶת ע"י הַמִּטָּה וְר' יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן וְקָשֶׁה לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין דְּפָסַל ר' יְהוּדָה סֻוכָּה עַל גַּבֵּי בְּהֵמָה וּמְפָרֵשׁ טַעְמָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב חַג הַסֻּוכֹּות תַּעֲשֶׂה לְךָ שִׁבְעַת יָמִים וּבַיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע דְּטַעֲמָא דְּאֵין לָהּ קֶבַע לְפִי שֶׁאֵין עֲשָׂרָה טְפָחִים מִן הַמִּטָּה וְעַד הַגַּג וְהָכֵי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי הֲלָכָה ב אָמַר ר' אַמִּי עַל שֵׁם שֶׁאֵין בְּכַרְעֵי הַמִּטָּה עֲשָׂרָה טְפָחִים אָמַר רַבִּי אַבָּא מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲמִידָהּ בְּדָבָר טָמֵא וְהַתַּנְיָא מַעֲשֶׂה בִּירוּשָׁלַיִם שֶׁהָיוּ מְשַׁלְשְׁלִין מִטּוֹתֵיהֶן לִפְנֵי חַלּוֹנוֹתֵיהֶן אֵיךְ תֵּימַר מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲמִידָהּ עַל גַּבֵּי דָּבָר טָמֵא הָא לָא הָוֵי טַעְמָא אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאֵין מִכַּרְעֵי הַמִּטָּה לְסַכֵּךְ עֲשָׂרָה טְפָחִים. עַד כָּאן. וּמִטּוֹת שֶׁל יְרוּשָׁלַיִם מִכַּרְעֵי הַמִּטָּה עַד הַסְּכָךְ הָיוּ עֲשָׂרָה טְפָחִים וְקָשֶׁה לִי לְטַעְמָא דְּמַעֲמִידָהּ בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה אִם סִיכֵּךְ עַל מְחִיצּוֹת אֲבָנִים תִּהְיֶה פְּסוּלָה הוֹאִיל וְהֶעֱמִיד הַסְּכָךְ בְּדָבָר שֶׁאֵין גִּידּוּלוֹ מִן הָאָרֶץ: אָמַר אַבָּיֵי לֹא שָׁנוּ אֶלָּא סוֹמֵךְ אֲבָל סִיכֵּךְ עַל מִטָּה כְּשֵׁרָה. פִּי' כְּשֶׁלֹּא סָמַךְ הַסְּכָךְ עַל הַכְּרָעַיִם אֶלָּא ע"ג יְתֵידוֹת אֲבָל כָּל דֻּופְנֵי הַסֻּוכָּה אֵינוֹ אֶלָּא מִן הַמִּטָּה מִשְּׁלֹשָׁה צְדָדִין. דְּלָא גָּמְרִינַן פְּסוּל הַמְּחִיצּוֹת לְסֻוכָּה אֶלָּא לְסַכֵּךְ וְזֶה לָא הָוֵי לֵיהּ מַעֲמִידוֹ בִּמְקַבְּלֵי טֻומְאָה וּלְעִנְיַן קֶבַע נָמֵי יֵשׁ קֶבַע לַסְּכָךְ תָּמֵיהַּ לִי מַה בָּא אַבַּיֵּי לְהַשְׁמִיעֵנוּ מִשְׁנָה שְׁלֵמָה הִיא ר"י אוֹמֵר אִם אֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בִּפְנֵי עַצְמָהּ פְּסוּלָה הָא יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בִּפְנֵי עַצְמָהּ כְּשֵׁרָה וא"ת לְפִי הַיְּרוּשַׁלְמִי דִּמְפָרֵשׁ לְפִי שֶׁאֵין עֲשָׂרָה טְפָחִים מִכַּרְעֵי הַמִּטָּה וְעַד הַגַּג מַה לִי סֶמֶךְ וּמַה לִי סִיכֵּךְ עַל גַּב הַמִּטָּה וְי"ל כֵּיוָן שֶׁאֵין הַסֻּוכָּה נִסְמֶכֶת עַל הַמִּטָּה וְאִי שְׁקִיל לָהּ לְמַטָּה אִיכָּא אֲוִיר עֶשֶׂר וְסֻוכָּה מִתְקַייֶּמֶת הֲרֵי יֵשׁ לָהּ קֶבַע וְאֵינָהּ נִפְסֶלֶת בִּשְׁבִיל שֶׁהִכְנִיס בָּהּ שְׁמִטָּה וּמִיעֵט אֲוִירָא מִידִי דַּהֲוָה אַכָּרִים וּכְסָתוֹת דפ"ק דְּלָא הָוֵי מִיעוּט לֹא לָעִנְיָן עֶשְׂרִים וְלֹא לְעִנְיַן עֲשָׂרָה וְהַשְׁתָּא נָמֵי מִיתָּרְצָן נָמֵי קֻושְׁייָתִי דְּהָא אָתֵי אַבַּיֵּי לְאַשְׁמוֹעִינַן וּמִדְּהֵבִיא רַב רַב אַלְפָסִי דִּבְרֵי אַבַּיֵּי נִרְאֶה שֶׁפּוֹסֵק כְּר' יְהוּדָה וְטַעְמֵיהּ כֵּיוָן דְּשָׁקְלוּ וְטָרוּ אָמוֹרָאֵי לְפָרֵשׁ טַעַם דְּבָרָיו וְגַם אַבַּיֵּי אָמַר דְּבָרָיו אַלִּיבָּא דְּר' יְהוּדָה אַלְמָא סְבִירָא לְהוּ כְּוָותֵיהּ וְגַם אֲנִי אוֹמֵר דְּטַעַם קֶבַע עִיקָּר כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי וְלָא יָדַעְנָא מֵאֵיזֶה טַעַם יַכְשִׁירוּ רַבָּנָן הֵיכָא דְּסָמַךְ הַסְּכָךְ עַל כַּרְעֵי הַמִּטָּה וְאֵין מִכַּרְעֵי הַמִּטָּה עַד הַגַּג עֲשָׂרָה דִּירָה סְרוּחָה הִיא הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּר' יְהוּדָה לְפָרוֹשֵׁי דִּבְרֵי ת"ק אֲתָא וְלֵיכָּא הָכָא פְּלֻוגְתָּא: מַתְנִי' סֻוכָּה הַמְדֻובְלֶלֶת וְשֶׁצִּלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ כְּשֵׁרָה הַמְעֻובָּה כְּמִין בַּיִת אע"פ שֶׁאֵין הַכּוֹכָבִים נִרְאִים מִתּוֹכָהּ כְּשֵׁרָה:
Guemara : quelle est la raison de Rabbi Yehouda ? Rabbi Zeira et Rabbi Abba bar Mamal divergent là-dessus : l'un dit parce qu'elle n'a pas de permanence, et l'autre dit parce qu'il la fait tenir par un objet susceptible d'impureté. « Qu'elle n'a pas de permanence » : Rachi a expliqué qu'elle se déplace par le lit et que Rabbi Yehouda suit sa ligne, lui qui dit qu'il faut une souka demeure permanente. Cela fait difficulté : plus loin dans notre sougya, Rabbi Yehouda invalide une souka posée sur le dos d'une bête et en explique la raison par le verset « tu feras pour toi la fête des soukot sept jours ». Et dans le Yerouchalmi il ressort que la raison du « pas de permanence » est qu'il n'y a pas dix tefahim depuis le lit jusqu'au toit ; ainsi est-il dit dans le Yerouchalmi (halakha 2) : Rabbi Ami dit — parce qu'il n'y a pas dix tefahim aux pieds du lit ; Rabbi Abba dit — parce qu'il la fait tenir par un objet impur. Or on a enseigné : il arriva à Jérusalem qu'on suspendait ses lits devant ses fenêtres ; comment dirais-tu que c'est parce qu'il la fait tenir sur un objet impur ? Il n'y a d'autre raison que l'absence de dix tefahim depuis les pieds du lit jusqu'au s khakh. Fin de citation. Et les lits de Jérusalem avaient dix tefahim depuis les pieds du lit jusqu'au s khakh. Et il m est difficile, selon la raison de « il la fait tenir par un objet susceptible d'impureté » : s'il avait posé le s khakh sur des parois de pierre, elle serait invalide, puisqu'il fait tenir le s khakh par un objet dont la croissance ne vient pas de la terre. « Abaye a dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il a appuyé ; mais s'il a couvert par-dessus le lit, elle est valable. » Explication : lorsqu'il n'a pas appuyé le s khakh sur les pieds mais sur des piquets, et que toutes les parois de la souka ne sont faites que du lit, sur trois côtés — car nous n'apprenons pas l'invalidation pour les parois de la souka, mais seulement pour le s khakh, et ici il ne le fait pas tenir par des objets susceptibles d'impureté ; et quant à la permanence aussi, le s khakh en a une. Je m étonne : qu'Abaye vient-il nous apprendre ? C'est une michna explicite — Rabbi Yehouda dit, si elle ne peut tenir d'elle-même elle est invalide, donc si elle peut tenir d'elle-même elle est valable. Et si tu dis : selon le Yerouchalmi, qui explique que c'est parce qu'il n'y a pas dix tefahim depuis les pieds du lit jusqu'au toit, quelle différence y a-t-il entre « il a appuyé » et « il a couvert par-dessus le lit » ? On peut répondre : puisque la souka ne s'appuie pas sur le lit et que, si l'on retire le lit, il reste un vide de dix et que la souka subsiste, elle a bien une permanence ; et elle n'est pas invalidée du fait qu'il y a introduit un lit et en a diminué l'espace, de même que les coussins et les traversins du premier chapitre ne constituent pas une réduction, ni pour les vingt ni pour les dix. Et ainsi se résout aussi mon objection, car c'est bien cela qu'Abaye vient nous apprendre. Et du fait que Rav Alfassi rapporte les paroles d'Abaye, il apparaît qu'il tranche comme Rabbi Yehouda et selon sa raison : puisque les Amoraim ont débattu pour expliquer la raison de ses paroles, et qu'Abaye lui aussi a parlé selon Rabbi Yehouda, c'est donc qu'ils tiennent comme lui. Et moi aussi je dis que la raison de la permanence est l'essentiel, comme il ressort du Yerouchalmi ; et je ne sais pour quelle raison les Sages valideraient un cas où il a appuyé le s khakh sur les pieds du lit sans qu'il y ait dix tefahim depuis les pieds du lit jusqu'au toit — c'est une demeure malcommode. Il apparaît donc que Rabbi Yehouda vient expliquer les paroles du premier tana, et qu'il n'y a ici aucune divergence. Michna : une souka clairsemée et dont l'ombre l'emporte sur le soleil est valable ; celle qui est épaissie à la manière d'une maison, bien que les étoiles ne s'y voient pas, est valable.
💡 Explication

Deux Amoraim proposent deux raisons à l'invalidation de Rabbi Yehouda, sans qu'on sache laquelle appartient à qui. La première, ein lah keva : la souka manque de permanence, car déplacer le lit fait tomber la construction. La seconde, maamidah be-davar ha-mekabel touma : elle est portée par un objet susceptible d'impureté, le lit étant un ustensile.

Rachi anticipe l'objection contre la seconde : la Tora n'a invalidé que le s khakh fait de matière susceptible d'impureté, pas ses supports. Réponse : quand le support est ce qui fait tenir tout l'édifice, c'est comme si l'on avait couvert avec lui. C'est le principe du maamid, discuté jusque dans la halakha contemporaine.

Tossefot et le Roch rapportent tous deux une troisième lecture, venue du Yerouchalmi : le défaut de keva ne serait pas la mobilité mais la hauteur — il n'y a pas dix tefahim entre les pieds du lit et le s khakh. Preuve : les habitants de Jérusalem suspendaient leurs lits aux fenêtres et couvraient par-dessus, ce que la raison de l'impureté interdirait. Le Roch conclut en faveur de la raison du keva et va plus loin : Rabbi Yehouda ne contredirait pas le premier tana mais l'expliquerait — il n'y aurait ici aucune mahloket.

12
מַאי בֵינַייְהוּ? כְּגוֹן שֶׁנָּעַץ שַׁפּוּדִין שֶׁל בַּרְזֶל וְסִיכֵּךְ עֲלֵיהֶם. לְמַאן דְּאָמַר לְפִי שֶׁאֵין לָהּ קֶבַע — הֲרֵי יֵשׁ לָהּ קֶבַע. וּמַאן דְּאָמַר מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲמִידָהּ בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה — הֲרֵי מַעֲמִידָהּ בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה.

Quelle différence y a-t-il entre eux ? Par exemple, celui qui a planté des broches de fer [dans le sol] et a posé le s khakh dessus.

Pour celui qui dit « parce qu'elle n'a pas de permanence » — là, elle a bien une permanence. Et pour celui qui dit « parce qu'il la fait tenir par un objet susceptible d'impureté » — là, il la fait bien tenir par un objet susceptible d'impureté.

💡 Explication

La Guemara cherche la nafka mina : un cas où les deux explications cesseraient de coïncider. Elle le trouve dans les chefoudin chel barzel, les broches à rôtir en fer plantées en terre et servant de piliers au s khakh.

Ce montage est solide — donc kacher pour la première raison — mais métallique, donc composé d'ustensiles susceptibles d'impureté : passoul pour la seconde. Le désaccord des deux Amoraim n'est donc pas verbal ; il porte sur ce que Rabbi Yehouda reprochait réellement au lit, la mobilité ou la matière.

🖼️ Schéma
Les broches de fer : le cas qui sépare les deux raisons Tant qu'on ne regarde que le lit, les deux explications donnent le même verdict. Il faut un cas où elles se décrochent Le cas : naats chefoudin chel barzel ve-sikekh aleihem -- il plante des broches de fer en terre et pose le s khakh dessus Un chefoud est une broche à rôtir : un ustensile de métal, donc susceptible d'impureté -- mais fiché dans le sol, donc parfaitement stable. Pour qui dit : parce qu'elle n'a pas de keva Ce qui gênait dans le lit, c'est qu'on le déplace : la souka partait avec lui. Des broches enfoncées en terre ne se déplacent pas. Harei yech lah keva -- elle a une permanence KACHER Pour qui dit : parce que son support reçoit l'impureté Ce qui gênait dans le lit, c'est qu'il est un ustensile et qu'un ustensile contracte la touma. Une broche de fer est exactement cela. Harei maamidah be-davar ha-mekabel touma PASSOUL Ce que le cas révèle Les deux raisons ne visent pas le même défaut : l'une regarde la solidité du montage, l'autre la nature de la matière qui le porte. La question de savoir laquelle est la vraie raison de Rabbi Yehouda reste ouverte -- le Roch tranchera pour celle du keva.
Les broches de fer : stables comme un pilier, impures comme un ustensile — le cas où les deux raisons se séparent.
13
אָמַר אַבַּיֵּי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא סָמַךְ. אֲבָל סִיכֵּךְ עַל גַּב הַמִּטָּה — כְּשֵׁרָה. מַאי טַעְמָא? לְמַאן דְּאָמַר לְפִי שֶׁאֵין לָהּ קֶבַע — הֲרֵי יֵשׁ לָהּ קֶבַע. לְמַאן דְּאָמַר מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲמִידָהּ בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה — הֲרֵי אֵין מַעֲמִידָהּ בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה.

Abaye a dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il a appuyé [le s khakh sur les pieds du lit] ; mais s'il a couvert par-dessus le lit — elle est valable. Quelle en est la raison ?

Pour celui qui dit « parce qu'elle n'a pas de permanence » — là, elle a bien une permanence. Pour celui qui dit « parce qu'il la fait tenir par un objet susceptible d'impureté » — là, il ne la fait pas tenir par un objet susceptible d'impureté.

📜 Rachi (1)
אֲבָל סִיכֵּךְ עַל הַמִּטָּה וְלֹא סָמַךְ הַסִּיכּוּךְ בַּכְּרָעַיִם אֶלָּא עַל גַּבֵּי יְתֵידוֹת אֲבָל כָּל דֻּופְנֵי הַסֻּוכָּה אֵינָן אֶלָּא מִטּוֹת מִשְּׁלֹשָׁה צְדָדִין לָא פְּסִיל ר' יְהוּדָה דְּהָא לָא גָּמְרִי' פָּסוּל מִינֵּיהּ לְסֻוכָּה אֶלָּא לְסִיכּוּךְ וְזֶה לֹא הוּא וְלֹא מַעֲמִידוֹ בִּפְסוּלֵי' וּלְעִנְיַן קֶבַע נָמֵי יֵשׁ קֶבַע לְסִיכּוּךְ:
« Mais s'il a couvert par-dessus le lit » — c'est-à-dire qu'il n'a pas appuyé le s khakh sur les pieds mais sur des piquets, tandis que toutes les parois de la souka ne sont faites que de lits, sur trois côtés : Rabbi Yehouda n'invalide pas, car nous n'avons appris d'invalidation à partir de cela que pour le s khakh, et ici ce n'en est pas un, et il ne le fait pas non plus tenir par des objets invalides ; et quant à la permanence aussi, le s khakh en a une.
💡 Explication

Abaye restreint la portée de la michna. Le litige ne vaut que pour samakh, appuyer le s khakh sur les pieds du lit. Un autre montage échappe aux deux raisons à la fois.

Rachi décrit précisément ce montage, et le Roch le reprend mot pour mot : le s khakh repose sur des piquets plantés en terre, tandis que les lits, dressés sur trois côtés, servent seulement de parois. Le lit change alors de fonction — il n'est plus support mais cloison.

Et cela suffit, car la règle de l'impureté n'a jamais été étendue aux parois : les mehitsot peuvent être faites de n'importe quelle matière, seul le s khakh et ce qui le porte sont soumis à la contrainte. Quant à la permanence, retirer les lits ne fait pas tomber le toit. Le Roch s'en étonne d'ailleurs — n'est-ce pas déjà implicite dans la michna ? — et répond que l'apport d'Abaye vaut surtout selon la lecture du Yerouchalmi, où la question n'est pas la solidité mais les dix tefahim de hauteur.

🖼️ Schéma
La souka et le lit : trois montages, deux raisons, quatre verdicts Les deux raisons de Rabbi Yehouda donnent le même verdict sur le premier montage et se séparent sur le deuxième Le montage Raison 1 : elle n'a pas de keva Raison 2 : portée par un mekabel touma A. Il appuie le s khakh sur les pieds du lit le s khakh repose sur le lit PASSOUL On déplace le lit, la souka tombe : rien ne tient d soi-même. Rachi : elle se déplace par le lit, et Rabbi Yehouda exige une demeure permanente. PASSOUL Le lit est un ustensile, donc susceptible d'impureté. Rachi : on n'a appris l'invalidation que du s khakh, mais son support en est ici l'essentiel. B. Broches de fer plantées en terre, s khakh dessus solide, mais métallique KACHER Des broches enfoncées en terre ne bougent pas : la souka a bien un keva. C'est ici la nafka mina du segment 11. PASSOUL Un ustensile de métal est susceptible d'impureté : le s khakh est porté par un mekabel touma, comme le lit. C. Abaye : il couvre par-dessus le lit, sans s'appuyer sur lui le lit sert de paroi, pas de support KACHER Les piquets portent le s khakh : retire le lit et la souka reste debout. Le s khakh, lui, a bien un keva. KACHER Le lit ne fait plus que paroi, et on n'a jamais appris de pesoul de mekabel touma pour les parois, seulement pour le s khakh et ce qui le porte.
Le tableau complet des trois montages face aux deux raisons : appuyé sur les pieds du lit, sur des broches de fer, ou posé sur des piquets avec le lit en simple paroi.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).